Annonce de la mort à 76 ans de Philippe Noiret, des suites d’un cancer. . Je vous renvoie au beau livre écrit par Dominique Maillet : « Philippe Noiret », (éditions Henri Veyrier, 1989), où l’acteur parlait avec lucidité de chacun de ses films, y compris les mineurs. C’était un comédien digne de figurer au panthéon des plus grands monstes sacrés du cinéma mondial, il apportait toujours, une crédibilité et un vécu, à n’importe quelle oeuvre par sa seule présence. Jacques Zimmer l’avait bien défini dans « La revue du cinéma » N° 426 : « …Rabelaisien ? Bonhomme ? Aux pieds de ce monstre sacré les clichés fleurissent si naturellement qu’il faut ruser et contourner la montagne pour apercevoir la face cachée de sa carcasse de seigneur. Ayant patiemment élaboré une image publique de hobereau paisible, il lui arrive de s’en amuser et, par éclairs d’entrouvrir le rideau… ». Ce grand comédien a découvert sa vocation grâce à un abbé, le père Bouyer, qui le considérant comme cancre, devine en lui une vocation d’acteur. Il fit venir Julien Green et Marcel Jouhandeau à l’un des spectacles qui avait joué avec ses camarades. Le jeune Philippe Noiret, fréquente pendant un an à l’EPIJD (Éducation par le jeu dramatique), cours animés à Paris, par Edmond Beauchamp, François Vibert et Roger Blin, où il rencontre Delphine Seyrig et Daniel Emiflork. Il entre ensuite au Centre d’art dramatique de l’Ouest d’Hubert Gignoux, où il rencontre Jean-Pierre Darras. Il eu une autre grande rencontre prépondérante avec Jean Vilar, il restera 7 ans au TNP. Il devait y jouer des pères nobles, et fut même, de part sa stature et sa célèbre voix de bronze, le père de Jean Vilar dans « Don Juan », et celui de Maria Casarès dans « Le cid ». Il y rencontre sa future femme, la grande comédienne Monique Chaumette. En parallèle, il forme avec Jean-Pierre Darras, un duo comique dans plusieurs cabarets, animant également avec lui quelques émissions TV de Denise Glaser, « Discorama ». Avec son compère, il se produit à l’Écluse, aux « Trois Baudets », à la « Villa d’Este », à l’ »Échelle de Jacobs », où il crée un personnage de « Roi-Soleil »désopilant » Il fait des débuts assez tardif à l’écran, en remplaçant Georges Wilson, malade pour « La pointe courte », film assez radical, où assez maladroit, il partage la vedette avec Silvia Monfort. Il confessait avoir eu la nausée, pour s’être vu à l’écran. Il quitte en 1960 le TNP, et trouve finalement des rôles à la mesure de son talent au cinéma, bien que boudé par la « Nouvelle vague ». Il est formidable dans le rôle de l’oncle excentrique et travesti de Catherine Demongeot dans « Zazie dans le métro » pour Louis Malle (1960) ou le mari empoisonné par Emmanuelle Riva dans l’adaptation de Françoise Mauriac par Georges Franju dans « Thérèse Desqueyroux » (1962), rôle qu’il retrouvera dans une dramatique TV « La fin de la nuit » en 1966, un rôle austère auquel il confère une grande humanité. Il excelle très vite dans la comédie, avec « La vie de château », petit bijou de la comédie signée Jean-Paul Rappeneau, en 1965. Il travaille aussi avec de grands maîtres, comme René Clair, George Cukor, et surtout Alfred Hitchcock avec « L’étau » (1969), il est formidable d’ambiguïté dans le rôle d’un agent double, distillant une angoisse, en ouvrant et fermant, simplement un tiroir. Yves Robert, lui offre également ses premiers meilleurs rôles, avec « Les copains » (1967), où il livre une scène d’anthologie avec un faux prêche dans une messe, « Alexandre le bienheureux », en paysan fatigué qui découvre