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MAROCK

 Avant-première le 2 février 2005 du film “Marock” premier film de la réalisatrice Laïla Marrakchi, en sa présence et celles de Razika Simozrag, Morjana El Alaoui et Rachid Behaissan, une équipe très dynamique et sympathique. Ce film qui a suscité quelques polémiques au Maroc, voir lien avec Yabiladi, qui nous semblent incompréhensible à l’issue du film. Les  artistes vétérans marocains qui furent choqué par la vision de la réalisatrice, au festival du film national de Tanger, qui par honnêteté à décrit ce qu’elle a connu du Maroc en 1997, du point de vue de sa classe, “la jeunesse dorée”, et insouciante, à l’avenir tout tracé. Influencée par “La fureur de vivre” de Nicholas Ray, elle retrace l’année du bac de Rita, une jolie musulmane – Morjana El Aloui, qui capte aisément la lumière et que la caméra aime visiblement – , 17 ans et de ses deux amies. Elle tombe amoureuse de Youri – Mathieu Boujenah -, qui appartient à la communauté juive de Casablanca, d’où un début d’histoire d’amour dans la grande tradition Roméo + Juliette, évoquée avec beaucoup de sensibilité. Loin d’être provocante, cette évocation reste chaste, à l’image d’un baiser tendre entre les deux personnages. Les excès inhérents à cette génération (drogue et alcool) devrait expliquer les polémiques dont ce film fait objet chez les artistes confirmés au Maroc.

Fatym Layachi, Morjana El Alaoui & Razika Simozrag

La réalisatrice en parlant de son expérience et de ses années d’études – elle vient d’une famille aisée -, tente sans fioriture de jouer contre les clichés, de parler d’une histoire d’amour universelle en retrouvant ses souvenirs. Le film est moins désinvolte que l’on pourrait le croire, elle décrit par petites touches un pays qu’elle aime, rappelant par petites touches un Maroc moins privilégié, comme le vieil homme priant dans un parking entre deux voitures, où ces hommes jouant aux dames avec des capsules en plastiques. Déterminée, Laïla Marrakchi a répété plusieurs mois avec ces jeunes interprètes – tous probants -. Elle passe facilement de l’émotion aux rires, soulignons particulièrement la scène de réconciliation entre Rita et son frère Mao – Assaad Bouab, apportant une complexité à son personnage -, de manière presque chorégraphique. Ce film est un souffle d’air frais, sans prétention, porté par l’enthousiasme de ses interprètes. C’est une proposition, certes partiale et d’un certain point de vue, mais le film ne méritait pas toutes ces polémiques. Les Marocains de Bordeaux, retrouvaient pour beaucoup leurs souvenirs, et la beauté des lieux, il n’y a d’ailleurs eu aucune polémique ce soir là. La réalisatrice, femme du cinéaste Alexandre Aja, ne prétend d’ailleurs pas à dépeindre la totalité du Maroc. Un talent à encourager donc, sortie mercredi prochain.

LE COIN DU NANAR : BANDIDAS

 Monsieur Besson,  la mode est à la pseudo-lettre pour un destinataire qui ne la recevra évidemment pas, du genre faussement intime. J’étais parti pour l’insulte genre  “A bas Luc Besson”, à la vision de votre dernière bessonade “Bandidas”, grâce au “Dictionnaire des injures” de Robert Édouard édité chez Tchou en 1970 et trouvé chez un bouquiniste. A bas signifie selon lui  : “Se lance sur le passage de quelqu’un qui n’a pas les pieds sur terre (qui est dans les nuages, ou dans la lune), pour l’inciter à reprendre contact avec le monde réel. Parfois, pour exprimer le désir – ou annoncer le projet qu’on a formé – de faire descendre un individu quelconque du piédestal où il est abusivement hisser… ou à qui l’on reproche, plus encore que d’être allé trop loin, d’en être revenu…” . Bon le début ça ne colle pas trop, vous avez les pieds sur la terre, mais la seconde partie est probante. Mais les insultes ne sont pas très constructives, et d’abord quand on va voir un film écrit par Luc Besson – je sais ça fait toujours rire -, il ne faut que s’en prendre à soi, on ne va pas se régaler quand on va voir un “speed rabbit movie”. Car j’ai changé de comportement depuis que je suis “ugécétifié”,  encarté quoi, je délaisse les films d’auteurs diffusés à l’UTOPIA uniquement, pour aller voir des divertissements sans âmes tel ce “Bandidas” bas de gamme. Je me dis pourquoi pas, c’est en V.O. dans l’UGC local, les deux comédiennes sont plaisantes, il y a Steve Zahn excentrique patenté, et même Sam Shepard, dans l’increvable cliché du mentor. Pour ce dernier, ce film est la seule ombre au tableau d’une filmographie exigeante, on dirait un des films tournés par son personnage d’Howard dans le film de Wim Wenders, “Don’t come knocking”. Le film est cornichon à souhait, même pas bandant, même pas plaisant. Penelope Cruz vous commande un projet pour qu’elle puisse tourner avec Salma Hayek. Ni une, ni deux, la machine à dupliquer les films déjà existants, est en marche, l’équation est simple “Les pétroleuses”,  film désinvolte, mais charmant de Christian-Jacque, avec le duo sensuel Claudia Cardinale – sublimissime – et Brigitte Bardot, + “Viva Maria” (1965) de Louis Malle avec Bardot toujours et Jeanne Moreau, à défaut d’être original. Donc on retrouve Sara – Salma Hayek -, fille d’un riche banquier et Maria fille d’un pauvre peone – Penelope Cruz -, aux prises avec un des méchants les plus pitoyables de ces dernières années, “Tyler Jackson” – joué par Dwight Yoakam zombiesque à souhait -.

