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LE CAIMAN

 Le film est présenté un peu vite, comme un simple pamphlet contre Silvio Berlusconi, ce qui semble dissuader les spectateurs de venir voir un film militant vu le résultat des dernières élections en Italie – petit démarrage français à déplorer -. Nanni Moretti se renouvelle sans cesse, c’est souvent moqué de lui-même dans tous ces films, critiquant ses manies ou ses craintes. S’il joue ici dans deux scènes, dans le rôle d’un comédien de comédie,  il prend ici pour porte-parole et comme figure centrale l’attachant Silvio Orlando – qui était l’hilarant pâtissier troskiste dans “Aprile” , qui est tellement bon, que l’on ait persuadé qu’il nous est très familier. Son personnage Bruno Bonomo remplaçant le double morettien “Michele Apicella”, qu’il jouait habituellement, est aux antipodes du réalisateur. Il a sans grand état d’âme déjà voté pour “Il Cavaliere”, a quelques idées bien arrêtées sur la société, il est loin d’être héroïque. S’il décide de produire le film d’une jeune réalisatrice – beau portrait d’une jeune femme déterminée joué avec humanité par Jasmine Trinca -, ce n’est que pour se remettre en selle, il lit le scénario en diagonale, et c’est un producteur qui lui souligne la cible pourtant bien évidente. Mais on a une empathie immédiate avec son personnage en crise, son couple est en crise avec Paola, également son interprète de films de séries – lumineuse Margherita Buy – héroïne nommée Aidra, de films de séries B devenus cultes, qu’elle fait tout pour oublier. C’est un état des lieux de l’Italie actuelle, au travers de ce personnage de producteur de films fauchés, en grande difficulté professionnelle et sentimentale, mais si les difficultés demeurent – on n’est pas dans le pays des fées de certains films français actuels -, il garde une force de vie, passant de la colère à une résignation finalement constructive. Constat lucide, une société de compromissions, de bassesses, il règle ses comptes avec le cinéma, en rappelant les prétextes fallacieux qu’utilisent certains protagonistes pour lâcher un réalisateur en crise. les personnages se demandent qu’elle est l’utilité de faire un film contre Berlusconi, qui ne s’adresserait qu’aux gens déjà convaincu. Nanni Moretti se sent proche de toute une tradition du cinéma militant tout en s’en moquant – Gian Maria Volonte est souvent cité par un personnage veule, et le réalisateur engagé Giuliano Montaldo joue le rôle d’un cinéaste travaillant sur un projet sur “Christophe Colomb” pour son propre compte -, mais aussi la richesse de ce cinéma sur trois décennie – bel hommage du bateau roulant à Federico Fellini qui avait déjà dénoncé à sa manière la télé berlusconniene dans le beau “Ginger & Fred” -. C’est donc un petit rappel sur un cinéma qui fut l’un des plus grand de l’histoire du cinéma, et qui brillait par son génie et son inventivité y compris dans son cinéma bis.

Giuliano Montaldo & Silvio Orlando

Ce film est un espoir, sur ce cinéma qui ne demande qu’à renaître – on ne retrouve plus guère que Moretti, comme grande figure de ce cinéma à Cannes par exemple -, et il salut le peuple italien, moins dupe qu’il ne semblerait à nos yeux extérieurs. Berlusconi est figuré ici de manière singulière, par lui-même d’abord, dans des plans d’archives, avec un regard qui privilégie ici le côté agressif du personnage plutôt que celui folklorique, et joué par trois comédiens, à la lecture rêvée d’un scénario, et l’incarnation par deux comédiens, par Michele Placido, personnage haut en couleurs, téléphonant sans cesse sur le plateau à la manière d’un Depardieu, s’agitant beaucoup comme un matamore, puis par Moretti lui-même, rendant compte du côté cinglant et cynique du personnage. Le film montre les contradictions de l’Italie sans démagogie, mais offre aussi de grands moments de drôleries – Silvio Orlando racontant à ses enfants des histoires horribles de l’héroïne qui a fait son succès Aidra vedette de l’ineffable “Cataracte”, l’emboutissement de la voiture -. Mais le film est aussi chaleureux, montre les difficultés d’un couple, de la difficulté de « tourner la page », montre une famille déconstruite mais qui garde espoir – les deux enfants du couple sont formidables -. Il traite aussi la société italienne de ses archaïsmes à son évolution indéniable – le divorce, l’homoparentalité, l’individualisme, etc… -, avec brio et pudeur. Tous les personnages existent ici, ont une grande force, même s’ils font des choix opportunistes, ou utopistes. Le film est touché par la grâce, l’émotion comme dans le beau “La chambre du fils”, et on retrouve le mordant du réalisateur, sa capacité à parler de la perte des illusions mais sans d’appesantir. Du grand art, un film à la fois citoyen et satirique mais d’une inventivité   jubilatoire et à voir absolument. C’est vraiment un des très grands films de cette année cinématographique confirmant la grande subtilité d’une œuvre déjà considérable.

THE SECRET LIFE OF WORDS

 Hanna – Sarah Poley, dans une belle interprétation à fleur de peau -, est une jeune employée modèle dans son entreprise. Elle dérange pourtant ses collègues par ses troubles de comportement et ses petites manies et son petit air désabusé. Elle ne prend jamais de vacances, rassurée dans les habitus du travail, on lui impose presque de partir en vacances. Elle en profite, par un curieux hasard, pour devenir infirmière sur une plate-forme de forage, isolée en pleine mer. Elle est au chevet de Josef, un grand brûlé – Tim Robbins mettant en valeur son texte et excellent dans la maturité -. Josef apprivoise Hanna, qui a un problème de surdité. Les sens exacerbés par une cécité ponctuelle, il décide d’apprivoiser ce petit animal sauvage, qui semble avoir subi un grand traumatisme elle aussi. Il parade pour oublier sa souffrance. C’est une étude de mœurs, produite par les frères Almodovar, montrant comment les personnages vivent avec leurs névroses. La réalisatrice Isabel Coixet, les regardent avec une certaine distance, mais une réelle compassion, ce qui nous évite un mélo larmoyant ou manipulateur. Ils avancent cependant malgré les traumatismes, une complicité amoureuse va naître entre ces deux écorchés vifs – sans mauvais jeu de mot -, elle se murant dans le mutisme, lui faisant preuve d’inventivité dans ses dialogues, allant jusqu’à un délire complet, comme l’évocation amusée du kilt de Sean Connery ! Le dialogue – flirtant parfois avec le ridicule – entre Tim Robbins et Sarah Polley, est singulier, dans ce “No man’s land” cosmopolite qui exacerbe les sentiments. Le film prend le temps dans des petits riens, d’installer un climat, et une intimité entre les personnages, il y a aussi beaucoup de subtilité dans le traitement de quelques événements contemporains et de cet huis clos sensible. Les autres personnages comme posés au milieu de nulle part, réfléchissent sur leurs blessures secrètes, et trompent un ennuie certain, en compagnie d’une oie, en jouant au basket.