les vertus du farniente à la mort de sa femme tyrannique, et « Clérambard » (1969), d’après Marcel Aymé, en aristocrate, ruiné et violent, touché par la grâce. Il accède au vedettariat dans les années 70, se trouvant des affinités avec certains metteurs en scènes comme Pierre Granier-Deferre ou Philippe de Broca, tout en aidant les jeunes metteurs en scènes, comme Marco Pico avec la comédie mélancolique « Le nuage entre les dents » (1973), où il est un pittoresque journaliste spécialisé en faits-divers et flanqué de Pierre Richard en photographe, ou Jacques Renard. Il joue un M Lepic tout en retenu dans « Poil de carotte » (1972), face à Monique Chaumette redoutable Mme Lepic, sous la direction d’Henri Graziani – Le couple retrouvera ce metteur en scène pour « Nous deux » (1991), en jouant des retraités faisant un retour aux sources en Corse -. Il soutient Bertrand Tavernier, pour son premier film également, avec lequel il trouvera ses meilleurs rôles. Pour ce dernier, il est le père meurtri de Sylvain Rougerie dans « L’horloger de Saint-Paul » (1973), d’après Georges Simenon, un Régent jouisseur dans « Que la fête commence » (1974), le juge déterminé dans « Le juge et l’assassin » (1975), l’unique policier d’une petite bourgade de l’Afrique occidentale, en proie avec ses démons dans « Coup de torchon » (1981) et un militaire borné dans « La vie et rien d’autre » (1988). C’est une belle composition qui durera 20 ans jusqu’à son interprétation de D’Artagnan fatigué dans « La fille de D’Artagnan » (1993) : « …Bertrand Tavernier a le goût du plaisir, il n’enfante pas dans la douleur du moins pendant le tournage. Si l’écriture a été difficile, il a au moins la courtoisie de ne pas en faire part. Je suis toujours irrité par ceux qui parlent des douleurs de leur création. Qu’ils souffrent en silence… » (1) Il est touchant en vieux garçon désabusé dans « La vieille fille » de Jean-Pierre Blanc (1971), aux côtés d’Annie Girardot, qu’il retrouvera dans des comédies de Philippe de Broca. Il est aussi à l’aise avec l’audace de Marco Ferreri avec « La grande bouffe » et « Touchez pas à la femme blanche », « …On parle de la folie de Ferreri, mais elle est très contrôlée, il maîtrise tout parfaitement… » (1). Dans « La grande bouffe », en petit juge d’instruction de province, retrouvant Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et Ugo Tognazzi, pour une orgie gastronomique, il se révèle le personnage le plus touchant de ce film provocateur. Mais Jean-Pierre Mocky le convainc moins, avec l’un de ses premiers personnages totalement antipathique avec « Le témoin » – il avait refusé le rôle de Jean Yanne pour « Que la bête meure » pour Claude Chabrol en 1969 – : « … Par contre chez Mocky, c’est le désordre total, je ne m’y sens pas bien… ». (1). Il est vrai que même s’il ne reculait pas devant certaines audaces, il aimait à se qualifier comme « un saltimbanque qui aime le confort ». Il devait retrouver Claude Chabrol, pour l’un de ses meilleurs rôles dans « Masques » (1986), en présentateur TV cynique. Fort du succès de « La grande bouffe », l’Italie l’adopte, à l’instar d’un Bernard Blier, en lui donnant de grands rôles, de son rôle de farceur iconoclaste dans « Mes chers amis » ((Mario Monicelli, 1975) – et sa suite boudée en france -, du magistrat chargé de reprendre l’instruction d’un magistrat abbatu par une organisation terroriste dans « Trois frères » (Francesco Rosi, 1980), de l’homosexuel vieillissant pour « Les lunettes d’or » (Giuliano Montaldo, 1987), du projectionniste bougon dans « Cinéma Paradiso » (Giuseppe Tornatore, 1988), au le truculent Pablo Neruda face au touchant Massimo Troisi – qui devait mourir le lendemain du dernier jour de tournage – dans « Le facteur » (Michael Radford, 1994). Il a marqué de son humanité beaucoup de succès populaires, comme dans « Le vieux fusil » (1975), pour lequel il obient son premier César, film pourtant assez contestable de par son côté revanchard – mais on se souvient de sa belle déclaration d’amour à Romy Schneider – et dans « Les ripoux » et ses deux suites, il est jubilatoire en policier corrompu. On lui doit une des carrières les plus riches du cinéma français. Il est idéal pour personnifer un émule de Romain Gary, en écrivain s’inventant une nouvelle identité, dans « Faux et usage de faux » (Laurent Heynemann, 1990), et il est à l’aise dans l’ambiguité en journaliste partageant la vie d’Ivan Desny dans « J’embrasse pas » (André Téchiné, 1991), et profitant de la précarité d’un jeune homme joué par Manuel Blanc. Le cinéma l’avait délaissé cette dernière décennie, il avait fait un retour aux sources en revenant au théâtre avec Bertrand Blier en 1997, pour les « Côtelettes », qui connu une captation cinématographique. Mais il y était toujours remarquable, comme dans son rôle de père indigne dans « Père et fils » (2003), où assureur roublard dans le mésestimé « Edy » (2005). Pudique et modeste, il avait une conception bien à lui de son métier : « …Je suis vraiment agacé par les comédiens qui se vantent de prendre des risques. Il faut en prendre le moins possible ! Nous avons déjà une profession à risques comme les cascadeurs, essayons donc des les limiter. Mettons des genouillères pour ne pas nous abîmer. Le reste n’est que vantardise, nous ne jouons pas les héros, nous faisons simplement notre boulot… » (1). Nos pensées vont à sa fille Frédérique et à sa femme Monique Chaumette. A lire l’hommage d’Yvan Foucart, pour « Les gens du cinéma ».
(1) « La revue du cinéma » N°426 : Propos de Philippe Noiret à Danièle Para.
Philippe Noiret à Cannes pour la représentation de « Père et fils »
Filmographie : 1948 Gigi (Jacqueline Audry, figuration) – 1950 Olivia (Jacqueline Audry, figuration) -1951 Agence matrimoniale (Jean-Paul Le Chanois, figuration) – 1955 La pointe courte (Agnès Varda) – 1960 Zazie dans le métro (Louis Malle) – Ravissante (Robert Lamoureux) – Le capitaine Fracasse (Pierre Gaspard-Huit) – 1961 Les amours célèbres [épisode : "Lauzun"] (Michel Boisrond) – Le rendez-vous (Jean Delannoy) – Tout l’or du monde (René Clair) – Comme un poisson dans l’eau (André Michel) – Le crime ne paie pas [ épisode : "L'affaire Hugues" (Gérard Oury) - 1962 Thérèse Desqueyroux (Georges Franju) – Ballade pour un voyou (Jean-Claude Bonnardot) - Le massaggiatrici (Les faux-jetons) (Lucio Fulci) - Cyrano et d’Artagnan (Abel Gance) – Clémentine chérie (Pierre Chevalier) - 1963 La porteuse de pain (Maurice Cloche) – Mort, où est ta victoire ? (Hervé Bromberger) - Les amoureux du France (François Reichenbach & Pierre Grimblat, voix du récitant) – 1964 Les copains (Yves Robert) – Monsieur (Jean-Paul Le Chanois) – Lady L (id) (Peter Ustinov) – 1965 La vie de château (Jean-Paul Rappeneau) – Qui êtes-vous Polly Maggoo ? (William Klein) -1966 Les sultans (Jean Delannoy) – Le voyage du père (Denys de la Patellière) – Tendre voyou (Jean Becker) - The night of the generals (La nuit des généraux) (Anatole Litvak) – Woman times seven (Sept fois femme) [épisode "Snow" ("La neige"] (Vittorio de Sica) – 1967 L’une et l’autre (René Allio) – Alexandre le