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UNE FOIS QUE TU ES NÉ

La critique attendait au tournant, ce film de Marco Tullio Giordana, seul film italien en compétition officielle au festival de Cannes 2005. On le sait, elle aime bien démolir, ce qu’elle a adulé, ici pour “Nos meilleures années” (2002), traversée fleuve très réussie de l’histoire de l’Italie. Le réalisateur renoue avec la tradition du néo-réalisme italien, en prenant pour base un livre de Maria Pace Ottieri. Il dresse un portrait de l’Italie contemporaine, et de l’immigration, dans un pays où traditionnellement on émigrait plutôt. Je pose un SPOILER, ici, si comme moi, vous voulez avoir le plaisir de voir le film, vierge de toutes informations. Le film retrace l’histoire de Sandro – Matteo Gadola, très juste -, âgé de 12 ans, fils d’un industriel, intelligent,  qui a toutes les chances pour démarrer dans la vie. Un été, il part en croisière sur un navire de plaisance, avec son père, Bruno – Alessio Boni, déjà vu dans “Nos meilleurs années”, en papa-copain -, et son ami propriétaire du bateau. Une nuit, il tombe malencontreusement à l’eau, il pense qu’il va mourir, mais est finalement sauvé grâce à un bateau d’immigrés 17 ans, et il est rapidement pris sous la protection de Radu, un jeune roumain en exil, accompagné de sa très jeune sœur…

Matteo Gadola 

Le film parle habilement de survie, pour Sandro, dans un élément qu’il n’était pas préparé à affronter, et dans cette épreuve, il va se retrouver face à la détresse d’une humanité d’infortunés abandonnés à un sort tragique. Sandro, va se trouver des capacités insoupçonnées, loin de son confort bourgeois. Le cinéaste évite le pathos, pour trouver la manière juste, de faire confronter deux univers, l’un aisé, l’autre, composé de ceux qui doivent fuir clandestinement de leur pays, et composer face à la roublardises de deux passeurs profiteurs, et l’intransigeance d’une administration peu compatissante.  Le cinéaste ne joue pas avec les rouages d’un scénario manipulateur, il nous donne des informations susceptibles de nous laisser entrevoir la vérité derrière l’apparence. Si on peut noter quelques maladresses, dont les scènes d’exposition un peu trop longues, Marco Tullio Giordana, montre bien les affres de l’adolescence, et la dure route pour arriver à la maturité. Si ce n’est le décalage de retrouver la musique de Georges Delerue,  “La peau douce”, nous ramenant à un curieux décalage, et quelques maladresses de scénario, le film reste probant, sans angélisme. La distribution de comédiens peu connus chez nous, à part Adriana Asti, en responsable d’adoption, est très juste, saluons la jeune Ester Hazan, très poignante dans le rôle de la soeur de Radu. Évitant tout didactisme, même si un peu lénifiant, il fait l’effort de parler de son époque, ce qui manque cruellement au cinéma français en ce moment. Le cinéma italien a tellement frappé nos mémoires cinéphiles, que l’on est toujours heureux d’avoir de ces nouvelles.

TOUT EST ILLUMINÉ

Nouvel héros à porter des lunettes, beaucoup plus discret – 10 salles seulement en France, 2 séances uniquement à l’UGC Bordeaux -, pour un film “Everything is illuminated” qui risque de passer comme un météore. C’est le premier film du comédien Liev Schreiber – qui a la même date de naissance que mézigue, ce qui, je vous le concède n’a strictement aucun intérêt -. Il est adapté du roman d’éponyme de Jonathan Safran Foer – qui fait un cameo dans le film -, que l’on décrit foisonnant. On découvre le personnage de Jonathan, joué par Elija Wood avec sensibilité, qui continue à vouloir casser après “Sin City”, son image frodonisée – allusion à la trilogie de Peter Jackson, et non à l’ineffable Jean-Michel, bien sûr -. Jonathan, a la manie de collectionner les objets retraçant le parcours de la vie de ses proches, qu’il met consciencieusement dans des sachets en plastique et qu’il accroche sur un mur. A la mort de sa grand-mère, il s’aperçoit qu’il n’a sur son grand-père juif ukrainien, qu’un ambre contenant un insecte et une photo de lui avec une inconnue. Le jeune homme au le regard bleu démesuré par de grosses lunettes, est végétarien et phobique. Il décide pourtant de partir en Ukraine, retrouver la femme de la photo, qui a aidé son grand-père à fuir le nazisme.

