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MICKEY ONE

Ce film sorti, en 1965, est atypique dans la carrière d’Arthur Penn, mais l’échec financier occasionné a obligé son metteur en scène de s’orienter sur d’autres voix plus traditionnelles, avec une consécration internationale à la clé. Un jeune homme d’origine polonaise semble être persécuté pour de sombres histoires de dettes de jeux ou de jalousie amoureuse, mais les faits restent incertains… On finit par se demander s’il ne souffre pas finalement de paranoïa. La première image est incongrue, sanglé dans un manteau d’hiver, notre homme amuse tel un bouffon des hommes mûrs suants dans un sauna, déclenchant l’hilarité générale. Un Warren Beatty mutique mais évidemment séducteur, fuit dans une Amérique profonde, dans une ambiance plus proche de la grande répression des années 30 que de la légèreté des sixties, il rencontre une humanité blessée, de trognes, de clochards ou de salutistes. Après avoir accepté un boulot de plongeur, il retrouve immédiatement son travail de showman à la Lenny Bruce, en sabotant avec son répondant, le numéro d’un comique de cabaret fatigué. Il se trouve un manager de fortune, et relance son talent tout en cherchant à se cacher de ses éventuels agresseurs.

Warren Beatty

Il rencontre une jeune femme Jenny, – Alexandra Stewart, à la fraîcheur ravissante – qui sous-loue l’appartement de l’homme désormais surnommé “Mickey One” par un homme travaillant dans un restaurant. Avec elle il semble retrouver un second souffle, alors que Castle, un mystérieux homme d’affaires le cherche pour le faire monter sur scène, joué par Hurt Hatfield, il est toujours amusant de retrouver l’inoubliable interprète de Dorian Gray chez Albert Lewin, avec.. 20 ans de plus. La beauté formelle de ce film est éclatante, grâce à la très belle photo de Ghislain Cloquet, on suit le personnage du film dans une sorte de cauchemar permanent  – il est difficile de ne pas songer à “8 1/2, tant on retrouve ici certaines ambiances oniriques -. Le style est alerte, même si on a du mal à retrouver ses repères. Ce film est un choc visuel, porté par une superbe musique d’Eddie Sauter, mérite qu’on le redécouvre. C’est une étude presque clinique et une grande leçon de mise en scène, pouvant transformer “les feux de la rampe” en une redoutable menace. Warren Beatty et Arthur Penn, se retrouveront avec succès dans “Bonnie & Clyde” en 1967.

MANDERLAY

Ce film est le second opus de la trilogie de Lars Von Trier sur les États Unis : “Land of opportunities”, dont il a eu l’idée en lisant l’épilogue du célèbre livre de “Pauline Réage” de 1954, ‘Histoire d’O’. : Le titre de cet épilogue est ‘Le bonheur dans l’esclavage’ et commence par décrire une rébellion qui couve dans l’île de La Barbade en 1838. Un matin de très bonne heure, un groupe de ‘nègres’, hommes et femmes, qui ont été récemment libérés de par la loi, approchent de leur ancien maître, un certain Mr. Glenelg, et demandent à redevenir ses esclaves. Mr. Glenelg refuse leur requête – on ignore si c’est par peur, parce qu’il a des scrupules ou simplement parce qu’il est un homme respectueux des lois. Ses anciens esclaves commencent à le bousculer légèrement, puis à le malmener un peu plus brutalement. Glenelg et sa famille seront finalement massacrés par le groupe. La même nuit, les ex-esclaves reviennent dans leurs anciens quartiers, où ils recommencent à parler, à manger et à travailler comme ils le faisaient avant l’abolition de l’esclavage. (extrait du dossier de presse).

Cette suite n’est pas “sympathique”, on décroche parfois, mais Lars Von Trier, continue à dresser un portrait au vitriol d’une Amérique fantasmée. On retrouve donc les personnages dans l’exact prolongement de la fin de Dogville, Bryce Dallas Howard remplace donc ici Nicole Kidman, Lars Von Trier a découvert cette fille de Ron Howard dans “Le village” de Night M Shyamalan ce qui ne semble pas anodin… Force est de constater que l’on est très peu gêné par ce remplacement, de même pour James Caan, Willem Dafoe reprennant le flambeau, en caïd patriarche. Ils font route vers le Sud profond, et aboutissent chez Mam – Lauren Bacall dans un rôle différent que dans “Dogville” – qui dirige une riche propriété cotonnière, “Manderlay”. Mais la petite communauté noire présente continue à vivre en 1933, comme du temps de l’esclavagisme, 70 ans après ! La voix de John Hurt qui est à nouveau le récitant, est le fil conducteur de cette œuvre. Grace choisit de s’installer dans ce lieu presque fossilisé, où l’on fouette les mauvais sujets, comme Timothy – Isaach de Bankolé admirable -, impétueux esclave. Grace décide avec beaucoup d’émotivité et de naïveté avec l’aide des hommes de main de son père d’y installer la démocratie, mais comme le déclare le sage Wilhem – étonnant Danny Glover –´A Manderlay, nous, les esclaves, nous dînons à sept heures. A quelle heure les gens mangent-ils quand ils sont libres ?”.

