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Fragments d’un dictionnaire amoureux : Claude Piéplu

 
Claude Piéplu dans “Les français parlent aux Shadoks”
 
Mort d’un très grand, Claude Piéplu, à l’âge de 83 ans. On connaissait son parcours atypique, il était employé de banque sous l’occupation, avant de prendre des cours auprès de Maurice Escande. Il devait ensuite rejoindre au théâtre la compagnie Renaud-Barraud. Il aimait à rappeler sa première apparition au cinéma dans “D’hommes à hommes” (Christian-Jaque, 1948), où il se faisait une joie de se retrouver sur un écran, avant de découvrir son rôle, un grand blessé méconnaissable car recouvert de bandelettes. Au cinéma, il avait fait preuve d’une grande exigence, préférant faire des créations pour le théâtre contemporain, plutôt que d’être utilisé dans le tout venant du cinéma comique franchouillard. Il a toujours construit avec ue grande habilité et un humour grinçant. On se souvient de sa célèbre collection de pots de chambre ! – ses personnages, avec un grand sens de l’observation : “Sans m’en rendre compte, j’accumulais les observations et déposais dans mon subconscient la provision de modèles qui me serviraient plus tard à colorer des personnages”. (1) Luis Buñuel a utilisé avec inventivité, son physique moyen est idéal pour jouer des ganaches ou des notables. Impossible de ne pas songer à son rôle de colonel, qui fait des essais militaires surprises, faisant une intrusion brutale dans un dîner bourgeois, avant de vanter les vertus de la majiruana dans “Le charme discret de la bourgeoisie” (1972), ou du policier se réjouissant que le couple joué par Jean Rochefort et Monica Vitti amène sur place leur petite fille qu’ils déclarent pourtant disparue. Il faut entendre Piéplu déclarant “Vous avez bien fait de l’amener, ça va aider pour les recherches”, dans “Le fantôme de la liberté” (1974). On le retrouve souvent en notaire, celui fêtard de “La belle américaine” (Robert Dhéry, 1961), celui escroqué par Robert Lamoureux dans “L’apprenti-salaud” (Michel Deville, 1976), ancien combattant et combattu, éternel râleur, dans “Le diable par la queue” (Philippe de Broca), militaire misogyne dans “Calmos” (Bertrand Blier, 1975), le voisin râleur et déplaisant de Roman Polanski, dans “Le locataire” (Polanski, 75), juge collaborateur dans “Section Spéciale” (Costa-Gavras, 1974), promoteur escroc dans “Ils sont grands ces petits” (Joël Séria, 1978) – il y forme un duo formidable avec Jean-François Balmer -, beaucoup de figures odieuses et  antipathiques, qu’il finit par rendre sympathique par son grand talent. Mais il peut être plus humain, comme en résistant anglais, rendant parfaitement le flegme britannique sous l’occupation dans “Gross Paris” (Gilles Grangier, 1973), en barde breton auto-stoppeur et déjanté dans “Les galettes de Pont-Aven” (Joël Séria, 1975), en époux de Micheline Presle, restant auprès d’elle quand elle devient folle dans une guerre civile dans “Casque bleu” (Gérard Jugnot, 1993), professeur goguenard dans “Le paltoquet” (Michel Deville, 1986), commissaire sentencieux flanqué de Clovis Cornillac dans “Suivez cet avion” (Patrice Ambard, 1989) ou le druide Panoramix dans “Astérix et Obélix contre César” (Claude Zidi, 1998). A la télévision, Jean-Michel Ribes – avec Roland Topor – lui a donné de grandes occasions de nous régaler de son humour décalé, dans la série “Merci Bernard” (1982) ou dans “Palace” (1988), où il était l’inoubliable homme aux clefs d’or. A la télévision il a marqué durablement la série des « Shadocks », œuvre singulière de Jacques Rouxel, par sa voix caractéristique. Claude Chabrol lui a donné un de ses meilleurs rôles en homme politique corrompu, et trompé par sa femme Stéphane Audran dans “Les noces rouges” (1972), et on se souvient avec émotion de son couple avec Micheline Presle, à nouveau dans “Beau temps mais orageux en fin de journée”” (Gérard Frot-Coutaz, 1985), où il ne cessait de se chamailler avec elle, pour n’importe quel prétexte comme celui de l’achat d’un poulet. Claude Miller lui a donné deux rôles probants dans “Dites-lui que je l’aime” (1977), et surtout l’inoubliable directeur de colonies de vacances dans “La meilleure façon de marcher” (1975). On lui devait deux ouvrages “Il faut croire aux éléphants blancs” (Éditions Archimbaud) et “Qu’en est-il du comique ?” (Éditions Mallard), parus tous deux en 1999. Le cinéma ne l’a pas honoré comme il aurait mérité, mais il a marqué durablement ses rôles. Son humour corrosif va beaucoup nous manquer, de même le citoyen qui menait une réflexion salvatrice sur les dangers du nucléaire. Bibliographie : (1) Jacques Mazeau & Didier Thouart « Les grands seconds rôles du cinéma français » (Pac, 1984) – Jacques Valot & Gilles Grandmaire « Stars deuxièmes » (Édilig, 1989). 
 
 
 
 
Filmographie :  1948  D’homme à hommes (Christian-Jaque) – 1956  Adorables démons (Maurice Cloche) – 1958  Suivez-moi jeune homme (Guy Lefranc) – Du rififi chez les femmes (Alex Joffé ) –  1960  La Française et l’amour [épisode “L’adultère”] (Henri Verneuil) – L’affaire d’une nuit (Henri Verneuil) –  Le caïd (Bernard Borderie) – 1961  Un nommé La Rocca (Jean Becker) – La belle américaine (Robert Dhéry & Pierre Tchernia) – La chambre ardente (Julien Duvivier) – 1962  Le diable et les dix commandements  [épisode « Luxurieux point ne seras » (Julien Duvivier) – Comment réussir en amour (Michel Boisrond) – Le temps des copains (Robert Guez) – 1963  Cherchez l’idole (Michel Boisrond) – Faites sauter la banque ! (Jean Girault) – 1964  Un drôle de caïd / Une souris chez les hommes (Jacques Poitrenaud) – Les pieds dans le plâtre (Jacques Fabbri) – Les copains (Yves Robert) – Le gendarme de Saint-Tropez (Jean Girault) –  1965  La bourse et la vie (Jean-Pierre Mocky) – 1966  L’homme à la Buick (Gilles Grangier) – Si j’étais un espion (Bertrand Blier) – 1967  L’écume des jours (Charles Belmont) – Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier) – La prisonnière (Henri-Georges Clouzot) – 1968  Le diable par la queue (Philippe de Broca) – La coqueluche (Christian-Paul Arrighi) – 1969  Hibernatus (Édouard Molinaro) – Clérambard (Yves Robert) – Le pistonné (Claude Berri) – Et qu’ça saute ! (Guy Lefranc) – 1971  Le drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard) – 1972  Sex shop (Claude Berri) – Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel) – Elle court, elle court, la banlieue (Gérard Pirès) – Jean Vilar, une belle vie (Jacques Rutman, documentaire) –  Les noces rouges (Claude Chabrol) – 1973  Défense de savoir (Nadine Trintignant) – Les aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury) – Prêtres interdits (Denys de La Patellière) –  Gross Paris (Gilles Grangier) –  Par le sang des autres (Marc Simenon) – La gueule de l’emploi (Jacques Rouland) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – 1974  Le fantôme de la liberté (Luis Buñuel) – La moutarde me monte au nez (Claude Zidi) –  Section spéciale (Costa-Gavras) –  1975  C’est dur pour tout le monde (Christian Gion) – Les galettes de Pont-Aven (Joël Séria) – La meilleure façon de marcher (Claude Miller) – Calmos (Bertrand Blier) – Le locataire (Roman Polanski) – L’ordinateur des pompes funèbres (Gérard Pirès) – 1976  L’apprenti salaud (Michel Deville) – 1977  Dites-lui que je l’aime (Claude Miller) – Le mille-pattes fait des claquettes (Jean Girault) – Et vive la liberté ! (Serge Korber) – 1978  Chaussette surprise (Jean-François Davy) –  Vas-y maman ! (Nicole de Buron) – Le sucre (Jacques Rouffio) –  Le pion (Christian Gion) – Ils sont grands, ces petits (Joël Santoni) – 1984  Marie la nuit (Jean-Claude Tourneur) – 1985  La galette du roi (Jean-Michel Ribes) –  Beau temps mais orageux en fin de journée (Gérard Frot-Coutaz) – 1986  Le paltoquet (Michel Deville) – 1989  Après après-demain (Gérard Frot-Coutaz) – Suivez cet avion (Patrice Ambard) – 1993  Casque bleu (Gérard Jugnot) – D 14 (Frédéric Blasco, CM) – 1994  Les faussaires (Frédéric Blum) – 1995  Fallait pas ! (Gérard Jugnot) – 1996  Les paradoxes de Buñuel (Jorge Amat, documentaire) –  1997  Chapeau bas (Hervé Lozac’h, CM) –  1998  Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi). Nota : il n’apparaît pas dans “Los pianos mecánicos / Les pianos mécaniques” (Juan Antonio Bardem, 1964) et “La maison” (Gérard Brach, 1970).Voxographie succincte : 1963  Égypte, un présent du fleuve (Jacques Brissot, documentaire, voix du récitant) – 1964  Pas question le samedi (Alex Joffé, voix de M. Cohen) – 1968/2000 Les shadoks (Jacques Rouxel, TV) – 1979  Le roi et l’oiseau (Paul Grimault, dessin animé, voix) – 1982  Le sang (Jacques Rouxel, CM, voix du récitant) – 1995  Un siècle d’écrivains : Henri Michaux (Alain Jaubert, voix du récitant, TV) –  1999  Chicken run (Id) (Peter Lord et Nick Park, dessin animé, voix française). 
 
