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MICKEY ONE

Ce film sorti, en 1965, est atypique dans la carrière d’Arthur Penn, mais l’échec financier occasionné a obligé son metteur en scène de s’orienter sur d’autres voix plus traditionnelles, avec une consécration internationale à la clé. Un jeune homme d’origine polonaise semble être persécuté pour de sombres histoires de dettes de jeux ou de jalousie amoureuse, mais les faits restent incertains… On finit par se demander s’il ne souffre pas finalement de paranoïa. La première image est incongrue, sanglé dans un manteau d’hiver, notre homme amuse tel un bouffon des hommes mûrs suants dans un sauna, déclenchant l’hilarité générale. Un Warren Beatty mutique mais évidemment séducteur, fuit dans une Amérique profonde, dans une ambiance plus proche de la grande répression des années 30 que de la légèreté des sixties, il rencontre une humanité blessée, de trognes, de clochards ou de salutistes. Après avoir accepté un boulot de plongeur, il retrouve immédiatement son travail de showman à la Lenny Bruce, en sabotant avec son répondant, le numéro d’un comique de cabaret fatigué. Il se trouve un manager de fortune, et relance son talent tout en cherchant à se cacher de ses éventuels agresseurs.

Warren Beatty

Il rencontre une jeune femme Jenny, – Alexandra Stewart, à la fraîcheur ravissante – qui sous-loue l’appartement de l’homme désormais surnommé “Mickey One” par un homme travaillant dans un restaurant. Avec elle il semble retrouver un second souffle, alors que Castle, un mystérieux homme d’affaires le cherche pour le faire monter sur scène, joué par Hurt Hatfield, il est toujours amusant de retrouver l’inoubliable interprète de Dorian Gray chez Albert Lewin, avec.. 20 ans de plus. La beauté formelle de ce film est éclatante, grâce à la très belle photo de Ghislain Cloquet, on suit le personnage du film dans une sorte de cauchemar permanent  – il est difficile de ne pas songer à “8 1/2, tant on retrouve ici certaines ambiances oniriques -. Le style est alerte, même si on a du mal à retrouver ses repères. Ce film est un choc visuel, porté par une superbe musique d’Eddie Sauter, mérite qu’on le redécouvre. C’est une étude presque clinique et une grande leçon de mise en scène, pouvant transformer “les feux de la rampe” en une redoutable menace. Warren Beatty et Arthur Penn, se retrouveront avec succès dans “Bonnie & Clyde” en 1967.

MANDERLAY

Ce film est le second opus de la trilogie de Lars Von Trier sur les États Unis : “Land of opportunities”, dont il a eu l’idée en lisant l’épilogue du célèbre livre de “Pauline Réage” de 1954, ‘Histoire d’O’. : Le titre de cet épilogue est ‘Le bonheur dans l’esclavage’ et commence par décrire une rébellion qui couve dans l’île de La Barbade en 1838. Un matin de très bonne heure, un groupe de ‘nègres’, hommes et femmes, qui ont été récemment libérés de par la loi, approchent de leur ancien maître, un certain Mr. Glenelg, et demandent à redevenir ses esclaves. Mr. Glenelg refuse leur requête – on ignore si c’est par peur, parce qu’il a des scrupules ou simplement parce qu’il est un homme respectueux des lois. Ses anciens esclaves commencent à le bousculer légèrement, puis à le malmener un peu plus brutalement. Glenelg et sa famille seront finalement massacrés par le groupe. La même nuit, les ex-esclaves reviennent dans leurs anciens quartiers, où ils recommencent à parler, à manger et à travailler comme ils le faisaient avant l’abolition de l’esclavage. (extrait du dossier de presse).

