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Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jacques Dufilho

   

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Ce grand comédien se qualifiant plus volontiers agriculteur que comédien, était un passionné d’équitation – il faisait des concours hippiques dans sa jeunesse -. Un oeil perçant, et un physique particulier, il avait une présence incroyable. Il préfère s’orienter vers le théâtre plutôt que de reprendre la pharmacie familiale – son frère André était d’ailleurs médecin -. Il est engagé en 1938 pour 7 spectacles au théâtre de l’atelier par Charles Dullin, lui aussi passionné de cheval, et qui parlait de lui comme « Un des plus doués parmi mes anciens élèves ». C’est le début d’un parcours théâtral impressionnant.

Sur sa passion du cheval, il trouve un de ses meilleurs rôles à la télévision dans « Milady » (François Leterrier, 1975), où il joue un ancien écuyer du cadre noir de Saumur qui sacrifie sa vie à sa passion, le cheval. En fermier grand-père Eric Caravaca, il est touchant dans « C’est quoi la vie » (François Dupeyron, 1998). On le voyait souvent ces dernières années à la télévision dans un cadre rural, il était excellent en Joffroi de la Maussan, pour Marcel Bluwal en 1987, personnage idéal pour incarner l’univers de Jean Giono.

Le cinéma a assez peu exploité, dans les premières années son grand talent finalement, après le faut départ de l’inachevé « Corsaire » de Marc Allégret en 1939. C’est Jean Devaivre qui dans « La ferme aux sept péchés »,  lui donne un de ses premiers rôles les plus marquants, celui d’un innocent de village sensible. Il est amusant dans une ribambelle de rôles teintés d’humour noir, le fossoyeur dans « Dans l’eau qui fait des bulles » (1960), ou le cycliste maladroit dans « La route joyeuse » de Gene Kelly (1956, où il est hilarant dans un rôle physique et muet. Il passe souvent de rôles amusants à d’autres plus inquiétants, il est idéal dans des ambiances agricoles à l’image de son rôle du père l’Atzec dans « La guerre des boutons » d’Yves Robert qui lui avait confié le rôle du valet de chambre dévoué à la cause d’Arsène Lupin dans  « Signé Arsène Lupin ». Très à l’aise dans la comédie, il vole même la vedette à Fernandel dans « Le bon roi Dagobert » (Pierre Chevalier, 1963), il y est survolté et bizarrement non crédité.

   

Une journée bien remplie

Il trouve cependant des rôles plus intéressants dans les années 70-90. Claude Chabrol, par exemple qui le dirige dans « Le cheval d’orgueil » (1980), qui lui a donné le truculent rôle du commissaire Juve – avec Juan-Luis Buñuel -, dans la série des « Fantômas » diffusé en 1980, face à un Helmut Berger peu inspiré. Jean-Pierre Mocky lui donne quatre de ses meilleurs rôles dans « Snobs ! » (1961) où il se fond parfaitement à un univers décalé, il est un villageois inquiétant dans « La grande Frousse » (1964), il obtient un premier rôle dans le méconnu « Chut ! » (1971),  où il forme un savoureux duo avec Michael Lonsdale, en fondateur d’une compagnie foncière qui gruge des petits épargnants et tombe amoureux d’un hermaphrodite ! et « Y a t’il un Français dans la salle ? » (1982) où il est un maître-chanteur sentencieux et séquestré par Alexandre Rignault.

Il forme un duo étonnant avec Bernard Blier dans « Ce cher Victor » (Robin Davis, 1974) où dans le rôle de Victor, il découvre que sa femme morte huit ans auparavant le trompait, ce qui n’est en fait qu’une basse vengeance de son souffre douleur Anselme – Blier excellent -. Pierre Schoendoerffer lui confit un de ses meilleurs rôles dans « ‘Le crabe tambour » (1977) en chef mécanicien philosophe à bord du « Jauréguiberry », il l’engage à nouveau en 2001 pour son nostalgique « Là-haut, un roi au-dessus des nuages » (2001) où il est un prêtre témoignant auprès de Florence Darel. Claude Sautet l’engage pour son personnage de libraire homosexuel dans « Un mauvais fils » (1980). Il obtient pour « Le crabe tambour » et « le mauvais fils », par deux fois le César du meilleur second rôle.

On se souvient de son rôle de boulanger Rousseau, tueur méthodique dans un petit bijou d’humour noir « Une journée bien remplie » (1972), une belle réalisation de Jean-Louis Trintignant. Le cinéma fantastique n’a pas fait beaucoup appel à lui, mais on se souvient du capitaine du navire, véhiculant le cercueil de Nosferatu – et dans l’élan la peste… » dans le remake controversé de Werner Herzog (1978).

Très à l’aise dans la composition, il a fait une multitude de rôles comiques, comme celui de la bonne espagnole dans « Clémentine chérie » (1962), il est à l’aise dans le burlesque chez Louis Malle dans « Zazie dans le métro » (1960), ou la grosse cavalerie « Les bidasses en folie » de Claude Zidi, 1970, ce dernier film restant très amusant, mais a donné à Dufilho de multiples participations à des pantalonnades en Italie, genre Von Buttiglione, restés souvent inédits chez nous. Ses nombreuses heures dans les cabarets – on se souvient de son célèbre monogue de la servante dans « Phèdre » et celui de « La visite du château » lui ont permis de toujours tirer son épingle du jeu dans ce types de comédies. Il a composé un « Pétain » (Jean Marboeuf, 1992) assez saisissant face à un Jean Yanne moins à l’aise dans la composition. Par ses opinions politiques et sa foi – tendance St-Nicolas du Chardonnet -, on lui a reproché avoir voulu sauver son personnage, de même la revue « Positif » avait dit que son rôle d’un des « Valeureux » dans « Mangeclous » (Moshe Mizrahi, 1988), était une manière pour Dufilho de se dédouaner de certaines des ses idées. Il a signé un bon livre de souvenirs, sur le tard : « Les sirènes du bateau-loup » (Éditions Fayard, 2003).

 