 
Claude Piéplu dans « Maigret : Cécile est morte »
 
 Télévision (notamment) : 1953  Le mal de Marie (Albert Riéra) – 1958  Misère et noblesse (Marcel Bluwal) – 1959  Le bon numéro (Marcel Cravenne) – 1960  Théâtre de la jeunesse : Le prince et le pauvre (Marcel Cravenne) – Les mystères de Paris (Marcel Cravenne) – 1961  Théâtre de la jeunesse : Don Quichotte (Marcel Cravenne) – 1962  Théâtre de la jeunesse : Gargantua (Pierre Badel) – 1963  Une lettre perdue (Jean Prat) – Siegfried (Marcel Cravenne) – Théâtre de la jeunesse : L’enfance de Thomas Edison (Jean-Christophe Averty) – Théâtre de la jeunesse : Jean Valjean (Alain Boutet) – 1964  Théâtre de la jeunesse : Les aventures de David Balfour (Alain Boudet) – Théâtre de la jeunesse : Le matelot de nulle part (Marcel Cravenne) – Théâtre de la jeunesse : La sœur de Gribouille (Yves-André Hubert) – 1965  Bastos le hardi (Michel Ayats) – Les Boulingrins (François Gir, CM) – En votre âme et conscience : La canne à épée / L’affaire Caumartain-Sirey (Marcel Cravenne) –  1966  En votre âme et conscience : La mort de Sidonie Martens (Jean-Jacques Cornu) – La surprise de l’amour (Robert Crible) – 1967  La guerre de Troie n’aura pas lieu (Marcel Cravenne) – 1968  Théâtre de la jeunesse : Ambroise Paré : Les défaites (Éric Le Hung) –  Candide (Claude Santelli) – Les fiancés de loches (Pierre Badel) – 1969  Agence intérim : Quiproco (Marcel Moussy) – Que ferait donc Faber ? (Dolorès Grassian, série TV) – 1970  Au théâtre ce soir : Les joyeuses commères de Windsor (Pierre Sabbagh) – Le Noël de madame Berrichon (François Chatel, divertissement) – 1971  Au théâtre ce soir : Misère et noblesse (Pierre Sabbagh) – 1972  La fin et les moyens (Paul Paviot) – 1973  Témoignages : L’homme assis (Jean-Marie Périer) – 1974  Soirée Courteline : Les Boulingrin (Jeannette Hubert) – 1976  Le rabat joie (Jean Larriaga) – 1979  Chère Olga (Philippe Condroyé ) – 1980 Histoire contemporaine (Michel Boisrond) – Chouette, chat, show (Jacques Sanym, variétés) – 1981  L’oiseau bleu (Gabriel Axel) – La guerre de Troie n’aura pas lieu (Raymond Rouleau) – Le petit théâtre d’Antenne 2 : La bataille navale (Jean-Michel Ribes) – 1982  Merci Bernard (Jean-Michel Ribes) – Emmenez-moi au théâtre : Un habit pour l’hiver (Pierre Badel, captation) – 1983  Parlons français (Eugène Ionesco) – Allô Béatrice : Charmand week-end (Jacques Besnard) – 1984  Le petit théâtre d’Antenne 2 : Parlons français (Jeannette Hubert) – 1988  Un coupable (Roger Hanin) – Palace (Jean-Michel Ribes) – 1990  Un film sur Georges Pérec : Te souviens-tu de Gaspard Winckler ? – Vous souvenez-vous de Gaspard Winckler ? (Catherine Binet, récitant présent à l’image) –  Années de plumes, années de plomb (Nicoles Ribowski) – 1994  Le silence du cœur (Pierre Aknine) – Maigret : Cécile est morte (Philippe de la Patellière) – Le groom (Marc Simenon) – 1995 Le voyage de Pénélope (Patrick Volson) – Un amour impossible (Patrick Volson) – 1996  Entre terre et mer (Hervé Baslé ) – Les sciences naturelles impertinentes (Jean-Louis Fournier). Remerciements à Armel de Lorme.     

THE SECRET LIFE OF WORDS

 Hanna – Sarah Poley, dans une belle interprétation à fleur de peau -, est une jeune employée modèle dans son entreprise. Elle dérange pourtant ses collègues par ses troubles de comportement et ses petites manies et son petit air désabusé. Elle ne prend jamais de vacances, rassurée dans les habitus du travail, on lui impose presque de partir en vacances. Elle en profite, par un curieux hasard, pour devenir infirmière sur une plate-forme de forage, isolée en pleine mer. Elle est au chevet de Josef, un grand brûlé – Tim Robbins mettant en valeur son texte et excellent dans la maturité -. Josef apprivoise Hanna, qui a un problème de surdité. Les sens exacerbés par une cécité ponctuelle, il décide d’apprivoiser ce petit animal sauvage, qui semble avoir subi un grand traumatisme elle aussi. Il parade pour oublier sa souffrance. C’est une étude de mœurs, produite par les frères Almodovar, montrant comment les personnages vivent avec leurs névroses. La réalisatrice Isabel Coixet, les regardent avec une certaine distance, mais une réelle compassion, ce qui nous évite un mélo larmoyant ou manipulateur. Ils avancent cependant malgré les traumatismes, une complicité amoureuse va naître entre ces deux écorchés vifs – sans mauvais jeu de mot -, elle se murant dans le mutisme, lui faisant preuve d’inventivité dans ses dialogues, allant jusqu’à un délire complet, comme l’évocation amusée du kilt de Sean Connery ! Le dialogue – flirtant parfois avec le ridicule – entre Tim Robbins et Sarah Polley, est singulier, dans ce “No man’s land” cosmopolite qui exacerbe les sentiments. Le film prend le temps dans des petits riens, d’installer un climat, et une intimité entre les personnages, il y a aussi beaucoup de subtilité dans le traitement de quelques événements contemporains et de cet huis clos sensible. Les autres personnages comme posés au milieu de nulle part, réfléchissent sur leurs blessures secrètes, et trompent un ennuie certain, en compagnie d’une oie, en jouant au basket.