Elijah Wood & Eugene Hutz

Là-bas, un homme qui organise des trajets pour exploiter dit-il des juifs riches voulant retrouver leurs racines. Il laisse son fils Alex, baigné dans la culture américaine et se prenant des baffes en permanence, organiser l’expédition. Volontiers disert, il fait son éducation en expliquant que la pratique “69” doit son nom à la célèbre année érotique, il délaisse ses petites habitudes pour organiser le parcours ! Flanqué de son grand-père comme chauffeur, un homme fatigué et faux aveugle, et de sa chienne, complètement folle – joué par deux jumelles “Mickey” and “Mouse” -, nommée Sammy Davis jr. jr. en hommage au célèbre acteur. La rencontre avec Jonathan nous donne un beau choc des cultures,  le grand-père – Boris Leskin, marquant – d’un antisémitisme latent volontiers mutique, Alex – Eugene Hutz, une révélation – volubile réinventant l’Anglais et Jonathan, traversant des paysages à perte de vues. Le temps aidant et les différences de mentalités digérées, le quatuor se rapproche… Le regard chaleureux du réalisateur, concilie devoir de mémoire et loufoquerie, dans une ambiance visiblement influencée par l’univers de Kusturica. Il dresse en passant le marasme d’une Ukraine en crise, en nous montrant les combines obligatoires pour survivre, ou un panneau rouillé rappelant les dangers du nucléaire. Ce road-movie initiatique, est un drôle de beau voyage dans la mémoire – “Tout est illuminé par le passé”, est une des dernières phrases d’Alex – . Liev Schreiber a trouvé un ton brillant dès son premier film, et il livre en l’occurrence un bien beau film.

HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU

Difficile de passer à côté de ce film, vu le grand nombre de copies disponibles. Curieuse impression de prendre un train en marche avec ce quatrième opus des aventures d’ “Harry Potter and the Goblet of fire”, et sa fameuse coupe de feu. Je n’avais pas les précédents opus, pour cause de VF unique, pour les 2 premiers épisodes. Un couple de quadragénaire, à côté de mois, essayait de reconnaître les personnages d’après les romans, d’où une impression persistante, de louper quelque chose. Le roman foisonnant de J. K. Rowling, est donc repris version digest “darknessisé”, par un anglais cette fois Mike Newell, après quelques comédies réussies, d’où un côté d’effroi un peu “Hammerien” pas désagréable, et une atmosphère de collège anglais rajoutant de l’intérêt. Harry Potter est joué avec sobriété par Daniel Radcliffe, anti-héros aux lunettes incassables – il devrait faire breveter le concept, ses binocles résistant à tout -. Il subit toutes sortes d’épreuves et d’humiliations initiatiques. Les fêtes de fin d’année à “L’ école Poudlard”, sont marquées par le “tournoi des trois sorciers”, Harry Potter, est mystérieusement inscrit alors qu’il n’a pas l’âge requis. Le film remplit sa mission de divertissement, même si certaines scènes peuvent nous sembler nébuleuses. La pléthore d’effets spéciaux et la débauche de moyens aide à passer assez honorablement les 157 minutes, ce qui n’est pas une mince performance, pour les non initiés.

