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LE COIN DU NANAR : PARIS BRULE-T-IL ?

Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1965) – Is Paris Burning ?- en VO, revu la même semaine que le digne documentaire “Les survivants” de Patrick Rotman, diffusé sur France 3 le lundi 18 avril 2005, continue à me poser problème.

Il serait idiot de comparer ces deux oeuvres, le documentaire étant très digne sur la libération des camps, mais il peut faire comprendre le malaise que l’on peut avoir ensuite, à la vision du film de René Clément. La force du témoignage d’un côté, la faiblesse de la reconstitution de l’autre.

Ce film officiel, est un défilé de stars, avec l’ironie mordante d’un Sacha Guitry, en moins… Le choix du réalisateur de “La bataille du rail”, film rigoureux et presque documentaire, pouvait sembler légitime, mais René Clément se perd dans cette grosse machine.

Le casting “all-star” dessert formidablement le film, à l’image d’Alain Delon, dans le rôle de Jacques Chaban-Delmas. Tout le monde vient y faire son petit tour, et Jean-Paul Belmondo dans le rôle d’Yvon Morandat semble même se demander ce qu’il fait là. L’anecdote est privilégiée et l’histoire réécrite (Les problèmes du colonel Rol – campé sobrement par Bruno Cremer – avec le reste de la résistance). Dans un hors série de Ciné-Revue, on voyait même une photo de Romy Schneider, tournant dans ce film, son rôle doit être coupé au montage final, de même de Michael Lonsdale souvent annoncé dans le rôle de Debu-Bridel… voir distribution complète sur IMDB.

On peut sauver à la rigueur Pierre Vaneck dans le rôle de Cocteau-Gallois et Claude Rich dans le double rôle de Leclerc, et d’un commandant bondissant. Le choix de Suzy Delair, que l’on voit bien en Parisienne à l’arrestation de Von Choltitz- contrairement à ce qu’affirme Raymond Chirat dans son dictionnaire, dont le générique est d’ailleurs repris dans le site de la BIFI – est assez regrettable, compte tenu de ses débuts à la Continental et ses ambiguïtés avec le régime nazi à l’époque.

Les comédiens sont tous doublés en français (Gert Fröbe par Claude Bertrand, Orson Welles par Georges Aminel et Rudy Lenoir -inévitable dans son rôle d’officier SS, en dehors des films d’Alain Payet et Jean-Pierre Mocky- par Robert Dalban !. On se souvient que dans “Le jour le plus long” il n’y avait pas ce doublage intempestif, qui nuit à la crédibilité du film. Voir également La gazette du doublage.

De plus l’utilisation des archives réelles, insérées dans le film (choisies par Frédéric Rossif), ne fait que renforcer le côté factice du film, le noir et blanc ne légitime en rien l’épopée de l’affaire mais surligne les clichés. Le film est assez plaisant à voir, on peut s’amuser à reconnaître quelques débutants – dont Patrick Dewaere, en étudiant exécuté de manière presque subliminale -. Mais le tout est assez vain, même si René Clément n’est pas entièrement responsable : “… En dépit des heurts répétés et souvent violents qu’il eut avec le producteur tout au long des prises de vues”… Clément refusa de jouer le jeu chercha à faire son film…” René Clément par André Farwagi (Éditions Seghers, 1967).

ZIG-ZAG STORY

Patrick Schulmann est mort dans un accident de voiture le 19 mars 2002 dans la plus grande discrétion. C’est dommage car il y avait là un véritable auteur, à des années lumières des comédies franchouillardes des années 70/80. ” Zig Zag Story ” (Le titre ” Et la tendresse bordel ! 2 ” n’est qu’une simple escroquerie), est peut-être le petit cousin de l’ ” Affaire est dans le sac ” des frères Prévert (1932).

