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CABARET PARADIS

Avant-première hier à l’UGC Cité Ciné Bordeaux du premier film de Corinne et Gilles Benizio. Amusé par les teasers du film, où devant une caméra en morceaux, ils figurent deux apprentis réalisateurs maladroits, on attendait de voir le résultat final. Avec un peu d’appréhension cependant, car les comédiens qui ont un univers très fort sur les planches n’arrivent parfois à retranscrire leur univers au cinéma. Raymond Devos avait raté son film “La raison du plus fou” réalisé avec François Reichenbach, Fernand Raynaud a sombré dans le tout venant du nanar et Alain de la Morandais, comique bouffon onaniste n’a même pas fait de films. Hors ils signent une comédie très réussie, trouvant le moyen d’imposer une singularité immédiate. Ils reprennent les personnages biens connus de Shirley et Dino. Shirley et son cousin Dino sont des forains, et font des numéros de singe furieux qui font fuir le public. Une prénommée Maryline – Franckie Pain, actrice fétiche de Gaspar Noé et Jean-Pierre Mocky, à la personnalité fracassante – qui les emploie, chasse le couple à coup de fusil, quand ils parent pour Paris pour recevoir un héritage. Ils reçoivent d’un oncle obscur, la propriété d’un cabaret assez ringard avec un couple d’italien – dont Vittoria Scognamiglio irrésistible en tenue affriolante -, vedettes blasées. Un caïd local voisin – Riton Liebman saisissant dans un contre-emploi, il fallait oser le voir en chef de gang suffisant et violent -, flanqué de deux hommes de main frappés de stupidités – Michel Vuillermoz drôlissime et bas du front et Christian Heck survolté – réclame les dettes de jeu de l’oncle défunt. Voulant récupérer le lieu, ils vont rivaliser de duplicité violentes, font partir les Italiens, mais le couple se découvrent une passion en voulant faire vivre le lieu. Avec les employés présents, Pakita – Maaïke Jansen désopilante en dresseuses de chien alcoolique -, le barman russe – Serge Riaboukine jubilatoire s’improvisant lanceurs de couteaux -, la secrétaire dévouée – Agathe Natanson -, un trapéziste spectaculaire – Gérard Fasoli – et Gabriel, un intendant lunaire – excellente révélation mais je n’ai hélas pas retenu le rom du comédien -…ils improvisent des numéros de spectacles vivants maladroits mais singuliers qui amènent un nouveau public…

Maaïke Jansen & Serge Riaboukine

En dépit de quelques rares maladresses, le film trouve son envol, nous donnant même deux morceaux d’anthologie – la boîte et la chanson de l’infirmière -. Autour d’eux une troupe enthousiaste les accompagnent, certains étant des fidèles de leur univers ou des compagnons de longue date, et les petits nouveaux –Serge Riaboukine et Riton Liebman, citons également Ériq Ebouaney en commissaire de police – étaient ravis de cette rencontre. Ils rendent un hommage très vibrant au music-hall, soigné – Jeanne Lapoirie est à la photo -. Le plaisir a été dédoublé pour les avoirs retrouvés après le film. Un peu déboussolés de se déplacer – c’est la première semaine de promotion -, sans avoir à faire un spectacle, ils nous ont régalés d’un échange complice et narquois et de sympathiques vacheries domestiques. Ils étaient tellement volubiles qu’un intervenant a déclaré “J’en ai oublié ma question, ça fait dix minutes que j’attends !”. Leur film a été réfléchi et construit, ils citaient en exemple « Le pigeon » mythique film de Mario Monicelli décortiqué sur la forme. Car ce sont de grands cinéphiles, ils citent volontiers Laurel & Hardy, Jacques Tati, Pierre Étaix, Franck Capra et grand Totò – dont Gilles Benizio connaît tous les films par un ami italien -. Intarissable, lucides et amoureux, et qui ont comme Albert Dupontel une énorme générosité pour le public, ils nous prouvent que la comédie française est probante quand on sort du produit manufacturé ou de consommation – inutile de redéfinir le niveau actuel -. Rendez-vous à partir du 12 avril prochain.

LES MÊMES, EN PLUS CHERS !

 Et “Les Bronzés 3 – amis pour la vie”, alors ? L’équipe du Splendid me reste sympathique en raison d’une sorte de coup d’état de ces comédiens partis pour une brillante carrière d’excentriques dans cinéma français – pléthore de rôles pour ces comédiens dans les années 70 de Roman Polanski, Bertrand Tavernier ou Bertrand Blier -. À l’encontre de l’exemple d’un Louis de Funès 36ème couteau, qui est devenu star sur le tard, ils se sont associés pour faire exister leur univers, influencé par la comédie italienne jouant avec notre médiocrité du beauf qui s’ignore. Ils ont ouvert une voie, en passant notamment avec bonheur pour beaucoup à la réalisation, en se donnant des bons rôles et en finissant par devenir une véritable institution nationale. On était plutôt preneur pour retrouver presque 30 ans après toute l’équipe, les problèmes d’ego devant être réglés dans les 35 millions d’euros du budget !. On finit par y aller malgré un bouche à oreille pas très probant – les meilleures scènes figureraient dans la bande-annonce et c’est vrai -. Ce qui est curieux c’est la sorte de panurgisme que l’on peut avoir histoire de se faire sa propre opinion, sentant bien que le plan marketing risque d’être plus élaboré que le scénario. Effectivement dans une vague historiette autour d’un hôtel de luxe, on retrouve nos amis fringants, la cinquantaine flamboyante. On rit, mais c’est loin d’être désopilant.. Et pourtant il y a des bonnes scènes ici, de l’évolution de Jean-Claude Dusse – Michel Blanc survolté en parallèle de son propre parcours -, et surtout la petite équipe – Gérard Jugnot végétalisé, Marianne Chazel bimbolisée, Thierry Lhermitte serviceminimumisé, Christian Clavier claviersisé dans un improbable misérabilisme, Josiane Balasko réactivée – qui ne s’épargne pas faisant preuve d’une salutaire autodérision tout en carburant au pruneau. Mais les gags sont un tantinet poussifs, du chien Elvis à la pathétique créature griffeuse…  

