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VOLVER

 Nouvelle ode charnel à la mère pour Pedro Almodóvar après « Tout sur ma mère », au travers de quatre générations de femmes d’une même famille. On connaît son goût pour dynamiter le mélo, et les télé-novellas qu’appréciais d’ailleurs sa propre mère. Même si le film laisse poindre un petit essoufflement de même que pour « La mauvaise éducation », un manque de tension dans l’histoire, il montre cependant la grande constance du talent de son réalisateur. Truculentes, combatives, luttant contre le machisme de leurs hommes, elles sont solidaires entre elle. Les malheurs semblent glisser sur elles, comme le pluie sur les plumes d’un canard. Les quartiers populaires bigarrés, sont décris avec beaucoup de chaleur et d’humanité, de même sur le voisinage, de la voisine allant chercher le pain, de la lutte constante contre les petites avanies du quotidien, comme dans les grands drames, ou les traumatismes les plus cruels, pour la vieille tante de Pénélope Cruz, cette dernière campant Raimonda, étant le chef de ce petit clan. Dans un quartier de populaire d’une petite ville de la Manche, Raimonda mène une vie assez morne, avec un mari d’une beaufitude assumée. Elle est mère d’une adolescente, est très liée avec sa sœur Sole, coiffeuse à domicile – Lola Dueñas – depuis la mort de ses parents dans un tragique incendie, elle va traverser une période de crise, entre ceux qui partent, et… ceux qui reviennent.  Le film commence superbement par le ballet des femmes, nettoyant les tombes, pour la Toussaint, retraçant ainsi l’intimité qu’elles ont avec la mort, d’où la presque normalité de retrouver un personnage revenu de chez les morts. Le vent incessant et malicieux, semble être un signe avant coureur de changements, installant un climat onirique. Si le scénario est original – le prix du meilleur scénario à Cannes semble assez excessif malgré son côté tortueux, mais ne semble que traduire la déception, sur la mine boudeuse d’Almodóvar de ne pas avoir la palme d’or -.

Lola Dueñas & Blanca Portillo

Mais l’empathie avec les personnages est très présente, baigné d’un humour noir bienvenu, tout comme la manière de montrer, comment la vie prend le dessus sur l’adversité, à la manière inopinée pour Raimonda de rouvrir un restaurant pour une équipe de tournage – un voisin ayant laissé les clés – . Toutes les comédiennes sont prodigieuses, le jury du festival de Cannes a eu donc l’idée judicieuse de les récompenser toutes. Saluons Pénélope Cruz – même si sa chanson en play-back ne soit vraiment pas probante -, qui est une excellente comédienne quand elle ne se perd pas dans des sucreries américaines ou les navetons europacorpiens, rappelons qu’elle était formidable en femme blessée dans le beau film de Sergio Castellito « A corps perdus » -. Le film marque les retrouvailles avec Carmen Maura, surprenante de retenue, Docteur Pierrot et Mister Orloff, dit dans son blog judicieusement qu’elle n’est pas indigne de la Anna Magnani dans le « Bellissima » de Visconti qu’elle regarde sur un écran télé, elle a beaucoup de scènes touchantes comme celle où sa fille Sole, lui redonne des « couleurs » par une teinture, superbe idée, cette dernière étant formidablement joué par Lola Dueñas, déjà formidable dans « Mar adentro ». La jeune Yohana Cobo est touchante, Chus Leamprave – actrice fétiche du réalisateur sur 7 films – est une attachante tante sourde, perdant un peu la tête, et Blanca Portillo, en voisine serviable, blessée, et abandonnée est d’une remarquable justesse. Elles sont filmées dans leurs splendeurs, comme dans leurs décrépitudes, avec une maestria remarquable. L’audace de ce vibrant hommage est au rendez-vous, et « Volver » malgré quelques faiblesses – très relatives par rapport au tout venant du cinéma actuel – vaut par ses superbes portraits de femmes. La femme espagnole est ainsi magnifiée, dans ses joies, son humour, ses deuils, sa sensualité, ses épreuves et une volonté énergique à surmonter les épreuves.

MORT DE SHOHEI IMAMURA

img157/9715/timamurahv0.jpg Annonce de la mort de l’un des plus grands metteurs japonais, né 15 Septembre 1926 à Tokyo. Il était célébré par tous, et fut même l’in des rares à avoir reçu deux palmes d’or. Venant d’une famille aisée, il s’est très vite intéressé à la société japonaise, ses marginaux livrant au cinéma une critique forte de la société de son temps, de la guerre et du péril atomique. Après des débuts comme assistant réalisateur pour Yasujiro Ozu, il débute en 1958 à la réalisation, Désir volé » et « Désir inassouvi ». On ne saurait que trop recommander le coffret paru chez MK2, contenant « Eijinaka » (1981) et « La vengeance est à moi » (1979), enquête sur un dangereux assassin – Je reviendrai très prochainement sur ce dernier, oeuvre magistrale à redécouvrir -. On lui doit notamment « Cochons et cuirassés » (1963), état des lieux de l’occupation américaine « La femme insecte » (1963), histoire d’une femme meurtrie et exploitée toute sa vie, « Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar » (1970), histoire d’une femme japonaise enrichie par le commerce de ses charmes avec des Américains, le beau « La ballade de Narayama » (1982), histoire d’Orin une vieille femme qui part dans le montagne pour mourir comme veut la tradition, « Pluie noire » analyse des incidences de la première bombe nucléaire lâchée sur Hiroshima, en 1945, « L’anguille » (1997), histoire d’un homme qui veut refaire sa vie après avoir purgé une peine pour avoir tué sa femme, « Kanzo Seizï » (1998), portrait d’un médecin de campagne obsédé par les maladies de foie – ironie du sort, il devait mourir d’un cancer du foie, diagnostiqué il a un ans -, « De l’eau tiède sur un pont rouge » (2001), histoire érotique fantastique, et l’un des sketches les plus aboutis de « 11 minutes 9 secondes 1 image » (2002), produit par Jacques Perrin.

Profitons de l’occasion pour déplorer également le grand silence autour de la mort du réalisateur Val Guest le 10 mai dernier, auteur de la série culte des « Quatermass » : « Le monstre » (1955) et « La marque » (1958). Il était l’un des nombreux réalisateurs du culte « Casino Royale » (1967), il avait terminé le film, mais avait refusé de figurer comme « Co-ordinating Director » au générique.

C.R.A.Z.Y.