Les écueils sont ici nombreux, les premiers émois amoureux des jeunes héros, sont beaucoup moins subtils que chez Sam Raimi et son “Spiderman”, et les comédiens semblent désormais trop âgés pour les rôles, mais on peut comprendre l’attachement du public à les retrouver. L’histoire étant visiblement centralisée sur le personnage principal, ceux secondaires sont assez schématiques. D’où intérêt d’avoir comme ici la fine fleur des grands excentriques anglais, permettant par reconnaissance de faire exister immédiatement leurs personnages. On retrouve l’excellent Alan Rickman, en pince-sans-rire, Severus Snape, distribuant allégrement des baffes aux élèves bavards, Michael Gambon digne successeur de Richard Harris, en Albus Dumbledore, sorte de variation du Merlin l’enchanteur, Maggie Smith amusée Minerva McGonagall, Robbie Coltrane en Rubeus Hagrid énamouré, Miranda Richardson en journaliste pipelette, Ralph Fiennes impressionnant dans le court rôle de Lord Voldemort et Timothy Spall dans le rôle de son valet servile. Le mieux pourvu en rôle reste Brenda Gleeson, amusant professeur “Fol-Œil”, burlesque et disloqué. François Truffaut appelait le cinéma “L’art des contraintes” et dans ce cadre Mike Newell, ne s’en sort pas si mal.

Alan Rickman

LE MONTE-CHARGE

On doit à Marcel Bluwal, quelques riches heures de la télévision française. Subissant un ostracisme assez franchouillard, il n’a réalisé au cinéma que trois films “Le monte-charge” (1961), le cultissime “Carambolages” (1963) et “Le plus beau pays du monde” (1998), trois réussites, les deux premiers étant produits par Alain Poiré. “Le monte-charge” sorti en mai 1962, est un solide polar psychologique adapté du roman de Frédéric Dard. Une nuit de Noël, à Asnières, en banlieue parisienne, Robert Herbin – Robert Hossein, dans son registre habituel “taciturnus” -, interdit de séjour après une peine de prison, revient dans la maison de sa mère, morte durant sa détention. Il erre pendant que la population s’active pour les préparatifs du réveillon. Il est s’installe seul dans un restaurant, avant d’être intrigué par une mère de famille, seule avec sa petite fille de 5 ans. Une intimité s’installe entre eux, il les accompagne au cinéma, ne résistant pas à la prendre la mère par l’épaule. La jeune femme se nomme Marthe Dravat, c’est Léa Massari, ravissante, intrigante, et pas très farouche. Il l’accompagne jusque chez elle, un atelier de reliures. Pour accéder à l’appartement il faut prendre un monte-charge. Le mari est absent, Marthe déclare qu’il la trompe régulièrement, elle couche sa fille et met un peu de musique… Arrêtons ici la narration, l’intrigue étant très prenante et bien ficelée.

Marcel Bluwal analyse deux solitudes, à travers le retour de Robert, déboussolé. Il cherche de nouveaux repères, essayant de retrouver une émotion d’enfance en s’achetant une petite décoration de Noël. Le jeu très prenant de Léa Massari, qui venait de connaître un succès international avec “L’aventura” de Michelangelo Antonioni, et celui nerveux de Robert Hossein, rajoute à l’intérêt du film. Arrive aussi un troisième personnage, un concessionnaire automobile, hâbleur, nommé Adolphe Hery, joué par l’admirable Maurice Biraud, entre sympathie et roublardise. C’est une excellente composition pour ce formidable comédien dans un personnage rencontré de manière inattendue, lors d’un “Minuit chrétien” d’une messe catholiquet. On retrouve également l’indispensable Robert Dalban, ami de Robert Hossein et du producteur Alain Poiré, en commissaire bon enfant. L’histoire se déroule avec suspense, dans l’unité de temps d’une nuit de Noël, propice au spleen et à la mélancolie. Le regard est chaleureux pour le petit monde d’une banlieue bien française, on s’amuse à reconnaître une multitude de seconds rôles Charles Lavialle et Étienne Bierry en patrons de bistrot, Georges Géret et André Weber, en consommateurs belliqueux, Maurice Garrel en gardien de la paix s’attendrissant sur des décorations de Noël, Bernard Musson en passant, et même Henri Attal en spectateur de cinéma. Le film figure dans la filmographie officielle de Dominique Zardi, qui n’était jamais trop loin de son compère Attal, mais je ne l’ai pas reconnu ici. Soulignons la belle musique du talentueux et prolifique Georges Delerue, aidant à créer une atmosphère. Ce film qui concilie l’intrigue, en filmant avec humanité une banlieue triste des années 60, et la psychologie des personnages, donne au final une oeuvre singulière.