bienheureux (Yves Robert) – Adolphe ou l’âge tendre (Bernard Toublanc-Michel) – The immortal story (Une histoire immortelle) (Orson Welles, voix française d’Orson Welles) – 1968 Bruegel (Paul Haesaerts, documentaire, voix du récitant) – The assassination bureau (Assassinats en tous genres) (Basil Dearden) – Mister Freedom (William Klein) – Justine (Id) (George Cukor & Joseph Strick) – Topaz (L’étau) (Alfred Hitchcock) – 1969 Clérambard (Yves Robert) – Les caprices de Marie (Philippe de Broca) - 1970 Le monde des animaux sauvages (Eugène Schumacher, documentaire, voix du récitant) – 1971 Time for loving (Christopher Miles) – Les aveux les plus doux (Édouard Molinaro) – Murphy’s war (La guerre de Murphy) (Peter Yates) – La vieille fille (Jean-Pierre Blanc) – La mandarine (Édouard Molinaro) – Siamo tutti in libertà provisoria (Manlio Scarpelli) – Le trèfle à cinq feuilles (Edmond Frees) – 1972 Jean Vilar, une belle vie (Jacques Rutman, documentaire) – L’attentat (Yves Boisset) – Poil de carotte (Henri Graziani) – Le serpent (Henri Verneuil) – 1973 La grande bouffe (Marco Ferreri) – Touche pas à la femme blanche (Marco Ferreri) – L’horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – Les gaspards (Pierre Tchernia) – 1974 Le secret (Robert Enrico) – Le jeu avec le feu (Alain Robbe-Grillet) – Que la fête commence (Bertrand Tavernier) – 1975 Amici miei (Mes chers amis) (Mario Monicelli) – Le vieux fusil (Robert Enrico) – Monsieur Albert (Jacques Renard) – Le juge et l’assassin (Bertrand Tavernier) – Il comune senso del pudore (Alberto Sordi) – 1976 Il deserto dei tartari (Le désert des tartares) (Valerio Zurlini) – Une femme à sa fenêtre (Pierre Granier-Deferre) – Un taxi mauve (Yves Boisset) – 1977 Coup de foudre (Robert Enrico, inachevé) – La barricade du Point du Jour (René Richon) – Tendre poulet (Philippe de Broca) – Who is killing the great chefs of Europe ? (La grande cuisine) (Ted Kotcheff) – 1978 Le témoin (Jean-Pierre Mocky) – Due pezzi di pane (Deux bonnes pâtes) (Sergio Citti) – 1979 Rue du Pied-de-Grue (Jean-Jacques Grand-Jouan) – On a volé la cuisse de Jupiter (Philippe de Broca) – 1980 Une semaine de vacances (Betrand Tavernier) – Pile ou face (Robert Enrico) – Tre fratelli (Trois frères) (Francesco Rosi) – 1981 Il faut tuer Birgitt Haas (Laurent Heynemann) – Coup de torchon (Bertrand Tavernier) – L’étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre) – 1982 Amici miei atto secondo (Mes chers amis II) (Mario Monicelli) – L’Africain (Philippe de Broca) – 1983 L’ami de Vincent (Pierre Granier-Deferre) – Le grand carnaval (Alexandre Arcady) – Fort Saganne (Alain Corneau) – 1984 Les Ripoux (Claude Zidi) – Qualcosa di biondo (Aurora) (Maurizio Ponzi) – Souvenirs, souvenirs (Ariel Zeitoun) – L’été prochain (Nadine Trintignant) – Les rois du gag (Claude Zidi, cameo) – 1985 Le quatrième pouvoir (Serge Leroy) – Speciamo che sia femmina (Pourvu que ce soit une fille…) (Mario Monicelli) – Round Midnight (Autour de minuit) (Bertrand Tavernier) – 1986 Twist again à Moscou (Jean-Marie Poiré) – La Harka (Alain de Bock & José Jornet, CM) – La femme secrète (Sébastien Grall) – Masques (Claude Chabrol) – 1987 Glio occhiali d’oro (Les lunettes d’or) (Giuliano Montaldo) – Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre) – Chouans ! (Philippe de Broca) – L’homme qui plantait des arbres (Frédéric Back, animation, voix du récitant) – 1988 Il giovane Toscanini (Toscanini) (Franco Zeffirelli) – Il frullo del passero (La femme de mes amours) (Gianfranco Mingozzi) – Nuovo cinema Paradiso (Cinéma Paradiso) (Giuseppe Tornatore) – The return of the musketeers (Le retour des mousquetaires) (Richard Lester) – La vie et rien d’autre (Betrand Tavernier) – 1989 Ripoux contre Ripoux (Claude Zidi) – Dimenticare Palermo (Oublier Palerme) (Francesco Rosi) – 1990 Faux et usage de faux (Laurent Heynemann) – Uranus (Claude Berri) – 1991 Rossini ! Rossini (Id) (Mario Monicelli) – Nous deux (Henri Graziani) – J’embrasse pas (André Téchiné) – Contre l’oubli [épisode : "Joaquim Elema Boringue, Guinée équatoriale"] (Jean Becker) – Arsène né terrien (Laurent-Pierre Paget, CM, voix du récitant) – La domenica specialmente (Le dimanche de préférence) [épisode "Il cane blu" ("Le chien bleu"] (Giuseppe Tornatore) – Zuppa di pesce (Soupe de poisson) (Fiorella Infascelli) – 1992 Max et Jérémie (Claire Devers) – Tango (Patrice Leconte) – 1993 Grosse fatigue (Michel Blanc) – Le roi de Paris (Dominique Maillet) – La fille de d’Artagnan (Bertrand Tavernier) – 1994 Il postino (Le facteur) (Michael Radford & Massimo Troisi) – Veillées d’armes (Marcel Ophuls, documentaire) - Prílis hlucná samota (Une trop bruyante solitude) (Věra Cais) – Les Milles (Sébastien Grall) – 1995 Les grands ducs (Patrice Leconte) – Facciamo paradiso (Mario Monicelli) – Fantôme avec chauffeur (Gérard Oury) - 1996 Marianna Ucrìa (La vie silencieuse de Marianna Ucria) (Roberto Faenza) – Les palmes de Monsieur Schutz (Claude Pinoteau) – Dragonheart (Cœur de dragon) (Rob Cohen, voix française du dragon) – 1997 Soleil (Roger Hanin) – Le bossu (Philippe de Broca) – 1998 Le pique-nique de Lulu Kreutz (Didier Martiny) – 2000 Un honnête commerçant (Philippe Blasband) – 2001 Le chien, le général et les oiseaux (Francis Nielsen, animation, voix du récitant) – 2002 Les côtelettes (Bertrand Blier) – Père et fils (Michel Boujenah) – 2003 Ripoux 3 (Claude Zidi) – 2004 Edy (Stéphan Guérin-Tillié) – 2005 Marcello, una vita dolce (Marcello, une douce vie) ( Mario Canale & Annarosa Morri, documentaire) – 2006 Voie d’eau (Matthieu David Cournot, CM, voix du récitant) -Trois amis (Michel Boujenah).
Nota : il est parfois crédité à tort pour « Paris brûle-t’il ? » (René Clément), et « La mano spietata della legge » (« La fureur d’un flic ») (Mario Gariazzo, 1975, confusion avec Philippe Leroy ?). « Laughter in the dark » (Laszlo Papas, 1986), avec Marina Vlady et Maximilien Schell, est une petite énigme, est-ce un film inédit, un inachevé, ou un simple projet ? En 1968, il est le récitant de la version sonorisée de « Häxan » (« La sorcellerie à travers les âges ») (Benjamin Christensen, 1922). Il a participé à 2 spectacles audiovisuels mis en scènes par Jean Chouquet, « Les grandes heures de France » (1973) et « Notre-Dame de Paris » (1977).
Télévision : notamment : 1955 Le réveillon (Marcel Bluwal) – 1959 Clarisse Fenigan (Jean Prat) – Macbeth (Claude Barma) – En votre âme et conscience : L’affaire Meyer (Jean Prat) – 1960 De fil en aiguille (Roger [Lazare] Iglésis) – Cyrano de Bergerac (Claude Barma) – 1961 Flore et Blancheflore (Jean Prat) – 1962 Enfin bref ! (Maurice Chateau) – Le mal court (Alain Boudet) – 1963 L’inspecteur Leclerc enquête : La chasse (Mick Roussel) – Blagapar : Les Grecs (Roger [Lazare] Iglésis) – 1964 Château en Suède (André Barsacq) – 1966 Anatole (Jean Valère) – La fin de la nuit (Albert Riéra) – 1970 Dim dam dom (Roger Ikhless) – 1996 Le veilleur de nuit (Philippe de Broca) – Balthus de l’autre côté du miroir (Damian Pettigrew, documentaire, voix du récitant) – 1999 Mi figlio ha 70 anni (Mon fils a 70 ans) (Giorgio Capitani).