 Et voici le phénomène canadien « C.R.A.Z.Y. », ce qui me laisse un peu dubitatif – c’est grave docteur ? -, une petite déception étant au rendez-vous face à un bouche à oreille presque unanimement enthousiaste. On retrouve donc une saga familiale, chère au cinéma canadien, si l’on se souvient de la famille « Les Plouffe » dans les années 80. Si le fond peut s’avérer touchant, la forme, faussement virtuose, me semble être loin de la poésie et de l’inventivité d’un Jean-Claude Lauzon si l’on pense au beau « Léolo », Jean-Marc Vallée nous servant une esbrouffe de mise en scène certes efficace, qui semble toucher beaucoup de personnes, mais m’a personnellement laissé un peu à la porte. Il me semble un peu recycler les effets modes actuels, pompant sans vergogne par exemple « Six feet under », série novatrice, en faisant visualiser les fantasmes des personnages, comme scènes de la messe, où pour tromper son ennuie Zachary s’imagine léviter au milieu des fidèles avant de faire un numéro musical au son de « Sympathy for the Devil » des Rolling Stones. Le film finit par perdre son rythme dans ces effets divers. Reste le portrait en creux de la société canadienne, sur trois décennies, est lui plutôt réussit – le scénario s’inspire de la propre vie du co-scénariste François Boulay. Le portrait de cette famille est attachant, et évite la caricature. Le personnage central est celui Zachary Beaulieu – belle révélation de Marc-André Grondin, promis à une carrière internationale -, né le 25 décembre 1960, donc déjà un peu à part, dont la sensibilité va être malmenée – il est le quatrième de 4 garçons, figures stéréotypées de rigueur : « L’intello », « le sportif »… -, et dont l’homosexualité va rebuter son père, réactionnaire bourru et psychorigide. L’évocation des années 70,  – les indispensables « pattes d’éph », notamment aidant allégrement à traverser le temps -, le charme discret du vinyle, rien ne manquant à l’appel, la reconstitution est alerte et crédible. L’étouffement ressenti dans une société catholique, ponctué par l’ennui probant d’une messe, est habilement figurée.

Michel Côté

On suit le personnage de Zach, de l’enfance à l’âge adulte, dans ses doutes, ses affres, ses traumatismes – il fait souvent pipi au lit, et sa manière de s’assumer tout en voulant garder l’estime de son père sclérosant sans se renier. Le cinéaste cède parfois à la facilité d’une B.O. représentative – c’est le travers roublard de bien des films désormais (refrain connu) -, mais de Patsy Cline, David Bowie, en passant par les Pink Floyd ou les Rolling Stones, sont judicieux pour retracer cette période. Ne manque ni les pétards, ni le touche-pipi, les rivalités et les humiliations diverses entre frères. Les tabous éclatent désormais au grand dam du père furibard, de voir son aîné sombrer dans la drogue, et les choix de Zacharie l’indigne -. Évidemment on va retrouver sur le tard, son côté attachant même dans le ridicule du paternel bourru – il massacre régulièrement les chansons de Charles Aznavour -, mais les rapports entre Zachary et lui, sa manière de vouloir attirer sa grâce quitte à renier sa personnalité profonde est très subtile. Le film évite aussi le folklore, même si on se régale à découvrir – avec sous-titres – quelques expressions locales comme « Manger des graines »,, signifiant la fellation, et les petites manies de cette famille déglinguée – irrésistible préparation par la mère des toasts… au fer à repasser -. L’interprétation est la grande force de ce film, saluons notamment Michel Côté et Danielle Proulx, – cette dernière passant son temps avec malice à vouloir calmer son petit monde turbulent -, dans le rôle des parents, Gervais et Laurianne. Mais on peut se demander si ce film, souffrant de quelques longueurs, valait cet excès d’honneur – succès historique au Québec, et 13 jutras – Les césars canadiens – du meilleur film. Reste le plaisir de retrouver un peu du cinéma québécois si mal distribué en France ces derniers temps.

LE CAIMAN

 Le film est présenté un peu vite, comme un simple pamphlet contre Silvio Berlusconi, ce qui semble dissuader les spectateurs de venir voir un film militant vu le résultat des dernières élections en Italie – petit démarrage français à déplorer -. Nanni Moretti se renouvelle sans cesse, c’est souvent moqué de lui-même dans tous ces films, critiquant ses manies ou ses craintes. S’il joue ici dans deux scènes, dans le rôle d’un comédien de comédie,  il prend ici pour porte-parole et comme figure centrale l’attachant Silvio Orlando – qui était l’hilarant pâtissier troskiste dans « Aprile » , qui est tellement bon, que l’on ait persuadé qu’il nous est très familier. Son personnage Bruno Bonomo remplaçant le double morettien « Michele Apicella », qu’il jouait habituellement, est aux antipodes du réalisateur. Il a sans grand état d’âme déjà voté pour « Il Cavaliere », a quelques idées bien arrêtées sur la société, il est loin d’être héroïque. S’il décide de produire le film d’une jeune réalisatrice – beau portrait d’une jeune femme déterminée joué avec humanité par Jasmine Trinca -, ce n’est que pour se remettre en selle, il lit le scénario en diagonale, et c’est un producteur qui lui souligne la cible pourtant bien évidente. Mais on a une empathie immédiate avec son personnage en crise, son couple est en crise avec Paola, également son interprète de films de séries – lumineuse Margherita Buy – héroïne nommée Aidra, de films de séries B devenus cultes, qu’elle fait tout pour oublier. C’est un état des lieux de l’Italie actuelle, au travers de ce personnage de producteur de films fauchés, en grande difficulté professionnelle et sentimentale, mais si les difficultés demeurent – on n’est pas dans le pays des fées de certains films français actuels -, il garde une force de vie, passant de la colère à une résignation finalement constructive. Constat lucide, une société de compromissions, de bassesses, il règle ses comptes avec le cinéma, en rappelant les prétextes fallacieux qu’utilisent certains protagonistes pour lâcher un réalisateur en crise. les personnages se demandent qu’elle est l’utilité de faire un film contre Berlusconi, qui ne s’adresserait qu’aux gens déjà convaincu. Nanni Moretti se sent proche de toute une tradition du cinéma militant tout en s’en moquant – Gian Maria Volonte est souvent cité par un personnage veule, et le réalisateur engagé Giuliano Montaldo joue le rôle d’un cinéaste travaillant sur un projet sur « Christophe Colomb » pour son propre compte -, mais aussi la richesse de ce cinéma sur trois décennie – bel hommage du bateau roulant à Federico Fellini qui avait déjà dénoncé à sa manière la télé berlusconniene dans le beau « Ginger & Fred » -. C’est donc un petit rappel sur un cinéma qui fut l’un des plus grand de l’histoire du cinéma, et qui brillait par son génie et son inventivité y compris dans son cinéma bis.

Giuliano Montaldo & Silvio Orlando

Ce film est un espoir, sur ce cinéma qui ne demande qu’à renaître – on ne retrouve plus guère que Moretti, comme grande figure de ce cinéma à Cannes par exemple -, et il salut le peuple italien, moins dupe qu’il ne semblerait à nos yeux extérieurs. Berlusconi est figuré ici de manière singulière, par lui-même d’abord, dans des plans d’archives, avec un regard qui privilégie ici le côté agressif du personnage plutôt que celui folklorique, et joué par trois comédiens, à la lecture rêvée d’un scénario, et l’incarnation par deux comédiens, par Michele Placido, personnage haut en couleurs, téléphonant sans cesse sur le plateau à la manière d’un Depardieu, s’agitant beaucoup comme un matamore, puis par Moretti lui-même, rendant compte du côté cinglant et cynique du personnage. Le film montre les contradictions de l’Italie sans démagogie, mais offre aussi de grands moments de drôleries – Silvio Orlando racontant à ses enfants des histoires horribles de l’héroïne qui a fait son succès Aidra vedette de l’ineffable « Cataracte », l’emboutissement de la voiture -. Mais le film est aussi chaleureux, montre les difficultés d’un couple, de la difficulté de « tourner la page », montre une famille déconstruite mais qui garde espoir – les deux enfants du couple sont formidables -. Il traite aussi la société italienne de ses archaïsmes à son évolution indéniable – le divorce, l’homoparentalité, l’individualisme, etc… -, avec brio et pudeur. Tous les personnages existent ici, ont une grande force, même s’ils font des choix opportunistes, ou utopistes. Le film est touché par la grâce, l’émotion comme dans le beau « La chambre du fils », et on retrouve le mordant du réalisateur, sa capacité à parler de la perte des illusions mais sans d’appesantir. Du grand art, un film à la fois citoyen et satirique mais d’une inventivité   jubilatoire et à voir absolument. C’est vraiment un des très grands films de cette année cinématographique confirmant la grande subtilité d’une œuvre déjà considérable.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Claude Piéplu