Thierry Lhermitte vs Bruno Moynot 

Les personnages ne sont intéressés que par l’argent, hors la majorité de l’équipe du Splendid est composée d’entrepreneurs, c’est assez réjouissant. Il y a même un “égratignage” des sympathisants sarkozystes de l’équipe dans la scène des Albanais réfugiés. Des anciens films devenus cultes non en salles, mais par la télévision puis la vidéo, on a plaisir à retrouver presque tous les protagonistes, le cultissime Bruno Moynot, qui a même sa petite réplique culte – “Je suis propriétaire de mon slip” -, Dominique Lavanant hilarante en victime de la chirurgie esthétique – à noter les protestations disproportionnées d’hindous contre la représentation de Vishnou adulé par le personnage de Christiane ! -, Martin Lamotte amusé et même la touriste allemande – joué ici par Doris Kunstmann -, il ne nous manque juste que l’excellent Maurice Chevit. On découvre les belles Ornella Muti – assez dans l’outrance – et Caterina Murino, mais peu de seconds rôles malgré le personnage décalé d’Éric Naggar, greffons tout juste intégrés dans l’équipe. Le ton vachard général est assez tonique mais la magie n’opère plus trop. Et l’on déplore à nouveau la stagnation dans l’inspiration de Patrice Leconte, qui a « perdu sa petite flamme » depuis un moment, pour reprendre un dialogue de Christina Clavier, pour avoir trop sombré, dans des commandes publicitaires. Au final c’est ni infamant, ni enthousiasmant… C’est juste plaisant avec une impression persistante de réchauffé.

ENFERMÉS DEHORS

 Avant-première hier soir à l’UGC Cité-Ciné du dernier film d’Albert Dupontel – enfin depuis “Le créateur” qui n’avait hélas pas rencontré son public -. Temps de chien, tout le monde arrive trempé mais impatient. Et l’on entend des tambourinements violent contre une porte suivis d’un couinement charmant et des cris vindicatifs. Tiens l’artiste inaugure une nouvelle manière de présentation ? non c’est un spectateur joyeusement ivre, mais pas encore dans le coma, qui s’était retrouvé …”enfermé dehors” pour avoir voulu griller une cigarette. La réalité dépassant “l’affliction” ce forcené bavard a manifesté sa présence d’une sonorité allumée, comme tombé du film… En discutant avec une des charmantes employées du lieu qui avait accompagné Albert Dupontel, elle me confit la passion qui caractérise le personnage, son énergie, sa volonté de rencontrer le public ce qui augurait déjà une excellente soirée, ponctuée par les délires de l’autre énervé qui très inspiré surchargeait allégrement la bande-son avec l’aide de sa compagne dans le même ton, histoire de ne pas rompre l’harmonie du grotesque de l’ensemble. Moins désabusé que ces deux derniers films dont le cultissime “Bernie”, Albert Dupontel fait un constat de notre société avant de faire voler en éclats les conventions. Un clochard qui trouve un costume d’un gardien de la paix  qui s’est suicidé nu dans la nuit. Le sans-abri Roland, – euphémisme d’usage – pense simplement rendre le costume à l’entrée d’un bureau moderne. Il est évidemment chassé par un malpropre, et finit dans une ellipse par enfiler le costume. Suit un grand moment burlesque où sa démarche change avec cet habit qui fait le moine, quand d’hésitant, il finit par acquérir une certaine autorité. De sa morne vie que n’égayent que quelques tubes de colles sniffées qui lui fait voir la vie en rose, Roland s’improvise redresseur de tord, tombe amoureux de Marie – Claude Perron formidable,  ancienne actrice de X qui travaille dans son sex-shop et qui veut récupérer la garde de sa petite fille prénommé coquelicot. Cette dernière est retenue par ses beaux-parents thénardien qui en ont la garde – Roland Bertin et Hélène Vincent malmenés avec bonheur -, mais la jeune mère trouve pourtant de l’extérieur  des berceuses rock’n’roll pour sa fille qu’elle ne peut rejoindre. L’esprit un tantinet confus de Roland, suite aux divagations rances d’un policier qui soliloque – Serge Riaboukine étonnant – fait un amalgame entre le désarroi de Marie et les invectives contre un PDG véreux – Nicolas Marié qui déclare  Roland (de mémoire) “Ce sont des gens comme moi qui ont inventé l’amour à des gens comme vous pour qu’ils se tiennent tranquilles” -. Le personnage puissant finit cependant par retrouver une dignité dans le déboulonnage…. La folie finit par atteindre toutes les couches de la société, d’une cours des miracles composée d’une humanité meurtrie et dominée par une Yolande Moreau d’anthologie et le petit monde des financiers. Il ne faut pas trop dévoiler de ce film riche en trouvailles, nous redonnant des émotions enfantines d’une montagne russe d’une foire hétéroclite et une rage salvatrice de notre société.

