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NIGHT WATCH

“Nochnoy Dozor” : Attention Kulte ! Voici donc la curiosité russe qui a détrônée “Le Seigneur des anneaux”. Le film débute sur un plan de bataille assez violente de la Russie en 1342, avec une voix de récitant anglaise en V.O., petit accent slave de rigueur. On se pose la question, le réalisateur Timur Bekmambetov, petit malin venu du clip, signe ici une carte de visite pour entrer aux USA, ou recycle t’il allégrement les stéréotypes américains ? Les influences sont claires Matrix/Star Wars/Le seigneur des anneaux, Buffy contre les vampires, Bernard & Bianca, Dracula mort ou vif (Mel Brooks), bref tout ce qui leur tombe sous la main, c’est pourtant adapté d’un roman local. La V.O. devient russe, et accrochez-vous aux branches, il y a du vent ! Le combat des chefs étant trop gore, les deux principaux ennemis suspende le temps – déjà vu -, et pour arrêter les massacres, se divisent en deux clans, les gentils, qui vont entrer dans la lumière “Nightwatchers” et les méchants “Les daywatchers” qui ne sont que des vampires assez ridicules finalement optent pour les ténèbres. Le clan du bien a un rôle de veilleur, protéger les populations avec des pouvoirs dignes de la pire série Z. Mais on peut dire qu’ils ne doivent pas briller dans l’efficacité – Ils n’ont pas Nicolas S. et pas d’obligations de résultats, ça tombe bien car entre Tchernobyl, Staline et consorts, ça fait beaucoup de travail tout de même. 1992, ils viennent à la rescousse, d’un jeune gus, plaqué par son amie aux prises avec une sorcière ! Cette dernière prépare un sort à base de sang et de limonade (!), pour faire avorter la fugueuse, enceinte des oeuvres d’un autre galant. La succube est neutralisée de manière assez spectaculaire – elle fait partie des “autres” -.

Konstantin Khabensky

Ca déménage et encore c’est le début, un petit doute sur sa propre santé mentale finit par montrer son nez, mais nom, c’est bien le film. Le pire est évité, sauf que le jeune voit toute l’équipe invisible, une belle bande de brèmes, dont un se transforme en ours, rassurez vous on ne voit pas la métamorphose. Il est donc engagé sur ses dons. Douze ans après, rongé de remords, sur la mort de ce fœtus. Pour faire simple, il va plutôt bien puisqu’il boit énormément, voit des vortex sur la tête d’une blonde dans le métro, chasse les vampires avec une lampe torche (!), se fait dézinguer par un vampire, opéré par le chef des “Nightwatchers” sur une table de bureau, cicatrise très vite (ouf). Pour finir il se fait jeter un collier maléfique par le Prince des ténèbres – pas le mauvais cheval, il aime les jeux vidéos, se sert de sa colonne vertébrale comme épée, a un chien noir, histoire d’innover il remplace les chauve-souris par des moustiques (I). Il y a également un enfant messie qui devra choisir entre l’ombre et la lumière, merci George L. Le Prince du bien, inquiet sur son sort finit par lui donner une chouette, qui se transforme en femme – grand moment de rigolade -, et toute l’équipe d’anges protecteurs se promène dans un van jaune. Il y a de bonnes idées, les Nightwatchers et daywatchers se fréquentent et sont même voisin, il faut voir le héros boire du sang dans un marché, chez un vampire ! Curieux, décalé, fatiguant, on est séduit par un Moscou décalé, et des effets spéciaux à foisons, pas si catastrophique. Ce film presque expérimental est une curieuse expérience roublarde. Au final, c’est comme les coups sur la tête, ça fait du bien quand ça s’arrête… En attendant deux autres opus déjà tournés !