La jeunesse de la jeune actrice donne un nouvel éclairage au personnage de Grace, son immaturité aidant à comprendre les contradictions du personnage. C’est donc une nouvelle fable comme le dit si bien, avec son talent habituel,  Pierrot, dont il convient de lire son excellente analyse. Le film est habile, conceptuel, mais parfois assez ambiguë, à l’image du “livre de Mam” qui détermine les sujets de la propriété comme des stéréotypes prévisibles au possible, ce qui est assez gênant. On comprend donc la réserve initiale de Danny Glover : « ‘Je n’ai pas été réceptif. Quand je lis un script, j’essaie de m’imaginer dans le rôle du personnage et j’essaie aussi d’évaluer la réaction des spectateurs, particulièrement dans une histoire qui aborde avec une telle force la question de l’esclavage et de ses conséquences, avec des personnages très stéréotypés. Donc, j’ai tout d’abord refusé. Après avoir annoncé ça à Vibeke Windeløv, j’ai relu le scénario, parce que je voulais être sûr que je n’avais rien raté, mais j’ai ressenti à peu près la même chose. Pourtant, mes réserves ne concernaient pas tellement le côté provocateur du scénario, qui est réel. Mon problème, c’était qu’il était raconté exclusivement du point de vue d’un blanc et que les images étaient très fortes vues sous cet angle. Mais je n’arrêtais pas de penser à l’histoire, elle ne me lâchait pas; alors, au bout d’un moment, j’ai accepté le rôle. » (extrait du dossier de presse). Il est vrai que si souvent l’on se demande où veut-il en venir, il sollicite du moins notre réflexion car il malmène le politiquement correct…

Mais le film démonte assez habilement le mécanisme de personnes vivant confinés dans un lieu clos, où la moindre différence peut apparaître comme une menace – le rire trop fort d’un Noir rieur gênant la communauté est passé au vote comme une agression ! -. C’est en ça que l’on retrouve l’habileté de Lars Von Trier. On peut aisément observer ce type de comportement, nivellement vers le bas, sur son lieu de travail par exemple, dans des lieux confinés, quand la menace d’une précarité arrive. Le film donne à avoir une réflexion, peut-on faire le bonheur des gens malgré eux – d’où une cinglante et évidente critique envers George W. Bush et son attitude en Irak -. Grace se sert des truands à la solde de son père pour leur donner goût à la liberté, déterminée, elle peut s’ériger en juge impitoyable. On peut y voir la critique d’aides humanitaires ethnocentriques, qui ne prennent en compte que leurs propres repères, le personnage de la frêle jeune femme tourmentée par son désir envers Timothy, pouvant être capable des pires extrémités on le sait depuis “Dogville”.

Udo Kier & Bryce Dallas Howard

Lars Von Trier reprend le concept de “Dogville” qui était inspiré de “L’Opéra de Quat’sous” écrit en 1928 par Bertol Brecht. Le parti pris n’a plus l’apanage de la nouveauté, d’où une possibilité d’être dérouté même si l’on adhère à la conceptualisation de l’ensemble, mais pour ma part cet aller-retour entre concret et imaginaire est très probant – éléments de décors, cartes géantes, marquage au sol à la craie d’un grand studio vide -. Reste que nombre de comédiens sont réduits à faire de la figuration intelligente – Udo Kier, Jean-Marc Barr, Chloe Savigny, Jeremy Davies présents dans le précédent opus et Michaël Abitbol, vu dernièrement dans “Combien tu m’aimes”… -. Mais par contre tout les comédiens “Blacks” de la communauté sont à la fois déroutants et attachants. Dans la continuité d’un de ces nouveaux dispositifs, Lars Von Trier continue à se renouveler, nous manipuler, nous surprendre, nous questionner, son œuvre est dans l’ensemble, parfois inégale mais toujours passionnante. Pour avoir vu presque tout ces films, gageons qu’il n’a pas finit de nous surprendre.

Ce film est l’occasion de retrouver Isaack de Bankolé, dont le talent ne cessait de nous surprendre, de l’univers de Claire Denis à celui de Josiane Balasko. Il est remarquable ici dans un rôle fier, silencieux et finalement l’un des rares personnages a avoir sa dignité. Son absence dernièrement sur les écrans français est proprement inexplicable, on se souvient pourtant de chacune de ses dernières apparitions, dont dans “Ghost dog” de Jim Jarmusch, où il communiquait de manière étonnante avec Forest Whitaker, bien que ne parlant pas la même langue. Il a bien tourné récemment un téléfilm en français “L’évangile selon Aimé” d’André Chandelle, seul rôle dans cette longue depuis “S’en fout la mort” sorti en 90 !, mais bien que présenté en début d’année en Belgique, il est toujours inédit chez nous. Souhaitons que sa performance dans le rôle de Timothy donne enfin des idées aux metteurs en scène français.

Isaach de Bankolé, dans une nouvelle “solitude dans les champs de coton”


ARTICLE : LE MONDE

Entretien avec Isaach de Bankolé, acteur
“Je suis plus détaché que les acteurs afro-américains”, propos recueillis par Thomas Sotinel
Article paru dans l’édition du 18.05.05

Il a joué pour Patrice Chéreau, Claire Denis et Jim Jarmusch. A 46 ans, il s’apprête à tourner Miami Vice, sous la direction de Michael Mann. On ne voit Isaach de Bankolé que de temps en temps, mais ses apparitions laissent des traces. Dans Manderlay, il est Timothy, l’esclave impérieux et séducteur.

