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MILLIONS

Qu’est-il arrivé à Danny Boyle ? On pouvait penser son attitude méritoire de vouloir continuer à œuvrer au Royaume Uni après son succès international. Après ses zombies sous acides, il nous surprend en faisant un conte pour enfants, vaguement critique envers l’Euro et le pouvoir de l’argent. Le résultat est assez déconcertant, passant de la virtuosité trop préparée, à une imagerie clipesque et quelques clichés mollement dynamités. Le tout se laisse voir sans efforts, l’histoire étant vue à travers les yeux d’enfants. L’idée de base était assez sympathique, deux orphelins de mère, aménagent avec leur père dans une zone pavillonnaire anglaise.

Il y a de bonnes idées, la police intégrant l’idée d’un cambriolage possible et inéducable, l’imagerie des saints. L’histoire de l’argent “tombé du ciel” et de ses conséquences est assez convenue, et la farce assez vaine. On se demande si on ne visionne pas finalement une sorte de publicité amusante mais géante, le temps des fulgurances de “Trainspotting” semble loin.  Les bonnes intentions confinant même au ridicule au final. Dommage !

LE COURAGE D’AIMER

Courage, fuyons ? Je vais traînant les pieds voir cette blessure narcissique que compose ce film, présenté comme une prise de conscience de Claude Lelouch, nous montrant une œuvre épurée débarrassé des scories habituelles, avec une modestie qui ne lui ressemble pas. J’ai un drôle de rapport avec ses films. En 1986, il y avait même une sorte de point de non-retour à la vision d’ “Un homme et une femme, vingt ans déjà”, j’étais content de retrouver le couple Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, mais que Lelouch s’empresse d’oublier, pour faire du film un salmigondis indigeste. Je n’ai retrouvé le chemin des salles pour voir un de ses films, depuis que pour voir “Une pour toutes”. Malgré tout, je continue à apprécier quelques instants de grâces à quelques diffusions TV, souvent un champ-contrechamp d’ailleurs entre deux comédiens, passant de l’irritation à l’admiration, et quand on aime les acteurs on ne peut qu’aimer ses films finalement. Honte sur moi, je n’avais pas vu le dernier opus de sa fresque “Les Parisiens”, je vais donc voir ce nouveau digest sans apriorismes. C’est donc un montage du premier opus déjà diffusé, du second qui risque de rester inédit avec le titre du troisième, non tourné pour cause de bide abyssal ! On peut passer à plusieurs stades à la vision de ce film, ça commence par une sorte de chantage à l’émotion à retrouver Ticky Holgado en clochard céleste, joli moment cependant,

Arielle Dombasle et Michel Leeb, le charme discret de la pizza…

Lelouch semble s’auto parodier (La désormais cultissime scène des pizzas entre Arielle Dombasle et Michel Leeb), ou s’auto cite – la scène de la bijouterie où on retrouve avec bonheur André Falcon en bijoutier, 30 après “La bonne année ” -. Un montage plus court d’un film, peut le faire paraître plus long. J’ignore le sentiment que peut avoir le spectateur des “Parisiens”, mais Lelouch ne le méprise t-il pas un peu dans ce montage présenté au festival de Los Angeles en Avril dernier. Certains personnages sont désormais sacrifiés, on ne sait pas ce qu’ils font là, citons notamment Antoine Duléry en mystérieux restaurateur ou Agnès Soral assistant à une avant-première ciné, puis à un mariage. Comme ces deux formidables comédiens, ils sont donc plusieurs à se retrouver involontairement à faire des “cameos”, d’où une joyeuse frustration. De plus, le générique de fin crédite des comédiens absents du film – Charles Gérard, Catherine Arditi, Xavier Deluc, etc.. -, curieux. A moins que le réalisateur nous propose un nouveau montage de son second volet, le tout n’est pas donc très sérieux. Est-ce l’impression que donne ce nouveau montage, mais on se demande ce qui peut avoir coûté si cher. Peu sensible aux ritournelles de Francis Lai, je me suis retrouvé à me raccrocher aux comédiens Michel Leeb sensible, Maïwenn, Mathilde Seigner très subtile, etc…, des idées de distributions originales (Lisa Lamétrie, ancienne concierge de Maurice Pialat, Mireille Perrier en femme seule), pour finalement garder une impression assez négative. Ce n’est donc pas ce film qui risque de me réconcilier avec le cinéaste, son personnage étant très présent d’ailleurs dans le film. Mais reste l’envie de voir l’intégrale du “Genre humain”, ce qui n’est pas si mal, pour cet indestructible réalisateur !