Schulmann y fait preuve de malice, d’irrévérence contre les institutions et innove en citant Jean-Pierre Mocky, Tex Avery, ou Buñuel (scène où le ministre joué par Michel Bertay tire sur des ouvriers trop bruyants). Fabrice Luchini est déjà étonnant en obsédé sexuel – voir sa manière de dire qu’il n’a aucune dignité -, Christian François est sympathique, et nombre de seconds rôles figurent dans ce film : Philippe Khorsand en commissaire désabusé (dont les pensées apparaissent dans des ” bulles ” comme un personnage de BD), Dominique Hulin – futur ogre dans ” Le petit poucet ” – en ravisseur pris de remords ou l’attachant Ronny Coutteure dont le personnage a la particularité de ne pas impressionner la pellicule, etc… Le film se révèle finalement assez noir, les personnages étant finalement repliés sur eux-mêmes, le ton absurde du film nous l’avait fait oublier. Le talent de Patrick Schulmann est à réévaluer, son univers est unique et ” nonsensique “.

LE COIN DU NANAR : DOUBLE ZÉRO

“Double zéro” est  l’habituel type de projet qui ne repose que sur le tempérament de deux comédiens sympathiques, Il bénificie  d’un budget démesuré, et une suite inégale de sketches, Il est triste de voir certains de nos seconds rôles gâchés dans cette grosse machinerie de Gérard Pires, – surtout si l’on est nostalgique d’ “Érotissimo”, ou d’ “Elle court, elle court, la banlieue” -, La présence d’Édouard Baer détonne un peu. C’est presque un remake du film d’Yvan Chiffre “Bons baiser de Hong Kong”, mais à l’origine c’est un projet de Thomas Langmann qui a racheté les droits du film de John Landis “Spy like us” – “Drôles d’espions” avec Chevy Chase et Dan Aykroyd. en 1985.

Abbott & Costello meet James Bond

François Chattot y fait une formidable composition de baroudeur, Bernard Bloch en militaire impassible, Christophe Odent en général inquiétant, Lionel Abelanski en “Q” du pauvre, François Berland en père excentrique du “mâle”  n’ont pas grands choses à ce mettre sous la dent. On peut reconnaître le temps d’une image presque subliminale le formidable acteur-cascadeur Lionel Vitrant, de dos ! dans la scène de “voulez-vous coucher avec moi…”, et il y a le sous-exploité Didier Flamand, qui semble s’ennuyer ferme. Ce type de comédie n’est hélas pas,  un feu de paille.

Retour sur François Berland,  que l’on confond souvent avec François Berléand en raison de sa presque homonymie :

Il est huissier barbu au bal dans “La galette du roi”, le maire qui marie Ghad Elmaleh et Alain Chabat dans “Chouchou”, le barman écoutant les états d’âmes de José Garcia dans “Rires et châtiment”, médecin dans “Je préfère qu’on reste amis”, etc….. Un talent sûr et une voix connue (pub, récitants de documentaires, “Les guignols de l’info”, “Monsieur Manatane”, “Le maillon faible”. Un talent sûr dont les films se retrouvent dans bien des filmos de François Berléand, venant de re copieurs fatigués, malgré les corrections que j’avais faites sur IMDB…

François Berland m’avait donné très aimablement son CV et état civil par fax, pour que je puisse créer sa fiche sur “Les gens du cinéma” : Les gens du cinéma.