Avec Anouk Aimée dans « Love letters »
Théâtre : 1951 Lorenzaccio, de Alfred de Musset, m.e.s. Jean Vilar – Le Cid, de Pierre Corneille, m.e.s. Jean Vilar – 1953 La tragédie du roi Richard II, de William Shakespeare, m.e.s. Jean Vilar – Don Juan, de Molière, m.e.s. Jean Vilar - 1954 Ruy Blas, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – Cinna, de Pierre Corneille, m.e.s. de Jean Vilar – Macbeth, de William Shakespeare, m.e.s. de Jean Vilar – 1955 La ville, de Paul Claudel, m.e.s. de Jean Vilar – Marie Tudor, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – Le triomphe de l’amour, de Marivaux, m.e.s. de Jean Vilar – 1956 Les femmes savantes, de Molière, m.e.s. de Jean Vilar – Ce fou de Platonov, d’Anton Tchekhov, m.e.s. de Jean Vilar – Le mariage de Figaro, d’Aldred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – 1957 Le malade imaginaire, d’Aldred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Le faiseur, d’Honoré de Balzac, m.e.s. de Jean Vilar – 1958 L’école des femmes, de Molière, m.e.s. de Jean Vilar – Les caprices de Marianne, d’Alfred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Œdipe, d’André Gide, m.e.s. de Jean Vilar – Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, m.e.s. de Jean Vilar – Marie Tudor, de Victor Hugo, m.e.s. de Jean Vilar – 1959 Le songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare, m.e.s. de Jean Vilar (Broadway Theater New-York City) – La fête du cordonnier, de Michel Vinaver, m.e.s. de Georges Wilson – 1997/99 Les côtelettes, de Bertrand Blier, m.e.s. de Bernard Murat – 2000/01 L’homme du hazard, de Yasmina Reza, m.e.s. de Frédéric Belier-Garcia – 2002 Les contemplations (et autres textes de Victor Hugo), m.e.s. de Frédéric Belier-Garcia – 2005 Love letters, de A.R. Gurney, m.e.s. de Sandrine Dumas.
© Le coin du cinéphage (reproduction strictement interdite, textes déposés)




DA


»Je m’appelle François Berléand, j’ai presque onze ans et je ne prends pas la parole sans y avoir été invité par un adulte. Je mange de tout, même si je n’ai pas une grande passion pour les carottes bouillies, les endives ou les épinards. Mais ce que je déteste par-dessus tout, c’est le chou-fleur. Sinon, je ne pose pas spécialement de problèmes. Dans ma chambre, j’ai un piano, un Teppaz, un bureau et une grande armoire en teck. Je suis AB négatif, ce qui est déjà très rare, et je suis le fils de l’Homme invisible… ». C’est la quatrième de couverture évocatrice de ce « L’homme invisible » premier livre de François Berléand. Je racontais ici que je l’avais rencontré, à l’occasion de l’avant-première des « âmes câlines ». C’est au milieu de la quasi-totalité de la famille du cinéaste du film Thomas Bardinet, que j’ai entendu la première fois raconter son enfance. Avec un grand humour il l’avait évoqué avec ses troubles, mais on comprenait une réelle détresse cachée devant une pudeur remarquable. C’est un psychiatre de son école, qui l’a sauvé, en démontant les petits mécanismes de sa petite folie, et en lui proposant la lecture de la « Côte sauvage » de Jean-René Huguenin, qui s’est révélé une bouée de sauvetage pour lui. Pour digresser un peu, ça m’a toujours impressionné que cet auteur, tragiquement disparu le 22 septembre 1962, à l’âge de 26 ans d’un accident de la route, a au moins fortement marqué les esprits de deux personnes… Pour ma part c’est son journal qui m’avait tiré d’une mélancolie assez noire. Reste à savoir si son œuvre inachevé – il n’a écrit que deux livres -, a eu une influence dans la vie d’autres personnes. J’ai retrouvé dans ce récit très poignant, « Le fils de l’homme invisible », souvent annoncé, le ton et l’esprit de François Berléand. S’il aime à se qualifier de cynique, il est vrai qu’il a un humour assez vachard, voire ravageur, c’est aussi un homme d’une grande humanité. Il y a beaucoup d’espoir dans son histoire « borderline ». Il y montre combien l’enfance peut-être difficile et interminable pour certaines personnes. Même s’il est entouré de l’amour de sa famille russe. Si chez elle les effusions sont rares, les sentiments véritables ne doivent pas être exprimer. Le petit François souffre de solitude et d’être gaucher contrarié. Selon