BROKEN FLOWERS

Cette variation du mythe de Don Juan, dédiée à Jean Eustache – divine surprise -, donne ici un nouvel exemple de la maîtrise de la mise en scène de Jim Jarmush, il a obtenu lors du dernier festival de Cannes, le grand prix . Il renouvelle l’idée convenue de rencontres d’ “ex”. Don Johnston, ne pas oublier le “t”, se fait quitter par sa dernière conquête, Sherry – Julie Delpy superbe -, dans broncher en regardant affalé sur son canapé le “Don Juan” d’Alexandre Korda, avec Douglas Fairbanks. Rien ne semble devoir de troubler dans sa vie très structurée, mais il reçoit une lettre intrigante laissant entendre la présence d’un enfant ignoré d’une de ses conquêtes qui ne donne pas son nom, mais qui stipule que ce dernier est à sa recherche après avoir fugué. Son voisin sympathique, un Éthiopien symphatique père d’une petite tribue, , Winston – virevoltant Jeffrey Wright, étonnant déjà dans le rôle titre “Basquiat”, en 1996, dans une composition enlevée -, tente de le sortir de son empathie, en planifiant une rencontre, avec les mères potentielles.

 

Le film renouvelle le thème convenu, de l’homme désabusé et de sa quête de son identité à travers des personnes de son passé, Bill Murray, dans le registre très “underplaying” qu’on lui connaît est excellent, arrivant à nous toucher avec un personnage loin d’être aimable, il nous donne une nouvelle performance, d’homme désabusé, revenu de tout, qui se trouve une lueur d’espoir dans la vacuité de sa vie, avec l’idée d’une paternité possible. Le clan imaginaire des anciennes amies, donne l’occasion à plusieurs comédiennes de faire un petit tour, des personnages de Laura Miller – Sharon Stone, libre et sensuelle -, et sa fille Lolita ! – nabokovienne Alexis Dziena -, la bourgeoise décalée Dora – Frances Conroy, dans une autre tonalité que la série “Six feet under” et adepte de la nouvelle cuisine -, de Carmen – Jessica Lange toujours radieuse, assistée d’une Cloë Sevigny aguicheuse -, et ses hilarantes communications avec les animaux à la frustre paumée Penny – Tilda Twinston, toujours à l’aise dans la composition, après son rôle mémorable dans “Orlando” -.De la sobriété élégante de l’ensemble – les fondus au noir -, à la musique lancinante et formidable de Mulatu Astatke, qui colle parfaitement au personnage, tout ici est parfait. Louons le talent de Jim Jarmusch pour intégrer de belles personnalités comme ici Bill Murray, le film a été écrit pour lui, Tom Waits ou Roberto Begnini. Certaines critiques – le film est parfois qualifié de réactionnaire – me semblent difficilement recevables … Jarmusch décortique les rapports homme-femme, et les leurres des nouvelles possibilités de communication, tout en gardant son humour subtil. C’est toujours un bonheur de retrouver sa petite “musique” et ses petites observations – la rencontre avec la jeune fleuriste ou le jeune voyageur -.

Jeffrey Wright et Bill Murray

ENTRE SES MAINS

Anne Fontaine confirme avec ce film la singularité de son univers, dans ce “thriller intime” selon sa propre expression, adapté du roman de Dominique Barbéris “Les kangourous”. Ce film est très habile à installer un climat, comme une aspiration dans le vide, pour les deux personnages de Claire et Laurent, incarnés magnifiquement par Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde. La réalisatrice est très à l’aise dans l’intime, et traduire sans ficelles, un climat pesant, tout en rendant hommage à la magnifique lumière d’une ville du Nord – le chef opérateur est Denis Lenoir -. Claire, mène une vie sans histoires, entre son travail dans une assurance dans une équipe assez pressurisée par son directeur – Bernard Bloch entre rectitude et affabilité -, son mari – Jonathan Zaccaï , très juste dans un rôle en retrait – et sa petite fille. Elle rencontre Laurent, un vétérinaire, pour un problème de dégâts des eaux. Hâbleur et séducteur, il entre dans la vie rangée de la jeune femme, de manière inattendue, animée par une attraction-répulsion. Cyclothymique, l’attitude de Laurent intrigue Claire, d’autant plus qu’un tueur en série rode dans le département. A nouveau Anne Fontaine est à l’aise dans l’intime, l’indicible d’un quotidien morne, évitant les scènes à esbrouffes et exacerbant les sentiments. Elle ne joue pas sur les codes du polar, mais elle nous livre une observation ténue, description au scalpel de deux personnages luttant contre leurs démons. Tout est ici dans des tons feutrés, elle décèle habillement les manques et les malaises, voir les fêtes de famille habilement rendues, et les rapports de Laurent avec sa mère –  Véronique Nordey, ancienne Mme Mocky, dont c’est le retour -. 