Filmographie : 1939  Le corsaire (Marc Allégret, inachevé ) – 1941  Croisières sidérales (André Zwobada) – 1943    Voyage surprise (Pierre Prévert) – Premier de cordée (Louis Daquin) – 1946  Le bateau à soupe (Maurice Gleize) – 1947    Brigade criminelle (Gilbert Gil) – Le destin exécrable de Guillemette Babin (Guillaume Radot) – La figure de proue (Christian Stengel) – Pyrénées, terre de légendes : Les Baiars (Jean Lods, CM) – 1948  La ferme des sept péchés (Jean Devaivre) – 1949  Les étoiles (réalisation seulement, CM) – Vendetta en Camargue (Jean Devaivre) – Histoires extraordinaires (Jean Faurez) – 1950  Bibi Fricotin (Marcel Blistène) – Caroline chérie (Richard Pottier) – 1951  Deux sous de violettes (Jean Anouilh) – Ma femme, ma vache et moi (Jean Devaivre) – 1952  Le rideau rouge/Ce soir on joue Macbeth/Les Rois d’une nuit (André Barsacq) – Un caprice de Caroline Chérie (Jean Devaivre) – 1953  Saadia (Albert Lewin) – Sang et lumières/ Sandre y luces (Georges Rouquier & Ramon Munoz Suay  + version espagnole) – Le chevalier de la nuit (Robert Darène) – 1954  Cadet-Rousselle (André Hunebelle) – 1955  Milord l’arsouille (André Haguet) – Ce sacré Amédée (Louis Félix) – Paris coquin/Paris canaille (Pierre Gaspard-Huit) – Marie-Antoinette (Jean Delannoy) – 1956  Mon curé chez les pauvres (Henri Diamant-Berger) – Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy) – La vie est belle (Roger Pierre & Jean-Marc Thibault) – Courte tête (Norbert Carbonnaux) – The happy road (La route joyeuse) (Gene Kelly) – Jusqu’au dernier d(Pierre Billon) – Que les hommes sont bêtes ! (Roger Richebé ) – 1957  Nathalie (Christian-Jaque) – Mademoiselle strip-tease (Pierre Foucaud) – Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux) – A tale of two cities (Ralph Thomas) – 1958  Chéri, fais-moi peur ! (Jack Pinoteau) – Et ta soeur (Maurice Delbez) – Le petit prof (Carlo Rim) – Maxime (Henri Verneuil) – Auto-stop & Les Autopathes (Éric Duvivier, CM) [diffuses dans le long métrage « Fou » en 1979] – Taxi, roulotte et corrida (André Hunebelle) – Bobosse (Étienne Périer) – I Tartassi (Fripouillard et compagnie) (Steno [Stefano Vanzina]) – Julie la Rousse (Claude Boissol) – 1959  Signé Arsène Lupin (Yves Robert) – Le travail, c’est la liberté (Louis Grospierre) – Préméditation ? (André Berthomieu) – 1960  Zazie dans le métro (Louis Malle) – Dans l’eau qui fait des bulles/Le garde-champêtre mène l’enquête (Maurice Delbez) – XYZ de Philippe Lifchitz (CM, voix du récitant) – La forêt des hommes rouges (Jean Lehérissey, CM) – Dans la gueule du loup (Jean-Charles Dudrumet) – Le vergini di Roma (Les vierges de Rome) (Carlo Ludovico Bragaglia & Vittorio Coffafavi) – 1961  Le monocle noir (Georges Lautner) – Snobs ! (Jean-Pierre Mocky) – La guerre des boutons (Yves Robert) – La poupée (Jacques Baratier) – 1962  Un clair de lune à Maubeuge (Jean Chérasse) – Les travestis du diable (Jean De Bravura, CM, voix du récitant) – L’âge d’or du fer de Jean Valentin (CM, voix du récitant) – Clémentine chérie (Pierre Chevalier) – Coup de bambou (Jean Boyer) – 1963  L’assassin connaît la musique (Pierre Chenal) – Le bon roi Dagobert (Pierre Chevalier) – Voir Venise et crever (André Versini) – The visit/Der Besuch (La rancune) (Bernhard Wicki) – 1964  Mayeux le bossu (André Charpak, CM, voix du récitant) – La grande frousse/La cité de l’indicible peur (Jean-Pierre Mocky) -Spuit Elf (Paul Cammermans) – Lady L (Peter Ustinov) – 1965  La communale (Jean L’Hôte) – L’or du duc (Jacques Baratier) – La Prima Donna (Philippe Lifchitz, CM, voix du récitant) – James Tont Operazione D.U.E. (Bruno Corbucci) – L’inconnu de Shandigor (Jean-Claude Roy) – 1966  Johnny Banco (Yves Allégret, sous réserve) – Y mañana ? (Emile Degelin) – Anaconda (J. Desvilles & E. Ryssack, documentaire, voix du récitant) – Les têtes brûlées/Cabezas cremadas (Willy Rozier) – Benjamin ou les mémoires d’un puceau (Michel Deville) – 1967  Barbarella (Roger Vadim, voix seulement) – 1968  Les langues mortes (Anne-Marie et Jean Devaivre, CM) – 1969  Appelez-moi Mathilde (Pierre Mondy) – Un merveilleux parfum d’oseille (Renaldo Bassi) – Une veuve en or (Michel Audiard) – 1970  Fantasia chez les ploucs (Gérard Pirès) – Au verre de l’amitié (Claude Makovski, CM) – 1971  Les bidasses en folie (Claude Zidi) – Chut…/Pavane pour un crétin défunt (Jean-Pierre Mocky) – 1972  Corazón solitario (Francisco Betriú ) – Le Chavalanthrope de Mario Ruspoli, CM, voix du récitant) – Une journée bien remplie (Jean-Louis Trintignant) – 1973  Les corps célestes (Gilles Carle) – La grande nouba (Christian Caza [Michel Ardan]) – Un ufficale non si arrende mai nemmeno di fronte all’evidenza, firmato   colonello Buttiglione/Il colonello buttiglione (Si, si, mon colonel) (Mino Guerrini) – Crash ! Che botte strippo strappo stroppo/Si wang yi you (Adalberto Albertini) – 1974  Ce cher Victor (Robin Davis) – Il professore venga accompagnato dai suoi genitori (Mino Guerrini) – Basta con la guerra… facciamo l’amore (Andrea Biachi) – Il colonello Buttiglione diventa generale (Vive la classe !) (Mino Guerrini) – L’erotomane d(Marco Vicario) – 1975  Buttiglione diventa capo del Servizio segreto (Mino Guerrini) – Il soldato di ventura (La grande bagarre) (Pasquale Festa Campanile) – 1976  La victoire en chantant/Blancs et noirs en couleurs (Jean-Jacques Annaud) – Voto di castità (Aristide Massaccesi [Joe D’Amato]) – Il medico e la studentessa (Silvio Amadio) – Dimmi che fai tutto per me (Pasquale Festa Camanile) – 1977  Le crabe-tambour (Pierre Schoendoerffer) – Von Buttiglione Sturmtruppenführer (Ya ya mon colonel) (Mino Guerrini) – 1978  Nosferatu, Phantom der Nacht (Nosferatu, fantôme de la nuit) (Werner Herzog) – 1979  Rue du Pied-de-Grue (Jean-Jacques Grand-Jouan) – 1980  Le cheval d’orgueil (Claude Chabrol) – Un mauvais fils (Claude Sautet) – 1982  Y a-t’il un Français dans la salle ? (Jean-Pierre Mocky) – 1983    Le moulin de monsieur Fabre (Achmed Rachedi) – 1984  La fièvre monte à Castelnau (Patrice Rolet, CM) – Grand-père s’est encore sauvé (Jean-Claude Tourneur, CM) – 1985  L’homme qui n’était pas là (René Féret) – 1987  À notre regrettable époux (Serge Korber) – Le moulin de Dodé (Chantal Myttenaere, CM) – 1988  Mangeclous (Moshé Mizrahi) – La vouivre (Georges Wilson) – 1991  Les enfants du naufrageur (Jérôme Foulon) – 1992  Pétain (Jean Marboeuf) – 1996  Nel profondo paese staniero (Homère, la dernière odyssée) (Fabio Carpi) – 1998  C’est quoi la vie ? (François Dupeyron) – Les enfants du marais (Jean Becker) – 2001  Là-haut, un roi au-dessus des nuages (Pierre Schoendoerffer). Divers : Jacques Dufilho est crédité au générique du film d’Henri-Georges Clouzot « Les espions » (1957), mais ne figure pas dans le film (rôle coupé au montage ?). De même il ne participe pas au film « Le radeau de la méduse » d’Iradj Azimi (1987-1990), film au tournage chaotique.

  
 
 
 Jacques Dufilho dans « Fantômas : L’échafaud magique »

 

Télévision : (notamment) 1953  Le village des miracles (René Lucot) – 1955  Monseigneur (Jean-Marie Coldefy) – 1957  L’affaire Fualdès (Philippe Ducrest) – Rose cocktail (Philippe Ducrest, divertissement) – L’île au trésor (Bernard Hecht) – 1958  L’auberge de la belle étoile (Roger (Lazare) Iglésis) – 1960  Le serment d’Horace (Stellio Lorenzi) – 1962  Le théâtre de la jeunesse : L’auberge de l’ange gardien (Marcel Cravenne) – 1963  La chasse aux corbeaux (Philippe Ducrest) – 1966  L’effet Glapion (Georges Vitaly) – Salle n° 8 (Jean Dewever & Robert Guez) – 1967  Hélène ou la joie de vivre (Claude Barma) – Lagardère (Jean-Pierre Decourt) – 1969  Le huguenot récalcitrant (Jean L’Hôte) – 1974  Josse (Guy Jorré) – 1975  Milady (François Leterrier) – 1977  La vigne à Saint-Romans (Pierre Pradinas) – 1978  Pierrot mon ami (François Leterrier) – Talou, prince secret (Jean-Claude Roy) – Le roi Muguet (Guy Jorré) – Les insulaires (Gilles Grangier) – 1979  Vincendon (Franck Appréderis) – Fantômas : L’échafaud magique (Claude Chabrol) – Fantômas : L’étreinte du diable (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le tramway fantôme (Claude Chabrol) – 1980    Les aiguilleurs (Raoul Sangla, captation) – 1981  Solde de tous comptes (Jean L’Hôte) – Un fait d’hiver (Jean Chapot) – 1982  Le fou du viaduc (Guy Jorré) – Les Longuelunes (Jean-Daniel Verhaeghe) – Les insomnies de  Monsieur Plude (Jean Dasque) – Le soleil des autres/Le pigeonnier (Guy Jorré) – Emmenez-moi au théâtre : Chêne et lapins angoras (Yves-André Hubert, captation) – 1983  Le gardien (Yves-André Hubert (captation) – L’étrange château du docteur Lerne (Jean-Daniel Verhaeghe) – Voglia di volare (Ma fille, mes femmes et moi) (Pier Giuseppe Murgia) – 1984  Sogni e Bisogni (Sergio Citti) – Les deux témoins (Michel Farin) – Le passage (Franck Appréderis) – Les magiciens du mercredi de Freddy Charles) – 1985  Espionne et tais-toi : Les vacances du pouvoir (Claude Boissol) – Une femme innocente (Pierre Boutron) – 1987  L’ami Giono : Joffroi de la Maussan (Marcel Bluwal) – Chahut-Bahut d(Jean Sagols) – Le vent des moissons (Jean Sagols) – 1989  Espionne et tais-toi : L’homme qui n’en savait rien (Claude Boissol) – Condorcet (Michel Soutter) – Orages d’été, avis de tempête (Jean Sagols) – 1990  Stirn et Stern d(Peter Kassovitz) – Les bottes de sept lieues (Hervé Baslé ) – Marie-Pervenche : La planche étroite (Jean Sagols) – 1992  Le galopin (Serge Korber) – 1995  Ne coupez pas mes arbres (Michel Treguer, captation) – 2000  Jeanne, Marie et les autres (Jacques Renard) – Le vieil ours et l’enfant (Maurice Brunio).

