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EDY

“À sa naissance, il n’est donné à l’homme qu’un seul droit : le choix de sa mort. mais si ce choix est commandé par le dégoût de sa vie, alors son existence n’aura été que pure dérision”, Jean-Pierre Melville dans “Le deuxième souffle”, cité dans le scénario d'”Edy”. C’est évidemment avec beaucoup d’impatience que j’attendais “Edy” de Stephan Guérin-Tillié, le problème compte tenu de l’article précédent, voir ICI, est évidemment le manque d’objectivité – mais en temps normal, je ne crois pas trop à cette notion des choses ici – et de faire dans la vile flagornerie, mais quand je n’aime pas un film, je préfère le tenir sous silence comme l’un des films précédents avec François Berléand sorti cette année. Je vais donc en causer librement. Edy, cœur lent, est un assureur véreux comme dans “Ma petite entreprise”. Il est fatigué de vivre et des escroqueries  à l’assurance, avec des morts à la clé, organisées par son mentor, Louis Girard – Philippe Noiret qui trouve là un de ses meilleurs rôles depuis un moment -. On retrouve la scène du court-métrage en noir et blanc “Requiems”, dans une carrière, où Edy doit procéder à de bases œuvres en compagnie du guignol –Laurent Bateau, qui tend à la drôlerie remplaçant Daniel Rialet qui était plus tragique- court-métrage visible dans le DVD édité par Studio, consacré aux œuvres filmées de comédiens. L’écriture du film est plus complexe que l’on veut bien le dire, et loin de se laisser aller à des procédés – le split-screen reproché par un critique – Stephan Guérin-Tillié a réussit à installer un climat, grisaille et jazz obligatoire.. Il exploite les non-dits et les situations, avec beaucoup d’humour – le mort revenant hanter Edy, dans une émission de Julien Lepers, Edy bras cassés retrouvant la posture de la marionnette du vrai guignol.

Yves Verhoeven & François Berléand

Il y a des réelles trouvailles, tel le conseil de discipline des assureurs dans un bowling,  joué avec rythme par Roger Souza, dégonflé patenté, Jacques Spiesser, Céline Samie, et l’ex “garçon plein d’avenir”, Olivier Brocheriou. Le film procède à une lente dépression du personnage d’Edy, blasé, qui ne retrouve plus aucun sens de sa vie, et va finir par tomber dans une spirale infernale, ne pouvant compter que sur le soutien de Louis, personnage roublard mais qui a un sens de l’honneur à l’ancienne. La distribution est particulièrement soignée, mention spéciale à Yves Verhoeven en inspecteur sarcastique et décalé – il faut le voir mener son enquête avec flegme et cynisme – Pascale Arbillot en secrétaire défaite, Eric Savin en employé des pompes funèbres attachant et naïf, Cyrille Thouvenin en skin-head, Marion Cotillard en fantasme, le moindre rôle est soigné – Marie Pillet, en voisine énervée, Dominique Bettenfeld et Steve Suissa en pilier de comptoir.

François Berléand & Philippe Noiret

Ce film n’est pas encombré par les influences du metteur en scène. On pense à Melville, bien sûr. Plus qu’un exercice de style, il y a une proximité avec les personnages, un bel humour noir et une écriture soignée : le monologue où le personnage de Louis, évoque ce qui le fait bander. La confrontation entre Philippe Noiret et François Berléand est jubilatoire, ce sont bien deux comédiens d’une même trempe, le rapport maître-élève est le moteur de la vie d’Edy, on comprend bien qu’il lui faille passer au-delà de cette relation pour s’affirmer. Et puis il y a François Berléand, désabusé, toute la peine du monde sur ses épaules, mais s’illuminant de sa superbe en évoquant des techniques de ventes et retrouvant “L’énergie du désespoir”. Qu’il déambule sous la pluie, pose son spleen sur une balançoire, tente de résister aux difficultés, il est magnifique de subtilité et est au sommet de son art. On n’imagine d’ailleurs pas son personnage interprété par quelqu’un d’autre et comme dit Julien Lepers dans le film “on ne dit jamais assez aux gens qu’on les aime !”. Ce film mal accueilli semble-t’il par certains, mérite le détour, le public semblant lui, l’apprécier malgré une critique infondée – mention spéciale aux “Cahiers du cinéma” – d’une crétinerie abyssale et gratuitement négative, peut-être parce que l’on a toujours du mal à voir sa médiocrité ainsi lucidement exposée.

