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LA CLOCHE A SONNÉ

Autant annoncer la couleur, je suis client de Fabrice Luchini, récitant le bottin ou du Friederich , déclamant les chansons de Salvatore, dans les films de Rohmer, dans “Tes folle ou quoi ?”, dans les émissions de télé tendance promo ou quand je l’ai vu signer dans un salon des livres de Louis-Ferdinand !. Il m’a même aidé à passer le blues des fêtes de fin d’années 2004, avec la captation de son “Knock”, célèbre pièce de Jules Romain, diffusée sur France 3. Il est formidable dans “La cloche a sonné”, dans la délectation des mots, comme dans l’abattement. Il y a de grands moments de jubilation grâce à lui, sa manière de perdre de fil quand on lui parle de démocratie, d’utiliser la raideur de son corps et faire d’incroyables mimiques. Il sait se renouveller toujours, ici en grand gourou, mais est-ce suffisant pour sauver un film…

Fabrice Luchini

Mais ce film n’est rien de plus qu’un remake du “Psy” de Philippe de Broca (1980), d’après Gérard Lauzier, les personnages n’étant définis que par leurs névroses seulement. Si François Cluzet se montre hilarant en réfractaire et Amira Casar dans le rôle de Véra, compagne déboussolée et humiliée de Simon -on voudrait en savoir plus sur son personnage -, sont excellents, il est vraiment rageant de voir ainsi galvaudé les tempéraments d’Elsa Zylberstein – qui devait après son rôle de Christine Angot vouloir tenter quelque chose de plus léger -, d’une Valérie Bonneton, pourtant excellente, d’un Cartouche, d’un Arno Chévrier, d’une Coralie Zahorero, sans oublier Vincent Martin en paysan roublard. Malgré un bon début le film retombe comme un soufflet, mais on peut faire preuve d’indulgence car l’on rit tout de même. Dommage pour son réalisateur Bruno Herbulot, après des années de téléfilms…

L’HOMME DE LONDRES

“L’homme de Londres” est un film à l’atmosphère plombé. Je visionne ce film oublié sur une VHS enregistrée sur Ciné-Cinéma. La VHS est une une ennemie sournoise, tapie dans l’ombre… qui se fait oublier… envahit votre appartement comme un acarien, et même étiquetée sommeille dans un coin dans l’attente d’une improbable vision. C’est l’os enfoui par un chien sous la terre, à visionner un été de disette cinématographique… La bête peut mal vieillir – la VHS a une durée de vie limitée – et pose des problèmes de stockage. Si vous avez des solutions actuelles contre ce mal, je suis preneur ! Je retrouve la présentation de Jean Olle-Laprune impeccable et érudite, qu’est-ce qu’il peut nous manquer celui là…, ça surligne encore plus les manques de l’actuelle “ouvreuse” comme disait Serge Daney qui sévit actuellement et dont je me suis gratuitement vengé dans une notule à la rancoeur merdique. L’occupation est loin d’être l’âge d’or du cinéma français, c’est ici un film de signé Henri Decoin en 1943, habile faiseur, Olle-Laprune nous rappelant le climat de cette époque et la sollicitation des Allemands pour l’oeuvre de Georges Simenon – 9 films adaptés, c’est le romancier le plus adapté derrière Balzac -. Josselyne Gaël venait de quitter Jules Berry pour vivre avec un tueur de la gestapo ! Le studio du tournage est visiblement exigu, mais le décorateur Pimenoff arrive à installer une atmosphère blafarde, quoi que très surchargée d’un petit port sous la bruine,. Tous est ici poissard à souhait, il ne manque même pas la sempiternelle chanteuse réaliste qui nous sort une lancinante chanson triste dans la rue. Ca pèse et ça finit par nuire de manière redondante à l’étude de moeurs décrite au scalpel par Georges Simenon.

