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LES MAUVAIS JOUEURS

Avant-première le jeudi 14 avril, à l’UGC Bordeaux, en présence de Frédéric Balekdjian, Simon Abkarian et Lin Dan Phan.

C’est toujours une satisfaction, de découvrir l’univers marquant d’un cinéaste, dès les premiers plans d’un film. Le film débute sur une arnaque au bonneteau dans le quartier du Sentier. Simon Abkarian impressionne par sa manière d’occuper le terrain, de s’imposer, de ne pas laisser souffler le spectateur. Le décors est planté, deux communautés coexistent (les Arméniens et les Chinois) avec difficultés.

Teng Fei Xiang & Pascal Elbé

Frédéric Balekdjian a utilisé habilement les règles du film noir, dans les décors de son enfance. Il montre le destin précaire de Yavé Krikorian (Pascal Elbé, personnage touchant et borderline), qui prend sous son aile, le jeune frère de celle qu’il aime (Lin Dan Phan), qui le délaisse pour un autre. Il tente de survivre aux difficultés de la boutique de son père – inattendu et impressionnant Richard Taxi – , par des petites combines avec ses deux comparses le hâbleur et violent Shahak (Simon Abkarian) et son frère Toros (Isaac Sharry).

Ce film âpre, énergique est une réussite, la manière de concilier la vie d’un quartier. On est bluffé par les plans tournés en plein Paris, cette façon de faire exister les arrières plans, d’autant plus méritoire lorsqu’on pense aux contraintes de tourner dans Paris – entre les demandes d’autorisations de tournage et les prostituées de la rue Saint-Denis qui ne souhaite pas figurer dans un plan -. C’est un film à l’énérgie porté par ses comédiens, et de beaux personnages complexes, et le choix de la distribution. L’émotion est souvent là, comme le dernier regard de Gérard (Richard Taxi) sur sa boutique vide, plan inspiré de la propre expérience du réalisateur. Il a eu l’intelligence d’aller au delà de l’image marquée par le “Petit théâtre de Bouvard”, pour épaissir sa silhouette et donner une ressemblance avec son propre père.

Pascal Elbé joue avec ironie, et conviction un personnage en souffrance, et perdu. Isaac Sharry joue de sa sympathie naturelle et sa drôlerie – Le numéro rare de “Stranger” -, pour donner plus d’ambiguïté à son personnage, et le jeune Teng Fei Xiang, choisi par casting, passe de l’innocence à la violence avec facilité.

Simon Abkarian

Simon Abkarian, marque durablement son personnage, en l’humanisant Il prouve qu’il est à l’aise dans tous les registres, de l’extorisation (avec Klapisch) à l’intériorisation (avec Deville). Rencontré suite au film, il fait preuve de chaleur, nous confiant son exigence. Très chaleureux et modeste, il devrait rejoindre la famille de Robert Guédiguian. Il parle magnifiquement et avec lucidité de son métier. De beaux rôles l’attendent… Grâce à son amabilité, j’ai pu créer une fiche pour Les gens du cinéma

Lin Dan Phan, surdouée du cinéma, se lève pour vous parler – trouvant inconvenent de rester assise quand quelqu’un s’adresse à elle -. On est touché immédiatement par sa grâce et son côté surdoué. Elle marque de sa gravité et de son charisme, son rôle de femme blessée. Pour la petite histoire, elle a tourné “Les mauvais joueurs” avant le beau film de Jacques Audiard “De battre son coeur s’est arrêté”, où elle rayonne également. Sur ce film elle nous parle de ses années d’aprentissage du piano, de son amusement à jouer quelqu’un qui ne parle pas le français. Elle évoque également sa rencontre avec Lomama Boseki “Man to man” révélée comme par Régis Wargnier – son premier rôle fût dans “Indochine” -.

Frédéric Balekdjian, parle avec humilité de son travail, de son travail dans un quartier où il a grandit, sa tenacité face aux difficultés de financements et de tournage. Vivement la suite…

LE COIN DU NANAR : MILLIONNAIRES D’UN JOUR

Affiche provenant de Les gens du cinéma

“Millionnaires d’un jour” (André Hunebelle, 1949), est un film à sketches, bien avant la mode des années 60 (J’avais complété le générique pour IMDB). Un journaliste lunaire, joué par Bernard Lajarrige, transforme la vie de plusieurs personnes, en publiant de faux résultats de la loterie nationale, aveuglé par son amour d’une jeune journaliste. Le film vaut surtout par ses interprètes. Outre les vedettes Gaby Morlay, Pierre Brasseur ou Ginette Leclerc, on retrouve une belle galerie ” d’excentriques ” selon l’expression de Raymond Chirat & Olivier Barrot. De Pierre Larquey facétieux doyen des Français, faisant tourner en bourrique André Gabriello, maire voulant profiter de l’opportunité de sa longévité pour lancer une station thermale (idée reprise par René Clair pour tout l’or du monde), Yves Deniaud en truculent clochard, Madeleine Barbulée en infirmière vieille fille mais dévouée, André Valmy en truand fataliste, Jacques Baumer, en président du tribunal dépassé par les évènements ou Paul Demange en collègue encombrant.  La grande surprise reste la prestation de Louis de Funès en avocat, qui reste coi (une première et une dernière), son client (Lajarrige) assurant sa défense tout seul…