Javier Camara & Sarah Polley

Le film n’est pas sans faiblesses, une voix off enfantine efficace mais déconcertante, ou certains seconds rôles qui sont à peine esquissés, sauf celui de Simon joué par un Javier Camara très en verve – c’est un des acteurs réguliers des films de Almodovar -. Simon est un  cuisinier inventif et volubile – il faut le voir préparer ses gnocchis -, qui tente de trouver un morceau de musique avec la préparation de mets exotiques -. On retrouve aussi Julie Christie, en psychiatre nordique, ne connaissant pas le secret médical, il faut bien la grâce de cette comédienne toujours aussi radieuse, pour nous faire adhérer à un personnage assez improbable. On finit par adhérer au concept, les blessures physiques étant une expression des blessures de l’âme -. La bande originale est brillante – c’est un effet mode récurrente à nombre de films en ce moment, histoire de vendre en plus la B.O. mais comment résister ici à Tom Waits – je dois confesser lui vouer un culte – ou Juliette Gréco -. On pense au Lars Von Trier de “Breaking the ways” par le décors et le traitement de l’image, et à Aki Kaurismaki pour une sorte d’humour à froid. Mais Isabel Coixet ayant un réel univers – je n’ai hélas pas vu « Ma vie sans moi » son premier long-métrage de 2003, avec déjà Sarah Polley -, se démarquant fortement du folklore espagnol cher à son producteur Almodovar, elle évite pourtant l’effet euro-pudding propre à ce type de production, A noter la grande mode des titres anglais pour des films internationaux, jugés sans doute plus vendeur par les distributeurs le titre V.O. est La Vida secreta de las palabras. Le film a connu un grand succès en Espagne et a reçu 4 goyas en récompense, comme quoi se démarquer de la culture de son pays peut être payant. Le film, conforté par son traitement intimiste, s’avère convaincant et offre une belle réflexion sur la condition humaine, avec une ironie mordante. Mais c’est peut être le type de film qui peut “laisser à la porte”-.

Nicole Régnault par Armel de Lorme

Création d’une nouvelle rubrique, l’@ide-mémoire, avec un hôte de marque Armel de Lorme, dont la passion communicative n’égale que son érudition. C’est avec grand plaisir que l’on retrouve ci-joint le texte réactualisé de son portrait de Nicole Régnault paru dans son livre homonyme à son site, un parcours étonnant, il y a donc au moins un point commun entre le “Mon oncle” de Jacques Tati et “Brice de Nice” !

NICOLE REGNAULT : ENTRE CHARME ET ACIDITE

Par Armel de Lorme


S’efforcer de coller au plus près à l’actu télé, entre câble, satellite et chaînes hertziennes, offre parfois le prétexte idéal à un retour sur le parcours de comédiens sous-représentés dans la plupart des dictionnaires usuels. Comment voir ou revoir un Guy Lefranc (même mauvais) sans avoir envie de tirer illico le portrait à Florence Blot ou Dominique Marcas, un Lautner (même daté ) sans se repencher sur la filmo de Jean Luisi, un Mocky, toutes époques confondues, sans vouloir pondre aussitôt quelques lignes sur Henri Attal, Antoine Mayor ou Jean-Claude Rémoleux ? Ainsi en est-il des diffusions multiples de l’inutile Brice de Nice sur Canal. Que retenir d’un tel mastodonte ? La finesse du scénario, le soin extrême apporté à la réalisation, la qualité non moins exceptionnelle du montage, la pertinence souveraine des dialogues ou l’incommensurable sentiment de légèreté procuré par la somme d’autant de talents conjugués ? Ben… euh… si, quand même… au moins quelques acteurs : Clovis Cornillac, fidèle à lui-même (donc bien), Alexandra Lamy, trop peu présente au final mais n’en faisant pas moins un sort à chacune de ses (maigres) répliques, et puis, bizarrement omise au générique (il y a des chargés de postproduction qu’on a fusillés pour moins que ça), la délicieuse Nicole Régnault, 80 printemps au moment du tournage et déjà une sacrée brochette de films au compteur. La rencontre improbable-mais-jubilatoire de Nicole Régnault et de Brice de Nice, c’est l’histoire d’une comédienne ayant jadis tourné sous la direction de Bresson, Ophuls, Carné, Tati et Minnelli, mais que les hasards de l’existence ont prématurément conduite à quitter la région parisienne pour la Côte-d’Azur. Un jour, elle répondit à l’annonce d’une société de production à la recherche de figurants. Un rôle restait à pourvoir, celui de la vieille domestique attachée au service d’un escroc richissime et de son grand benêt de fils. La comédienne plut aux casting directors, passa des essais, enleva le morceau et, à la veille du premier tour de manivelle, se vit parer des fonctions de gouvernante auprès de Jean Dujardin et de François Chattot. D’un rôle assez long au départ restent trois scènes, montrant une Nicole tour à tour revêche, attendrissante et malicieuse, ainsi qu’une quatrième séquence particulièrement émouvante, présente sur les seuls boni DVD. James Huth – qui eût été encore plus inspiré encore en supervisant aussi le générique de fin, mais bon… – en a du reste profité pour rendre un hommage discret mais sincère à son interprète… ce qui constitue peut-être au final la seule véritable bonne idée de tout Brice de Nice. Rappel des faits :


Née dans le 20ème arrondissement de Paris le 19 mai 1924, c’est à l’âge de huit ans que la petite Nicole Emma Sasserath effectue ses premiers pas sur les planches en interprétant… une sorcière lors d’un spectacle scolaire : pour décrocher le rôle (elle n’en convoitait pas d’autre), elle va jusqu’à supplier son institutrice. Sa famille comprenant rapidement qu’il serait inutile de chercher à contrôler sa vocation, elle s’inscrit à la fin de l’Occupation aux cours alors très prisés de la célèbre (en ce temps) Andrée Bauer-Thérond et de Maurice Escande, y côtoie quelques débutants en devenir, dont Michel Piccoli, adopte rapidement le pseudonyme de Régnault (parce que Sasserath, ça sonne « Ça se rate »… pas terrible pour une comédienne » et aussi en hommage à la grande tragédienne Julia Bartet, dont Régnault était le véritable patronyme), effectuant dans la foulée ses premiers pas à l’écran via une apparition furtive dans l’une des séquences finales des Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson, 1944). Oscillant dès lors entre silhouettes et petits rôles de composition, par ailleurs comédienne mascotte du cinéaste Jean Loubignac, sous la direction duquel elle tourne six films entre 1950 et 1955 (dont quatre, tous de la série des Piédalu, aux côtés du comique vite démodé Ded Rysel), elle est notamment la cliente « coiffée à la cracra » par Fernandel dans Coiffeur pour dames (Jean Boyer, 1952), la mère de famille nombreuse plaquée par son mari dans Crainquebille (Ralph Habib, 1953), la sèche geôlière des Compagnes de la Nuit (Ralph Habib, id.), la Parisienne-au-long-nez provoquant les commentaires ironiques de Maurice Chevalier – retour au bois de Boulogne de ses débuts cinématographiques – dans la séquence d’ouverture de Gigi (Vincente Minnelli, 1957) et, surtout, l’automobiliste binoclarde et revêche croisée au début de Mon Oncle (Jacques Tati, 1956). Des raisons familiales l’obligeant à prendre un emploi plus stable, elle quitte la profession, à la fin des années 50, s’installe dans la région cannoise, et, la proximité de la Victorine aidant, effectue un premier come-back cinématographique en 1979, via l’ineffable Drôles de gendarmes, comédie mi-merguez, mi-aïoli, réjouissante et bâclée, portant l’estampille de Bernard Launois et dont le générique, tous en stars deuxièmes, rassemble quelques glorieux transfuges des Jeux de Vingt Heures, d’Alors, raconte ! et du Petit Rapporteur. Qu’on en juge : le brigadier, c’est Sim, les trois dégourdis de la Maréchaussée, Daniel Prévost, Jacques Balutin et Robert Castel, le curé, Henri Génès, l’épicière, Jeannette Batti (logique !), la postière, Florence Blot… tandis que Nicole Régnault y silhouette une fureteuse Tatie Danielle d’avant la lettre, collectionnant avec malice les cochonnets de pétanquistes comme d’autres les bouchons de champagne, les timbres-poste ou les amants. Puis, c’est silence radio durant plus de vingt ans : la Victorine met de moins en moins de films en chantier, et oublie peu à peu Nicole. Début 2001, elle se voit cependant proposer la tête d’affiche d’un court métrage de fin d’études, Chambres d’hôte, qui, en dépit d’une diffusion confidentielle, lui offre ce qui  probablement à ce jour le rôle de sa vie. Dans cette variation sur le thème bien connu de L’Auberge rouge, elle campe avec brio une hôtelière sanglante dégommant un à un ses pensionnaires, ce évidemment dans l’impunité la plus totale (ce serait sinon beaucoup moins drôle). Trois ans plus tard, à peine sortie du tournage de Brice de Nice, les Films de Mon Oncle lui proposent, en même temps qu’à Nicolas Bataille et Betty Schneider-Raffaelli (seuls survivants avec Nicole – si l’on excepte Pierre Étaix – de l’équipe artistique de Mon Oncle) d’évoquer face à la caméra de Thomas Rio ses souvenirs liés au chef-d’œuvre tatiesque. Des trois comédiens ainsi interviewés, elle est peut-être la plus touchante, dont le réalisateur parvient à saisir l’émotion alors même qu’elle se découvre à l’écran, pour la première fois, dans la version anglaise de Mon Oncle, alors invisible et qu’elle ne connaissait pas. Quelques mois plus tard, Pierre Étaix lui rend à son tour hommage lors d’une interview partiellement publiée dans le premier volume de l’@ide-Mémoire, encyclopédie des comédiens (reprise in www.aide-memoire.org): Elle a parfaitement compris dès le départ ce que Tati attendait d’elle, et lui a donné avec intelligence et précision exactement ce qu’il voulait. Par conséquent, il y a eu très peu de prises du plan dans lequel elle figurait, ce qui s’est avéré assez exceptionnel tout au long cours du tournage de Mon Oncle. J’ai également été frappé par la poésie qui émanait de sa personne, et par l’humour avec lequel elle a abordé son rôle, humour qui lui a permis de transcender sans difficulté ni effort apparents un personnage à la fois ingrat et caricatural sur le papier. C’est probablement l’une des comédiennes les plus étonnamment justes qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. Ces qualités mises en avant par l’unique représentant (avec feu Darry Cowl) du burlesque à la française se retrouvent intactes dans le dernier rôle en date que Nicole Régnault ait interprété à ce jour, religieuse cocasse et malicieuse d’un spot publicitaire pour la marque Citroën tourné au printemps 2005 et multidiffusé sur les chaînes hertziennes en septembre de la même année : cornette nonnale au vent, regard perçant et lèvres pincées, sa vis comica y fonctionne, une fois de plus, à merveille. Depuis, toujours aussi classe et rigolote à un peu plus de 82 ans, Nicole Régnault appelle de tous ses vœux le prochain rôle qui, de toute évidence, .ne saurait tarder. Cet article pour rappeler que la région PACA a trouvé sa Renée Le Calm depuis belle lurette, qu’elle se prénomme Nicole, qu’elle n’est absolument pas rivée, loin s’en faut, aux studios de la Victorine et que quelques journées de tournage à Paris ou ailleurs ne seraient pas forcément pour lui déplaire. À bon entendeur…