Javier Camara & Sarah Polley

Le film n’est pas sans faiblesses, une voix off enfantine efficace mais déconcertante, ou certains seconds rôles qui sont à peine esquissés, sauf celui de Simon joué par un Javier Camara très en verve – c’est un des acteurs réguliers des films de Almodovar -. Simon est un  cuisinier inventif et volubile – il faut le voir préparer ses gnocchis -, qui tente de trouver un morceau de musique avec la préparation de mets exotiques -. On retrouve aussi Julie Christie, en psychiatre nordique, ne connaissant pas le secret médical, il faut bien la grâce de cette comédienne toujours aussi radieuse, pour nous faire adhérer à un personnage assez improbable. On finit par adhérer au concept, les blessures physiques étant une expression des blessures de l’âme -. La bande originale est brillante – c’est un effet mode récurrente à nombre de films en ce moment, histoire de vendre en plus la B.O. mais comment résister ici à Tom Waits – je dois confesser lui vouer un culte – ou Juliette Gréco -. On pense au Lars Von Trier de “Breaking the ways” par le décors et le traitement de l’image, et à Aki Kaurismaki pour une sorte d’humour à froid. Mais Isabel Coixet ayant un réel univers – je n’ai hélas pas vu « Ma vie sans moi » son premier long-métrage de 2003, avec déjà Sarah Polley -, se démarquant fortement du folklore espagnol cher à son producteur Almodovar, elle évite pourtant l’effet euro-pudding propre à ce type de production, A noter la grande mode des titres anglais pour des films internationaux, jugés sans doute plus vendeur par les distributeurs le titre V.O. est La Vida secreta de las palabras. Le film a connu un grand succès en Espagne et a reçu 4 goyas en récompense, comme quoi se démarquer de la culture de son pays peut être payant. Le film, conforté par son traitement intimiste, s’avère convaincant et offre une belle réflexion sur la condition humaine, avec une ironie mordante. Mais c’est peut être le type de film qui peut “laisser à la porte”-.

LE COIN DU NANAR : THE DAVINCI CODE

 Attention nanar de (hors-)compétition – à Cannes -. Dernier avatar de l’exploitation d’un filon – circuits touristiques, filme porno, livres parodiques, pas de pin’s hélas, la mode est passée -, voici donc avec la grâce d’un rouleau-compresseur – à l’image de la promo-,  l’adaptation cinéma du désormais livre culte “The Da Vinci Code”. Quelle drôle d’idée d’avoir pris Ron Howard, habile faiseur tout terrain, pas méprisable, mais souvent laborieux et académique. Passée la bonne surprise de retrouver Jean-Pierre Marielle, en conservateur de musée, on comprend avec l’incursion d’un corps comique, celui de Paul Bettany en moine albinos, le parti à prendre pour regarder le film, celui d’en rire ! Le moine se nomme Silas – c’est logique il s’auto mutile avec un silice -, il est donc l’un des méchants du film, et l’occasion de prouver combien Ron Howard est inadéquat dans ce registre. On tente d’anticiper de quel côté du cadre il va surgir, avant de son gondoler allégrement à chacune des apparitions. Son personnage n’attitre ni la compassion – il est instrumentalisé par un infâme membre du clergé – Alfred Molina qui fait ce qu’il peut-, ni la peur. Clovis Cornillac a eu du nez de le refuser pour participer aux “Brigades du tigre”. L’utilisation plate du Louvres dans une ambiance feutrée, est malhabile, nous faisant même regretter celui du “Belphégor” version Jean-Paul Salomé, c’est dire… Arrive Robert Langdon, spécialiste de l’étude des symboles, en conférence en France – Tom Hanks, c’est un réflexe mais on s’attend toujours à retrouver du persil dans ses narines -. Le conservateur étant assassiné – on ne va retrouver Marielle que dans des Flash-backs -, arrive Jean Reno, policier qui a fait son coming out opusdeien en arborant fièrement un signe d’appartenance sur sa boutonnière, convenez que c’est original pour une milice religieuse secrète…Il est curieux de voir tant de monde si mal dirigé par un Ron Howard, pourtant ancien comédien. Arrive la nièce de du conservateur Sophie Neveu, cryptologue de son état qui veut mener son enquête en parallèle… Le tandem Hanks-Tautou ne fonctionne pas du tout, on n’a rarement vu aussi peu d’affinités chez un couple de vedette, l’alchimie ne fonctionnant absolument pas. Je ne suis hélas pas assez charitable pour passer la distribution française sous silence, outre Reno tragiquement absent, Etienne Chicot bougonne, Jean-Yves Berteloot – pourtant excellent chez René Féret – est sinistre, quand il ne fait pas rire comme dans sa dernière scène, Marie-France Audollent est ridicule en nonnette, Xavier de Guillebon est hautement improbable en toxicomane et cerise sur le gâteau on a droit à Denis Podalydès en contrôleur aérien aux prises avec un Jean Reno énervé dans une des scènes les plus stupides du film.  Côté international ce n’est guerre mieux pour ne citer qu’un revenant Jürgen Prochnow, en banquier burlesque. Le seul qui se tire sans dommage du film c’est l’excellent Ian McKellen qui confère une dignité à son rôle  de Sir Leigh Teabing, qui de démarque d’une tétanisation crispée générale. Il apporte une bonne dose d’humour apportée à des situations dont il ne semble pas trop croire.

Ian McKellen, Audrey Tautou & Tom Hanks

C’est une belle performance d’acteur, d’autant plus méritoire que son personnage est assez chargé. Il se tire sans dommages dans la description de toiles de maîtres, ou explications digestes et diverses. C’est l’humour involontaire patent du film qui nous permet de digérer ce pensum de 150 mn, qui ne réussit ni le divertissement, ni ces délires théologiques – essayez de voir la fin du film, sans vous esclaffer ! -. Difficile de sortir d’une torpeur globale, heureusement le rocambolesque de certaines situations, digérables sans doutes sur la durée d’un livre, confine ici au grotesque total. Le film est un salmigondis ésotérique parfaitement sentencieux, et qui reste sur l’estomac. L’adaptation de Akiva Goldsman est assez fade, utilisant fort mal certaines idées, comme la claustrophobie du personnage de Tom Hanks. L’omniprésente musique de Hans Zimmer, poussive au possible, n’arrange rien… Reste que malgré des tentatives de reconstitutions virtuelles du passé assez habiles, amenées pour aider la compréhension, le réalisateur surligne tout comme s’il avait peur de ne pas être compris, ce qui nous vaut nombre de lourdeurs, comme sa façon d’insister sur un code rentré qui est correct. Ca n’empêche pas le film de battre des records, des vertus d’un marketing parfaitement amené, aidé par la foire cannoise proposant ce blockbuster pachydermique comme film d’ouverture. Il faut souligner l’accueil glacial des festivaliers – sauf ceux interrogés par M6. comme le soulignait “Arrêt sur image” sur France 5, ces derniers étant coproducteurs -.  Quant au côté blasphématoire tout décrié – difficilement compréhensible, tant le film est pathétique -, il n’est ici qu’une occasion pour les intégristes de tous poils de redorer leurs images et de profiter ce l’engouement des médias, comme l’ineffable représentant de l’Opus Dei – déjà très controversé bien avant Dan Brown -, dans l’émission “Arrêt sur images” toujours De plus pas d’ombrage à avoir, les grands méchants ne sont que des isolés infiltrant le Vatican et l’Opus Dei, pour leurs sinistres besognes. Mais y a des parts de gâteaux à prendre dans ce marché, le clergé ne s’en prive donc pas de manière opportuniste. Un joyeux naufrage qui malgré un budget conséquent, finit par rater toutes ses cibles et assurément un des plus mauvais films de l’année, dans un semestre pourtant riche en médiocrités. C’est aussi une vaste opération commerciale peu inspirée, réjouissante cependant au 54ème degré.

COMME T’Y ES BELLE !