Que saviez-vous du projet quand vous avez accepté le rôle ?

La productrice, Vibeke Vindelov, m’a appelé. J’avais été bluffé par la méthode et le traitement de Dogville. Quand on m’a proposé de travailler avec Lars, ça m’a fait quelque chose au coeur. J’ai trouvé l’écriture assez subtile, ce n’était pas une prise de position, plutôt un état des lieux.

Vous ne vous êtes pas posé de questions en lisant le scénario ?

Si. La première partie était très crue dans l’énumération et l’utilisation des stéréotypes. Ça m’a mis dans une position inconfortable. Je voulais savoir où il voulait en venir. Dans la deuxième partie, j’ai commencé à voir le basculement, les esclaves qui jouaient le jeu du maître et le maître qui faisait croire qu’il comprenait leur jeu. Chacun est dans un double langage.

Avez-vous beaucoup discuté avec Lars von Trier ?

Le deuxième jour, nous avons tourné une scène pendant laquelle Grace vient dans la chambre de Flora et y trouve Timothy. Je n’étais pas satisfait, je lui ai écrit un mot. Le lendemain, il m’a dit : “Ne t’inquiète pas, je suis monteur.” Je lui ai répondu que je connaissais ses qualités de monteur, mais que c’était l’essence même du personnage qui était fausse dans cette scène. On l’a refaite l’après-midi suivant.

Est-ce que vous voyez les choses du même point de vue que les acteurs afro-américains de Manderlay ?

Non, c’est différent. J’ai l’impression d’être plus détaché que les acteurs afro-américains. Ce n’est pas parce que mes ancêtres n’ont pas subi l’esclavage. Mais si j’ai un problème avec un Blanc, c’est avec l’homme. Là-bas, ce n’est pas la même chose. Il y a une sorte de duperie entre Blancs et Noirs aux Etats-Unis. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas beaucoup d’amis noirs américains. Danny Glover m’a dit : “Toi, au moins, ton personnage s’en sort.” Alors que le sien est enfermé. C’est même lui qui tient les clés de la plantation.

Ne trouvez-vous pas curieux que ce soit un cinéaste qui vient d’un pays sans liens avec l’Afrique qui fasse ce film ?

Sans doute le fallait-il pour avoir ce regard dépourvu de subjectivité. Je me souviens qu’il m’a fallu partir d’Afrique – Isaach de Bankolé est né en Côte d’Ivoire – pour mieux voir l’Afrique.

Ce film ne va-t-il pas susciter des incompréhensions ?

J’ai plutôt peur qu’on ne réagisse pas. C’est ce qui m’apporterait de l’amertume. Comme disait Lars lors de la conférence de presse, “toute réaction est la bienvenue”. Si on réagit à une question qui a déjà été posée des milliers de fois, c’est qu’elle est posée de manière différente.

RETOUR A ELIZABETHTOWN

Pour son beau livre d’entretiens “Conversations avec Billy Wilder”,  un régal édité aux éditions “Actes Sud”, on est tenté de laisser son côté scrogneugneu, mais Cameron Crowe continue sur son sillon pachydermique après le calamiteux “Vanilla Sky”, poussif remake de “Ouvre les yeux” d’Alejandro Amenabar, film inventif. Il lui manque sans doute un producteur pour canaliser son côté dispersé, mais force est de constater qu’il n’a pas retenu grand chose de sa rencontre avec le grand metteur en scène. Ca débute sur une apologie du chaos, ou une allégorie de la « tatane » c’est selon, le designer Drew Baylor – Orlando Bloom, probant, adoptant certaines attitudes d’un Anthony Perkins – ayant dessiné un modèle de chaussure inadéquat entraînant une perte sèche d’un milliard de dollars. La nouvelle de cet échec, fera la une des journaux économiques, créant une sorte d’apocalypse, rabattant ainsi le caquet d’un petit “yuppie” arrogant.  Son entreprise risque d’ailleurs de ne pas s’en remettre. Ne sachant pas comment réagir à cette annonce, trop énorme pour son investissement. Il songe à un suicide pour le moins original, avant de recevoir la nouvelle de la mort de son père. Il est seul chargé seul, par sa sœur et sa mère désemparées, des obsèques avec la famille de la maison natale paternelle dans le Kentucky… Le film se veut très profond, du travail du deuil – la petite famille le surveillant pour savoir s’il a bien réalisé la mort de son père -, l’exaltation d’un nouvel amour – avec la charmante. Et il nous ressort l’éternel cliché de la rencontre tardive avec son père après la mort de ce dernier. Il nous surcharge, hélas la moindre de ses trouvailles – les derniers regards, les interminables conversations lors d’un flirt amoureux, la cassette pour enfants turbulents, le carnet de route, répétés à l’envie.