Hayek + Cruz : Europacorp… fixe

Au final entre deux gags lamentables – le hoquet de Sara, répété à l’envi… -, l’esthétique publicitaire – et pour cause vous avez péché deux publicitaires norvégiens Joachim Roenning & Espen Sandberg, on dirait un canular -, des animaux crétins-malins à la Morris – on finit par regretter les “Dalton” de Philippe Haïm, c’est dire…-, on subit la musique poussive d’Éric Serra. Pourtant il y a des moyens, une belle photo de Thierry Arbogast mais que l’on préfère au service d’un Jean-Paul Rappeneau, des décors reconnus de l’État de Durango, si souvent utilisés. On ressort de ce film avec une triste impression de gâchis. Monsieur Besson, donc, non content de planquer votre cynisme derrière une roublardise, de celui qui n’a pas cédé aux sirènes hollywoodiennes, et est resté simple circulant à Paris en moto. Tout chez vous est calcul, entre les déclinaisons “Nikitesques”, service minimum du film européen louchant sur l’International, vous faites même des petits comme Roselyne Bosch et son pathétique “Animals”, la prétention en plus, les effets d’annonce et la stratégie du secret. Tout est assez vain chez vous, de l’apologie du suicide du “Grand bleu” – quand on attend un enfant de Rosanne Arquette céder à l’abîme c’est d’une noirceur inouïe -, à l’improbable cliché du tueur solitaire. Comme je suis un peu couillon  – d’ailleurs je suis resté chez 20six après migration, pensant naïvement qu’il va y avoir quelques progrès, c’est dire si j’ai ma dose d’imbécillité… -, j’attends de vous une prise de conscience, un changement de cap dans votre fumisterie généralisée, que vous aidiez quelques metteurs en scènes, et non d’utiliser certains talents qui font bien dans le CV – j’ai entendu le témoignage de Jean-Paul Rouve sur le film “Bunker paradise”, distribué sans conviction par “Europacorp” -. Vous dites travailler pour le public, dont je fais parti, mais on vous soupçonne de participer à la restauration de votre château, et cessez votre chantage affectif et  puéril sur votre présumé abandon comme cinéaste après menace de largage de créatures Minimoys. Je suis assez naïf, mais un auteur qui avait pour acteur fétiche Jean Bouise, ne peut pas être foncièrement mauvais.

BROTHERS

 Membre de l’équipe de cinéastes gravitant autour de Lars Von Trier, Susanne Bier suit ici les voies du dogme, avec le bonheur d’un cousinage avec le beau “Festen” de Thomas Vinterberg, auquel on pense beaucoup en retrouvant son protagoniste principal : Ulrich Thomsen. La réalisatrice qui a déjà filmé “Open Hearts” respectant les contraintes du “dogme”, gimmick efficace Vontrierien, cite d’ailleurs ce grand film, avec quelques scènes ironiques de repas, dont une où une petite fille règle ses comptes avec son père. Même si ce film danois n’égale pas la réussite du précédent, le film a une acuité de regard indéniable. Le postulat de départ est le suivant, Michael – Ulrich Thomsen donc – va chercher son frère Jannik de prison – Nikolaj Lie Kaas -. Tout oppose les deux frères qui s’aiment énormément, Michael est le fils préféré de son père, a une épouse sublime – Connie Nielsen, vue il y a peu en femme fatale dans “Faux amis” d’Harold Ramis -, deux filles adorables, un métier solide de militaire, une maison de rêve, Jannik, lui est asocial, a raté lamentablement un braquage de banque, boit beaucoup et est anti-conformiste. Le retour du fils prodigue ne fait pas plaisir à son père, un taiseux patenté, mais Jannik tente de s’intégrer. Michael part lui en mission pour l’ONU en Afghanistan…