GENTILLE

Ravissement avec ce troisième film de Sophie Fillières, après “Grande petite” (1993) dont je n’ai pas gardé un très grand souvenir, et surtout “Aïe” (2000), d’une ironie décalée mordante avec sa sœur, Hélène, excellente comédienne. Emmanuelle Devos, joue avec humour et en n’hésitant pas à se lancer dans des scènes inconfortables, le personnage de “Fontaine Leglou”, nom qui l’a prédestiné à avoir un décalage sur le monde. Près de Beaubourg, elle s’arrête net devant un homme – Nicolas Briançon -, en le sommant de cesser de la suivre, ce dernier ne pensant qu’à son rendez-vous pour lequel il est en retard… Le ton est donné, singulier, avec un sens aigu de l’observation du quotidien et sa poésie parfois absurde.  Fontaine est une anesthésiste dans un hôpital psychiatrique grand luxe, elle vit avec harmonie, avec un dénommé Michel Strogoff !,  géologue aventurier, athlète de triathlon et spécialiste de la tectonique des plaques. Ce dernier aimerait la demander en mariage, mais rien n’est simple avec eux deux. Cette comédie névrotique, analyse des personnages maladroits,  de Fontaine culottée, avançant quoi qu’il arrive, de Michel – Bruno Todeschini dans le registre brun éthéré sensible – et Philippe un médecin gastro-entérologue borderline, soigné en clinique et tombant rapidement amoureux de Fontaine – Lambert Wilson, qui continue à jouer avec son image dans un rôle défait et  inquiet –  Sophie Fillières a un regard acide sur le monde, jouant avec une poésie constante des codes de digicodes, les chiffres au-dessous de verres Duralex, ramenant à Philippe a des souvenirs d’enfance, des banalités qui sont autant de repères pour ces personnages déboussolés.

Emmanuelle Devos

On passe ici à la crudité de certaines situations, à une sensibilité exacerbée, avec une qualité d’écriture assez rare dans notre cinéma national. La réalisatrice analyse notre langage, lapsus ou la musicalité des mots, et la difficulté de s’exprimer, d’où certains malentendus, les mots que l’on prononce n’ayant pas forcément le même sens pour son interlocuteur. On s’arrange ici avec ses névroses, on compose à l’instinct, et le public rit, se reconnaissant parfois en ses personnages. Une galerie d’acteurs accompagne le trio de comédiens, de trois échappés de l’univers d’Arnaud Desplechin : Magali Worth, l’inoubliable “Chinoise” de “Rois et reines”, passant cette fois dans le camp du corps médical, Michel Vuillermoz, en quidam dans un quiproquo frisant avec l’absurde et le toujours étonnant  Gilles Cohen, en médecin collègue de Fontaine, familier mais rancunier, de Michael Lonsdale et Bulle Ogier en parents de Michel, maniant la loufoquerie avec dextérité, le trop rare Éric Elmosnino en personnification inattendue du destin – le Jean Vilar des “Portes de la nuit” a désormais un sérieux concurrent -, Julie-Anne Roth en infirmière curieuse, Nicolas Vaude, en patient cinglé mais avec désinvolture, et Miglen Mirtchev en caricaturiste amusé. Laissez-vous embarquer dans l’univers subtil de Sophie Fillières, et de sa fantaisie inventive, loin de certaines comédies formatées omniprésentes ces derniers temps.

