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TOURNÉE

Avant-première à l’UGC-Ciné-cité le 08/06/2010 du film de Mathieu Amalric, en sa présence. L’occasion de découvrir un film très attendu depuis sa présentation à Cannes, – voir l’animation festive de l’équipe dans le poussif « grand journal » de Canal+ notamment -. La visite de son réalisateur dans ce multiplex avait une résonnance particulière quand l’on repense à son texte caviardé lu par Antoine de Caunes à la soirée des Césars voir Les cahiers du cinéma. (1) L’histoire : Joachim Zan – nom de la propre mère du réalisateur -, fait un retour en France, après quelques temps d’exil. Il y semble désormais tricard  dans les milieux de la télévision et se retrouve comme producteur-régisseur de la tournée de danseuses excentriques et généreuses, le New Burlesque. L’histoire se passe sur trois jours, dans une ambiance fébrile, il doit faire face aux contraintes de la tournée aux quatre coins de l’hexagone. Il doit déplorer la défection du directeur d’un théâtre parisien, s’occuper un jour de ses enfants. Il tente également de reconquérir sa position dans les milieux du spectacle, alors qu’il s’est mis tout le monde à dos. La genèse de ce film vient d’un texte de Colette, « L’envers du Music-Hall ». Chemin faisant est née l’idée de faire une transposition contemporaine, et la lecture d’un article de Libération l’a amené vers l’idée d’un spectacle de New Burlesque. Ne voulant pas faire un documentaire et se laisser phagocyter par la personnalité exceptionnelle de ces femmes, avec son co-scénariste ils ont eu l’idée d’écrire sans chercher à les connaître intimement. Ils ont pensé au drame du suicide du producteur Humbert Balsan – à l’instar du film de Mia Hansen-Løve-, l’excellent « Le père de mes enfants ». Ils ont aussi l’idée d’intégrer ce type de personnage qui se trouverait en difficulté pour subsister artistiquement dans le contexte actuel. Balsan était l’un des derniers producteurs hors normes et derniers des mohicans comme Gilles Sandoz et surtout Paolo Branco. Amalric a rencontré Branco durant ses années où il était stagiaire sur les films – depuis l’âge de 17 ans -, et il fut pressenti, mais il ne correspondait plus au souvenir initial. Amalric précisait qu’il était le seul finalement à ne pas savoir qu’il allait jouer ce personnage dans le film. Le débat fut passionnant, et de mémoire de spectateur, j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi disert, passionné et enthousiaste, pour une mémorable soirée. Son réalisateur fut ému de l’accueil enthousiaste du public – l’un des premiers payant – dans la grande salle 15. Les échanges furent intéressants, de la volonté de donner un climat documentaire à un film très écrit et très réfléchi, dans un climat « cassavetien » pris sur le vif. Il n’élude pas cette référence, assumée, on peut parler d’une continuité avec John Cassavetes, il parle de son personnage comme d’un spectateur de celui joué par Ben Gazzara, Cosmo Vitelli, qui parle avec ses filles comme lui dans « Meurtre d’un bookmaker chinois », film auquel il est impossible de ne pas penser.

Une habituée, la manche de « mézigue » (de l’art d’esquiver les photos…), une autre (charmante) habituée, Mathieu Amaric et Pierre Bénard (directeur de l’UGC de Bordeaux), [Private joke] – photo source facebook : Photos de UGC Ciné Cité Bordeaux – Avant premières