Albert Dupontel & Claude Perron

Sans être écrasé par les hommages, disons qu’Albert Dupontel retrouve la magie de l’âge d’or des splasticks américains – on songe évidemment à Harold Lloyd et Charlie Chaplin -, tout en développant une réalisation chiadée et très inventive. C’était passionnant d’écouter le réalisateur parler de son travail, dans une belle générosité, de sa rencontre avec le chef opérateur Benoît Debie, habitué à guetter la grisaille dans sa Belgique natale et des cascades époustouflantes réglées par Jean-Louis Airola, trop soucieux de poser des cartons pour un metteur en scène exigeant, n’hésitant pas à payer de sa personne. Le film a eu quelques difficultés à être monté – Dupontel expliquait avoir un temps pensé aux sirènes hollywoodiennes avant de se figurer qu’il aurait des difficultés à trouver une intégrité artistique. Foisonnant, le film très élaboré et pensé – un story-board de plusieurs kilos était évoqué -, est une réussite. Bien que très planifié Albert Dupontel a laissé ses comédiens s’exprimer – citant un énervement improvisé de Yolande Moreau -, et de saluer ses amis venus souvent pour ne pas être payés aux services du film – la distribution est hallucinante -. Il parlait aussi d’une fraternité artistique, donnant quelques astuces économiques comme Jan Kounen donnant un conseil de mime pour figurer la scène le plus juste possibles. Les comédiens s’en donnent à cœur joie  comme Terry Jones ex Dieu dans “Le créateur” et déchu ici en clochard a traversé la Manche et a ramener Terry Gilliam dans ses bagages pour une saisissante apparition, la “disparition” de Robert de Niro dans “Brazil” est reprise ici pour un bel hommage. Il y a une galerie superbe, il faudrait tous les citer, du singulier (et Belge) Bouli Lanners SDF perdu dans ses identités, Bruno Lochet et Philippe Duquesne deschienisés, Gilles Gaston-Dreyfus hilarant en hospitalisé muet, Philippe Uchan et Patrick Ligardes en financiers roublards, Jackie Berroyer en client pervers, Yves Pignot en épicier antipathique, Gustave Kervern en flic stupide, Pascal Ternisien en juge cauteleux, Dominique Bettenfeld en sergent énervé…, que du bonheur. Le débat a était dans la même mouvance que le film, tant Albert Dupontel était soucieux de faire partager son enthousiasme. Dans un débit de paroles précis et très riche, on a reçu  une telle quantité d’information que l’on pouvait hélas déplorer ne pas avoir un magnétophone. A noter qu’Albert Dupontel à un blog : Le blog d’Albert, très riche en informations, je lui disais mon ravissement d’avoir lu sa réponse sur une question que je lui avais posé sur Paul Le Person décédé l’an dernier. Car il est soucieux de partager son enthousiasme avec le public plutôt que de se perdre dans une télévision d’une médiocrité confondante. Car c’est bien la générosité qui éclate quand on retrouve ce comédien si subtil passant de Michel Deville à Gaspar Noé, pour retrouver “sa came” comme réalisateur dans un univers si singulier. A voir absolument à partir du 5 avril, et ne pas manquer pour une fois que l’on a un talent aussi original.

WALK THE LINE

 Nouveau “biopic” musical souffrant un peu de passer après l’admirable “Ray” de Taylor Hackford. On retrouve évidemment le schéma habituel de la rédemption après l’autodestruction. Le film repose sur la performance de Joaquim Phoenix, qui retrouve un étonnant mimétisme avec son personnage de Johnny Cash, mètre étalon du rebelle américain en colère, qu’il avait rencontré en personne à la fin de sa vie. Si l’on garde par exemple le souvenir de “l’homme en noir” originel d’une vision récente d’une de ses prestations dans “Colombo” épisode “Swan song” et réalisé par Nicholas Colasanto (1974), dans un rôle de chanteur country religieux, trucidant la pauvre Ida Lupino et  fêtant sa mort sans retenue, on ne peut qu’être ébaudie de la prestation habitée de Joaquim Phoenix. Son incarnation très probante dans ce film, car il a restitué l’humanité blessée, sa déchéance, les vicissitudes suivant la célébrité et son timbre de voix si reconnaissable. Évidemment c’est Reese Whiterspoon dont la performance est indéniable mais beaucoup plus laborieuse qui se voit récompenser par l’Oscar de la meilleure comédienne dans le rôle de la chanteuse June Carter. C’est prix prévisible, Hollywood est sensible à l’esbroufe et adore “visualiser” le travail, en récompensant parfois des cabotinages laborieux à l’image de Renée Zellweger se voyant recevoir l’oscar du meilleur second rôle dans “Retour à Cold Mountain”. Mais même si je ne suis pas totalement convaincu par l’interprétation de notre si sympathique comédienne prognathe, je dois être un des rares spectateurs à rester sceptique.