LÉON

Diffusion de “Léon”, film de 1994 sur TPS de Luc Besson, version intégrale, version 1996, concept à la mode dans les années 90, avant l’ère des Bonus DVD. Plus qu’une version “director’s cut”, ces 136 minutes, ne sont qu’un coup marketing, et on déplore finalement de ne pas voir la première version. N’ayant jamais vu ce film, ça permet ainsi d’appréhender la totalité des films de Luc Besson, à la veille de découvrir “Angel-A”, dont le marketing du secret devient franchement pénible, le réalisateur trouvant le moyen tout de même d’envahir les médias – il faut l’avoir vu dans l’émission “On ne peut pas plaire à tout le monde”, sauter comme un cabri, enthousiaste après avoir vu son film, et toiser de haut l’écrivain Bernard Werber, qui réalise un premier film, lui jetant un “c’est un métier” à la figure. On reste perplexe quand on le retrouve 45ème sur le top des 250 films les mieux notés sur IMDB ! Comme d’habitude schématismes et invraisemblances sont au rendez-vous. Ici, Léon – Jean Reno, qui trouve ici une sorte de passeport pour Hollywood -, est un “nettoyeur” solitaire et déraciné, vivant à New York, qui va recueillir malgré lui, Mathilda – Natalie Portman, éblouissante – âgée de 12 ans, rescapée d’un sanglant règlement de compte. Un policier corrompu a massacré sa famille, son père, sa belle-mère, sa demi-sœur et son frère pour un banal problème de drogue. La jeune fille, n’est traumatisée que par la mort de son petit frère, ne s’entendant pas avec cette famille tuyau de poile, ce qui est assez gênant.

Jean Reno & Natalie Portman

Grosses ficelles, violence graphique, et un peu d’humour – la vieille dame de la fusillade -, notre roublard Besson, recycle comme à l’accoutumé une histoire hyper convenue, il développe simplement le personnage du nettoyeur, déjà joué par Jean Reno dans “Nikita”, l’humour noir du personnage en moins. Il ne se contente de reprendre ici le personnage du “Samouraï”, joué par Alain Delon chez Jean-Pierre Melville, gardant l’idée du tueur mutique, et remplaçant les canaris par une plante verte (Bel effort, Luc, bel effort !). Il suffit ensuite de lui jeter dans les pattes, une jeune fille délurée, en mal d’amour, inversion du très beau “Gloria” de John Cassavetes et jeter un petit trouble nabokovien, et ça fait la farce ! Mais force est de constater que ça fonctionne, ne serait-ce que par les comédiens. Gary Oldman, cinglé halluciné, tendance chargeurs réunis, est étonnant, dans un rôle d’ailleurs plus grotesque qu’effrayant, et Dany Aiello renouvelle avec humanité, son personnage archétypal de “Padrino”. On s’amuse à reconnaître un Samy Naceri cagoulé et même l’apparition subliminale d’un Jean-Hugues Anglade, derrière une porte. La force du film c’est l’interprétation du duo Jean Reno et Natalie Portman – on ne peut que saluer le réalisateur pour avoir vu le talent de la jeune comédienne, et le potentiel de Jean Reno – Si c’est indéniablement l’un des meilleurs films de son auteur, bien inscrit dans ses limites, on a du mal à comprendre, l’engouement qu’il a auprès des spectateurs. Un fragment du dossier de presse du film “Angel-A” est déjà disponible sur  Pathé suisse ! Attendons de voir, la bande-annonce au noir et blanc publicitaire, nous laissant une appréhension…

LE CACTUS

Vu hier “Le cactus”, sortie mercredi. Décidément, à l’instar des “cordonniers les plus mal chaussés”, après Florence Quentin, en cette fin d’année, les films des scénaristes souffrent de leurs scénarios… Ici c’est simple, c’est “La chèvre” de Francis Veber (1981) + “Hommes, femmes, mode d’emploi” (1996) de Claude Lelouch. Rajoutons “Le grand fanfaron” (1975), l’un des sommets du film cornichon de Philippe Clair, avec Michel Galabru, Claude Melki et Micheline Dax, pour le côté nanar en Inde… Les scénaristes avouent avoir fait 21 version du scénario !, permettez-moi de rester perplexe. Le tandem Michael Munz et Gérard Bitton, dont les scénarios sont reconnus – Valérie Lemercier ne tarissait pas d’éloge envers eux, lors de sa “promo” -, et “Ah, si j’étais riche” était une réussite portée par l’humanité de Jean-Pierre Darroussin. La comédie repose ici sur l’éternelle confrontation de deux protagonistes, copains depuis l’enfance, l’hypocondriaque casse-pieds, fragile mais pour mieux rebondir – Pascal Elbé dans le rôle de Sami-, et le meilleur copain, solide, blindé, rancunier, se donnant pour son travail, et évidemment se prenant les pieds dans le tapis – Clovis Cornillac dans le rôle de Patrick Machado, digne successeur d’un Gérard Depardieu première manière -. Le principe “Pignonisant” est respecté à la lettre, c’est ici une nouvelle déclinaison de l’œuvre de Francis Veber, mais force est de constater, que le duo Elbé-Cornillac, fonctionne parfaitement.