Fernand Ledoux et Jules Berry

Charles Maloin, un modeste aiguilleur de train qui veille toute la nuit dans un poste de garde, lieu dans lequel il domine le port, rouspète et se défoule sur sa petite famille. C’est Fernand Ledoux, ce comédien belge, naturalisé français, me semble un des plus grands comédiens de son temps. Dans un personnage dont la raison vacille, il est ici d’une humanité extraordinaire, d’une grande justesse et arrive à donner corps à ses monologues et traduire une inquiétude sourde qu’il provoque auprès de ses proches. Sa vie est routinière avant l’arrivée, deux affreux malfaiteurs, Brown, un ancien clown fatigué – Jules Berry magistral traînant une mélancolie durant tout le film – et Teddy – l’excellent et sobre Gaston Modot – qui plaît beaucoup à l’entraîneuse du bar local – Suzy Prim, ancienne compagne de Berry d’ailleurs, touchante “fille de joie” romantique et carburant à la menthe à l’eau” -… Le film finit par perdre l’installation de l’angoisse du début, les voix intérieures de Charles sont assez lourdes. Mais la fatalité Simenonienne veille sur ses personnages et on se laisse attraper tout de même sur cette morne adaptation, grâce à Fernand Ledoux, son registre détonnant singulièrement avec le voleur de scènes, Jules Berry, toujours superbe, son jeu étant un régal. Son personnage de Brown est odieux à souhait. On soupçonne d’ailleurs l’étendue de sa duplicité en voyant les réactions de sa femme qui finit par lui garder sa tendresse, même quand on lui informe de la double vie de son mari.  Reste comme toujours dans ces années là de formidables “excentriques du cinéma français”, René Génin, aiguilleur prêcheur et moraliste, Héléna Manson, en Mme Maloin, pour une fois sympathique supportant les sautes d’humeurs de son mari, Alexandre Rignault en collègue de Malouin, futur père inquiet, Jean Brochard en inspecteur guindé, Mony Dalmès en fille sage de Charles, René Bergeron en beau-frère suffisant et la méconnue Made Siamé en patronne d’hôtel curieuse. Henri Decoin devait réussir une meilleure adaptation de l’oeuvre de Simenon en 1951, “La vérité sur Bébé Donge” avec Danielle Darrieux et Jean Gabin que l’on peut aisément qualifier de chef d’oeuvre…

LES INSATISFAITES POUPEES EROTIQUES DU DR. HITCHCOCK

Pour rester dans la tonalité d’un film au scénario décousu parlons du curieux film de 1971 – et encore c’est un euphémisme – que “Les Insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock”. Vaste programme pour ce titre français, film d’un honnête faiseur Fernando di Leo. Il n’y a évidemment pas de docteur Hitchcock – pauvre sir Alfred -, il y a peut être une volonté à rappeler le film de Riccardo Freda “Le spectre du Dr. Hitchcock”. La version présentée est française – on reconnaît les voix rassurantes de Roger Rudel ou Jean-Henri Chambois. C’est le film typique italo-européen des années 70, à connaître 36 versions et autant de titres “La clinique des ténèbres”, “La bestia uccide a sangue freddo”, “The cold-blooded beast”, etc… Le film se passe dans une maison de repos ou un asile psychiatrique on ne sait pas trop, pour jeunes femmes fortunées et légèrement dérangées. Arrive Cheryl Hume – Margaret Lee aidée de son teint blafard -, névrosée et suicidaire abandonnée par son mari au charme du lieu. Par une curieuse coïncidence, il n’y a que des créatures sculpturales qui jouent au croquet, sirotent du champagne et joue aux échecs, le personnel soignant propose des infirmières dévouées – pour le massage -, ce qui nous donne lieu à des scènes saphiques assez ollé ollé. Le lieu de soins est un  pavillon superbe, isolé certes dirigé par deux professeurs, le professeur Francis Clay, c’est Klaus Kinski avec la présence rassurante que l’on connaît et qui passe son temps à fumer avec anxiété, et le professeur Ostermann – John Karlsen, qui n’est pas mal non plus -.