Joaquim Phoenix

Au pays du “Biopic” – et des ellispses obligatoires -, on se retrouve sur un terrain connu du traumatisme de l’enfance aux feux de la gloire, mais James Mangold – réalisateur de l’honnête “Copland” – est assez habile pour débuter le film par une représentation du chanteur en milieu carcéral en trouvant des équivalences rappelant l’accident de son frère, tout en retraçant l’angoisse de remonter sur scène. Le portrait de ce pionnier du rock’n’roll post-country, est très juste, et l’ambiance des années 50 – avec une superbe photographie de Phedon Papamichael – est subtile. On ne retrouve pourtant que de manière schématique et assez vaine certains personnages emblématiques comme Elvis Presley et Jerry Lee Lewis. L’itinéraire du personnage est très juste, on retrouve des scènes sensibles et une confrontation assez grave du personnage de Johnny Cash, avec son père taiseux et alcoolique – surprenant et convainquant Robert Patrick, ex-robot dans “Terminator 2” (!) -, laissant seul à son fils porter le poids de la culpabilité de l’accident de son frère. Le réalisateur déjoue les piéges narratifs, en montrant la création du chanteur seul, dans un hangar durant son séjour à l’armée, pour finir par faire exister son talent en transcendant son chaos intérieur et en jouant avec ses démons, lâchés mais non maîtrisés. Notre Joaquim et notre Reese interprètent avec leurs propres voix et conviction les morceaux musicaux et le parcours chaotique et amoureux de ce couple prédestiné à vivre ensemble contre toute attente – Johnny écoutait June Carter, chanteuse comme lui, enfant sur un poste de radio, dans sa campagne profonde. Le film assez classique sur la forme, évite certains poncifs hagiographiques et un certain angélisme même s’il est un poil moralisateur. Le tout est transcendé par la performance du trop rare Joaquim Phenix, prédestiné donc à renaître de ses cendres (arf ! arf !), le film lui doit beaucoup. Au final, c’est une revisitation romanesque d’une œuvre, assez méconnue chez nous finalement, assez séduisante…

UN PRINTEMPS A PARIS

 Eddy Mitchell – excellent -, est “Georges”, un taulard fatigué traficote, en transvasant une bonne bouteille d’alcool dans une vulgaire bouteille en plastique. Las, il magouille et tire profit de son séjour en prison, se fait respecter de tous y compris des gardiens de prisons – dont Frédéric Jessua -. Il sort décontenancé dans un petit matin blême ayant purgé sa peine après 5 ans de détention. Pour se redonner la vie, il reprend ses petits larcins minables, dont le vol de pièces dans des horodateurs de parkings. Il est suivi dans la nuit, par son ancien complice Pierrot – Sagamore Stévenin probant -, “chien fou” obligatoire et  responsable de sa peine lors d’un coup foireux… En retrouvant l’univers de Jacques Bral, dans ce que l’on prend à tort au départ pour des images d’Épinal d’un polar bien français, on retrouve les images de son précédent film “Mauvais garçon” – tourné en 1991, sorti en 1993, avec Bruno Volkowitch en monte-en-l’air romantique charmant la belle Delphine Forest, disparue des écrans c’est grand dommage -, avec l’impression d’avoir quitté l’univers de ce cinéaste la veille. Jacques Bral est un cinéaste rare, mais qui a marqué de sa patte les errances et les incertitudes d’une humanité lasse.  Dans “Extérieur nuit” (1979), il confirmait le talent du trio Christine Boisson/Gérard Lanvin/André Dussollier, et avait donnéle rôle inoubliable d’Eugène Tarpon à l’excellent Jean-François Balmer dans “Polar” (1982), adaptation culte de l’œuvre de Jean-Patrick Manchette. En fait Jacques Bral reprend les clichés du film noir, pour mieux les dynamiter… Il s’attarde sur les silences, les préparatifs, les gestes, les non-dits, le vertige de la séduction, l’humour à froid et une vision assez désespérée dans un climat de compromission générale. L’histoire d’un vieux truand à l’ancienne, dépassé face à un jeune loup sans foi, ni loi, mais baigné dans un certain romantisme, peut paraître classique, dans cette ambiance baignée dans la belle musique de Michel Gaucher, complice de longue date de Monsieur Eddy, presque un hommage à Miles Davis…