Armel de Lorme

FILMOGRAPHIE :
 

  

1944 : Les Dames du bois de Boulogne (Robert Bresson). 1945 : Le Père Serge (Lucien Gasnier-Raymond). 1948 : Bonheur en location (Jean Wall). 1949 : L’Homme aux mains d’argile (Léon Mathot). Le Gang des Tractions Arrière (Jean Loubignac). 1950 : Piédalu voyage (Jean Loubignac, CM). Le Roi des camelots (André Berthomieu). La Ronde (Max Ophuls). La Vie chantée – sk. Les Départs (Noël-Noël). 1951 : Le Crime du Bouif (André Cerf). La Maison dans la dune (Georges Lampin). Les Neiges du Kilimandjaro/The Snows of Kilimanjaro (Henry King). Piédalu à Paris (Jean Loubignac). Le Plaisir (Max Ophuls). Les Sept Péchés capitaux (Georges Lacombe). 1952 : L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven). Coiffeur pour dames (Jean Boyer). Les Détectives du dimanche (Claude Orval). Elle & Moi (Guy Lefranc). L’Île aux Femmes nues (Henry Lepage). Nous sommes tous des assassins (André Cayatte). Piédalu fait des miracles (Jean Loubignac). Week-end à Paris/ Innocents in Paris (Gordon Parry). 1953 : Les Compagnes de la Nuit (Ralph Habib). Crainquebille (Ralph Habib). Piédalu député (Jean Loubignac). La rafle est pour ce soir (Maurice Dekobra). 1954 : L’Air de paris (Marcel Carné ). Fantaisie d’un jour (Pierre Cardinal). 1955 : Coup dur chez les mous (Jean Loubignac). Les Hommes en blanc (Ralph Habib). 1956 : Mon Oncle (Jacques Tati). My Uncle (Jacques Tati). 1957 : Gigi/idem (Vincente Minnelli). Mission diabolique/Der Fuchs von Paris (Paul May). Vive les vacances ! (Jean-Marc Thibault et Jean Laviron). 1958 : Les Motards (Jean Laviron). 1979 : Drôles de gendarmes/Sacrés Gendarmes (Bernard Launois). 2001 : Chambres d’hôte (Marc Garetto, CM). Trio (CM). 2004 : Brice de Nice (James Huth).

LE COIN DU NANAR : THE DAVINCI CODE

 Attention nanar de (hors-)compétition – à Cannes -. Dernier avatar de l’exploitation d’un filon – circuits touristiques, filme porno, livres parodiques, pas de pin’s hélas, la mode est passée -, voici donc avec la grâce d’un rouleau-compresseur – à l’image de la promo-,  l’adaptation cinéma du désormais livre culte “The Da Vinci Code”. Quelle drôle d’idée d’avoir pris Ron Howard, habile faiseur tout terrain, pas méprisable, mais souvent laborieux et académique. Passée la bonne surprise de retrouver Jean-Pierre Marielle, en conservateur de musée, on comprend avec l’incursion d’un corps comique, celui de Paul Bettany en moine albinos, le parti à prendre pour regarder le film, celui d’en rire ! Le moine se nomme Silas – c’est logique il s’auto mutile avec un silice -, il est donc l’un des méchants du film, et l’occasion de prouver combien Ron Howard est inadéquat dans ce registre. On tente d’anticiper de quel côté du cadre il va surgir, avant de son gondoler allégrement à chacune des apparitions. Son personnage n’attitre ni la compassion – il est instrumentalisé par un infâme membre du clergé – Alfred Molina qui fait ce qu’il peut-, ni la peur. Clovis Cornillac a eu du nez de le refuser pour participer aux “Brigades du tigre”. L’utilisation plate du Louvres dans une ambiance feutrée, est malhabile, nous faisant même regretter celui du “Belphégor” version Jean-Paul Salomé, c’est dire… Arrive Robert Langdon, spécialiste de l’étude des symboles, en conférence en France – Tom Hanks, c’est un réflexe mais on s’attend toujours à retrouver du persil dans ses narines -. Le conservateur étant assassiné – on ne va retrouver Marielle que dans des Flash-backs -, arrive Jean Reno, policier qui a fait son coming out opusdeien en arborant fièrement un signe d’appartenance sur sa boutonnière, convenez que c’est original pour une milice religieuse secrète…Il est curieux de voir tant de monde si mal dirigé par un Ron Howard, pourtant ancien comédien. Arrive la nièce de du conservateur Sophie Neveu, cryptologue de son état qui veut mener son enquête en parallèle… Le tandem Hanks-Tautou ne fonctionne pas du tout, on n’a rarement vu aussi peu d’affinités chez un couple de vedette, l’alchimie ne fonctionnant absolument pas. Je ne suis hélas pas assez charitable pour passer la distribution française sous silence, outre Reno tragiquement absent, Etienne Chicot bougonne, Jean-Yves Berteloot – pourtant excellent chez René Féret – est sinistre, quand il ne fait pas rire comme dans sa dernière scène, Marie-France Audollent est ridicule en nonnette, Xavier de Guillebon est hautement improbable en toxicomane et cerise sur le gâteau on a droit à Denis Podalydès en contrôleur aérien aux prises avec un Jean Reno énervé dans une des scènes les plus stupides du film.  Côté international ce n’est guerre mieux pour ne citer qu’un revenant Jürgen Prochnow, en banquier burlesque. Le seul qui se tire sans dommage du film c’est l’excellent Ian McKellen qui confère une dignité à son rôle  de Sir Leigh Teabing, qui de démarque d’une tétanisation crispée générale. Il apporte une bonne dose d’humour apportée à des situations dont il ne semble pas trop croire.