Théâtre :

1946 LES FRERES KARAMAZOV de DOSTOIEVSKI Théâtre de l »Atelier / 1947 L »AN MIL de Jules ROMAIN avec Charles DULLIN / L »ARCHIPEL LENOIR de Armand SALACROU avec Charles DULLIN / COLOMBES de Jean ANOUILH / LA CONDITION HUMAINE de MALRAUX / UN IMBECILE de PIRANDELLO – à MONTREAL / 1955 LE OUALLON de Jacques AUDIBERTI / LE MAL COURT de Jacques AUDIBERTI avec Suzanne Flon / 1958 LE CHINOIS de BARILLET et GREDY avec Françoise Dorin / 1959 EDMEE de J.L. BREAL – Théâtre de la Bruyère / L »EFFET GLAPION de Jacques AUDIBERTI avec Jacqueline Gauthier / LE MARIAGE DE MONSIEUR / MISSISSIPI de Friedrich DURRENMATT / 1961 LE REVEUR de Jean VAUTHIER – Théâtre La Bruyère / 1962 LES MAXIBULES de Marcel AYME avec François CHRISTOPHE / 1963 LA VISITE DE LA VIEILLE DAME de Friedrich DURRENMATT / DECIBEL mise en scène de Pierre DUX / 1968 CHENE ET LAPINS ANGORA de Martin WALZER – mise en scène Georges WILSON (T.N.P.) / 1969 LE GARDIEN d »Arnold PINTER – mise en scène de Jean-Laurent COCHET / LE PRIX DUSSANE sera décerné à Jacques DUFILHO / 1977 DES FLEURS SUR UN RAIL – mise en scène Georges WILSON / 1979 LES AIGUILLEURS de Brian BHELAN – mise en scène de Georges WILSON au théâtre de l »Oeuvre / 1980 CHUT de Françoise DORIN – mise en scène de Jean-Laurent COCHET – au théâtre des Variétés / 82/83 Tournée FRANCE/ETRANGER de la pièce LE GARDIEN d »Arnold PINTER  / 84/85 L »ESCALIER de Charles DYER -mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l »Oeuvre / 86 LEOPOLD LE BIEN AIME de Jean SARMENT – 87 mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l »Oeuvre / 1988 JE NE SUIS PAS RAPPAPORT de Herb GARNER – mise en scène Georges WILSON / MOLIERE DU MEILLEUR ACTEUR 1988 / 1991 LE METEORE – de Friedrick DURRENMATT – mise en scène Georges WILSON / 1992 NE COUPEZ PAS MES ARBRES de W .D. HOME, adaptation Marc Gilbert SAUVAJON, aux Bouffes Parisiens / 1993 QUELQUE PART DANS CETTE VIE / SHOW BIS de NEIL SIMON – Mise en scène Georges WILSON / NE COUPEZ PAS MES ARBRES – Mise en scène Michel ROUX / 1994 QUELQUE PART DANS CETTE VIE – d »Israël HOROVITZ – (En Tournée d »été et reprise au THéâtre MARIGNY) / 1995 LE VOYAGE de Gérald AUBERT – Mise en scène de Michel FAGADAU / 1996 COLOMBE – Mise en scène Michel FAGADAU / 1997 COMME UN CERF-VOLANT ENGLOUTI – Mise en scène Yves LE MOIGN’.

PEINDRE OU FAIRE L’AMOUR

Je me souviens d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu à l’avant-première d’ « Un homme, un vrai », un sens aiguë de l’observation, une réserve timide mais chaleureuse, une sorte de regard malin en commun. « Peindre ou faire l’amour » est un film charnière réussissant à concilier leur univers et l’art des contraintes – comédiens stars et les Alpes remplacent leurs chères Pyrénées -. Ils ressemblent à leurs films, ne se dévoilant pas tout de suite. Le film depuis sa diffusion à Cannes déclenche des éloges ou des descentes en flèche, il est vrai que le concept de base est assez déstabilisant, les Larrieu dans un cadre d’un cinéma plus traditionnel innovent, font des propositions, tâtonnent – le parti pris d’un cheminement dans le noir, où il faut s’abandonner aux sensations -. William – Daniel Auteuil formidable de retenue -, cadre en pré-retraite de météo France, se retrouve un peu démuni dans son nouveau rythme de vie, à 55 ans il voit ainsi bien délimitée le dernier tournant de sa vie. Le film montre justement cette appréhension à accéder au rêve des grandes vacances, comme le qualifie justement son ami Roger – Roger Mirmont qui semble vouloir se faire appeler Miremont désormais -, ce dernier voyant cette période que par le biais des loisirs (Le golf).  Sa femme Madeleine – Sabine Azéma, troublée -, bien qu’encore en activité, se met à réfléchir sur la nouvelle vie de son mari, alors que leur fille unique part étudier à la prestigieuse « Villa Médicis » à Rome. Elle part dans une prairie proche du Vercors, peindre avec recueillement, arrive un homme aveugle « Qui peint ici ? », Adam volubile et maire du village voisin – Sergi Lopez, excellent acteur même s’il est pourtant ici assez peu probant en aveugle, donne une présence formidable à ce rôle et une grande nuance -. Il lui propose de lui faire visiter une villa avoisinante. Elle tombe sous le charme du génie du lieu entraînant avec elle William en quête de tranquillité…

Daniel Auteuil & Sabine Azéma

Le couple se lient d’amitié avec Adam, et sa compagne Èva (lourde symbolique), jouée par l’admirable Amira Casar tout en subtilité et grâce. Elle se laisse peindre nue par Madeleine, il lui manque à son amour un regard sur sa beauté charnelle. Un accident va changer la vie des deux couples qui vont se rapprocher et transgresser le tabou de la fidélité, le plus naturellement du monde. Loin d’être manipulateurs, Adam et Eva vont se montrer finalement plus déstabilisés par le couple bourgeois en quête de nouvelles sensations et d’un renouveau de leur vie. Le film laisse un champ libre aux impressions, aux sensations et à l’imagination – Les Larrieu suggère plus volontiers qu’ils ne montrent -. Suit pour peu que l’on s’abandonne, une émotion, ils ont une audace et un sens aiguë de la force de vie de la nature, qui sans être hédoniste est assez rare sur un écran. Même si ce film connaît une dernière partie plus faible – il semble y avoir plusieurs fausses fins -, le film décontenance, on comprend que l’on puisse y rester complètement hermétique. Côté autres interprètes on retrouve Sabine Haudepin, grande inexploitée, Jacques Nolot, Philippe Katerine d’une étonnante fausseté et la radieuse Hélène de Saint-Père, la seule avec Amira Casar a donner un peu de chair à ce film finalement assez pudique. Si Daniel Auteuil et Sabine Azéma semble donner au film une certaine distance, ils sont formidables de justesse. Ce film sans être la grande œuvre annoncée, « La brèche de Roland » et « Un homme, un vrai » me semblaient plus aboutis, il laisse augurer la place prépondérante et la singularité des frères Larrieu cinéastes. A noter l’utilisation intelligente de la sublime chanson de Jacques Brel « Les Marquises » issue de son dernier album.

LILY AIME-MOI

Michel Seydoux a eu la formidable initiative d’éditer en un DVD hommage à Patrick Dewaere, deux beaux films de Maurice Dugowson « Lily aime-moi » et « F comme Fairbanks ! ». Je traite ici du premier film tourné en 1974, histoire de déplorer combien Dewaere nous manque… Son jeu était tellement moderne, que lorsqu’on le voit, on a l’impression de voir un film tourné l’an dernier. Maurice Dugowson a débuté à la télévision, il a d’ailleurs fait beaucoup de direct – « Droit de réponse », notamment -. Il a commencé assez tard à faire des films, mais il avait une capacité à saisir les instants de grâce et avait un regard acerbe sur la société de son temps. Ce film écrit par Michel Vianey bénéficie de l’énergie communicative de ses trois principaux comédiens, Dewaere, Rufus et Jean-Michel Folon, qui se révèle non seulement à la hauteur des deux autres, mais il véhicule en plus une réelle singularité. François -Jean-Michel Folon -, se voit confier une enquête par son rédacteur en chef – Le Mockyien Maurice Vallier -, sur un OP3, un ouvrier d’usine à la chaîne, Claude vivant dans un grand ensemble – Rufus, excellent loin d’être naturaliste -. Ce dernier vient d’être quitté par sa femme – Zouzou, dans un très beau rôle de femme déçue -. François touché par son désarroi, va lui présenter un ami boxeur dynamique et cultivé, Johnny Cask,en fait il a choisi ce nom en voyant une Série B. américaine, son vrai prénom étant Gaston et qui a la particularité de finir toujours sur le tapis. Claude laisse sa petite fille chez la concierge, et le trio va partir en vadrouille et à la reconquête de Lily, réfugiée chez ses parents – Roger Blin, dans le registre « popu » et touchant et Tatiana Moukhine -.