Clovis Cornillac, un comédien tellement bon, qu’il vole la vedette à un singe !

Mais l’histoire se disperse, manque de rythme, le voyage en Inde est assez touristique, mais on a du mal à croire à leur pérégrinations. Les réalisateurs avaient ici matière à faire une critique de nos travers contemporains, ils n’utilisent que la mécanique du gag. Pour finir l’amalgame d’une médecine traditionnelle impuissante – curieux d’ailleurs que Michel Cymes dont on entend la voix, se prête à cette farce -, contre des soins ancestraux en Inde, et même assez malsaine. Très conventionnel, le film reste pourtant divertissant, si Jean-Pierre Darroussin ne fait que passer, et quelques seconds rôles flirtent avec la caricature, les médecins – Christian Charmetant et Éric Seigne – ou les producteurs TV – Jacky Nercessian et Élise Larnicol -, Pierre Richard compose un personnage efficace, même si peu présent – son “No soussaï” devrait faire son bonhomme de chemin et Alice Taglioni est touchante et séduisante. Ce film est l’occasion de confirmer le talent du tandem Elbé-Cornillac, qui ont une gamme de jeu très étendue, ils confirment qu’ils sont capables de passer du film d’auteur au divertissement avec dextérité. Il faut bien le dire, ils sauvent ici le film. À noter sur vos tablettes la diffusion de “Gris Blanc” sur Arte, vendredi soir, téléfilm de Karim Dridi, avec Clovis Cornillac en vedette.

L’OMBRE D’UNE CHANCE

Troisième salve pour les films de Jean-Pierre Mocky, en DVD, voir la notule, de ce blog. On peut rajouter donc 7 autres à la collection, avec “Un couple” (1960), “L’ombre d’une chance” (1973), “Litan, la cité des spectres verts” (1981), “La machine à découdre” (1985), “Le miraculé” (1986), “Une nuit à l’assemblée nationale” (1988), “Ville à vendre” (1991). “L’ombre d’une chance” est une comédie dramatique, avec Mocky en acteur principal, faisant suite à “Solo” et “L’albatros”. Mais on retrouve cependant son côté farce, et un ton libertaire. Il est Mathias Caral, la quarantaine, qui a abandonné son poste d’ingénieur pour devenir un brocanteur bohème. Marginal, frondeur, il se donne un rôle de séducteur, aucune femme se semble d’ailleurs résister à son charme. Il est amoureux de la belle Sandra – Jenny Arasse, so charming -, 20 ans plus jeune que lui, qui l’honore d’une gâterie dans son camion. Ils rentrent vannés, et trouvent chez eux, une sorte d’entrepôt  aménagé en appartement, un homme assez austère, qui n’est autre que Michel – Robert Benoît – le propre fils de Mathias, qu’il  a eu à 14 ans. En voyant cet homme, le visage mangé par une grande barbe, Sandra pense qu’il est plus âgé que son père. Il est venu avec sa compagne, Odile – Marianne Eggerickx, petite filmo en 5 ans -, qui est du même âge que Sandra… La bande annonce en bonus se termine par “Interdit au moins de 18 ans, hélas !”. Mocky qui a toujours eu le don de sentir l’air du temps, traite de la liberté des moeurs, dénude très largement ses actrices, et s’offre même un insert hot, de pénétration de manière frontale.

