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BACKSTAGE

Avant-première hier à l’UGC Cité-Ciné, du troisième long-métrage d’Emmanuelle Bercot, avec “La puce” et “Clément”.  Lucie – Isild Le Besco -, est une fan de17 ans qui voue un culte à sa chanteuse préférée  Lauren Waks – Emmanuelle Seigner -. Cette dernière histoire de redorée son image distante, accepte de la rencontrer par surprise dans une émission TV style “Stars à domicile”. Mais Lucie se laisse déborder par son émotion et préfère se cacher, ce qui rend une diffusion télévisuelle impossible. La star repart mais est touchée par un petit mot que l’adolescente lui a glissé sous la porte. Cette dernière finit par quitter son foyer, au grand dam de sa mère – Édith Le Merdy très juste – qui élève seule ses 3 enfants. Lucie rejoint une cohorte de fans qui guette tout déplacement de la vedette – dont surprise Joëlle Miquel, actrice fétiche d’Éric Rohmer qui a un comportement assez déstabilisant -.  Exacerbé, elle finit par attirer la compassion de Jean-Claude un garde du corps blessé par la mort de sa fille – Jean-Paul Walle Wa Wana, étonnant nouveau venu – et rentrer dans le cercle des intimes de Lauren, grâce à Juliette – Noémie Lvovsky épatante comme à chaque fois qu’on la retrouve -. Mais c’est un marché de dupes…

Isild Le Besco & Emmanuelle Seigner

Fan vient de fanatisme, on le sait, et Emmanuelle Bercot a réussit à créer une tension durant tout le film, entre une star écorchée vive, capricieuse et cyclothymique et cette adolescente dont l’idolâtrie révèle ses failles, le danger que peu représenter sa souffrance. La lumineuse Isild Le Besco– qui faisait preuve de beaucoup de grâce et de sensibilité ce soir là -, continue à faire preuve d’exigence et prouver son adresse à jouer un personnage à la dérive. Elle est vraiment touchante et a une présence particulière dans le cinéma actuel. Après son premier film comme réalisatrice, on ne peut que lui promettre un grand avenir. Elle a expliqué, que c’est à presque 23 ans, qu’elle avait la maturité nécessaire pour jouer ce rôle à fleur de peau, et que le résultat n’aurait pas été le même à 17 ans. Sa complicité avec Emmanuelle Bercot est évidente, et permet un travail où les mots ne sont pas forcément nécessaires. Cette vie par procuration la met en danger, et un rapport trouble se noue entre les deux femmes. En icône blessée Emmanuelle Seigner est surprenante de mystère et de fêlures, saluons son travail pour avoir véritablement chanter durant plusieurs séances. La réalisatrice fait preuve ici d’une belle maîtrise. Elle privilégie les personnes humaines plutôt que les comédiens pour personnifier ses personnages, on retrouve donc Valéry Zeitoun – qui a une popularité en TV – jouer son presque propre rôle de manager dépassé, c’est son premier film et présent lors de cette avant-première montrait une jovialité sympathique -, Noémie Lvosky donc, Samuel Benchetrit, réalisateur dont c’est le premier film également, en amant taciturne, Lisa Lamétrie – je vous promets d’arrêter de vous la présenter comme ancienne concierge de Maurice Pialat -, en femme de ménage, Claude Duneton en père bafoué. Ce film étude d’un comportement parfois extrême donne un brillant résultat en montrant avec simplicité la sensibilité exacerbée du sortir de l’adolescente. La confrontation de deux mondes aussi différents est la belle idée de ce film.