WHISKY ROMEO ZULU

Whisky Roméo Zulu au titre hautement poétique est une des belles surprises de ce début d’année. On le sait Enrique Piñeyro reprend son propre rôle de pilote, pour dresser un constat lucide, sur quelques libertés prises avec la sécurité d’un avion par une compagnie en proie à une extension dans une Argentine prise au marasme économique, c’est un cinéma qui continue à critiquer sa nation de manière exemplaire. Il joue “T” irréductible mauvaise tête qui refuse de prendre l’avion quand les dispositifs de sécurités marquent des signes de faiblesses et risquant de mettre en danger les passagers.

Enrique Piñeyro

La force de son personnage est de ne pas se présenter en héros, un des ses collègues composant malgré lui avec sa hiérarchie, lui fait bien remarquer que son statut social assez aisé lui permet d’agir de la sorte. “T” est un individu, qui croit aux changements possibles des choses, à l’image de son grand amour d’enfance qu’il retrouve – elle a des responsabilités dans le domaine des transports aériens -. Son personnage ne baisse jamais les bras, il prend le temps d’écrire des lettres superbes auprès de cette femme fantasmée, mais aussi de démonter les rouages d’un système perverti par l’ultralibéralisme. Le film est sans esbrouffe, et le crash inévitable de l’avion en 1997, est glaçant, nous ramenant à nos propres compromissions quotidiennes. Les lieux sont angoissant, même si vertigineux, et l’utilisation d’archives d’époques renforcent le message du film, alors que la confrontation fiction-réel anile souvent la bonne volonté d’un réalisateur. Ce film sincère, touchant, sans la rouerie d’un cinéaste roublard, est une pure réussite.

TROUBLE

Dès les premiers plans, on devine que l’angoisse ne sera pas au rendez-vous et l’interprétation subtile de Benoît Magimel n’y change rien. Pourtant la Belgique est souvent particulièrement propice pour installer un climat fantastique, le metteur en scène réussit à installer une angoisse sourde, mais le film est plus un banal polar qu’un film fantastique.

Natacha Régnier rayonne dans un rôle absent mais on la préfère dans “Le silence” et que dire du rôle d’Olivier Gourmet : avoir un comédien pareil pour si peu ! C’est dommage, surtout en souvenir du premier film d’Harry Cleven – il jouait Dieu dans “Hélas pour moi” -,”Abracadabra”, c’est peut-être ici un moyen pour lui de faire un film plus personnel.

MY SUMMER OF LOVE

“My summer of love”, film du polonais Pawel Pawlikowki  – Transit Palace -est un pendant solaire au film d’Antony Cordier, “Douches froides”, sorti d’ailleurs le même jour.  Tout comme ce dernier, il définit justement la période de l’approche avec le monde adulte, des différences de classes sociales, de la manière d’évoluer à l’encontre d’un certain déterminisme. Le metteur en scène se sert de son passé de documentariste pour dresser le portrait de deux adolescentes, l’une orpheline en confrontation perpétuelle avec son frère – Paddy Considine déjà étonnant en père de famille dans “In America” de Jim Sheridan -, évangéliste fondamentaliste tardif et halluciné. Ill veut dresser une croix géante sur une des collines, anecdote inspirée d’un cas réel -.

Il est habile pour utiliser les talents des deux comédiennes dont Nathalie Press – qui sait dessiner, il a donc utilisé ce don pour la fresque murale ou imiter le démon de “l’exorciste” – et Emily Blunt. Les amours saphiques sont évoqués le plus simplement du monde. Les déconvenues des amours de vacances pouvant augurer à une tragédie, sont habilement montrés, de même l’évocation de la jeunesse où tout semble possible. Les clichés sont transcendés – le nain de jardin – pour montrer la contradiction de deux mondes et la soif d’une autre vie meilleure. Ce film sensuel et désabusé montre la promesse d’un cinéaste prometteur. Dans une Angleterre intemporelle il montre un sens de l’écriture, de la complexité des êtres et une dénonciation subtile des petites mesquineries d’une micro-société.