DR. KINSEY

Vu ce lundi “Dr. Kinsey” suivi d’un débat avec des sexologues, à l’UGC Cité-Ciné de Bordeaux. La mise en scène de Bill Condon, sans esbroufe reprend les couleurs chaudes des films hollywoodien des années 50. Le docteur Kinsey (magistralement campé par Liam Neeson, crédible à l’âge de 27 ans comme à la fin de sa vie), se sert de son expérience d’entomologiste pour étudier le champ ignoré de la sexualité des Américains. Le film est l’itinéraire d’un pionnier, faisant des erreurs en absence des codes de déontologie, (Il interview son père ultra rigoriste, joué par John Lighgow). Aidé par sa femme, Clara (formidable Laura Linley), Il se sert de lui-même, sans tabous pour essayer de comprendre la nature humaine, en se laissant tenter par la bisexualité avec son assistant Clyde Martin (Peter Sarsgaard, de plus en plus présent sur les écrans), interroger un pédophile, véritable cas clinique, ou se percer le prépuce pour mieux comprendre la douleur. Ce film est aussi une belle histoire d’amour entre Clara et le docteur Kinsey, ce dernier s’humanisant en comprenant la pléthore de comportements sexuels des hommes, bien plus complexe que chez les insectes…

Le vrai Alfred Kinsey

Outre les trois comédiens cités, on retrouve beaucoup d’excellents interprètes : Chris O’Donnel et Timothy Hutton, payant de leurs personnes pour aider le docteur Kinsey, Tim Curry (très drôle) en opposant du docteur Kinsey, et l’indispensable Dylan Baker (très marquant dans le rôle du père pédophile dans “Happiness” de Todd Solondz) en philanthrope. Il faut souligner deux performances, celle de Lynn Redgrave, très émouvante en dernier témoin évoquant la difficulté d’assumer  son lesbianisme dans l’Amérique puritaine, et combien les travaux de Kinsey l’ont aidé et John Lightow (étonnant Blake Edwards dans “Moi, Peter Sellers”, il y a peu), dans le rôle de Alfred Seguine Kinsey drôlatique prêcheur évoquant les méfaits de l’électricité. Il devient bouleversant dans sa scène de confession, lorsqu’il parle de son problème d’onanisme à l’âge de 10 ans, et des méthodes barbares employées pour le guérir de ce “vice”….

OMAGH

C’est un film poignant (à l’origine un téléfilm selon IMDB), où l’on voit bien le combat d’un père de famille, qui perd son fils le samedi 15 août 1998, dans ville d’Omagh en Irlande du Nord. A 15h10. Michael Gallagher dont la modération et la détermination permettront de mettre en lumière la grande lâcheté des terroristes et surtout la corruption des autorités. Le traitement est le même que pour le film “Bloody sunday” de Peter Greengrass (co-scénariste de ce film), une caméra sur l’épaule et proche des visages, une grisaille déterminée. Mais la grande leçon de Pete Travis, c’est l’empathie qu’il nous donne à partager avec ses personnages. La moindre silhouette existe, il privilégie la direction d’acteur, et Gerard McSorley, qui pourrait être notre voisin, un parent, un collègue est prodigieux d’humanité. Sa figure nous est familière (il était le père de Felicia dans “Le voyage de Felicia” d’Atom Egoyan), ses mots sont posés, sa rage intérieure.

Gerard McSorley

Le problème du rôle médiatique que tient Michael Gallagher au sein de sa famille est aussi subtilement évoqué. De la retenue et de la justesse, et une ôde pour la solidarité. Une leçon de vie. Les médias annoncent en ce moment la mort du pape, respectons bien sûr la souffrance de tous, mais souvenons nous qu’une de ces pièces de jeunesse inspira le film “La boutique de l’orfèvre” en 1988 par Michael Anderson, avec Burt Lancaster. C’était une question que l’on retrouvait souvent dans les jeux pour cinéphiles.

RETOUR SUR BOUDU

“Les médiocres se résignent à la réussite des êtres d’exception. Ils applaudissent les surdoués et les champions. Mais la réussite de l’un des leurs, ça les exaspère… Elle les frappe comme une injustice”. – dialogue de Michel Audiard dit par Michel Serrault dans “Garde à vue” -.