On peut admirer sa capacité à digérer ses influences et en tirer matière dans son univers, tel le « comportement de merde sur un socle » lors de l’affrontement entre son personnage et celui joué par Damien Odoul, venant de la correspondance de François Truffaut en désaccord avec Jean-Luc Godard. On remarque donc trois metteurs en scène comme acteurs, André S. Labarthe, figure tutélaire de la cinéphilie par la télévision, auquel Amalric est redevable, Pierre Grimblat, avec qui il a un lien de parenté, en figure patriarcale de grand producteur de spectacle et Damien Odoul, dont il rapprochait son amitié effective en relation fusionnelle, amicale amour-haine où ils semblent tous deux avoir leurs raisons. Pour l’anecdote Damien Odoul étant lutteur, et Amalric ayant appris à tomber lors du tournage de « Quantum of Solace », ils nous livrent une scène d’une redoutable efficacité. Le moindre petit rôle est étonnant, citons la formidable Anne Benoît en caissière inconditionnelle du spectacle, elle a amené beaucoup à son personnage selon son réalisateur, ou Aurélia Petit en préposée à la station service, passante d’un soir. Les interprètes du New Burlesque sont tous formidables et attachants. Les réponses aux spectateurs furent un régal, de la rencontre et de la découverte des danseuses américaines, du dialogue franco-américain, préparé avec une coach, et ce jeu de passage d’une langue à l’autre – en fait 60% du dialogue est français, pour des raisons de financement. Très sollicité comme comédien pour son grand talent avec des propositions « irrésistibles » comme l’excellent « La question humaine », ou le film de Resnais, Amalric a eu ainsi des difficultés à préparer son film, volant des moments à sa famille pour le préparer. Ironie du sort, au moment de tourner son film, il a eu une proposition des frères Larrieu pour « Le dernier », devant selon eux mettre un terme – sic – à son parcours d’acteur. Mais il annonce être satisfait de reprendre son parcours d’acteur avec Marjane Satrapi dans « Poulet aux prunes ». Le film est une formidable réussite on s’attache à son personnage pourtant assez opportuniste – il est sûr de son retour avec sa troupe, et d’être accueilli comme un prince. Il y a une manière singulière de filmer la France, qui semble être un no man’s land assez peu chaleureux. Il mêle avec bonheur toutes les cultures à l’exemple du mariage chinois qui manque de finir en pugilat, dans lequel on retrouve une danseuse orientale. Amalric filme ses interprètes avec chaleur, – les comédiennes sont magnifiquement belles loin de l’esthétique en cours « photoshopée » et « botoxisée ». Il y a beaucoup d’humour telle la musique de fond que l’on finit par ne plus entendre, mais qui exaspère Jonathan Zan. Amalric fait preuve de maîtrise comme metteur en scène pour son nouveau film, souhaitons qu’il arrive à concilier cette activité avec son très riche parcours de comédien.

1) Texte retiré de ce blog puisque cela semble poser problème à une agence de presse.

Les seconds rôles du cinéma français grandeur et décadence

Photo et infos source Klincksieck

Auteur en 2006 d’un remarquable « Éloge des seconds rôles » aux éditions Séguier, Carré ciné, Serge Regourd sort un nouveau livre « Les seconds rôles du cinéma français – Grandeur et décadence », paru aux éditions « Klincsieck », avec le génial Saturnin Fabre en couverture. Si l’on prend actuellement en exemple certains génériques de fin de séries françaises sur le service public, France 2 et France 4, ceux-ci sont souvent carrément invisibles soit pour laisser place à la présentation des épisodes suivants, soit pour un commentaire d’un intérêt relatif – l’ineffable Thomas Hugues pour la présentation du « Clan Pasquier » par exemple, mais bon il faut bien l’occuper… Ayant l’habitude de compléter des génériques sur IMDB pour que l’on puisse trouver des CV complets de comédiens, je n’ai pu ainsi rajouter les noms de Patrick Rocca, Sophie Barjac ou Yves Afonso dans « Sur le fil » – saison 3 – ou Geneviève Mnich et Fred Ulysse dans « Marion Mazzano ». L’intérêt un peu limité de cette anecdote est de démonter un mépris évident des comédiens non stars, de plus en plus malmenés. Ils n’ont très souvent qu’une « coquille vide » à défendre au cinéma et à la télévision. De plus en plus, si vous êtes également maniaques sur ce type de seconds rôles, on lit des noms inconnus aux génériques, alors qu’il y a peu on retrouvait pléthores de seconds rôles dans des comédies, à l’exemple du film de Michel Blanc « Grosse fatigue », ce qui est beaucoup moins courant pour les films actuels. Serge Regourd déplore ainsi le gaspillage de bien des talents. Son livre est une analyse remarquablement amoureuse et sociologique de cette évolution. Il déplore les dérives et les limites du système de « bankeybeulhisation ». En 272 pages, très référencées, il part donc des mythiques « excentriques du cinéma français » ouvrage culte, de référence, hélas épuisé d’Oliver Barrot et Raymond Chirat, avec Saturnin Fabre en couverture, et suit l’évolution de ce type de comédiens. L’auteur possède une grande connaissance du cinéma français, et nous dresse une liste exhaustive de personnalités fracassantes, avec de grands regrets sur le parcours de certains comédiens atypiques, il cite par exemple Jacques Canselier, Philippe Brizard, Arlette Gilbert, Jean Mermet, Jean-Paul Muel, Olivia Brunaux, etc…, qui n’ont jamais eu la carrière qu’ils auraient mérités. Les seconds rôles ont accompagné le cinéma français, même durant « La nouvelle vague », tel Serge Davri, Yves Afonso, Sacha Briquet ou Laszlo Szabo. Beaucoup d’interprètes peuvent heureusement compter sur le théâtre et la télévision. Le livre au-delà de son analyse sociologique est un panorama complet de nos meilleurs comédiens, il bénéficie d’une très riche iconographie, avec un grand nombre de photos très rares ou inédites provenant de la cinémathèque de Toulouse. On pourra ainsi retrouver des comédiens prolifiques comme Albert Michel, ou oubliés des dictionnaires comme Micha Bayard, Jean Luisi, Henri Cogan, etc… Jubilatoire et ludique, c’est un voyage dans l’histoire du cinéma français de Jean Abeillé à Zouzou, C’est aussi un constat lucide des évolutions économiques, et des travers actuels de ce cinéma, visant à une rentabilité immédiate. On retrouve ainsi des descriptions des oubliés des génériques. Un livre qui devrait légitimement rester à portée de main dans votre bibliothèque.