UN DANS TES REVES PEUT UN EN CACHER UN AUTRE

Les a priori ont la peau lourde. Étant trentenaire finissant, je ne devais pas être le coeur de cible de “Dans tes rêves”, le film de Denys Thybaud. Je l’ai vu cependant le film en avant-première le 24 mars dernier.

C’est un film très plaisant, évitant certains clichés que l’on pouvait presumer à la vision de la bande-annonce. Il y a une bonne réflexion à l’image du photographe qui demande à Ixe de faire “Yo” et ce dernier reste digne et de la chanson “Je suis le singe, vous êtes le zoo”.

Il y a un effour louable sur la distribution, de Sérigne M’Baye (Disiz) et sa bande, Alex Descas et Béatrice Dalle transfuges de Claire Denis, Vincent Elbaz qui joue de son image comme le faisait un Vittorio Gassman, Simon Abkarian déléctable, en gros bras se lissant les moustaches avec un couteau, Firmine Richard en mère dépassée, Jean-Pierre Cassel en caïd vieillissant…

Sérigne M’Baye alias Disiz La Peste a une présence, une gravité, une sensibilité. Venu présenté, avec Denis Thybaud, Edouard Montoute et Adrien Saint-Joré (ce dernier avait presque plus de fans que les trois autres réunis), avait une attention pour tout le monde, une écoute, une disponibilité, un sacré capital de symphatie…

Quand on voit Édouard Montoute en promotion – l’ayant vu déjà sur “Nos amis les flics” -, ce qui frappe le plus c’est son côté boute-en-train, jouant constamment avec le public… il est drôle et efficace, et commence à fendiller l’armure de son image de macho rigolard dans son personnage de manager-coiffeur.

Et il y a la sublime Sara Martins – là je dois confesser un sérieux béguin pour elle depuis l’avant-première de “Les amateurs” – .  C’était un bonheur de l’écouter parler sur “Limelight” de Chaplin ou de sa rencontre avec Michel Bouquet, son talent ne devrait pas se résumer à des rôles aussi brefs. Heureusement, elle semble s’épanouir au théâtre.

Mentionnons aussi Tony Mpoudja qui casse la barraque dans le rôle de “Gun” (c’est un rôle de composition, ce comédien découvert dans “La squale” n’est pas un rappeur). Malgré les maladresses et les effets clipesques, ce film reste plaisant. Ne boudons pas notre plaisir !

A lire une analyse intéressante sur  : Allôciné rappelant la genése du film, corroborée par les intervenants lors de cette avant-première, le scénario originel d’Oxmo Puccino ayant été confié à Denys Thibaud, car la contreverse est certaine.

Blandine Lenoir, Nanou Garcia et Lila Redouane

Il y a un autre “Dans des rêves”, c’est un court tourné en 2003, et diffusé actuellement sur le câble (CinéCinéma Auteurs). En 17 minute, réalisé par Blandine Lenoir, et avec un budget beaucoup moins conséquent que le long homonyme. Ce court narre la pause de trois employées d’un restaurant.

L’une Monette (formidable Nanou Garcia) voit le bon côté des choses, éternelle optimiste, remontant le moral de ses deux collègues (Blandine Lenoir et Lila Redouane), qui agacées restent plus perplexe, en attendant l’arrivée du mari de Nanou (Frédéric Pierreux), homme taiseux et discret. Cet exercice de style ciselé est un pur moment de bonheur. La caméra légère a privilégié le jeux des comédiens. Souhaitons, vivement à Blandine Lenoir un long-métrage.

Le lien du jour :

Vous avez du mal avec le causer moche de ce blog, voyez : Dicomoche

Bernard Blier offrait un bouquet de fleur à sa mère le jour de son propre anniversaire, bon anniversaire à Arnaud et Rémi et leurs parents Philippe (grand cinéphile devant l’Éternel) et Véronique…

MON PETIT DOIGT M’A DIT…

Excellente surprise que de découvrir ce film ce mardi soir en avant-première à Bordeaux. Pascal Thomas a trouvé une équivalence ludique dans la province française pour restituer l’atmosphère anglaise – Au contraire d’un Alain Resnais se servant du studio pour “Smoking-No Smoking” -… Loin des clichés “tasses de thé”. Saluons également la musique de Reinhardt Wagner. C’était plaisant d’entendre Pascal Thomas narrer la rencontre avec la fille Agatha Christie – à l’époque du film “Celles qu’on n’a pas eues” -, il obtient les droits après une soirée arrosée, chagrinant les “hommes en noir” chargés des droits des adaptations et préférant les réserver à Hollywood ! Il vaut mieux ne rien déflorer du film.