 Et une comédie, encore ! Donnez-moi du bitume, du givre, de la neurasthénie, des chambres de bonnes, Alain Juppé, Ève Ruggieri, du brouillard, du plombé, du dépressif… Liza Azuelos nous livre ici sa recette de saison, un peu de “Vénus beauté institut”, un peu du “Cœur des hommes”, un soupçon de la “Vérité si je mens”, une pincée de “Sex in the city” et beaucoup de gnangan dans la grande tradition de l’édulcoration. On attendait beaucoup de ces portraits de femmes dans note société, et on retrouve un produit formaté recyclant les effets modes à tout va. Le regard sur la communauté séfarade est tendre, mais ça ne fait pas forcément un film. Sur le même thème on peut tout de même préférer l’excellent “Tango des Rachevski” de Sam Gabarski, et même les deux “Vérités… “., Mais à quoi bon se formaliser, moins les cinéastes font preuves de subtilité et de nuances, plus ça marche. Ce film n’est pas si déshonorant que ça finalement que beaucoup d’autres, mais il a le tort de passer après beaucoup d’œuvrettes. Dans le style “si vous voulez passer un bon moment…”, elle remplit parfaitement sa mission, mais on pouvait attendre un petit supplément d’âme. Finalement la seule audace du film est d’utiliser Marthe Villalonga…  dans un parfait contre-emploi… Il est vrai qu’elle reste à jamais marquée par ses rôles de femmes austères et revêches chez André Téchiné, on retrouve donc une gouaille inattendue en mère juive volubile. Trêve de sarcasmes, elle est tout de même excellente, au moins elle a l’âge d’être la mère des personnages présents – Elle n’avait que deux ans de plus que Guy Bedos dans “Un éléphant…” et “Nous irons…”, mais ces deux films d’Yves Robert gardent un charme certain à chacune des nouvelles visions -. Nos amis les Machos sont égratignés et forcément caricaturaux, voire insipides. Mais saluons Alexandre Astier, il y a donc une vie après “Kaamelott”. Il faut le voir en beauf sérial baffreur tellement macho qu’Éric Zemmour c’est Gisèle Halimi en comparaison. Mais il est très drôle, on l’imagine accompagné d’un ver solitaire, au moins il nous sort de notre torpeur.

Michèle Laroque, Aure Atika, Marthe Villalonga, Lisa Azuelos, Valérie Benguigui & Géraldine Nakache

Les autres hommes sont assez falots, comme Francis Huster qui semble s’ennuyer ferme, Thierry Neuvic – qui nous avait tant fait rire en chasseurs de rats dans le pathétique téléfilm de TF1 “Alerte à Paris !” et David Kammenos ne sont là que pour incarner le fantasme de ces dames – sans parler de l’ineffable Frédéric Beigbeder, qui au moins ici est muet -. On a plaisir à retrouver Dora Doll, qui n’a pas grand choses à faire en grand-mère qui perd un peu la tête et qui adore Julien Lepers, dans une distribution peu inventive. L’impression d’une soirée TV pantoufle sur grand écran finit par vous aigrir un peu. Michèle Laroque semble souvent jouer toute seule, Aure Atika en mère dépassée ne se renouvelle guerre, on peut par contre louer Valérie Benguigui et Géraldine Nakache, qui volent allégrement la vedette aux deux autres, elles font preuve d’un bel abattage. Le cinéma français manque de beaux rôles féminins, on assiste ici à une vision assez rose de notre société, un regard avisé manque ici singulièrement, les migraines de la fille d’Aure Atika ne sont qu’un prétexte scénaristique, et les problèmes se résolvent dans un irréalisme de conte de fées. Pointe même un certain conformisme, le personnage de Géraldine Nakache devant se bimboliniser pour être “consommable”. Elle avait pourtant trouvé un ton par moment, dans la trivialité notamment, à l’exemple de poils pubiens posés sur le bureau d’un contrôleur fiscal, quelques moments qui surnagent d’un grand bain dans l’eau de rose. On attendait une ode à la tolérance, mais la réalisatrice tombe même dans les clichées, à l’image du frère de la nounou marocaine, “pacsée” avec Michel Laroque pour régulariser sa situation, qui la frappe avec violence et intolérance, Liza Azuelos est pourtant d’origine marocaine, son grand-père étant séfarade. On peut sauver un certain air du temps, une étude de mœurs de femmes ballottées entre la vie familiale, les amours, l’éducation des enfants, c’est suffisamment rare pour signaler. Mais hélas, on termine dans les clichés, ralentis étirés d’instant de bonheur, le film finit hélas par ne pas trouver son rythme. Il y avait une belle matière de film, hélas on reste ici dans les bonnes intentions.

Armel de Lorme auteur du livre L’@ide-mémoire ouvre son site : http://www.aide-memoire.org/, souhaitons lui bonne route !

UNO

Précédé d’une excellente réputation après sa diffusion des les festivals du “Film nordique” à Rouen et “Premiers plans”  d’Angers, ce film s’avère une excellente surprise. Il trace le portrait de David 25 ans, qui habite avec ses parents et son petit frère trisomique un quartier «chaud » d’Oslo. Il travaille dans une salle de gym, dont les occupants participent à de petites combines pour survivre. Son père est mourant et sa vie n’offre aucun espoir. Le fils du propriétaire de la salle de sport est un dealer notoire, son père couvrant tous ses caprices. Une descente de police dans les vestiaires du lieu va changer la donne. Au même moment son père doit être hospitalisé. Le film se passe au Danemark, mais il est assez universel pour figurer dans n’importe quel lieu. Le film commence avec ce que l’on croit être d’abord une esthétique “Dogme”, mais on retrouve une maîtrise évidente, avec une photo soignée avec une sorte de filtre ocre de la photographie signée John Andreas Andersen. Son metteur en scène – c’est un premier film  -, Aksel Hennie, qui a débuté comme acteur, a utilisé des éléments de sa vie pour ce film, il confronte son personnage principal avec une sorte d’inéluctabilité tragique. Il joue donc le personnage de David, avec à la fois, une sorte de vulnérabilité et un côté plus combatif. Il passe d’un aspect juvénile, à celui plus marqué d’un homme éprouvé, à la calvitie naissante. Le choix d’un jeu de cartes “Uno” pour une métaphore assez convaincante, aident à suivre ces personnages confrontés à la dureté de règles rigides de petits malfrats – la présentation de truands pakistanais n’évite pas toujours  la caricature, mais elle reflète peut-être une réalité locale – et de la manière de s’en affranchir. Le metteur en scène crée une empathie bienveillante avec ses personnages et montre une grande sensibilité, côtoyant des scènes de violences.

Espen Juul Kristiansen & Aksel Hennie

Sa manière de montrer les petits détails attachant, du petit frère qui cache le portable de son aîné pour attirer l’attention, l’apprivoisement d’un chien rendu méchant, ou la mère de famille dormant sur le canapé en absence de son mari, est d’une remarquable justesse. L’évocation de personnes qui essaie tant bien que mal d’avancer, «évite le misérabilisme, il montre aussi la dignité contre la lâcheté de certains qui se résignent face à la loi du plus fort. La violence est sourde, comme un second langage, elle semble se transmettre à chacun, apparaissant même de manière inattendue. Mais le film n’est pas sans espoir, David lutte contre un déterminisme de sa condition sociale, où tout semble être un combat de chaque instant, même avec l’un de ses amis qui vitupère quand ce dernier laisse sonner son portable devant la vision d’un DVD. Les personnages sont touchants, de la mère désespérée, au petit frère handicapé, face à des personnages blessés et bafoués, quand certains comme l’insupportable Ralph, protégé par son père, combinent petitesse et méchanceté. S’ils n’ont pas assez de mots pour dire leurs douleurs, on ressent une lutte constante contre un abattement justifié par une véritable tragédie, pas de place ici pour se complaire dans son malheur. L’histoire est prenante, le côté film noir est ici transcendé, pour donner une sorte d’hymne à la vie. Au-delà des maladresses, il une assurance de la part d’Aksel Hennie, un véritable regard, sur son personnage écran qui va payer au prix fort sa quête de liberté et d’autonomie.