Connie Nielsen & Ulrich Thomsen

Sans vouloir déflorer l’histoire, le postulat de départ va être malmené sérieusement. Dans un climat faussement rassurant d’un pavillon familial, un évènement redéfinit les liens, certains étant rapidement effilochés, d’autres se solidifiant. Le scénario d’Anders Thomas Jensen, est brillant et non dénué d’humour, à l’image de la mère de Jannik qui lui prépare un canard, croyant par on ne sait quel quiproquo, que c’est le plat préféré de son cadet.  Les deux frères ont du caractère qu’ils vont utiliser parfois de manière surprenante pour des questions de survie. Comme “Festen” les apparences vont valdinguer, laissant poindre la détresse ou même la folie. Avec beaucoup de pudeur, malgré quelques maniérismes de mises en scènes, comme l’inévitable caméra portée séquelle du dogme – ce film ne respectant pas toutes les contraintes, ne peut donc pas y appartenir – assume ici les névroses de ses personnages. Les acteurs sont solides, la musique est envoûtante. On retrouve de réelles qualités, une aptitude à décrire l’intimité comme une agressivité étonnante. Susanne Bier a réussi à faire un film à l’atmosphère prenante de bout en bout.

NOUVELLE CUISINE

 “Dumplings / Nouvelle cuisine” est un film saisissant et une variation inventive du  mythe de la comtesse Bathory, se nourrissant du sang des vierges pour garder la jeunesse éternelle. C’est la première incursion du cinéaste Fruit Chan dans le cinéma fantastique. Ce film est le prolongement d’un des  sketches “3 extrêmes”, le cinéaste souhaitant développer le personnage de Mei, et en faire un long métrage. Le climat social et la description de la société coréenne déliquescent est ici remarquable – c’est la marque de fabrique du metteur en scène, habitué à dépeindre dit-on la société de son temps. Adapté d’une nouvelle de Lilian Lee, le film met en scène la belle Mei, sorte de sorcière moderne, sans âge et très sensuelle et transfuge de la Chine communiste – exceptionnelle Ling Bai, tricarde à Hongkong par son anticonformisme, elle ici inquiétante, séductrice et désinvolte -, et de Ching Lee – Miriam Yeung Chin Wah, retrouvant l’expressivité d’une actrice de cinéma muet – une ancienne comédienne de sitcom, devenue oisive après un riche mariage avec un homme qui la trompe – Tony Leung Ka Fai, “L’amant” chez Jean-Jacques Annaud, désormais grisonnant -, et qui a peur des premiers signes de vieillissements de sa beauté froide.

Ling Bai / Bai Ling

Mei est très connue pour préparer dans un quartier populaire, de mystérieux petits raviolis vapeur – des dumplings-, dont la chaire rose assez ragoûtante semble avoir des vertus rajeunissantes. Elle fait de mystérieux va et vient pour en trouver la matière première. Ching, délaissée, se laisse tenter sur la foi d’un bouche à oreille encourageant. Le film se voit à deux niveaux, le premier un film d’effroi absolument maîtrisé passant de l’appétit au dégoût, la belle Mei, outre ses talents de cuisinière, étant médecin dans une vie antérieure n’hésite pas à se proposer faiseuse d’anges. La prouesse est de faire monter l’angoisse aussi bien dans des scènes neutres où les grands ensembles s’avèrent tout aussi inquiétants qu’une somptueuse demeure en ravalement, que dans des scènes gore, saisissantes, où l’on se retrouve au bord de la nausée. Baigné d’humour noir – à recommander une scène d’amour avec une jambe dans le plâtre -, le film bafoue allégrement la bienséance. Le second niveau est une critique acerbe de l’individualisme, de la politique de l’enfant unique – garçon de préférence -. L’admirable photographie de Christopher Doyle magnifie de climat délétère, de la dictature des apparences, l’ancienne actrice étant prête à tout pour retrouver sa séduction entière de son ancienne série, où sa jeunesse éclate ressort avec les interminables rediffusions. Quitte à y laisser son âme, pour briller dans une société de dupes, elle ne se pose pas trop de questions, et finit par être vampirisée par Mei. Le film mérite de se laisser désarçonner –  essayer d’imaginer la tête d’une spectatrice, qui se plaignait d’avoir mal digéré à son mari, à l’issue du film – , le choc est rude, mais il est difficile de trouver un univers aussi fort ces derniers temps.