Patrick Dewaere et Jean-Michel Folon

Ils rencontrent plusieurs personnage dont un groupe d’intellectuels – Juliette Gréco, Roland Dubillard, Andreas Voutsinas, le cinéaste Henry Jaglom, tendance chargeurs réunis – regardant Claude comme un extra-terrestre. Dugowson les égratignent avec beaucoup de mordant. Il y a des débutants excellents issus du théâtre Bernard Freyd en syndicaliste, Anne Jousset en auto-stoppeuse amusée et nymphomane et Jean-Pierre Bisson déjà impressionnant dans le rôle du frère excentrique de Flo – Juliette Gréco -, Maurice Travail bon second rôle ici en râleur dans un ascenseur. N’oublions pas la scène d’anthologie avec Miou-Miou traitant Johnny qui la drague de tout les noms d’oiseaux, ça permet de vérifier qu’elle était déjà une grande actrice. Rufus étonnant dans un rôle lunaire, inquiet et dépressif, retrouve une nouvelle énergie et une compréhension pour Lily, finissant enfin par exprimer son originalité étouffée. Johnny cavaleur invétéré sous une bonne humeur permanente se découvre meurtri et touchant, voire poétique – il boxe un oreiller -, c’est une magnifique occasion de retrouver ce comédien au sommet de sa forme et de son art. François, le plus serein des trois, dresse un constat amer mais vivant sur son sort et celui de ces amis. Zouzou, icône de ces années là, est d’une grande justesse dans ce rôle de femme étouffée par la possessivité de son mari et sa condition sociale. Comme l’explique justement, Jean-Michel Folon dans un des bonus du DVD, c’est l’amitié débordante et tonique du trio d’acteur qui a donné ce ton si passionnant au film. Maurice Dugowson a eu l’intelligence de suivre cette bonne humeur, tout en laissant un instantané très lucide de son époque et les dures contraintes de du quotidien. Après « F comme Fairbanks » (1975), il devait réaliser « Au revoir… à lundi » (1978), « Sarah » (1982) et « La poudre aux yeux » (1993), avant de mourir prématurément en 1999.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Henri Genès

Henri Génès dans « Justinien Trouvé… »

Annonce de la mort du sympathique Henri Génès, ce Tarbais, ancien rugbyman était représentatif de cette bonhomie du Sud-Ouest (rien de péjoratif de ma part, y provenant également et étant Basque de surcroît ce qui n’arrange rien…). Beaucoup de ses chansons restent amusante à notre mémoire, même si l’on ne se souvient plus trop de son 45 tours « On est les minets de la plage » en duo avec… Jean Lefebvre. Il a beaucoup d’opérettes à son actif. Il devient une figure populaire au cinéma, rien de transcendant il est vrai, mais on se souvient particulièrement de son personnage de Julien, dans les oeuvres initiées par Ray Ventura « Nous irons à Paris » (1949) et « Nous irons à Monte-Carlo » (1951). Il est celui qui met de l’ambiance, à l’image de la troisième mi-temps chère aux joueurs de rugby, il était le supporter le plus enthousiaste dans « Allez France ! » (1964) de Robert Dhéry avec lequel il a tourné « Le petit baigneur » (1967), également, détonnant particulièrement dans le légendaire calme britannique. Il était un remarquable « Annibal de Coconas » dans « La reine Margot » (Jean Dréville, 1954) gardant une certaine décontraction même en plein massacre de la St-Bathélémy.

Il campe souvent les bons copains sur lequel on peut compter à l’instar de l’ami fidèle de Claude Dauphin qui l’aide à sortir de sa réserve dans « La petite chocolatière » (1949). Gérard Oury l’utilisait beaucoup à l’image du serviable employé du zoo, père de Marie Dubois, dans « La grande vadrouille » (1966), et Claude Sautet lui confit un rôle décalé d’investisseur venu de Bruxelles, mais gardant bien sûr son fameux accent. On peut déplorer qu’il fut le seul avec Gérard Mordillat, « Vive la sociale ! » (1983), à utiliser son image autrement. Il devient la figure de l’artisan local, le cafetier chaleureux ou le prêtre se révélant rassurant malgré ses apparats dans « Justinien Trouvé… ». Il se retrouve souvent dans « La garde rapprochée » des films avec Louis de Funès. Il était un grand pourfendeur de nanar, on se souvient de son curé Truffard qui sortait en costume de bain de la mer, pour surprendre Paul Préboist parti évangélisé des adeptes du nudisme dans le « Kolossal » « Mon curé chez les nudistes » (Robert Thomas, 1982). Il fut aussi un « bon client » à la télévision avec des émissions comme « Système deux », « Alors raconte », « La classe » et « La chance aux chansons ».

Henri Génès dans « Nans le berger »

Filmographie : 1945  La ferme du pendu (Jean Dréville) – 1946  Plume la poule (Walter Kapps) – 1949  Nous irons à Paris (Jean Boyer) – La petite chocolatière (André Berthomieu) – 1950  Les amants de Bras-Mort (Marcel Pagliero) – Pigalle Saint-Germain-des-Prés (André Berthomieu) –  1951  Nous irons à Monte-Carlo (Jean Boyer) – Parigi è sempre Parigi (Paris est toujours Paris) (Luciano Emmer) – 1952  Au diable la vertu (Jean Laviron) – Cent francs par seconde (Jean Boyer) – Une fille dans le soleil (Maurice Cam) – Les détectives du dimanche (Claude Orval) – Femmes de Paris (Jean Boyer) – 1953  Jeunes mariés (Gilles Grangier) – L’œil en coulisse (André Berthomieu) – Soir de Paris (Jean Laviron) – 1954  La reine Margot (Jean Dréville) – 1955  Ces sacrées vacances (Robert Vernay) – La rue des Bouches Peintes (Robert Vernay) – Coup dur chez les mous (Jean Loubignac) – Trois de la Canebière (Maurice de Canonge) – 1956  Trois de la marine (Maurice de Canonge) – 1964  Allez France ! (Robert Dhéry) – Le corniaud (Gérard Oury) – 1966  La grande vadrouille (Gérard Oury) – 1967  Le petit baigneur (Robert Dhéry) – 1968  Le cerveau (Gérard Oury) -Les gros malins (Raymond Leboursier) – 1970  L’homme qui vient de la nuit (Jean-Claude Dague) – 1974  En grande pompe (André Teisseire) – Le pied ! (Pierre Unia) – Le rallye des joyeuses (Serge Korber) – Sexuellement vôtre (Max Pécas) – 1977  L’animal (Claude Zidi) – Ça va pas la tête (Raphaël Delpard) – 1978  Embraye bidasse… ça fume ! (Max Pécas) – Artignosse à Paris (Jacques Soumet, CM) – Le gendarme et les extra-terrestres (Jean Girault) – 1979  L’avare (Jean Girault & Louis de Funès) – Sacrés gendarmes (Bernard Launois) – 1980  Touch’ pas à mon biniou (Bernard Launois) – 1981  La soupe aux choux (Jean Girault) – Prends ta Rolls et va pointer (Richard Balducci) – 1982  Le braconnier de Dieu (Jean-Pierre Darras) – Mon curé chez les nudistes (Robert Thomas) – 1983  Garçon ! (Claude Sautet) – Vive la sociale ! (Gérard Mordillat) – 1984  Y a pas le feu… (Richard Balducci) – 1985  Le facteur de Saint-Tropez (Richard Balducci) – 1989  Le provincial (Christian Gion) – La fille des collines (Robin Davis) – 1991  L’écrou (Jean-Pierre Vedel, CM) – 1992  Justinien Trouvé ou le bâtard de Dieu (Christian Fechner).

