Avant-première le 7 juin dernier à l’UGC-Cité Ciné, du second film de Martin Valente en présence de son réalisateur, Sara Martins, Jean-Pierre Darroussin et François Berléand. Beaucoup de raisons de se réjouir, retrouver François Berléand venu finalement malgré un planning chargé, Jean-Pierre Darroussin qui garde toujours une attention particulière à son public avec une sympathie inégalée, Sara Martins rencontrée à l’avant-première du premier film de Martin Valente, le très réjouissant “Les amateurs” et son réalisateur qui avait eu une excellente initiative, proposer un carnet de route sur son film. Avec son blog, élaboré avec la complicité du musicien du film, Denis Mériaux. On ne peut que les féliciter car c’est un projet unique dans notre cinéma hexagonal, Suivre toutes les étapes de son film du tournage à la post-production. Le réalisateur ayant un goût pour l’écriture, il a tenu à bout ce projet, nous faisant suivre son parcours créatif avec beaucoup de sensibilité et d’enthousiasme. Un projet singulier mené à bien, nous donnant envie bien évidemment de découvrir son film. Le plaisir de découvrir ce film plaisant est donc augmenté par ce travail préalable, on ne peut qu’encourager d’autres artistes à agir de la sorte. On découvre 6 personnages non pas en quête d’auteur, car Le film évite les pièges du film choral, par sa qualité d’écriture, d’émotions et d’humour. Ils sont à un tournant de leur existence, menaçant de laisser envahir par une grande mélancolie. Paul – François Berléand toujours aussi excellent dans un personnage blessé – est un cinéaste réputé dont le film connaît un insuccès complet, et qui s’interroge sur sa capacité à rebondir en acceptant avec peu d’enthousiasme de le défendre dans un festival à Lisbonne. Sa femme Hélène – la trop rare et sous-utilisée Caroline Cellier – à la garde de son petit fils répondant au doux prénom de Ross, dépassée par cette charge, elle reconnaît ne pas avoir un instinct maternel très prononcé et se retrouve malaise avec cet enfant. Vince – Jacques Gamblin, probant en inspecteur de police vivant d’espoir – enquête sur un trafic de drogues, tout en visitant régulièrement sa femme à l’hôpital. Elle est dans le coma, mais il persiste à rester avec elle, malgré l’absence d’amélioration, suscitant l’admiration du personnel soignant. Nina, une jeune femme un peu paumée – éblouissante Sara Martins – , part avec son amie Isa, une marginale délurée – excellente Élodie Yung -, en week-end à Lisbonne. Enfin Yves – Jean-Pierre Darroussin toujours aussi juste – est un pharmacien de province, esseulé qui a des problèmes avec un chien encombrant venu prendre la place de son chat, il accepte de donner des médicaments de substitution à Nina – Marie Gillain probante – une jeune musicienne et droguée.
Sara Martins & Jean-Pierre Darroussin
Ces vies en parallèle qui vont se croiser parfois, sont décrites avec beaucoup de subtilité. Martin Valente réussit comme dans son premier film, à alterner les scènes d’émotions parfois poignantes avec un humour ravageur et une cocasserie bienvenue. Les personnages sont parfois englués dans leurs problèmes. Ils sont dans une période où il ne voient aucunement le moyen de trouver une issue, comme parfois dans la vie. Contrairement à d’autres films ayant la même construction, où quelques interprètes parviennent à tirer leur épingle du jeu, tous les protagonistes du film sont ici formidable. François Berléand se régale avec les situations avec son humour habituel – il vaut le voir avec un sac poubelle ou déambuler dans un hôtel vêtu par une serviette de bain -, tout en faisant preuve d’une belle humanité. Jean-Pierre Darroussin est touchant avec son personnage d’homme bon, qui semble être passé à côté de sa vie. Caroline Cellier donne une grande présence à son personnage dans son rôle de femme mûre désabusée. Marie Gillain déjoue les clichés d’une “junkie”, en défendant un personnage blessé mais qui reste clairvoyant. Jacques Gamblin, avec retenue nous fait partager la grande détresse de son rôle, qu’il cache derrière une grande dignité. Le talent de Sara Martins éclate ici, en jeune femme cherchant un sens à sa vie. Ses rencontres avec son partenaire François Berléand sont irrésistible. Le film bénéficie d’une construction soignée, tous les personnages ont une part égale, et on les retrouve finalement au moment où l’on a envie de les revoir, tout en essayant de découvrir leurs dénominateurs communs. Derrière le calme apparent de villes touristique ou de provinces, Martin Valente réussit avec beaucoup de minute, à décrire les moments où dans sa vie l’on peut se sentir démuni face à l’absurdité des choses. Mais il y a aucune complaisance ici avec le malheur, les personnages cherchent à s’en sortir, parfois avec une drôlerie salvatrice. Il faut aussi saluer la musique de Denis Mériaux, et la bande-son en général, donnant une unité au film.