Susan Sarandon, Judy Greer & Orlando Bloom

On a du mal à croire avec ses personnages, dont les liens familiaux sont assez mal dessinés. On pense à “Garden State”, Cameron Crowe a un sens indéniable du casting – acteurs dans l’air du temps -, de la musique – excellente B.O., et une petite observation des petites communautés – une famille de l’Amérique profonde, le monde du travail -. Mais il se disperse, il reprend l’idée de Wim Wenders de mettre une ceinture de sécurité à une urne funéraire – idée piquée à Wim Wenders, pour son “Don’t come knocking”, pour un long trajet en voiture, malgré de bons moments, l’œuvre paraît assez vaine. Restent les comédiens la fraîcheur de Kirsten Dunst – publicité vivante pour stomatologue -, très à l’aise dans la comédie en hôtesse de l’air volubile, Susan Sarandon qui est superbe dans un rôle caricatural, en mère qui tente de combler le vide de son veuvage, en multipliant les activités, Bruce Mac Gill, essentiel second couteau en ami de la famille, sympathique mais magouilleur, ou Alec Baldwin, PDG décalé et pleurant, autant de morceaux de bravoures largement délayés. Le réalisateur semble trop conscient de son talent pour se remettre en question. Après une dernière virée initiatique, on est heureux de retrouver le chemin de la sortie, de ce film accusant la pente descente de ce pourtant méritoire metteur en scène.

LES CHEVALIERS DU CIEL

Il s’agit(e) évidemment d’une production de pur divertissement qui se propose de toucher le plus large public, pour être un gros succès commercial. Évidemment ici aucun rapport avec la série avec Jacques Santi et Christian Marin, d’après la bande-dessinée du tandem Charlier-Uderzo. La reprise du titre “Les chevaliers du ciel” est juste une roublardise, l’histoire reprenant juste l’idée du binôme mal assorti, évidemment “Les aventures de Marchelli et Vallois”, ça manque tout de même de cachet. On le sait “Joyeux Noël” n’a pas eu la collaboration de l’armée, il est des souvenir qui fâche, mais notre grande muette nationale a largement contribué à ce film, dont l’impression d’avoir un propos assez propagandiste, ce qui est un tantinet gênant. Cet échange donne certes des images réalistes, assez soufflante, ce qui est l’intérêt du film. On n’a pas lésiné sur les moyens mis en chantier, en comparaison les autres scènes en compréhensible en raison des autorisations de tournage difficiles à obtenir au-dessus d’une grande ville, ne font que souligner la réussite. Seule ombre au tableau notre ministre des armées a dû être jalouse des tailleurs très stricts de Géraldine Pailhas, qui en prime trouve le moyen d’être rayonnante même dans ce costume peu sexy.

Benoît Magimel & Clovis Cornillac

Il n’y a pas de présence cette fois ci de Luc Besson à déplorer, d’où les personnages et les situations sont un poil plus construites qu’à la coutume, dans l’histoire d’espionnage et politique assez convenue tout de même. La conviction de Benoît Magimel, la décontraction de Clovis Cornillac, le charme évident de Géraldine Pailhas dans un rôle d’énarque énergique, Philippe Torreton qui rajoute un peu de complexité à son rôle, et la composition “virile” d’Alice Taglioni est l’autre atout du film. Les premiers films de Gérard Pirès était connu pour un nombre imposant de seconds rôles, on en est loin ici, sinon Jean-Baptiste Puech en “Ipod”, Rey Reyes en pilote délurée, et les chéris de ses dames, transfuges TV, Frédéric Van Den Driessche ou Jean-Michel Tinivelli, histoire de se mettre dans la poche le public féminin. Gérard Pirès a du talent, et à voir son énergie communicative dans le “making off” du film, on comprend bien son apport au film. On regrette cependant sa touche plus personnelle, qu’il avait de “Érotissimo” (1968) à “L’entourloupe” (1980). Souhaitons-lui comme pour Gérard Krawczyk, avec son formidable “La vie est à nous !”, film à voir absolument, de pouvoir faire un film proche de ses premières amours.

FREE ZONE

Le premier long plan séquence qui se focalise sur le visage en pleurs de Natalie Portman, donne le ton. Une chanson lancinante sur la chaîne inéducable de la violence l’accompagne, seule dans une voiture, on guette tout signe extérieur, le moindre son, pour avoir des éléments de compréhension, on prend conscience du temps et de la multiplicité de culture que l’on croit devenir à l’extérieur. On suit frontalement la peine de Rebecca, une jeune Américaine, ce début déroutant aide à nous concentrer sur les personnages plutôt que sur des situations qui ne sembleraient finalement nous échapper. Née en Israël, la star hollywoodienne, se sert de son aura pour aider au cinéma d’auteur, tout en réfléchissant sur son identité. Son personnage, ayant connu une déception amoureuse et une dispute avec sa belle-mère et qui cherche à sortir d’Israël. Elle rencontre Hanna – admirable Hanna Laslo, sorte d’équivalent à Muriel Robin en Israël et qui a mérité son prix d’interprétation -, qui conduit un taxi, et la convainc de l’amener dans un no man’s land en Jordanie, la “Free zone”, sorte de “No man’s land” sans douanes ni taxes, créé pour permettre des échanges commerciaux entre les divers États. Amos Gitaï, n’a pas choisi la facilité, confronte les différentes langues et cultures dans ce road movie, quitte à déstabiliser ses spectateurs, la narration étant moins traditionnelle que dans “Kadosh” par exemple.