sa grand-mère, sa main représente celle du diable. Il faut donc passer par l’épreuve de se contraindre à devenir droitier. C’est est une épreuve terrible pour lui, surtout qu’il est en plus, « un peu dyslexique, dyscalculique ». Il explique sans ambages les ravages de la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture, il a dû réapprendre à lire en 6ème. Un jour son père, qui a un peu abusé avec des amis de la famille de la vodka, lui assène un tonitruant « Toi, de toute façon, tu es le fils de l’homme invisible ! » . Et comme selon le proverbe, « Un coup de langue est pire qu’un coup de lance », cette phrase aura pour l’enfant de 11 ans, nous sommes en 1963, une répercussion terrible. La lecture récente du « Sans famille » d’Hector Malot, aidant,, l’auteur la prend parfaitement au pied de la lettre. Il y a une description ludique – l’idée des miroirs truqués, ou les plans d’actions rêvés que permet l’invisibilité -, mais derrière cette évocation, il y a un traumatisme touchant. Une grande solitude enferme l’enfant, il ne peut dire à personne son handicap fantastique, il va essayer de trouver des petits arrangements avec sa souffrance. Il doit tenter à un moment hélas trop tardif d’en avertir sa grand-mère paternelle, une « Babuschka » aimante et humaine. L’enfant esseulé va penser que l’amour de ses parents s’exprime en fait, en achetant ses amis, car il pense qu’il ne peut intéresser personne, ou s’inventer un compagnon imaginaire, le chien d’un de ses amis, devenu lui aussi invisible. 


Qui pouvait penser un jour en voyant Kim Rossi-Stuart dans le film de Michelangelo Antonioni dans « Par-delà les nuages » en 1985, où il paraissait comme une gravure de mode bien fade, qu’il s’avèrerait plus de 10 ans plus tard, un réalisateur aussi subtil avec son premier « Anche libero va bene », en V.O.. Il est vrai que l’on avait put noter une maturité dans son jeu d’acteur, dans « Romenzo criminale » (Michele Placido, 2005) et surtout « Les clés de la maison » (Gianni Amelio, 2004) , où il se découvrait un père tardif d’un petit handicapé. On attendait donc son film, en raison des échos favorables de la présentation du film, dans le cadre de la « Quinzaine des réalisateurs à Cannes ». Il avait d’ailleurs obtenu le prix de la CICAE, association rassemblant des exploitants de salles « Art et Essai européennes ». Il joue ici Renato, le père un peu dépassé de Tommi, enfant de 11 ans et de sa grande sœur Viola. Pour son premier film, il ne devait pas jouer ce rôle, mais il a finalement emplacé un comédien défaillant au pied-lever. La mère les a abandonnés assez rapidement. Complètement irresponsable, elle préfère suivre sa vie volage. Le trio subsiste face aux difficultés financières du père. Il est un petit caméraman assez impulsif, qui tente de s’installer à son compte. Mais il a du mal à trouver des contrats, car il est trop entier pour accepter les compromissions – voir la mémorable scène du chameau lors d’un tournage d’une publicité -. Ils arrivent à un petit équilibre, malgré l’absence de l’amour d’une mère, le fils – formidable Alessandro Morace doté d’une belle sensibilité et trouvé par le réalisateur dans son école -, très mature pour son âge, se forge son propre univers. Il s’approprie le toit de son immeuble comme terrain de jeu. Tommi poursuit ses études sans trop d’enthousiasme .Il finit par s’attacher à un jeune retardé plus âgé arrivé dans sa classe, mutique et presque autiste. S’il hésite à s’asseoir avec ce nouvel arrivant, il finit par s’en faire un allier. Renato a pour son fils, de grandes ambitions, il l’encourage à devenir un champion de natation, alors que ce dernier préfèrerait jouer au foot. Même si Viola, a des petits jeux sexuels assez inquiétants pour son âge, cette famille décomposée est unie, malgré l’autorité du père, et de sa colère rentrée qui ne demande qu’à sortir, comme la gifle qu’il donne à son fils pour le punir d’avoir traité sa sœur de pute. Mais la mère, en femme désinvolte et blessée revient et demande à se faire accepter par le trio malgré son attitude indigne. Le père demande à ses enfants de voter pour autoriser son retour, et bien évidemment l’équilibre précaire qu’il y avait chez lui est fortement remis en question… 