Eddy Mitchell & Pierre Santini

Mais Jacques Bral, déconstruit, s’amuse, s’attarde, construit, déconstruit, donne soudain le beau rôle à un personnage secondaire, dynamique tranquillement son film dans la fatalité tranquille du dernier “coup” – ici une affaire de vol de bijoux -. On retrouve donc, les assureurs véreux et indic – Maxime Leroux, inquiet et mélancolique -, flics ripoux – grand numéro de Jean-François Balmer, une fois de plus – ou tenaces – excellent et rare Jean-Michel Dupuis -, fourgues retors – Gérard Jugnot qui a l’élégance d’aider ce film – ou troubles – Pierre Santini malmené qui finit par prendre la vedette par une sorte de coup d’État fébrile, il est ici absolument formidable -, et la vamp maligne – Pascale Arbillot dont la beauté est enfin très bien mise en valeur par un cinéaste visiblement sous le charme -. Les conventions du roman noir finissent pourtant par voler en éclats. Transcendant une désuétude, on passe du bonheur d’une fine à l’eau dans un bistrot, à la fascination du luxe quitte à y laisser des plumes, – un hôtel particulier rococo pour Pierrot . Le résultat est très maîtrisé et original, l’atmosphère magnifie les faiblesses des personnages blessés et désespérés, attendant d’un printemps naissant dans Paris, les signes d’un avenir moins déterminé. Le réalisateur parfait un casting toujours aussi juste, il privilégie les comédiens parfois délaissés dans une télévision ronronnante – Xavier Deluc, Florence Darel et Anne Roussel toujours aussi belles en amoureuses, Marianne Epin en infirmière ou Géraldine Danon décalée, par exemple… -, pour leur donner une belle consistance et un regard sans a priori. Réussite formelle, allant au-delà d’un terrain connu et nostalgique, ce film nous fait à nouveau regretter la grande rareté de Jacques Bral – par ailleurs producteur avisé du mésestimé “Sans espoir de retour” dernier film de Samuel Fuller -. Mais les années et les difficultés d’établir une œuvre originale n’entament heureusement pas son talent.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Dennis Weaver

  

Dennis Weaver

Annonce de la mort de Dennis Weaver, des suites d’un cancer à l’âge de 81 ans. Deux souvenirs viennent immédiatement à l’esprit des cinéphiles, le gardien de l’hôtel inquiétant à la silhouette longiligne, et épiant la belle Janet Leigh dans “La soif du mal” (Orson Welles, 1958), préfiguration du personnage de Norman Bates dans “Psychose”, et l’automobiliste pris en chasse par un camionneur fou dans “Duel” (Steven Spielberg, 1971), brillant téléfilm diffusé en salles avec le succès que l’on sait. En contrat avec Universal, on le retrouve souvent dans des petits rôles avant de se faire reconnaître essentiellement à la télévision dans “Gunsmoke”. Il était un écologiste revendicatif avisé ces dernières années avec sa femme Gerry Stowell. Il avait un site officiel : Dennis Weaver website. Bibliographie : “Quinlan’s films stars” par David Quinland (B.T. Batsford limited London, 2000)

Filmographie : 1952  The raiders / Riders of vengeance (L’heure de la vengeance) (Lesley Selander) – Horizons West (Le traître du Texas) (Budd Boetticher) – The lawless breed (Victime du destin) (Raoul Walsh) – 1953  The redhead from Wyoming (La belle rousse du Wyoming) (Lee Sholem) – The Mississippi gambler (Le gentilhomme de la Louisiane) (Rudolph Maté) – Law and order (Quand la poudre parle) (Nathan Juran) –  Column South (L’héroïque lieutenant) (Frederick De Cordova) – It happens every Thursday (Joseph Pevney) – The man from the Alamo (Le déserteur de Fort Alamo) (Budd Boetticher) – The golden blade (La légende de l’épée magique) (Nathan Juran) – The Nebraskan (L’homme du Nebraska) (Fred F. Sears) – 1954  War arrow (À l’assaut de Fort Clark) (George Sherman) – 1954  Dangerous mission (Mission périlleuse) (Louis King) – Dragnet (La police est sur les dents) (Jack Webb) – 1955  Ten wanted men (Dix hommes à abattre) (Bruce Humberstone) – The bridges at Toko-Ri (Les ponts de Toko-Ri) (Mark Robson) – Seven angry men / God’s angry man (Charles Marquis Warren) – Chief Crazy Horse / Valley of fury (Le grand chef) (George Sherman) – Storm fear (Cornel Wilde) – 1956  Navy wife / Mother, Sir ! (Edward Berns) – 1958  Touch of evil (La soif du mal) (Orson Welles) – 1960  The gallant hours (Robert Montgomery) – 1966  Duel at Diablo (La bataille de la vallée du diable) (Ralph Nelson) – Way… way… out (Tiens bon la rampe Jerry !) (Gordon Douglas) – 1967  Gentle giant (Le grand ours et l’enfant) (James Neilson) – 1968  Mission Batangas (Dans l’enfer de Corregidor) (Keith Larsen) – 1970  A man called Sledge / Sledge (Un nommé Sledge) (Vic Morrow & Giorgio Gentili) – 1971  What’s the matter with Helen ? (Curtis Harrington) – 1972  Duel (Id) (Steven Spielberg, téléfilm distribué en salles) – 1977  Cry for justice (Bob Kelljan) – 1995  Two bits & Pepper (Corey Michael Eubanks) – 1997 Telluride : Time crosses over (Michael Eugene Carr) – 1998  Escape from wildcat canyon (Titre TV : Sauvetage à Wildcat Canyon) (Marc F. Voizard) – 2000  Submerged (Crash dans l’océan) (Fred Olen Ray) – Voxographie succincte : 1992  Earth and the American Dream (Bill Couturié, documentaire, récitant) – 2003  Home on the range (La ferme se rebelle) (Will Finn, animation).