FAUTEUILS D’ORCHESTRE

 Avant-première à l’UGC-Cité Bordeaux, le mardi 31 janvier 2006, de “Fauteuils d’orchestre”, le troisième film comme réalisatrice de Danièle Thompson, en sa présence – très empressée pour cause de dîner avec les notables du crû à l’issue du film -, Christopher Thompson, Dani et Claude Brasseur – grande joie, il n’était pas annoncé -. Le film s’ouvre et se ferme sur la voix de Suzanne Flon, une grand-mère gâteau un peu radoteuse, bel hommage que lui rend la réalisatrice, elle ouvre et ferme ainsi le bal, le film lui est dédié. Elle campe donc l’aïeule de Jessica, habitant Mâcon –  Cécile de France, définitivement irrésistible -, dont elle partage l’amour des lieux luxueux. Elle lui conseille de travailler dans cet univers, afin de se rapprocher de ses rêves. Ni une, ni deux, elle arrive à Paris, bluffe, et finit très rapidement par obtenir un travail de serveuse dans une brasserie huppée de la  rue Montaigne, où ne travaillent que des hommes. Son directeur et serveur – François Rollin, bougon mais sympathique qui trouve enfin un rôle à sa mesure -, la fait travailler rapidement pour cause de personnel indisponible, gobant même son petit mensonge quand elle s’autoproclame, reine du tartare. Naïve et énergique, elle observe tout un petit monde de faux-semblants, le lieu étant un carrefour des affaires et des théâtres. Chacun envie un peu le bonheur de l’autre, sans voir qu’ils sont privilégiés.  

Claude Brasseur & Cécile de France

On suit ce microcosme, de Jacques Grumberg, financier autodidacte qui vend sa collection d’œuvres d’arts comme Michel Serrault se séparant de sa collection de livres dans “Nelly et M. Arnaud” – Claude Brasseur, d’une grande subtilité -, de Frédéric, son fils prématurément aigri et assez taciturne – Christopher Thompson dans son meilleur rôle -, jalousant son père de sa belle maîtresse – Annelise Hesme – ; de Jean-François Lefort – Albert Dupontel, au bord de l’explosion parfait dans ce rôle, contenant sa rage et son impatience -, et sa femme jouée par Laura Morante – So Perfect -, qui a sacrifié sa carrière pour son mari – ; Claudie – Dani –  qui est l’âme du théâtre où joue Lefort, férue de chanson française, et appréhendant avec dignité son départ en retraite, Catherine Fersen – Valérie Lemercier, épatante -, actrice suffisante et recurrente d’une sitcom bêtasse mais très bien payée, qui pousse son agent – Guillaume Gallienne “Besnehardien”, pour obtenir le rôle de Simone de Beauvoir auprès d’un grand cinéaste – Sidney Pollack, qui est aussi un très grand comédien -, malgré l’antipathie qu’elle suscite auprès de la directrice de casting – Françoise Lépine, qui dans les rôles secondaires arrive toujours à tirer son épingle du jeu -. Catherine joue en attendant un vaudeville de Feydeau, rendant chèvre son metteur en scène par ses caprices – Christian Hecq – et entraînant le comédien principal – Michel Vuillermoz, que je trouve toujours remarquable -, dans son mauvais esprit.  Les personnages sont happés autour de la lumineuse Jessica, le lieu aidant, des rencontres improbables sont évidentes ici, c’est une étude de mœurs bien vue, très bien écrite, laissant sa chance démocratiquement à tous les personnages d’une habilité remarquable. On se laisse prendre au jeu, sans voir les artifices du scénario, comme ça pouvait être le cas parfois dans “La bûche” et “Décalage horaire”. L’observation est très juste, entre ceux qui vivent pleinement mais trouvant des limites dans une existence devenant trop rassurante, et ceux qui vivent par procuration, dans l’entourage des artistes – Laura Morante, Dani -, mais trouvant matière à fabriquer des rêves. Le dosage rires émotions, fonctionne, Christopher et Danièle Thompson ayant trouvé un ton original et euphorisant. Poussant mon petit couplet flagorneur dans le débat avec sincérité, j’entends ainsi Dani déplorant avoir peut-être avoir raté certains grands rôles par sa faute – elle est ici impressionnante de justesse -, et Claude Brasseur – entrevu ensuite et très abordable -, sur son jeu cite avec humilité son père, disant que ce sont les grands rôles qui font les grands comédiens, et citant Picasso, “J’ai mis longtemps à devenir jeune”.  Ce film, détonnant avec les comédies manufacturées et insipides de ces derniers temps, est à recommander chaleureusement. 