Gérard Jugnot a dû se rabattre sur ce projet proposé par le producteur Jean-Pierre Guérin après le refus d’Albert Uderzo de donner les droits pour “Astérix en Hispanie”. “Boudu sauvé des eaux” est une pièce de théâtre de René Fauchois, (jouée d’ailleurs par Gérard Depardieu, dans un rôle secondaire, en 1968, au théâtre des Capucines, dans une mise en scène de Jean-Laurent Cochet). Pourquoi pas alors, on se souvient d’un autre remake de cette pièce par Paul Mazurski “Le clochard de Berverly Hills” en 1986 avec Richard Dreyfuss, Nick Nolte et Bette Midler… Et comme disait Bernadette Lafont, la chapelle Sixtine est aussi une commande…

Mais on s’inquiète avec la déclaration de Gérard Jugnot sur le film de Renoir dans “Télérama” N°2876 du 26 février :
« Il faut être clair : je n’aurais jamais osé faire un remake de La Règle du jeu ou de La Grande Illusion, mon Renoir préféré. Mais Boudu, c’est un Renoir mineur : je crois savoir que Michel Simon a tout fait ou presque, c’est lui qui a acheté les droits de la pièce et qui a engagé Renoir. Le texte original de René Fauchois est violemment anti-bourgeois. Il date de 1919, règle des comptes avec les planqués de la Grande Guerre ­ c’est le prolétariat qui est allé au casse-pipe, pas la bourgeoisie. Je crois même que la pièce a été censurée. Avec mon scénariste, Philippe Lopes-Curval, on a trouvé amusant de reprendre le thème, mais d’en faire quelque chose de résolument différent. »

… film mineur de Jean Renoir ! “les bras m’en tombent” comme dirait Denis Parent…Ce film reste un chef d’œuvre définitif et libertaire avec un sublime Michel Simon, film qui continue à choquer certaines âmes comme la scène où Boudu essuie ses pieds aux rideaux. J’aime l’univers de Gérard Jugnot, et sa franchise habituelle (il n’aime pas la “Nouvelle vague”, ce qui est son droit), mais là faut pas “déconner”(dans “Studio” il déclare “je n’ai pas voulu revoir le film de Jean Renoir, ni relire la pièce de René Fauchois”…)., dévaluer un film pour légitimer un remake c’est un peu un aveu d’impuissance…

Michel Simon dans “Boudu sauvé des eaux”

Outre les déclarations de Paul Vecchiali contre jugnot il y a aussi la déclaration du CCCP (Comité Contre le Cinéma qui Pue) vu sur le forum de « secondscouteaux.com »

Rappel du texte :

“SAUVONS BOUDU DES EAUX GLACEES DU CALCUL EGOISTE ! Ce soir mardi, une quinzaine d’individus ont lancé une quarantaine de boules puantes lors de l’avant première pour le public du nouveau film de Gérard Jugnot, Boudu. Voici le tract qui a été jeté en pleine séance.

Nous avons entre vingt et trente ans. Nous n’appartenons à aucune organisation autre que celle-ci, créée pour l’occasion. Nous ne sommes pas tous des cinéphiles, mais tous nous connaissons et aimons le Boudu de Jean Renoir et Michel Simon.

Gérard Jugnot a déclaré à Télérama (cette revue pour maisons de retraite) : « Tout le monde est d’accord, Boudu est un Renoir mineur. » Jugnot parle du point de vue de son monde, et en bon bourgeois, il est persuadé que son monde c’est « tout le monde ». Mais le monde de Gérard Jugnot n’est pas le nôtre. Pour nous, Boudu est le plus beau film de Jean Renoir, celui dans lequel s’affirme avec le plus de force son anarchisme. Les films de Renoir sont des films libres, des aventures, des expériences. Et Boudu, joué par Michel Simon, est à l’image de ce cinéma : il ne doit rien à personne et surtout pas à ses bienfaiteurs (bourgeois, ou producteurs de cinéma). Aucun personnage de Renoir n’est allé aussi loin dans l’improvisation, le sans-gêne et le franc-parler. Boudu, plus que la trop sage Grande Illusion (film évidemment préféré de Jugnot), est le film de Renoir le plus personnel et le plus libre.