LE VENT DE LA VIOLENCE

The Wilby Conspiracy (Le vent de la violence), film de 1974 de Ralph Nelson, a une La vision sur l’Afrique du Sud proprement surprenante. Elle dénonce l’Apartheid bien sûr, mais sur le mode sarcastique alors que l’on attendait un digne film à message. Michael Caine est un ingénieur assez désinvolte, peu concerné par les problèmes politiques et préférant les mots croisés. Il est évidemment rattrapé par la dure réalité des événements, alors que sa maîtresse, une avocate tente de faire un plaidoyer. L’accusé, est un activiste bantou, joué par un Sidney Poitier, qui semble vouloir s’amuser des ses rôles “à message”. Il est libéré grâce à l’enthousiasme de la jeune avocate – la méconnue Prunella Gee -, mais le trio de sortie voulant fêter la libération n’est pas au bout de leurs peines.

Ils sont pris en chasse par un officiel sud-africain, le major Horn, particulièrement déplaisant, et raciste, campé formidablement par un Nicol Williamson en grande forme. Il est jubilatoire en militaire besogneux, par son cynisme, son approche sadique et sa clope vissée au bec . Le comédien est d’une redoutable efficacité, volant même souvent la vedette à ses prestigieux partenaires. Suit alors un sadique jeu du chat et de la souris. On comprend bien dans le style caustique, l’instinct de possession, des Afrikaners, finalement plus efficace que bien des discours, à l’image du personnage cynique de  Blane Van Niekirk, joué avec humour par Rutger Hauer. Mais même les minorités à l’image de l’Indien, Saeed Jaffrey, très drôle en dentiste maladroit et intéressé, en tandem avec une belle et mystérieuse assistante. Ce film montre que les mécanismes de l’héroïsme, ne proviennent pas toujours des grands sentiments. En dépit de quelques “transparences” absolument maladroites – scènes de voitures –, le ton du film est réjouissant et Michael Caine reste un des meilleurs acteurs mondiaux.

DOUCHES FROIDES

“Douches froides” est un film dans la filiation de l’œuvre d’André  Téchiné (érotisation des corps adolescents et tourments à l’approche de l’âge adulte). Son réalisateur, Antony Cordier, venait de le présenter à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, et  fait suite à un documentaire “Beau comme un camion” consacré à sa famille. Il vient d’un milieu social modeste, ce qui reste assez exceptionnel dans notre cinématographie. Le film révèle parfaitement les pressions qui pèsent sur un adolescent – scolarité, compétitions sportives, pour accéder à un meilleur statut social -. C’est Mikaël – Johan Libéreau, très juste -. dont les parents vivent dans la précarité. Le réalisateur a une certaine sensibilité pour traduire les premiers émois d’un adolescent, la description d’un milieu difficile obligé de rogner sur le moindre coût. 

Salomé Stévenin

Le milieu bourgeois, est vu par le regard de l’adolescent, où tout semble facile ou cynique – le personnage de Camille Japy -. Claire Nebout fait exister de suite son personnage oisif, et Aurélien Recoing en mécène protecteur cloué sur un fauteuil roulant reste assez énigmatique.  Ils sont les parents du jeune, Clément dégageant une certaine ambiguïté et qui va fasciner Mikaël. L’un des plus attachants personnages est celui de Vanessa – Salomé Stévenin, promis à un grand avenir -, qui ne se livre pas immédiatement et dont Mikaël tombe amoureux. Les tourments sentimentaux et la confrontation avec les compromissions des adultes, sont très bien rendus. Florence Thomassin est excellente en jeune mère de Mikaël, luttant avec dignité avec les difficultés du quotidien, et le problème d’alcools de son mari, campé par un Jean-Philippe Ecoffey généreux et fragile. Magalie Woch, en deux scènes, prouve après sa brillante prestation dans “Rois et Reine”, son grand talent quand elle évoque avec tendresse, l’étonnement de ses parents découvrant l’eau chaude courante – Les douches à l’eau froide permettant une économie certaine -. A noter également la prestation de la cinéaste Dominique Cabrera, amusante employée du planning familial.