KEANE

“Keane” quatrième film de Lodge Kerrigan est un film âpre, poignant et déstabilisant. Moins accessible de “Claire Donan”, le parti pris du metteur en scène est de suivre dans sa pathologie le personnage de William Keane en plan serré et de ce fait nous donne à partager sa souffrance sans nous laisser d’échappatoire, les décors étant neutres ou dans le flou. La tension domine ce film, qui peut déstabiliser à l’instar de mon voisin de fauteuil, qui devait trouver le temps long, regardait sa montre, et sautait comme un cabri pour marquer sa désapprobation vis à vis de sa femme qu’il avait accompagnée. Qu’il soit passé à côté d’un grand film tant pis pour lui, humainement il n’en valait pas la peine. La vision prenante et sidérante de ce film qui supporte tel traitement avec un tel voisinage ne peut que mériter le respect. Le personnage du film revient avec une coupure de presse sur les lieux de la disparition de sa fille, histoire de trouver un élément moteur et peut-être pour l’aider dans son travail du deuil. Les degrés de lecture du film sont suffisamment rires pour qu’une ambiguïté  demeure sur la véracité des faits réels, mais le plus admirable est la lutte de chaque instant de cet homme meurtri, seul et survolté, malgré son incapacité à gérer la souffrance.

Damian Lewis

Comme disait Jean-Luc Godard, “c’est la marge qui tient le cahier”, le film montre aussi notre incapacité à faire preuve d’empathie envers une personne au comportement déroutant, William Keane doit seul chercher son salut, trouver des exutoires, seul la rencontre d’une petite fille de 7 ans – l’âge de sa fille – la petite Abigail Breslin, très juste -, lui redonne espoir. On le sent près à basculer dans la tragédie à tout instant. Le film gagne en intensité, de par son regard clinique, et la très subtile et formidable prestation du comédien Damian Lewis, qui nous donne une empathie presque immédiate avec son personnage, dans ses dérives, ses soliloques, sa rage de garder son identité et son évolution. Son jeu naturaliste est dû à de nombreuses répétitions. Le résultat est suffisamment fort, pour que l’on oublie toute velléité d’un effort de la composition, pour arriver à la vérité du personnage. Ce témoignage accablant de notre société moderne est un film brûlant, sincère et très fort et est l’un des rendez-vous les plus forts de cette année au cinéma.

UN PEU DE GRIVOISERIE UN JOUR DE TOUSSAINT…

 

Claudia Cardinale dans “Sandra”

Proposition de Pierrot dans son blog, une liste totalement subjective de ses dix films les plus érotiques de l’histoire du cinéma. Ca tombe bien, je viens de voir “Keane” qui m’a beaucoup secoué, et comme j’ai horreur du principe des listes, on peut bien se lancer, on ne sait jamais si une “chaîne du malheur” se déclenche si on ne le fait pas, du genre d’être obligé de voir toutes les émmissions produites par Alexia Laroche-Joubert – pas glamour la dame -, le reste de sa minable vie…. Donc voici par ordre alphabétique et sans trop réfléchir :

–        Atlantic city”, de Louis Malle, pour la fameuse scène de voyeurisme où Burt Lancaster regarde Susan Sarandon s’ôter les odeurs de poissons avec du citron…

–        La clé” de Tinto Brass, toujours pas original, mais désolé l’opulente Stéfania Sandrelli est indispensable à tout top Ten, difficile de se singulariser un peu.

–         “La dernière bourrée à Paris”, de Raoul André, on n’a voulu n’y voir qu’une misérable pantalonade parodique du “Dernier tango à Paris”, mais voir Marion Game, topless, séduire les deux nigauds joués par les frères Préboist, et Annie Cordy s’émoustiller en jouant au docteur et Daniel Prévost donner des leçons de bourrée à la Sorbonne c’est quand même quelque chose… Dans le même ordre d’idée les seins d’Alice Sapritch en Eva Braun dans “Le führer en folie” de Philippe Clair.

–         L’empire des sens”, de Nagisa Oshima, comme tout le monde, même pas foutu de faire original…

–         L’insoutenable légéreté de l’être”, de Philip Kaufman, pour la célèbre scène de pauses photographiques entre Lena Olin et Juliette Binoche.

–         “Ma femme est un violon”,  de Pasquale Festa Campanile, le corps de Laura Antonelli, comparé à un violon…

–         Sandra”,  de Luchino Visconti, la sensualité de Claudia Cardinale dans ce film est remarquable, je n’ai rien vu de plus torride dans ma petite tête d’échappé misérable de l’univers Hoellebecquien

–         Le silence”, d’Ingmar Bergman, Ingrid Thulin dans la frustration et Gunnel Lindblom dans la sensualité.