LE MALIN

  John Huston – bizarrement crédité dans ce film “Wise blood” / “Le malin” de 1980,  Jhon Huston au générique du début -, reste un des plus grands cinéastes de l’histoire du cinéma. Ses dernières années restent riches en grands films  – “Fat city”, “L’homme qui voulut être roi”, “L’honneur des Prizzi”, “Les gens du Dublin” -, qui côtoient des commandes assez improbables – “Phobia”, “A nous la victoire” -. Il signe ici un film d’une audace inouïe qui comme le rappelait Tavernier et Coursodon dans “50 ans du cinéma américain”,  est à rapprocher de la liberté des derniers Buñuel.  Ils saluent également “Une distribution aussi inspirée que celle de “The Maltese Falcon”. Hazel Moses – Brad Dourif halluciné, toute la misère du monde sur ses épaules -, rentre de l’armée dans sa maison familiale abandonnée. Lorsqu’il s’étonne auprès d’un chauffeur de taxi, de la nouvelle route, construite depuis son départ, qui le conduit chez lui, ce dernier lui répond “Ca a suffi pour que tout le monde s’en aille”… Traumatisé, enfant, par son grand-père – apparition dans le rôle John Huston -, prêcheur rigoriste, il se voit encore, dans des cauchemars, uriner sur lui de terreur, l’aïeul jouant sur sa capacité à subir sa propre culpabilité. Il fait un rejet violent de la religion, mais qu’il mette un chapeau singulier le voilà endosser rapidement l’image de prédicateur aux yeux des autres.  Il part vers une autre ville sans but précis, avec une petite pension touchée de l’armée… Brad Dourif trouve ici son meilleur rôle On est d’autant plus étonné rétrospectivement qu’il n’a pas eu une carrière plus probante que quelques séries Z ou la voix de Chucky poupée tueuse et consorts, même s’il a travaillé avec Milos Forman, David Lynch et Peter Jackson. Son regard étant à la fois empreint d’humanité et de folie furieuse, il compose un personnage blessé, humilié, mais à la fois dans l’énergie, l’autodestruction et la confusion la plus totale. Il suit dans la ville un prédicateur aveugle Asa Hawks – Harry-Dean Stanton acide – et sa fille, pas vraiment belle mais qui le fascine – Amy Wright -. Il va se prendre au jeu du prêche s’inventant une “Église de la Vérité sans Christ” – Sic -, église sans miracles.

Brad Dourif

Soucieux de ne pas exploiter les gens à des fins personnelles,Hazel entraîne dans son sillage Enoch Emmery, un jeune homme aux portes de la folie – Daniel Shore, trop méconnu,  il faut le voir fasciné par une momie ou interpeller un acteur déguisé en grand singe nommé ” Gong -. Il va aussi attiser la rancœur d’un faux prophète – Ned Beatty, à la rondeur faussement sympathique -. Ce dernier va instrumentaliser un homme malingre – William Hickey, futur parrain dans “L’honneur des Prizzi” – pour le dénigrer, ne supportant pas la concurrence. Recueilli par une logeuse en mal d’amour – Mary Nell Santacroce – et malmené par son nouvel entourage, Hazel va sombrer dans la folie… Il va jusqu’à se flageller comme dans son enfance où il mettait des cailloux dans ses chaussures… Huston en adaptant l’œuvre foisonnante de Flannery O’Connor, mis en valeur par la très belle image de Gerald Fischer est ici très inspiré. Il dresse le portrait poignant des frustrés, des laissés pour compte des États-Unis, d’une humanité blessée et auto-déstructrice transférant leur amour sur des leurres, une prostituée locale, une passagère d’un train maternelle pour Hazel, ou une momie réduite ionisée pour Enoch. La critique des gens ou des systèmes profitant de cette détresse est extrêmement juste et acerbe. Avec un humour ravageur, les rapports d’Hazel avec sa voiture constamment en panne, l’interpellation du véhicule par un policier déconcertant, John Huston dénonce tous les fanatismes, avec une modernité et une jeunesse stupéfiante, qui trouvent un écho brûlant avec notre actualité. Mieux qu’un grand film, c’est un chef d’œuvre.