QUATRE ÉTOILES

Je lambine, je lambine… Vu en avant-première il y a un mois environ à l’UGC-Cité ciné Bordeaux “Quatre étoiles”, en présence de son réalisateur Christian Vincent, José Garcia et Isabelle Carré. Christian Vincent est un habile metteur en scène, toujours soucieux de retrouver un contexte social, son dernier film sur les familles recomposées “Les enfants” a même lancé une mode sur ce sujet. On l’associe souvent au Nord ou à l’intime, on ne peut que louer sa manière de faire un film contre le précédent. Une vieille dame à l’agonie – Renée Le Calm épatante – peste contre tout le monde à la lecture de son testament devant son notaire. C’est France dite Franssou – Isabelle Carré, rousse en hommage à Shirley MacLaine, absolument radieuse – qui va hériter de 50 000 euros. Elle décide de les dilapider sur la “Côte d’Azur”, trouvant que la somme n’est pas suffisamment importante. Elle quitte donc son ami Marc, un peu lourdaud – Michel Vuillermoz, un comédien que l’on a toujours plaisir à retrouver, excellent en raconteur de blagues stupides -. Franssou tombe sur un aigrefin aux abois, nomme Stéphane La Chesnaye – hommage à “La règle du jeu” -. Il est prêt à tout pour acquitter une dette de jeu – saluons Luis Rego en messager circonspect -, sans faire trop de vague, la “Côte d’Azur” étant un peu trop petite comme terrain de chasse. Franssou, qui se révèle une charmante roublardise, s’amuse avec lui, c’est un escroc hâbleur, séduisant et convaincant, le genre avec lequel vous êtes « cuits » s’il pose la main sur vous – Costa-Gavras comparait José Garcia à Jack Lemmon dans le “Couperet” avec lequel il a travaillé, on peut en faire de même avec celui des comédies de Billy Wilder, son rythme dans la comédie est fascinant. Ils ont un rapport chien et chat, et elle rencontre sa prochaine victime à l’escroquerie un ex-pilote de courses. Christian Vincent en tournant au « Carlton » lieu qui réveille bien des souvenirs cinéphiliques – impossible de ne pas penser à “La main au collet” d’Hitchcock. On n’est pas loin de la “screwball comedy”, l’ami Pierrot/Orloff cite d’ailleurs dans sa critique et avec justesse le formidable « Haute Pègre » de Lubitsch – référence assumée par Vincent -, notamment. Le scénario est vivant, intelligent, très bien écrit par Olivier Dazat – l’étude sur les tics de langages, par exemple -.

Tout ici est soigné, de l’image, la musique et le mécanisme d’horlogerie d’un Jean-Paul Rappeneau – cinéaste que j’aime beaucoup -. Aux côtés de ce couple épatant, on retrouve un François Cluzet en grande forme, en champion de courses automobile esseulé et maladroit, cherchant des mots… qu’il ne connaît pas. Christian Vincent avait eu déjà un projet non abouti avec Cluzet, il lui donne l’occasion de montrer son grand registre – son personnage passe par plusieurs étables -. Il y est parfaitement réjouissant, il faut le voir évaluer la place où ranger ses rolls dans le garage que lui fait  visiter José Garcia, c’est un grand moment de burlesque, pour passer avec habileté du ridicule au touchant, il est définitivement un de nos plus grands comédiens. Le tandem Carré-Garcia fonctionne parfaitement dans un ton vachard, pas aimable, et ils font naître une tension érotique. Le reste de la distribution est formidable – outre ceux cités précédemment -, notamment Jean-Paul Bonnaire et sa scène de tourteau – je vais lui rendre hommage très bientôt -, Guilaine Londez et Mar Sodupe en bonnes copines, ou Philippe Manesse échappé du café de la gare assez inquiétant. Hautement appréciable en ces périodes de comédies formatées signées – Francis Veber, Lisa Azuelos -, voire fumistes – la liste est trop fastidieuse -. La soirée d’après film était excellente, de l’évocation de la rencontre José Garcia-Isabelle Carré – deux petits rôles dans un ascenseur dans “Romuald et Juliette” et de leurs retrouvailles dans “La mort du chinois”, de l’évolution du jeu d’Isabelle Carré, par Christian Vincent, avec lequel elle avait travaillé sur “Beau fixe” – il la voyait comme la plus sérieuse du groupe, un vrai petit soldat. C’était un régal de les complimenter personnellement ensuite, Isabelle Carré charmante et réservée qui dit recevoir vos compliments comme des vitamines, José Garcia parlant formidablement de son travail, et la cinéphilie de Christian Vincent. Un régal. Tant mieux car en ce moment on risque l’overdose de comédies.

LES AIGUILLES ROUGES

   Avant-première du film “Les aiguilles rouges” à l’UGC Cité-Ciné, en présence de son metteur en scène, Jean-François Davy, Jules Sitruk, Damien Jouillerot, Jonathan Demurger et Pierre Derenne. Le film vient de sortir ce mercredi. Il était intéressant de rencontrer son réalisateur après débat, enthousiaste,  qui a beaucoup de projets après son retour à la réalisation – son dernier film “traditionnel” est “Ca va faire mal” une comédie de 1982. Il  a un parcours atypique dans le cinéma français, répondant à des commandes plutôt que de rester sans projets. On luit doit un drame, son premier film “L’attentat” (1966)  sur un jeune homme fasciné sur les attentats de l’O.A.S. inédit, mais que l’on peut voir en DVD pour un prix dérisoire chez Cdiscount, une des rares réussites dans le fantastique français “Le seuil du vide” (1971), une comédie nonsensique écrite avec Jean-Claude Carrière “Chaussette-suprise” (1978) – avec déjà Rufus, Bernadette Lafont et Bernard Haller -et bien sûr des films érotiques, il vient de terminé un coffret DVD le 21/06/2006 riche en bonus, avec au programme des films : “Exhibition 1 et 2”, “Exhibition”,  “Plainte contre X”,  “Prostitution” + “Change pas de main” de Paul Vecchiali, “Exhibition” étant à la base un documentaire sur le tournage de ce dernier. Producteur avisé – les films de Jean-Daniel Pollet notamment, il était également responsable de l’admirable collection vidéo “Les films de ma vie”. Ce film-ci, tourné en 2005, aurait pût être son premier film, c’est un projet de longue date. Il retrace sa propre histoire – Le jeune comédien Jonathan Demurger – assez falot d’ailleurs – joue son rôle. Il se replonge dans les années 60, racontant un petit groupe de scouts égarés dans une montagne des Alpes – les images sont admirables – après avoir suivi un ordre imbécile du chef des scouts. “Les aiguilles rouges”, sont celles qui servent à crever les ampoules de nos jeunes marcheurs.