Disons qu’avec ces dialogues ciselés, sa distribution étonnante (des habitués : Catherine Frot, Maurice Risch en peintre inquiet, André Thorent en curé poivrot, Anne Le Ny déguisée en fée Carabosse…) et les autres (beaucoup de surprises, tel Pierre Lescure, dans le rôle inattendu du “commissaire”, il a été choisi grâce à son timbre de voix).

Valérie Kaprisky, Catherine Frot et André Thorent

– Geneviève Bujold apporte la dimension fantastique du film, aidée par nos souvenirs de cinéphiles chez Brian de Palma ou David Cronenberg. Elle s’isolait fréquemment du reste de l’équipe.

– Laurent Terzieff, surnommé par Prudence “Le Gréco” amène une inquiétante présence.

– Sarah Biasini joue la fille des Beresford. Son arrivée inopinée avec son suisse de mari et ses deux jumeaux, poussera Prudence a faire son enquête (moment désopilant).

– Bernard Verley joue un général accorte et omniprésent.

– Alexandra Stewart est une sculptrice extra-lucide énergique.

– La trop rare Françoise Seigner est la tante acariâtre.

– Valérie Kaprisky joue une vieille fille inquiétante. Pour la petite histoire, elle venait de se casser le bras.

Catherine Frot & André Dussollier

C’est la force de Pascal Thomas d’intégrer diverses personnalités à son univers (souvent des amateurs). IL laisse s’installer l’insolite avec des références actuelles (la canicule, les portables) et c’est jubilatoire. L’insolite d’ailleurs continuait après le film, un fan faisant signer un autographe à Pascal Thomas sur un chéquier !

André Dussollier a magnifiquement parlé de son travail. Suite à une de mes question, lors du débat d’après film, il a évoquait son travail dans le téléfilm de qualité non formaté, “Suzie Berton” et revient sur l’anecdote du film de François Truffaut, “Une belle fille comme moi” où il continuait à répéter ses scènes déjà tournées. Il y a toujours chez lui une exigence, un travail sur sa voix et les situations, c’est un des plus grands acteurs français. Ce film est un beau rendez-vous, réalisé au pied levé suite à l’abandon de TF1 pour un projet avec Vincent Lindon.

AKOIBON OU FAIS PAS TON CLAUDEL !

Dans “Édouard est marrant” formidable court-métrage de Riton Liebman – L’enfant précoce du film de Bertrand Blier “Préparez vos mouchoirs !” -, Maxime (Riton Liebman) est agacé par sa femme (Maryne Canto) qui trouve Édouard Baer irrésisitible. Il finira par le rencontrer et en plus par le trouver sympathique. Avant-première donc, de son nouveau film “Akoibon” à l’UGC Cité-Ciné à Bordeaux, ce jeudi 7 mai en présence d’Édouard Baer, Nader Boussandel et le local de l’étape Patrick Robine (il est né à Villenave d’Ornon en Gironde). Le film est un monde en lui-même, Nader, un jeune débrouillard arrive à la Villa Mektoub, sur une île de la Méditerranée. Pour sauver son ami Christophe, des griffes d’une personnalité maffieuse (magistrale Jeanne Moreau), il devra lui livrer Chris Barnes, légendaire roi des nuits de la jet set. A la manière de “La Bostella” l’univers d’Édouard Baer est singulier mêlant mélancolie et décalage, dans un cadre écrasé de soleil. Pour ce film co-écrit avec Fabrice Roger-Lacan, on pense souvent à Luis Buñuel dans la cohérence dans les mises en abîme – Le camp militaire à proximité de l’hôtel rappelle les manoeuvres du “Charme discret de la bourgeoisie” -. La narration est mise en pièce à la manière d’un Bertrand Blier, avec en toile de fond le jeu des apparences… Le mélange de la troupe d’Édouard Baer et d’interprètes d’autres horizons fonctionne parfaitement.