–         “Tristesse et beauté”, souvenir d’avoir été émoustillé il y a 20 berges par ce film et par Charlotte Rampling – qui talque ses seins – et Myriam Roussel nue, reste à savoir si une nouvelle vision ne risque pas de me décevoir.

–         Les vies de Loulou”, de Bigas Luna, descente dans la dépendance sexuelle de la belle Francesca Neri.

Manquent à l’appel Walerian Borowczyk, Russ Meyer, Luis Buñuel, Louise Brooks, Victoria Abril et sa scène de la balançoire dans “La lune dans le caniveau” et son personnage dans “Attache-moi”, mais désolé on ne peut pas citer tout le monde… Lire aussi le top ten de Le Pacs de Cro, Bogart et Casaploum. Faites suivre…

EN ATTENDANT EDY

Photos : source Tournage d’Edy

Vendredi soir, j’appelle François Berléand qui est ce soir là aux Sables d’Olonne, venu pour défendre Edy, malgré son épaule cassée, mais ce n’est pas le genre à se plaindre. J’avais demandé à  Guillaume Canet d’évoquer, lors de l’avant-première de “Joyeux Noël”,  l’épaule cassée de François Berléand au cours du tournage à Orly de son film “Ne le dit à personne”. C’était le mercredi 19 octobre, à 2 heures du matin… Bon camarade, l’acteur a précisé que dans une scène où il devait courir, François Berléand exténué, s’est donc – je cite – “écrasé comme une merde”, le choc a été assez violent puisque l’équipe de réalisation, a entendu de loin un craquement de l’épaule du comédien. Pourtant il a continué le lendemain à tourner, même si les assurances autorisaient de différer le tournage d’un mois et demi.

Il se démène avec ce film “Edy” signé Stephen Guérin-Tillié, parfois dans des promos assez improbables de son ami Christophe Dechavanne, dans l’émission “Le certif”, où il plaisante avec Patrick Bosso et Ophélie Winter, et se fait battre par… Élodie Gossuin, nouvelle bécasse prête à tout pour se faire connaître – politique + la ferme + présentation de l’émission la plus trash du moment sur la chirurgie esthétique dans une sous-6 (pas de Strasbourg, TF6 en fait). Il se fait vanner par Frédérique Bel dans “La minute blonde” sur Canal + et par Laurent Baffie dans “Tout le monde en parle”… Il a énormément d’humour et encore plus dans la vie. Il se désole de la réaction de la critique et de l’accueil un peu froid, pourtant c’est pour lui son meilleur film… Dans ses jugements il ne se trompe pas en général, il a une grande lucidité sur son métier. Je l’ai rencontré sur l’avant-première bordelaise des “âmes câlines”, un spectateur me disait qu’il était décomposé quand j’avais fait un compliment sincère sur lui. Bref je l’admire beaucoup, et de le connaître un peu ça n’a rien arrangé. Non content de m’avoir invité au théâtre pour ses deux dernières pièces, j’ai assisté à un jour de tournage sur “Mon idole”, la dernière scène de confrontation avec Guillaume Canet, tournée dans un lycée de Levallois-Perret, car il est impossible d’avoir une autorisation de tourner une scène de suicide sur Paris ! Je reviens enchanté, avec l’impression depuis d’avoir assisté à une sorte d’envol pour lui – en même temps qu’un saut simulé dans le vide -. Je pensais qu’il changerait avec son arrivée dans la popularité, il n’en est rien, il est resté simple, disponible et a même gardé son même numéro de portable. Depuis j’ai assisté à un tournage de Claude Chabrol grâce à lui, le rêve quoi.