Natalie Portman  & Hiam Abbas

Durant le voyage plusieurs époques se superposent, souvenirs ou fantasmes des deux principales protagonistes, on voit des surimpressions d’images, à noter l’utilisation de la comédienne Carmen Maura, que l’on identifie avec difficulté dans ce processus, tant son rôle est presque nié, et dont seuls quelques éléments subsistent dans cette narration éclatée. Je ne sais comment Amos Gitaï a présenté ce personnage à la grande comédienne espagnole, elle est utilisée comme un élément éclaté, seul un Jean-Luc Godard se permettait autrefois cette attitude, d’où une difficulté personnelle pour moi à « entrer » dans cet univers. C’est avec l’apparition lumineuse d’Hiam Abbas, que j’ai adhéré à la forme du film.  Son personnage en commerce avec Hanna, montre qu’il y a une possibilité de dialogue entre Israëliens et Palestiniens, même si elle se base au préalable à un dialogue mercantile, il y a ensuite même dans l’affrontement, une ébauche de dialogue certes, mais dialogue tout de même… On peut saluer le réalisateur d’avoir voulu innover sur la forme, retrouver les impressions chaotiques d’un parcours sur une route, les éléments imprévus comme un passage auprès d’un poste frontière, la rencontre avec des personnages d’une autre mentalité on frontière – Un douanier inquisiteur ou “l’Américain”, vu comme tel pour avoir un peu vécu aux États Unis -, la mémoire qui vous rattrape, l’appréhension de l’inconnu et surtout retrouver une vision de l’histoire à travers trois parcours de femmes. La réserve de Natalie Portman, l’abattage formidable de Hanna Laslo, et la belle présence de Hiam Abbas, dont on n’a pas oublié la sensualité dans “Satin Rouge”. Pour l’anecdote Hiam Abbas était venue présenter “La fiancée syrienne” avec beaucoup de chaleur à l’UGC Cité-Ciné à Bordeaux en début d’année sur un sujet similaire. L’interprétation constitue la grande chance de ce film qui peut désarçonner mais qui mérite qu’on l’on fasse un effort. La réflexion est ici un peu amère sur une situation délicate, entre documentaire et onirisme ce qui évite tout didactisme. On aurait préféré cependant un peu plus de simplicité sur la forme.

A HISTORY OF VIOLENCE

“A history of violence” a été présenté à Cannes en mai dernier, sans recevoir de prix, on retrouve pourtant la maestria de la mise en scène de David Cronenberg, et une profonde réflexion sur l’humanité quand advient l’inéluctabilité de la violence. C’est une adaptation de Josh Olson d’après une bande dessinée publiée en 1997de John Wagner et Vince Locke. Mais le parti pris est celui ici du réalisme, et d’une dénonciation des faux-semblants et de l’hypocrisie de mise dans la société américaine actuelle. On pense évidemment au traitement visuel de la violence par Sam Peckinpah. Ici elle procède de l’auto-défense et est acquise ou innée et semble  inéducable. David Cronenberg dresse un tableau sans complaisance dénonçant une mentalité profonde ancrée aux États Unis en nous rappellant la toute puissance du loby NRA, militant en faveur de l’armement, il se révèle plus efficace qu’un Michael Moore plus dans la manipulation. Il dénonce aussi les médias, et mêmes la mentalité des gardiens de l’ordre établi – l’attitude ambiguë du shérif  – . Cette réponse faite à l’agression de son propre territoire – qui nous vise de plus dans notre tendance au repli sur soi -, nous rappelle un certain déterminisme de l’homme, on est proche de l’univers du western.

Maria Bello & Viggo Mortensen

Le traitement de David Cronenberg, est plus épuré que ces derniers films, mais il ne renonce en rien à son exigence, et une présente une famille typique, Tom Stall est propriétaire d’un restaurant familial, père d’un adolescent et d’une petite fille, les époux Stall, exemplaire de probité, vivent dans une quiétude, et pimente leur couple en s’inventant des petits jeux érotiques. Deux malfrats dans un montage parallèle exercent leurs vilenies dans un hôtel, ils se rendent chez Tom, comme le définit la bande-annonce, posant ainsi le postulat de départ. Viggo Mortensen – présence faussement tranquille – en homme tranquille et étonnant, on a plaisir à retrouver la sensuelle Maria Bello – ce qui confirme son talent après le méconnu Lady Chance. Comme un entomologiste David Cronenberg s’approche de manière charnelle de ses personnages, nous définissant l’intimité érotique du couple. Car c’est souvent le corps qui s’exprime contradisant les non-dits et les actes  que l’on occulte trop facilement. La violence promise par le titre est saisissante, choquante, et non pas stylisée ou chorégraphié, ce qui est un choc pour le spectateur, qui va se livrer ainsi à une réflexion. Howard Shore installe un climat avec sa musique. Les autres comédiens sont stupéfiants, Ed Harris, composant un personnage particulièrement inquiétant, cynique et lourd de menace, et William Hurt – qui joue avec justesse l’état d’ébriété – est excellent en personnage installé dans un certain confort. Cette œuvre oppressante, surprenante et radicale, est une grande réussite de son metteur en scène.