Benoît Poelvoorde

Isabelle Carré continue à nous surprendre, avec ce mélange de force et de grâce, avec ce personnage en rupture, elle  nous livre une composition saisissante. Et Benoît Poelvoorde est simplement marquant et très crédible en vétérinaire avec une économie de jeu, il traduit parfaitement les troubles de son personnage, sa performance est très juste, il nous offre une nouvelle face de son talent, dans un nouveau registre, on attend avec intérêt son prochain film “Selon Charlie”, signé par Nicole Garcia. Valérie Donzelli, dans le rôle de la bonne copine “cœur d’artichaut” brille par sa vivacité, et Jonathan Zaccaï nous prouve une nouvelle fois son grand talent, son personnage sent que quelque chose lui échappe, artiste photographe il essaie de vivre de son art, mais accepte de s’investir dans un petit boulot, par fierté, par ce que sa femme gagne plus d’argent que lui. La toujours très juste Martine Chevallier joue la mère de Claire et Jean-Chrétien Sibertin-Blanc – inoubliable “Augustin” et propre frère de la réalisatrice – complètent la distribution. L’œuvre d’Anne Fontaine est une des plus marquantes du cinéma français actuel.

L’ENFANT

Avant-première, hier soir du film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, “L’enfant”, en leur présence à l’UGC-Cité Ciné pour présenter le film, et pour un débat à l’ “L’utopia”, ces Belges célèbres étant les parrains de cette salle d’art et essai – il me semble que l’on soit assez veinards dans cette ville, en comparaison de beaucoup d’autres…-. J’étais présent à l’UGC, ce qui est frappant c’est l’humour et la modestie des deux frères, pratiquant la décontraction et l’autodérision, se présentant comme une seule personne dans leur travail, parlant de leur ville d’origine avec chaleur, en déplorant l’évolution d’une ville florissante, devenue très précaire. Ils continuent leur sillon, avec méthode – beaucoup de répétitions -, privilégiant les comédiens et les techniciens de leur Belgique natale, on retrouve Jérémie Rénier, et même Olivier Gourmet – inoubliable dans « Le fils », venu ici le temps d’une courte scène, on retrouve aussi des visages désormais familier, pour l’anecdote dans un rôle de truand, une figure familière, Frédéric Bodson, l’un des “Pit et Rik” de notre enfance chez Stéphane Collaro. Deux nouveaux venus intègre l’univers des Dardenne, Déborah François, une vulnérabilité attachante, choisie après 200 autres jeunes femmes filmées aux essai – elle avait alors 17 ans, et le jeune Jérémie Ségard, buté mais qui reste un enfant.

Jérémie Rénier

Le film parle d’un jeune couple, Sonia – Déborah François – qui vient d’avoir un nourrisson, Jimmy et Bruno – Jérémie Rénier, une présence stupéfiante et une grande vitalité dans une sorte de retour aux sources -. Ce dernier vie de combine, flambe l’argent qu’il trouve par des petits trafics pour s’acheter un blouson ou un landau. Tout semble se monnayer pour lui, y compris l’appartement de Sonia. Sans le réaliser vraiment, mais il va jusque dans l’abjection accomplir un acte inqualifiable. La force de ce film est la réalisation, sans fioritures, avec un grand réalisme, un climat parfois joyeux, mais avec l’obligation de se livrer à un combat permanent, mais si Bruno y trouve une sorte de satisfaction. Les événements vont faire qu’il va réussir une sorte de rédemption et se découvrir une âme de père, dont il prend conscience qu’assez tard, même quand il doit signer dans ce rôle un document. Son raisonnement ne l’ayant conduire qu’à penser au jour le jour, il ne voit son fils que de manière abstraite, voire la terrible phrase qu’il prononce pour consoler Sonia à un moment critique – On ne va pas épiloguer sur le sujet, même si la bande-annonce n’en fait pas mystère -. Les Dardenne ont une empathie incroyable avec les personnages du film, le film suivant le personnage de Bruno que l’on suit finalement avec intérêt. Il n’y a ici aucune compromission, la musique provient de la radio, rien de vient interférer dans le réel, et le résultat est absolument magistral. La seconde palme d’or  – après “Rosetta” obtenue par les frères lors du 58ème festival de Cannes, a occasionné quelques polémiques, mais ils le méritent, ils se renouvellent à chaque fois – le ton semble plus assagi -, tout en gardant leurs lignes. Du grand art pour ce film qui prend aux tripes et ne laisse pas indemne.