 
Claude Piéplu dans « Les français parlent aux Shadoks »
 
Mort d’un très grand, Claude Piéplu, à l’âge de 83 ans. On connaissait son parcours atypique, il était employé de banque sous l’occupation, avant de prendre des cours auprès de Maurice Escande. Il devait ensuite rejoindre au théâtre la compagnie Renaud-Barraud. Il aimait à rappeler sa première apparition au cinéma dans « D’hommes à hommes » (Christian-Jaque, 1948), où il se faisait une joie de se retrouver sur un écran, avant de découvrir son rôle, un grand blessé méconnaissable car recouvert de bandelettes. Au cinéma, il avait fait preuve d’une grande exigence, préférant faire des créations pour le théâtre contemporain, plutôt que d’être utilisé dans le tout venant du cinéma comique franchouillard. Il a toujours construit avec ue grande habilité et un humour grinçant. On se souvient de sa célèbre collection de pots de chambre ! – ses personnages, avec un grand sens de l’observation : « Sans m’en rendre compte, j’accumulais les observations et déposais dans mon subconscient la provision de modèles qui me serviraient plus tard à colorer des personnages ». (1) Luis Buñuel a utilisé avec inventivité, son physique moyen est idéal pour jouer des ganaches ou des notables. Impossible de ne pas songer à son rôle de colonel, qui fait des essais militaires surprises, faisant une intrusion brutale dans un dîner bourgeois, avant de vanter les vertus de la majiruana dans « Le charme discret de la bourgeoisie » (1972), ou du policier se réjouissant que le couple joué par Jean Rochefort et Monica Vitti amène sur place leur petite fille qu’ils déclarent pourtant disparue. Il faut entendre Piéplu déclarant « Vous avez bien fait de l’amener, ça va aider pour les recherches », dans « Le fantôme de la liberté » (1974). On le retrouve souvent en notaire, celui fêtard de « La belle américaine » (Robert Dhéry, 1961), celui escroqué par Robert Lamoureux dans « L’apprenti-salaud » (Michel Deville, 1976), ancien combattant et combattu, éternel râleur, dans « Le diable par la queue » (Philippe de Broca), militaire misogyne dans « Calmos » (Bertrand Blier, 1975), le voisin râleur et déplaisant de Roman Polanski, dans « Le locataire » (Polanski, 75), juge collaborateur dans « Section Spéciale » (Costa-Gavras, 1974), promoteur escroc dans « Ils sont grands ces petits » (Joël Séria, 1978) – il y forme un duo formidable avec Jean-François Balmer -, beaucoup de figures odieuses et  antipathiques, qu’il finit par rendre sympathique par son grand talent. Mais il peut être plus humain, comme en résistant anglais, rendant parfaitement le flegme britannique sous l’occupation dans « Gross Paris » (Gilles Grangier, 1973), en barde breton auto-stoppeur et déjanté dans « Les galettes de Pont-Aven » (Joël Séria, 1975), en époux de Micheline Presle, restant auprès d’elle quand elle devient folle dans une guerre civile dans « Casque bleu » (Gérard Jugnot, 1993), professeur goguenard dans « Le paltoquet » (Michel Deville, 1986), commissaire sentencieux flanqué de Clovis Cornillac dans « Suivez cet avion » (Patrice Ambard, 1989) ou le druide Panoramix dans « Astérix et Obélix contre César » (Claude Zidi, 1998). A la télévision, Jean-Michel Ribes – avec Roland Topor – lui a donné de grandes occasions de nous régaler de son humour décalé, dans la série « Merci Bernard » (1982) ou dans « Palace » (1988), où il était l’inoubliable homme aux clefs d’or. A la télévision il a marqué durablement la série des « Shadocks », œuvre singulière de Jacques Rouxel, par sa voix caractéristique. Claude Chabrol lui a donné un de ses meilleurs rôles en homme politique corrompu, et trompé par sa femme Stéphane Audran dans « Les noces rouges » (1972), et on se souvient avec émotion de son couple avec Micheline Presle, à nouveau dans « Beau temps mais orageux en fin de journée » » (Gérard Frot-Coutaz, 1985), où il ne cessait de se chamailler avec elle, pour n’importe quel prétexte comme celui de l’achat d’un poulet. Claude Miller lui a donné deux rôles probants dans « Dites-lui que je l’aime » (1977), et surtout l’inoubliable directeur de colonies de vacances dans « La meilleure façon de marcher » (1975). On lui devait deux ouvrages « Il faut croire aux éléphants blancs » (Éditions Archimbaud) et « Qu’en est-il du comique ? » (Éditions Mallard), parus tous deux en 1999. Le cinéma ne l’a pas honoré comme il aurait mérité, mais il a marqué durablement ses rôles. Son humour corrosif va beaucoup nous manquer, de même le citoyen qui menait une réflexion salvatrice sur les dangers du nucléaire. Bibliographie : (1) Jacques Mazeau & Didier Thouart « Les grands seconds rôles du cinéma français » (Pac, 1984) – Jacques Valot & Gilles Grandmaire « Stars deuxièmes » (Édilig, 1989). 
 
 
 