 

Marcel Dalio, Paul Meurisse et Robert Dalban dans « Le monocle rit jaune », source toutlecine.com

Profitant d’avoir trouvé son adresse sur un commentaire, j’ai donc contacté Serge Regourd pour le féliciter, il a répondu quelques questions, l’occasion de revenir sur un travail unique, amoureux et salutaire.

– D’où vous vient cet amour des seconds rôles, et cette idée de dresser une situation très juste sur le cinéma français, à travers ce prisme ?

Depuis l’enfance, ma passion du cinéma est indissociable de la part que les seconds rôles y occupent. Problème de génération : enfant, et adolescent, je lisais « Cinémonde »qui ne les ignorait pas. Il n’y avait pas, dans ces années là, d’apartheid entre les stars et les seconds rôles dont nombre d’entre-eux étaient très populaires. Mon propos fut, précisément, de prendre ces acteurs comme fil-conducteur pour mesurer les évolutions et les mutations du cinéma français.

– Il y a peu d’ouvrages sur ce thème, du mythique « les excentriques du cinéma français », de Chirat et Barrot, «Les grands seconds rôles », « Stars deuxième » désormais épuisés, alors qu’il y a beaucoup de livres anglo-saxons sur ce sujet. Yvan Foucart et Armel de Lorme, ne sont pas passés par un réseau de distribution traditionnel pour évoquer ce type d’acteurs et être publiés. D’où vient ce désintérêt ?

L’air du temps est, dans tous les domaines , celui des « vainqueurs », des « people ». Les médias, généralistes, mais aussi, hélas, spécialisés, n’accordent aucune place aux acteurs dits de seconds rôles. Seuls existent les stars, les jeunes susceptibles de le devenir, et quelques « bons clients » des plateaux télé qui sont dans les réseaux indépendamment de leur carriére artistique. Les journalistes, notamment les jeunes générations, n’ont aucune culture cinéphilique en ce domaine. De surcroît, l’escamotage contemporain des génériques à la télé ne facilite pas l’identification de ces acteurs.

–  Comment avez-vous eu accès à l’iconographie remarquable de votre livre, en partenariat avec la cinémathèque de Toulouse et quelle fut votre méthode de travail ?