Jean-François Davy

Le film par sa sincérité arrive à nous tenir en haleine sans ambages, recréant parfaitement des petites rivalités entre le groupe, une tension et une cruauté assez sourde. La guerre d’Algérie, est très présente en toile de fond, par les personnages des grands frères – celui du personnage de Damien Jouillerot -. Jean-François Davy a soudé le petite équipe par des répétitions, les jeunes comédiens sont très justes, mention spéciale à Damien Jouillerot – très à l’aise dans un nouveau registre celui de la colère – et Jules Sitruk – le rôle a été réécrit sur mesure pour coller à sa personnalité, subtil en lecteur assidu, un peu en retrait dans le groupe et craignant de devoir quitter son pays natal l’Algérie. L’évocation de la montage est habile, c’est lieu hostile et propre aux légendes – évocation des “dahus” -, on ressent bien l’hostilité de ces lieux si on part à l’aventure. Il y a quelques maladresses, inhérentes au fait que c’était un ancien projet, Jean-François Davy l’a produit lui même, et il devait s’imposer après presque 25 ans d’absence, un projet très personnel de longue date a parfois du mal à trouver son rythme lors de sa réalisation.  Le réalisateur a d’ailleurs retrouvé à Bordeaux, celle a qui il écrivait – les belles lettres finales sont de cette femme -, ce qui était un beau moment d’émotion. Le défilé d’acteurs confirmés – Richard Berry, Patrick Bouchitey…, seul Rufus a un rôle important en montagnard aguerri -, est plus une contribution à aider ce projets, mais il apporte peu finalement même si on a droit à la belle gouaille de Bernadette Lafont en infirmière revêche et un beau moment d’émotion de la part de Bernard Haller en grand-père de Jouillerot. Ce film d’initiation mérite que l’on s’y arrête, même s’il souffre de passer après plusieurs films sur ce sujet comme “Malabar princesse”. Jean-François Davy passionnant à écouter  – je me suis régalé à entendre son évocation du comédien Claude Melki – déborde désormais de projet, une comédie comme réalisateur – un quadragénaire voit sa compagne le quitter pour sa fille ! – et producteur “L’affaire Outeau” avec au commande Yves Boisset. Souhaitons lui bon vent !

ARTICLE : LIBÉRATION (mercredi 10 mai 2006)

Mes dates clés par Jean-François DAVY

“1957. A 12 ans, en vue d’écrire un article de Jeunes années magazine, je me passionne pour la photographie. Techniques, chimie, tirages, je connais tout. Cela me conduit vers le cinéma, où je vois tout, sans aucun sens critique: péplums, films d’aventure, d’amour, westerns. Je rencontre Christine pour une grande amitié amoureuse épistolaire. Un baiser sur la joue dit la pureté de nos sensations érotiques. Sentiment de vivre les plus grands moments de bonheur de ma vie.

1959. En voyant les Quatre Cents Coups, premier flirt au cinéma, premier baiser sur la bouche. Je décide d’être réalisateur de films.

1960. Avec ma patrouille de scouts, nous nous perdons plusieurs jours dans le Brévent, au-dessus de Chamonix. Angoisse, danger, cela a failli très mal tourner. C’est le sujet des Aiguilles rouges, et l’occasion d’acquérir un sens des responsabilités: savoir ne pas dire oui systématiquement. En revenant, avec mes copains scouts, je tourne mon premier film en 8 mm, un polar inspiré par Maigret et Tintin, Vernay et l’affaire Vanderghen.

1966. Premier long métrage, l’Attentat. J’en épouse la comédienne principale, Dominique Erlanger.

1972. Le film de vampires que je devais tourner tombe à l’eau. Avec la même équipe d’acteurs et de techniciens, je tourne quinze jours plus tard Bananes mécaniques, une comédie paillarde, croisant deux genres à la mode: l’érotisme et les films des Charlots. Un million d’entrées. Score qu’égaleront les deux suites que je réalise: Prenez la queue comme tout le monde et Q.

1975. Exhibition, tourné en parallèle au film de Paul Vecchiali, Change pas de main, est présenté à Cannes. Il sera successivement classé Art et Essai, classé X, déclassé Art et Essai, déclassé X, reclassé Art et Essai. 3,5 millions d’entrées. En 1984, Exhibition est le premier porno programmé sur Canal +, diffusion autorisée par Mitterrand lors d’une partie de golf avec Rousselet.

1981. Jack Lang, ministre de la Culture, se livre à une chasse aux sorcières dans le milieu du cinéma porno français.

1982. Ça va faire mal, avec Ceccaldi, Menez, Guybet: un échec qui me met sur la paille.

1983. Je fabrique et j’édite ma première cassette vidéo, pour une collection de films X sous le label Prestige. J’initie en France la vente au public par correspondance, court-circuitant les vidéoclubs. Ça a marché tout de suite, et très fort: début de l’aventure de ma société Fil à Film, qui me propulse à la tête de 300 salariés.

1989. Année culminante de mon activité d’éditeur vidéo avec le lancement de la collection Les Films de ma vie et les oeuvres de Truffaut, Tati, Chaplin, Bergman, Godard, Rohmer. J’ai le sentiment que je ne pourrai plus faire mieux: il faut changer de métier.

1994. Au cours d’une randonnée en montagne, j’acquiers la conviction que je dois réaliser un film à partir de mon aventure adolescente. J’écris le scénario des Aiguilles rouges. Toutes les portes se ferment quand je veux le financer, l’Avance sur recettes, les télévisions, le CNC. Mais je rencontre Sophie, dont je tombe instantanément amoureux et que j’épouse peu après.

1998. Naissance d’Antoine et réalisation d’un rêve: acheter un appartement à Paris donnant sur la Seine.

2003. Je décide de financer les Aiguilles rouges tout seul, en prenant tous les risques et grâce au développement du DVD. Si je ne fais pas ça à 60 ans, je ne le ferais jamais.

2005. Tournage des Aiguilles rouges: mon vrai premier film? Réconciliation avec mes ambitions d’enfant.

A venir. Mon livre de souvenirs s’appellera le Cul entre deux chaises, titre qui résume mon existence, entre le film d’auteur et le cul commercial. J’éprouve un plaisir assez jubilatoire à ce que mes films soient reconnus par le regard cinéphile d’aujourd’hui. “

SILENT HILL

 Accueil assez froid de la part de beaucoup pour ce “Silent Hill”, ce qui peut surprendre. En effet en ces périodes de canulars insipides – tendance “Blair Witch”, il faut bien le dire l’un des films les plus pitoyables de l’histoire du cinéma -, films ricanant – tendance “Scream”, remakes ou innombrables séquelles en tous genres ou des films confrontant des créatures d’autres films – tendance “Freddy contre Sœur Emmanuelle” ou je ne sais plus quoi -, on retrouve enfin ici un plaisir de spectateur. Mais “Silent Hill” vaut le détour, même si vous ne connaissez pas le jeu video Konami, comme mézigue, où si vous avez été échaudé par des adaptations comme “Super Mario Bros” – qui vaut son pesant de cacahuètes avec Bob Hoskins et Dennis Hopper – et autres “jojolivitcheries tomberedienne-residentevilisées”. Christophe Gans, dont “Le pacte des loups” me semble être à réévaluer – son tort était de vouloir trop en mettre -, part donc inévitablement faire un blockbuster pour les Etats-Unis, après avoir fait l’effort louable de vouloir rester en France. L’homme a donc du talent, et il parle en plus magnifiquement du cinéma. L’histoire proche de celle d’Orphée est pourtant conventionnelle, mais Gans ne s’embarrasse pas dans de vaines scènes explicatives et rentre directement dans le cœur du sujet. La jeune Sharon rêve d’une ville fantôme, Silent Hill. Sa mère, Rose – Radha Mitchell, dont le jeu nerveux convient au rôle – décide pour exorciser son mal étrange, de l’accompagner sur place au grand dam de son mari – minéral Sean Bean -. Mais la ville minière, semble avoir sa propre dimension, elle a été détruite il y a trente ans par un gigantesque incendie, et elle continue d’ailleurs à brûler. Inévitablement Rose perd sa fille, part à sa recherche flanquée par une fliquette qui fait preuve d’empathie et d’énergie – étonnante Laurie Holden -. Un univers peuplé par des ténèbres s’ouvre aux deux femmes…