 
Filmographie :  1948  D’homme à hommes (Christian-Jaque) – 1956  Adorables démons (Maurice Cloche) – 1958  Suivez-moi jeune homme (Guy Lefranc) – Du rififi chez les femmes (Alex Joffé ) –  1960  La Française et l’amour [épisode « L’adultère »] (Henri Verneuil) – L’affaire d’une nuit (Henri Verneuil) –  Le caïd (Bernard Borderie) – 1961  Un nommé La Rocca (Jean Becker) – La belle américaine (Robert Dhéry & Pierre Tchernia) – La chambre ardente (Julien Duvivier) – 1962  Le diable et les dix commandements  [épisode « Luxurieux point ne seras » (Julien Duvivier) – Comment réussir en amour (Michel Boisrond) – Le temps des copains (Robert Guez) – 1963  Cherchez l’idole (Michel Boisrond) – Faites sauter la banque ! (Jean Girault) – 1964  Un drôle de caïd / Une souris chez les hommes (Jacques Poitrenaud) – Les pieds dans le plâtre (Jacques Fabbri) – Les copains (Yves Robert) – Le gendarme de Saint-Tropez (Jean Girault) –  1965  La bourse et la vie (Jean-Pierre Mocky) – 1966  L’homme à la Buick (Gilles Grangier) – Si j’étais un espion (Bertrand Blier) – 1967  L’écume des jours (Charles Belmont) – Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier) – La prisonnière (Henri-Georges Clouzot) – 1968  Le diable par la queue (Philippe de Broca) – La coqueluche (Christian-Paul Arrighi) – 1969  Hibernatus (Édouard Molinaro) – Clérambard (Yves Robert) – Le pistonné (Claude Berri) – Et qu’ça saute ! (Guy Lefranc) – 1971  Le drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard) – 1972  Sex shop (Claude Berri) – Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel) – Elle court, elle court, la banlieue (Gérard Pirès) – Jean Vilar, une belle vie (Jacques Rutman, documentaire) –  Les noces rouges (Claude Chabrol) – 1973  Défense de savoir (Nadine Trintignant) – Les aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury) – Prêtres interdits (Denys de La Patellière) –  Gross Paris (Gilles Grangier) –  Par le sang des autres (Marc Simenon) – La gueule de l’emploi (Jacques Rouland) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – 1974  Le fantôme de la liberté (Luis Buñuel) – La moutarde me monte au nez (Claude Zidi) –  Section spéciale (Costa-Gavras) –  1975  C’est dur pour tout le monde (Christian Gion) – Les galettes de Pont-Aven (Joël Séria) – La meilleure façon de marcher (Claude Miller) – Calmos (Bertrand Blier) – Le locataire (Roman Polanski) – L’ordinateur des pompes funèbres (Gérard Pirès) – 1976  L’apprenti salaud (Michel Deville) – 1977  Dites-lui que je l’aime (Claude Miller) – Le mille-pattes fait des claquettes (Jean Girault) – Et vive la liberté ! (Serge Korber) – 1978  Chaussette surprise (Jean-François Davy) –  Vas-y maman ! (Nicole de Buron) – Le sucre (Jacques Rouffio) –  Le pion (Christian Gion) – Ils sont grands, ces petits (Joël Santoni) – 1984  Marie la nuit (Jean-Claude Tourneur) – 1985  La galette du roi (Jean-Michel Ribes) –  Beau temps mais orageux en fin de journée (Gérard Frot-Coutaz) – 1986  Le paltoquet (Michel Deville) – 1989  Après après-demain (Gérard Frot-Coutaz) – Suivez cet avion (Patrice Ambard) – 1993  Casque bleu (Gérard Jugnot) – D 14 (Frédéric Blasco, CM) – 1994  Les faussaires (Frédéric Blum) – 1995  Fallait pas ! (Gérard Jugnot) – 1996  Les paradoxes de Buñuel (Jorge Amat, documentaire) –  1997  Chapeau bas (Hervé Lozac’h, CM) –  1998  Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi). Nota : il n’apparaît pas dans « Los pianos mecánicos / Les pianos mécaniques » (Juan Antonio Bardem, 1964) et « La maison » (Gérard Brach, 1970).Voxographie succincte : 1963  Égypte, un présent du fleuve (Jacques Brissot, documentaire, voix du récitant) – 1964  Pas question le samedi (Alex Joffé, voix de M. Cohen) – 1968/2000 Les shadoks (Jacques Rouxel, TV) – 1979  Le roi et l’oiseau (Paul Grimault, dessin animé, voix) – 1982  Le sang (Jacques Rouxel, CM, voix du récitant) – 1995  Un siècle d’écrivains : Henri Michaux (Alain Jaubert, voix du récitant, TV) –  1999  Chicken run (Id) (Peter Lord et Nick Park, dessin animé, voix française). 
 
 
Claude Piéplu dans « Maigret : Cécile est morte »
 
 Télévision (notamment) : 1953  Le mal de Marie (Albert Riéra) – 1958  Misère et noblesse (Marcel Bluwal) – 1959  Le bon numéro (Marcel Cravenne) – 1960  Théâtre de la jeunesse : Le prince et le pauvre (Marcel Cravenne) – Les mystères de Paris (Marcel Cravenne) – 1961  Théâtre de la jeunesse : Don Quichotte (Marcel Cravenne) – 1962  Théâtre de la jeunesse : Gargantua (Pierre Badel) – 1963  Une lettre perdue (Jean Prat) – Siegfried (Marcel Cravenne) – Théâtre de la jeunesse : L’enfance de Thomas Edison (Jean-Christophe Averty) – Théâtre de la jeunesse : Jean Valjean (Alain Boutet) – 1964  Théâtre de la jeunesse : Les aventures de David Balfour (Alain Boudet) – Théâtre de la jeunesse : Le matelot de nulle part (Marcel Cravenne) – Théâtre de la jeunesse : La sœur de Gribouille (Yves-André Hubert) – 1965  Bastos le hardi (Michel Ayats) – Les Boulingrins (François Gir, CM) – En votre âme et conscience : La canne à épée / L’affaire Caumartain-Sirey (Marcel Cravenne) –  1966  En votre âme et conscience : La mort de Sidonie Martens (Jean-Jacques Cornu) – La surprise de l’amour (Robert Crible) – 1967  La guerre de Troie n’aura pas lieu (Marcel Cravenne) – 1968  Théâtre de la jeunesse : Ambroise Paré : Les défaites (Éric Le Hung) –  Candide (Claude Santelli) – Les fiancés de loches (Pierre Badel) – 1969  Agence intérim : Quiproco (Marcel Moussy) – Que ferait donc Faber ? (Dolorès Grassian, série TV) – 1970  Au théâtre ce soir : Les joyeuses commères de Windsor (Pierre Sabbagh) – Le Noël de madame Berrichon (François Chatel, divertissement) – 1971  Au théâtre ce soir : Misère et noblesse (Pierre Sabbagh) – 1972  La fin et les moyens (Paul Paviot) – 1973  Témoignages : L’homme assis (Jean-Marie Périer) – 1974  Soirée Courteline : Les Boulingrin (Jeannette Hubert) – 1976  Le rabat joie (Jean Larriaga) – 1979  Chère Olga (Philippe Condroyé ) – 1980 Histoire contemporaine (Michel Boisrond) – Chouette, chat, show (Jacques Sanym, variétés) – 1981  L’oiseau bleu (Gabriel Axel) – La guerre de Troie n’aura pas lieu (Raymond Rouleau) – Le petit théâtre d’Antenne 2 : La bataille navale (Jean-Michel Ribes) – 1982  Merci Bernard (Jean-Michel Ribes) – Emmenez-moi au théâtre : Un habit pour l’hiver (Pierre Badel, captation) – 1983  Parlons français (Eugène Ionesco) – Allô Béatrice : Charmand week-end (Jacques Besnard) – 1984  Le petit théâtre d’Antenne 2 : Parlons français (Jeannette Hubert) – 1988  Un coupable (Roger Hanin) – Palace (Jean-Michel Ribes) – 1990  Un film sur Georges Pérec : Te souviens-tu de Gaspard Winckler ? – Vous souvenez-vous de Gaspard Winckler ? (Catherine Binet, récitant présent à l’image) –  Années de plumes, années de plomb (Nicoles Ribowski) – 1994  Le silence du cœur (Pierre Aknine) – Maigret : Cécile est morte (Philippe de la Patellière) – Le groom (Marc Simenon) – 1995 Le voyage de Pénélope (Patrick Volson) – Un amour impossible (Patrick Volson) – 1996  Entre terre et mer (Hervé Baslé ) – Les sciences naturelles impertinentes (Jean-Louis Fournier). Remerciements à Armel de Lorme.     