Le travail d’iconographie fut énorme : des jours et des jours consacrés à chercher des photos correspondant au texte déjà écrit. J’ai procédé par titre de films, en cherchant dans la ressource photo de ces films les acteurs concernés. J’ai bénéficié de l’aide précieuse du responsable photo de la Cinémathèque de Toulouse. Sans cette formidable collection, je n’aurais pas pu parvenir à ce que je souhaitais. Chaque fois que je trouvais l’acteur que j’avais en tête, c’était comme une victoire. Mais certains, hélas, sont restés introuvables, en particulier pour les périodes récentes . A l’inverse, j’ai dû sacrifier une cinquantaine de photos par manque de place même si l’éditeur a été généreux, en acceptant d’aller sensiblement au-delà du nombre initialement prévu.

– Vous citez des réalisateurs amoureux des seconds rôles de Jean Marboeuf à Cédric Klapisch, comment expliquer l’actuelle frilosité des nouveaux cinéastes pour employer certains comédiens pourtant remarquables ?

Comme je l’explique dans le bouquin, beaucoup de jeunes réalisateurs ne connaissent pas du tout les acteurs et n’ont pas de curiosité dans ce domaine. Ils sont, par ailleurs, dépendants des diffuseurs (Télé) qui financent et n’ont d’intérêt que pour les acteurs « bankables ». Des réalisateurs comme Marboeuf, mais aussi, par exemple, Boisset ou Costa Gavras, ne tournent plus, ou quasiment plus pour le cinéma

– Les enjeux financier, et l’idée d’une rentabilité immédiate, sont elle les causes d’une sous-utilisation de ces comédiens et pensez-vous que cette situation est irrémédiable ?

Rien, sauf la mort, n’est irrémédiable mais le métier d’acteur a été bouleversé par la « financiarisation » et l’industrialisation de l’audiovisuel. De nouvelles moeurs se sont imposées :être « bankable » ou rien en quelque sorte. On doit alors regretter que l’argent public soit aussi dévoyé quand il s’agit des co-productions des télévisions publiques, ou de l’avance sur recettes du C.N.C. Dans ces cas, la primeur des critères culturels devrait permettre de choisir les acteurs sur d’autres bases que le calcul financier et le marketing.

–  Comme vous le signifiez dans votre formule Adieu les prolos, vives les bobos, vous décriez un cinéma français, coupé des réalités, depuis quand dure cette situation ?

Deux moments essentiels : la Nouvelle Vague qui début années 60 rompt avec le cinéma populaire fondé sur la multiplicité des personnages issus « des gens sans importance » au profit de leur imaginaire à l’inverse issu de la bonne bourgeoisie, et la rupture postérieure aux années 90 d’un jeune cinéma francais-type Desplechin- qui met en scène de jeunes « bobos » citadins, de préférence parisiens, dans des intrigues intimistes, des épopées minuscules évacuant les classes populaires et la logique du nombre.

–  Votre livre est un procès-verbal sur l’ingratitude du cinéma français pour bien des comédiens français, faut-il une prise de conscience des metteurs en scène, ou déplorer une absence de curiosité ?

Il s’agit bien d’une absence de curiosité dans un environnement dominé par les logiques marchandes et la superficialité d’une approche « people ». 

