Conscient de mes limites et de la futilité de ce blog, salmigondis peu digeste et support idéal quand on n’a pas de prétention littéraire, j’ai au moins la petite satisfaction d’être le petit catalyseur d’un site prometteur : RETOUR A YUMA. Son créateur, Jean-Louis Sauger veillant très tard, il a dû trouvé ce titre à 3h10 (arf ! arf !). On causait beaucoup sur le forum des SecondsCouteaux.com, j’avais pris le pseudo du Compilateur, à cause de mon temps passé à alimenter la base de données d’IMDB et lui, celui de Gashade, en hommage à Warren Oates, l’un de ses comédiens de prédilection.
A l’affiche Mes dates clés par Monte Hellman dans Libération mercredi 15 juin 2005
“1937. A 5 ans, je suis si peureux et timide que mes parents décident de m’inscrire dans une classe d’initiation d’un cours d’art dramatique de Los Angeles. Ce qui était destiné à me donner un peu de courage et d’assurance m’a mis, en fait, le théâtre dans le sang. Je me suis senti comme mon héros de l’époque, W.C. Field, qui répétait à l’envi dans un de ses films : «Je suis marié à une superbe blonde…»
1952. Je finis mes études d’art dramatique et d’art visuel à UCLA, l’université de Los Angeles, quand je décide de faire un tour d’Europe. Six mois de bonheur et de découvertes : le cinéma en Angleterre, les intellectuels en France, l’art en Italie.
1953. Je rejoins comme acteur une petite troupe de théâtre à Greenville, en Californie, la Stump Town Company. A 21 ans, j’y joue, puis bientôt j’y dirige mes premiers spectacles.
1956. Un des membres de la troupe dégote un travail de monteur à Hollywood, pour les Artistes associés, mais il ne peut pas l’honorer, au dernier moment, à cause d’un autre engagement. Il m’offre sa place, que j’accepte avec l’enthousiasme du néophyte et la crainte de me faire dévorer tout cru par le système. Je travaille quelques mois comme un damné, sur des films dont j’ai tout oublié, même le titre, mais dans le laboratoire même où avaient été enregistrés les premiers sons du cinéma, pour le Chanteur de jazz.
1957. Avec ma troupe, je monte En attendant Godot, de Beckett, mais comme un western : Pozzo est un cow-boy du Texas et Lucky, un Indien. C’est un gros succès et un beau scandale.
1958. Toujours du montage, mais pour des cinéastes qui commencent à me marquer, autant par leur métier et leur amitié chaleureuse que par leur talent : Roger Corman, le pape de la série B, Harvey Hart, Phil Karlson, Sam Peckinpah.
1959. Roger Corman me propose de tourner moi-même mon premier film, bien évidemment une série B d’horreur, The Beast from Haunted Cave. A Hollywood, faire un film d’horreur est définitivement un péché et j’en suis très fier. J’ai la chance de travailler avec des acteurs géniaux. Cette expérience m’a profondément transformé : les films se font d’abord pour les acteurs que l’on dirige. Et c’est quand ils deviennent des amis que le film a le plus de chances d’être bon.
Eté 1960. C’est une coïncidence, mais elle est à la fois extraordinaire dans ma vie et productive pour mon travail : à quelques semaines d’intervalle, je lis Camus, l’Etranger, et je rencontre un jeune acteur inconnu sur le tournage d’un film de Corman, The Wild Ride : Jack Nicholson. Albert Camus, c’est une vision du monde qui m’explique soudain la manière dont je vois moi-même les choses. Nicholson, c’est une longue collaboration sur cinq films, dont mes deux westerns tournés coup sur coup dans l’Utah, The Shooting et l’Ouragan de la vengeance, où il donne aux films sa tension nerveuse.
1963. Naissance de ma fille, Melissa. A la clinique, dix minutes après l’accouchement, quand on me la confie dans les bras, le médecin lance, en comparant nos deux têtes : «Difficile de dire lequel est le bébé, lequel est le père…» L’expérience qui m’a le plus impressionné dans la vie.