THE SECRET LIFE OF WORDS

 Hanna – Sarah Poley, dans une belle interprétation à fleur de peau -, est une jeune employée modèle dans son entreprise. Elle dérange pourtant ses collègues par ses troubles de comportement et ses petites manies et son petit air désabusé. Elle ne prend jamais de vacances, rassurée dans les habitus du travail, on lui impose presque de partir en vacances. Elle en profite, par un curieux hasard, pour devenir infirmière sur une plate-forme de forage, isolée en pleine mer. Elle est au chevet de Josef, un grand brûlé – Tim Robbins mettant en valeur son texte et excellent dans la maturité -. Josef apprivoise Hanna, qui a un problème de surdité. Les sens exacerbés par une cécité ponctuelle, il décide d’apprivoiser ce petit animal sauvage, qui semble avoir subi un grand traumatisme elle aussi. Il parade pour oublier sa souffrance. C’est une étude de mœurs, produite par les frères Almodovar, montrant comment les personnages vivent avec leurs névroses. La réalisatrice Isabel Coixet, les regardent avec une certaine distance, mais une réelle compassion, ce qui nous évite un mélo larmoyant ou manipulateur. Ils avancent cependant malgré les traumatismes, une complicité amoureuse va naître entre ces deux écorchés vifs – sans mauvais jeu de mot -, elle se murant dans le mutisme, lui faisant preuve d’inventivité dans ses dialogues, allant jusqu’à un délire complet, comme l’évocation amusée du kilt de Sean Connery ! Le dialogue – flirtant parfois avec le ridicule – entre Tim Robbins et Sarah Polley, est singulier, dans ce « No man’s land » cosmopolite qui exacerbe les sentiments. Le film prend le temps dans des petits riens, d’installer un climat, et une intimité entre les personnages, il y a aussi beaucoup de subtilité dans le traitement de quelques événements contemporains et de cet huis clos sensible. Les autres personnages comme posés au milieu de nulle part, réfléchissent sur leurs blessures secrètes, et trompent un ennuie certain, en compagnie d’une oie, en jouant au basket.


Javier Camara & Sarah Polley

Le film n’est pas sans faiblesses, une voix off enfantine efficace mais déconcertante, ou certains seconds rôles qui sont à peine esquissés, sauf celui de Simon joué par un Javier Camara très en verve – c’est un des acteurs réguliers des films de Almodovar -. Simon est un  cuisinier inventif et volubile – il faut le voir préparer ses gnocchis -, qui tente de trouver un morceau de musique avec la préparation de mets exotiques -. On retrouve aussi Julie Christie, en psychiatre nordique, ne connaissant pas le secret médical, il faut bien la grâce de cette comédienne toujours aussi radieuse, pour nous faire adhérer à un personnage assez improbable. On finit par adhérer au concept, les blessures physiques étant une expression des blessures de l’âme -. La bande originale est brillante – c’est un effet mode récurrente à nombre de films en ce moment, histoire de vendre en plus la B.O. mais comment résister ici à Tom Waits – je dois confesser lui vouer un culte – ou Juliette Gréco -. On pense au Lars Von Trier de « Breaking the ways » par le décors et le traitement de l’image, et à Aki Kaurismaki pour une sorte d’humour à froid. Mais Isabel Coixet ayant un réel univers – je n’ai hélas pas vu « Ma vie sans moi » son premier long-métrage de 2003, avec déjà Sarah Polley -, se démarquant fortement du folklore espagnol cher à son producteur Almodovar, elle évite pourtant l’effet euro-pudding propre à ce type de production, A noter la grande mode des titres anglais pour des films internationaux, jugés sans doute plus vendeur par les distributeurs le titre V.O. est La Vida secreta de las palabras. Le film a connu un grand succès en Espagne et a reçu 4 goyas en récompense, comme quoi se démarquer de la culture de son pays peut être payant. Le film, conforté par son traitement intimiste, s’avère convaincant et offre une belle réflexion sur la condition humaine, avec une ironie mordante. Mais c’est peut être le type de film qui peut « laisser à la porte »-.

Nicole Régnault par Armel de Lorme

Création d’une nouvelle rubrique, l’@ide-mémoire, avec un hôte de marque Armel de Lorme, dont la passion communicative n’égale que son érudition. C’est avec grand plaisir que l’on retrouve ci-joint le texte réactualisé de son portrait de Nicole Régnault paru dans son livre homonyme à son site, un parcours étonnant, il y a donc au moins un point commun entre le « Mon oncle » de Jacques Tati et « Brice de Nice » !

NICOLE REGNAULT : ENTRE CHARME ET ACIDITE

Par Armel de Lorme


S’efforcer de coller au plus près à l’actu télé, entre câble, satellite et chaînes hertziennes, offre parfois le prétexte idéal à un retour sur le parcours de comédiens sous-représentés dans la plupart des dictionnaires usuels. Comment voir ou revoir un Guy Lefranc (même mauvais) sans avoir envie de tirer illico le portrait à Florence Blot ou Dominique Marcas, un Lautner (même daté ) sans se repencher sur la filmo de Jean Luisi, un Mocky, toutes époques confondues, sans vouloir pondre aussitôt quelques lignes sur Henri Attal, Antoine Mayor ou Jean-Claude Rémoleux ? Ainsi en est-il des diffusions multiples de l’inutile Brice de Nice sur Canal. Que retenir d’un tel mastodonte ? La finesse du scénario, le soin extrême apporté à la réalisation, la qualité non moins exceptionnelle du montage, la pertinence souveraine des dialogues ou l’incommensurable sentiment de légèreté procuré par la somme d’autant de talents conjugués ? Ben… euh… si, quand même… au moins quelques acteurs : Clovis Cornillac, fidèle à lui-même (donc bien), Alexandra Lamy, trop peu présente au final mais n’en faisant pas moins un sort à chacune de ses (maigres) répliques, et puis, bizarrement omise au générique (il y a des chargés de postproduction qu’on a fusillés pour moins que ça), la délicieuse Nicole Régnault, 80 printemps au moment du tournage et déjà une sacrée brochette de films au compteur. La rencontre improbable-mais-jubilatoire de Nicole Régnault et de Brice de Nice, c’est l’histoire d’une comédienne ayant jadis tourné sous la direction de Bresson, Ophuls, Carné, Tati et Minnelli, mais que les hasards de l’existence ont prématurément conduite à quitter la région parisienne pour la Côte-d’Azur. Un jour, elle répondit à l’annonce d’une société de production à la recherche de figurants. Un rôle restait à pourvoir, celui de la vieille domestique attachée au service d’un escroc richissime et de son grand benêt de fils. La comédienne plut aux casting directors, passa des essais, enleva le morceau et, à la veille du premier tour de manivelle, se vit parer des fonctions de gouvernante auprès de Jean Dujardin et de François Chattot. D’un rôle assez long au départ restent trois scènes, montrant une Nicole tour à tour revêche, attendrissante et malicieuse, ainsi qu’une quatrième séquence particulièrement émouvante, présente sur les seuls boni DVD. James Huth – qui eût été encore plus inspiré encore en supervisant aussi le générique de fin, mais bon… – en a du reste profité pour rendre un hommage discret mais sincère à son interprète… ce qui constitue peut-être au final la seule véritable bonne idée de tout Brice de Nice. Rappel des faits :