EDY

“À sa naissance, il n’est donné à l’homme qu’un seul droit : le choix de sa mort. mais si ce choix est commandé par le dégoût de sa vie, alors son existence n’aura été que pure dérision”, Jean-Pierre Melville dans “Le deuxième souffle”, cité dans le scénario d'”Edy”. C’est évidemment avec beaucoup d’impatience que j’attendais “Edy” de Stephan Guérin-Tillié, le problème compte tenu de l’article précédent, voir ICI, est évidemment le manque d’objectivité – mais en temps normal, je ne crois pas trop à cette notion des choses ici – et de faire dans la vile flagornerie, mais quand je n’aime pas un film, je préfère le tenir sous silence comme l’un des films précédents avec François Berléand sorti cette année. Je vais donc en causer librement. Edy, cœur lent, est un assureur véreux comme dans “Ma petite entreprise”. Il est fatigué de vivre et des escroqueries  à l’assurance, avec des morts à la clé, organisées par son mentor, Louis Girard – Philippe Noiret qui trouve là un de ses meilleurs rôles depuis un moment -. On retrouve la scène du court-métrage en noir et blanc “Requiems”, dans une carrière, où Edy doit procéder à de bases œuvres en compagnie du guignol –Laurent Bateau, qui tend à la drôlerie remplaçant Daniel Rialet qui était plus tragique- court-métrage visible dans le DVD édité par Studio, consacré aux œuvres filmées de comédiens. L’écriture du film est plus complexe que l’on veut bien le dire, et loin de se laisser aller à des procédés – le split-screen reproché par un critique – Stephan Guérin-Tillié a réussit à installer un climat, grisaille et jazz obligatoire.. Il exploite les non-dits et les situations, avec beaucoup d’humour – le mort revenant hanter Edy, dans une émission de Julien Lepers, Edy bras cassés retrouvant la posture de la marionnette du vrai guignol.

Yves Verhoeven & François Berléand

Il y a des réelles trouvailles, tel le conseil de discipline des assureurs dans un bowling,  joué avec rythme par Roger Souza, dégonflé patenté, Jacques Spiesser, Céline Samie, et l’ex “garçon plein d’avenir”, Olivier Brocheriou. Le film procède à une lente dépression du personnage d’Edy, blasé, qui ne retrouve plus aucun sens de sa vie, et va finir par tomber dans une spirale infernale, ne pouvant compter que sur le soutien de Louis, personnage roublard mais qui a un sens de l’honneur à l’ancienne. La distribution est particulièrement soignée, mention spéciale à Yves Verhoeven en inspecteur sarcastique et décalé – il faut le voir mener son enquête avec flegme et cynisme – Pascale Arbillot en secrétaire défaite, Eric Savin en employé des pompes funèbres attachant et naïf, Cyrille Thouvenin en skin-head, Marion Cotillard en fantasme, le moindre rôle est soigné – Marie Pillet, en voisine énervée, Dominique Bettenfeld et Steve Suissa en pilier de comptoir.

François Berléand & Philippe Noiret

Ce film n’est pas encombré par les influences du metteur en scène. On pense à Melville, bien sûr. Plus qu’un exercice de style, il y a une proximité avec les personnages, un bel humour noir et une écriture soignée : le monologue où le personnage de Louis, évoque ce qui le fait bander. La confrontation entre Philippe Noiret et François Berléand est jubilatoire, ce sont bien deux comédiens d’une même trempe, le rapport maître-élève est le moteur de la vie d’Edy, on comprend bien qu’il lui faille passer au-delà de cette relation pour s’affirmer. Et puis il y a François Berléand, désabusé, toute la peine du monde sur ses épaules, mais s’illuminant de sa superbe en évoquant des techniques de ventes et retrouvant “L’énergie du désespoir”. Qu’il déambule sous la pluie, pose son spleen sur une balançoire, tente de résister aux difficultés, il est magnifique de subtilité et est au sommet de son art. On n’imagine d’ailleurs pas son personnage interprété par quelqu’un d’autre et comme dit Julien Lepers dans le film “on ne dit jamais assez aux gens qu’on les aime !”. Ce film mal accueilli semble-t’il par certains, mérite le détour, le public semblant lui, l’apprécier malgré une critique infondée – mention spéciale aux “Cahiers du cinéma” – d’une crétinerie abyssale et gratuitement négative, peut-être parce que l’on a toujours du mal à voir sa médiocrité ainsi lucidement exposée.