C’est finalement nos seniors comme Woody Allen avec « Scoop » et Clint Eastwood avec ce film, qui nous donnent en ce moment de bonnes nouvelles du cinéma américain particulièrement ennuyeux et poussif en ce moment : « Les fous du rois », « Le Daliah noir », sans oublier « The last kiss » laborieux et inutile remake de « L’utimo baccio » de Gabriele Muccino, pourtant signé Paul Haggis, scénariste également « La mémoire de nos pères ». Pour faire comme tout le monde je reprends le bon vieil adage du beau film de John Ford « L’homme qui tua Liberty Valance » : » …quand la légende dépasse la réalité imprimez la légende », le film va voir au-delà de cette image. Ce film particulièrement critique envers les États Unis, nous montre la notion toute relative de l’héroïsme, trois survivants sont montés au pinacle, à l’issue d’une des plus sanglantes batailles de la guerre du Pacifique. Il est adapté d’un livre que l’on dit remarquable de James Bradley et Ron Powers, qui vont voir au-delà de la légende. Au cinquième jour de l’historique bataille d’Iwo Jima, cinq Marines et un infirmier de la Navy hissent, dans un élan patriotique, le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, arraché aux Japonais. L’image de ces hommes unis marque rapidement les esprits, mais certains élites veulent récupérer ce drapeau en souvenir. Un photographe souhaite immortaliser cet instant, et refais la photo avec quelques soldats présents le falot John « Doc » Bradley, l’Amérindien Ira Hayes, effacé, ne voulant pas faire la photo pris par ses scrupules et le sympathique René Gagnon. Ils vont devenir des symboles et de retour aux États-Unis vont sillonner le continent, à grand renfort de propagande, ils permettent ainsi de récolter de nombreux bons… Mais ils vivent cet état de gloire comme une imposture, notamment Ira Hayes repris par ses démons. Ils vont traverser un complexe du survivant et se questionner sur ces petits arrangements avec la vérité. La mise en scène de Clint Eastwood est simplement admirable, ces combats font évidemment penser par une certaine crudité et à un grand réalisme à « Il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg, ici co-producteur du film. On ne fait qu’entrevoir l’ennemi, ou parfois leurs corps, certains s’étant suicidés à la grenade pour échapper à un massacre. 







« Bamako » ,présenté hors compétition au Festival de Cannes en mai 2006 en sélection officielle, est un film atypique. Le cinéaste Abderrahmane Sissako à l’idée de faire le procès populaire de la « Banque mondiale » et du « Fond monétaire international », dans une cours de son propre petit village malien. C’est une poignée de représentants de la société civile africaine, qui a engagé cette procédure. Ce huis-clos en plein air, est une belle idée, prendre un axe local pour toucher à l’universel. Un haut-parleur diffuse les actes du procès aux villageois, et le désintérêt de certains d’entre eux compose est montré comme une critique de la passivité de certains de ses concitoyens, qui se soumettent à l’ordre établi. Le ton est accusateur pour nos sociétés, mais il est aussi fortement autocritique. C’est la belle Aïssa Maïga, qui ponctue le film, en danseuse de bal. Son couple avec son mari traversant une crise, le procès l’indiffère un peu. Dans le village, la vie continue, certains souffrent, s’aiment, s’occupent des enfants et des animaux. La vie propre continue malgré le procès. Les intervenants se succèdent sans manichéismes, des véritables avocats jouent leurs propres rôles, comme Roland Rappaport avocat de la défense flirtant avec le ridicule – il faut le voir essayer d’improbables lunettes noires, proposées par un vendeur à la sauvette. Ces personnalités, comme l’avocate sénégalaise Aïssata Tall Fal, jouent le jeu avec une grande ferveur, forts de leurs éloquences acquises avec l’expérience. Les personnages qui témoignent sont touchants, d’une grande dignité, comme ce griot qui se met à chanter dans sa langue, alors qu’on lui refuse tout témoignage – moment d’une très grande force -, ou une femme très courageuse qui témoigne de son vécu. 
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