Née dans le 20ème arrondissement de Paris le 19 mai 1924, c’est à l’âge de huit ans que la petite Nicole Emma Sasserath effectue ses premiers pas sur les planches en interprétant… une sorcière lors d’un spectacle scolaire : pour décrocher le rôle (elle n’en convoitait pas d’autre), elle va jusqu’à supplier son institutrice. Sa famille comprenant rapidement qu’il serait inutile de chercher à contrôler sa vocation, elle s’inscrit à la fin de l’Occupation aux cours alors très prisés de la célèbre (en ce temps) Andrée Bauer-Thérond et de Maurice Escande, y côtoie quelques débutants en devenir, dont Michel Piccoli, adopte rapidement le pseudonyme de Régnault (parce que Sasserath, ça sonne « Ça se rate »… pas terrible pour une comédienne » et aussi en hommage à la grande tragédienne Julia Bartet, dont Régnault était le véritable patronyme), effectuant dans la foulée ses premiers pas à l’écran via une apparition furtive dans l’une des séquences finales des Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson, 1944). Oscillant dès lors entre silhouettes et petits rôles de composition, par ailleurs comédienne mascotte du cinéaste Jean Loubignac, sous la direction duquel elle tourne six films entre 1950 et 1955 (dont quatre, tous de la série des Piédalu, aux côtés du comique vite démodé Ded Rysel), elle est notamment la cliente « coiffée à la cracra » par Fernandel dans Coiffeur pour dames (Jean Boyer, 1952), la mère de famille nombreuse plaquée par son mari dans Crainquebille (Ralph Habib, 1953), la sèche geôlière des Compagnes de la Nuit (Ralph Habib, id.), la Parisienne-au-long-nez provoquant les commentaires ironiques de Maurice Chevalier – retour au bois de Boulogne de ses débuts cinématographiques – dans la séquence d’ouverture de Gigi (Vincente Minnelli, 1957) et, surtout, l’automobiliste binoclarde et revêche croisée au début de Mon Oncle (Jacques Tati, 1956). Des raisons familiales l’obligeant à prendre un emploi plus stable, elle quitte la profession, à la fin des années 50, s’installe dans la région cannoise, et, la proximité de la Victorine aidant, effectue un premier come-back cinématographique en 1979, via l’ineffable Drôles de gendarmes, comédie mi-merguez, mi-aïoli, réjouissante et bâclée, portant l’estampille de Bernard Launois et dont le générique, tous en stars deuxièmes, rassemble quelques glorieux transfuges des Jeux de Vingt Heures, d’Alors, raconte ! et du Petit Rapporteur. Qu’on en juge : le brigadier, c’est Sim, les trois dégourdis de la Maréchaussée, Daniel Prévost, Jacques Balutin et Robert Castel, le curé, Henri Génès, l’épicière, Jeannette Batti (logique !), la postière, Florence Blot… tandis que Nicole Régnault y silhouette une fureteuse Tatie Danielle d’avant la lettre, collectionnant avec malice les cochonnets de pétanquistes comme d’autres les bouchons de champagne, les timbres-poste ou les amants. Puis, c’est silence radio durant plus de vingt ans : la Victorine met de moins en moins de films en chantier, et oublie peu à peu Nicole. Début 2001, elle se voit cependant proposer la tête d’affiche d’un court métrage de fin d’études, Chambres d’hôte, qui, en dépit d’une diffusion confidentielle, lui offre ce qui  probablement à ce jour le rôle de sa vie. Dans cette variation sur le thème bien connu de L’Auberge rouge, elle campe avec brio une hôtelière sanglante dégommant un à un ses pensionnaires, ce évidemment dans l’impunité la plus totale (ce serait sinon beaucoup moins drôle). Trois ans plus tard, à peine sortie du tournage de Brice de Nice, les Films de Mon Oncle lui proposent, en même temps qu’à Nicolas Bataille et Betty Schneider-Raffaelli (seuls survivants avec Nicole – si l’on excepte Pierre Étaix – de l’équipe artistique de Mon Oncle) d’évoquer face à la caméra de Thomas Rio ses souvenirs liés au chef-d’œuvre tatiesque. Des trois comédiens ainsi interviewés, elle est peut-être la plus touchante, dont le réalisateur parvient à saisir l’émotion alors même qu’elle se découvre à l’écran, pour la première fois, dans la version anglaise de Mon Oncle, alors invisible et qu’elle ne connaissait pas. Quelques mois plus tard, Pierre Étaix lui rend à son tour hommage lors d’une interview partiellement publiée dans le premier volume de l’@ide-Mémoire, encyclopédie des comédiens (reprise in www.aide-memoire.org): Elle a parfaitement compris dès le départ ce que Tati attendait d’elle, et lui a donné avec intelligence et précision exactement ce qu’il voulait. Par conséquent, il y a eu très peu de prises du plan dans lequel elle figurait, ce qui s’est avéré assez exceptionnel tout au long cours du tournage de Mon Oncle. J’ai également été frappé par la poésie qui émanait de sa personne, et par l’humour avec lequel elle a abordé son rôle, humour qui lui a permis de transcender sans difficulté ni effort apparents un personnage à la fois ingrat et caricatural sur le papier. C’est probablement l’une des comédiennes les plus étonnamment justes qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. Ces qualités mises en avant par l’unique représentant (avec feu Darry Cowl) du burlesque à la française se retrouvent intactes dans le dernier rôle en date que Nicole Régnault ait interprété à ce jour, religieuse cocasse et malicieuse d’un spot publicitaire pour la marque Citroën tourné au printemps 2005 et multidiffusé sur les chaînes hertziennes en septembre de la même année : cornette nonnale au vent, regard perçant et lèvres pincées, sa vis comica y fonctionne, une fois de plus, à merveille. Depuis, toujours aussi classe et rigolote à un peu plus de 82 ans, Nicole Régnault appelle de tous ses vœux le prochain rôle qui, de toute évidence, .ne saurait tarder. Cet article pour rappeler que la région PACA a trouvé sa Renée Le Calm depuis belle lurette, qu’elle se prénomme Nicole, qu’elle n’est absolument pas rivée, loin s’en faut, aux studios de la Victorine et que quelques journées de tournage à Paris ou ailleurs ne seraient pas forcément pour lui déplaire. À bon entendeur…

Armel de Lorme

FILMOGRAPHIE :
 

  

1944 : Les Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson). 1945 : Le Père Serge (Lucien Gasnier-Raymond). 1948 : Bonheur en location (Jean Wall). 1949 : L’Homme aux mains d’argile (Léon Mathot). Le Gang des Tractions Arrière (Jean Loubignac). 1950 : Piédalu voyage (Jean Loubignac, CM). Le Roi des camelots (André Berthomieu). La Ronde (Max Ophuls). La Vie chantée – sk. Les Départs (Noël-Noël). 1951 : Le Crime du Bouif (André Cerf). La Maison dans la dune (Georges Lampin). Les Neiges du Kilimandjaro/The Snows of Kilimanjaro (Henry King). Piédalu à Paris (Jean Loubignac). Le Plaisir (Max Ophuls). Les Sept Péchés capitaux (Georges Lacombe). 1952 : L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven). Coiffeur pour dames (Jean Boyer). Les Détectives du dimanche (Claude Orval). Elle & Moi (Guy Lefranc). L’Île aux Femmes nues (Henry Lepage). Nous sommes tous des assassins (André Cayatte). Piédalu fait des miracles (Jean Loubignac). Week-end à Paris/ Innocents in Paris (Gordon Parry). 1953 : Les Compagnes de la Nuit (Ralph Habib). Crainquebille (Ralph Habib). Piédalu député (Jean Loubignac). La rafle est pour ce soir (Maurice Dekobra). 1954 : L’Air de paris (Marcel Carné ). Fantaisie d’un jour (Pierre Cardinal). 1955 : Coup dur chez les mous (Jean Loubignac). Les Hommes en blanc (Ralph Habib). 1956 : Mon Oncle (Jacques Tati). My Uncle (Jacques Tati). 1957 : Gigi/idem (Vincente Minnelli). Mission diabolique/Der Fuchs von Paris (Paul May). Vive les vacances ! (Jean-Marc Thibault et Jean Laviron). 1958 : Les Motards (Jean Laviron). 1979 : Drôles de gendarmes/Sacrés Gendarmes (Bernard Launois). 2001 : Chambres d’hôte (Marc Garetto, CM). Trio (CM). 2004 : Brice de Nice (James Huth).