François Berléand & Cyrille Thouvenin

En octobre 2004, un an tout juste, j’ai également vu deux jours de tournage d'”Edy” qui s’appelait alors “Requiems”. C’est d’autant plus appréciable, que je ne suis rien du tout, et petit provincial, je ne tenais d’ailleurs même pas cette chose insipide qui fait figure de blog. Depuis il me présente comme un dingo qui est resté une nuit entière à le voir se faire agresser dans un R.E.R., par trois vauriens. J’arrive devant un car loge, et je rencontre Stephan Guérin-Tillié les cheveux ras est très convivial, on parle du film de Steve Suissa “Le grand rôle” avec également François Berléand, film que j’ai beaucoup aimé, et il déplore un échec relatif au box-office. Je viens avec le drolatique libre de George Sanders “mémoires d’une fripouille” retrouver François Berléand toujours avenant. Il me présente Cyrille Thouvenin, tête rasée, très sympathique, ils se connaissent bien, il jouait son père dans “Les parents terribles”. Ils évoquent quelques souvenirs avant d’attaquer une scène assez difficile d’agression dans un train de banlieue. Edy Saïovici – nom en hommage au directeur du théâtre Tristan-Bernard – est un assureur trouble, défait il se fait chahuter par un trio de jeunes composé de Cyrille Thouvenin donc, Richaud Valls et Hubert Benhamdine – habitué des trains puisqu’il était dans la série “Le train” sur Canal +. Un wagon roulant est transformé pour accueillir toute l’équipe. Durant toute la nuit, le temps de plusieurs allez-retour, la mise en scène au cordeau est tenue de main de maître par Stephan Guérin-Tillié qui aidé du professionnalisme du chef opérateur Christophe Offenstein – que j’avais déjà vu sur le plateau de “Mon idole”. La scène se tourne une partie de la nuit, la tension monte rapidement entre les personnages et culmine sur un quai où Edy se fait violemment tabasser tourné en un plan séquence. Cette scène est particulièrement difficile pour François Berléand, le metteur en scène la voulant d’un seul tenant et sans la découper. S’il est vrai qu’il se définit souvent comme “un petit soldat” il se pli aux exigences du metteur en scène, jusqu’à arriver à la perfection. Harassé, il continue patiemment même s’il le faux sang coule et qu’il n’y a plus de chemise de rechange. J’assiste donc à une expédition incroyable avec des assistantes parties dans des recoins sombres du métro, pour trouver un robinet d’eau froide pour nettoyer les tâches parasites.  François repart exténué pendant que le trio rigolard continue à courir pour des plans de coupes. Curieux souvenir d’un tournage de nuit dans un métro parisien.

Stephan Guérin-Tillié & François Berléand

Second jours, on part vers une ville de la banlieue parisienne dans la Seine et Marne. Dans une zone industrielle, se tourne des scènes du bureau d’Edy. Toujours pince sans rire, François Berléand continue à plaisanter allégrement, faisant croire à l’équipe du tournage que le plateau voisin “La star’ac” se plaint que l’on utilise ses lignes par biais des talky-walkies, la bonne humeur règne toujours avec lui. Un hangar aménagé en bureau est le petit théâtre des opérations, Pascale Arbillot joue la secrétaire d’Edy. Cette lumineuse comédienne a une belle scène d’émotion face à un Berléand amoché qui reste imperturbable. Stephan Guérin-Tillié qui est aussi acteur, reste vigilant pour le jeu de ses ouailles. Un malencontreux bruit fait par une équipe un peu dissipée et il y a une disposition compliquée avec un aquarium, empêche malheureusement d’utiliser un grand moment d’émotion de la comédienne. Il enrage car il sait qu’il est difficile de retrouver parfois une intensité d’émotion, à cause d’un manque d’attention de l’équipe. Son expérience de comédien est suffisamment solide pour avoir une empathie avec ses congénères. A l’instar de Guillaume Canet, il impressionne par sa volonté de bien faire, de créer un univers singulier et pour être à la disposition de tous. En tant que spectateur d’une scène, on peut difficilement augurer du résultat final, mais gageons qu’ici le résultant final ne peut qu’être probant. Pour plus d’informations retrouvez le lien : Tournage d’Edy, du site de Stephan Guérin-Tillié.

ZAINA, CAVALIÈRE DE L’ATLAS

Il serait dommage de passer à côté de ce film promis à une vie courte dans le système actuel des diffusions de film, il était pourtant idéalement programmer pour que l’on y amène les enfants. C’est un conte intemporel, narré par la voix de Gamil Ratib. Changement de registre pour Bourlem Guerdjou donc après “Vivre au paradis” (1998) qui dans un contexte plus dramatique mettait en scène Roschdy Zem en ouvrier du bâtiment immigré qui souhaite que sa famille  le rejoigne. La superbe photographie de Bruno de Keyzer met en valeur la beauté et la diversité des paysages du Maroc. Le réalisateur a réussi à trouver un souffle épique, trop rare dans notre cinéma, de par sa manière de filmer les lieux, les personnages et les chevaux avec beaucoup de justesse. Le traitement est réaliste, dans ce peuple berbère, ceux qui ont l’approche et la connaissance des chevaux, ont la clé pour survire dans le désert. La petite Zaïna vient de perdre sa mère, séquestrée par un seigneur des lieux, le cruel Omar, elle s’échappe de son emprise pour retrouver son vrai père, Mustapha, qui ignore son existence.