Ian McKellen, Audrey Tautou & Tom Hanks

C’est une belle performance d’acteur, d’autant plus méritoire que son personnage est assez chargé. Il se tire sans dommages dans la description de toiles de maîtres, ou explications digestes et diverses. C’est l’humour involontaire patent du film qui nous permet de digérer ce pensum de 150 mn, qui ne réussit ni le divertissement, ni ces délires théologiques – essayez de voir la fin du film, sans vous esclaffer ! -. Difficile de sortir d’une torpeur globale, heureusement le rocambolesque de certaines situations, digérables sans doutes sur la durée d’un livre, confine ici au grotesque total. Le film est un salmigondis ésotérique parfaitement sentencieux, et qui reste sur l’estomac. L’adaptation de Akiva Goldsman est assez fade, utilisant fort mal certaines idées, comme la claustrophobie du personnage de Tom Hanks. L’omniprésente musique de Hans Zimmer, poussive au possible, n’arrange rien… Reste que malgré des tentatives de reconstitutions virtuelles du passé assez habiles, amenées pour aider la compréhension, le réalisateur surligne tout comme s’il avait peur de ne pas être compris, ce qui nous vaut nombre de lourdeurs, comme sa façon d’insister sur un code rentré qui est correct. Ca n’empêche pas le film de battre des records, des vertus d’un marketing parfaitement amené, aidé par la foire cannoise proposant ce blockbuster pachydermique comme film d’ouverture. Il faut souligner l’accueil glacial des festivaliers – sauf ceux interrogés par M6. comme le soulignait “Arrêt sur image” sur France 5, ces derniers étant coproducteurs -.  Quant au côté blasphématoire tout décrié – difficilement compréhensible, tant le film est pathétique -, il n’est ici qu’une occasion pour les intégristes de tous poils de redorer leurs images et de profiter ce l’engouement des médias, comme l’ineffable représentant de l’Opus Dei – déjà très controversé bien avant Dan Brown -, dans l’émission “Arrêt sur images” toujours De plus pas d’ombrage à avoir, les grands méchants ne sont que des isolés infiltrant le Vatican et l’Opus Dei, pour leurs sinistres besognes. Mais y a des parts de gâteaux à prendre dans ce marché, le clergé ne s’en prive donc pas de manière opportuniste. Un joyeux naufrage qui malgré un budget conséquent, finit par rater toutes ses cibles et assurément un des plus mauvais films de l’année, dans un semestre pourtant riche en médiocrités. C’est aussi une vaste opération commerciale peu inspirée, réjouissante cependant au 54ème degré.

COMME T’Y ES BELLE !

 Et une comédie, encore ! Donnez-moi du bitume, du givre, de la neurasthénie, des chambres de bonnes, Alain Juppé, Ève Ruggieri, du brouillard, du plombé, du dépressif… Liza Azuelos nous livre ici sa recette de saison, un peu de “Vénus beauté institut”, un peu du “Cœur des hommes”, un soupçon de la “Vérité si je mens”, une pincée de “Sex in the city” et beaucoup de gnangan dans la grande tradition de l’édulcoration. On attendait beaucoup de ces portraits de femmes dans note société, et on retrouve un produit formaté recyclant les effets modes à tout va. Le regard sur la communauté séfarade est tendre, mais ça ne fait pas forcément un film. Sur le même thème on peut tout de même préférer l’excellent “Tango des Rachevski” de Sam Gabarski, et même les deux “Vérités… “., Mais à quoi bon se formaliser, moins les cinéastes font preuves de subtilité et de nuances, plus ça marche. Ce film n’est pas si déshonorant que ça finalement que beaucoup d’autres, mais il a le tort de passer après beaucoup d’œuvrettes. Dans le style “si vous voulez passer un bon moment…”, elle remplit parfaitement sa mission, mais on pouvait attendre un petit supplément d’âme. Finalement la seule audace du film est d’utiliser Marthe Villalonga…  dans un parfait contre-emploi… Il est vrai qu’elle reste à jamais marquée par ses rôles de femmes austères et revêches chez André Téchiné, on retrouve donc une gouaille inattendue en mère juive volubile. Trêve de sarcasmes, elle est tout de même excellente, au moins elle a l’âge d’être la mère des personnages présents – Elle n’avait que deux ans de plus que Guy Bedos dans “Un éléphant…” et “Nous irons…”, mais ces deux films d’Yves Robert gardent un charme certain à chacune des nouvelles visions -. Nos amis les Machos sont égratignés et forcément caricaturaux, voire insipides. Mais saluons Alexandre Astier, il y a donc une vie après “Kaamelott”. Il faut le voir en beauf sérial baffreur tellement macho qu’Éric Zemmour c’est Gisèle Halimi en comparaison. Mais il est très drôle, on l’imagine accompagné d’un ver solitaire, au moins il nous sort de notre torpeur.

Michèle Laroque, Aure Atika, Marthe Villalonga, Lisa Azuelos, Valérie Benguigui & Géraldine Nakache

Les autres hommes sont assez falots, comme Francis Huster qui semble s’ennuyer ferme, Thierry Neuvic – qui nous avait tant fait rire en chasseurs de rats dans le pathétique téléfilm de TF1 “Alerte à Paris !” et David Kammenos ne sont là que pour incarner le fantasme de ces dames – sans parler de l’ineffable Frédéric Beigbeder, qui au moins ici est muet -. On a plaisir à retrouver Dora Doll, qui n’a pas grand choses à faire en grand-mère qui perd un peu la tête et qui adore Julien Lepers, dans une distribution peu inventive. L’impression d’une soirée TV pantoufle sur grand écran finit par vous aigrir un peu. Michèle Laroque semble souvent jouer toute seule, Aure Atika en mère dépassée ne se renouvelle guerre, on peut par contre louer Valérie Benguigui et Géraldine Nakache, qui volent allégrement la vedette aux deux autres, elles font preuve d’un bel abattage. Le cinéma français manque de beaux rôles féminins, on assiste ici à une vision assez rose de notre société, un regard avisé manque ici singulièrement, les migraines de la fille d’Aure Atika ne sont qu’un prétexte scénaristique, et les problèmes se résolvent dans un irréalisme de conte de fées. Pointe même un certain conformisme, le personnage de Géraldine Nakache devant se bimboliniser pour être “consommable”. Elle avait pourtant trouvé un ton par moment, dans la trivialité notamment, à l’exemple de poils pubiens posés sur le bureau d’un contrôleur fiscal, quelques moments qui surnagent d’un grand bain dans l’eau de rose. On attendait une ode à la tolérance, mais la réalisatrice tombe même dans les clichées, à l’image du frère de la nounou marocaine, “pacsée” avec Michel Laroque pour régulariser sa situation, qui la frappe avec violence et intolérance, Liza Azuelos est pourtant d’origine marocaine, son grand-père étant séfarade. On peut sauver un certain air du temps, une étude de mœurs de femmes ballottées entre la vie familiale, les amours, l’éducation des enfants, c’est suffisamment rare pour signaler. Mais hélas, on termine dans les clichés, ralentis étirés d’instant de bonheur, le film finit hélas par ne pas trouver son rythme. Il y avait une belle matière de film, hélas on reste ici dans les bonnes intentions.

Armel de Lorme auteur du livre L’@ide-mémoire ouvre son site : http://www.aide-memoire.org/, souhaitons lui bonne route !

UNO

Précédé d’une excellente réputation après sa diffusion des les festivals du “Film nordique” à Rouen et “Premiers plans”  d’Angers, ce film s’avère une excellente surprise. Il trace le portrait de David 25 ans, qui habite avec ses parents et son petit frère trisomique un quartier «chaud » d’Oslo. Il travaille dans une salle de gym, dont les occupants participent à de petites combines pour survivre. Son père est mourant et sa vie n’offre aucun espoir. Le fils du propriétaire de la salle de sport est un dealer notoire, son père couvrant tous ses caprices. Une descente de police dans les vestiaires du lieu va changer la donne. Au même moment son père doit être hospitalisé. Le film se passe au Danemark, mais il est assez universel pour figurer dans n’importe quel lieu. Le film commence avec ce que l’on croit être d’abord une esthétique “Dogme”, mais on retrouve une maîtrise évidente, avec une photo soignée avec une sorte de filtre ocre de la photographie signée John Andreas Andersen. Son metteur en scène – c’est un premier film  -, Aksel Hennie, qui a débuté comme acteur, a utilisé des éléments de sa vie pour ce film, il confronte son personnage principal avec une sorte d’inéluctabilité tragique. Il joue donc le personnage de David, avec à la fois, une sorte de vulnérabilité et un côté plus combatif. Il passe d’un aspect juvénile, à celui plus marqué d’un homme éprouvé, à la calvitie naissante. Le choix d’un jeu de cartes “Uno” pour une métaphore assez convaincante, aident à suivre ces personnages confrontés à la dureté de règles rigides de petits malfrats – la présentation de truands pakistanais n’évite pas toujours  la caricature, mais elle reflète peut-être une réalité locale – et de la manière de s’en affranchir. Le metteur en scène crée une empathie bienveillante avec ses personnages et montre une grande sensibilité, côtoyant des scènes de violences.