Que sont Jugnot et Depardieu ? Des « stars ». C’est-à-dire des imbéciles qui font commerce de l’exhibition permanente de leur imbécillité. Des vedettes sans talent, rouées pour la grimace, devant lesquelles s’aplatissent même les hommes politiques. Des amuseurs publics qui n’ont (plus) rien à voir avec ce peuple qu’ils prétendent amuser et qu’ils appellent avec mépris « le public ». Des grands bourgeois crapuleux qui occupent pour leur publicité personnelle toutes les cases que les médias gardent bien chaudes pour eux : plateaux de télévision, émissions de radio, couvertures des magazines, etc. Jugnot et Depardieu sont la honte de notre pays et de notre temps. A Catherine Frot, que nous aimons mieux, nous disons que nous préférons les dilettantes de la sincérité aux professionnelles de la caricature.

Jugnot ne se contente pas de barboter mollement, comme tant d’autres, dans les eaux dégoûtantes des médias de masse. Il fait pire : il pille, par manque total d’imagination, le meilleur du patrimoine cinématographique français pour se faire encore plus d’argent et de publicité personnelle. Il vole le sujet d’un grand film français des années 30 qu’il déformera assez pour en faire un petit produit cynique et irresponsable de plus. Il va trahir impunément Renoir, avec la bénédiction de tous les relais médiatiques possibles. Que peut-il sérieusement faire de l’anarchiste Boudu, lui qui ne sait rien ni de l’anarchie ni de la liberté ? Que peut-il faire de son couple de petits-bourgeois, lui qui est une « star » et qui fait tout pour cacher le scandale que constitue son enrichissement personnel démesuré en tant que « star » ? Jugnot comme Depardieu participent de tout leur être à l’entreprise quotidienne de refoulement des rapports sociaux en France. TF1, la Française des Jeux, les J.O. de 2012, Jugnot : même combat, c’est-à-dire même gaspillage, même abrutissement et pillage organisés du peuple français.

Aujourd’hui, ces pourris s’en prennent à notre cher Boudu. Aujourd’hui, ils transforment les salles de cinéma en intérieurs bourgeois où tout est en ordre et chacun bien à sa place : les spectateurs sommés d’applaudir les cabotins ridicules et vaniteux venus se foutre d’eux, une fois de plus. En réponse, nous sommes tous des Boudu, et ce soir nous salissons, nous empuantons, enfin nous gâchons le spectacle. En hommage à Michel Simon et à Jean Renoir.

CCCP (Comité Contre le Cinéma qui Pue)”

Source :
http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=33549

Gérard Depardieu & Gérard Jugnot, remake de “Tenue de soirée” ?, non remake de “Boudu”.

Même si cet acte libertaire peut sembler amusant,  Gérard Jugnot ne mérite pourtant pas cet excès d’indignités et de foudres. Sans doute le succès des choristes agace, mais cette haine peut sembler disproportionné. L’oeuvre de Gérard Jugnot est cohérente, et colle en général à l’air du temps. Il amène souvent une grande humanité à ses personnages, même si cette fois il a raté sa cible. Si on lit complètement son article sur Télérama : Taper “Gérard Jugnot” sur “rechercher un article” via le lien : http://www.telerama.fr/
on voit bien son amour pour le cinéma et la manière dont il parle de Noël-Noël, Robert Dhéry ou d’Yves Robert, personnalités qui n’ont pas la reconnaissance méritée.  C’est d’autant plus qu’honorable que bien des metteurs en scène aiment à faire table rase du passé”.