François Berléand et Sara Martins
Grâce à la fidélité de François Berléand, j’ai donc eu le grand plaisir de retrouver l’équipe du film, à l’issue de la projection, jusqu’à une heure joyeusement indue de la nuit. J’avais raconté ici même avoir rencontré François sur l’avant-première du film de Thomas Bardinet “Les âmes câlines”, et l’homme est resté depuis ce temps accessible, disponible et d’une grande gentillesse qu’il cache parfois sous des dehors faussement cynique et d’une drôlerie inouïe. Il parle toujours avec liberté, du trop grand nombre de ces dernières prestations télévisuelles ou de son métier. J’avais eu la chance il y a peu de l’applaudir dans “L’arbre de joie” au théâtre, grand souvenir également sur cette pièce gardienne de beaucoup d’émotions et l’occasion de voir la grande force chez la comédienne Maruschka Detmers et de découvrir l’étendue du grand talent de Marie Parouty, comédienne cultivée et d’une grande intelligence. Le plaisir ici était comme à chacune de nos rencontres toujours aussi probant, avec le bonheur de le voir avec Jean-Pierre Darroussin, énorme capital de sympathie. Ce comédien est d’une grande finesse, a un grand sens de l’observation et a une acuité sur le monde remarquable. Étrangement François Berléand et Jean-Pierre Darroussin, bien que d’une même génération, n’a jamais vraiment joué ensemble. Ils se sont croisés qu’à deux reprises, car il n’ont aucune scène ensemble sur “Fragile(s)”, dans un téléfilm de Robert Mazoyer “Un homme” diffusé en 1997, et dans un film resté inédit – mais acheté par Arte disaient-ils – “Le souffleur” de Franck Le Witta, en 1985 produit par Robert Guédiguian. François récitait à la Guitry les intervenants et l’équipe du film, tout en campant un chauffeur de taxi. Découvrirons-nous ce film un jour ? A les voir parler spectacle, football ou politique, je me suis régalé à les écouter, en imaginant pouvoir retrouver ce duo inédit et aimable sur un grand écran. Une idée peut-être à soumettre à Martin Valente pour un prochain film. Ce dernier a une personnalité attachante, un vrai plaisir de l’écriture et un grand amour des comédiens. Nous avons donc beaucoup à attendre de cet homme passionné. Et puis il y avait la grande joie de retrouver Sara Martins, dont il est impossible de ne pas tomber sous le charme, “comme sous la mitraille” comment disait la chanson. Le charme de cette jeune comédienne n’a de rival que son intelligence. Elle est d’une lucidité remarquable sur le métier d’acteur. De son parcours brillant au théâtre, avec Michel Bouquet, Sotigui Kouyaté et Peter Brook, elle garde une grande admiration. De celui de la télévision, plus contraignant, elle y voit un moyen de progresser, face au jeu des contraintes, à l’instar de la curieuse aventure dans la série “Les secrets du volcan”, en pleine épidémie du chikungunya à la Réunion. Elle doute parfois, analyse avec justesse les travers du manque d’imagination de certains créateurs, dans le pays des étiquettes. Avec ce film, elle trouve un rôle à la mesure de son talent, souhaitons que le cinéma la gâte, sinon c’est à désespérer. Une si agréable compagnie m’a fait gardé intacte l’irrésistible séduction de ce film à découvrir mercredi prochain.





Avant-première à l’UGC-Ciné Bordeaux le 23 mars dernier, du premier long métrage de Magaly Richard-Serrano, en sa présence et celle des comédiens Richard Anconina, Louise Szpindel et Stéphanie Sokolinski. Après le premier film de Carine Tardieu, c’est à nouveau une excellente surprise – on était plus habitué à la mode assez laborieuse des premières réalisations de “pipoles” ces derniers temps -. La réalisatrice met en scène le milieu de la boxe française, loin des stéréotypes habituels de ces types de films – le chant du cygne de Sylvester Sallone dans son curieux retour aux sources dans “Rocky Balboa”, flirtant avec le hautement improbable -. A la voir ainsi charmante, enceinte de 8 mois, la grossesse rayonnante, on ne se douterait pas qu’elle fut deux fois championne de France de ce noble art dans son adolescence. Elle a bien connu le parcours des deux jeunes héroïnes de son film. L’histoire, Joseph vivote en affrontant les difficultés économiques d’un petit club de boxe qu’il dirige en région parisienne. Il entraîne avec sévérité sa fille Angie – Louise Szindel, étonnante de colère rentrée – et sa nièce Sandra – Stéphanie Sokolinski, un joli tempérament frondeur -, pour les prochains championnats de France. Elles sont complices, même si une petite rivalité sourde existe entre elle, les deux comédiennes font d’ailleurs preuve de beaucoup de justesse. Joseph ignore souvent sa femme Térésa – Maria de Medeiros, surprenante en blonde -, dont la sœur décédée était la mère de Sandra, elle tente de s’échapper de sa condition en se confiant parfois à une animatrice radio – la voix de Macha Béranger -. Le jour de la finale arrive, Angie semble être submergée par le trac… A l’évocation du film, on s’attend de voir une variation sur “Million dollar baby”. En fait le scénario est écrit avant la sortie du film, la réalisatrice ayant eu des difficultés à monter son film. Mais bien qu’ayant adoré le film de Clint Eastwood, l’approche n’est pas du tout la même, personnellement je n’ai plus du tout pensé à son auguste prédécesseur en voyant l’univers de Magaly Richard-Serrano. 