LE COIN DU NANAR : THE DAVINCI CODE

 Attention nanar de (hors-)compétition – à Cannes -. Dernier avatar de l’exploitation d’un filon – circuits touristiques, filme porno, livres parodiques, pas de pin’s hélas, la mode est passée -, voici donc avec la grâce d’un rouleau-compresseur – à l’image de la promo-,  l’adaptation cinéma du désormais livre culte « The Da Vinci Code ». Quelle drôle d’idée d’avoir pris Ron Howard, habile faiseur tout terrain, pas méprisable, mais souvent laborieux et académique. Passée la bonne surprise de retrouver Jean-Pierre Marielle, en conservateur de musée, on comprend avec l’incursion d’un corps comique, celui de Paul Bettany en moine albinos, le parti à prendre pour regarder le film, celui d’en rire ! Le moine se nomme Silas – c’est logique il s’auto mutile avec un silice -, il est donc l’un des méchants du film, et l’occasion de prouver combien Ron Howard est inadéquat dans ce registre. On tente d’anticiper de quel côté du cadre il va surgir, avant de son gondoler allégrement à chacune des apparitions. Son personnage n’attitre ni la compassion – il est instrumentalisé par un infâme membre du clergé – Alfred Molina qui fait ce qu’il peut-, ni la peur. Clovis Cornillac a eu du nez de le refuser pour participer aux « Brigades du tigre ». L’utilisation plate du Louvres dans une ambiance feutrée, est malhabile, nous faisant même regretter celui du « Belphégor » version Jean-Paul Salomé, c’est dire… Arrive Robert Langdon, spécialiste de l’étude des symboles, en conférence en France – Tom Hanks, c’est un réflexe mais on s’attend toujours à retrouver du persil dans ses narines -. Le conservateur étant assassiné – on ne va retrouver Marielle que dans des Flash-backs -, arrive Jean Reno, policier qui a fait son coming out opusdeien en arborant fièrement un signe d’appartenance sur sa boutonnière, convenez que c’est original pour une milice religieuse secrète…Il est curieux de voir tant de monde si mal dirigé par un Ron Howard, pourtant ancien comédien. Arrive la nièce de du conservateur Sophie Neveu, cryptologue de son état qui veut mener son enquête en parallèle… Le tandem Hanks-Tautou ne fonctionne pas du tout, on n’a rarement vu aussi peu d’affinités chez un couple de vedette, l’alchimie ne fonctionnant absolument pas. Je ne suis hélas pas assez charitable pour passer la distribution française sous silence, outre Reno tragiquement absent, Etienne Chicot bougonne, Jean-Yves Berteloot – pourtant excellent chez René Féret – est sinistre, quand il ne fait pas rire comme dans sa dernière scène, Marie-France Audollent est ridicule en nonnette, Xavier de Guillebon est hautement improbable en toxicomane et cerise sur le gâteau on a droit à Denis Podalydès en contrôleur aérien aux prises avec un Jean Reno énervé dans une des scènes les plus stupides du film.  Côté international ce n’est guerre mieux pour ne citer qu’un revenant Jürgen Prochnow, en banquier burlesque. Le seul qui se tire sans dommage du film c’est l’excellent Ian McKellen qui confère une dignité à son rôle  de Sir Leigh Teabing, qui de démarque d’une tétanisation crispée générale. Il apporte une bonne dose d’humour apportée à des situations dont il ne semble pas trop croire.

Ian McKellen, Audrey Tautou & Tom Hanks

C’est une belle performance d’acteur, d’autant plus méritoire que son personnage est assez chargé. Il se tire sans dommages dans la description de toiles de maîtres, ou explications digestes et diverses. C’est l’humour involontaire patent du film qui nous permet de digérer ce pensum de 150 mn, qui ne réussit ni le divertissement, ni ces délires théologiques – essayez de voir la fin du film, sans vous esclaffer ! -. Difficile de sortir d’une torpeur globale, heureusement le rocambolesque de certaines situations, digérables sans doutes sur la durée d’un livre, confine ici au grotesque total. Le film est un salmigondis ésotérique parfaitement sentencieux, et qui reste sur l’estomac. L’adaptation de Akiva Goldsman est assez fade, utilisant fort mal certaines idées, comme la claustrophobie du personnage de Tom Hanks. L’omniprésente musique de Hans Zimmer, poussive au possible, n’arrange rien… Reste que malgré des tentatives de reconstitutions virtuelles du passé assez habiles, amenées pour aider la compréhension, le réalisateur surligne tout comme s’il avait peur de ne pas être compris, ce qui nous vaut nombre de lourdeurs, comme sa façon d’insister sur un code rentré qui est correct. Ca n’empêche pas le film de battre des records, des vertus d’un marketing parfaitement amené, aidé par la foire cannoise proposant ce blockbuster pachydermique comme film d’ouverture. Il faut souligner l’accueil glacial des festivaliers – sauf ceux interrogés par M6. comme le soulignait « Arrêt sur image » sur France 5, ces derniers étant coproducteurs -.  Quant au côté blasphématoire tout décrié – difficilement compréhensible, tant le film est pathétique -, il n’est ici qu’une occasion pour les intégristes de tous poils de redorer leurs images et de profiter ce l’engouement des médias, comme l’ineffable représentant de l’Opus Dei – déjà très controversé bien avant Dan Brown -, dans l’émission « Arrêt sur images » toujours De plus pas d’ombrage à avoir, les grands méchants ne sont que des isolés infiltrant le Vatican et l’Opus Dei, pour leurs sinistres besognes. Mais y a des parts de gâteaux à prendre dans ce marché, le clergé ne s’en prive donc pas de manière opportuniste. Un joyeux naufrage qui malgré un budget conséquent, finit par rater toutes ses cibles et assurément un des plus mauvais films de l’année, dans un semestre pourtant riche en médiocrités. C’est aussi une vaste opération commerciale peu inspirée, réjouissante cependant au 54ème degré.

COMME T’Y ES BELLE !