Avec ces deux trognes, inutile de dire que l’on est rassuré pour nos charmantes créatures. Plus qu’un lieu de soins, c’est un véritable moulin, un serial killer vient donc trucider nos charmantes créatures. Il aurait tort de se gêner, car le lieu c’est le bricomarché du massacre, il ramasse ici une faux, là une hache, il y a une collection d’armes anciennes, histoire de canaliser les pulsions morbides assurément… ll peut donc varier les plaisirs. Les docteurs passent leur temps à faire des rondes, finissent par s’étonner mollement qu’il y a quelquechose d’inhabituel  Notre tueur est pourtant souvent dérangé, comme par la patiente qui dort nue et la porte ouverte, sonnant furieusement au personnel médical, et a du mal à courrir après la superbe Rosalba Neri, nymphomane violant presque le jardinier qui profite du calme de la nuit pour visiter la serre…  Il finit donc par se dépêcher sur la fin ! Le petit cochon de cinéphile peut admirer la belle Rosalba sous toutes les coutures, ainsi que beaucoup d’autres. Même s’il doit y avoir des inserts assez hard, présentant frontalement l’onanisme de deux belles, dans la version – présentée en VF hélas du moins -, on est surpris par l’érotisme frénétique du film pour l’époque. Le reste du filmage est tarabiscoté, psychédélique, alternant grand guignol, redites de plans, cadrages hallucinés, ce qui est lassant à la longue. Mais le film finit par avoir un certain charme sous la musique d’un Silvano Spadaccino, le récit pouvant provenir des fantasmes d’une des malades, car c’est ici un des films les plus incohérents de l’histoire du cinéma… Pour amateurs de films biscornus et hors normes.

CASINO ROYALE

On peut définir comme cultissime et réjouissant “Casino Royale” et qui reste pour moi un des films les plus divertissants. Comme le dit bien l’accroche du film “Casino Royale is too much for one James Bond !” il y a ici une dizaine de Bond, y compris des femmes.

C’est l’adaptation du très sérieux roman de Ian Fleming, transformé en parodie pour une sombre histoire de droits et qui devrait être adapté de nouveau. On le sait la genèse de ce film fut compliquée. C’est plus l’œuvre du producteur Charles K Feldman que celle des réalisateurs successifs : Val Guest, John Huston, Kenneth Hugues, Joseph McGrath et Robert Parrish (ouf) et autant de scénaristes – Joseph Heller “Catch 22”, Ben Hecht, Terry Southern et même Billy Wilder ! -. Il fallait concilier avec certains caprices tels celui de Peter Sellers refusant de jouer en face d’Orson Welles, les manques du scénario, les disponibilités de chacun, etc….

Le seul et unique Sir James Bond étant David Niven, en retraite dans son manoir, son nom devenu une marque, sert à une multitude d’agents, dont le dernier – allusion à Sean Connery – déplaît souverainement à l’original. Il ne veut pas revenir à l’espionnage, malgré l’insistance d’une délégation de  hauts gradés de l’espionnage M. en personne – John Huston – avec moumoute – dans le rôle de M., le Français – Charles Boyer -, L’Américain – William Holden – et le Russe adipeux – Kurt Kasznar -, l’heure étant grave pour les espions. À bouts d’arguments ils vont utiliser la force.

Le film manque singulièrement de cohérence et présente une suite de sketches plus – l’épisode ouest-allemand dans les décors du “cabinet du docteur Caligari”, les déguisements de Peter Sellers – Hitler, Lautrec, etc…-, la singulière décontraction de David Niven et Deborah Kerr irrésistible en veuve écossaise s’amusant à écorner son image très sérieuse habituelle. Si Peter Sellers semble un peu absent, il reste génial, Ursula Andress s’amuse avec son rôle de bombe sexuelle, Woody Allen en neveu de sir James, dans un climat pré -“Bananas”, Orson Welles, en grand méchant Chiffre, est assez mal utilisé, mais nous livre un de ses tours de magie, Joanna Pettet est excellente en fille cachée de Bond et de Mata Hari, parodiant la danse de Debra Paget dans “Le tombeau hindou”.

Il y a des caméos pathétiques comme George Raft faisant son éternel numéro post-Scarface ou notre Bébel national – alors compagnon d’Ursula Andress -, en légionnaire bêta, toutes petites appariations, ils sont par contre très bien placés au générique et Peter O’Toole, non crédité, apparaissant en kilt demande à Peter Sellers s’il se nomme Richard Burton, ce dernier lui répondant qu’il est Peter O’Toole ! Il y a cependant beaucoup d’excellents seconds rôles, l’étonnant Vladek Sheybal – déjà présent dans « Bons baisers de Russie – en espion allemand, Anna Quayle en une inquiétante Frau Hauffner, Derek Nimmo en homme de main déglingué, Bernard Cribbins en chauffeur de taxi dévoué, et un bon nombre de belles comme Dahlia Lavi, Jacqueline Bisset, Barbara Bouchet ou Angela Scoular.