Henri Génès avec Jeannette Batti, source Anao

Télévision (notamment) : 1966  L’amour en papier (François Chatel) – 1967  Le trésoir des moines (François Chatel) – Les créatures du bon Dieu : Un fauve pour le week-end (Jean Laviron) – 1976  Nans le berger : Arnaude (Bernard-Roland) – 1977  La lune papa (Jean-Paul Carrère, série TV) – Allez la rafale ! (Yannick Andréi, série TV) – 1978  Viva Napoli (Pierre Pradines, captation) – 1979  Le facteur de Fontcabrette (Bernard-Roland) – 1980  À la Jamaïque (Paul Renty, captation) – 1981  Les amours des années folles : Un mort tout neuf (François Chatel) – Anthelme Collet ou le brigand gentilhomme (Jean-Paul Carrère) – Fini de rire, fillette (Edmond Tyborowski) – 1982  Paris Saint-Lazare (Marco Pico) – 1983  Liebe läßt alle Blumen blühen (L’attrapeur) (Marco Serafini) – 1984  Les enquêtes du commissaire Maigret : L’ami d’enfance de Maigret) – La terre et le moulin (Jacques Ertaud) – 1985  Madame et ses flics : Le prix du cadavre (Roland-Bernard) – 1986  Madame et ses flics : Spécial bavure (Roland-Bernard).

Mise à jour du 04/08/2009

Pour rappel : Mort de Brock Peters, voir forum de DVD Classik. Musicien et comédien, il était célèbre pour son rôle du client innocent de l’avocat joué par Gregory Peck dans « Du silence et des ombres »  (Robert Mulligan, 1962). Voir également sa filmographie dans Les gens du cinéma.

THE JACKET

Ca commence en pleine « guerre chirurgicale » en 1991 durant la guerre du golf, avec quelques images vidéo troubles de guerre aseptisées, le soldat Jack Starks, entend parfaitement la voix d’un enfant dans les fracas des bombardements, on commence à se poser des questions… Blessé, il retourne péniblement à la vie, en prise avec quelques démons et sous médicaments. Un bon moment on pense que l’on va voir une resucée de « L’échelle de Jacob », un bon film a réévaluer signé Adrian Lyne (si, si Adrian Lyne…, je sais ça peut surprendre). Le zigue Jack va t’il devenir un cobaye ? Mais non il se promène dans une campagne enneigée et glacée, rencontre une mère en panne complètement saoule –Kelly Lynch pas vraiment mise en valeur –  avec sa fillette, il poursuit son chemin… et c’est le drâââme ! Ca se poursuit dans un asile psychiatrique, dirigé par le monolithique docteur Becker – Kris Kristofferson, parfait -, qui a des méthodes controversées limite torture. Sa méthode est de laisser ses patients dans un casier mortuaire dans le noir complet, le sieur Brody se retrouve donc encasieré vivant. Ca réveille chez lui des hallucinations, des images brutales, manque de pot on n’est pas chez Poe, il finit par visiter d’autres dimensions histoires de passer le temps…

Adrian Brody, toujours volontaire pour les rôles à oscar…

Oscarisé Brody commence à poser problème, après son interprétation en surcharge dans « Le village », il nous régale de quelques tics d’acteurs, alors qu’il est était vraiment bon dans « Le pianiste » chez Polanski. Suit la litanie du film de série vite oubliable, histoire d’accuser le coup dans l’essoufflement actuel du cinéma fantastique. On dirait un premier film roublard, mais le réalisateur John Maybury a du métier et avait même réalisé un film honorable sur Francis Bacon « Love is the devil » avec une composition très réussie de Derek Jacobi. C’est une fausse bonne idée pour le tandem de producteur Steven Soderbergh / George Clooney d’être allé le chercher.

Reste une distribution intéressante, surtout l’impeccable Jennifer Jason Leigh, qui amène une certaine ambiguïté et a une présence indéniable, plus le retour de Kelly Lynch qui a gardé son charme intact, Daniel Craig en brun qui cabotine allégrement – pour le coup on se met à penser qu’il pourrait faire un James Bond crédible – de même pour Brad Renfro et Keira Knightley, dont la moue suffit à palier les manques de son jeu. Bof… Bof… Sur un thème analogue, on peut préférer à ce film le magistral et original « Je t’aime, je t’aime » (Alain Resnais, 1967), sur certaines expéditions dans l’espace temps.

LES BIENFAITS DE LA COLÈRE

« Les bienfaits de la colère – The upside of Anger » est un film du comédien Mike Binder. Le titre n’est pas très engageant pourquoi pas « Les raisons de la colère » (arf, arf), mais c’est typiquement le film dont on attend rien de particulier qui s’avère une bonne surprise. Le film a pour personnage central Terry Wolfmeyer, mère de quatre filles – sans docteur March, cette fois&hellip -, qui a la particularité d’afficher une perpétuelle mauvaise humeur. Son mari vient de la quitter, sans explications, tout comme sa secrétaire suédoise de surcroît, le lien est vite établit… Les quatre filles – la plus jeune « Popeye » ayant 15 ans, – sont relativement autonomes, elles préparent le  traditionnel repas familial, la vie semble reprendre sonc ourps. Elles rivalisent de charme, dans ce quartier résidentiel, véritable image d’Épinal de la famille américaine aisée, mais la mère exemplaire n’arrive même pas à noyer sa détresse dans la vodka, baisse les  bras, la rancune tenace, multiplie les gaffes avec l’aînée plutôt en froid avec elle, et se met à végéter clope au bec devant la TV.  Arrive le voisin pote de son mari, ancienne star de base balle, buveur de bière invétéré, et animateur radio à l’occasion qui vivote plutôt bien en signant quelques balles qui deviennent par idolâtrie objet de culte rentable. Les deux individus vont se rapprocher pour une histoire de terrain, et vont partager un alcoolisme mondain, la belle n’étant pas vraiment commode. Elle envoie valdinguer son personnage distingué habituel avec une grande force.

Kevin Costner et Joan Allen

Mike Binder a dû adorer les comédies de Blake Edwards, et nous propose un film particulièrement réjouissant sur les personnages adultes, et a écrit un très beau rôle pour la fabuleuse Joan Allen – sa partenaire dans le film « Manipulation » – , particulièrement détonnant dans le cinéma hollywoodien traditionnel particulièrement rétif avec les femmes de plus de 25 ans, c’est suffisamment rare pour le signaler. Kevin Costner se révèle très drôle, s’amusant visiblement avec son image passée de héros viril – il jouait déjà au base-ball dans le sympathique « Duo à trois », le cornichon « Jusqu’au bout du rêve » et dans « Pour l’amour du jeu » -. Il assume son côté sans-gêne et désinvolte, avec un formidable abattage, fait preuve d’une grande dignité dans ses choix et ses erreurs. Les personnages des filles sont assez schématiques, le cinéaste n’évite pas une certaine mièvrerie moraliste  – mais qui peut se comprendre si on prend le point de vue de la cadette – et a un petit côté « ventre mou », mais ces petits défauts n’enlève rien à la réussite de l’ensemble. On rit volontiers et à noter que Mike Binder s’est donné le plus mauvais rôle dans un personnage assez veule et finalement bien maltraité. L’alcolisme est montré de manière décomplexée et le désarroi d’une femme abandonnée à son sort sonne très juste. Plaisant, le ton incorrect de ce film est vraiment très plaisant, à recommander vivement en cette période de disette estivale.

STAN THE FLASHER

C’est le quatrième et dernier film de Serge Gainsbourg. Il ne manque le visionnement d’ « Équateur », actuellement enregistré sur le câble, mais qui risque volontiers de dormir un peu sur une VHS, à la lecture de la critique du film de l’excellent blog de  Pierrot. Ca faisait un moment que je souhaitais voir ce film, trouvé enfin dans ma bibliothèque municipale qui est visiblement un bonus d’une intégrale. Ca commence plutôt mal, Claude Berri récite la fameuse tirade de Shakespeare, « To be or not to be », il donne des leçons particulières à des jeunes. A l’entendre, on remarque qu’il n’a fait aucun progrès depuis qu’il se moquait de lui-même dans son film « Le cinéma de papa » (1970), jeune acteur il se faisait virer d’une production américaine, devant son anglais hésitant sous les yeux ébaubis de Jacques Marin. La suite est un recyclage Gainsbourg, dont l’esthétisme vire à un long clip de 70 mn, il s’auto cite beaucoup, nous ressort certains aphorismes et son goût pour les jeux de mots tendance « Almanach Vermot », le temps vire au long. Ce dernier film est visiblement l’œuvre de trop, pour ce Gainsbar à bout de course, qui s’égarait dans de pitoyables prestations télévision et qui tirait à la ligne pour des chansons sans grands intérêts. C’est vraiment dommage au regard de son œuvre magistral, et surtout de son premier film « Je t’aime, moi non plus » qui conciliait un grand sens artistique et une provocation salutaire.