LA VIE EST A NOUS

Avant-première hier à l’UGC Cité-Ciné de “La vie est à nous” de Gérard Krawczyk, en sa présence et celle de Michel Muller. Rien à voir avec le film de Jean Renoir, consacré au front populaire, c’est ici un regard attendri sur des gens simples. C’est l’avantage de pouvoir y voir, un film un mois avant tout le monde, puisqu’il sort le 7 décembre prochain. Ils viennent présenter un peu anxieux, on les comprend c’est la première diffusion devant le public. Ils se connaissent bien puis que c’est leur quatrième film qu’ils font ensemble avec “Taxi 2”, “Wasabi” et “Fanfan la tulipe”. Michel Muller un peu dépenaillé, s’installe avec nous pour découvrir le film. Et là c’est une excellente surprise car on retrouve le ton du premier film de Gérard Krawczyk « L’été en pente douce » réalisé en 1986, avec Pauline Lafont, Jean-Pierre Bacri et Jacques Villeret. C’est presque un western, où ce serait les femmes qui mènent le bal. Dans un petit village de province – tourné en Savoie -, la vie du village est centrée sur deux cafés, l’un « L’étape » tenu par Louise – Sylvie Testud au delà du formidable – et sa mère Blanche – Josiane Balasko touchante – restée diminuée, elle s’est fait renverser par un camion, l’autre « Le virage » tenu par Lucie Chevrier – Catherine Hiegel qui a un formidable abattage et ses filles -. Elles ont juste une allée à traverser pour ce retrouver, mais ça reste presque un obstacle infranchissable, on devine bien qu’elles ont finit par oublier ce qui les a séparées finalement. Le mari de Blanche vient à mourir, et Sylvie Testud au débit de parole continuel, se démène pour faire vivre le café et trouver une idée originale pour que Josiane Balasko ne s’apitoie pas trop sur son sort – je vous en laisse la surprise -. Les clients du café assez versatile, sont comme attirés par l’énergie de Louise, qui recueille le jeune Julien – Danny Martinez au jeu mutique, mais on n’a rarement vu ces derniers temps un enfant comédien aussi probant – que leur confit une amie Marguerite – Chantal Banlier toujours juste – qui n’est tolérée qu’en coup de vent. Car Louise et sa mère ont leur territoire, et elles ne sont jamais sortis de cet univers, la petite rivalité avec les femmes du café d’en face ne faisant que les galvaniser. Les règles sont bien établie, la bonne humeur est de mise, et Louise a des répliques formidables fascinant le petit monde des consommateurs – on retrouve notamment Jacques Mathou et Laurent Gendron, déjà présents dans « L’été en pente douce -. Elles s’occupent également d’un bredin trentenaire sympathique mais très porté sur la boisson et surnommé La Puce, capable de toutes les extrémités, – Michel Muller, très subtil -. Arrive des camionneurs grévistes – très jolie scène sortant les villageois de la torpeur de la nuit -, mené par Pierre, un grand gaillard un peu lunaire – Éric Cantona, dans sans contexte son meilleur rôle -, qui fascine d’emblée Louise…

Sylvie Testud

C’est un retour gagnant à l’émotion pour Gérard Krawczyk, qui retrouve l’univers original de ses premiers films, le très brillant exercice de style de “Je hais les acteurs” d’après Ben Hecht, où il digérait des monstres sacrés comme Jean Poiret ou Bernard Blier, et “L’été en pente douce”, d’une formidable singularité, univers que l’on retrouve ici avec jubilation. Le décors du tournage est bien réel et on ne sent à aucun moment que les scènes d’intérieurs sont des décors. Gérard Krawczyk a adapté un roman de Jean-Marie Gourio “L’eau des fleurs” l’auteur était d’ailleurs ravi de l’adaptation se retrouvant chez lui, malgré les libertés prises avec son œuvre. Il ne faut pas s’attendre à retrouver ici une compilation des “brèves de comptoir” ( je vous recommande cette publication dans la collection Bouquins ), mais un éloge des petites gens, de leurs forces et du sacerdoce que peuvent avoir certaines personnes à aider leur prochain, des “gens de peu” selon la formule de Pierre Sansot. La grande force est d’utiliser les dialogues, s’en insister lourdement sur les trouvailles – étonnante ici, « On n’entend pas pareil de l’autre côté du comptoir », et voir la réponse que fait Lucie quand Pierre lui demande “A quoi vous pensez ?”. Les perles sont disséminées dans l’hallucinant débit de parole de Sylvie Testud, qui porte ce rôle avec une sensualité incroyable, un bagou et une énergie, définitivement l’une des comédiennes les plus surprenantes de notre cinéma hexagonal. Tous les comédiens sont formidables, on retrouve les personnages avant une composition, Josiane Balasko et Catherine Hiégel, qui ont un dénominateur commun sont époustouflantes, sans parler de ce retour de la grande tradition des seconds rôles – dont le réalisateur dans un rôle de barfly et quelques apparitions surprises comme Jean-Paul Lilienfeld et Virginie Lemoine, Jean Dell en curé perplexe, Georges Aguilar en routier étonnant, etc…