THE KING

 Elvis Sandow – Gael Garcia Bernal, qui ne cesse de nous surprendre -, dont le prénom évoque évidemment  “Le King”, après avoir effectué son service dans la Navy, par avec son arme dans une petite ville puritaine du Texas, nommée Chorpus Christi !, trouver son véritable géniteur, un certain David Sander – William Hurt, en très grande forme ces derniers temps -, qui a abandonné sa mère. Ce dernier est devenu prédicateur respecté, faisant son prêche à l’Américaine, a épousé une très belle femme, et a deux enfants une adolescente réservée et un fils qui reprend les idées de son père, en essayant de faire valoir en vain, ses croyances contre les théories officielles de Darwin, dans son école. Le premier contact entre Elvis et son père, ne fait que provoquer l’animosité de ce dernier, réveillant une ancienne vie, peu recommandable, et en contradiction totale avec son nouveau rôle. Qu’importe, Elvis persiste, s’installe, et élabore volontairement ou non une stratégie pour ce faire accepter.

Gael Garcia Bernal

Ce film, pas aimable, corrosif et à contre-courant avec le cinéma américain actuel, a une sorte de logique implacable et assez salutaire. Le Texas, et les allusions bibliques -Le retour de l’enfant prodigue – ne sont pas le fait du hasard, pour son premier film de fiction, James Marsh semble se délecter de bousculer l’hypocrisie générale d’une petite ville tranquille des États Unis, en étudie les codes pour mieux les détruire. Refusant d’éclairer certaines zones d’ombres, le film compte sur le charisme de Gael Garcia Bernal, dans un personnage à la fois bafoué et monstre froid. Par son ambiance torve et sans apitoiements moralisateurs, le réalisateur décortique les mécanismes du certain fanatisme, instrumentalisé, mis en spectacle, et soucieux des apparences et l’aliénation par la foi, par l’armée – l’arme est une compagne ritualisée pour Elvis -. Le film refuse l’utilisation d’un suspense artificiel, mais nous laisse assez amer face à la situation. Un film inconfortable et très maîtrisé, à la fois détaché et sans complaisances. L’atmosphère, proche d’un David Lynch, trouble est remarquablement réussite par sa musique, sa lumière et son interprétation – mention spéciale à la jeune Pell James -.

BALI BALLOT

 Avant-première à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux, du film “Toute la beauté du monde”, vendredi 27 janvier, en présence de Marc Esposito, Marc Lavoine, Zoé Félix et Albane Duterc, mais aussi une déception plus que notable après “Le cœur des hommes”, avec déjà Zoé Félix et Marc Lavoine, film d’hommes mais avec quelques portraits de femmes. Dans la série des “grandes amoures contrariées”, c’est ici Franck – Marc Lavoine, juste mais limité -, qui a sacrifié sa vie sentimentale pour reprendre les affaires de boiseries et élever ses frères et sœurs, à la mort de ses parents. Il tombe raide dingue de Tina – Zoé Félix, qui ne semble pas avoir consenti à couper ses cheveux, planqués sous une perruque, mais dont le jeu est probant -, qui vient de perdre son mari, jeune trentenaire, qui délaisse l’éducation de ses enfants de 5 à 7 ans – personnages sacrifiés dans le film – pour se consacrer à son deuil larmoyant. Franck lui propose de faire un séjour en Asie, histoire de reprendre goût à l’existence – “Changement d’herbage réjouit les veaux” -. Franck qui va souvent à Bali pour son travaille, essaye de conquérir son cœur, mais elle reste fidèle à son mari, et reste sur la défensive, quand Franck lui avoue son amour. Franck persiste, décide de l’amadouer, étant expert de la “mécanisation” des gens. Suspense intolérable, Tina finira-t-elle par aimer Franck ? L’émotion effleure parfois le film dans la litanie de conventions,  en particulier grâce au couple Jean-Pierre Darroussin – toujours subtil – et une nouvelle venue dynamique – Albane Duterc -, en français installés à Bali, et Pierre-Olivier Mornas – ex “Bâtard de Dieu” -, en frère dépassé de Zoé Félix, dans une tonalité proche de Darroussin, la maturité devrait lui aller très bien.