Élodie Bouchez & Claude Berri

Stan Goldberg, bande mou, délaisse Aurore Clément, qui commence à inaugurer son registre de grande bourgeoise oisive, supporte un jeune élève et craque sur les charmes naissants d’une certaine Natacha. C’est joué par une certaine Élodie, en fait c’est Élodie Bouchez qui minaude de manière éhontée, pose de manière assurée, on a vraiment du mal à voir la future interprète de la « Vie rêvée des anges », mais c’est peut être dû à la direction de Gainsbourg. La raison de Stan vacille, il cite « Gros dégueulasse » de Reiser, – « jaune devant, marron derrière », il adopte un comportement borderline, succombant à la fausse naïveté de la « p’tite pisseuse » Natacha. Il faut saluer la performance de Claude Berri acteur, qui dans cette entreprise assez vaine, se jette bec et ongles, et sans fausses pudeurs, dans ce rôle, reprise en long de son personnage dans « L’homme blessé » de Patrice Chéreau (1982). Son exhibitionnisme devient même touchant, il se sert de la lourdeur de son corps et des contradictions de son personnage, il arrive à donner une trace d’humanité dans ce salmigondis paresseux. Une petite série de guests fantomatiques arrivent pour aider ce court-métrage, à dépasser les 60 mn. Richard Bohringer, tendance petit matin blême après nuit arrosée, Daniel Duval en père violent, Jacques Wolfsohn en pote de Stan – c’était un proche de Gainsbourg, et non son pseudonyme comme le créditait sa fiche IMDB ! avant correction -, et même Gainsbar himself – non crédité -, qui prend même la seule citation acceptable du film (« To be or not to be : question-réponse »). Seul Michel Robin dans un rôle assez grotesque de tueur poète, arrive à tracer une originalité, à nous amener dans un climat d’angoisse curieuse, preuve qu’un grand comédien peut tirer quelque chose de ce semblant de rôle. Côté musique, quatre notes du maître à déplorer, il vaut mieux jeter un voile pudique sur ce film au regard de l’authentique génie de Gainsbourg. Pas de label « coin du nanar,  puisque qu’il n’y a aucun plaisir à retirer ici…

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Michel Peyrelon

Il faut déplorer une fois de plus la mort d’une des figures des plus singulières du cinéma français passée sous silence en 2003 – « Les gens du cinéma », version web n’existait pas alors -. Il fait parti de ces comédiens auquel on assimile volontiers le personnage à ses rôles.  C’était l’homme que vous aimerez haïr malgré une voix douce et souvent calme. Heureusement, on peut se référer au formidable livre de Jacques Mazeau & Didier Thouart « Les grands seconds rôles du cinéma français » (Pac, 1984), hélas épuisé, qui dresse son portrait tout en nuance, nous rappelant son rigoureux parcours théâtral. Ils nous apprennent que Michel Peyrelon, avait créé sa propre compagnie , en 1960 passant des classiques aux auteurs modernes. Ils le montrent d’une grande modestie : « Je n’ai encore rien fait », déclare cet acteur envahi par le doute et très exigeant vis à vis de lui-même. Dans le court-métrage « La bonne adresse » en 1999, il monte dans le taxi d’Olivier Broche – vedette du « Voyage à Paris », pour demander à aller à l’adresse où habite précisément son chauffeur, qui s’en étonne avec bonhomie. Le spectateur craint évidemment le pire, et il y a une chute subtile du scénario. Car l’on est habitué à fréquenter Michel Peyrelon dans des rôles de fous dangereux comme son rôle marquant dans « Les seins de glace » (1974) de Georges Lautner avec lequel il a beaucoup travaillé, où il était le jardinier cerbère de Mireille Darc. Il fallait le voir accueillir le jovial Claude Brasseur de manière abrupte, déclenchant les sarcasmes de ce dernier : « …Il tient bien sur ses pattes arrières pour son âge ». Séduit par la présence troublée de sa protégée, il parvient à faire une composition saisissante avec un minimum d’attitudes et de dialogues. Il aura peu de rôles sympathiques, mais on retiendra le rôle du frère mutique de Jacques Debary dans « Rude Journée pour la reine » (René Allio, 1973), subissant sa mauvaise humeur quand il lui rend visite. Il a fait frissonné d’inquiétude plusieurs générations de spectateurs ou de téléspectateurs. Même humilié par Lino Ventura dans Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975),– il est un truand éboueur -, on est pourtant pas rassuré pour l’inspecteur, son regard se révélant glaçant même dans une situation où il ne peut se défendre. Qu’il entre dans une assemblée de truands comme dans « L’affaire Crazy Capo », un malaise s’installe d’emblée… Qu’il recueille un jeune orphelin dans le mésestimé « Justinien Trouvé… » (Christian Fechner, 1992), c’est pour lui flanquer des baffes, comme le veut son ordre… Qu’il participe à un film sur l’occupation, c’est pour jouer un collaborateur (« Mon ami le traître, 1988)… Qu’il figure dans un film en Inde en 1925, s’est pour figurer en ignoble trafiquant d’ivoire, flanqué se son acolyte joué par le formidable Serge Merlin, ne dédaignant le meurtre pour arriver à ses fins, dans le méconnu « Tusk » (Alexandro Jodorowsky, 1978). La panique n’est jamais loin avec luiÀ l’image de son magistral Schumacher de « Dupont-Lajoie » dans son rôle de notaire cauteleux, il pousse ces compagnons de vacances dans l’ignominie.  Son côté respectable n’est qu’un masque dissimulant la bassesse et la crapulerie de son personnage. Il est donc à l’aise dans le côté froid, calculateur quand il organise ses basses œuvres. Toujours chez Yves Boisset, n’oublions pas l’autoritaire et opiomane Lieutenant Keller dans « R.A.S. », le truand manipulateur dans « Folle à tuer », et le fermier qui brûle évidemment ses terrains pour avoir une assurance dans « Radio Corbeau ». Comme il est toujours formidable dans ce type de rôles, les cinéastes le cantonnent aisément dans ces emplois. Bertrand Blier l’appréciait beaucoup lui confiant un rôle de médecin, devant soigner sous la menace Patrick Dewaere dans « Les valseuses » (1973), l’un des premiers misogynes suivant le tandem Rochefort-Marielle pour prendre le maquis ! « Calmos » (1976), et il est l’un des voisins de Nathalie Baye, « Notre histoire » (1984). 

Michel Peyrelon dans « L’affaire Crazy Capoo »

Dans l’un de ses meilleurs films dans « La part du lion » (Jean Larriaga, 1971), où en sbire de Raymond Pellegrin, il note froidement dans un petit calepin tous mes faits et gestes de ses ennemis ou associés – le tandem  Robert Hossein et Charles Aznavour -. Mais il peut être un sympathique, mari dégénéré de Laura Antonelli dans « Docteur Popaul (Claude Chabrol, 1972), et il trouve un de ses rôles les plus truculents en truand « borsalinesque » dans « La scoumoune » (José Giovanni). Il y est « l’élégant », en compagnie de son âme damné « Fanfan » – excellent Philippe Brizard -, ses habitudes vestimentaires finissant d’ailleurs par lui jouer des tours… Dans « Le plus beau métier du monde » (Gérard Lauzier, 1996), il est un commissaire compréhensif, bien qu’impuissant face à un Gérard Depardieu dépassé par les événements, le jetant dehors, pour son bien, quand il veut passer une nuit en prison, et allant  même jusqu’à lui apporter des croissants. Il n’aura de cesses que de vouloir casser cette image, osant le burlesque ou les frontières du ridicule, dans « Le faux-cul » curiosité de 1975, signée Roger Hanin, il joue un espion travesti en une Mme Irma d’opérette hautement improbable, diseuse de bonne aventure pour berner un dictateur africain, qui rit sous cape à ce rocambolesque spectacle. Son personnage finit même déguisé en poule dans un cirque, un sacré festival… Dans l’attachant « Un nuage entre les dents » ‘Marco Pico, 1973), il est un travesti dans un spectacle minable. Il vole même la vedette, à un Jerry Lewis pas très à l’aise et doublé par Roger Carel, dans le cornichon « Retenez-moi où je fais un malheur » (Michel Gérard, 1984), où il est un trafiquant camouflé en agent amoureux transi d’une excentrique joué par une Laura Betti déchaînée. Il sombre dans le nanar pur et dur, comme dans les films de Philippe Clair, « Les réformés se portent bien » (1978), où il incarne un capitaine forcément sadique pour mettre au pas des sous-bidasses, tire-au-flanc, sous-doués. Evidemment rendu chèvre par les cloches, il sera éconduit par sa femme – Evelyne Buyle – et même par le caricatural Daniel Derval ! caricature homophobe du gros comique qui tâche, qui préfère partir avec une femme dont il a un enfant !  Dans « Le cowboy » (Georges Lautner, 1984), il nous livre une savoureuse parodie de Don Corleone, composition qu’il reprendra dans l’un des épisodes de « Sueurs froides », aimable série TV présentée par Claude Chabrol. Il était impressionnant dans un film belge « les sept péchés capitaux » où il était un riche achetant un enfant à des pauvres. Ca manière de prononcer « Ces gens là sont ignobles » est digne d’un Saturnin Fabre déclamant « Tiens ta bougie droite » dans « Marie-Martine ». Un très grand comédien mort dans la plus totale discrétion en juin 2003 avec un spectre assez large des films d’auteur à Philippe Clair. Précisons que Claude Lelouch et Mehdi Charef l’appréciaient  beaucoup. Il était capable des nous embarquer dans des dimensions fantastiques, comme son rôle de directeur de cirque dans « Le nain rouge » (Yves Le Moigne, 1997). À noter que Michel Peyrelon a souvent participé à des films de jeunes metteurs en scènes (« Un professeur d’Américain » tourné pour l’INA, l’expérimental « Xueiv », vieux à l’envers…), dans des films expérimentaux ou marginaux, et a eu même un premier rôle, selon Thouart et Mazeau, dans « Véronique ou l’été de mes treize ans » de Claude Guillemin, aux côtes d’Anouk Ferjac. Derrière ses compositions de monstres, on devinait une sensibilité certaine, reste à savoir si ce comédien cultivé avait souffert de ses rôles inquiétants.