Avant-première le 10 janvier dernier, de “Truands”, à l’UCG Cité-Ciné Bordeaux, en présence de son réalisateur, Frédéric Schoendoerffer. Après avoir démythifié le milieu de la police : “Scènes de crimes ” et de l’espionnage “Agents secrets”, il s’attaque ici au monde des truands. Tel un entomologiste, avec son scénariste Yann Brion, il dissèque les mécanismes du grand banditisme. Il présente d’ailleurs son film – avec une formule répétée à l’envi durant la promotion du film -, comme un “Microcosmos chez les voyous” – on retrouve d’ailleurs Bruno Coulais à la musique -. La violence réelle n’est pas complaisante ou graphique à l’instar du sinistre Mel Gibson et son nauséeux “Apocalypto”. Il a tiré les leçons d’un Martin Scorsese, on s’attendrait presque à voir déboulé Joe Pesci sur l’écran. Schoendoeffer, a d’ailleurs dû édulcorer certains faits réels, il en était question dans l’excellente émission de Frédéric Taddeï sur France 3, “Ce soir ou jamais”, en présence de spécialiste. Le parti pris n’est pas de faire une stylisation d’un Jean-Pierre Melville, qui prenait son inspiration dans le cinéma américain – il avait une adoration pour le coup de l’escalier de Robert Wise. Olivier Marchal avait dû faire quelques concessions pour son “36, quai des orfèvres”, pour éviter l’interdiction au moins de 16 ans. Le romantisme du “voyou” au grand cœur, est abandonné pour une vérité frontale. Nous sommes loin du folklore et des poncifs habituels sur les milieux de la pègre en région parisienne. Le doigt est mis ici, comme le dit son auteur, sur l’esprit gaulois, frondeur et indépendant, expliquant l’échec du système mafieux en France. La femme est traitée comme un objet, la brutalité est le langage basique de cette poignée d’hors-la-loi. Il y a des codes, des lois, le réalisateur démontant les trafics et braquages divers. Une poignée d’hommes règne sur des hommes de mains corvéables à merci, et vivent dans un luxe ostentatoire, dominant un petit territoire. Le réalisateur révèle qu’il a voulu éviter toute sympathie avec ses personnages, évoquant la petite famille de la saga des “Parrains” de Coppola, avec laquelle on finit mine de rien par s’y attacher. Le réalisme ici apporte une distance, des détonations des armes, à la manière de ces bandits à vivre dans une autarcie. 
Que 2007 soit pour vous une source de multiples réussites professionnelles et privées ! C’est le moment où jamais de souhaiter que cette nouvelle année comble et apporte tout ce qu’un cœur vaillant peut souhaiter – si on survit bien sûr aux prochaines élections présidentielles… -. Foin de platitudes et d’usages usés pour saluer l’excellent Pascal Thomas venu présenter le 19 décembre dernier son avant-dernier film en avant-première – il vient de terminer “L’heure zéro”, nouvelle adaptation de l’œuvre d’Agathe Christie, après “Mon petit doigt m’a dit”, avec Danielle Darrieux et François Morel -. Venu avec des amis, dont la comédienne Evelyne Bouix, il nous a communiqué sa bonne humeur habituelle – c’est la troisième fois que je le vois -. “Le grand appartement” était un projet qu’il avait dû abandonner suite à la désaffection de dernière minute de TF1, qui n’avait pas apprécié les changements dans le scénario initial. Il a enchaîné avec “Mon petit doigt…”, avant de le reprendre, en ayant l’idée de féminiser le rôle principal – il devait être tenu par Vincent Lindon, puis Jean Dujardin -. Le ton du film est assez désinvolte, de même la forme moins maîtrisée que d’habitude – on peut s’amuser à compter le nombre de passage des perches de la prise de son -, mais l’enthousiasme du réalisateur est toujours présent, grâce à son inimitable style libertin-libertaire. Un couple bohème, Francesca et Martin Cigalone – se trouvèrent fort dépourvus, quand la bise fut venue ? -, bénéficie de la fameuse loi de 1948, loi sociable, due à la crise du logement suite à la seconde guerre mondiale, “obligeant les autorités à prendre des mesures contre la flambée des loyers en les fixant par décret .. .” (source 