Pour le film en lui même, on essaie d’abord de voir le film en essayant de ne plus penser au Boudu original. Mais la mise en scène est assez statique, et les décors sont particulièrement pesants. Seuls Catherine Frot et Jean-Paul Rouve (en digne successeur d’un Robert Le Vigan) semblent tirer leurs épingles du jeu. Les seconds rôles sont d’ailleurs distribués sans imagination (Hubert Saint-Macary en psy, Serge Riaboukine en râleur chronique, Bonnafet Tabouriech en méridional de service, etc…). Certaines répliques font mouches, et l’allusion au scooter – prononcez “scotaire” – que veut Boudu est amusante (Depardieu ayant effectué sa traditionnelle cascade en moto faisant frémir les assurances, mais grand seigneur il a terminé le film malgré son accident). Notre Gégé revient en force ces derniers temps, mais pas sur ce film, il semble assurer ici “le service minimum” (il demeure malgré tout un formidable comédien, mais semble ici trop désinvolte). Et le “Boudu” de Renoir nous tire par la manche pour nous rappeler à son bon souvenir. Un film “mineur” dans la filmo de Gérard Jugnot.

ÉROS THERAPIE

Moins abouti que “Borderline” (un des meilleurs films des années 90), “Le journal d’un séducteur” ou “L’examen de minuit” on se régale à retrouver l’univers de Danièle Dubroux, dans ce film à la sortie tardive (tourné en 2002), dont l’ancien titre était “Je suis votre homme” (au marché du film de Berlin). C’est une comédie psychanalytique, la réalisatrice se délecte à analyser les frustrations et les petits arrangements que l’on peut avoir avec ses fantasmes. C’est l’occasion d’analyser la perte d’identité des hommes devant l’émancipation des femmes et le marasme occasionné sur un ton sarcastique. La critique est acide sur le milieu de la critique ou sur la comédie des faux semblants, le ton est alerte.

Le film doit beaucoup à la pléiade d’excellents comédiens : François Berléand joue tout en finesse un personnage déboussolé, Catherine Frot subtile, en recherche d’identité sexuelle, Isabelle Carré en critique pure et dure, le “Ruizien” Melvil Poupaud, Claire Nebout en maîtresse femme, Hubert Saint-Macary en curé déjanté dans un rôle hélas trop bref, il était formidable déjà en psy dans “Le journal d’un séducteur”, Marc Andréoni en écrivain marginal, Eva Ionesco décalée, Julie Depardieu en psy inhabituelle, et Emmanuelle Riva … à la gâchette facile.

Catherine Frot & François Berléand

C’est aussi la dernière apparition de Jacques François au cinéma, il est éblouissant dans le rôle du père de Catherine Frot, dépassé par l’homosexualité tardive de sa fille, et de voir que son beau-fils vit dans le garage ! Il faut le voir déclarer “Quelle époque !”, le film lui est dédié. Même s’il manque au film un rythme haletant, c’est un film dont l’originalité surprend.

YOUNG ARSÈNE LUPIN

On pouvait attendre de ce film, qu’il rende compte de la noirceur originelle du personnage de Maurice Leblanc. A la télévision, on peut d’ailleurs préférer l’incarnation de Jean-Claude Brialy dans “Arsène Lupin joue et perd” (Alexandre Astruc, 1980), à celle surestimée de la série avec Georges Descrières.

Ce film se sert de la renommée du personnage,  pour n’en faire qu’un ” Young Indiana Jones” à la française. C’est une amère déception pour ce film comme pour les récentes adaptations de “Vidocq” où “Belphégor” en attendant “Les chevaliers du ciel” ou un éventuel “Fantômas”. Pourquoi s’éloigner de la richesse de l’œuvre originale, avec ce scénario rocambolesque ? (Même reproche que pour “D’Artagnan et les trois mousquetaires” version TV de Pierre Aknine, sur TF1).

Romain Duris & Kristin Scott Thomas

Romain Duris est pourtant très crédible dans le personnage – cet emploi est une formidable idée, il a depuis prouvé sa maturité dans le film de Jacques Audiard “De battre son coeur s’est arrêté” –.