Michel Muller

Michel Muller un peu réservé, a fait preuve d’une autodérision étonnante, quand je lui ai dit comment il arrivait à la justesse de son personnage en évitant l’écueil d’avoir l’air plus malin que son personnage, ce à quoi il a répondu “être plus con que son personnage”. Gérard Krawczyk a l’élégance ne pas dénigrer ses derniers films produits dans l’écurie Besson, comme pour la musique, il aime à changer de style et varier les plaisirs. Souhaitons lui de pouvoir concilier les deux, car malgré ces trois derniers films, qui ont eu des succès au box-office, il a eu beaucoup de difficultés à monter ce film. On passe ici d’une tendresse, de la simplicité de goûter une tartine de notre enfance, à un humour brillant et un rythme haletant. Un film à découvrir dans un mois, vous retrouverez le talent du réalisateur, avec ici un supplément d’âmes en souvenir de ces premiers films surprenants et touchants. Je termine en saluant la formidable disponibilité et gentillesse des deux invités, Gérard Krawczyk, pour défendre aec humilité et passion son film, et Michel Muller, à l’univers très original. Ce dernier m’a parlé de son travail – il est très inspiré par “C’est arrivé près de chez vous”, et de son ardeur à vouloir laisser croire que les images sont volées. Il travaille avec obstination pour trouver un ton juste, pour son film et ses fictions TV. Cette nouvelle facette de leur talents montrée, les deux complices devraient rejoindre des horizons nouveaux. Plus qu’un mois pour attendre ce film qui est une excellente surprise !

OLIVER TWIST

Roman Polanski reste un cinéaste majeur, même si ces dernières années il n’atteint pas les sommets de ses premiers film. Cette nouvelle adaptation du célèbre roman de Charles Dickens, publié en 1837 est une réussite. C’est d’autant plus méritoire, que David Lean avait réussi visuellement une précédente adaptation et que Ben Kinsley compose de manière plus nuancée Fagin, que l’excellent Alec Guinness – on se souvient de critiques à l’époque d’antisémitisme dû à un maquillage assez outrancier, mais c’est un autre débat -. Après le très abouti “Le pianiste”, le réalisateur tente de faire un film optimiste pour tout public. On peut voir pourtant un gros problème avec le très falot Barney Clark, certes le côté mignonnet du personnage d’Oliver Twist est censé trancher avec la noirceur d’une Angleterre victorienne. Il est idéal pour subir l’avanie des situations mais son jeu fait hisser l’insistance au niveau des beaux-arts. À part ce gros écueil, on retrouve la maestria de Polanski à utiliser les décors et à installer une atmosphère, et une ironie constante – le chien de Bill Sykes, personnage à part entière -. Roman Polanski retrouve Ben Kingsley, son interprète du trop mésestimé “La jeune fille et la mort”, ce dernier campe avec beaucoup d’humour ce personnage de Fagin, qui rappelle d’ailleurs l’aubergiste campé par Alfie Bass dans “Le bal des vampires”. Sa dernière scène est d’ailleurs un grand moment d’émotions. Une distribution de trognes délectables l’accompagne de comédiens méconnus chez nous, citons Jamie Foreman en Bill Sykes inquiétant à souhait ou Edward Hardwike en Mr. Brownlow, grand bourgeois humaniste.

Ben Kinsley

Roman Polanski s’amuse visiblement et avec une ironie mordante insuffle une énergie à cet univers sombre. Il a dû retrouver aussi dans cette œuvre, sa propre histoire dans le ghetto de Cracovie, ce qui donne une émotion particulière à ce film. Il montre sans être larmoyant, la réalité de la misère et l’abus de pouvoir de petits notables, sur des enfants innocents. Il a une empathie évidente avec le petit monde des petits voleurs. Au final la mise en scène est classique mais efficace sur ce bel exemple de résilience cher à Boris Cyrulnik. Le divertissement joue sur la retenue et il est indéniable que nous sommes ici en présence avec l’un des plus grands metteurs en scène au monde. En ce moment sort une collection en DVD du “Théâtre de la jeunesse”, réussite probante de l’ORTF et qui fera un futur objet d’article dans ce blog. On peut y retrouver “Olivier Twist”, réalisé par Jean-Paul Carrière, avec Marcel Dalio dans le rôle de Fagin, voir la fiche que je viens de créer sur IMDB. A noter qu’il existe une comédie musicale “Oliver” réalisée par Carol

MATCH POINT

En souvenir de la “Rose pourpre du Caire” où Jeff Daniels descendait de l’écran, c’était très émouvant de voir Woody Allen faire l’effort de venir présenter en français son film “Melinda et Melinda” en décembre 2004, à l’UGC Cité-Ciné. C’était très furtif, mais il déclarait avec autodérision, que si la vision de son film s’avérait “traumatique” (sic) l’on pouvait attendre son prochain, déjà tourné, film que voici : “Match-Point”.

 

Woody Allen à Bordeaux, le 21 décembre 2004, photo Fabien Cotterau (Sud-Ouest)