Le film, ambiance très guerre froide, très fumiste et très années 60 est très sympathique dans l’incohérence, et fut la source idéale d’inspiration pour Mike Myers pour la trilogie des “Austin Powers”, baigné dans l’excellente musique de Burt Bacharach et John Barry, souvent reprise depuis. On flirte ici avec le jubilatoire si l’on goûte l’ambiance de “Quoi de neuf Pussycat, ?”.. On aimerait pouvoir voir en France la version TV 1954 dans la série “Climax”, avec Peter Lorre et Barry Nelson.

LAND OF THE DEAD

George Romero réussit avec “Land of the Dead” à concilier un excellent film d’horreur, tout en décrivant de manière acerbe la société de son temps , et une certaine tendance politique des États Unis. Sa vision est pessimiste, à part une poignée de personnes justes, chacun tente de trouver son compte dans une société difficile, et si certains reste dans un comportement social, c’est par intérêt. La violence barbare et primitive relève ici plus de la survie, de la loi du plus fort, du chacun pour soi. Dennis Hopper dans un jeu très underplaying est admirable dans son rôle de maître de ce IGH qui constitue un refuge pour les élites. Il maîtrise une certaine ironie sourde, et sert même de symbole de l’évolution des États-Unis. Certaines déclarations misent dans sa bouche prennent donc un certain relief. Bruno Icher et Florent Latrive dans “Libération” citent avec justesse George Romero qui « dit volontiers sa déception d’apprendre que Hopper, «enfant de la contre-culture» comme lui, est aujourd’hui un homme de droite qui s’assume : «Easy Rider joue au golf et vote républicain, le croyez-vous ?» Cela n’empêche pas Hopper d’avoir porté le projet. Téléphonant à son réalisateur après lecture du script pour lui dire, enthousiaste, «Kaufman, c’est Donald Rumsfeld.» C’est tout un parcours… Despote déterminé, regrettant d’avoir certains agissements selon les informations qui étaient en sa possession, il est réjouissant d’ignominie. Il représente la société du replis sur soi, une humanité vénale finalement prise à son propre piège. La seconde catégorie du film est constituée  de marginaux parqués autour du lieu – du mythe américain ? -, et dont la plupart ne pensent qu’à rejoindrent le grand bâtiment, par des menus services, comme le personnage de John Leguizamo – excellent – mercenaire arriviste et chargé des basses œuvres et rêvant d’une place au soleil par tous les moyens. La lutte inévitable, et les perturbateurs rapidement neutralisés comme Asia Argento – on sait l’importance de son père Dario, dans l’œuvre de Romero – est une prostituée dure au mal, jetée en pâture par un nain aigri tout droit sorti de « Freaks » et prévue pour être sacrifiée à une nouvelle société du spectacle.  Le film fraternise donc avec l’œuvre de John Carpenter, comme le dit justement Pierrot dans son blog, comme dans son “They lives – Invasion Los Angeles”, le héros incarné par Simon Baker, très justement choisi car rien ne le détermine à ça, est un homme sans histoire, voulant vivre avec dignité et montrant sa détermination dans l’adversité.

Mais les  frontières entre les individus ne sont pas toujours aisées à définir, le grand brûlé un peu simplet mais fidèle au héros – Robert Joy acteur canadien découvert dans “Atlantic City” de Louis Malle étant plus défiguré que le grand zombie noir ancien pompiste – étonnant Eugene Clark -. Ce dernier est la figure la plus attachante du film, en prenant conscience de son ancien statut d’humain deviendra un meneur, sorte de Spartacus de l’horreur. Cette troisième catégorie, qui peut-être assimilable aux “homeless” ou aux habitants du tiers monde, sont les zombies, lie de la société, faire-valoir de jeux cruels. Les êtres sont personnalisés, “humains” et perdus. Le film alterne les scènes gores et de poésie – la traversée d’une étendue d’eau, une certaine manière de capter l’attention des zombies, les éviscérations en ombre chinoise -, et brille par la capacité de renouvellement du cinéaste. Ce quatrième opus de l’œuvre zombiatoire de George Romero – le magnifique “La nuit des morts-vivants” (1968), définitivement culte, “Zombie” (1978) et “Le jour des morts vivants” (1985), auquel on peut associer “The crazies – La nuit des fous vivants” (1973) – démontre les lettres de noblesse du cinéma fantastique, souvent révélatrices des peurs et des mentalités de toute une époque. C’est ici du grand art.