Le film tourné en 1973, est donc précurseur le sexe envahissant à l’aube des années 70, les salles obscures, c’est donc une des premières utilisations de scènes sexy et réaliste hors du créneau du film pornographique. Selon le réalisateur dans l’un des bonus du film, le film a battu des records, pour cet atmosphère sexy.  Lire la passionnante étude, à ce sujet de Christophe Bier “Censure-moi” (Éditions L’esprit frappeur, 2000) -. Mocky joue donc avec les convenances. Il se montre trivial, tout en restant assez romantique. Il critique l’hypocrisie des institutions, la libération sexuelles, se moquant des jeunes bourgeois se prétendant libres, ou des huissiers rapidement humiliés. Ce film est de la veine de ses meilleurs films, Mocky ayant toujours le génie des lieux et des décors, voir la manière dont il aménage l’appartement surchargé véritable bric-à-brac baroque. Ce rapport père-fils est assez bien vu, les personnages féminins, sont touchants, il s’intéresse ici aux femmes, à l’image des conversations crues entre Sandra et Odile, ou le personnage d’Huguette, femme esseulée. On retrouve ici moins ces personnages haut en couleurs, les habitués, Roger Lumont, excellent en bon copain rigolard, et Michel Bertay en austère huissier, et les petits nouveaux Juliette Fabert, gloire des années 30 et Robert Lombard en bourgeois maniéré. On retrouve ici de jeunes interprètes dont surprise Myriam Boyer – Muriel Boyer au générique ! -, qui parle avec chaleur du film dans un des bonus et Caroline Sihol, en jeune bourgeoise délurée. Pour l’anecdote, cette dernière avait parlait dans feu l’émission “Le club”, sur Ciné-Classic, du tournage du film, Jean-Pierre Mocky faisait dormir ces jeunes comédiens dans les décors, ce qui lui faisait économiser à la fois l’hôtel et les frais de gardiennage ! Cette nouvelle sortie permet de redécouvrir le talent de son réalisateur – “L’ombre d’une chance” n’est visible qu’en VHS -, il mérite mieux que les clichés perdurant à son propos.

LORD OF WAR

Avant-première hier soir du film “Lord of war”, à l’UGC Ciné-Cité Bordeaux, suivi d’un débat passionnant avec trois représentants d’Amnisty International, qui conjointement avec Oxfam et le RAIAL, a lancé la campagne “Contrôlez les armes”, voir lien suivant : controlarms.org. Le film d’Andrew Niccol, réalisateur du culte “Bienvenue à Gattaca” (1997), et de “Simone” (2001), n’a pas réalisé ici un film didactique, mais une farce corrosive et très cinglante. Inspiré de faits réels, ce film est très documenté. Il narre l’histoire de Yuri Orlov – joué par Nicolas Cage -, un Ukrainien, qui est arrivé aux États-Unis avec ses parents qui se sont fait passer pour des émigrants juifs. Lui et son jeune frère Vitaly – Jared Leto – travaillent dans le petit restaurant familial de “Little Odessa”.Il a la révélation de sa vie, au début des années 80, en assistant à un règlement de compte sanglant. Il décide de faire commerce dans les armes. Il devient très vite un trafiquant international, doué pour les langues et ayant un sang froid à toute épreuve, il devient très vite par sa réactivité, son ingéniosité et son sens de la négociation, un courtier en armes prisé des dictatures. Il s’offre même le luxe de rencontrer le fantasme de sa jeunesse, Ava – Bridget Moynaham -, un mannequin international, de la même origine que lui. Il s’organise très vite, malgré un concurrent très installé Simeon Weisz, qui le méprise – Ian Holm, tout en retenue -, la détermination d’un agent d’Interpol, le trop probe Jack Valentine – Ethan Hawke, déjà présent dans “Bienvenue à Gattaca” -, qui le poursuit obstinément, et les rapports avec un dictateur africain, André Baptiste Sr, cruel et sadique, et qui représente une sorte de reflet moins respectable. Vitaly nostalgique de l’Ukraine, sombre dans la drogue – nouvelle déclinaison pour Jared Leto, de son rôle dans “Requiem of a dream” -.