Johan Libéreau & Jean-Philippe Ecoffey

Le film est réaliste, comme dans les petits détails de la couche de vêtements pour perdre du poids, la description des séances de judo, la lutte pour sortir d’un certain déterminisme, avec la peur du moment où tout peut basculer – la carte de la Chine confondue avec celles des États Unis, dans un examen – : “Mais on ne s’arrache pas à son milieu, on compose avec lui dans un rapport de dette retorse et infinie…” (Didier Péron, Libération 16/06/2005). L’amour semble une épreuve initiatique à l’image des courbatures de Vanessa après son expérience à trois. Même si l’on sent la difficulté qu’a le metteur en scène pour se séparer de ses personnages – quelques critiques dénoncent le montage du film, alors que c’est l’œuvre d’un ancien monteur –, son propos est louable. Il change par son parcours, de l’habituelle vision privilégiée de la société. Ce regard chaleureux et singulier est à suivre dans un cinéma français assez rétif pour décrire les milieux populaires autrement que dans une mouvance Pialat.

DEAR WENDY

Ce mercredi vient de sortir le nouveau film de Thomas Vinterberg, qu’on appréhendait après le réfrigérant “It’s about love”, faux film d’anticipation, qui semblait montrer les limites du cinéaste. “Festen” était pourtant un petit bijou, allant bien au-delà du cadre du Dogme, dont on se demande si c’était une invention de petits malins ou une véritable révolution cinématographique… Vinterberg apporte ici une empathie au scénario cadré de Lars Von Trier. L’utilisation de Jamie Bell, héros du film et qui fut Billy Eliott, est une bonne idée. Il amène beaucoup de sensibilité à son personnage d’orphelin, on pense au Lucas Belvaux des années 80. Son personnage ne trouve d’échappatoire pour échapper au déterminisme d’une petite ville minière qu’en formant un club de “Dandy” fasciné par les armes, avec les jeunes désœuvrés assez archétypaux du lieu.

La réussite de ce film, est de montrer la fascination que les armes peuvent apporter à des personnes en manquent de repères. Les armes sont personnalisées, semblent avoir une existence propre, pouvant trahir ou apporter un réconfort. Cette vision assez inédite , amène une réflexion assez salutaire, pour une œuvre qui ne se veut pas pamphlétaire. La musique des “Zombies” est parfaitement utilisée. Le village a peur d’une hypothétique attaque de gangs, et le danger arrive finalement de manière inattendue, venant d’une dérive du “tout sécuritaire”. Le film est un huis clos assez suffoquant, mais hésite un peu trop entre la dénonciation, le spectacle, en jouant avec certains clichés du western, n’évite pas la lourdeur et la symbolique du village pouvant évoquer les États Unis avec le personnage assez caricatural du shérif, joué de manière paternaliste et rusée par Bill Pullman.  Œuvre dispersée mais intéressante “Dear Wendy”, pêche peut-être par un excès d’ambition et un certain maniérisme, à l’image des visualisations des impacts de balles.

L’EXORCISTE III

 Evidemment depuis le succès planétaire du film de William Friedkin “L’exorciste”, nous avons droits à une multitude de produits dérivés, un récent lifting qui n’apporte rien, deux suites dont l’excellente de John Boorman – film à réévaluer, se démarquant de l’oeuvre originelle -, et la “prequel”, “L’exorciste au commencement”, commencé par Paul Schrader, version abandonnée au profit d’un retournage plus spectaculaire par Renny Harlin – on nous promet les deux versions dans un même DVD -. Le troisième opus de 1990 est réalisé par William Peter Blatty, lui-même auteur du livre originel, qui abandonne les pistes de John Boorman – trop décrié par les fans et par Blatty lui-même, mais encore une fois, son film est remarquable -, et la révélation du démon Pazuzu. Le film adapté de son roman “Legion”, fait suite à la première version, quinze après, en reprenant comme fil conducteur le personnage du Lieutenant William Kinderman, joué par Lee J Cobb, mais disparu en février 1976. C’est le vétéran George C. Scott, qui lui ressemble d’ailleurs qui prend la relève, et c’est on peut le dire le meilleur et le plus spectaculaire effet spécial du film. Il est un peu trop âgé pour le rôle, la nuance n’est pas trop son fort, mais il est remarquable cependant.