LE COIN DU NANAR : FATAL

Avant-première à l’UGC-Ciné Cité de Bordeaux du franco-canadien « Fatal », le 03 juin, avec une présentation sommaire de Michaël Youn, Armelle, Isabelle Furnardo et Fabrice Eboué, ce dernier faisant ses débuts au cinéma – manképluksa ! – Il y avait également un chien forcément cabot, acteur du film, mais il faut rester au générique de fin pour le voir. Le tout était vaguement animé par un animateur d’une radio N.R.Vée – un certain Yanis, je sais pourtant que ce n’est pas bien de dénoncer -, il a posé une question existentielle à son auteur, montre-t-il son cul dans le film ? Michaël Youn, casquette, chaleureux et décontracté a mis en avant ses interprètes, il annonce que c’est son meilleur travail (sic, merci pour les autres). Armelle montrait une grande timidité, Youn animait l’ensemble avec entrain, avec le classique « si vous n’aimez pas le film, envoyez les gens que vous n’aimez pas ». Programme chargé et marathon pour ces comédiens au programme, au Mégarama à 19h00, à l’UGC à 20h15 au CGR Français à 20h92, à l’Appolo de Pontault Combault à 5h20, etc… Fatal Bazooka – joué par un Youn qui ne se ménage pas – est une institution du rap, a son propre parc d’attraction, vend des parfums basés sur son odeur corporelle, et vit comme un nabab. Lors d’une party, un nouveau venu Chris Proll veut en découdre avec lui et lui voler sa place de star, en surfant sur la vague écolo. Suit une compétition à grande dose de testostérone… Stéphane Rousseau, dans ce rôle, bradpittise avec beaucoup d’autodérision, son grand talent de showman est ici au service de ce rôle de chanteur à la mode qu’il campe avec conviction. La distribution est un mélange de comédiens pas encore trop compromis à l’écran, Ary Abittan en cynique animateur tête à claque, Jérôme Le Banner proprement tordant en gros bras avec une âme d’enfant, et l’inévitable Vincent Desagnat en musicien déglingué. Eboué ne convainc pas toujours tout à fait, et Isabelle Funardo parishiltonise à souhait. D’autres comédiens plus aguerris complètent le tableau comme Armelle qui y va franco dans un personnage d’Heidi d’opérette se montrant volcanique, le toujours parfait Jean Benguigui excelle en producteur véreux et Catherine Allégret surprend en mère savoyarde adepte de l’internet. On retrouve même, et c’est un come-back, Perrette Souplex en odieuse vieille dame hospitalisée raciste et haineuse. Elle a toujours une formidable présence, souhaitons que ce soit pour elle un nouveau renouveau pour sa carrière, selon IMDB, elle serait à l’affiche de « Les amours imaginaires ». Vu dans des conditions pas trop optimales, avec 3 bobos trentenaires, assis à côté de moi, l’un dormait presque sur mon épaule, un autre utilisait allègrement son portable, le troisième jouait au foot avec le fauteuil de la spectatrice devant lui, visiblement rétive à ce sport. Au final elle se fera même insulter en prime car elle se défendait tout de même.

 

Michaël Youn & Armelle Lesniak dans « Fatal », photo source Universal Pictures International France   

Le premier film de Michaël Youn n’a rien de déshonorant. Pour rappel, la notion « coin du nanar » distingue les films pour lesquels on peut avoir de la sympathie. Malgré quelques maniérismes de mise en scène, le film a parfois un ventre mou, mais il y a une volonté évidente de garder un rythme, de faire un maximum de vannes. Il flirte carrément avec le potache, voir la scène « du pruneau cuit, pruneau cru, la statue femme fontaine ». Il y a même des moments d’authentique délire, telle la scène de l’attaque de la meule de fromage infernale dévalant une montagne, digne des meilleurs cartoons. Il égratigne les mœurs de son temps et de ses contemporains – tel le chanteur Gaëtan, on en reconnaît aisément la cible – Mine de rien, son portrait de rappeur vivant une descente aux enfers, a des échos sur sa propre personnalité, sur son comportement d’écorché vif qui voudrait tourner avec Patrice Chéreau et toujours sur la défensive, et de son expérience télévisée où il fut adulé pour être décrié au cinéma. Il y a même un constat assez amer du vedettariat, et voire même complètement désabusé, le public ne se laissant pas attendrir, ils veulent toujours plus de trash, ce que l’on constate de plus en plus, voir la dernière merdaille proposée par l’ineffable Alexia Laroche-Joubert. Il démontre toujours son talent, j’ai eu un jugement par trop réducteur pour  le cornichonesque « Incontrôlable », et  le mésestimé « Héros », ou même « Coursier » pas totalement antipathique. Selon le dernier numéro de Brazil, Michaël Youn remet le couvert en septembre prochain comme réalisateur, on ne peut que l’encourager, nous avons peut-être notre Mike Myers français.