1964. Au Player’s Ring Theater de Los Angeles, je remarque un acteur formidable dans une pièce prenante, Vol au-dessus d’un nid de coucou. C’est Warren Oates, qui va bientôt travailler avec Sam Peckinpah, puis avec moi : nous ferons quatre films ensemble. Avec Nicholson et lui, nous avions l’impression de former un trio irrésistible : être les rois du monde.
1966. Naissance de mon fils, Gerry. A ce moment-là, je tournais The Shooting. Il est très vite venu sur le tournage. Agé de quelques jours, il s’est tourné vers la caméra et lui a fait un signe.
1968. Rencontre avec Rudy Wurlitzer, l’écrivain de Nog et le scénariste qui me manquait pour aller plus loin. Nous écrivons tous les deux Macadam à deux voies, avec l’idée de croiser plusieurs choses : le paysage américain, les habitudes des jeunes gens, une course de voitures et l’esprit d’En attendant Godot. Comment faire une course où il ne se passe rien, une course la plus ralentie possible ?
1971. Tournage de Macadam à deux voies, dans une continuité absolue : l’histoire, c’est la durée d’un film. L’expérience la plus intéressante de ma vie. Les acteurs n’avaient pas lu le scénario et c’est comme si, sur le tournage, ils avaient été dans la vie. Ils ne savaient rien de ce qui allait se passer le lendemain. Je leur donnais les pages et les dialogues juste avant la nuit, mais ils ne les lisaient même pas. Car ils se sont mis à jouer le jeu au-delà de ce que j’espérais. Ce film reste pour moi comme une aventure, même s’il a été complètement sacrifié à sa sortie par le studio Universal. Soit le début et la fin immédiate de mon âge d’or hollywoodien !
1978. Je tourne en Espagne China 9, Liberty 37, mon «paella western» avec Warren Oates. C’est pour moi la découverte d’un pays et d’une culture : après la mort de Franco, il y eut là un clash inédit entre l’histoire et la modernité politique, et j’ai eu la chance d’en être le témoin. C’est un conflit fascinant et un pays que je continue d’aimer plus que les autres.
1991. Un jeune homme, fou de cinéma et qui a vu tous mes films, propose au studio un scénario qu’il aimerait que je tourne. Le cinéphile, c’est Quentin Tarantino et le scénario, Reservoir Dogs. Je le rencontre et je suis très impressionné par sa volonté, son savoir sur le cinéma et la vitesse hallucinante de sa parole. Il lui faudra quelques semaines, et un premier succès comme scénariste, pour prendre confiance et s’apercevoir qu’il veut diriger lui-même Reservoir Dogs. Même si j’ai été déçu de ne pouvoir travailler sur ce film, j’ai compris la décision de Tarantino. Nous sommes restés amis.
2005. Travail sur mon prochain film, Trapped Ashes, un film d’horreur à sketches que je dois mettre en scène aux côtés de Dario Argento et de Tobe Hooper. J’espère qu’il s’agit du début d’un nouveau chapitre dans ma vie de cinéaste.”
Il est bizarre de sentir des affinités, via la virtualité du web, une espèce d’amour commun du cinéma, du nanar décalé, des seconds rôles… Je finis donc par le rencontrer, via une visite à la capitale, magie du web… On commence rapidement une conversation, avec l’impression de continuer celle de la veille, alors que l’on ne se connaissait pas. Je finit par voir son grand oeuvre, un dictionnaire des grands seconds rôles américains, illustré par des captures d’écrans, je jubile à l’entendre parler de sa correspondance avec Jean-Patrick Manchette – “Les yeux de la momie” fait partie désormais de mes livres de chevets – ou des rôles de chacun, du – selon sa formule – “… type qui se gratte le nez au fond de la pièce, et vole la scène” .