Cette suite n’est pas “sympathique”, on décroche parfois, mais Lars Von Trier, continue à dresser un portrait au vitriol d’une Amérique fantasmée. On retrouve donc les personnages dans l’exact prolongement de la fin de Dogville, Bryce Dallas Howard remplace donc ici Nicole Kidman, Lars Von Trier a découvert cette fille de Ron Howard dans “Le village” de Night M Shyamalan ce qui ne semble pas anodin… Force est de constater que l’on est très peu gêné par ce remplacement, de même pour James Caan, Willem Dafoe reprennant le flambeau, en caïd patriarche. Ils font route vers le Sud profond, et aboutissent chez Mam – Lauren Bacall dans un rôle différent que dans “Dogville” – qui dirige une riche propriété cotonnière, “Manderlay”. Mais la petite communauté noire présente continue à vivre en 1933, comme du temps de l’esclavagisme, 70 ans après ! La voix de John Hurt qui est à nouveau le récitant, est le fil conducteur de cette œuvre. Grace choisit de s’installer dans ce lieu presque fossilisé, où l’on fouette les mauvais sujets, comme Timothy – Isaach de Bankolé admirable -, impétueux esclave. Grace décide avec beaucoup d’émotivité et de naïveté avec l’aide des hommes de main de son père d’y installer la démocratie, mais comme le déclare le sage Wilhem – étonnant Danny Glover –´A Manderlay, nous, les esclaves, nous dînons à sept heures. A quelle heure les gens mangent-ils quand ils sont libres ?”.

La jeunesse de la jeune actrice donne un nouvel éclairage au personnage de Grace, son immaturité aidant à comprendre les contradictions du personnage. C’est donc une nouvelle fable comme le dit si bien, avec son talent habituel,  Pierrot, dont il convient de lire son excellente analyse. Le film est habile, conceptuel, mais parfois assez ambiguë, à l’image du “livre de Mam” qui détermine les sujets de la propriété comme des stéréotypes prévisibles au possible, ce qui est assez gênant. On comprend donc la réserve initiale de Danny Glover : « ‘Je n’ai pas été réceptif. Quand je lis un script, j’essaie de m’imaginer dans le rôle du personnage et j’essaie aussi d’évaluer la réaction des spectateurs, particulièrement dans une histoire qui aborde avec une telle force la question de l’esclavage et de ses conséquences, avec des personnages très stéréotypés. Donc, j’ai tout d’abord refusé. Après avoir annoncé ça à Vibeke Windeløv, j’ai relu le scénario, parce que je voulais être sûr que je n’avais rien raté, mais j’ai ressenti à peu près la même chose. Pourtant, mes réserves ne concernaient pas tellement le côté provocateur du scénario, qui est réel. Mon problème, c’était qu’il était raconté exclusivement du point de vue d’un blanc et que les images étaient très fortes vues sous cet angle. Mais je n’arrêtais pas de penser à l’histoire, elle ne me lâchait pas; alors, au bout d’un moment, j’ai accepté le rôle. » (extrait du dossier de presse). Il est vrai que si souvent l’on se demande où veut-il en venir, il sollicite du moins notre réflexion car il malmène le politiquement correct…

Mais le film démonte assez habilement le mécanisme de personnes vivant confinés dans un lieu clos, où la moindre différence peut apparaître comme une menace – le rire trop fort d’un Noir rieur gênant la communauté est passé au vote comme une agression ! -. C’est en ça que l’on retrouve l’habileté de Lars Von Trier. On peut aisément observer ce type de comportement, nivellement vers le bas, sur son lieu de travail par exemple, dans des lieux confinés, quand la menace d’une précarité arrive. Le film donne à avoir une réflexion, peut-on faire le bonheur des gens malgré eux – d’où une cinglante et évidente critique envers George W. Bush et son attitude en Irak -. Grace se sert des truands à la solde de son père pour leur donner goût à la liberté, déterminée, elle peut s’ériger en juge impitoyable. On peut y voir la critique d’aides humanitaires ethnocentriques, qui ne prennent en compte que leurs propres repères, le personnage de la frêle jeune femme tourmentée par son désir envers Timothy, pouvant être capable des pires extrémités on le sait depuis “Dogville”.