KEANE

“Keane” quatrième film de Lodge Kerrigan est un film âpre, poignant et déstabilisant. Moins accessible de “Claire Donan”, le parti pris du metteur en scène est de suivre dans sa pathologie le personnage de William Keane en plan serré et de ce fait nous donne à partager sa souffrance sans nous laisser d’échappatoire, les décors étant neutres ou dans le flou. La tension domine ce film, qui peut déstabiliser à l’instar de mon voisin de fauteuil, qui devait trouver le temps long, regardait sa montre, et sautait comme un cabri pour marquer sa désapprobation vis à vis de sa femme qu’il avait accompagnée. Qu’il soit passé à côté d’un grand film tant pis pour lui, humainement il n’en valait pas la peine. La vision prenante et sidérante de ce film qui supporte tel traitement avec un tel voisinage ne peut que mériter le respect. Le personnage du film revient avec une coupure de presse sur les lieux de la disparition de sa fille, histoire de trouver un élément moteur et peut-être pour l’aider dans son travail du deuil. Les degrés de lecture du film sont suffisamment rires pour qu’une ambiguïté  demeure sur la véracité des faits réels, mais le plus admirable est la lutte de chaque instant de cet homme meurtri, seul et survolté, malgré son incapacité à gérer la souffrance.

Damian Lewis

Comme disait Jean-Luc Godard, “c’est la marge qui tient le cahier”, le film montre aussi notre incapacité à faire preuve d’empathie envers une personne au comportement déroutant, William Keane doit seul chercher son salut, trouver des exutoires, seul la rencontre d’une petite fille de 7 ans – l’âge de sa fille – la petite Abigail Breslin, très juste -, lui redonne espoir. On le sent près à basculer dans la tragédie à tout instant. Le film gagne en intensité, de par son regard clinique, et la très subtile et formidable prestation du comédien Damian Lewis, qui nous donne une empathie presque immédiate avec son personnage, dans ses dérives, ses soliloques, sa rage de garder son identité et son évolution. Son jeu naturaliste est dû à de nombreuses répétitions. Le résultat est suffisamment fort, pour que l’on oublie toute velléité d’un effort de la composition, pour arriver à la vérité du personnage. Ce témoignage accablant de notre société moderne est un film brûlant, sincère et très fort et est l’un des rendez-vous les plus forts de cette année au cinéma.

UN PEU DE GRIVOISERIE UN JOUR DE TOUSSAINT…

 

Claudia Cardinale dans “Sandra”

Proposition de Pierrot dans son blog, une liste totalement subjective de ses dix films les plus érotiques de l’histoire du cinéma. Ca tombe bien, je viens de voir “Keane” qui m’a beaucoup secoué, et comme j’ai horreur du principe des listes, on peut bien se lancer, on ne sait jamais si une “chaîne du malheur” se déclenche si on ne le fait pas, du genre d’être obligé de voir toutes les émmissions produites par Alexia Laroche-Joubert – pas glamour la dame -, le reste de sa minable vie…. Donc voici par ordre alphabétique et sans trop réfléchir :

–        Atlantic city”, de Louis Malle, pour la fameuse scène de voyeurisme où Burt Lancaster regarde Susan Sarandon s’ôter les odeurs de poissons avec du citron…

–        La clé” de Tinto Brass, toujours pas original, mais désolé l’opulente Stéfania Sandrelli est indispensable à tout top Ten, difficile de se singulariser un peu.

–         “La dernière bourrée à Paris”, de Raoul André, on n’a voulu n’y voir qu’une misérable pantalonade parodique du “Dernier tango à Paris”, mais voir Marion Game, topless, séduire les deux nigauds joués par les frères Préboist, et Annie Cordy s’émoustiller en jouant au docteur et Daniel Prévost donner des leçons de bourrée à la Sorbonne c’est quand même quelque chose… Dans le même ordre d’idée les seins d’Alice Sapritch en Eva Braun dans “Le führer en folie” de Philippe Clair.

–         L’empire des sens”, de Nagisa Oshima, comme tout le monde, même pas foutu de faire original…

–         L’insoutenable légéreté de l’être”, de Philip Kaufman, pour la célèbre scène de pauses photographiques entre Lena Olin et Juliette Binoche.