Jean-Patrick Manchette en 1966 par son fils Doug Headline
source : Mollat
Suit une énorme frustration, de ne pas avoir son livre, dans ma bibliothèque, qui figurerait dans les incunables, mais oh joie, l’ami Jean-Louis a élaboré ce site, et désormais vous pouvez tous goûter à de l’humour de ce fils spirituel de Jean-Patrick Manchette, son excellente analyse des mauvais films. Vous pouvez donc désormais le mettre dans vos favoris, vous ne le regretterez pas !
Deux films de Monte Hellman, sortent à Paris et en province – Utopia à Bordeaux par exemple -, c’est l’occasion d’illustrer l’ouverture du site de l’ami Jean-Louis. Bon vent !

Dans le flot continu des témoignages télévisés, certains restent en mémoire comme celui de Bruno de Stabenrath, poignant et digne, à l’occasion de la sortie de son livre. Sur le plateau de “Tout le monde en parle” de Thierry Ardisson, il montrait son élégance et sa verve, parlant de son état de paraplégique avec beaucoup d’humour. On pouvait avoir beaucoup d’apriorismes de savoir son personnage incarné par Titoff, comique “gros rouge qui tâche”, pas vraiment probant sur des comédies comme “Gomez & Tavares” et “L’incruste”. Autant voir l’intelligence ou la probité incarnées par Alexia Laroche-Joubert ! Grave erreur, Mea Culpa…, les étiquettes ont la vie dure, mais Titoff est tout à fait crédible dans ce rôle – même déguisé en Basque ! -, pour peu que l’on occulte un peu le modèle original. Moins abouti et énergique que “L’envol” et surtout “Le grand rôle”, précédents films de Steve Suissa, ce film pêche beaucoup par ses maladresses – ralentis sirupeux, ombre titanesque d’une perche dans la scène du retour de Léo de l’hôpital -. Mais la sincérité de l’œuvre fait oublier les défauts de l’ensemble. Il y a deux grandes forces, dans ce film, d’une part le traitement des difficultés et contraintes du quotidien, pour un nouveau handicapé – Les frais que causent une invalidité, le regard des autres, les choses bénignes qui semblent devenir insurmontables, certains tabous – et l’interprétation, formidable, comme dans les autres films de Steve Suissa.
Cet étonnant, et habile, film noir de 1967, réalisé par Philippe Condroyer – Trois longs-métrages seulement pour le cinéma, avec “Tintin et les oranges bleues” (1964) et “La coupe à dix francs” (1974) – narre la traque à Barcelone, d’un mystérieux ingénieur nommé Fromm, qui pourrait être l’ancien S.S. Schmidt. Cette opération est commanditée par Julius – Luis Prendes, un corps meurtri, doublé par Michel Etcheverry ? -. L’ingénieur est surveillé par une équipe rodée, dominée par Raphaël – admirable Jean-Louis Trintignant -, dont la motivation semble l’argent et Georges – André Oumansky, qui posséde une forte présence – venu par conviction.
La mise en scène est habile, tourné un dans un inhabituel Barcelone non touristique, la formidable musique d’Antoine Duhamel installe un climat inquiet. Le plus passionnant du film est l’observation du suspect, l’équipe guette ses moindres gestes, le moindre signe pouvant prouver son identité, comme la manière d’écraser une cigarette, habitude venue pour ne pas laisser un mégot aux prisonniers. Julius, ne reconnaît pas immédiatement son bourreau, qui a de plus tué son frère, “Le temps est, semble t-il, le meilleur chirurgien…”, déclare t-il, mais ses motivations semblent plus ambigüe qu’une simple vengeance. On assiste donc à une opération voyeuriste, qui dévie pour Raphaël, sur une belle inconnue – Valérie Lagrange, décalée – pour tromper son ennui, montrant les dérives et les limites de ce type de comportement. Le rythme de ce polar est sans faiblesse. Il est dominé par un Jean-Louis Trintignant désabusé, montrant un humour et un détachement salvateur, est un bel exercice de style, complexe et maîtrisé. On peut déplorer pour Philippe Condroyer, à l’aise sur plusieurs registre, que son parcours soit si court.