Espen Juul Kristiansen & Aksel Hennie

Sa manière de montrer les petits détails attachant, du petit frère qui cache le portable de son aîné pour attirer l’attention, l’apprivoisement d’un chien rendu méchant, ou la mère de famille dormant sur le canapé en absence de son mari, est d’une remarquable justesse. L’évocation de personnes qui essaie tant bien que mal d’avancer, «évite le misérabilisme, il montre aussi la dignité contre la lâcheté de certains qui se résignent face à la loi du plus fort. La violence est sourde, comme un second langage, elle semble se transmettre à chacun, apparaissant même de manière inattendue. Mais le film n’est pas sans espoir, David lutte contre un déterminisme de sa condition sociale, où tout semble être un combat de chaque instant, même avec l’un de ses amis qui vitupère quand ce dernier laisse sonner son portable devant la vision d’un DVD. Les personnages sont touchants, de la mère désespérée, au petit frère handicapé, face à des personnages blessés et bafoués, quand certains comme l’insupportable Ralph, protégé par son père, combinent petitesse et méchanceté. S’ils n’ont pas assez de mots pour dire leurs douleurs, on ressent une lutte constante contre un abattement justifié par une véritable tragédie, pas de place ici pour se complaire dans son malheur. L’histoire est prenante, le côté film noir est ici transcendé, pour donner une sorte d’hymne à la vie. Au-delà des maladresses, il une assurance de la part d’Aksel Hennie, un véritable regard, sur son personnage écran qui va payer au prix fort sa quête de liberté et d’autonomie.

QUATRE ÉTOILES

Je lambine, je lambine… Vu en avant-première il y a un mois environ à l’UGC-Cité ciné Bordeaux “Quatre étoiles”, en présence de son réalisateur Christian Vincent, José Garcia et Isabelle Carré. Christian Vincent est un habile metteur en scène, toujours soucieux de retrouver un contexte social, son dernier film sur les familles recomposées “Les enfants” a même lancé une mode sur ce sujet. On l’associe souvent au Nord ou à l’intime, on ne peut que louer sa manière de faire un film contre le précédent. Une vieille dame à l’agonie – Renée Le Calm épatante – peste contre tout le monde à la lecture de son testament devant son notaire. C’est France dite Franssou – Isabelle Carré, rousse en hommage à Shirley MacLaine, absolument radieuse – qui va hériter de 50 000 euros. Elle décide de les dilapider sur la “Côte d’Azur”, trouvant que la somme n’est pas suffisamment importante. Elle quitte donc son ami Marc, un peu lourdaud – Michel Vuillermoz, un comédien que l’on a toujours plaisir à retrouver, excellent en raconteur de blagues stupides -. Franssou tombe sur un aigrefin aux abois, nomme Stéphane La Chesnaye – hommage à “La règle du jeu” -. Il est prêt à tout pour acquitter une dette de jeu – saluons Luis Rego en messager circonspect -, sans faire trop de vague, la “Côte d’Azur” étant un peu trop petite comme terrain de chasse. Franssou, qui se révèle une charmante roublardise, s’amuse avec lui, c’est un escroc hâbleur, séduisant et convaincant, le genre avec lequel vous êtes « cuits » s’il pose la main sur vous – Costa-Gavras comparait José Garcia à Jack Lemmon dans le “Couperet” avec lequel il a travaillé, on peut en faire de même avec celui des comédies de Billy Wilder, son rythme dans la comédie est fascinant. Ils ont un rapport chien et chat, et elle rencontre sa prochaine victime à l’escroquerie un ex-pilote de courses. Christian Vincent en tournant au « Carlton » lieu qui réveille bien des souvenirs cinéphiliques – impossible de ne pas penser à “La main au collet” d’Hitchcock. On n’est pas loin de la “screwball comedy”, l’ami Pierrot/Orloff cite d’ailleurs dans sa critique et avec justesse le formidable « Haute Pègre » de Lubitsch – référence assumée par Vincent -, notamment. Le scénario est vivant, intelligent, très bien écrit par Olivier Dazat – l’étude sur les tics de langages, par exemple -.

Tout ici est soigné, de l’image, la musique et le mécanisme d’horlogerie d’un Jean-Paul Rappeneau – cinéaste que j’aime beaucoup -. Aux côtés de ce couple épatant, on retrouve un François Cluzet en grande forme, en champion de courses automobile esseulé et maladroit, cherchant des mots… qu’il ne connaît pas. Christian Vincent avait eu déjà un projet non abouti avec Cluzet, il lui donne l’occasion de montrer son grand registre – son personnage passe par plusieurs étables -. Il y est parfaitement réjouissant, il faut le voir évaluer la place où ranger ses rolls dans le garage que lui fait  visiter José Garcia, c’est un grand moment de burlesque, pour passer avec habileté du ridicule au touchant, il est définitivement un de nos plus grands comédiens. Le tandem Carré-Garcia fonctionne parfaitement dans un ton vachard, pas aimable, et ils font naître une tension érotique. Le reste de la distribution est formidable – outre ceux cités précédemment -, notamment Jean-Paul Bonnaire et sa scène de tourteau – je vais lui rendre hommage très bientôt -, Guilaine Londez et Mar Sodupe en bonnes copines, ou Philippe Manesse échappé du café de la gare assez inquiétant. Hautement appréciable en ces périodes de comédies formatées signées – Francis Veber, Lisa Azuelos -, voire fumistes – la liste est trop fastidieuse -. La soirée d’après film était excellente, de l’évocation de la rencontre José Garcia-Isabelle Carré – deux petits rôles dans un ascenseur dans “Romuald et Juliette” et de leurs retrouvailles dans “La mort du chinois”, de l’évolution du jeu d’Isabelle Carré, par Christian Vincent, avec lequel elle avait travaillé sur “Beau fixe” – il la voyait comme la plus sérieuse du groupe, un vrai petit soldat. C’était un régal de les complimenter personnellement ensuite, Isabelle Carré charmante et réservée qui dit recevoir vos compliments comme des vitamines, José Garcia parlant formidablement de son travail, et la cinéphilie de Christian Vincent. Un régal. Tant mieux car en ce moment on risque l’overdose de comédies.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Mony Dalmès

DR

Annonce de la mort du discret Gérard Brach, qui disait écrire des histoires compliquées avec des idées simples. C’est l’un des créateurs les plus singuliers du cinéma français, son univers Annonce de la mort de la comédienne Mony Dalmès à l’âge de 91 ans, dont on se souvient surtout dans des captations télévisées de pièces de théâtre à l’instar de “Huit femmes” de Robert Thomas, vu en 1972 dans la série “Au théâtre ce soir” et disponible dans le DVD éponyme du film de François Ozon, son rôle étant repris par Catherine Deneuve. Elle débute au conservatoire dans la classe de Denis d’Inès, avant de jouter des pièces variées “Le soulier de satin”, “La reine morte”, “Antigone” et on lui doit la musique de “Molly Brown” sur les planches également selon “L’ABC du cinéma”. Au cinéma, elle n’a fait que très peu de films, mais Claude Chabrol l’a utilisé en vieille dame excentrique dans “Rien ne va plus” (1997). Elle poursuit avec assiduité, flanquée d’un horripilant petit chien,  Michel Serrault qui va déployer des trésors d’inventivité pour arriver à l’éviter. On l’a retrouve en baronne dans le remake des “Yeux sans visage” signé Jésus Franco dans “Les prédateurs de la nuit”. Retrouvez des précisions sur ses doublages dans le forum de la Gazette du doublage.