Édouard Baer

La troupe :  l’émission estivale “Le grand plongeoir” présenté sur France 2, a été un bon laboratoire pour découvrir de nouveaux talents, Édouard Baer nous confiait ne pas en être satisfait, il aurait souhaité qu’elle passe en direct : – Nader Boussandel : Baer le présente comme un croisement de Bébel et de la banlieue. C’est le fil rouge de l’histoire, et il est à la hauteur des ses prestigieux interprètes. Pour l’anecdote, Édouard Baer racontait que Jean Rochefort aimait à le déstabiliser, son trouble est d’ailleurs utilisé dans le film. Un talent très prometteur… – Patrick Robine, il est le marin pêcheur, à pilosité variable et livreur de doigts !, lors de cet avant-première il a régalé le public en faisant à froid son numéro d’imitations de la nature – “Je ne fais que les lacs connus…” -. Il s’est également couché à même le sol, se servant d’une veste comme d’une couverture. Un univers singulier. – Gilles Gaston-Dreyfus  est le récitant encombrant d’un film, sentencieux, il semble gêner tout le monde… – Atmen Kélif amène un personnage poétique et lunaire, surgissant de nulle part et lavant tout ce qui est a sa portée. – Le fidèle Francis Van Litsenborgh, joue de la raideur de sa nuque en hôte du “Mektoub”, singe Esther Williams et se retrouve même dans le lit de Chris Barnes ! – François Rollin joue l’amoureux transi de Marie Denarnaud, la filmant sans relâche et promenant un spleen désinvolte. – Christophe Meynet, l’habituel compère de Nader Boussandel, joue le bon copain gouailleur de Nader.

Jean Rochefort et Jeanne Moreau (source Gemini Films)

Les autres :

– Jean Rochefort est impérial en amalgame d’Eddie Barclay et de Jean-Marie Rivière. Édouard Baer saluait son souhait de se renouveler et de s’investir dans de nouveaux univers. Il maîtrisait et respectait le texte, même s’il répondait au metteur en scène parfois « Fais pas ton Claudel ! ». Autre anecdote : Toute l’équipe de tournage habitait sur le lieu de l’hôtel, formant une petite communauté. Jean Rochefort se faisait livrer du poisson par un certain Jean Alési (qui est l’homonyme du pilote et figure, au générique final comme l’a fait remarqué un spectateur observateur. Par élégance, Édouard Baer a donné sa chambre à Jeanne Moreau, sans lui dire qu’il manquait de places. Il pensait dormir sur un canapé, mais il a dû finir à l’hôtel pour ne déranger personne. La classe personnifiée… De ce fait, Jean Rochefort a demandé un verrou, en déclarant “Je suis toujours désirable…”. La rencontre inédite Rochefort-Moreau étonne, cette dernière mêle autorité et poésie. – Ne cherchez pas qui peut succéder à Louis de Funès, c’est Josée Dayan actrice. On retrouve Georges Moustaki, capable de créer un lien très fort entre deux personnages sur un forum sur la chanson française… On vous recommande le T-shirt ! – Marie Denarnaud rayonne par son charme et impressionne dans sa scène sur l’ennui avec François Rollin. – Chiara Mastroianni surprend en étant à l’aise dans le loufoque, à l’exemple de sa conversation gênée avec Nader et l’attitude ambiguë avec son Rochefort de père. – Pierre-Louis Lasnier et Léa Drucker détonnent en vacanciers désabusés. – Samir Guesmi est formidable dans l’absurdité jouant entre le factice et le réel. – Benoît Poelvoorde change de registre en mari de Chiara Mastroianni, il a une belle scène parlant du charme d’ Édouard Baer en se plaignant de n’intéresser personne,  et multiplier les fausses sorties. C’est bien une des problèmatiques du film, l’inégalité de l’aura et des talents, entre les gens. Lors du débat après le film, Édouard Baer dissert, fait preuve de brio, l’intelligence fuse. Je fais donc mon intéressant, de manière assez pathétique, en le comparant à Sami Frey (C’est humainement impossible qu’une des femmes que vous aimez ne vous en parle pas), et parle de la diffulté d’être médiocre quand il y a des personnages comme lui. Il répond évidemment brillamment, en vantant l’avantage d’être lui (mais se dévaluant tout de même) et faisant l’éloge de l’aigreur en citant un dialogue du “Bison”. La discussion reprend au hall de l’UGC, il nous parle de l’accueil glacial d’ “À boire”, de ses angoisses sur la sortie de “La Bostella”. Brillant, désespérément brillant, je finis par lui parler du fameux article de “Libération” de Paul Vecchiali.. Il me signe sur un calepin avec humour “mon concurrent” malgré ma pitoyable prestation.