FRANKIE WILDE

“Frankie Wilde”, “It’s all gone Pete Tong”, en V.O., film signé Michael Dowse est une curiosité. Un film dressant le portrait imaginaire d’un DJ, qui trouve son inspiration en regardant ses tongues pendant des heures, ne peut être que digne d’intérêt. Faux Biopic – on pense au mythique “This is spinal tap” (1984) de Rob Reiner -, mais la réussite est ici beaucoup moins probante. On assiste ici la déchéance de Frankie Wilde, brûlant sa vie, et à la rédemption d’un DJ prodige, mi Shane McGowan – le chanteur des Pogues -, mi David Guetta, aidé par la performance hallucinée de Paul Kaye, bondissant, vomissant, “phobisant”, euphorisant, remuant, virevoltant, titubant, tombant, pour finir par devenir sourd, drame absolu pour lui on en convient.

Paul Kaye, plus dure sera la chute…

Sa “cour” le laisse rapidement tombé, il se cache avant de trouver l’espoir. Le cinéaste se sert donc de la surdité de Beethoven – le compositeur, pas le chien…-, et on se demande si le cinéaste a vu “Un amour de Beethoven”, film de 1936 d’Abel Gance, avec le magistral Harry Baur, car c’est sensiblement la même histoire – utiliser les vibrations pour constituer une musique -. Si la première partie est vraiment probante, on finit par croire à ce personnage autodestructeur, les personnages sont presque cartoonesques, et la représentation d’une descente aux enfers dans un Ibizza écrasé de soleil est assez enlevée. La suite est plus simpliste, la seconde partie de l’histoire avec la rencontre d’une jeune enseignante sourde étant moins originale, et souligne les manques de l’entreprises. Le film reste plaisant surtout par la performance de Paul Kaye, qui a beaucoup travaillé son personnage, et la crédibilité de son personnage, argumentés par des témoignages originaux et une bande-son s’adressant directement à votre estomac.

LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR

D’où viens cette petite insatisfaction à l’issue du film. Après la formidable réussite du “Mystère de la chambre jaune”, Bruno Podalydès continue à insuffle son univers personnel à l’œuvre de Gaston Leroux, rendant comme à son habitude hommage à Hergé – apparaissant lui-même en portrait du capitaine Haddock – et trouvant des gags subtils, sans se prendre au sérieux, rajoutant même un côté potache à l’ensemble – “le running gag” du dialogue “il est gentil, mais…”. Le film débute sous l’égide du magicien Houdini, Pierre Arditi retrouvé en Larsan, faisant un numéro stupéfiant sous le regard suspicieux d’un spectateur perplexe – Patrick Ligardes, burlesque -.  Privé de Pierre Arditi, son absence étant l’enjeu du film, le film perd malheureusement ce côté hommage à Alain Resnais, on retrouve tous les autres comédiens, même Claude Rich, le temps d’un cameo venu faire un passage sympathique. Si le film part bien, Michel Vuillermoz, un fidèle, est un truculent curé, ayant une conception du mariage très peu conventionnelle. Il marie Mathilde – Sabine Azéma, un peu évaporée – et Olivier Gourmet – impressionnant d’angoisse sourde – Suit le séjour chez les époux Rance – Zabou Breitman et le réalisateur lui-même, très bon avec un phrasé à la “Édouard Baer”.

Denis Podalydès, comment trouver le bon bout de la raison ?