Sami Bouadjila & Aziza Nadir

Le film est porté par deux des meilleurs comédiens actuels. Simon Abkarian qui insuffle une humanité à un personnage qui pouvait être caricatural. Il a suivi un entraînement intensif pour ce film avec les chevaux, il personnifie un être qui souffre derrière une apparente froideur, ce comédien continue à nous surprendre à chacun de ses films. Sami Bouadjila –  que le réalisateur, Jean-Pierre Sinapi avait  rapproché dans une interview télé avec l’élégance d’un Marcello Mastroianni, ce qui me semble très juste -, est à la fois digne et émouvant dans l’impuissance d’affirmer cette paternité nouvelle qui semble lui tomber du ciel. La confrontation de ces deux comédiens très crédibles, est d’autant plus superbe, que le metteur en scène a trouvé la jeune Aziza Nadir, petit miracle de finesse, et enjeu des deux hommes qui se bat malgré la tristesse d’avoir perdu sa mère Selma, une herboriste dont le besoin de liberté sera nié dans une société trop patriarcale. Elle symbolise une rébellion, une émancipation, une vitalité, laissant deviner à son personnage un grand avenir, malgré la place qui lui est promise. Le final atteint un paroxysme, ce qui compte tenu des contraintes de ce type de tournage. Des scènes intimistes à celles d’une foule survoltée, le réalisateur trouve toujours le ton juste. Malgré quelques maniérismes, on ne serait trop que conseiller cette œuvre forte et prenante. 

COMBIEN TU M’AIMES ?

Retour en grâce pour Bertrand Blier avec “Combien tu m’aimes ?”… Blier est dans mon petit panthéon personnel de mes cinéastes préférés, j’ai même une affection particulière pour “Les acteurs” chant d’amour vachard pour les comédiens, c’est dire. Si le public le suivait volontiers du temps de “Merci la vie” où il envoyé valdinguer la narration, ces derniers exercices de styles n’ont pas eu sa faveur. Et vint le temps du recyclage, dont la morne captation de ses “côtelettes” produit par Luc Besson (encore lui), histoire d’avoir un nom prestigieux dans son écurie sans se fatiguer… On pouvait prévoir une nouvelle baisse de régime avec cette addition “Mon homme” – la prostituée au grand coeur – + “Trop belle pour toi – comment vivre avec une beauté digne comparée ici à une “bombe nucléaire” -.

Jean-Pierre Darroussin et Monica Bellucci

Certes le réalisateur a abandonné ses audaces, pour retrouver ses obsessions, et dresser un très beau portrait de femme, – le cinéma de Blier ne me semble aucunement misogyne, même si ses personnages le sont parfois -. C’est donc une variation de ses thèmes, ne manque ni le médecin furtif de “S.O.S. médecins” au secours d’un malaise vagal – la situation est ici inversé, Bernard Campan ayant le coeur fragile -, ni le choeur des collègues. François – subtil Bernard Campan – que l’on devine souffrir de misère sexuelle, s’offre grâce à un gain au loto une call-girl grand luxe – La Bellucci -. De cette rencontre improbable, Blier tend plus vers la sensibilité que de l’acidité. Il y a toujours les mots d’auteur qui font mouches, la carte jouée ici est celle du classique, mais elle brille particulièrement par son efficacité. De plus le metteur en scène a toujours une manière très juste de renifler l’air du temps sans l’édulcorer. Même si le film semble chercher son rythme parfois, on aime à retrouver cet univers singulier.

Gérard Depardieu, Monica Bellucci et Bernard Campan 

La distribution est ici particulièrement brillante. Monica Bellucci poursuit sa carrière avec intelligence et me semble une bonne comédienne contrairement à l’idée propagée dans nombre de forums. De part sa manière d’afficher et de jouer sur sa sensualité – il y a un plan d’hommage à Sophia Loren, dans “Une journée particulière” et la comparaison n’est pas déplacée – son personnage troublant existe. Bernard Campan continue son sillon sensible,  suite à ses rencontres avec Zabou Breitman et Jean-Pierre Améris, Gérard Depardieu retrouve son brio, et confirme qu’il est un immense acteur, s’il veut bien s’en donner la peine, avec un proxénète, s’excusant d’être un salaud, comme son personnage dans “Merci la vie”, Jean-Pierre Darroussin est émouvant et tragique – très belle scène quand il évoque sa compagne -, Michel Vuillermoz est acerbe en toubib, Edouard Baer semble être né pour dire du Blier, Sara Forestier est attachante, Farida Rahouadj – compagne de Blier – en voisine agacée libérant sa sensualité, François Rollin, Fabienne Chaudat, Jean Barney et les autres existent – ce qui était moins le cas chez les seconds rôles des précédents films de Blier. Joyeuses retrouvailles avec un de nos meilleurs cinéastes, même si l’on pouvait espérer d’autres champs d’explorations.