Riton Liebman avait raison, Édouard est marrant…

Le lien du jour : http://www.clubdesmonstres.com/ Club des monstres est un site canadien proposant un panorama sur le cinéma fantastique

LE COIN DU NANAR : DOUBLE ZÉRO

“Double zéro” est  l’habituel type de projet qui ne repose que sur le tempérament de deux comédiens sympathiques, Il bénificie  d’un budget démesuré, et une suite inégale de sketches, Il est triste de voir certains de nos seconds rôles gâchés dans cette grosse machinerie de Gérard Pires, – surtout si l’on est nostalgique d’ “Érotissimo”, ou d’ “Elle court, elle court, la banlieue” -, La présence d’Édouard Baer détonne un peu. C’est presque un remake du film d’Yvan Chiffre “Bons baiser de Hong Kong”, mais à l’origine c’est un projet de Thomas Langmann qui a racheté les droits du film de John Landis “Spy like us” – “Drôles d’espions” avec Chevy Chase et Dan Aykroyd. en 1985.

Abbott & Costello meet James Bond

François Chattot y fait une formidable composition de baroudeur, Bernard Bloch en militaire impassible, Christophe Odent en général inquiétant, Lionel Abelanski en “Q” du pauvre, François Berland en père excentrique du “mâle”  n’ont pas grands choses à ce mettre sous la dent. On peut reconnaître le temps d’une image presque subliminale le formidable acteur-cascadeur Lionel Vitrant, de dos ! dans la scène de “voulez-vous coucher avec moi…”, et il y a le sous-exploité Didier Flamand, qui semble s’ennuyer ferme. Ce type de comédie n’est hélas pas,  un feu de paille.

Retour sur François Berland,  que l’on confond souvent avec François Berléand en raison de sa presque homonymie :

Il est huissier barbu au bal dans “La galette du roi”, le maire qui marie Ghad Elmaleh et Alain Chabat dans “Chouchou”, le barman écoutant les états d’âmes de José Garcia dans “Rires et châtiment”, médecin dans “Je préfère qu’on reste amis”, etc….. Un talent sûr et une voix connue (pub, récitants de documentaires, “Les guignols de l’info”, “Monsieur Manatane”, “Le maillon faible”. Un talent sûr dont les films se retrouvent dans bien des filmos de François Berléand, venant de re copieurs fatigués, malgré les corrections que j’avais faites sur IMDB…

François Berland m’avait donné très aimablement son CV et état civil par fax, pour que je puisse créer sa fiche sur “Les gens du cinéma” : Les gens du cinéma.

LE COIN DU NANAR : PÉDALE DURE

Il y avait cette rubrique dans “50 ans du cinéma américain” de Jean-Pierre Coursodon & Bertrand Tavernier. Le nanar pouvant être plus jubilatoire que quelques classiques, il ne faut pas voir ici, une volonté systématique de dénigrer… Aujourd’hui “Pédale dure”.

   Il faut ici déplorer un nouveau ratage dans la nouvelle mode des fautes suites- à l’exemple de “Jet Set” -, mépris manifeste du public. On imagine aisément les producteurs élaborer ce projet, en pensant que le « greffon » Bertrand Blier pouvait amener du mordant à un projet inconsistant. Mais on est à des années lumière de « Tenue de soirée ». On croit ici ou là retrouver la petite musique de Blier, qui s’auto cite presque comme lee voisin encombrant joué par Victor Garrivier rappelle le personnage joué par Michel Galabru dans  “Notre histoire”, mais il n’en est rien. On en arrive à compatir sur les comédiens (seul Jacques Dutronc, un peu décalé par rapport aux autres amène une atmosphère). Claude Miller avait pour projet dans les années 90, de faire un film sur un scénario original de Bertrand Blier « Le charme des gares » (deux inconnues se rencontrent la nuit), et l’on vient à rêver sur ce film hypothétique, tant l’ennui nous gagne.

Michèle Laroque, Gérard Darmon & Dany Boon

Retour sur Victor Garrivier : On le voyait souvent ces derniers temps : L’homme sacrifié de “Effroyables jardins”,  le maire confronté au retour de ces concitoyens… morts, (il était émouvant dans ce rôle, impuissant devant le retour de sa femme joué par Catherine Samie, sa dernière scène est particulièrement poignante). Il participait a beaucoup de téléfilms depuis le clochard de “L’abonné de la ligne U” où il jouait avec Pierre Dac (Que l’on peut trouver en DVD) à l’avocat Antoine Zelder dans “Avocats et associés” depuis 1998. Très apprécié de Claude Chabrol, il jouait souvent des personnages taiseux ou résignés voire parfois ignobles – Le “Mercaillou” de “Coup de torchon”- .