Eugene Clark

UNE ROMANCE ITALIENNE

Petit mystère des films exportables ou non dans une cinématographie étrangère. Il y a un manque de voir du cinéma italien, on fait une fête à “Nos meilleures années” par exemple, on croit voir un renouveau à chaque fois, un art qui renaîtrait de ses cendres. “L’amore ritrovaro” est un film de Carlo Mazzacurati, adaptation gnangnan d’un roman de Carlo Casola. Mais ici la collection Arlequin est reine, certes ce cinéma a une tradition longue de mélo : “Le téléphone blanc” accessoire du cinéma fasciste des années 30. Ce film se passe en 1936, mais il ne faut voir ces années là comme un décors, aucun encrage social, c’est à déplorer. Et quand on voit le sempiternel regard de cocker triste de Stefano Accorsi, vedette de “Juste un baiser” de Gabriele Muccino, on se dit que le temps va être très long. Delly, sort de ce film !, ,Voici le cinéma de gare avec une reconstitution d’une lourdeur assez pathétique.

Maya Sansa

Reste le joli sourire, un peu figé de la belle Maya Sansa, jeune fille un peu libre, mais ballottée dans un monde assez sectaire. Elle est très touchante mais c’est assez peu pour suivre une histoire, à moins que vous trouviez du charme, Mesdames au sieur Stefano (ou Messieurs ne soyons pas sectaires), car côté jeu d’acteur à côté Steven Seagal serait d’une expressivité hallucinée à côté.  Côte acteur le jovial Marco Messeri rafle la mise avec sa truculente composition de contrôleur, et on retrouve avec surprise les Françaises Anne Canovas en signora et Marie-Christine Descouard – connue pour le film de Claude Confortès “Le roi des cons” en austère mère de la belle Maria.

On tue le temps comme l’on peut, en s’attendrissant sur la belle version italienne d’une des plus belles chansons du monde, celle de Georges Brassens  : “Les passantes” d’après le poème d’Antoine Pol, diffusée au début du film, on s’occupe comme on peut…

LES PASSANTES d’Antoine Pol

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin
Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir


LE TRANSPORTEUR II

J’abomine relativement les versions françaises doublées, passant le plus clair de mon temps à vouloir mettre un nom sur une voix, pour peut que film soit flapi. Dans le désœuvrement complet d’un ugecetiste – possesseur de carte UGC -, je vais donc voir la dernière bessonnade “The Transportor II – Le transporteur II”, grosse machine sans âme transplantée à Miami et en français dans le texte pour deux bonnes raisons :

         1) il y a François Berléand – ça fait presque 20 ans que je le suis depuis qu’il déclarait que l’humain bouilli avait un goût de veau dans “Les mois d’Avril sont meurtriers” de Laurent Heymemann,.

           2) l’entendre se doubler lui-même, ce qui constitue une incongruité sympathique.

J’avais vu grâce à lui le premier opus du “Transporteur” en VO, de passage à Paris, il m’avait convié à une projection de presse – il y avait l’excellent Yannick Dahan, ce jour là assez érudit pour dire que la scène de luttes dans l’huile de vidange était plagiée d’un film d’extrême orient, je ne sais plus lequel, hélas. Le dossier de presse était sous forme de BD, ce qui convenait au style. Il ne faut pas voir une once d’originalité dans un préfabriqué Besson, à part la chorégraphie des scènes d’actions en général, ici Corey Yuen, véritable co-réalisateur du film. Ce type de produit manufacturé est au cinéma ce que sont les maisons Phoénix à la cathédrale de Chartres. François Berléand jouait l’inspecteur Tarconi, et se débrouille formidablement en anglais alors qu’il jure le contraire. Le film était divertissant, surtout grâce à la composition de Jason Statham renouvelant un tantinet le personnage solitaire d’action. 