Nicolas Cage

Respectabilité, Yuri se sent invincible, trouve des parades dans les vides juridiques pour déjouer les problèmes, sa petite famille ne se posant pas trop de questions quant à sa fortune. On suit l’histoire à travers le regard de son personnage amoral, de 1982 à 2001, joué avec la folie nécessaire par l’impressionnant Nicolas Cage, en suivant ses contradictions, son côté ignoble assumé, et son cynisme exacerbé, relaté par lui-même souvent en voix off. Le texte est formidablement écrit, de la nécessité de commencer une relation amoureuse par un mensonge, alors qu’il en est l’apanage obligatoire à la fin, ou du témoignage de ne pas avoir vendu d’armes à Ben Laden, dans les années 80, car il avait la réputation de faire des chèques en bois. On suit ce trafic qui nous rappelle vérités – le personnage est inspiré de 5 trafiquants réels -, l’essor de la vente d’armes à la fin de la guerre froide, et une vision acerbe des dictatures des pays africains. Le film, très critique avec les États Unis – nous rappelant au passage que la France est le troisième exportateur mondial d’armes -, a eu énormément de difficultés à se monter, les comédiens ont accepté un effort financier, et c’est l’apport d’un Français, le producteur Philippe Rousselet qui a permis au film de se monter. Le tournage a d’ailleurs débuté en pleine guerre en Irak. C’est un film qui fait froid dans le dos, sans que l’intérêt ne baisse à aucun instant, ainsi qu’un portrait à charge de ceux qui ne veulent pas savoir. L’humour noir omniprésent, aide à réfléchir sur une situation planétaire particulièrement dramatique. Une œuvre très documentée, à la fois divertissante et nécessaire. Sortie le 4 janvier 2006.

UNE BELLE JOURNÉE

On se dit, encore une comédie dramatique anglaise, surfant sur le succès de “Billy Boyd” et “The full monty”… On visualise déjà les grands sentiments dégoulinants, l’éloge de l’abnégation face à l’adversité, excentriques anglais de rigueur. Ce n’est pas le cas avec ce film “Une belle journée” : “One a clear day” en V.O., il serait vraiment dommage de passer à côté de ce film, avec cette appréhension suites à plusieurs déclinaisons du genre. Nous sommes certes ici terrain connu d’une comédie sociale, mais la réussite est au rendez-vous. Frank, la bonne cinquantaine, est licencié de son travail dans un chantier naval en Écosse. Son caractère revendicatif faisait de lui un des premiers de la liste. Sa vie bascule, il prend un malaise vagual pour une crise cardiaque. Cette perte de repères va lui donner conscience du fragile équilibre qu’il avait au sein de sa famille sinistrée par la crise, dont sa femme et son fils père de deux jumeaux – joué par le poignant  Jamie Sives -. Dans le rôle de la femme de Frank, Joan on retrouve Brenda Blethyn, saluée à Cannes pour “Secrets et mensonges”, et qui s’était déjà révélée à l’aise dans la comédie dans “Saving  Grace”.. Avec brio, elle compose une femme qui prend sa destinée en main, en passant le permis de conduire pour conduire en bus. Peu sûre de réussir à l’obtenir, elle le fait à l’insu de son mari. Frank, lui, trompe son ennui avec ses compagnons d’infortune, qu’il retrouve régulièrement à la piscine. Une idée saugrenue lui vient alors par défit, traverser la Manche, en plein hiver à la nage, histoire de se prouver à lui même, que sa vie a encore un sens…

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, la réalisatrice Gaby Dellal, comédienne de théâtre essentiellement,  réussit avec humanité à se jouer des clichés et créer une petite communauté crédible, et émouvante. L’humour est constamment présent, détaché mais assez corrosif, avec de formidables trouvailles, à l’image des mouettes particulièrement à l’affût des passagers d’un ferry, souffrant du mal de mer (Je vous laisse découvrir pourquoi) ?. L’interprétation est excellente ici, de Peter Mullan touchant de retenu,  Sean McGinley, sorte d’Édouard Balladur décharné – son personnage se nomme d’ailleurs Eddie, est-ce un hommage ? -, qui pour l’anecdote, a d’ailleurs appris à nager pour ce film, Billy Boyd, le jeunot de la bande, hilarant Dany – le fameux Pippin de la trilogie du “Seigneur des anneaux” – , Benedict Wong restaurateur réservé et humilié, qui retrouve la parole par une émulation amicale ou Ron Cook, en célibataire endurci après une déception amoureuse. C’est la bonne surprise de ces derniers mois, histoire de prouver encore une fois que le cinéma anglais a toujours du ressort.

Billy Boyd, Benedict Wong, Ron Cook, Peter Mullan & Sean McGinley