Victor Garrivier

Peu d’hommages à sa mort en décembre 2004 – sinon le site “club internet télévison” -. Heureusement on peut retrouver le rituel portrait d’Yvan Foucart pour les “gensducinema.com” : Les gens du cinéma

OMAGH

C’est un film poignant (à l’origine un téléfilm selon IMDB), où l’on voit bien le combat d’un père de famille, qui perd son fils le samedi 15 août 1998, dans ville d’Omagh en Irlande du Nord. A 15h10. Michael Gallagher dont la modération et la détermination permettront de mettre en lumière la grande lâcheté des terroristes et surtout la corruption des autorités. Le traitement est le même que pour le film “Bloody sunday” de Peter Greengrass (co-scénariste de ce film), une caméra sur l’épaule et proche des visages, une grisaille déterminée. Mais la grande leçon de Pete Travis, c’est l’empathie qu’il nous donne à partager avec ses personnages. La moindre silhouette existe, il privilégie la direction d’acteur, et Gerard McSorley, qui pourrait être notre voisin, un parent, un collègue est prodigieux d’humanité. Sa figure nous est familière (il était le père de Felicia dans “Le voyage de Felicia” d’Atom Egoyan), ses mots sont posés, sa rage intérieure.

Gerard McSorley

Le problème du rôle médiatique que tient Michael Gallagher au sein de sa famille est aussi subtilement évoqué. De la retenue et de la justesse, et une ôde pour la solidarité. Une leçon de vie. Les médias annoncent en ce moment la mort du pape, respectons bien sûr la souffrance de tous, mais souvenons nous qu’une de ces pièces de jeunesse inspira le film “La boutique de l’orfèvre” en 1988 par Michael Anderson, avec Burt Lancaster. C’était une question que l’on retrouvait souvent dans les jeux pour cinéphiles.

RETOUR SUR BOUDU

“Les médiocres se résignent à la réussite des êtres d’exception. Ils applaudissent les surdoués et les champions. Mais la réussite de l’un des leurs, ça les exaspère… Elle les frappe comme une injustice”. – dialogue de Michel Audiard dit par Michel Serrault dans “Garde à vue” -.

Gérard Jugnot a dû se rabattre sur ce projet proposé par le producteur Jean-Pierre Guérin après le refus d’Albert Uderzo de donner les droits pour “Astérix en Hispanie”. “Boudu sauvé des eaux” est une pièce de théâtre de René Fauchois, (jouée d’ailleurs par Gérard Depardieu, dans un rôle secondaire, en 1968, au théâtre des Capucines, dans une mise en scène de Jean-Laurent Cochet). Pourquoi pas alors, on se souvient d’un autre remake de cette pièce par Paul Mazurski “Le clochard de Berverly Hills” en 1986 avec Richard Dreyfuss, Nick Nolte et Bette Midler… Et comme disait Bernadette Lafont, la chapelle Sixtine est aussi une commande…

Mais on s’inquiète avec la déclaration de Gérard Jugnot sur le film de Renoir dans “Télérama” N°2876 du 26 février :
« Il faut être clair : je n’aurais jamais osé faire un remake de La Règle du jeu ou de La Grande Illusion, mon Renoir préféré. Mais Boudu, c’est un Renoir mineur : je crois savoir que Michel Simon a tout fait ou presque, c’est lui qui a acheté les droits de la pièce et qui a engagé Renoir. Le texte original de René Fauchois est violemment anti-bourgeois. Il date de 1919, règle des comptes avec les planqués de la Grande Guerre ­ c’est le prolétariat qui est allé au casse-pipe, pas la bourgeoisie. Je crois même que la pièce a été censurée. Avec mon scénariste, Philippe Lopes-Curval, on a trouvé amusant de reprendre le thème, mais d’en faire quelque chose de résolument différent. »

… film mineur de Jean Renoir ! “les bras m’en tombent” comme dirait Denis Parent…Ce film reste un chef d’œuvre définitif et libertaire avec un sublime Michel Simon, film qui continue à choquer certaines âmes comme la scène où Boudu essuie ses pieds aux rideaux. J’aime l’univers de Gérard Jugnot, et sa franchise habituelle (il n’aime pas la “Nouvelle vague”, ce qui est son droit), mais là faut pas “déconner”(dans “Studio” il déclare “je n’ai pas voulu revoir le film de Jean Renoir, ni relire la pièce de René Fauchois”…)., dévaluer un film pour légitimer un remake c’est un peu un aveu d’impuissance…

Michel Simon dans “Boudu sauvé des eaux”

Outre les déclarations de Paul Vecchiali contre jugnot il y a aussi la déclaration du CCCP (Comité Contre le Cinéma qui Pue) vu sur le forum de « secondscouteaux.com »

Rappel du texte :

“SAUVONS BOUDU DES EAUX GLACEES DU CALCUL EGOISTE ! Ce soir mardi, une quinzaine d’individus ont lancé une quarantaine de boules puantes lors de l’avant première pour le public du nouveau film de Gérard Jugnot, Boudu. Voici le tract qui a été jeté en pleine séance.