–         “Ma femme est un violon”,  de Pasquale Festa Campanile, le corps de Laura Antonelli, comparé à un violon…

–         Sandra”,  de Luchino Visconti, la sensualité de Claudia Cardinale dans ce film est remarquable, je n’ai rien vu de plus torride dans ma petite tête d’échappé misérable de l’univers Hoellebecquien

–         Le silence”, d’Ingmar Bergman, Ingrid Thulin dans la frustration et Gunnel Lindblom dans la sensualité.

–         “Tristesse et beauté”, souvenir d’avoir été émoustillé il y a 20 berges par ce film et par Charlotte Rampling – qui talque ses seins – et Myriam Roussel nue, reste à savoir si une nouvelle vision ne risque pas de me décevoir.

–         Les vies de Loulou”, de Bigas Luna, descente dans la dépendance sexuelle de la belle Francesca Neri.

Manquent à l’appel Walerian Borowczyk, Russ Meyer, Luis Buñuel, Louise Brooks, Victoria Abril et sa scène de la balançoire dans “La lune dans le caniveau” et son personnage dans “Attache-moi”, mais désolé on ne peut pas citer tout le monde… Lire aussi le top ten de Le Pacs de Cro, Bogart et Casaploum. Faites suivre…

ZAINA, CAVALIÈRE DE L’ATLAS

Il serait dommage de passer à côté de ce film promis à une vie courte dans le système actuel des diffusions de film, il était pourtant idéalement programmer pour que l’on y amène les enfants. C’est un conte intemporel, narré par la voix de Gamil Ratib. Changement de registre pour Bourlem Guerdjou donc après “Vivre au paradis” (1998) qui dans un contexte plus dramatique mettait en scène Roschdy Zem en ouvrier du bâtiment immigré qui souhaite que sa famille  le rejoigne. La superbe photographie de Bruno de Keyzer met en valeur la beauté et la diversité des paysages du Maroc. Le réalisateur a réussi à trouver un souffle épique, trop rare dans notre cinéma, de par sa manière de filmer les lieux, les personnages et les chevaux avec beaucoup de justesse. Le traitement est réaliste, dans ce peuple berbère, ceux qui ont l’approche et la connaissance des chevaux, ont la clé pour survire dans le désert. La petite Zaïna vient de perdre sa mère, séquestrée par un seigneur des lieux, le cruel Omar, elle s’échappe de son emprise pour retrouver son vrai père, Mustapha, qui ignore son existence.

Sami Bouadjila & Aziza Nadir

Le film est porté par deux des meilleurs comédiens actuels. Simon Abkarian qui insuffle une humanité à un personnage qui pouvait être caricatural. Il a suivi un entraînement intensif pour ce film avec les chevaux, il personnifie un être qui souffre derrière une apparente froideur, ce comédien continue à nous surprendre à chacun de ses films. Sami Bouadjila –  que le réalisateur, Jean-Pierre Sinapi avait  rapproché dans une interview télé avec l’élégance d’un Marcello Mastroianni, ce qui me semble très juste -, est à la fois digne et émouvant dans l’impuissance d’affirmer cette paternité nouvelle qui semble lui tomber du ciel. La confrontation de ces deux comédiens très crédibles, est d’autant plus superbe, que le metteur en scène a trouvé la jeune Aziza Nadir, petit miracle de finesse, et enjeu des deux hommes qui se bat malgré la tristesse d’avoir perdu sa mère Selma, une herboriste dont le besoin de liberté sera nié dans une société trop patriarcale. Elle symbolise une rébellion, une émancipation, une vitalité, laissant deviner à son personnage un grand avenir, malgré la place qui lui est promise. Le final atteint un paroxysme, ce qui compte tenu des contraintes de ce type de tournage. Des scènes intimistes à celles d’une foule survoltée, le réalisateur trouve toujours le ton juste. Malgré quelques maniérismes, on ne serait trop que conseiller cette œuvre forte et prenante. 