 Et une comédie, encore ! Donnez-moi du bitume, du givre, de la neurasthénie, des chambres de bonnes, Alain Juppé, Ève Ruggieri, du brouillard, du plombé, du dépressif… Liza Azuelos nous livre ici sa recette de saison, un peu de « Vénus beauté institut », un peu du « Cœur des hommes », un soupçon de la « Vérité si je mens », une pincée de « Sex in the city » et beaucoup de gnangan dans la grande tradition de l’édulcoration. On attendait beaucoup de ces portraits de femmes dans note société, et on retrouve un produit formaté recyclant les effets modes à tout va. Le regard sur la communauté séfarade est tendre, mais ça ne fait pas forcément un film. Sur le même thème on peut tout de même préférer l’excellent « Tango des Rachevski » de Sam Gabarski, et même les deux « Vérités… « ., Mais à quoi bon se formaliser, moins les cinéastes font preuves de subtilité et de nuances, plus ça marche. Ce film n’est pas si déshonorant que ça finalement que beaucoup d’autres, mais il a le tort de passer après beaucoup d’œuvrettes. Dans le style « si vous voulez passer un bon moment… », elle remplit parfaitement sa mission, mais on pouvait attendre un petit supplément d’âme. Finalement la seule audace du film est d’utiliser Marthe Villalonga…  dans un parfait contre-emploi… Il est vrai qu’elle reste à jamais marquée par ses rôles de femmes austères et revêches chez André Téchiné, on retrouve donc une gouaille inattendue en mère juive volubile. Trêve de sarcasmes, elle est tout de même excellente, au moins elle a l’âge d’être la mère des personnages présents – Elle n’avait que deux ans de plus que Guy Bedos dans « Un éléphant… » et « Nous irons… », mais ces deux films d’Yves Robert gardent un charme certain à chacune des nouvelles visions -. Nos amis les Machos sont égratignés et forcément caricaturaux, voire insipides. Mais saluons Alexandre Astier, il y a donc une vie après « Kaamelott ». Il faut le voir en beauf sérial baffreur tellement macho qu’Éric Zemmour c’est Gisèle Halimi en comparaison. Mais il est très drôle, on l’imagine accompagné d’un ver solitaire, au moins il nous sort de notre torpeur.

Michèle Laroque, Aure Atika, Marthe Villalonga, Lisa Azuelos, Valérie Benguigui & Géraldine Nakache

Les autres hommes sont assez falots, comme Francis Huster qui semble s’ennuyer ferme, Thierry Neuvic – qui nous avait tant fait rire en chasseurs de rats dans le pathétique téléfilm de TF1 « Alerte à Paris ! » et David Kammenos ne sont là que pour incarner le fantasme de ces dames – sans parler de l’ineffable Frédéric Beigbeder, qui au moins ici est muet -. On a plaisir à retrouver Dora Doll, qui n’a pas grand choses à faire en grand-mère qui perd un peu la tête et qui adore Julien Lepers, dans une distribution peu inventive. L’impression d’une soirée TV pantoufle sur grand écran finit par vous aigrir un peu. Michèle Laroque semble souvent jouer toute seule, Aure Atika en mère dépassée ne se renouvelle guerre, on peut par contre louer Valérie Benguigui et Géraldine Nakache, qui volent allégrement la vedette aux deux autres, elles font preuve d’un bel abattage. Le cinéma français manque de beaux rôles féminins, on assiste ici à une vision assez rose de notre société, un regard avisé manque ici singulièrement, les migraines de la fille d’Aure Atika ne sont qu’un prétexte scénaristique, et les problèmes se résolvent dans un irréalisme de conte de fées. Pointe même un certain conformisme, le personnage de Géraldine Nakache devant se bimboliniser pour être « consommable ». Elle avait pourtant trouvé un ton par moment, dans la trivialité notamment, à l’exemple de poils pubiens posés sur le bureau d’un contrôleur fiscal, quelques moments qui surnagent d’un grand bain dans l’eau de rose. On attendait une ode à la tolérance, mais la réalisatrice tombe même dans les clichées, à l’image du frère de la nounou marocaine, « pacsée » avec Michel Laroque pour régulariser sa situation, qui la frappe avec violence et intolérance, Liza Azuelos est pourtant d’origine marocaine, son grand-père étant séfarade. On peut sauver un certain air du temps, une étude de mœurs de femmes ballottées entre la vie familiale, les amours, l’éducation des enfants, c’est suffisamment rare pour signaler. Mais hélas, on termine dans les clichés, ralentis étirés d’instant de bonheur, le film finit hélas par ne pas trouver son rythme. Il y avait une belle matière de film, hélas on reste ici dans les bonnes intentions.

Armel de Lorme auteur du livre L’@ide-mémoire ouvre son site : http://www.aide-memoire.org/, souhaitons lui bonne route !

UNO

Précédé d’une excellente réputation après sa diffusion des les festivals du « Film nordique » à Rouen et « Premiers plans »  d’Angers, ce film s’avère une excellente surprise. Il trace le portrait de David 25 ans, qui habite avec ses parents et son petit frère trisomique un quartier «chaud » d’Oslo. Il travaille dans une salle de gym, dont les occupants participent à de petites combines pour survivre. Son père est mourant et sa vie n’offre aucun espoir. Le fils du propriétaire de la salle de sport est un dealer notoire, son père couvrant tous ses caprices. Une descente de police dans les vestiaires du lieu va changer la donne. Au même moment son père doit être hospitalisé. Le film se passe au Danemark, mais il est assez universel pour figurer dans n’importe quel lieu. Le film commence avec ce que l’on croit être d’abord une esthétique « Dogme », mais on retrouve une maîtrise évidente, avec une photo soignée avec une sorte de filtre ocre de la photographie signée John Andreas Andersen. Son metteur en scène – c’est un premier film  -, Aksel Hennie, qui a débuté comme acteur, a utilisé des éléments de sa vie pour ce film, il confronte son personnage principal avec une sorte d’inéluctabilité tragique. Il joue donc le personnage de David, avec à la fois, une sorte de vulnérabilité et un côté plus combatif. Il passe d’un aspect juvénile, à celui plus marqué d’un homme éprouvé, à la calvitie naissante. Le choix d’un jeu de cartes « Uno » pour une métaphore assez convaincante, aident à suivre ces personnages confrontés à la dureté de règles rigides de petits malfrats – la présentation de truands pakistanais n’évite pas toujours  la caricature, mais elle reflète peut-être une réalité locale – et de la manière de s’en affranchir. Le metteur en scène crée une empathie bienveillante avec ses personnages et montre une grande sensibilité, côtoyant des scènes de violences.

Espen Juul Kristiansen & Aksel Hennie

Sa manière de montrer les petits détails attachant, du petit frère qui cache le portable de son aîné pour attirer l’attention, l’apprivoisement d’un chien rendu méchant, ou la mère de famille dormant sur le canapé en absence de son mari, est d’une remarquable justesse. L’évocation de personnes qui essaie tant bien que mal d’avancer, «évite le misérabilisme, il montre aussi la dignité contre la lâcheté de certains qui se résignent face à la loi du plus fort. La violence est sourde, comme un second langage, elle semble se transmettre à chacun, apparaissant même de manière inattendue. Mais le film n’est pas sans espoir, David lutte contre un déterminisme de sa condition sociale, où tout semble être un combat de chaque instant, même avec l’un de ses amis qui vitupère quand ce dernier laisse sonner son portable devant la vision d’un DVD. Les personnages sont touchants, de la mère désespérée, au petit frère handicapé, face à des personnages blessés et bafoués, quand certains comme l’insupportable Ralph, protégé par son père, combinent petitesse et méchanceté. S’ils n’ont pas assez de mots pour dire leurs douleurs, on ressent une lutte constante contre un abattement justifié par une véritable tragédie, pas de place ici pour se complaire dans son malheur. L’histoire est prenante, le côté film noir est ici transcendé, pour donner une sorte d’hymne à la vie. Au-delà des maladresses, il une assurance de la part d’Aksel Hennie, un véritable regard, sur son personnage écran qui va payer au prix fort sa quête de liberté et d’autonomie.