LES MAINS EN L’AIR

Avant-première le 1er juin 2010, à l’UGC-Ciné Cité du film de Romain Goupil, « Les mains en l’air », en sa présence. 2067, dans le futur, Milana se souvient de son enfance. En 2009, des enfants du 18ème débrouillards et canailles se réunissent en bande, ont des petites combines, et utilisent internet pour resquiller sur leurs devoirs. Milana est un peu la chef de bande, elle est tchéchène et vit avec sa mère et sa famille. Un jour le petit Youssef, son camarade, est reconduit à la frontière. C’est désormais le tour de Milana et des siens d’être sur la sellette, mais elle peut compter sur ses amis Alice, Claudia, Ali et Blaise dont la mère Cendrine réagit très vite à cette situation en l’accueillant chez elle. Malins, les gamins font preuve d’une ingéniosité solidaire et utilisent les nouvelles technologies, voir l’exemple de la sonnerie des portables à ultrasons, non perçue par les adultes. En aparté, il reconnaissait ne pas vouloir savoir tout ce que faisaient ses propres enfants, et que d’ailleurs ses parents étaient loin de soupçonner son enfance turbulente. Le point de départ est une anecdote de l’une de ses collaboratrices qui a adopté un petit enfant vietnamien. Certains de ses camarades à l’école sans-papiers ont été expulsés, l’enfant a alors demandé quand c’était son tour. La mère s’est trouvée dans l’impossibilité de lui expliquer cette situation, comment justifier selon Goupil l’injustifiable et qu’il y aurait de « bons » étrangers d’un côté car naturalisés français et d’autres mauvais donc indésirables, la situation est donc inadmissible. Il citait aussi l’exemple de la comédienne Sandrine Dumas, qui dans une situation analogue a recueilli un enfant sans-papiers. D’où une vision via l’avenir – où Milana ne se souvient plus quel était le Président de la République d’alors -, avec une incompréhension légitime. Goupil reste iconoclaste et passionnant – pour l’avoir vu plusieurs fois présenter ses films dont ‘À mort, la mort’, ne manquant pas de déstabiliser parfois ses interlocuteurs. Il donne au travers du personnage du frère virulent de Cendrine, joué par Hippolyte Girardot, l’occasion d’exprimer une opinion inverse, quand il ironiste sur sa sœur en parlant des Justes de la seconde guerre mondiale. Il ne fait pas donc d’amalgame avec une période noire de notre pays, comme il a répondu à l’une des intervenantes.

Romain Goupil, Jules Ritmanic, Louna Klanit, Linda Doudaeva et Valeria Bruni Tedeschi dans « Les mains en l’air »  © Les Films du Losange 

Il évite tout manichéisme en défendant la police – la scène d’interrogatoire ayant marqué l’un des interlocuteurs dans la salle-, saluons au passage Florence Muller, actrice fétiche de Bruno Podalydès qui joue ici une commissaire opiniâtre. Cendrine, jouée par une Valeria Bruni Tedeschi radieuse, a une attitude selon son réalisateur de louve, épidermique, elle recueille Milana sans même demander son avis à son mari – joué par Goupil lui-même -. A noter que la comédienne annoncée, n’est pas venue, mais on la comprend, car elle semble légitimement agacée par le questionnement habituel sur le fait de savoir si sa sœur a vu le film. Goupil a narré une anecdote, lui disant de répondre aux journalistes pressants de savoir si leur propre sœur avait vu le film, sur quoi elle aurait répondu une sorte de « et ta sœur » assez confus. Cette comédienne continue avec conviction un parcours exemplaire et exigeant, loin des contingences de sa belle-famille. Loin de n’être qu’un plaidoyer, le film est ludique, avec un côté « les disparus de Saint-Agil », les gamins trouvant une parade pour éviter l’expulsion de leur amie, le film prenant alors l’allure d’un conte, alors, mais toujours avec un fond documentaire. Les enfants sont tous très justes, les spectateurs ont remarqué la présence et l’aura de la petite Linda Doudaeva, présentée par une famille lyonnaise d’origine tchéchène aidée par le réalisateur. A noter que c’est sa propre mère qui joue celle de la petite Milana, elle « accroche » également la lumière comme sa fille, selon Romain Goupil. Deux intervenantes ont parlé du problème des expulsions très présent sur Bordeaux, l’une s’occupait d’une association et faisait remarquer que dès que certains enfants deviennent majeurs ils sont renvoyés à la frontière et une mère de famille évoquait plusieurs cas dans l’école de ses enfants. On ne peut que saluer son réalisateur, le cinéma français, étant on le sait, pas toujours prompt à parler de notre actualité. Il poursuit ses envies, à son rythme et garde toujours une acuité, même si elle est parfois à contre-courant.