MADAME HENDERSON PRÉSENTE

 Une nouvelle performance est à souligner, en ce début d’année, pour la comédienne Judy Dench, avec cette Madame Henderson présente, avec ses rôles de noble rigoriste, dans l’ “Ophulsien”, “Orgueil et préjugés” de Joe Wright, et la sœur âgée qui retrouve son âme de midinette dans “Les dames de Cornouailles” du comédien Charles Dance, face à la formidable Maggie Smith. Avec ses trois interprétations à rapprocher par le hasard du calendrier, on peut retrouver toute la gamme de son talent. Mme Henderson, est une septuagénaire, dans la première moitié du Xxème siècle,  décontenancée par son veuvage, qui ébranle sérieusement son univers confiné, rassurant et lénifiant, compensant une étroitesse d’esprit par une excentricité de bon alois. Sa vie se reposait trop autour de celle de son mari, elle se retrouve fortunée mais désemparée, se voyant mal tricoter comme ses congénères dans la même situation, il est vrai qu’elle est d’ailleurs particulièrement peu douée dans cette occupation. Très digne, elle ne consent à pleurer qu’isolée dans une barque. Contre toute attente, elle achète un cinéma en ruines, en plein cœur de Soho : “Le Windmill” pour en faire un théâtre. A la recherche d’un directeur artistique, elle se fixe rapidement sur Vivan Van Damm – Bob Hoskins, outragé et jubilatoire -, bien que ce dernier réagisse très mal face à son arrogance et son impudence. Le rapport chien et chat de ce nouveau couple assez improbable, qui fait des étincelles fait rapidement le succès de cette entreprise. La mode du cabaret relancée par le tandem faisant des émules, Mrs Henderson va utiliser ses relations –Christopher Guest en réjouissant Lord anglais – et sa malice, pour braver la censure et les convenances de l’époque pour lancer un spectacle de femmes nues, devant rester immobile en employant comme parade un alibi artistique composé de tableaux vivants. Le spectacle fonctionne superbement mais la seconde guerre mondiale va rattraper l’insouciance londonienne. Le théâtre deviendra un symbole de résistance avec ce slogan  “We Never closed”, digne réponse face aux bombardements au plus fort du Blitz…

Judy Dench

Saluons au passage le parcours de Stephen Frears, à l’aise dans tous les registres du polar noir au film social, ou du western au film d’époque. Il garde un ton acerbe, une liberté de ton même dans les films de commande, et se renouvelle à chaque film. La reconstitution est très probante, les spectacles musicaux teintés d’une jovialité communicative, digne hommage à l’âge d’or des comédies de la Ealing. Les décors sont habilement élaborés dans le moindre petit détail. On a rarement vu au cinéma l’évocation d’un climat de guerre aussi probante . Le regard chaleureux sur ses personnages, aidé d’un rythme soutenu, et de comédiens formidables – dont Kelly Reilly, révélation de Cédric Klapisch, radieuse en modèle fleur bleue -. La prude Angleterre est mise à mal avec énergie, le couple Hoskins-Dench faisant merveille. La peinture est acide dans cette comédie de mœurs, le réalisateur décrit les difficultés d’y vivre quand on n’appartient pas à la bonne société, et la frustration inhérente à cette honorable société, ou l’angoisse d’un soldat dans l’inquiétude du combat est très subtile. Van Damm cache d’ailleurs ses origines juives, et doit sans cesses s’imposer, utilisant un cynisme défensif et une combativité de chaque instant -Stephen Frears n’hésite pas à revenir sur un humour vachard, quand l’émotion pointe son nez – belle scène de la danse entre les deux protagonistes principaux sur le toit du théâtre -. Pétillant, cocasse et mordant, ce film est une l’une des (rares) bonnes surprises de ce début d’année.

L’IVRESSE DU POUVOIR

 J’ai eu la chance d’avoir assisté à deux jours de ce film, en juin dernier, le film s’appelait alors “La comédie du pouvoir”. Voir les deux notules de ce blog ici et . Ca reste un souvenir vivace, plus la joie d’avoir discuté avec Claude Chabrol, très disponible, Aurore Chabrol, Cécile Maistre, la charmantissime Marilyne Canto, Yves Verhoeven et Jean-François Balmer dont j’ai particulièrement apprécié la performance de sa scène face à Isabelle Huppert, d’autant plus méritoire qu’il n’avait eu qu’une demi-journée pour la jouer. Le film commence par un intertitre, genre “toute ressemblance”, avec un « comme on dit » goguenard entre parenthèse… Car c’est bien un jeu de piste autour de l’affaire Elf. Claude Chabrol se livre à un jeu de massacre délectable et jubilatoire, en jouant avec les patronymes, ou essaimant les indices, lire l’article de Télérama à ce sujet. “La comédie du pouvoir” était un premier titre très judicieux, non retenu car un roman homonyme de Françoise Giroud existait déjà et paru en 1977. Avec grande finesse, et son humour corrosif, Claude Chabrol démonte les rouages du pouvoir, les arcanes de la finance, où les règles du jeu bien établies sont démontées par une juge opiniâtre – Isabelle Huppert, magistrale pour sa 7ème participation dans un film de Claude Chabrol, 8 si l’on compte un court-métrage TV “Monsieur Saint-Saëns” -. Un système bien codifié, devient déliquescent entre les boucs-émissaires comme Michel Humeau – François Berléand, remarquable, réussissant à humaniser son personnage, il faut le voir se faire ramener à l’ordre par un maton, et finir par être meurtri et perdre de son arrogance de grand commis de l’État venant d’une origine modeste -, les séducteurs retords – Patrick Bruel amusé de sa propre rouerie -, un sénateur fernandelien dont les origines marseillaises ne laissaient pas prévoir une importante fonction dans le Nord  – Jacques Boudet, dans une formidable composition, cavalier, cynique et gouailleur, un truand sans scrupule au pedigree chargé – Jean-François Balmer dans une composition inoubliable –, l’homme politique dévoyé – Roland Dumas, acteur fétiche de Chabrol, qui fait exister rapidement son personnage – ou le notable perdu dans ses propres explications – Philippe Duclos, très inspiré et dont les “associations auto-caritatives” devraient rester dans les annales -.