Ce film me semble moins novateur que l’on veut bien le dire, le metteur en scène remplaçant New York par Londres, et le jazz par Verdi. Ce qui n’enlève d’ailleurs rien à sa réussite, mais disons qu’il faisait preuve de plus d’audaces dans “Melinda & Melinda”. En fait ce portrait d’un jeune arriviste sans scrupules est la reprise du personnage de Judah Rosenthal – Magistral Martin Landau -, dans un de ses chefs d’oeuvre “Crimes et délits” (1989). Il y dressait un portrait lucide de ce personnage antipathique, qu’il opposait à celui d’un réalisateur en crise joué par lui-même. Le film est un petit bijou, la comédienne Scarlett Johansson, semblant lui avoir insufflé une énergie nouvelle. Il l’utilise d’une manière sensuelle. Jonathan Rhys-Meyer, un poil falot est formidablement utilisé pour camper ce personnage haïssable, conscient de ces limites, mais qui manipule son entourage pour arriver à ses fins. Chris, son personnage est un joueur de tennis doué mais sans génie et qui vient d’un milieu modeste. Il va devenir professeur dans une école huppée, et profiter rapidement de son charisme pour prendre le fameux “ascenseur social” – “out of order” chez nous semble nous dire l’actualité -. Chris se partage entre sa femme Chloe, qui participe pour lui à un mariage de raison et la volcanique Nola Rice – Scarlett Johansson -. Mais comme les caprices du hasard, le destin peut être versatile… Il est comparé ici à une balle qui franchit le filet, sans que l’on sache le camp qu’elle va choisir.

Emily Mortimer, Jonathan Rhys-Meyer & Scarlett Johansson, appréciez les distances…

La tension sexuelle avec elle est formidablement rendue, on a d’ailleurs rarement trouvé cette sensualité ainsi exacerbée dans son œuvre.  Woody Allen avec beaucoup de mordant fait valser les convenances et semble avoir bien ciblé les états d’âmes de la bonne société anglaise, ce qui a d’ailleurs suscité des polémiques à Londres si je me souviens bien d’un article paru dans “Télérama”. Il y a un jeu sur les clichés, les parents de Chloe acceptant Chris parce qu’il fait bonne figure et bien “sur le tableau de chasse”. Woody Allen installe une brillante topograhie des faux-semblants, contre une philosophie de vie attendue. Des décors luxueux et déshumanisés, et une utilisation brillante de l’Opéra, parachèvent cette réflexion teintée d’humour noir, des choix que l’on peut avoir à faire dans la vie. Le reste de la distribution est particulièrement brillante, de Brian Cox en grand bourgeois aisé, mais détaché, Emily Mortimer dans le rôle de Choe, sa fille, est charmante et digne, Matthew Goode en fils à papa suffisant, et Penelope Wilton est irrésistible en belle-mère à principes. Cette satire détournement amusée d’une improbable tragédie grecque, est à compter dans les grandes réussites du metteur en scène.

LES FILMS QUI RENDENT SCROGNEUGNEU #1

Amis de la guimauve, “Ralph” est fait pour vous. On le voit déjà le réalisateur présenter son film dans un petit atelier d’écriture, faire comme dans “The player” le beau film de Robert Altman, poser l’idée suivante, 1/3 Billy Elliott, 1/3 Les chariots de feu, 1/3 d’American Pie, le tout sous Prozac… . Ca commence plutôt bien, le jeune Raph titillé par sa libido naissante, il a 14 ans ne pense qu’à exercer l’onanisme – 22 fois par jour -, dans les ondes d’une piscine ou contre une tondeuse à gazon… Ne voyez rien de corrosif, il s’agit ici de ne pas choquer les chaisières de “Saint-Nicholas du Chardonnet”, l’entourage clérical du lieu – nous sommes en 1954 – s’amusant presque de ce petit travers. Mais la mère du jeunot tombe dans le coma – par solidarité avec elle je l’ai suivie très vite d’ailleurs -, il tente de la réveiller en lui faisant sentir de la merde, mais ça ne fonctionne pas des masses. Il va donc chercher à réaliser un miracle en voulant gagner le marathon de Boston. Vaste programme que vouloir devenir ainsi un saint laïque. Troquons donc la morne jubilation de l’éjaculation contre l’effort honorable d’une saine chasse à l’adrénaline.

Cours For… euh Ralph, cours…

Le suspense de ce film étant proprement intolérable, on s’amuse à quelques traits d’esprits dans ce monument rance de cuculeterie… On se force à rire péniblement, dans ce retour dans le passé d’une bondieuserie oubliée – On voit qu’il n’a pas été élevé chez le curé le scénariste, pour ma part j’y ai fait connaissance avec l’intolérance et la bêtise de petits notables curés réactionnaires dans les années 70/80, dans un petit village du pays basque, mais c’est une autre histoire… -. Certes, il y a un supérieur un peu raide – mais qui surprise s’humanise à la fin -, le bon camarade, les élèves rigolards et le bon curé dévoué qui cite Nietzche, le trouvant moins révolutionnaire que Jésus Christ – Campbell Scott qui tient debout parce que c’est la mode -. Nos bras nous en tombent avec ce retour du bigotisme qui devrait même agacer les croyants. Les mêmes qui critiquaient “Les choristes” s’enthousiasment sur cette oeuvrette insipide. Jennifer Tilly fait ce qu’elle peut pour adopter l’accent anglais, sans parler du jeune Adam Butcher qui ne se départit jamais de son petit air de ravi de la crêche – du crétinisme à la sainteté il n’y a donc qu’un pas ? -. La mise en scène du canadien Michael McGowan est proprement inexistante, il a reçu le grand prix du festival de Paris – ah bon, il y a des prix chez eux ? -. La rédemption et la lutte contre la maladie par le chemin de l’effort, me semble en prime assez abject. La morale est sauve, le film semble avoir ses fans, Sainte Rita, patronne des cas désespérés ayant dû veiller sur ce film.