Filmographie : 1962  Un mari à prix fixe (Claude de Givray) – 1963  Les vierges (Jean-Pierre Mocky, rôle coupé au montage ?) – 1969  Un condé (Yves Boisset) – 1970  Vertige pour un tueur (Jean-Pierre Desagnat) – Un beau monstre (Sergio Gobbi) – Valérie (Tadeusz Matuchevski, inédit) – 1971  La part des lions (Jean Larriaga) – Biribi (Daniel Moosmann) -1972  Docteur Popaul (Claude Chabrol) – Le fils (Pierre Granier-Deferre) – La scoumoune (José Giovanni) – R.A.S. (Yves Boisset) – 1973  L’affaire Crazy Capo (Patrick Jamain) – Rude journée pour la reine (René Allio) – Les valseuses (Bertrand Blier) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – Les seins de glace (Georges Lautner) – Dupont-Lajoie (Yves Boisset) – Véronique ou l’été de mes treize ans,(Claudine Guillemin) – 1975  Le chat et la souris (Claude Lelouch) – Adieu poulet (Pierre Granier-Deferre) – Folle à tuer (Yves Boisset) – Le faux-cul (Roger Hanin) – Le bon et les méchants (Claude Lelouch) – Calmos (Bertrand Blier) – Les oeufs brouillés (Joël Santoni) – 1976  Dora ou la lanterne magique (Pascal Kané ) – 1977  L’imprécateur (Jean-Louis Bertucelli) –  Un professeur d’américain (Patrick Jeudi, inédit en salles, mais diffusion TV [Caméra je]) – 1978  Ils sont fous ces sorciers (Georges Lautner) – One Two Two, 122 rue de Provence (Christian Gion) – Les réformés se portent bien (Philippe Clair) – Ces flics étranges… venus d’ailleurs (Philippe Clair) – Les égouts du paradis (José Giovanni) – Flic ou voyou (Georges Lautner) – 1979  Le gagnant (Christian Gion) – Gros câlin (Jean-Pierre Rawson) -Tusk (Alejandro Jodorowsky) – 1980  Rendez-moi ma peau (Patrick Schulmann) – 1981  Plus beau que moi tu meurs (Philippe Clair) – Xueiv (Patrick Brunie, inédit) – 1982  Transit (Takis Candilis, inédit) – Drôle de samedi / Samedi, samedi (Bay Okan) – Anton Muze (Philippe Setbon, CM) – La femme ivoire (Dominique Cheminal) – 1983  Flics de choc (Jean-Pierre Desagnat) – Retenez-moi… ou je fais un malheur ! (Michel Gérard) – 1984  Le voyage d’Antoine (Christian Richelme, CM) – Le cowboy (Georges Lautner) – 1985  Suivez mon regard (Jean Curtelin) – 1986    Miss Mona (Mehdi Charef) – La vie dissolue de Gérard Floque (Georges Lautner) – 1987  Camomille (Mehdi Charef) – 1988  Mon ami le traître (José Giovanni) – Radio corbeau (Yves Boisset) – 1989  Feu sur le candidat (Agnès Delarive) – 1990  Un vampire au paradis (Abdelkrim Bahloul) – 1991  Les sept péchés capitaux (Béatriz Florez Silva, Frédéric Fonteyne, Yvan Le Moine, Geneviève Mersch, Pierre Paul Renders, Olivier Smolders & Pascal Zabus)  – deux épisodes, dont « La pureté », d’Yan Le Moine) – 1992  Une journée chez ma mère (Dominique Cheminal) –  Les visiteurs (Jean-Marie Poiré) –  1994  Le grand blanc de Lambaréné  (Bassek Ba Kabhia) – 1996  Le plus beau métier du monde (Gérard Lauzier) – Monsieur Paul (Gérard Goldman, CM) – 1997  À fond la caisse (Vincent Rivier, CM) – Le nain rouge  (Yvan Le Moine) – 1999  La bonne adresse (Gérard Goldman, CM) – 2000  Trois petits monstres et puis s’en va (Vincent Weil, CM) – 2002  Merguez, panini, kebab, Jambon-beurre (Stéphanie Aubriot & Nicolas Acker, CM)  

Télévision : 1962  Hélène (Claude Dagues) – 1963  Fortune (Henri Colpi) – 1966  Au théâtre ce soir : Topaze (Pierre Sabbagh) – 1968  Les Burgraves (Maurice Cazeneuve) – 1973  Arsène Lupin : Herlock Sholmes lance un défi (Jean-Pierre Desagnat) – 1975  Plus amer que la mort (Michel Wyn) – Splendeurs et misères des courtisanes (Maurice Cazenave, mini-série) – 1976  La grande peur (Michel Favart) – 1977  Commissaire Moulin : Marée basse (Jacques Trébouta) – Le naufrage du « Monte Cristo » (Josée Dayan) – Les samedis de l’histoire : Un été Albigeois, la grève des ouvriers verriers de Carmaux (Jacques Trébouta) – Banlieue sud-est (Gilles Grangier, mini-série) – Les héritiers : Le codicille (Jacques Trébouta) – 1978  Jean-Christophe (François Villiers, mini-série) – Cinéma 16 : Le rabat-joie (Jean Larriaga) – Aurélien (Michel Favart, mini-série) – Messieurs les ronds de cuir (Daniel Ceccaldi) – Sam et Sally : Week-end à Deauville (Nicolas Ribowski) – Sam et Sally : Lili (Nicolas Ribowski) – 1979  L’orange amère (Roger Hanin) – Cinéma 16 : Deux femmes aujourd’hui (Daniel Moosmann) – L’éclaircie (Jacques Trébouta) – Une femme dans la ville (Joannick Desclercs) – 1980  Le noeud de vipères (Jacques Trébouta) – Le roman du samedi : Le coffre et le revenant (Roger Hanin) – Fantômas : L’étreinte du diable (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) – 1981  Le roman du samedi : Mémoires de deux jeunes mariés (Marcel Cravenne)  – Henri IV (Jeannette Hubert, captation) – Cinéma 16 : La jeune fille du premier rang (Pascal Lainé ) – 1982  Julien Fontanes : Une fine lame (François Dupont-Midy) – 1983  Trois morts à zéro (Jacques Renard) – La vie de Berlioz (Jacques Trébouta) – 1984  Disparitions : Double fond (Yves Elléna) – Dis, dis-moi que tu m’aimes (Yves Barbara, MM) – Rue Carnot (plusieurs réalisateurs) – Chateauvallon [épisode 12] (Serge Friedman) – 1985  Série noire : Pitié pour les rats (Jacques Ertaud) – Messieurs les jurés : L’affaire Gadet (Gérard Gozlan) – Le regard dans le miroir (Jean Chapot) – 1986  Madame et ses flics : Le corbeau informatique (Roland-Bernard) – Catherine (Marion Sarraut, série) – Cinéma 16 : Domicile adoré – Do-Mi-Si-La-Do-Ré (Philippe Condroyer) – L’heure Simenon : Un nouveau dans la ville (Fabrice Cazeneuve) – 1987  Marie Pervenche : La dernière patrouille (Claude Boissol) – Un nouveau dans la ville (Fabrice Cazeneuve) – Une occasion en or : Les mémés sanglantes (Bruno Gantillon) – Marc et Sophie : A star is bône (Georges Bensoussan, CM) – Le grand secret (Jacques Trébouta) – Nuit d’enfer (Philippe W. Guillaume) – Deux maîtres à la maison : Sentiments distingués (Philippe Galardi) – 1988  Marc et Sophie : Nous ne maigrirons pas ensemble (Georges Bensoussan, CM) – Marc et Sophie : Adam et chèvre (Ariane Adriani, CM) – Sueurs Froides : Black Mélo (Philippe Setbon, CM) – M’as-tu-vu ? : Maquillage (Éric Le Hung) – Le crépuscule des loups : Dans le labyrinthe (Jean Chapot) – Marie Pervenche : Boomerang (Serge Korber) – La comtesse de Charny (Marion Sarraut, série) – 1989  Blaues Blut : Der skandal (Robert Young) – La vie Nathalie (Pierre Goutas, série) – V comme vengeance : Un amour tardif (Patrick Jamain) – Le masque : La radio (Yves Barbara) – Le système Navarro : Strip show (Gérard Marx) – Panique aux Caraïbes : Quelques dollars de plus (Jean-Claude Charnay) – 1990  Sniper (Klaus Biedermann) – Deux flics à Belleville (Sylvain Madigan) – V comme vengeance : Plagiat et meurtre (Bernard Queysanne) – Les hordes (Jean-Claude Missiaen, mini-série) – 1991  Scoop : Années de plume, années de plomb (Nicolas Ribowski) – Lola : Lucette et le boucher (Laszlo Szabo, CM) – Piège pour femme seule (Gérard Marx) – 1992  Vacances au purgatoire (Marc Simenon) – 1993  Inspecteur Médeuze : Poulet fermier (Philppe Triboit) – Un comissario a Roma : Una chiave (Luca Manfredi) – Commissaire Dumas D’Orgheuil : John (Philippe Setbon) – Chute libre (Yves Boisset) – Le tunnel (Yves Boisset) – 1995  Quatre pour un loyer : Le baron se marie (Georges Barrier, CM) –  1999  L’enfant de la honte (Claudio Tonetti) – 2001  Médée (Don Kent, captation).