COMBIEN TU M’AIMES ?

Retour en grâce pour Bertrand Blier avec “Combien tu m’aimes ?”… Blier est dans mon petit panthéon personnel de mes cinéastes préférés, j’ai même une affection particulière pour “Les acteurs” chant d’amour vachard pour les comédiens, c’est dire. Si le public le suivait volontiers du temps de “Merci la vie” où il envoyé valdinguer la narration, ces derniers exercices de styles n’ont pas eu sa faveur. Et vint le temps du recyclage, dont la morne captation de ses “côtelettes” produit par Luc Besson (encore lui), histoire d’avoir un nom prestigieux dans son écurie sans se fatiguer… On pouvait prévoir une nouvelle baisse de régime avec cette addition “Mon homme” – la prostituée au grand coeur – + “Trop belle pour toi – comment vivre avec une beauté digne comparée ici à une “bombe nucléaire” -.

Jean-Pierre Darroussin et Monica Bellucci

Certes le réalisateur a abandonné ses audaces, pour retrouver ses obsessions, et dresser un très beau portrait de femme, – le cinéma de Blier ne me semble aucunement misogyne, même si ses personnages le sont parfois -. C’est donc une variation de ses thèmes, ne manque ni le médecin furtif de “S.O.S. médecins” au secours d’un malaise vagal – la situation est ici inversé, Bernard Campan ayant le coeur fragile -, ni le choeur des collègues. François – subtil Bernard Campan – que l’on devine souffrir de misère sexuelle, s’offre grâce à un gain au loto une call-girl grand luxe – La Bellucci -. De cette rencontre improbable, Blier tend plus vers la sensibilité que de l’acidité. Il y a toujours les mots d’auteur qui font mouches, la carte jouée ici est celle du classique, mais elle brille particulièrement par son efficacité. De plus le metteur en scène a toujours une manière très juste de renifler l’air du temps sans l’édulcorer. Même si le film semble chercher son rythme parfois, on aime à retrouver cet univers singulier.

Gérard Depardieu, Monica Bellucci et Bernard Campan 

La distribution est ici particulièrement brillante. Monica Bellucci poursuit sa carrière avec intelligence et me semble une bonne comédienne contrairement à l’idée propagée dans nombre de forums. De part sa manière d’afficher et de jouer sur sa sensualité – il y a un plan d’hommage à Sophia Loren, dans “Une journée particulière” et la comparaison n’est pas déplacée – son personnage troublant existe. Bernard Campan continue son sillon sensible,  suite à ses rencontres avec Zabou Breitman et Jean-Pierre Améris, Gérard Depardieu retrouve son brio, et confirme qu’il est un immense acteur, s’il veut bien s’en donner la peine, avec un proxénète, s’excusant d’être un salaud, comme son personnage dans “Merci la vie”, Jean-Pierre Darroussin est émouvant et tragique – très belle scène quand il évoque sa compagne -, Michel Vuillermoz est acerbe en toubib, Edouard Baer semble être né pour dire du Blier, Sara Forestier est attachante, Farida Rahouadj – compagne de Blier – en voisine agacée libérant sa sensualité, François Rollin, Fabienne Chaudat, Jean Barney et les autres existent – ce qui était moins le cas chez les seconds rôles des précédents films de Blier. Joyeuses retrouvailles avec un de nos meilleurs cinéastes, même si l’on pouvait espérer d’autres champs d’explorations.