Nous avons entre vingt et trente ans. Nous n’appartenons à aucune organisation autre que celle-ci, créée pour l’occasion. Nous ne sommes pas tous des cinéphiles, mais tous nous connaissons et aimons le Boudu de Jean Renoir et Michel Simon.

Gérard Jugnot a déclaré à Télérama (cette revue pour maisons de retraite) : « Tout le monde est d’accord, Boudu est un Renoir mineur. » Jugnot parle du point de vue de son monde, et en bon bourgeois, il est persuadé que son monde c’est « tout le monde ». Mais le monde de Gérard Jugnot n’est pas le nôtre. Pour nous, Boudu est le plus beau film de Jean Renoir, celui dans lequel s’affirme avec le plus de force son anarchisme. Les films de Renoir sont des films libres, des aventures, des expériences. Et Boudu, joué par Michel Simon, est à l’image de ce cinéma : il ne doit rien à personne et surtout pas à ses bienfaiteurs (bourgeois, ou producteurs de cinéma). Aucun personnage de Renoir n’est allé aussi loin dans l’improvisation, le sans-gêne et le franc-parler. Boudu, plus que la trop sage Grande Illusion (film évidemment préféré de Jugnot), est le film de Renoir le plus personnel et le plus libre.

Que sont Jugnot et Depardieu ? Des « stars ». C’est-à-dire des imbéciles qui font commerce de l’exhibition permanente de leur imbécillité. Des vedettes sans talent, rouées pour la grimace, devant lesquelles s’aplatissent même les hommes politiques. Des amuseurs publics qui n’ont (plus) rien à voir avec ce peuple qu’ils prétendent amuser et qu’ils appellent avec mépris « le public ». Des grands bourgeois crapuleux qui occupent pour leur publicité personnelle toutes les cases que les médias gardent bien chaudes pour eux : plateaux de télévision, émissions de radio, couvertures des magazines, etc. Jugnot et Depardieu sont la honte de notre pays et de notre temps. A Catherine Frot, que nous aimons mieux, nous disons que nous préférons les dilettantes de la sincérité aux professionnelles de la caricature.

Jugnot ne se contente pas de barboter mollement, comme tant d’autres, dans les eaux dégoûtantes des médias de masse. Il fait pire : il pille, par manque total d’imagination, le meilleur du patrimoine cinématographique français pour se faire encore plus d’argent et de publicité personnelle. Il vole le sujet d’un grand film français des années 30 qu’il déformera assez pour en faire un petit produit cynique et irresponsable de plus. Il va trahir impunément Renoir, avec la bénédiction de tous les relais médiatiques possibles. Que peut-il sérieusement faire de l’anarchiste Boudu, lui qui ne sait rien ni de l’anarchie ni de la liberté ? Que peut-il faire de son couple de petits-bourgeois, lui qui est une « star » et qui fait tout pour cacher le scandale que constitue son enrichissement personnel démesuré en tant que « star » ? Jugnot comme Depardieu participent de tout leur être à l’entreprise quotidienne de refoulement des rapports sociaux en France. TF1, la Française des Jeux, les J.O. de 2012, Jugnot : même combat, c’est-à-dire même gaspillage, même abrutissement et pillage organisés du peuple français.

Aujourd’hui, ces pourris s’en prennent à notre cher Boudu. Aujourd’hui, ils transforment les salles de cinéma en intérieurs bourgeois où tout est en ordre et chacun bien à sa place : les spectateurs sommés d’applaudir les cabotins ridicules et vaniteux venus se foutre d’eux, une fois de plus. En réponse, nous sommes tous des Boudu, et ce soir nous salissons, nous empuantons, enfin nous gâchons le spectacle. En hommage à Michel Simon et à Jean Renoir.

CCCP (Comité Contre le Cinéma qui Pue)”

Source :
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=33549

Gérard Depardieu & Gérard Jugnot, remake de “Tenue de soirée” ?, non remake de “Boudu”.

Même si cet acte libertaire peut sembler amusant,  Gérard Jugnot ne mérite pourtant pas cet excès d’indignités et de foudres. Sans doute le succès des choristes agace, mais cette haine peut sembler disproportionné. L’oeuvre de Gérard Jugnot est cohérente, et colle en général à l’air du temps. Il amène souvent une grande humanité à ses personnages, même si cette fois il a raté sa cible. Si on lit complètement son article sur Télérama : Taper “Gérard Jugnot” sur “rechercher un article” via le lien : http://www.telerama.fr/
on voit bien son amour pour le cinéma et la manière dont il parle de Noël-Noël, Robert Dhéry ou d’Yves Robert, personnalités qui n’ont pas la reconnaissance méritée.  C’est d’autant plus qu’honorable que bien des metteurs en scène aiment à faire table rase du passé”.