MORT DE WOLF RILLA

Le voyage des damnés

Annonce de la mort du cinéaste Wolf Rilla. Né en Allemagne il est le fils de l’acteur Walter Rilla. On lui doit un chef d’oeuvre du cinéma fantastique “The village of the damned / Le village des damnés” (1950), avec Georges Sanders et Barbara Shelley, avec les yeux phosphorescents de mystérieux enfants blonds qui naissent ensemble dans la campagne anglaise. D’une filmographie méconnue chez nous, Raymond Lefevre et Roland Lacourbe, dans le précieux livre “30 ans du cinéma britannique” évoquent “Cairo – Les bijoux du pharaon” (1962), avec Georges Sanders et Richard Johnson, sorte de remake d”Asphalte jungle” de John Huston, et “The world ten times over”, inédit chez nous, évoquant la solitude de deux hôtesses de night-club. Retrouvez le portrait de Christophe Jacob pour LES GENS DU CINÉMA.

Annonce également de la mort de la comédienne Françoise Vatel :

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Création d’une nouvelle rubrique sur ce blog, depuis le 23 octobre, une base de LIENS, qui se veut utile pour retrouver les incontournables du web mondial, concernant le cinéma. Si vous avez les remarques elles sont bienvenues. A noter que l’épatant site RETOUR A YUMA, change désormais d’URL : http://retourayuma.free.fr/.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jany Holt

Photos source : www.bernard-luc.com/

Dans un numéro de Télérama de 1981, elle se présentait ainsi avec ironie : “Je n’ai jamais été jolie. Quand j’avais dix-huit ans, les producteurs, me regardant, semblaient voir un flacon d’huile de ricin”… Annonce de la mort à 96 ans de la grande comédienne française d’origine roumaine, Jany Holt. Yvan Foucart avait fait un superbe portrait pour LES GENS DU CINÉMA. Sa frêle silhouette l’avait prédisposée à tenir des rôles troubles, comme la Russe dans “Les bas-fonds”, la prostituée souffrante de “La maison du Maltais”. Son charme unique dépassant une certaine austérité a laissé un souvenir intact dans la mémoire des cinéphiles. Elle était impressionnante dans “Les anges du péché” de Robert Bresson en criminelle repentie trouvant refuge dans un couvent. Décorée pour fait de Résistance, en 1944, elle ne revient qu’irrégulièrement sur les écrans, mais on pouvait la retrouver en logeuse dans “Target” (Arthur Penn, 1984), ou en grand-mère de Mathieu Kassovitz dans “Métisse” en 1992, notamment. Dans son dernier rôle, elle était une inquiétante voisine dans “Noir comme le souvenir”, en 1994, dans une réalisation de Jean-Pierre Mocky, toujours prompt à utiliser des acteurs mythiques. Elle était l’épouse de Marcel Dalio, de 1932  à 1937, et lui avait gardé une affection profonde. Sur cette singulière actrice, on peut retrouver le portrait d’Olivier Barrot & Raymond Chirat, dans “Inoubliables, visages du cinéma français 1930-1950” (Éditons Calmann-Lévy, 1986), repris en poche sous le titre “Noir & Blanc” (Édition Flammarion). 