Armel de Lorme, initiateur et auteur principal de l’@ide-mémoire – Encyclopédie des Comédiens (www.aide-memoire.org), a tenu à nous apporter lesprécisions suivantes: 

Curieusement, c’est deux jours à peine avant la disparition de Mony Dalmès que Ginette Garcin a repris sur la scène des Bouffes-Parisiens “le Clan des Veuves”, énorme succès boulevardier qu’elle a signée (sous le nom de Ginette Garcin-Beauvais) et créée à l’aube des années 90 entourée à l’époque de Jackie Sardou et de Mony Dalmès. Rappelons aussi que le bref passage de cette dernière au Français a coïncidé à peu près avec ses débuts de vedette de l’écran. Un temps distribuée dans les jeunes premières de convention, de “l’Inévitable Monsieur Dubois” à “La Figure de proue” en passant par “L’Homme de Londres” – où elle s’avère du reste quelque peu falote et pâlote (a l’image du film d’ailleurs), elle est beaucoup plus réjouissante dans les bourgeoises, petites ou grandes, racées, charmeuses et arrogantes qu’elle se voit proposer par intermittence aux approches de la cinquantaine. Maquerelle bon teint des “Bonnes Causes” tirant à petites bouffées sur un fume-cigarettes pour le moins téléscopique, baronne Vetsera chaperonnant entre deux révérences à la Hofburg ses grandes filles, Catherine Deneuve et Lyne Chardonnet (“Mayerling”, Terence Young, 1967), elle tire encore son épingle du jeu, entre la fin des années 80 et celle des années 90, chez des metteurs en scène aussi disparates qu’Eric Le Hung et Jess Franco, Claude Chabrol et Med Hondo. Pour l’anecdote, on notera que l’un des rôles les plus hauts en couleur qu’elle ait interprété dans le cadre de “Au théâtre ce soir”, celui de la mère un rien monstrueuse des “Huit femmes” de Robert Thomas, a été repris avec non moins de bonheur quelques 25 années plus tard par Catherine Deneuve – sa fille aînée dans “Mayerling” – sous la direction de François Ozon.   

Filmographie : 1936  Les demi-vierges (Pierre Caron) – 1942  L’inévitable Monsieur Dubois (Pierre Billon) – 1943  L’homme de Londres (Henri Decoin) – 1945  Dernier métro (Maurice de Canonge) – Secrets de jeunesse (Jacques Charon, CM) – 1947  La visiteuse (Albert Guyot) – La figure de proue (Christian Stengel) – 1950  L’enfant des neiges (Albert Guyot, CM) – 1962  Les bonnes causes (Christian-Jacque) – Love is a ball (Le grand-duc et l’héritière) ( David Swift) -1967  Mayerling (Terence Young) – 1987  Les prédateurs de la nuit (Jésus Franco) – 1988  À deux minutes près (Éric Le Hung) – 1996  Rien ne va plus (Claude Chabrol) – 1996/97  Watani, un monde sans mal (Med Hondo). Télévision (notamment) : 1964  Les joyeuses commères de Windsor (Roger [Lazare] Iglèsis) – 1965  La misère et la gloire (Henri Spade) – La main leste (René Lucot) – Seule à Paris (Robert Guez) – 1967  Allô police : Visites intéressées (Robert Guez) – Les aventures de Michel Vaillant (Charles Bretoneiche & Nicole Riche) – Jean de la Tour Miracle (Jean-Paul Carrère) – 1968  Lélio ou la vie de George Sand (Henri Spade) – Puce (Jacques Audoir) – 1969  Au théâtre ce soir : Le congrès de Clermont-Ferrand (Pierre Sabbagh) – 1970  Un crime de bon ton (Henri Spade) – Die Marquise von B. (Franz Peter Wirth) – 1972  Au théâtre ce soir : Huit et demi (Pierre Sabbagh) – Au théâtre ce soir : Je viendrai comme un voleur (Pierre Sabbagh) – Les enquêtes du commissaire Maigret : Maigret en meublé (Claude Boissol) – 1973  Au théâtre ce soir : Une fois par semaine (Georges Folgoas) – Les Mohicans de Paris (Gilles Grangier) – Au théâtre ce soir : Le bonheur des autres (Georges Folgoas) – 1974  À dossiers ouverts :  La malédiction de l’ogre (Claude Boissol) – Malaventure : Monsieur seul (Joseph Drimal) – 1976  Nick Verlaine ou comment voler la Tour Eiffel : Dans l’eau de la piscine (Claude Boissol) – 1977  Ne le dites pas avec des roses (Gilles Grangier) – 1978  Il y a encore des noisetiers (Jean-Paul Sassy) – Au théâtre ce soir : Le nouveau testament (Pierre Sabbagh) – Au théâtre ce soir : Le bon débarras (Pierre Sabbagh) – Joséphine ou la comédie des ambitions (Robert Mazoyer) – 1980  Mon père avait raison (Paul-Robin Benhaïoun, captation) –

LES AIGUILLES ROUGES

   Avant-première du film “Les aiguilles rouges” à l’UGC Cité-Ciné, en présence de son metteur en scène, Jean-François Davy, Jules Sitruk, Damien Jouillerot, Jonathan Demurger et Pierre Derenne. Le film vient de sortir ce mercredi. Il était intéressant de rencontrer son réalisateur après débat, enthousiaste,  qui a beaucoup de projets après son retour à la réalisation – son dernier film “traditionnel” est “Ca va faire mal” une comédie de 1982. Il  a un parcours atypique dans le cinéma français, répondant à des commandes plutôt que de rester sans projets. On luit doit un drame, son premier film “L’attentat” (1966)  sur un jeune homme fasciné sur les attentats de l’O.A.S. inédit, mais que l’on peut voir en DVD pour un prix dérisoire chez Cdiscount, une des rares réussites dans le fantastique français “Le seuil du vide” (1971), une comédie nonsensique écrite avec Jean-Claude Carrière “Chaussette-suprise” (1978) – avec déjà Rufus, Bernadette Lafont et Bernard Haller -et bien sûr des films érotiques, il vient de terminé un coffret DVD le 21/06/2006 riche en bonus, avec au programme des films : “Exhibition 1 et 2”, “Exhibition”,  “Plainte contre X”,  “Prostitution” + “Change pas de main” de Paul Vecchiali, “Exhibition” étant à la base un documentaire sur le tournage de ce dernier. Producteur avisé – les films de Jean-Daniel Pollet notamment, il était également responsable de l’admirable collection vidéo “Les films de ma vie”. Ce film-ci, tourné en 2005, aurait pût être son premier film, c’est un projet de longue date. Il retrace sa propre histoire – Le jeune comédien Jonathan Demurger – assez falot d’ailleurs – joue son rôle. Il se replonge dans les années 60, racontant un petit groupe de scouts égarés dans une montagne des Alpes – les images sont admirables – après avoir suivi un ordre imbécile du chef des scouts. “Les aiguilles rouges”, sont celles qui servent à crever les ampoules de nos jeunes marcheurs.

Jean-François Davy

Le film par sa sincérité arrive à nous tenir en haleine sans ambages, recréant parfaitement des petites rivalités entre le groupe, une tension et une cruauté assez sourde. La guerre d’Algérie, est très présente en toile de fond, par les personnages des grands frères – celui du personnage de Damien Jouillerot -. Jean-François Davy a soudé le petite équipe par des répétitions, les jeunes comédiens sont très justes, mention spéciale à Damien Jouillerot – très à l’aise dans un nouveau registre celui de la colère – et Jules Sitruk – le rôle a été réécrit sur mesure pour coller à sa personnalité, subtil en lecteur assidu, un peu en retrait dans le groupe et craignant de devoir quitter son pays natal l’Algérie. L’évocation de la montage est habile, c’est lieu hostile et propre aux légendes – évocation des “dahus” -, on ressent bien l’hostilité de ces lieux si on part à l’aventure. Il y a quelques maladresses, inhérentes au fait que c’était un ancien projet, Jean-François Davy l’a produit lui même, et il devait s’imposer après presque 25 ans d’absence, un projet très personnel de longue date a parfois du mal à trouver son rythme lors de sa réalisation.  Le réalisateur a d’ailleurs retrouvé à Bordeaux, celle a qui il écrivait – les belles lettres finales sont de cette femme -, ce qui était un beau moment d’émotion. Le défilé d’acteurs confirmés – Richard Berry, Patrick Bouchitey…, seul Rufus a un rôle important en montagnard aguerri -, est plus une contribution à aider ce projets, mais il apporte peu finalement même si on a droit à la belle gouaille de Bernadette Lafont en infirmière revêche et un beau moment d’émotion de la part de Bernard Haller en grand-père de Jouillerot. Ce film d’initiation mérite que l’on s’y arrête, même s’il souffre de passer après plusieurs films sur ce sujet comme “Malabar princesse”. Jean-François Davy passionnant à écouter  – je me suis régalé à entendre son évocation du comédien Claude Melki – déborde désormais de projet, une comédie comme réalisateur – un quadragénaire voit sa compagne le quitter pour sa fille ! – et producteur “L’affaire Outeau” avec au commande Yves Boisset. Souhaitons lui bon vent !