François Berléand : C’est comment qu’on freine…

Il faut qu’il arrête de signer les scénarios tout seul le père Luc, car c’est le récit abracadabramtesque comme dirait l’autre, d’un kidnapping d’enfant – tendance “Léon” allié à une menace bactériologique cornichonesque. Il nous ressort ses personnages passablement grotesques, comme celui de la méchante mi-affreux-Jojovich, mi- Emma Sjöberg, passablement drôle, son traditionnel héros minéral mais humain, l’affreux mercenaire de service – Alessandro Gassman, fils de Vittorio, plutôt désinvolte -, les comédiens qui jouent les utilités – Matthew Modine, perdu de vue depuis Abel Ferrara mais qui tousse très bien, la mignonne de service Amber Valletta… Et tirons notre chapeau pour notre François national qui amuse une salle entière avec son personnage minimal du Tarconi en vacances. Reste qu’il n’est pas tendre avec l’écriture de son personnage. Il a déclaré en parlant de Luc Besson, avec sa franchise habituelle sur Europe 1 “…Ce n’est pas toujours très bien écrit, il pourrait retravailler un peu plus les scénarios, les rendre un peu plus intelligents. Ce film est destiné à un public jeune et c’est un peu primaire…”, source Yahoo. Il y a des morceaux de bravoures d’action, Louis Letterier – fils de François -, arrive à tirer son épingle du jeu de son statut de “Yes man”. Cette série de déclinaisons bessonniennes finit par lasser considérablement, montrant les limites du système des films estampillés-pilleurs et épuisants d’EuropaCorp.

MA VIE EN L’AIR

Vu hier proposé par l’UGC Cité-Ciné Bordeaux, un mois avant sa sortie “Ma vie en l’air” premier long métrage de Rémi Bezançon. Ca commence une comédie un peu mode, post-“Amélie”, on se met à redouter un nouveau “Jeux d’enfants” – film de Yann Samuell avec déjà Marion Cotillard -. Le film n’est pas d’une originalité folle, reprennant l’idée de départ d'”En chair et en os” de Pedro Almodóvar, l’autobus étant troqué contre l’avion, mais on finit par s’y intéresser et rire, surtout quand il y a une habituée au rire contagieux et communicatif – ça aide pas mal – et la chanson de Serge Gainsbourg “Ford Mustang” est très ciné génique.

Vincent Elbaz dans un personnage assez sensible, sorte de grand enfant triste est très présent, Marion Cotillard a beaucoup de charme et Gilles Lellouche – co-réalisateur de “Narco” et du court rigolo “Pourquoi… passkeu” dans un personnage assez stéréotypé de copain envahissant – mais toujours prêt à rendre service – arrive à lui glisser une drôlerie et voler aux autres pas mal de scènes.  Le cinéaste aurait pu s’adjoindre un co-scénariste, mais au final on passe un bon moment. S’il y a des défauts, de grands sous-utilisés – Maurice Chevit, dans un rôle subliminal de prêtre, déranger un si grand acteur pour si peu…, le couple improbable Marie Rivière, Gérard Loussine-. Mais il y a de bonnes idées “la boîte noire est orange… “, le personnage d’Eddy “La tchache” joué par Vincent Winterhalter, et une écriture teintée d’un certain spleen. Il y a des acteurs attachants, Didier Bezace, passant du suffisant, du grotesque au touchant – grand moment d’acteur quand il évoque sa mère -, Elsa Kikoïne – fille de Gérard – est bien, Philippe Nahon, Cécile Cassel et Tom Novembre arrivent à se dépatouiller de rôles convenus. En prime François Levantal – décidément irréprochable – arrive même à nous faire une scène d’anthologie, avec le personnage le plus redoutable à avoir comme voisin dans un avion quand on est phobique du lieu – idée assez rallongée sur le personnage de Vincent Elbaz -. Au final c’est un film prometteur et sincère.

L’ETE OU J’AI GRANDI

“Io non ho paura”, sorti en 2003 est une adaptation d’un roman de Massimo Ammaniti, connu en Italie et paru en 2001. On avait perdu un peu de vue Gabriele Salvatores, auteur de “Méditerraneo” (1991), et d’un film d’anticipation “Nirvana”. Dans un petit village des Pouilles écrasé de soleil, durant l’été 1978, un groupe d’enfants sont livrés à eux-mêmes et se livrent à de petits jeux cruels près d’une maison abandonnée. Michele – Giuseppe Cristiano très juste – un enfant de 10 ans promène une mélancolie. Il ne goûte que peu ces jeux puérils, et protège sa petite sœur. Il retourne seul sur les lieux, s’apercevant avoir perdu les lunettes de sa sœur… Je préfère ne rien dévoiler de la suite, lisez n’importe qu’elle critique et vous avez déjà toute l’histoire, il vaut mieux voir le film vierge d’informations. L’ombre de “La nuit du chasseur” le magnifique film de Charles Laughton, plane durant tout le film – les animaux de la nature, inquiétants deviennent protecteurs, la barque étant transformée par une bicyclette. La scène de la poupée cassée que la petite fille plonge sous l’eau, les cheveux ondulants comme ceux de Shelley Winters, est même une citation directe.