George C. Scott dans “L’exorciste IIII”

Le démon intrumentalise l’âme d’un sérial killer, pour revenir sur les lieux de Georgetown, Kinderman enquête sur des crimes rituels très élaborés, tout semble converger vers un hôpital à la section des “agîtés” ou vivent des catatoniques et des perpétuels “agités”. Les scènes fantastiques confinent assez souvent avec le grotesque – un Christ ouvrant les yeux -, et le climax final – non présent dans le livre précise un internaute sur IMDB – ne tient pas ses promesses. Mais Blatty arrive à installer une inquiétude, les scènes les plus réussies sont souvent des scènes de dialogues – très bons d’ailleurs -, tel les monologues du patient X – absolument remarquable Brad Dourif, bien utilisé pour une fois – ou les échanges de Kinderman avec son ami le Père Dyer – joué par le méconnu Ed Flanders, qui se suicidera en 1995 -. Il lui confit son désarroi d’avoir la carpe que doit préparer sa belle-mère dans sa baignoire ! Le film bénéficie d’une distribution honorable avec un retour inattendu du père Karras, Scott Wilson en médecin nerveux, l’inquiétante Viveca Lindfors en infirmière peu commode ou l’acteur fétiche de John Ford, Harry Carey Jr. en prêtre quelque peu malmené et même le débutant Samuel L Jackson en aveugle le temps d’un cauchemar. Déplorons par contre de ne retrouver le brillant comédien anglais Nicol Williamson, que dans un rôle de prêtre exorciste assez anecdotique. A ranger donc dans la catégorie honorable sans plus.

LE DEMON DE MIDI

 Il y a des jours où l’on ressort d’un film amusé, satisfait, sans vouloir ergoter sur une absence d’inventivité dans la mise en scène. Nous voyons donc ici le dernier avatar après le BD de Florence Cestac et le spectacle de Michèle Bernier. Première surprise on attendait à retrouver l’abattage de cette dernière, mais son personnage Anne, est désabusée, blessée, tout en retenue et même simplement belle. Elle continue son personnage de femme quadra, en mal d’amour mais combatif comme dans le très juste téléfilm “Haute coiffure” de Marc Rivière présenté sur Arte l’an dernier. Autre personnage fort, celui de Julien joué par le brillant Simon Abkarian, passant de la lâcheté aux affres du quotidien, voir la scène où il passe en une fraction de secondes, dans un café, d’excuses touchantes à la jubilation d’un but marqué, en voyant un match de foot sur un écran TV. Ce comédien confirme à chacun de ses films combien il est devenu important.

Simon Abkarian et Michèle Bernier dans “Le démon de midi”

Les équivalences du passage de la scène au film sont assez prévisibles – voix off, scène d’ivresse dans un café -, mais on suit le film par la justesse du portrait d’une femme abandonnée, de sa reconquête d’une autre vie, du regard des autres. Le film dénonce justement la vision de notre société sur une femme de plus de 40 ans. IL fourmille aussi de petites idées comme le fils d’Anne Julien jouant avec un pistolet à eau avec le bocal d’un poisson rouge. .. Il a beaucoup d’excellents comédiens autour du couple, parfois sous utilisés, hélas, comme la sublimissime Hiam Abbass, jouant la confidente, Zinedine Soualem, jouant son mari aimant, Riton Liebman en maître nageur en panne sexuelle à cause du “chlore”, Julie-Anne Roth en bonne copine, Roland Marchisio, en médecin accoucheur blagueur, Jean-Louis Foulquier en père indigne, l’ex Deschien, Jean-Marc Bihour et Stéphane Hillel en potes de Julien, Jérôme Pouly en cousin consolateur. La fiche IMDB comporte pas mal d’erreurs : Marc Berman en boucher, hors le rôle est joué par Michel Pilorgé, se trompe sur l’attribution de certains personnages, oublie quelques acteurs Nathalie Krebs en pharmacienne, Patrick Fierry dans le rôle d’Antoine. J’ai rajouté des compléments en cours de validation trouvé sur le  Site officiel du film.

 Autre beau moment et non le moindre, les deux scènes avec Claudia Cardinale – il y a deux extraits de deux de ses films “Sandra” et “Cartouche” -. Elle console Anne en parlant des surprises de la vie, et de ne plus trop se reconnaître en voyant ses premiers films. Un joli moment. Un film où l’on passe un bon moment et plus profond qu’il n’y paraît.