Ce qui pêche ensuite, c’est le huis-clos, dans ce châteaux d’hercule, il manque une tension, une atmosphère, que compense la bonne humeur générale, d’une distribution particulièrement brillante, mention spéciale à Michael Lonsdale en professeur Stangerson, lunaire, constamment en décalage avec la situation présente, il amène son univers à chacune de ses apparitions, et Zabou Breitman, s’évertuant à donner une bonne ambiance, chaque fois que l’angoisse pointe son nez. Le reste de la distribution est à l’avenant, d’Isabelle Candelier – autre en Mme Bernier à la fois sombre et sensuelle, Jean-Noël Brouté retrouvant son personnage pétillant, Julos Beaucarne, en inventeur décalé et Vincent Elbaz amusant et intriguant Prince Galitch. Denis Podalydès assez décrié nous livre un Rouletabille plus inquiet et mature, ce qui semble désorienté, le personnage initial ayant, il est vrai 20 ans de moins. Plaisant, mais un peu décevant à l’aune des précédents films du tandem des frères Podalydès. Ne boudons cependant pas notre plaisir…

Parmi les précédentes adaptation de ce roman, on peut recommander le DVD des 3 aventures de “Rouletabille”, dans l’épisode réalisé par Yves Boisset en 1966 pour l’O.R.T.F. avec le juvénile Philippe Ogouz, dans le rôle titre, voir la distribution que j’avais ajoutée IMDB, il existe une version de 1931 de Marcel L’Herbier avec Rolain Toutain, et une autre de 1949 Louis Daquin, avec Serge Reggiani.

L’HOMME AUX YEUX D’ARGENT

“L’homme aux yeux d’argent” est un polar minimaliste, ancré dans les années 80, l’exemple du film bien fait par Pierre Granier-Deferre, dont le grand talent est à réévaluer. Tout semble ici présent pour constituer l’atmosphère glacée d’un film noir, sauf que tout est ici morne et sans humanité. Ce pourrait être adapté de Georges Simenon, mais c’est ici une adaptation d’un roman de Robert Rossner. Dans les années 80, Alain Souchon après ses débuts dans “Je vous aime” (Claude Berri, 1981) pouvait prétendre à trouver une place originale comme acteur, se servir de sa sensibilité pour des personnages attachants, mais mis à part Jean-Paul Rappeneau, Jean Becker et Jacques Doillon, il n’aura pas eu beaucoup de rôles intéressants.

Thierry Berger, sort de  12 ans de prison pour avoir braqué une banque avec son amoureuse tuée lors du hold up. Il retourne sur les lieux de sa jeunesse où il avait caché son butin, mais sa ferme familiale a laissé la place à une ville nouvelle, froide dont il ne manque même pas les horribles arbres “Prunus” poussant comme la chienlit.  Il n’est rien de plus attristant que de voir un résultat aussi laborieux, avec tous les éléments de réussites prévues, Souchon, très crédible en personnage durci par la vie, il frappe avec violence le personnage de Lambert Wilson – ce qui sur “le papier” peut paraître grotesque -, Jean-Louis Trintignant en flic sadique, habillé comme un clergyman cabotine en diable, ce qui n’est pas désagréable, mais ne sauve en rien l’ensemble, Lambert Wilson dans le rôle de son jeune acolyte teint en blond se réjouit visiblement dans un rôle trouble et torve, les seconds rôles sont sacrifiés – André Julien en agriculteur – mais tous les rôles ne sont que des archétypes. Le seul personnage intéressant est celui d’une bibliothécaire esseulée et un peu manipulatrice – Tanya Lopert, plus habituée à des seconds rôles mais à la hauteur d’un premier -, mais sa rencontre avec le personnage de Thierry Berger est décevant. Il faut de plus déplorer une musique particulièrement peu inspirée de Philippe Sarde – Sa musique équivaut pour moi au grincement de la craie sur un tableau, jugement totalement subjectif mais ça n’enlève rien à son talent. On termine le film dans une déception globale et une nostalgie de la disparition grand polar dans le cinéma français actuel.

LA MORT EN LIGNE

C’est l’histoire d’un fantôme, fille perdue, cheveux gras, nouvelle variation de Ring, la mode du portable a traversé l’outre-tombe…  Rien de nouveau finalement, le téléphone étant largement utilisé dans le cinéma fantastique de Mario Bava “Les trois visages de la peur” à Wes Craven -“Scream”-. Le prolifique Takashi Miike, surprend souvent, voir sa trilogie des “Dead or alive”, il a tendance à faire un film contre le précédent, « chakushin ari » a la première heure, beaucoup de mal à décoller, la peur n’est pas manifeste, le cinéaste nous ressortant assez vainement quelques ficelles faciles, avec une bande son surlignée et pas très subtile, c’est assez basique, nous sommes en terrain connu, reste que le cinéaste a un regard acerbe sur ses personnages, raillant volontiers un flic fatigué, des jeunes assez fades, ou une équipe de télévision survoltée et sans scrupules. Cette histoire en vaut bien une autre, mais on n’en finit pas se désintéresser du sort des personnages, même s’il y a un effort de fait sur les angoisses enfantines et l’utilisation du syndrome de Müchchausen – grosso-modo, les parents blessant volontairement leurs enfants pour les soigner et se faire plaindre -.