Gabriele Salvatores dépeint parfaitement la misère au soleil, et arrive à construire une inquiétude à partir d’un paysage superbe, un champ de blé pouvant être un refuge. Il dépeint les difficultés des adultes – les choix à faire durant la visite d’un vendeur ambulant, la mesquinerie et la bassesse dont ils peuvent être capables. Le titre italien (la traduction “Je n’ai pas peur” reflète mieux le film) qui n’est pas parfait – incohérence citées sur la fiche IMDB, dernière partie du film assez peu convaincante, la musique impeccable est un tantinet redondante -.  On retrouve un cinéma italien fort, un film à la hauteur des enfants. Des adultes on retiendra Aitana Sánchez-Gijón, mère sensuelle et cyclothymique et  Diego Abatantuono, acteur fétiche de Salvatores, en ami de la famille, pouvant très bien incarner un ogre dans le regard d’un enfant. C’est un film initiatique très ancré dans les années 70, et bénéficiant d’une lumineuse photographie. L’observation de la perte de l’innocence d’un enfant est très juste – Jean-Luc Douin, “Le monde” cite très justement Luigi Comencini : « …Encore jamais vu à l’écran, Giuseppe Cristiano lui donne une sensibilité craquante, rappelant les petits héros des films de Luigi Comencini, le Pinocchio désobéissant ou le frère mal aimé de L’Incompris.  Ce film solaire et inquiet est à découvrir.

NOUS NE VIEILLIRONS PAS ENSEMBLE

Ce film magnifique de Maurice Pialat en 1971, est une lucide analyse sans complaisance du point de non retour d’un couple. Rarement on a pu voir une telle âpreté, un tel réalisme, une telle cruauté. La genèse du film fut tourmentée, lire le formidable “Pialat” de Pascal Mérigeau (Éditions Grasset, 2002), Jean Yanne n’aura cesse de minimiser sa performance, suite aux nombreux différents entre lui, Jean-Pierre Rassam – qui apparaît d’ailleurs en guitariste – et Maurice Pialat. Yanne obtiendra un prix d’interprétation masculine, plus que mérité. Il a joué le rôle de Jean, personnage frustre, violent et assez détestable avec une humanité, de même Marlène Jobert obtient un de ses meilleurs rôles, avec celui de “Catherine”, femme touchante venant d’un milieu populaire, sans cesse rabrouée par Jean, voire humiliée comme dans la scène d’une incroyable crudité de son retour chez sa grand-mère. Jean comprend son amour au moment de l’ineductable seulement, Catherine devenant autonome, cessant de vivre dans une crainte permanente, préférant fuir de prime abord plutôt que de lui annoncer sa rupture.

Marlène Jobert & Jean Yanne

Comme Jean Eustache pour “La maman et la putain”, Pialat se sert de son vécu, Pascal Mérigeau raconte qu’il voulait retrouver certains détails de sa propre vie. Il porte un regard assez acerbe sur son monde et sur lui-même. Les autres personnages sont touchants, les hommes souvent assez absent, Harry-Max en père de Jean, vieillissant seul, et l’on voit un rapport père-fils avec lequel il n’y a que peux d’échanges, Jacques Galland en père de Catherine assez résigné ou Maurice Risch, confident triste. Les femmes sont plus fortes, Christine Fabréga – inoubliable dans le “Deuxième souffle” -, mère de Catherine lucide, Macha Méril en femme de Jean – il n’a toujours pas divorcé – personnage meurtri qui ne montre pas ses souffrances ou Muse Dalbray – une comédienne très touchante – en grand-mère qui se plaint d’avoir acheté une grande maison pour ses enfants qui l’ignorent. Le DVD du film propose des bonus exemplaires, dont un entretien avec Marlène Jobert, le regard de François Truffaut sur le scénario, des archives de l’INA, son court-métrage “La Camargue” et un ahurissant face-à-face Pialat-Lucien Bodard. Ce film est un classique désabusé et une des plus fulgurantes analyses d’un couple en perdition.