 Théâtre (source Arte) : Après une formation auprès de Jean Dasté et à l’école du TNS et débute dans La Mort de Danton de Buchner avec Jean Vilar. Pour sa compagnie – Théâtre 43 – il présente et interprête Sartre avec Huis-Clos, Beckett avec Fin de Partie, Maturin avec Bertram, Calderon avec La vie est un songe, Rosewitz avec Le Dossier, Marivaux avec Le petit Maître corrigé et Molière avec Le Bourgeois Gentilhomme. Il crée en France Fando et Lis d’Arrabal, Les deux Jumeaux de Benayoun, L’escalier de Silas de Geneviève Serreau. Il a travaillé également sous la direction de Stuart Seide dans Hôtel de l’Homme Sauvage de J.P Fargeau, Alain Françon dans L’Ordinaire de Michel Vinaver, Pierre Romans dans La Dame aux Camélias, Jean-Luc Boutté dans La Volupté de l’Honneur de Pirandello, Lluis Pascal dans Le Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega, Jean Lacornerie dans Diabelli d’Hermann Burger, Saint Georges chez les Brocchi de Gadda, Come Adesso de Delgiudice, Kleist de Grosjean, Quand tombent les toits d’Henri Michaux et Eva Peron de Copi, Jean-Paul Lucet dans Un Faust Irlandais de Durrell, Michèle Marquais dans Don Carlos de Schiller, Jorge Lavelli dans Slaves de Tony Kushner et Jean-Christophe Sais dans Sallinger de Koltès. Pour Jacques Lassalle, il joue dans La Bonne Mère de Goldoni, Bérénice de Racine, Andromaque d’Euripide, L’Homme difficile d’Hofmannsthal, La vie de Galilée de Brecht et Tout comme il faut de Pirandello.  

ZIM & CO

On est de prime abord surpris par la tonalité assez grave de cette  comédie réussie, qui traduit une inquiétude sourde de parent d’élèves. Pierre Jolivet est toujours à l’aise avec l’air du temps et soucieux de ne pas tomber dans les clichés. Si on a du mal à voir en Adrien Jolivet, à la présence un peu envahissante – + B.O. en prime -, autre chose qu’une jeune projection de son père, Naidra Ayadi, Mhamed Arezki et Yannick Nasso font preuves d’un formidable abattage. Le film est centré Victor Zimbietrovski, dit Zim, et de ses amis Safia aux prises avec son patron qui l’exploite – un tempérament, Abbes Zahmani -, Cheb bricoleur génial et Arthur carrossier, redoutant l’autorité de son père – Maka Kotto, formidable comédien et l’un des comédiens fétiches de Jolivet, il fait preuve ici d’une autorité bienveillante -. Jolivet s’amuse avec les situations, et avec son scénariste Simon Michaël est conscient des risques, le trio de garçons « black/blanc/beur » de étant comparé à un « casting pour pub Benetton », par un pote. Le petit groupe se laisse vivre tranquillement en bricolant ou accumulant les petits boulots au « black ». « Zim » lui est obligé de comparaître devant un juge après un accident, après une petite fumette, on lui lui promet de faire de la prison, le système de la double peine s’appliquant après un incident mineur, il a la surpise de découvrir qu’on  lui reproche une récidive de délit de fuite. Il doit revenir avec des fiches de paies, et doit obtenir « une caisse » pour obtenir un travail.

Yannick Nasso, Adrien Jolivet, Mhamed Arezki et Naidra Ayadi

Nathalie Richard dans le rôle de la jeune mère de Zim, nous offre une composition particulièrement subtile en mère « débrouille » – elle fait des travaux de plomberie -, partagée entre son rôle maternel et celui de la bonne copine, elle éblouissante dans la scène où elle apprend que son fils lui a dissumulé ses tracas. Nos jeunes amis doivent faire preuve de débrouillardise face un monde adulte plus qu’hostile, à l’image du chauffeur vindicatif joué avec verve par Michel Fortin – il était présent dans un des précédents films de Jolivet : « Strictement personnel » -. On flirte souvent avec la caricature avec les adultes – tous très bien joués-, la trop rare Nada Stancar en examinatrice féroce (et raciste) d’auto-école, Jean-Claude Frissung en ouvrier bègue combinard et touchant, Guilaine Londez en juge sévère, Pierre Diot en entrepreneur désinvolte, Éric Prat en vendeur de polo par petites annoncesetc…, mais sans trop y tomber. Pierre Jolivet nous dresse un portrait attendri, sans misérabilisme, critique les dérives de son temps et de notre système tout en nous proposant une comédie enlevée, autour de ce petit groupe solidaire et dynamique. A recommander vivement, cet oeuvre proposant une vision plus juste et non spectaculaire de la banlieue.

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Annonce de la mort d’Eva Renzi, dont on se souvient de son personnage torturé dans « L’oiseau au plumage de cristal » de Dario Argento.

LA CLOCHE A SONNÉ

Autant annoncer la couleur, je suis client de Fabrice Luchini, récitant le bottin ou du Friederich , déclamant les chansons de Salvatore, dans les films de Rohmer, dans « Tes folle ou quoi ? », dans les émissions de télé tendance promo ou quand je l’ai vu signer dans un salon des livres de Louis-Ferdinand !. Il m’a même aidé à passer le blues des fêtes de fin d’années 2004, avec la captation de son « Knock », célèbre pièce de Jules Romain, diffusée sur France 3. Il est formidable dans « La cloche a sonné », dans la délectation des mots, comme dans l’abattement. Il y a de grands moments de jubilation grâce à lui, sa manière de perdre de fil quand on lui parle de démocratie, d’utiliser la raideur de son corps et faire d’incroyables mimiques. Il sait se renouveller toujours, ici en grand gourou, mais est-ce suffisant pour sauver un film…

Fabrice Luchini

Mais ce film n’est rien de plus qu’un remake du « Psy » de Philippe de Broca (1980), d’après Gérard Lauzier, les personnages n’étant définis que par leurs névroses seulement. Si François Cluzet se montre hilarant en réfractaire et Amira Casar dans le rôle de Véra, compagne déboussolée et humiliée de Simon -on voudrait en savoir plus sur son personnage -, sont excellents, il est vraiment rageant de voir ainsi galvaudé les tempéraments d’Elsa Zylberstein – qui devait après son rôle de Christine Angot vouloir tenter quelque chose de plus léger -, d’une Valérie Bonneton, pourtant excellente, d’un Cartouche, d’un Arno Chévrier, d’une Coralie Zahorero, sans oublier Vincent Martin en paysan roublard. Malgré un bon début le film retombe comme un soufflet, mais on peut faire preuve d’indulgence car l’on rit tout de même. Dommage pour son réalisateur Bruno Herbulot, après des années de téléfilms…