JOYEUX NOEL

Avant-première lundi soir à l’UGC Cité-Ciné, du nouveau film de Christian Carion, “Joyeux Noël”, en présence du réalisateur, du producteur Christophe Rossignon et Guillaume Canet. Le décorateur Jean-Michel Simonet était également présent mais par discrétion n’est pas monté sur scène. Le film parle du thème de la fraternisation entre les soldats allemands, français et anglais, ici le 24 décembre 1914. C’est un fait réel, l’histoire concentrant plusieurs histoires, longtemps éludé par les autorités, mais connu grâce à la presse anglaise. Anne Sörensen, une soprane – superbe Diane Kruger, bien que peu crédible dans les scènes de chants -, rejoint son amoureux, Nikolaus Sprink – Benno Fürmann, très convaincant – un célèbre ténor de l’Opéra de Berlin, dans une tranchée allemande. Des arbres de Noël surgissent du côté allemand, causant un trouble général… Le réalisateur n’a pas pris le parti pris du réalisme comme dans “Les sentiers de la gloire”, mythique film de Stanley Kubrick, ou même d’  “Un long dimanche de fiançailles”. Cette épure déstabilise au départ, puis comme pour le décors de “Brigadoon” de Vincente Minnelli, on finit par adhérer très vite à ce concept. Le côté sanguinolent de la guerre n’est pas privilégié. Cette stylisation donne un côté conte de Noël plaisant, d’autant plus que le côté absurde de la guerre n’est pas éludé, un chat devant être jugé pour être passé à l’ennemi. Cette anecdote s’avère exacte et le réalisateur a expliqué que l’animal  avait d’ailleurs été fusillé pour faits de haute trahison ! Il y a pléthore d’excellents comédiens, pour ne citer que les plus connus de Gary Lewis, digne prêtre anglican, Ian Richarson impitoyable évêque, Daniel Brühl qui révèle une maturité inattendue en lieutenant allemand, Guillaume Canet en lieutenant français passant d’une autorité à une belle sensibilité, Bernard Le Coq en austère général, Lucas Belvaux en soldat râleur, sans oublier Dany Boon, sensible et drôle soldat simplet du Nord, et même le couple Michel Serrault et Suzanne Flon, en châtelain résignés.

Guillaume Canet & Daniel Brühl

Cette avant-première animée par la bonne humeur du trio invité, fait suite à l’inoubliable soirée d’ “Une hirondelle ne fait pas le printemps”, où un Michel Serrault en plaine forme – j’ai parlé à une de mes idoles, avant de me faire neutraliser par une grande bourgeoise bordelaise suffisante -, avait fait preuve de brio. Le débat était passionnant de la vérité historique de ce fait occulté. Je n’ai pas pu m’empêcher de poser des questions sur  la polémique lancée par Libération. Le producteur s’étonnait qu’elle n’éclate pas au moment des nominations, de la réaction de quelques mauvais joueurs – des pingouins, d’ailleurs -. J’ai continué  sur le choix des acteurs – Gary Lewis était une évidence pour le réalisateur dès la première rencontre, Guillaume Canet tenait à tout prix faire ce film., Il faut souligner l’importance et l’originalité du travail du producteur Christophe Rossignon, nous faisant des propositions de cinéma singulières et abouties, contrastant avec le tout venant du cinéma français actuel. Pour la petite histoire, il a comme a l’accoutumé joué un rôle dans un de ses films, ici un lieutenant qui remplace le lieutenant Audebert en le critiquant sévèrement, mais il a été coupé au montage. Il me confiait avec humour, vouloir désormais essayer de figurer une prochaine fois dans une scène impossible à supprimer pour la compréhension de l’histoire. Cette évocation sensible de la guerre confirme le talent de Christian Carion.

LE COIN DU NANAR : LES PARRAINS

“Les parrains” : Il n’y a pas moins de cinq scénaristes sur ce film, excusez du peu : Claude Simeoni, Laurent Chalumeau, Olivier Dazat, Mathieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, pour aboutir au résultat suivant, un film basé sur le capital de sympathie de l’addition suivante, par alphabétique : Gérard Darmon + Gérard Lanvin + Jacques Villeret  – , et basta ! Il ne faut pas chercher le moindre effort ici, ces “hommages” ne sont qu’une molle compilation de films, la scène du début est un pompage de “La bonne année” de Claude Lelouch, l’idée du musée Balzac dans “En effeuillant la marguerite” de Michel Boisrond (1956) – avec le désopilant Darry Cowl, dans le rôle du gardien -, on rajoute une vague histoire de manipulation à la “9 reines”. Gérard Lanvin, même si son salutaire franc-parlé est souvent décrié,  a eu l’honnêteté de préciser que le trio d’acteurs a dû faire un travail de “ressemelage”, mais que l’on ne lui a laissé que peu de temps. On revient donc à une certaine tradition du cinéma français, style les films de Raoul André (“Ces messieurs de la gâchette”, “Ces messieurs de la famille”, où les Francis Blanche, Poiret & Serrault, Darry Cowl déployaient une énergie formidable pour animer l’ensemble.