Mais l’ennui gagne l’assemblée, pire que les soirées diaporama entre potes, surtout quand on est particulièrement sédentaire. Les gens commencent à ricaner, commentent, sans que curieusement ça dérange les autres, grand froid à l’arrivée de l’équipe, chacun des habitués rassurant les autres, non vous n’êtes pas rentré dans une période “pisse-froide”, c’est juste un ratage complet, Yann Arthus-Bertrand sort de ce cinéaste ! Marc Esposito tombe dans tous les écueils de la carte postale sponsorisée par l’office de tourisme de Bali et de la Camargue – il ne manque même pas les flamants roses au tableau -, la B.O. d’une mièvrerie inouïe, ne faisant que souligner les manques d’inventivité face à ses paysages sublimes de beauté. Mais très vite la saturation gagne, l’envie de retrouver l’air vicié de la ville, l’hiver, grande était la tentation à la sortie de respirer les vapeurs d’échappements automobiles, et retrouver Bordeaux, une ville blafarde et de façades, me mettait en joie. Et là grand moment d’empathie avec le critique Jean-Pierre Lavoignat, ami de 32 ans, nous dit le sieur Esposito qui a du mal à prendre son micro après quelques verres de bordeaux, on finit par l’excuser de s’autoproclamer écrivain avec la version roman de cette triste oeuvrette. Lavoignat donc, co-fondateur du magazine “Studio”, avec lui, avait sur plusieurs numéros fait un compte-rendu du tournage, laissons-lui le crédit d’avoir aimé le film, voir sa critique du dernier numéro, mais si ce n’est pas le cas, il s’en est sorti avec élégance. Le parti pris pouvait être intéressant, dresser une intimité amoureuse dans un décors écrasant, sujet abordé par avec beaucoup de subtilité par Ang Lee avec son “secret de Brokeback mountain”. Marc Esposito rate superbement sa cible, et comme il nous annonce qu’il prépare une suite aux “Cœurs des hommes”, ce qui est un peu la solution de facilité, souhaitons qu’il ne soit pas l’homme d’un seul film.

LA VIE A DEUX

 “La vie à deux”, une rareté de 1958, est désormais disponible en DVD chez René Château. Dénonçons par contre la malhonnêteté foncière de cet éditeur. Le prix reste cher, même en “premiers” prix, pour un produit sommaire, sans bonus et sans chapitrage. L’affiche originale du film ci-dessus provenant du site des “Gens du cinéma” est trafiquée pour la jaquette, avec un rajout grossier du visage de Louis de Funès, qui n’a d’ailleurs qu’un second rôle, histoire de vendre l’objet sur son nom et sur celui de Fernandel. Il y figure aussi la mention “le dernier film de Sacha Guitry” – qui apparaît sur le générique du film mais en hommage -. Guitry est mort le 27 juillet 1957, et le tournage a débuté le 22 juillet 1958 selon Jean-Charles Sabria, vaste fumisterie donc. C’est Clément Duhour, un de ses proches collaborateurs qui a produit – avec Gilbert Bokanowski, qui joue un rôle non crédité – et réalisé ce film, dont Sacha Guitry avait eu l’idée avant sa mort. L’adaptation d’un certain Jean Martin – ça sent le pseudo – compile les pièces de théâtres comme “Désiré”; “L’illusionniste” “Faisons un rêve”, “Le blanc et le noir”, sur le thème du couple en rajoutant une sommaire histoire d’héritage. Le film est donc à sketches, avant la grande mode des années 60. Le prétexte est le suivant, l’auteur Pierre Carreau – Pierre Brasseur, qui s’est fait la tête de Guitry dans ses derniers jours et qui est ici très impressionnant -, réuni ses amis – Gilbert Boka et Jean Tissier, luisants à souhaits -, son secrétaire, Max Montavon dans son rôle de cabot habituel de maniéré, ici encore plus mauvais que d’habitude, c’est dire -, un notaire – Louis de Funès donc, très bon avec sa manière bien à lui de dire les aphorismes du maître -, et deux généalogistes – Christian Duvaleix et Jacques Jouanneau, lunaires et maladroits -. Carreau est mourant et souhaite léguer sa fortune aux personnes réelles dont il se servit comme modèles pour les personnages de son roman “La vie à deux”. La condition à respecter pour ces couples, qui ne sont pas au courant de ce projet et qu’ils soient toujours comme ils étaient alors, des exemples de bonheur.