Filmographie : 1931  Un homme en habit (René Guissart & Robert Bossis) – 1935  Le domino vert (Herbert Selpin & Henri Decoin) – Le Golem (Julien Duvivier) – 1936  Les bas-fonds (Jean Renoir) – Courrier-Sud (Pierre Billon) – Un grand amour de Beethoven (Abel Gance) – 1937  L’alibi (Pierre Chenal) – La tragédie impériale (Marcel L’Herbier) – Troïka sur la piste blanche (Jean Dréville) – 1938  La maison du Maltais (Pierre Chenal) – Le paradis de Satan (Félix Gandera & Jean Delannoy) – La piste du sud, de Pierre Billon (Albert Préjean) – 1941  Andorra ou les hommes d’airain (Émile Couzinet) – 1942  Le baron fantôme (Serge de Poligny) – 1943  Les anges du péché (Robert Bresson) – 1944  Farandole (André Zwobada) – La fiancée des ténèbres (Serge de Poligny) – 1945  Mission spéciale (Maurice de Canonge) – Le pays sans étoiles (Georges Lacombe) – 1946  Contre-enquête (Jean Faurez) – Rumeurs (Jacques Daroy) – 1947  Non coupable (Henri Decoin) – 1948  Docteur Laënnec (Maurice Cloche) – L’échafaud peut attendre (Albert Valentin) – 1949  Le furet (Raymond Leboursier) – Mademoiselle de la Ferté (Roger Dallier) – 1951  The green glove (Le gantelet vert) – Vedettes sans maquillage (Jacques Guillon, CM) – 1955  Gervaise (René Clément) – Les insoumises (René Gaveau) – 1968  Le grabuge (Édouard Luntz) – 1970  A time for loving (Christopher Miles) – 1977  Die linkshändige frau (La femme gauchère) (Peter Handke) – 1984  Target (Id) (Arthur Penn) – 1987  La passerelle (Jean-Claude Sussfeld) – Saxo (Ariel Zeitoun) – 1992  Métisse (Mathieu Kassovitz) – Roulez jeunesse (Jacques Fansten) – 1994  Noir comme le souvenir (Jean-Pierre Mocky) – Comme réalisatrice : 1965  La pharmacienne (CM). Télévision (notamment) : 1960  Les parents terribles (Jean-Paul Carrère) – 1961  Egmont (Jean-Paul Carrère) – 1963  L’inspecteur Leclerc enquête : La vie sauve (André Michel) – 1969  Marie Waleska (Henri Spade) – 1971  Adieu mes quinze ans (Claude de Givray, série TV) – 1973  Destins : Chère petite madame (Serge Hanin, + scénario) – Les enquêtes du commissaire Maigret : Maigret et la jeune morte (Claude Boissol) – 1974  Les flocons rouges (Bernard Maigrot) – 1976  Au théâtre ce soir : Monsieur Silence (Pierre Sabbagh) – 1979  Au théâtre ce soir : Tout est dans le jardin (Pierre Sabbagh) – 1982  Mon meilleur Noël : Madame Bidou (Bernard Maigrot) – Toutes griffes dehors (Michel Boisrond) – 1984  Au théâtre ce soir : Tango Valentino (Pierre Sabbagh) – 1997  Ombre & lumière : Henri Decoin, cinéaste (Hubert Niogret, documentaire) – 2004  Les anges, 1943 histoire d’un film (Anne Wiazemsky, documentaire).

(1) Nota du 06/09/2007 : Précisions de M. PJ. Rolland  : Jany Holt figure parmi les titulaires de la Médaille de la Résistance et non parmi ceux de la Croix de la Libération.

JOYEUX NOEL

Avant-première lundi soir à l’UGC Cité-Ciné, du nouveau film de Christian Carion, “Joyeux Noël”, en présence du réalisateur, du producteur Christophe Rossignon et Guillaume Canet. Le décorateur Jean-Michel Simonet était également présent mais par discrétion n’est pas monté sur scène. Le film parle du thème de la fraternisation entre les soldats allemands, français et anglais, ici le 24 décembre 1914. C’est un fait réel, l’histoire concentrant plusieurs histoires, longtemps éludé par les autorités, mais connu grâce à la presse anglaise. Anne Sörensen, une soprane – superbe Diane Kruger, bien que peu crédible dans les scènes de chants -, rejoint son amoureux, Nikolaus Sprink – Benno Fürmann, très convaincant – un célèbre ténor de l’Opéra de Berlin, dans une tranchée allemande. Des arbres de Noël surgissent du côté allemand, causant un trouble général… Le réalisateur n’a pas pris le parti pris du réalisme comme dans “Les sentiers de la gloire”, mythique film de Stanley Kubrick, ou même d’  “Un long dimanche de fiançailles”. Cette épure déstabilise au départ, puis comme pour le décors de “Brigadoon” de Vincente Minnelli, on finit par adhérer très vite à ce concept. Le côté sanguinolent de la guerre n’est pas privilégié. Cette stylisation donne un côté conte de Noël plaisant, d’autant plus que le côté absurde de la guerre n’est pas éludé, un chat devant être jugé pour être passé à l’ennemi. Cette anecdote s’avère exacte et le réalisateur a expliqué que l’animal  avait d’ailleurs été fusillé pour faits de haute trahison ! Il y a pléthore d’excellents comédiens, pour ne citer que les plus connus de Gary Lewis, digne prêtre anglican, Ian Richarson impitoyable évêque, Daniel Brühl qui révèle une maturité inattendue en lieutenant allemand, Guillaume Canet en lieutenant français passant d’une autorité à une belle sensibilité, Bernard Le Coq en austère général, Lucas Belvaux en soldat râleur, sans oublier Dany Boon, sensible et drôle soldat simplet du Nord, et même le couple Michel Serrault et Suzanne Flon, en châtelain résignés.