Gérard Lanvin, dans le flou, Gérard Darmon dans l’expectative

On était partant pour ce “revival”, d’autant plus que la voix de Claude Brasseur, dans le rôle de Max nous apporte immédiatement une atmosphère… Ici le trio a de l’abattage, on rit tout de même – mention spéciale pour Gérard Darmon hilarant avec ses problèmes capillaires -, et Pascal Reneric ne démérite pas de ces illustres aînées…  Mais on est très loin de l’univers d’un Georges Lautner, le “yes-man” Frédéric Forestier ne livrant ici qu’une mise en scène pataude. Lautner avait l’avantage d’avoir de bons auteurs – Michel Audiard, bien sûr –, et en prime d’excellent seconds rôles à la Robert Dalban, ici les Gérard Chaillou, Firmine Richard ou Éric Thomas, n’ont strictement rien à se mettre sous la dent. Seule la trop rare Anna Galiena amène un peu d’épaisseur et d’humanité à cette pantalonnade. A trop œuvrer dans le jetable, les producteurs de comédies manufacturées devraient réfléchir à la désaffection actuelle du public, et faire un effort de qualité.

CACHÉ

“Caché” est un film choc, sans concessions, qui nous impose une vision de nous-mêmes que nous ne voulons pas voir, à l’image de l’écrivain Thomas Bernhardt, autrichien comme Michael Haneke. On peut être surpris de voir les fréquentes critiques de compromissions faites à l’encontre de ce réalisateur, parce qu’il bénéficie de l’organisation du cinéma français. Les films américains de Fritz Lang ont été longtemps considérés comme mineurs, ce même reproche me semble ici également non fondé car le metteur en scène n’a rien perdu de l’acuité de son regard, de cette radiographie de l’âme. Pascal Bonitzer dans une émission de France Culture, l’a même qualifié de “sale type !”, c’est dire si ce metteur en scène continue à déranger sans rien perdre de son sens de la provocation. Georges, grand journaliste littéraire reçoit des vidéos menaçantes et des dessins puérils. La tension montre entre lui et Anne, sa femme, et son fils, d’autant plus que la police ne semble pas prendre ces menaces très au sérieux.

Daniel Auteuil & Juliette Binoche

Le réalisateur distille avec maestria l’angoisse, en nous laissant circonspect devant une K7 vidéo – élément déjà utilisé dans “Funny Game” de lieux sans vie, tout en jouant avec la durée. Le questionnement sur un élément d’une vie que l’on pourrait occulter est acerbe, Haneke ne donnant pas toutes les réponses. Au détour d’un plan anodin, il peut très bien ne pas insister sur une action en cours, maintenant notre attention sans que se relâche à aucun instant. Difficile d’évoquer l’histoire, ayant subi moi-même, nombre d’explications de texte de journalistes roublards commentant le film lors de la projection de presse à Cannes, diffusé sur le câble en mai dernier. On ne peut être que déçu d’arriver dans cet univers avec autant d’éléments, alors que le réalisateur ne souhaite aucun éclaircissement que les éléments que l’on peut retrouver dans le film. Une fois de plus les interprètes sont fabuleux, de Daniel Auteuil se renouvelant à chaque film avec un personnage troublant, de Juliette Binoche, dans un rôle assez ingrat, dans le charme et la justesse, d’Annie Girardot en mère fatiguée, dans l’une des très belles scènes du film, Denis Podalydès dans l’hilarante histoire du chien, Bernard Le Coq en producteur rassurant, Daniel Duval et Nathalie Richard en couple inquiet, Walid Afkir en jeune homme en colère. Saluons la performance de Maurice Bénichou, ce formidable acteur – déjà présent dans Code inconnu -, en fantôme du passé, prouve son immense talent dans un rôle solide. A noter la présence de François Négret, réduit à la figuration dans une scène d’ascenseur, il est assez curieux de retrouver ainsi ce comédien prometteur – De bruit et de fureur -, etc… De la belle ouvrage…

LE TEXAS N’EXISTE PAS !