Puis petit à petit avec le jeu des apparitions disparition, et une scène assez efficace dans un hôpital désaffecté, on finit par frémir un tantinet, se perdre dans les explications, et se laisser gagner par un climat assez angoissant. Cet exercice de style déçoit, malgré des effets spéciaux soignès et une utilisation assez efficace de la pénombre et des des objets, mais la critique et les spectateurs semblent cependant apprécier…

AUX ABOIS

Le troisième film du critique Philippe Collin, dont la voix reste familière aux auditeurs de France Inter, est une belle surprise, je partage l’avis de Pierrot dans son blog (mention du personnage de Meursault, le lapsus de “Vous oubliez votre marteau”, voir …,  je vais donc essayer de ne pas être redondant sur son avis. On peut parler de performance dans l’interprétation d’Elie Semoun, pour reprendre une expression du réalisateur “c’est un contre-emploi… tout contre”. Ce bon comédien n’a guère était gâté au cinéma jusqu’à présent à part les rôles à la “Joe Pesci” dans les films de Bernie Bonvoisin. Il ne se contente pas de se laisser porter par la situation, il y instille de l’humour, de la gravité, une étude des comportements dans ce rôle d’homme fatigué et seul, subissant le monde (La pension alimentaire de sa femme – brève apparition de Fabienne Babe -) et à l’écoute du monde qui l’angoisse à l’image de la « peau » d’un bol de lait. Il nous livre une interprétation subtile, incarne parfaitement son personnage – On se dit pas “tiens c’est Elie Semoun dans…” , crédible y compris dans la séduction de Ludmila Mikaël -, il a trouvé son “Tchao Pantin” ou son “Monsieur Hire”.  Philippe Collin dresse ce portrait d’ “homme qui dort” avec une distante ironie, Paul Duméry comme absent de sa vie finit par être dépassé par son acte presque gratuit et dont seule l’apparition d’un problème dermatologique à son cou semble en manifester la gravité. L’épure de la reconstitution des années 50 est une belle réussite, aidée par une bande son particulièrement soignée, une écoute particulière des bruits d’une ambiance étouffante.

On suit sans décrocher l’itinéraire de ce personnage à la dérive ni dans la fuite, ni dans une quête, se perdre dans un palace à Deauville, et le voir se perdre comme dissocié de lui-même et cherchant à analyser son attitude de manière clinique en s’envoyant lui-même une sorte de rapport via une adresse dans une poste restante. Il semble y avoir comme une fraternité de personnages perdus qu’il rencontre comme Simone, superbe femme mondaine aventurière. Dans ce rôle Ludmila Mikaël rayonne alternant légèreté et gravité, son parcours théâtral nous a privé, de même que le manque de curiosité des cinéastes, de cette lumineuse interprète qui traduit très justement la complexité de son personnage de femme blessée par la vie. Autour d’Elie Semoun, Philippe Collin a réuni une équipe de comédiens particulièrement remarquable d’Henri Garcin qui fait une saisissante composition d’usurier élégant, Laurent Stocker en avocat sensible ayant encore ses illusions, Philippe Uchan en Daubelle sorte de double gouailleur mais triste, le formidable Jean-Quentin Châtelain en policier dans l’expectative sorte d’ami fantasmé, Rosette une peu perdu de vue depuis ses rôles chez Éric Rohmer en concierge suspicieuse, Roger Van Hool en cynique revenu de tout ou Arnaud-Didier Fuchs en réceptionniste d’hôtel aimable. Saluons la curiosité du cinéaste pour utiliser avec intelligence ses comédiens issus de différents horizons théâtraux et réussir une osmose remarquable. Ce film inventif et singulier est une excellente surprise.