Kristin Scott-Thomas, Pascal Greggory, Philippe Magnan ou Robin Renucci font ce qu’ils peuvent avec des personnages caricaturaux. On peut louer la richesse de la reconstitution,  s’amuser à trouver décalée la présence d’un Xavier Beauvois en docteur, saluer Philippe Laudenbach ou le grand retour de Mathieu Carrière, trouver charmantes Marie Bunel et Eva Green (digne fille de sa mère), mais l’impression à l’arrivée de divertissement laisse un sentiment assez vain.

Philippe Lemaire

Ce film est l’occasion de retrouver pour la dernière fois Philippe Lemaire en cardinal brûlé vif. C’était une véritable star des années 50-60, injustement oubliée depuis. Il semblait retrouver depuis peu le chemin des studios (Le chef maffieux dans “Gomez & Tavarès”, le père grand bourgeois et intolérant de Patrick Chesnais dans “Mariage mixte”, mais il s’est suicidé sous une rame de métro en mars 2004. On le comparait beaucoup à Michel Auclair auquel il ressemblait un peu. Il était d’une lucidité remarquable, voir son entretien dans feu “La revue du cinéma” dans les années 80. Triste parcours idole un jour, second couteau ensuite. Le film lui est dédié. Retrouvez l’indispensable hommage d’Yvan Foucart : via le lien Les gens du cinéma

Le lien du jour : http://encinematheque.net/accueil.htm

Encinémathèque  est l’oeuvre de Christian Grenier, un des meilleurs sites français sur le cinéma, sur des premiers temps du cinéma à nous jours, c’est une riche base de documents, sur les acteurs et techniciens, films, affiches, revues, archives, et un regard original sur notre nostalgie d’un cinéma passé.

LES MOTS BLEUS

Ce film ténu est très touchant, même si l’on peut déplorer quelques longueurs et quelques maladresses, sur un thème voisin de “La petite chartreuse”. On peut comprendre le personnage de Clara (superbement joué par Sylvie Testud), sa rudesse devant la protéger devant la dureté de la vie (elle est illettrée suite à un traumatisme d’un geste brutal (certes d’amour) de son enfance. Anna (lumineuse et très expressive) et sa mère forment une sorte de couple fusionnel et en définitif partageur.. Il faut sauver la mère pour que la fille trouve son salut. Bizarrement le personnage de Sylvie Testud, véritable petit soldat, est touchant – son personnage n’est pas immédiatement “aimable” -, devant son inaptitude à la vie. C’est loin d’être un monstre froid, je crois, et le subtil jeu de Testud nous laissant entrevoir le drame de cette jeune femme.

Sylvie Testud

Sergi Lopez est idéal dans son rôle d’éducateur rassurant, de même pour Mar Sodupe qui joue sa soeur, et dans un petit rôle Isabelle Petit-Jacques (actrice fétiche de Patrice Leconte), en directrice d’école peu compréhensive. Salutations à l’ingénieur du son Pierre Gamet, que j’avais rencontré un jour, et son beau travail sur le mode intime (l’oisellerie, la mer). Deuxième réussite pour le tandem Corneau-Testud après “Stupeur et tremblements”, film conte, sans pathos et avec une belle utilisation de la caméra DV.

Esther Gorintin

Évoquons aussi Esther Gorintin, dont la présence rayonne durant tout le film, même après sa disparition. Je me souviens d’elle avec émotion pour l’avoir rencontrée durant l’avant-première du film “Depuis qu’Otar est parti”. Elle retrouvait Bordeaux, la ville de sa jeunesse après des années, elle avait fuit durant l’occupation. C’était un choc, la transformation du quartier Meriadeck, par exemple. C’était une formidable rencontre avec la cinéaste Julie Bertuccelli. Un grand souvenir pour moi et je regrette de n’avoir pas pris de notes sur cette formidable rencontre avec deux belles âmes. Depuis “Voyages”, son rôle de voisine souffrante d'”Imago” ou “Rosie” dans “Carnages”, ses personnages nous touchent énormément…