Avant-première hier du film de Richard Berry “La boîte noire” en présence de José Garcia. C’est une production “Europa.corp” (aïe !), Librement basé d’une nouvelle de Tonino Benacquista. Difficile de parler du film sans déflorer l’histoire, disons que c’est l’histoire d’Arthur Seligman, qui sort du coma après un accident de la route, près de Cherbourg. Parisien, il ne sait pas ce qu’il fait là… Atteint d’une amnésie partielle, il tente de reconstituer sa vie. C’est donc une histoire archi-classique, dont seule la forme peut apporter un nouvel éclairage. La “boîte noire” c’est l’inconscient qu’un traumatisme peut libérer, on pouvait lui préférer le titre initial “Le Texas n’existe pas” d’ailleurs. Hélas, Richard Berry qui a prouvé qu’il est un bon réalisateur avec ses deux précédents films mésestimés, multiplie les plans tarabiscotés, atmosphère glauques – dans le sens de la couleur verte – et les influences multiples (on pense à David Fincher). Si personnellement je n’ai pas accroché, on est sans doutes trop habitué à l’excellence des anglo-saxons dans ce type de film. Il y a ici une volonté de Richard Berry, de faire un film cauchemardesque, où un univers peut provenir d’un cerveau d’un homme alité et sous morphine. Reste l’écriture sur les traumatismes de toutes sortes, la perception que l’on peut avoir des personnes selon les évènements, les rapports avec les neuropsychiatres et une atmosphère assez prenante.

Marisa Borini & José Garcia

De grands comédiens viennent apporter leurs contributions de Bernard Le Coq étonnant, Marion Cotillard attachante, Gérard Laroche et Dominique Bettenfeld en flics inquisiteurs, Lisa Lamétrie, gouailleuse – la vraie concierge de Maurice Pialat dans un rôle… de concierge -, Nathalie Nell en psychiatre attentive, Marisa Borini en mère inquiète – ce film confirme son talent après “Il est plus facile pour un chameau” -,  à Michel Duchaussoy en père fatigué – José Garcia a dit être impressionné par ce dernier, lors d’un plan séquence coupé un peu au montage où il devait pleurer -. Je voudrais signaler particulièrement la présence de Pascal Bongard, dans un rôle azimuté, qui surprend à chacun de ses rôles – le père de famille dans “Carnage”, le curé d’ “Il est plus difficile pour un chameau”, etc… -. De Werner Schroeter à Guillaume Nicloux, cet homme de théâtre sait s’imposer immédiatement. Assez peu utilisé au cinéma, c’est incontestablement un talent majeur, avec la particularité d’installer un climat à chacune de ses apparitions.  Ces personnages sont autant de rouages pour accéder à la vérité. Il y a quelques apparitions amicales de Marilou Berry à Thomas Chabrol, Richard Berry ne s’offrant qu’une voix sur un répondeur. José Garcia porte le film sur ses épaules, il continue avec brio son sillon dramatique après Carlos Saura et Costa-Gavras, le film lui doit beaucoup en humanité. Avec beaucoup de chaleur, il a défendu ce film, c’est la troisième fois que je le vois dans une avant-première, Pierre Bénard, le directeur de l’UGC, ne manque pas de souligner son amabilité et sa disponibilité. Il aime à rencontrer le public, humble et drôle, c’est toujours un plaisir de le voir et de l’entendre parler des autres. On n’ose imaginer le film sans lui, dans cette valse de clichés. Dans le même style de film, on peut lui préférer “Le machiniste”de Brad Anderson, sorti l’an dernier, mais l’effort reste louable.