Les généalogistes partent, flanqués des deux amis qui recevront l’héritage “en cas de malheur”. Une pléïade de comédiens défilent avec bonheur, de Jean Richard rageant de la proximité de sa belle-mère, joué avec sensibilité par Jane Marken,Odette, une femme volage – Lili Palmer -, partagée entre son amant officiel, un ministre – Jacques Morel, plaisant -, un amant de passage – Jean Marais, pour l’épisode “L’illusionniste”, et qui fantasme sur son valet – Gérard Philipe, retrouvant des accents guitryens, épisode “Désiré”-., Monique – Danielle Darrieux – qui subit les avances d’Henri – Robert Lamoureux, ludion – devant son mari amateur de belote – Pierre Mondy, vraiment virtuose dans une amusante scène de claques -, Marguerite – Sophie Desmarets – cocufiant Marcel – Fernande, plus sobre qu’à l’accoutumé – et enceinte d’un ténor noir, alors qu’elle a rendez-vous dans le noir avec son amant norvégien -, et l’ami de Marcel – Robert Manuel toujours brillant – qui a du mal à expliquer que ce dernier est père d’un petit enfant noir. La bilan de ces couples étant décourageant, Pierre Carreau agonise dans son lit d’hôpital, trouvant que “La morphine a été inventée pour permettre aux médecins de dormir tranquille...” Son ancienne femme – Edwige Feuillère, port de reine -, le rejoint à son chevet à l’insu de son mari arriviste – Ivan Desny -. La distribution est brillante, on peut rajouter Pauline Carton en femme de Jean Tissier, Mathilde Casadesus en cuisinière amusée, Jacques Dumesnil en digne médecin, mais pas de Pierre Larquey, son rôle ayant été coupé au montage final. Le film finit même pas retrouver, dans ce ton un peu boulevardier, l’amertume et le cynisme que l’on retrouvait dans les derniers Guitry – “La vie d’un honnête homme”, “Assassins et voleurs…” -, et retrouve la vision noire du couple chère au grand maître. Inégal mais plaisant, souffrant de n’être disponible que chez René Château, qui semble être resté bloqué sur la période VHS, et c’est très dommage… 

RIVIERA

Après le très abouti “Petite chérie” en 2000, avec Corinne Debonnière et Jonathan Zaccaï, on attendait légitimement beaucoup de la seconde réalisation d’Anne Villacèque. Si on retrouve bien sa maîtrise, le film hélas déçoit un peu, mais possède une maîtrise évidente. A l’heure où statistiquement 1 réalisateur sur 3, ayant réalisé son second film passe au troisième, espérons pouvoir retrouver son univers dans les années à venir. La réalisatrice se coltine une nouvelle fois avec une certaine vacuité de l’existence et l’idée de la perte de l’innocence. Antoinette, employée au ménage d’un grand hôte sur la Côte d’Azur – Miou-Miou, humanisant un personnage assez retord -, attend beaucoup de sa fille, Stella, – Vahina Giocante – superbe jeune femme “go-go danseuse”. Elles ne font que se croiser, la mère terminant son service et rentrant dans son appartement quand sa fille part travailler. Stella est vue seulement par les hommes que comme une « cagole », loin de voir autre chose au-delà de son charme fracassant, comme Fabrizio – Mathieu Simonet, qui a le même timbre de voix que son père Jacques Perrin – petit richard en goguette. Seul le patron de Stella – Antoine Basler, passant avec aisance de l’inquiétant au rassurant, encore un sous-utilisé à déplorer -, semble avoir un peu de tendresse pour elle. Pour Antoinette, sa fille est sa revanche sociale, elle montre avec fierté sa photo à un jeune livreur de pizza dégingandé – Franc Bruneau, vu dans “Les fautes d’orthographes”,  tout en regrettant sa jeunesse charmeuse. Elle n’hésite pas à instrumentaliser le destin, lors du passage d’un certain Romansky (… Jean-Michel), agent immobilier aisé et échappé à un univers Houellebecquien.  

Miou-Miou

La réalisatrice décortique derrière les clichés d’une ville touristique écrasée de soleil, la vacuité possible de l’existence, la vérité derrière les faux-semblants, la frustration surlignée par le bonheur apparent des riches, la promesse d’une vie facile à travers l’omniprésence d’une télévision promettant le quart d’heure Warholien à chacun. C’est dans cette analyse sans concession du désœuvrement que la réalisatrice retrouve la justesse de son regard. La résignation est vaine pour elle, mais elle démontre la possibilité de révolte naissante voire destructrice, à l’exemple d’un esclandre entre deux personnages au bord de la piscine. Miou-Miou en travailleuse discrète, que l’on ne remarque pas, vivant fusionnellement avec sa fille, dont elle attend beaucoup amène une justesse incroyable à un personnage dérangeant, retord. Elle souhaite pousser sa fille à réussir dans le monde, tout en ayant peur de sa réussite car elle pourrait se retrouver seule. Vahina Giocante, que j’avais vu lors de l’avant-première de “Lila dit ça” – elle avait d’ailleurs charmé tout son auditoire et montré une belle lucidité sur son parcours – un rôle assez similaire que Stella, dégage un érotisme fracassant digne d’une Brigitte Bardot – “l’ancienne !”, comme disait Fellag -, elle est bouleversante dans l’impuissance de bien cerner le trouble qu’elle suscite. Elie Semoun, prouve après le très bon “Aux abois”, la  richesse de son registre, gauche et en manque d’amour, désarmé par la jeunesse de Stella et efficace dans son travail, compose avec aisance une personnalité peu accorte, le film doit beaucoup à ses trois comédiens. Le film finit par trouver une certaine limite peut-être par son scénario, mais saluons son côté dérangeant et inconfortable, assez courageux. Mais elle dépeint très bien de manière presque sociologique, la perte des illusions, un quotidien écrasant et le manque de perspectives dont notre société actuelle – elle avait fait un documentaire sur la jeunesse actuelle avec “Oh ! les filles” en 2003, que l’on aimerait pouvoir découvrir. Un regard singulier d’une noirceur peu commune et la réussite de véritablement capter l’air du temps, font les qualités de ce film. La cinéaste devrait beaucoup compter, même si on en ressort un peu déçu finalement de ce film, surtout après une formidable première oeuvre.