Radha Mitchell

Les effets spéciaux et un décors infernal post-Tchernobyl atteignent ici une perfection étonnante. On sent une grande recherche, à la manière de la variation de pigmentation de la robe de la belle Radha, ou les décors rouillés et délabrés dont on sent tout une histoire. On retrouve quelques sensations cauchemardesques propres à une sorte de peur primale, mêlées à des images poétiques comme le pluie de cendres, ou angoissantes – une sirène dont le bruit nous est pourtant familier -. Les créatures sont montrées, et on même dans leurs monstruosités une sorte de noblesse, ayant un passé humain. Et l’on songe que cela faisait un moment que l’on avait pas vu spectacle si probant. Christophe Gans a enfin digéré ses références, même si aura beau jeu de retrouver des influences de Clive Baker à Francis Bacon, mais il a enfin trouvé son ton dans cette mise en scène macabre, avec une invention visuelle constante. Le crescendo morbide du film est haletant, même si l’histoire de la petite communauté menée par une Alice Kridge assez caricaturale est assez convenue, Roger Avery voulant sans doute retrouver des émotions cinéphiliques à la “Wicker man”, magistral film de Robin Hardy – film cité dans ses “Lois de l’attraction”. Et puis on a toujours plaisir à retrouver Deborah Kara Unger. Sa vision de l’horreur – et même du couple Sean Bean et arpentent les mêmes décors sans se rencontrer, l’image est aisée à comprendre -, se révèle on ne peut plus judicieuse. Il faut saluer le talent quand on le constate, donnez-nous 5 à 6 films fantastiques ou d’horreur de cet acabit par an, et on court se réconcilier avec un genre bien malmené ces derniers temps.

UN AMI PARFAIT

 Qu’est-il arrivé à Francis Girod, lui qui avait du mordant à ses débuts… Il continue pourtant à faire des films, alors que nombre de cinéastes de sa génération sont cloisonnés à la télévision. Ces derniers films, “Délit mineur” (1993), “Passage à l’acte” (1995), “Terminale” (1997), “Mauvais genre” (2001) – malgré l’excellente prestation de Robinson Stévenin pour ce dernier -, laissent un souvenir assez vague, un poil qualité France, solides comédiens et histoires pas très inventives. Le producteur Humbert Balsan – “Mon cow-boy” comme disait Yolande Moreau à la cérémonie des Césars -, s’est suicidé durant le tournage, on imagine aisément le malaise qu’il devait y avoir durant le tournage. Francis Girod – qui apparaît d’ailleurs non crédité en cinéaste -, adapte à nouveau un polar, utilise les fantasmes d’une Suisse riche en compromission, dans une vague historiette dans le monde du journalisme et de l’agro-alimentaire. L’idée bateau de l’amnésie, thème usé jusqu’à la corde dans bien des films de séries B et autres polars de la “Série Noire”, est une manière assez artificielle de manipuler le spectateur, avec ses fausses pistes habituelles, et une réflexion sur la grande complexité de notre ami le cerveau – qui n’en fait qu’à ça tête -. Le réalisateur tente de disséquer une amitié ambiguë entre un Antoine de Caunes, assez subtil dans le rôle principal et Jean-Pierre Lorit, excellent dans l’ambivalence, que l’on n’avait plus vu curieusement sur grand écran depuis “Une affaire de goût” en 2000. Julien Rossi, un journaliste, se réveille du coma après une agression la nuit de la Saint-Sylvestre. Son médecin – l’ineffable Aurélien Recoing – lui explique qu’il a une amnésie totale de ses 60 derniers jours. Les bouleversements dans sa vie durant ses périodes sont évidemment nombreux tant dans sa vie affective – il a une nouvelle compagne jouée par Martina Gedecq, qui porte très bien la fourrure -, que professionnelle – il a démissionné de son journal -. Son ami de toujours Lucas Jäger – Jean-Pierre Lorit, donc -, semble lui dissimuler beaucoup d’éléments…

Jean-Pierre Lorit & Antoine de Caunes

Les poncifs attachés au genre sont, hélas très présents, et certains personnages sont décrits à grands coups de serpe. L’intrigue est assez cousue de film blanc, et Antoine de Caunes cicatrise bien vite. On finit par se détacher assez vite, d’autant plus que la mise en scène privilégie le gros plan et les temps morts. Il y avait pourtant un ton, un réjouissant cynisme, à la manière du personnage de Marie-France Pisier en veuve “inconsolable” d’un chercheur qui s’est suicidé – touchante apparition de Claude Miller -, et un côté pas très aimables de certains protagonistes intéressants. Dans la distribution si l’on retrouve une Carole Bouquet impeccable, et la trop rare Christine Murillo en psy désabusée, mais l’excellent Hannz Zischler n’a strictement rien à faire -. Reste que Girod habile faiseur arrive tout de même à installer une atmosphère, Laurent Petitgirard se livre à un habile exercice de style, mais ça date énormément, à moins d’être nostalgique du film du dimanche soir à la TV dans les années 80. On aimerait retrouver Francis Girod dans un projet plus personnel.

UNE SALE HISTOIRE

 D’avoir entendu un excellent entretien sur Michael Lonsdale, lundi 24 avril dernier sur “France culture”, m’a redonné l’envie de retrouver “Une sale histoire” moyen-métrage de 50mn tourné en 1978 par Jean Eustache. Le film végétait sur une cassette VHS fatiguée enregistrée lors d’un passage sur Arte il y a une dizaine d’années. Si les films de Jean Eustache passent en cinémathèque, on peut déplorer qu’ils n’existent pas en DVD, qui serait un support idéal pour ce poète maudit, qui n’a jamais respecté la durée normale d’un film passant des 3h40 de la “Maman à la putain” à la durée de courts-métrages. D’avoir vu, outre les deux titres cités “Le père Noël a les yeux bleus”, court tourné en parallèle du Masculin-Féminin de Godard, en utilisant la pellicule du film, presque en contrebandier et “Mes petites amoureuses”, restent comme une marque au fer rouge, de ce dandy lucide et désespéré. Michael Lonsdale parlait avec chaleur du tournage d’une “Sale histoire”, il témoignait d’ailleurs il y a peu sur Eustache dans “Le Monde” du 1 avril 2006 : « Quand il m’a demandé de faire ça, j’ai été totalement emballé. Cette histoire du voyeur est à moitié inventée, je pense, par son ami et scénariste Jean-Noël Picq. Parce que c’est quand même complètement invraisemblable qu’il y ait en bas d’une porte, dans les toilettes, un trou qui permette de voir le sexe des dames sans qu’on soit les cheveux dans la pisse ou je ne sais pas quoi ». Le résultant est étonnant, en fait c’est une histoire de Jean-Noël Picq, psychologue réputé – il jouait l’ami de Jean-Pierre Léaud qui s’achetait une veste trop large dans “La maman…”. En fait c’est une de ses histoires, qu’il semble avoir peaufiné au film, un récit sur une perversité échappée de l’univers de Sade ou de Georges Bataille, d’un homme qui s’installe dans un café, et qui profite régulièrement de la cabine téléphonique au sous-sol. Un jour il entend “et pourtant il est jeune celui là”, ce qui lui fait comprendre le rituel voyeuristes de quelques paumés qui par un trou judicieusement placé dans les toilettes des femmes, ont une vision directe sur le sexe féminin… Selon le narrateur le café semble même avoir été construit autour du trou !