ARTICLE : LIBÉRATION (mercredi 10 mai 2006)

Mes dates clés par Jean-François DAVY

“1957. A 12 ans, en vue d’écrire un article de Jeunes années magazine, je me passionne pour la photographie. Techniques, chimie, tirages, je connais tout. Cela me conduit vers le cinéma, où je vois tout, sans aucun sens critique: péplums, films d’aventure, d’amour, westerns. Je rencontre Christine pour une grande amitié amoureuse épistolaire. Un baiser sur la joue dit la pureté de nos sensations érotiques. Sentiment de vivre les plus grands moments de bonheur de ma vie.

1959. En voyant les Quatre Cents Coups, premier flirt au cinéma, premier baiser sur la bouche. Je décide d’être réalisateur de films.

1960. Avec ma patrouille de scouts, nous nous perdons plusieurs jours dans le Brévent, au-dessus de Chamonix. Angoisse, danger, cela a failli très mal tourner. C’est le sujet des Aiguilles rouges, et l’occasion d’acquérir un sens des responsabilités: savoir ne pas dire oui systématiquement. En revenant, avec mes copains scouts, je tourne mon premier film en 8 mm, un polar inspiré par Maigret et Tintin, Vernay et l’affaire Vanderghen.

1966. Premier long métrage, l’Attentat. J’en épouse la comédienne principale, Dominique Erlanger.

1972. Le film de vampires que je devais tourner tombe à l’eau. Avec la même équipe d’acteurs et de techniciens, je tourne quinze jours plus tard Bananes mécaniques, une comédie paillarde, croisant deux genres à la mode: l’érotisme et les films des Charlots. Un million d’entrées. Score qu’égaleront les deux suites que je réalise: Prenez la queue comme tout le monde et Q.

1975. Exhibition, tourné en parallèle au film de Paul Vecchiali, Change pas de main, est présenté à Cannes. Il sera successivement classé Art et Essai, classé X, déclassé Art et Essai, déclassé X, reclassé Art et Essai. 3,5 millions d’entrées. En 1984, Exhibition est le premier porno programmé sur Canal +, diffusion autorisée par Mitterrand lors d’une partie de golf avec Rousselet.

1981. Jack Lang, ministre de la Culture, se livre à une chasse aux sorcières dans le milieu du cinéma porno français.

1982. Ça va faire mal, avec Ceccaldi, Menez, Guybet: un échec qui me met sur la paille.

1983. Je fabrique et j’édite ma première cassette vidéo, pour une collection de films X sous le label Prestige. J’initie en France la vente au public par correspondance, court-circuitant les vidéoclubs. Ça a marché tout de suite, et très fort: début de l’aventure de ma société Fil à Film, qui me propulse à la tête de 300 salariés.

1989. Année culminante de mon activité d’éditeur vidéo avec le lancement de la collection Les Films de ma vie et les oeuvres de Truffaut, Tati, Chaplin, Bergman, Godard, Rohmer. J’ai le sentiment que je ne pourrai plus faire mieux: il faut changer de métier.

1994. Au cours d’une randonnée en montagne, j’acquiers la conviction que je dois réaliser un film à partir de mon aventure adolescente. J’écris le scénario des Aiguilles rouges. Toutes les portes se ferment quand je veux le financer, l’Avance sur recettes, les télévisions, le CNC. Mais je rencontre Sophie, dont je tombe instantanément amoureux et que j’épouse peu après.

1998. Naissance d’Antoine et réalisation d’un rêve: acheter un appartement à Paris donnant sur la Seine.

2003. Je décide de financer les Aiguilles rouges tout seul, en prenant tous les risques et grâce au développement du DVD. Si je ne fais pas ça à 60 ans, je ne le ferais jamais.

2005. Tournage des Aiguilles rouges: mon vrai premier film? Réconciliation avec mes ambitions d’enfant.

A venir. Mon livre de souvenirs s’appellera le Cul entre deux chaises, titre qui résume mon existence, entre le film d’auteur et le cul commercial. J’éprouve un plaisir assez jubilatoire à ce que mes films soient reconnus par le regard cinéphile d’aujourd’hui. “

SILENT HILL

 Accueil assez froid de la part de beaucoup pour ce “Silent Hill”, ce qui peut surprendre. En effet en ces périodes de canulars insipides – tendance “Blair Witch”, il faut bien le dire l’un des films les plus pitoyables de l’histoire du cinéma -, films ricanant – tendance “Scream”, remakes ou innombrables séquelles en tous genres ou des films confrontant des créatures d’autres films – tendance “Freddy contre Sœur Emmanuelle” ou je ne sais plus quoi -, on retrouve enfin ici un plaisir de spectateur. Mais “Silent Hill” vaut le détour, même si vous ne connaissez pas le jeu video Konami, comme mézigue, où si vous avez été échaudé par des adaptations comme “Super Mario Bros” – qui vaut son pesant de cacahuètes avec Bob Hoskins et Dennis Hopper – et autres “jojolivitcheries tomberedienne-residentevilisées”. Christophe Gans, dont “Le pacte des loups” me semble être à réévaluer – son tort était de vouloir trop en mettre -, part donc inévitablement faire un blockbuster pour les Etats-Unis, après avoir fait l’effort louable de vouloir rester en France. L’homme a donc du talent, et il parle en plus magnifiquement du cinéma. L’histoire proche de celle d’Orphée est pourtant conventionnelle, mais Gans ne s’embarrasse pas dans de vaines scènes explicatives et rentre directement dans le cœur du sujet. La jeune Sharon rêve d’une ville fantôme, Silent Hill. Sa mère, Rose – Radha Mitchell, dont le jeu nerveux convient au rôle – décide pour exorciser son mal étrange, de l’accompagner sur place au grand dam de son mari – minéral Sean Bean -. Mais la ville minière, semble avoir sa propre dimension, elle a été détruite il y a trente ans par un gigantesque incendie, et elle continue d’ailleurs à brûler. Inévitablement Rose perd sa fille, part à sa recherche flanquée par une fliquette qui fait preuve d’empathie et d’énergie – étonnante Laurie Holden -. Un univers peuplé par des ténèbres s’ouvre aux deux femmes…

Radha Mitchell

Les effets spéciaux et un décors infernal post-Tchernobyl atteignent ici une perfection étonnante. On sent une grande recherche, à la manière de la variation de pigmentation de la robe de la belle Radha, ou les décors rouillés et délabrés dont on sent tout une histoire. On retrouve quelques sensations cauchemardesques propres à une sorte de peur primale, mêlées à des images poétiques comme le pluie de cendres, ou angoissantes – une sirène dont le bruit nous est pourtant familier -. Les créatures sont montrées, et on même dans leurs monstruosités une sorte de noblesse, ayant un passé humain. Et l’on songe que cela faisait un moment que l’on avait pas vu spectacle si probant. Christophe Gans a enfin digéré ses références, même si aura beau jeu de retrouver des influences de Clive Baker à Francis Bacon, mais il a enfin trouvé son ton dans cette mise en scène macabre, avec une invention visuelle constante. Le crescendo morbide du film est haletant, même si l’histoire de la petite communauté menée par une Alice Kridge assez caricaturale est assez convenue, Roger Avery voulant sans doute retrouver des émotions cinéphiliques à la “Wicker man”, magistral film de Robin Hardy – film cité dans ses “Lois de l’attraction”. Et puis on a toujours plaisir à retrouver Deborah Kara Unger. Sa vision de l’horreur – et même du couple Sean Bean et arpentent les mêmes décors sans se rencontrer, l’image est aisée à comprendre -, se révèle on ne peut plus judicieuse. Il faut saluer le talent quand on le constate, donnez-nous 5 à 6 films fantastiques ou d’horreur de cet acabit par an, et on court se réconcilier avec un genre bien malmené ces derniers temps.