En voyant ce dernier Sydney Pollack, nous sommes un peu sur un terrain acquis d’avance, solidité des interprètes, métier d’un grand cinéaste humaniste, un traitement connu de la passion “à froid”, une longueur hollywoodienne mais supportable.
Sydney pollack : «Je ne fais pas un cinéma aussi politiquement intense que je le souhaiterais parfois.» (Photo Lilo/Sipa.)
Ce film, petit cousin du “Faussaire” de Volker Schlöndorff (1981), étonne au départ par son réalisme – on retrouve donc la touche du chef opérateur de “Bloody sunday” : Ivan Strasburg” -, il y a d’ailleurs la caution morale de l’ancien journaliste Michael Lerner, devenu co-cinéaste avec Ludi Boeken, et la figuration intelligente de Patrick Chauvel, grand reporter bien connu. Le mélange documentaire, la reconstitution des années 80, est assez habile, le portrait d’un jeune loup assez falot – assez fade Stephen Moyer -, prêt à tout pour un scoop dans le Liban en guerre. Cet arriviste qui méconnaît totalement Beyrouth, est assez plausible, et l’on suit la situation de guerre à travers ses yeux. Hélas, une histoire d’amour convenue et quelques clichés, enlève à la rigueur de l’ensemble. A vouloir trop concilier, toutes sortes de public, la cible visée s’égare – j’étais dans une salle où nus étions 5 personnes, pour terminer à 2 !” -. La prise de conscience du personnage principal, fait presque penser à un happy-ending facile.
Un collègue me prête le dernier Dario Argento, sorti directement en DVD, “Card Player” – ce qui n’est pas bon signe -. A la mou qu’il me fait, je m’attends au pire, en plus de lire dans l’incontournable hors-série de Mad Movies consacré à “L’âge d’or du cinéma italien”, la réflexion de Pascal Laugier : “… Le dernier opus de Dario Argento ressemble à un téléfilm berlinois : lumière verte-vomi qui ferait passer n’importe quel épisode de Navarro pour du Barry Lyndon, suspens inexistant, découpage plan-plan exécuté (c’est le mot entièrement au 50 mm, focale unique, circulez, y’a rien a voir !…”. Le DVD propose une VO anglaise et un making-off anémique. Qu’est-il arrivé au maître ? est-ce la reconnaissance ?, qu’il mérite tout de même – A lire le livre de Jean-Baptiste Thoret “Dario Argento, le magicien de la peur” – un cynisme redoutable, vivre sur son acquis par un dernier bâclage. Ses derniers films présentent parfois des fulgurances – “Le sang des innocents” – et son film “Le syndrome de Stendhal” me semble un film à reconsidérer. Mais ici, le niveau est encore plus bas que dans “Le fantôme de l’Opéra”, c’est dire l’étendue du désastre. Tout ici est plat, l’histoire de départ assez improbable, un serial-killer joueur de poker virtuel, jouant la vie de ses victimes avec la police, assez sadique pour laisser les meurtres hors champ, ne flattant même pas nos vils instincts… 

Coup de chapeau à Mary McGuckian pour “Le pont du roi Saint-Louis”, rater un film de la sorte, avec un grand sujet – le roman de Thornton Wilder – et une telle distribution, ça tient du grand art. Dieu, dans une réplique redondante de la voix off, s’amuse avec les humains comme un enfant arrachant les pattes d’une mouche – something like that -, on regarde donc sans empathie les intervenants de ce film choral chloroformé. Du petit jeu – très subjectif – de qui l’on doit sauver dans une grande distribution, on peut retenir F. Murray Abraham – car il en fait des tonnes, c’est assez jubilatoire et ça trompe un peu notre ennui -, Kathy Bates d’une bouffonnerie pathétique et le jeu très “underplaying” de Harvey Keitel et Geraldine Chaplin.
L’affiche belge de Travaux…