Michael Lonsdale

Le narrateur raconte en fait à son ami cinéaste – Jean Eustache -, avec délectation une sorte de d’addiction, née à ce moment là, très crue à cette pratique, n’omettant aucun détail choquant – il faut se tenir les cheveux pour qu’ils ne trempent pas dans la pisse, il fait récit de constipations -. Il y a une auditoire sidéré de femmes, qui finissent par sortir d’une sorte de torpeur – joué par Annette Wademant, Françoise Lebrun, Virginie Thévenet… -, pour finir par réagir à cette histoire, dont Picq confit qu’elle ne les intéresse que quand il s’adresse à un homme. Le récit est évocateur d’images sordides et on finit par s’intéresser à une sorte de musicalité du texte, franche et perverse. Le récit est filmé comme un documentaire, image mobile en Cinéma 16. Mais là où Jean Eustache est très fort, consiste a ce que cette partie documentaire est précédée par la brillante reprise par un comédien reprenant le même texte mais en l’interprétant, l’image est plus soignée, il y a un prologue avec Jean Douchet qui joue le cinéaste qui explique vouloir utiliser le récit pour un début de film. L’image est plus soignée, et on assiste a une grande performance de Lonsdale, et la manière dont il s’approprie le texte, ce que l’on constate mais en voyant ensuite la partie “véridique”, inventée en partie selon certaines sources. Il fait naître une tension, un jeu provocateur, reprenant les hésitations de quelqu’un qui répond ensuite aux questions, avec un rythme plus lent que celui de Picq, et mettant formidablement le texte en valeur. C’est dont le principe de “L’effet Koulechov” nous rappelle la “Saison cinématographique 78” – d’ailleurs pas très enthousiaste, le récit est dit deux fois, Eustache reprendra cette idée en retournant enn 1979 une seconde version de son documentaire “La rosière de Pessac” (1968). Ce film nous montre à nouveau l’inventivité et le grand talent d’Eustache cinéaste – il se suicida en 1981, et le grand talent d’acteur et de conteur de Michael Lonsdale, excellent dans l’ambivalence. Une intégrale du réalisateur en DVD, à l’instar de l’œuvre de Jean Vigo, reste un grand rêve, ne désespérons pas…

Commentaires ancien blog

Gashade /

 D’avoir entendu un excellent entretien sur Michael Lonsdale, lundi 24 avril dernier sur “France culture”, m’a redonné l’envie de retrouver “Une sale histoire” moyen-métrage de 50mn tourné en 1978 par Jean Eustache. Le film végétait sur une cassette VHS fatiguée enregistrée lors d’un passage sur Arte il y a une dizaine d’années. Si les films de Jean Eustache passent en cinémathèque, on peut déplorer qu’ils n’existent pas en DVD, qui serait un support idéal pour ce poète maudit, qui n’a jamais respecté la durée normale d’un film passant des 3h40 de la “Maman à la putain” à la durée de courts-métrages. D’avoir vu, outre les deux titres cités “Le père Noël a les yeux bleus”, court tourné en parallèle du Masculin-Féminin de Godard, en utilisant la pellicule du film, presque en contrebandier et “Mes petites amoureuses”, restent comme une marque au fer rouge, de ce dandy lucide et désespéré. Michael Lonsdale parlait avec chaleur du tournage d’une “Sale histoire”, il témoignait d’ailleurs il y a peu sur Eustache dans “Le Monde” du 1 avril 2006 : « Quand il m’a demandé de faire ça, j’ai été totalement emballé. Cette histoire du voyeur est à moitié inventée, je pense, par son ami et scénariste Jean-Noël Picq. Parce que c’est quand même complètement invraisemblable qu’il y ait en bas d’une porte, dans les toilettes, un trou qui permette de voir le sexe des dames sans qu’on soit les cheveux dans la pisse ou je ne sais pas quoi ». Le résultant est étonnant, en fait c’est une histoire de Jean-Noël Picq, psychologue réputé – il jouait l’ami de Jean-Pierre Léaud qui s’achetait une veste trop large dans “La maman…”. En fait c’est une de ses histoires, qu’il semble avoir peaufiné au film, un récit sur une perversité échappée de l’univers de Sade ou de Georges Bataille, d’un homme qui s’installe dans un café, et qui profite régulièrement de la cabine téléphonique au sous-sol. Un jour il entend “et pourtant il est jeune celui là”, ce qui lui fait comprendre le rituel voyeuristes de quelques paumés qui par un trou judicieusement placé dans les toilettes des femmes, ont une vision directe sur le sexe féminin… Selon le narrateur le café semble même avoir été construit autour du trou !

Michael Lonsdale

Le narrateur raconte en fait à son ami cinéaste – Jean Eustache -, avec délectation une sorte de d’addiction, née à ce moment là, très crue à cette pratique, n’omettant aucun détail choquant – il faut se tenir les cheveux pour qu’ils ne trempent pas dans la pisse, il fait récit de constipations -. Il y a une auditoire sidéré de femmes, qui finissent par sortir d’une sorte de torpeur – joué par Annette Wademant, Françoise Lebrun, Virginie Thévenet… -, pour finir par réagir à cette histoire, dont Picq confit qu’elle ne les intéresse que quand il s’adresse à un homme. Le récit est évocateur d’images sordides et on finit par s’intéresser à une sorte de musicalité du texte, franche et perverse. Le récit est filmé comme un documentaire, image mobile en Cinéma 16. Mais là où Jean Eustache est très fort, consiste a ce que cette partie documentaire est précédée par la brillante reprise par un comédien reprenant le même texte mais en l’interprétant, l’image est plus soignée, il y a un prologue avec Jean Douchet qui joue le cinéaste qui explique vouloir utiliser le récit pour un début de film. L’image est plus soignée, et on assiste a une grande performance de Lonsdale, et la manière dont il s’approprie le texte, ce que l’on constate mais en voyant ensuite la partie “véridique”, inventée en partie selon certaines sources. Il fait naître une tension, un jeu provocateur, reprenant les hésitations de quelqu’un qui répond ensuite aux questions, avec un rythme plus lent que celui de Picq, et mettant formidablement le texte en valeur. C’est dont le principe de “L’effet Koulechov” nous rappelle la “Saison cinématographique 78” – d’ailleurs pas très enthousiaste, le récit est dit deux fois, Eustache reprendra cette idée en retournant enn 1979 une seconde version de son documentaire “La rosière de Pessac” (1968). Ce film nous montre à nouveau l’inventivité et le grand talent d’Eustache cinéaste – il se suicida en 1981, et le grand talent d’acteur et de conteur de Michael Lonsdale, excellent dans l’ambivalence. Une intégrale du réalisateur en DVD, à l’instar de l’œuvre de Jean Vigo, reste un grand rêve, ne désespérons pas…

 

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Gashade / Site web (6.5.06 07:46)
Et parmi les femmes superbes (ah, Thévenet…) écoutant Lonsdale, qui trouve-t’on égarée là avec son délicieux accent américain, hein?…
Laurie Zimmer, apparition météoritique et lumineuse de Assaut (ou Assault On Precinct 13) de Carpenter, passer de Carpenter à Eustache (ou je sais plus dans quel sens), ça vaut son pesant d’eskimos, pas vrai?
Charlotte Szlovak lui rendit justice dans un film émouvant passé sur Arte, Qui Se Souvient De Laura Fanning (son vrai nom, qu’elle garde au générique du Eustache)?
Elle a abandonné le cinéma et s’occupe désormais d’enfants inadaptés.


le coin du cinéphage / Site web (6.5.06 09:48)
Merci pour ton érudition habituelle, j’avais vu cet excellent doc, mais je n’avais pas fait le rapprochement, c’est une idée d’hommage pour ton site…


Gashade / Site web (6.5.06 10:22)
Mais sa fiche est depuis longtemps dans mon manuscrit!
Je te l’envoie…