Pour le film en lui même, on essaie d’abord de voir le film en essayant de ne plus penser au Boudu original. Mais la mise en scène est assez statique, et les décors sont particulièrement pesants. Seuls Catherine Frot et Jean-Paul Rouve (en digne successeur d’un Robert Le Vigan) semblent tirer leurs épingles du jeu. Les seconds rôles sont d’ailleurs distribués sans imagination (Hubert Saint-Macary en psy, Serge Riaboukine en râleur chronique, Bonnafet Tabouriech en méridional de service, etc…). Certaines répliques font mouches, et l’allusion au scooter – prononcez “scotaire” – que veut Boudu est amusante (Depardieu ayant effectué sa traditionnelle cascade en moto faisant frémir les assurances, mais grand seigneur il a terminé le film malgré son accident). Notre Gégé revient en force ces derniers temps, mais pas sur ce film, il semble assurer ici “le service minimum” (il demeure malgré tout un formidable comédien, mais semble ici trop désinvolte). Et le “Boudu” de Renoir nous tire par la manche pour nous rappeler à son bon souvenir. Un film “mineur” dans la filmo de Gérard Jugnot.

LE COIN DU NANAR : L’ANTIDOTE

 

Vu “L’antidote” (…pas à la morosité en tout cas) de Vincent de Brus, comédie assez laborieuse, qui mériterait que l’on jette un voile pudique sans une galerie d’excellents interprètes : L’angoisse terrible c’est d’avoir comme moi ce jour, une voisine de salle qui avec son rire communicatif,  – à contre temps et dans des scènes assez lourdes, style “la bourse et la gaule” -, vous range dans la case des coincés du bulbe du genre “c’est moi ou c’est vraiment drôle…”. . On guette malgré soi “la mort au travail” comme disait Jean Cocteau, chez Villeret, dans un numéro où il excelle, Clavier tient son rôle honorablement sauf quand il bafouille à la “Pierre Repp”. Agnès Soral pète le feu en bourgeoise un peu fofolle.

Panorama des seconds rôles :

– François Levantal dans “L’antidote” il joue le bras droit probe et rigolard (n’omettant pas de jeter un coup d’oeil sur le décoletté d’Alexandra Lamy. Il fait preuve d’un bel abatage

– Alexandra Lamy, mieux servie que dans “Brice de Nice” – prononcez “Braïce de Naïce” –

– L’excellent Éric Prat en traître de service, sans cesse rabroué par Clavier car il n’est pas assez obséquieux

– Annie Grégorio, la voisine “popu” de Villeret, cuisinant gras et ne comprenant rien (chapeau pas à cette comédienne pour tirer des rires avec un rôle pareil).

– Dominic Gould, en souvenir de “Monsieur” le film Jean-Philippe Toussaint

– Gérard Chaillou, en professeur (il tient ce rôle également dans “Mon petit doigt m’a dit”, un futur emploi

– Pierre Vernier en doyen du conseil d’administration, c’est le sage mais que Clavier manipule facilement.

– Bernard Dhéran, en père d’Agnès Soral (il le jouait également dans une sitcome “Blague à part” sur canal +, original et assez jubilatoire.

– Warren Zavatta en vigile qui s’efforce d’embrouiller André (Villeret)

– François Morel est formidable en associé sournois, de même Judith Magre dans le rôle de la mère de Clavier, mais Daniel Russo est sous exploité comme d’habitude…

Christian Clavier et Jacques Villeret

. C’est aussi le dernier rôle pour Jacques Dynam , il joue le propriétaire de l’usine de jouets, et patron de Villeret, on ne le voit que dans 2 scènes (et dans la seconde il est dans le flou !). C’est dommage pour ce si symphatique comédien dont le générique du film salue la mémoire…

C’était un comédien attachant, truculent, il fallait le voir filliforme dans “Millionnaires d’un jour” (1949) où il jouait un médecin timide. De l’adjoint malmené de Louis de Funès dans la série des “Fantômas”, – version Hunebelle -,  à la voix française de Jerry Lewis !, c’était une figure populaire, souvent partenaire de Michel Serrault, on pouvait le retrouver en ouvrier typographe dans “Les enfants du marais”, homme d’affaire roublard dans “L’associé” ou noble dans le remake de “Fanfan la tulipe”, ou flic fatigué à la télé dans la série “Crimes en série” avec Pascal Légitimus… Un indispensable…

  Jacques Dynam

Il a fait beaucoup de doublage ( la voix de Jerry Lewis, ce n’était pourtant pas le même gabarit ! ) confère La gazette du doublage. On peut retrouver un excellent portrait signé par Yvan Foucart (auteur du formidable livre “dictionnaire des acteurs disparus”, avec lequel je corresponds souvent dans le site wwww.lesgensducinéma.com à l’adresse :  Les gens du cinéma.