Hubert Saint-Macary, Isabelle Huppert, Yves Verhoeven & François Berléand

La juge – définie comme l’un des personnages les plus puissants de France – Jeanne Charmant-Kilman donne un joyeux coup de pied dans la fourmilière, démontant un système pernicieux, codifié, nourri de basses compromissions et de magouilles. Sytème qui fonctionne d’ailleurs, avec ses propres règles entre ceux illégitimes car autodidactes, et ceux énarques qui vont s’allier et s’épauler par intérêt. Elle se prend au jeu, goûte à “l’ivresse du pouvoir”, mettant en danger son couple avec son mari Philippe – Robin Renucci à fleur de peau -. Mais elle trouve du réconfort avec son neveu qui devient son confident – Thomas Chabrol, reprenant à son compte l’humour ravageur de son père -, et une jeune et radieuse magistrate – Maryline Canto superbe et déterminée, mais que font les cinéastes pour l’utiliser si peu ? -, choisie pour créer une zizanie féminine, mais qui devient une précieuse alliée. Humaniste et finalement moraliste, Chabrol nous livre une nouvelle comédie humaine, grâce à un scénario particulièrement bien ficelé co-écrit avec Odile Barski. Il enrichit son “bestiaire” de nouveaux comédiens, tel Jean-Claude Bouvet, avocat luisant, Hubert Saint-Macary en directeur de prison cynique, utilise des personnalités avec bonheur – Michel Scourneau, Jean-Marie Winling, etc…, et même le Belge Fernand Guiot qui reste en retrait de l’image -, et reprend ses comédiens fétiches comme Yves Verhoeven greffier (trop) dévoué et dans l’ombre, Pierre Vernier en haut magistrat paniqué, ou le sympathique Pierre-François Dumeniaud en financier aguerri -. Le réalisateur se livre à un travail d’enthomologiste, dans une mise en scène au cordeau, dans ce scandale financier resté dans les annales. Ce jeu de piste vachard, nous offre l’un des meilleurs films de Claude Chabrol, dont l’œuvre ne cesse de nous surprendre. Pour paraphraser Vialatte, et c’est ainsi que Claude Chabrol est grand !

PETITES CONFIDENCES (A MA PSY)

 On se demande souvent ce qu’il se passe dans la tête de nos distributeurs, bel exemple avec ce film, une affiche laissant deviner un vaudeville assez lourdingue, un titre vraiment bateau “Petites confidences (à ma psy)” – “Prime” en V.O. -, bande annonce assez racoleuse, c’est la confusion la plus totale, ce film étant beaucoup plus subtil. Rafi, une femme sublime de 37 ans– Uma Thurman radieuse qui a remplacé au pied levé la sombre buse Sandra Bullock qui exigeait une réécriture ( !) -, raconte son désarroi après son divorce, à sa psychiatre – Meryl Streep, qui n’hésite pas à ne pas se mettre en valeur -. C’est une comédie romantique dans un milieu très huppé de la bourgeoisie. Elle rencontre David, un beau jeune homme de 23 ans – Brian Greenberg, bon comédien alors que l’on craignait quelqu’un de falot pour ce type de rôle -, et tombe rapidement amoureuse se préoccupant tout de même de son âge, puisqu’on lui demande ses papiers d’identité quand il achète de l’alcool dans une épicerie. Mais David n’est autre que le fils de sa psychiatre. Cette dernière va décider de continuer l’analyse, malgré les affres de la déontologie – …et la découverte de la sexualité de son fils -, pensant cette union éphémère.

Son réalisateur, Ben Younger – dont le premier film “Les initiés” est sorti en France en 2000 – trouve ces marques  dans les conventions de la ville de New York, dont la vision est ici inhabituelle, qui est à nouveau petit théâtre habituel pour ce type de comédie de “Seinfeld” à “Woody Allen”. Il est ici à la fois drôle et intelligent, les dialogues sont remarquables, loin des poncifs sur les comédies françaises habituelles sur nos amis les trentenaires. La description de la découverte de l’autre, de la maturité, et des difficultés du quotidien est assez fine, et assez universelle, malgré l’évolution ici des personnages dans un milieu friqué et superficiel. Ca renvoie avec une des phrases de la “Maman et la putain”, où Léaud prétendait que l’on ne vit finalement qu’avec les gens de sa “classe”, l’analyse des différences de mentalité, de religion, de vivre une union malgré le jeu des convenances est assez subtile. Les deux comédiennes – Uma Thurman en état de grâce et Meryl Streep, très attachante, qui nous livre une de ses nouvelles brillantes compositions – portent ce film, riche en petites touches – la grand-mère juive se frappant avec un poêle à la moindre contrariété ou l’approche sociale du “coton-tige” ! -. Au final le metteur en scène a un peu de mal à se séparer de ses personnages, mais le film un peu mélancolique a rempli son contrat, tout en évitant de sombrer dans la guimauve. Un film qui se démarque allégrement dans le tout venant des comédies américaines actuelles.