JE VOUS TROUVE TRÈS BEAU

Massacre dans les règles de l’art dans l’émission de France Inter, “Le masque et la plume”, ce dimanche soir, pour ce film d’Isabelle Mergault qui ne méritait pas cet excès d’indignités. On lui reprochait son côté reprise d’ “Une hirondelle ne fait pas le printemps”, comme si c’était l’exploitation d’un filon, flattant les bas instincts bucoliques de citadins blasés, puisque ce film a rencontré son public. Et pourtant, sortir d’un film entouré de spectateurs avec un large sourire, montre encore une fois le divorce entre le public et la critique parfois. Ce n’est pas une surprise de découvrir une écriture sensible chez Isabelle Mergault, qui était scénariste d’ “Aujourd’hui peut-être” (1990) film de Jean-Louis Bertuccelli à redécouvrir avec Giulietta Masina – la comédienne Medeea Marinescu, héroïne du film, a d’ailleurs un petit côté “Gelsomina” -, “Le voyage à Rome” (1992) ou “Meilleur espoir féminin” (1999), loin de ses prestations de “bonnes clientes” à la télévison. Le film narre la vie d’Aymé Pigrenet – Michel Blanc vraiment excellent et qui fut partenaire d’Isabelle Mergault dans “Une nuit à l’assemblée nationale”  -, un agriculteur nouvellement veuf pour avoir perdu sa femme électrocutée par une trayeuse automatique. Sans être véritablement bouleversé, il suit le conseil de sa notaire – Valérie Bonneton, probante entre écoute et exaspération – de faire appel à une agence matrimoniale non pas pour trouver l’âme sœur, mais pour trouver une main d’œuvre corvéable à merci. Mme Marais, directrice d’une l’agence matrimoniale – Eva Darlan, désopilante dans un numéro excentrique -, suivant son idée l’envoie en Roumanie. Elena – Medea Marinescu, très touchante -, mère de Gaby, une fillette de 6 ans, comprend vite la manière de profiter de la situation en opposant sa sincérité face à la sophistication des autres candidates. Aymé invente un stratagème pour justifier la présence d’Elena dans le village. La bonne humeur et la générosité d’Elena finissent par faire des étincelles face à Aymé, bourru, pingre, maladroit et surtout éternel râleur.

Michel Blanc & Medea Marinescu

Certes on peut reprocher à la réalisatrice quelques situations convenues, mais le dosage émotion et humour vachard est bien dosé. La mise en scène est loin d’être aussi anodine qu’on le dit, il y a même quelques trouvailles, comme le passage du nouvel an au clair de lune. Les situations sont crédibles et les personnages attachants, Isabelle Mergault avance par des petites touches très justes, comme des petits gestes d’affections, la chienne “Ciufut”, ou les non-dits dans l’amitié entre Aymé et son voisin Roland – Wladimir Yordanoff, très subtil comme toujours -. L’humanisation d’Aymé est donc prévisible, mais sa solitude est bien décrite, le marasme de la Roumanie est montré de manière pudique et l’intérêt du film ne défaillit jamais. Outre les comédiens cités, il y a une belle galerie de seconds rôles, la toujours formidable Liliane Rovère, irrésistible en villageoise ogresse, déplorant l’alimentation de sa fille et attirant l’attention d’Aymé de manière inattendue, Elisabeth Commelin en femme de Roland toujours sur le qui vive, Véronique Silver, très touchante en cliente dans la salle d’attente de l’agence matrimoniale – trop sous employée ces derniers temps, sa manière de parler de l’anecdote des 2 cuillères est magnifique, Julien Cafaro, se trompant sur le sens des mots -,  Dora Doll dans un rôle trop court, et sa manière de déclarer qu’elle fait peur aux hommes, Renée Le Calm, aïeule délectable et “son qui est mort ?”, etc… et un nouveau venu Benoît Torjman émouvant Antoine, amoureux transi d’Elena. Quand on voit le niveau actuel des comédies, et des films de divertissements Bessonnien – je ne sais pas si je vais vous épargner une notule sur “Bandidas” -, on ne saurait trop qu’encourager Isabelle Mergault de continuer dans cette voie.