Dr Orlof / Site web (6.5.06 13:47)
Merci de rendre hommage à cet immense cinéaste que fut Eustache.
“La maman et la putain” reste, selon moi, un des plus grands films français de tous les temps, à l’égal de “Pierrot le fou”, “l’atalante”, “la règle du jeu” et “Céline et Julie vont en bateau”…

(6.5.06 07:46)
Et parmi les femmes superbes (ah, Thévenet…) écoutant Lonsdale, qui trouve-t’on égarée là avec son délicieux accent américain, hein?…
Laurie Zimmer, apparition météoritique et lumineuse de Assaut (ou Assault On Precinct 13) de Carpenter, passer de Carpenter à Eustache (ou je sais plus dans quel sens), ça vaut son pesant d’eskimos, pas vrai?
Charlotte Szlovak lui rendit justice dans un film émouvant passé sur Arte, Qui Se Souvient De Laura Fanning (son vrai nom, qu’elle garde au générique du Eustache)?
Elle a abandonné le cinéma et s’occupe désormais d’enfants inadaptés.

le coin du cinéphage / Site web (6.5.06 09:48)
Merci pour ton érudition habituelle, j’avais vu cet excellent doc, mais je n’avais pas fait le rapprochement, c’est une idée d’hommage pour ton site…

Gashade /

 D’avoir entendu un excellent entretien sur Michael Lonsdale, lundi 24 avril dernier sur “France culture”, m’a redonné l’envie de retrouver “Une sale histoire” moyen-métrage de 50mn tourné en 1978 par Jean Eustache. Le film végétait sur une cassette VHS fatiguée enregistrée lors d’un passage sur Arte il y a une dizaine d’années. Si les films de Jean Eustache passent en cinémathèque, on peut déplorer qu’ils n’existent pas en DVD, qui serait un support idéal pour ce poète maudit, qui n’a jamais respecté la durée normale d’un film passant des 3h40 de la “Maman à la putain” à la durée de courts-métrages. D’avoir vu, outre les deux titres cités “Le père Noël a les yeux bleus”, court tourné en parallèle du Masculin-Féminin de Godard, en utilisant la pellicule du film, presque en contrebandier et “Mes petites amoureuses”, restent comme une marque au fer rouge, de ce dandy lucide et désespéré. Michael Lonsdale parlait avec chaleur du tournage d’une “Sale histoire”, il témoignait d’ailleurs il y a peu sur Eustache dans “Le Monde” du 1 avril 2006 : « Quand il m’a demandé de faire ça, j’ai été totalement emballé. Cette histoire du voyeur est à moitié inventée, je pense, par son ami et scénariste Jean-Noël Picq. Parce que c’est quand même complètement invraisemblable qu’il y ait en bas d’une porte, dans les toilettes, un trou qui permette de voir le sexe des dames sans qu’on soit les cheveux dans la pisse ou je ne sais pas quoi ». Le résultant est étonnant, en fait c’est une histoire de Jean-Noël Picq, psychologue réputé – il jouait l’ami de Jean-Pierre Léaud qui s’achetait une veste trop large dans “La maman…”. En fait c’est une de ses histoires, qu’il semble avoir peaufiné au film, un récit sur une perversité échappée de l’univers de Sade ou de Georges Bataille, d’un homme qui s’installe dans un café, et qui profite régulièrement de la cabine téléphonique au sous-sol. Un jour il entend “et pourtant il est jeune celui là”, ce qui lui fait comprendre le rituel voyeuristes de quelques paumés qui par un trou judicieusement placé dans les toilettes des femmes, ont une vision directe sur le sexe féminin… Selon le narrateur le café semble même avoir été construit autour du trou !

Michael Lonsdale

Le narrateur raconte en fait à son ami cinéaste – Jean Eustache -, avec délectation une sorte de d’addiction, née à ce moment là, très crue à cette pratique, n’omettant aucun détail choquant – il faut se tenir les cheveux pour qu’ils ne trempent pas dans la pisse, il fait récit de constipations -. Il y a une auditoire sidéré de femmes, qui finissent par sortir d’une sorte de torpeur – joué par Annette Wademant, Françoise Lebrun, Virginie Thévenet… -, pour finir par réagir à cette histoire, dont Picq confit qu’elle ne les intéresse que quand il s’adresse à un homme. Le récit est évocateur d’images sordides et on finit par s’intéresser à une sorte de musicalité du texte, franche et perverse. Le récit est filmé comme un documentaire, image mobile en Cinéma 16. Mais là où Jean Eustache est très fort, consiste a ce que cette partie documentaire est précédée par la brillante reprise par un comédien reprenant le même texte mais en l’interprétant, l’image est plus soignée, il y a un prologue avec Jean Douchet qui joue le cinéaste qui explique vouloir utiliser le récit pour un début de film. L’image est plus soignée, et on assiste a une grande performance de Lonsdale, et la manière dont il s’approprie le texte, ce que l’on constate mais en voyant ensuite la partie “véridique”, inventée en partie selon certaines sources. Il fait naître une tension, un jeu provocateur, reprenant les hésitations de quelqu’un qui répond ensuite aux questions, avec un rythme plus lent que celui de Picq, et mettant formidablement le texte en valeur. C’est dont le principe de “L’effet Koulechov” nous rappelle la “Saison cinématographique 78” – d’ailleurs pas très enthousiaste, le récit est dit deux fois, Eustache reprendra cette idée en retournant enn 1979 une seconde version de son documentaire “La rosière de Pessac” (1968). Ce film nous montre à nouveau l’inventivité et le grand talent d’Eustache cinéaste – il se suicida en 1981, et le grand talent d’acteur et de conteur de Michael Lonsdale, excellent dans l’ambivalence. Une intégrale du réalisateur en DVD, à l’instar de l’œuvre de Jean Vigo, reste un grand rêve, ne désespérons pas…

 

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Gashade / Site web (6.5.06 07:46)
Et parmi les femmes superbes (ah, Thévenet…) écoutant Lonsdale, qui trouve-t’on égarée là avec son délicieux accent américain, hein?…
Laurie Zimmer, apparition météoritique et lumineuse de Assaut (ou Assault On Precinct 13) de Carpenter, passer de Carpenter à Eustache (ou je sais plus dans quel sens), ça vaut son pesant d’eskimos, pas vrai?
Charlotte Szlovak lui rendit justice dans un film émouvant passé sur Arte, Qui Se Souvient De Laura Fanning (son vrai nom, qu’elle garde au générique du Eustache)?
Elle a abandonné le cinéma et s’occupe désormais d’enfants inadaptés.


le coin du cinéphage / Site web (6.5.06 09:48)
Merci pour ton érudition habituelle, j’avais vu cet excellent doc, mais je n’avais pas fait le rapprochement, c’est une idée d’hommage pour ton site…


Gashade / Site web (6.5.06 10:22)
Mais sa fiche est depuis longtemps dans mon manuscrit!
Je te l’envoie…


Dr Orlof / Site web (6.5.06 13:47)
Merci de rendre hommage à cet immense cinéaste que fut Eustache.
“La maman et la putain” reste, selon moi, un des plus grands films français de tous les temps, à l’égal de “Pierrot le fou”, “l’atalante”, “la règle du jeu” et “Céline et Julie vont en bateau”…

(6.5.06 10:22)
Mais sa fiche est depuis longtemps dans mon manuscrit!
Je te l’envoie…


Dr Orlof / Site web (6.5.06 13:47)
Merci de rendre hommage à cet immense cinéaste que fut Eustache.
“La maman et la putain” reste, selon moi, un des plus grands films français de tous les temps, à l’égal de “Pierrot le fou”, “l’atalante”, “la règle du jeu” et “Céline et Julie vont en bateau”…