Jean-Quentin Châtelain & Elie Semoun

POURQUOI (PAS) LE BRÉSIL

En consultant les programmes de télévisions, on peut voir que “Pourquoi (pas) le Brésil”, sorti en salles en septembre 2004, passe actuellement  sur Canal+ à des heures indues de la nuit, courage/encourageant de cette chaîne à péage à la dérive…Ostracisme curieux sur un film ambitieux décrivant les aléas de la création à l’instar du “Huit et demi” de Fellini… Il serait dommage de rater cette seconde chance de revoir ce film – je n’ai pas Canal – la frilosité de cette chaîne est donc à déplorer. Ca commence un peu comme “Les clefs de bagnole”, Alain Sarde dans son propre rôle – en sur-jeu hélas -, rejette un scénario qu’il juge abscons de la cinéaste Laëtitia Masson. La réalisatrice se met en scène et nous explique l’urgence pour elle de faire un film – elle a un découvert bancaire de 10 000 € – après l’échec financier de “La repentie” avec Isabelle Adjani et Sami Frey. Un grand producteur “à l’ancienne” Maurice Rey – Bernard Le Coq baroque -, lui propose d’adapter le livre de Christine Angot “Pourquoi le Brésil”, projet qui l’intéresse car elle connaît la romancière, et de plus l’éditeur du livre, Jean-Marc Roberts n’est autre que son propre mari. Mais le livre difficilement est adaptable et Laetitia Masson traverse une crise de la création et une perte de confiance traduite avec beaucoup d’honnêteté. Christine Angot apparaît dans son propre rôle comme bienveillante et bonne conseillère, c’est son livre, en fait, qui déclenche les questionnements de la cinéaste sur sa famille, Marc Barbé interprétant avec force son mari – + le personnage masculin d’une adaptation rêvée-. Par ses doutes, on finit par ce biais par rejoindre la problématique du couple posée dans le livre.

Elsa Zylberstein 

Laetitia Masson à la manière d’un Michel Drach dans “Les violons du bal” (1973), joue son propre rôle tout en passant le relais à Elsa Zylberstein, impressionnante de justesse, pour l’interpréter ainsi que Christine Angot dans une version fantasmée d’une hypothétique adaptation du film. Le film aligne habilement les mises en abîmes entre les difficultés, les incertitudes sur sa propre vie, fantasmant sur le pédiatre de ses enfants, Haïm Cohen  – joué avec sobriété par Pierre Arditi, puis par le vrai pédiatre lui-même – qui l’amène à réfléchir sur la question de l’identité juive traitée dans le livre de Christine Angot, point déterminant dans son couple avec le journaliste Pierre-Louis Rozinès. Elle dresse un portrait acerbe de la cinématographie actuelle, un constat d’impuissance, piégeant  Daniel Auteuil – grand moment de gêne du comédien qui refuse le rôle masculin principal après la lecture du scénario, et qui a l’intelligence de laisser figurer ce moment réel dans le film -. Elle ne se fait aucun cadeau, à l’exemple du refus de Francis Huster partant en voiture à la maternité où l’attend sa femme. Dans son propre rôle il lui explique l’inanité pour lui de ce projet, expose sa vison de la vie et la critiquant de manière rude – scène d’anthologie pour ce comédien si souvent décrié -. La belle idée de ce film est de réunir trois femmes réelles, une actrice au meilleur de son talent, une romancière qui se livre frontalement et une réalisatrice qui se dérobe dans sa propre représentation– elle est la récitante du film, les scènes tournées chez elle est ses scènes sont filmées en DV. Elle définit aussi la force d’un témoignage, celui de sa grand-mère et la difficulté de faire incarner ce personnages à des comédiennes – elle cite les refus d’Anouk Aimée et d’Anna Karina, ne voulant se positionner en aïeules -. Elle trouve donc un troisième biais, parti-pris du film à l’image du personnage amusé de Ludmila Mikaël rencontré dans une gare, mondaine landa très belle refusant également le personnage. Même si ce film peut déconcerter il me semble être l’un des meilleurs films de Laetitia Masson, en souhaitant que cette remise en question ne la pénalise pas pour son œuvre à venir. La performance lumineuse d’Elsa Zylberstein aide pour beaucoup à entrer dans l’atmosphère très originale de ce film.