Guillaume Canet & Daniel Brühl

Cette avant-première animée par la bonne humeur du trio invité, fait suite à l’inoubliable soirée d’ “Une hirondelle ne fait pas le printemps”, où un Michel Serrault en plaine forme – j’ai parlé à une de mes idoles, avant de me faire neutraliser par une grande bourgeoise bordelaise suffisante -, avait fait preuve de brio. Le débat était passionnant de la vérité historique de ce fait occulté. Je n’ai pas pu m’empêcher de poser des questions sur  la polémique lancée par Libération. Le producteur s’étonnait qu’elle n’éclate pas au moment des nominations, de la réaction de quelques mauvais joueurs – des pingouins, d’ailleurs -. J’ai continué  sur le choix des acteurs – Gary Lewis était une évidence pour le réalisateur dès la première rencontre, Guillaume Canet tenait à tout prix faire ce film., Il faut souligner l’importance et l’originalité du travail du producteur Christophe Rossignon, nous faisant des propositions de cinéma singulières et abouties, contrastant avec le tout venant du cinéma français actuel. Pour la petite histoire, il a comme a l’accoutumé joué un rôle dans un de ses films, ici un lieutenant qui remplace le lieutenant Audebert en le critiquant sévèrement, mais il a été coupé au montage. Il me confiait avec humour, vouloir désormais essayer de figurer une prochaine fois dans une scène impossible à supprimer pour la compréhension de l’histoire. Cette évocation sensible de la guerre confirme le talent de Christian Carion.

LE COIN DU NANAR : LES PARRAINS

“Les parrains” : Il n’y a pas moins de cinq scénaristes sur ce film, excusez du peu : Claude Simeoni, Laurent Chalumeau, Olivier Dazat, Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, pour aboutir au résultat suivant, un film basé sur le capital de sympathie de l’addition suivante, par alphabétique : Gérard Darmon + Gérard Lanvin + Jacques Villeret  – , et basta ! Il ne faut pas chercher le moindre effort ici, ces “hommages” ne sont qu’une molle compilation de films, la scène du début est un pompage de “La bonne année” de Claude Lelouch, l’idée du musée Balzac dans “En effeuillant la marguerite” de Michel Boisrond (1956) – avec le désopilant Darry Cowl, dans le rôle du gardien -, on rajoute une vague histoire de manipulation à la “9 reines”. Gérard Lanvin, même si son salutaire franc-parlé est souvent décrié,  a eu l’honnêteté de préciser que le trio d’acteurs a dû faire un travail de “ressemelage”, mais que l’on ne lui a laissé que peu de temps. On revient donc à une certaine tradition du cinéma français, style les films de Raoul André (“Ces messieurs de la gâchette”, “Ces messieurs de la famille”, où les Francis Blanche, Poiret & Serrault, Darry Cowl déployaient une énergie formidable pour animer l’ensemble.

Gérard Lanvin, dans le flou, Gérard Darmon dans l’expectative

On était partant pour ce “revival”, d’autant plus que la voix de Claude Brasseur, dans le rôle de Max nous apporte immédiatement une atmosphère… Ici le trio a de l’abattage, on rit tout de même – mention spéciale pour Gérard Darmon hilarant avec ses problèmes capillaires -, et Pascal Reneric ne démérite pas de ces illustres aînées…  Mais on est très loin de l’univers d’un Georges Lautner, le “yes-man” Frédéric Forestier ne livrant ici qu’une mise en scène pataude. Lautner avait l’avantage d’avoir de bons auteurs – Michel Audiard, bien sûr –, et en prime d’excellent seconds rôles à la Robert Dalban, ici les Gérard Chaillou, Firmine Richard ou Éric Thomas, n’ont strictement rien à se mettre sous la dent. Seule la trop rare Anna Galiena amène un peu d’épaisseur et d’humanité à cette pantalonnade. A trop œuvrer dans le jetable, les producteurs de comédies manufacturées devraient réfléchir à la désaffection actuelle du public, et faire un effort de qualité.