Udo Kier & Bryce Dallas Howard

Lars Von Trier reprend le concept de “Dogville” qui était inspiré de “L’Opéra de Quat’sous” écrit en 1928 par Bertol Brecht. Le parti pris n’a plus l’apanage de la nouveauté, d’où une possibilité d’être dérouté même si l’on adhère à la conceptualisation de l’ensemble, mais pour ma part cet aller-retour entre concret et imaginaire est très probant – éléments de décors, cartes géantes, marquage au sol à la craie d’un grand studio vide -. Reste que nombre de comédiens sont réduits à faire de la figuration intelligente – Udo Kier, Jean-Marc Barr, Chloe Savigny, Jeremy Davies présents dans le précédent opus et Michaël Abitbol, vu dernièrement dans “Combien tu m’aimes”… -. Mais par contre tout les comédiens “Blacks” de la communauté sont à la fois déroutants et attachants. Dans la continuité d’un de ces nouveaux dispositifs, Lars Von Trier continue à se renouveler, nous manipuler, nous surprendre, nous questionner, son œuvre est dans l’ensemble, parfois inégale mais toujours passionnante. Pour avoir vu presque tout ces films, gageons qu’il n’a pas finit de nous surprendre.

Ce film est l’occasion de retrouver Isaack de Bankolé, dont le talent ne cessait de nous surprendre, de l’univers de Claire Denis à celui de Josiane Balasko. Il est remarquable ici dans un rôle fier, silencieux et finalement l’un des rares personnages a avoir sa dignité. Son absence dernièrement sur les écrans français est proprement inexplicable, on se souvient pourtant de chacune de ses dernières apparitions, dont dans “Ghost dog” de Jim Jarmusch, où il communiquait de manière étonnante avec Forest Whitaker, bien que ne parlant pas la même langue. Il a bien tourné récemment un téléfilm en français “L’évangile selon Aimé” d’André Chandelle, seul rôle dans cette longue depuis “S’en fout la mort” sorti en 90 !, mais bien que présenté en début d’année en Belgique, il est toujours inédit chez nous. Souhaitons que sa performance dans le rôle de Timothy donne enfin des idées aux metteurs en scène français.

Isaach de Bankolé, dans une nouvelle “solitude dans les champs de coton”


ARTICLE : LE MONDE

Entretien avec Isaach de Bankolé, acteur
“Je suis plus détaché que les acteurs afro-américains”, propos recueillis par Thomas Sotinel
Article paru dans l’édition du 18.05.05

Il a joué pour Patrice Chéreau, Claire Denis et Jim Jarmusch. A 46 ans, il s’apprête à tourner Miami Vice, sous la direction de Michael Mann. On ne voit Isaach de Bankolé que de temps en temps, mais ses apparitions laissent des traces. Dans Manderlay, il est Timothy, l’esclave impérieux et séducteur.

Que saviez-vous du projet quand vous avez accepté le rôle ?

La productrice, Vibeke Vindelov, m’a appelé. J’avais été bluffé par la méthode et le traitement de Dogville. Quand on m’a proposé de travailler avec Lars, ça m’a fait quelque chose au coeur. J’ai trouvé l’écriture assez subtile, ce n’était pas une prise de position, plutôt un état des lieux.

Vous ne vous êtes pas posé de questions en lisant le scénario ?

Si. La première partie était très crue dans l’énumération et l’utilisation des stéréotypes. Ça m’a mis dans une position inconfortable. Je voulais savoir où il voulait en venir. Dans la deuxième partie, j’ai commencé à voir le basculement, les esclaves qui jouaient le jeu du maître et le maître qui faisait croire qu’il comprenait leur jeu. Chacun est dans un double langage.

Avez-vous beaucoup discuté avec Lars von Trier ?

Le deuxième jour, nous avons tourné une scène pendant laquelle Grace vient dans la chambre de Flora et y trouve Timothy. Je n’étais pas satisfait, je lui ai écrit un mot. Le lendemain, il m’a dit : “Ne t’inquiète pas, je suis monteur.” Je lui ai répondu que je connaissais ses qualités de monteur, mais que c’était l’essence même du personnage qui était fausse dans cette scène. On l’a refaite l’après-midi suivant.

Est-ce que vous voyez les choses du même point de vue que les acteurs afro-américains de Manderlay ?

Non, c’est différent. J’ai l’impression d’être plus détaché que les acteurs afro-américains. Ce n’est pas parce que mes ancêtres n’ont pas subi l’esclavage. Mais si j’ai un problème avec un Blanc, c’est avec l’homme. Là-bas, ce n’est pas la même chose. Il y a une sorte de duperie entre Blancs et Noirs aux Etats-Unis. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas beaucoup d’amis noirs américains. Danny Glover m’a dit : “Toi, au moins, ton personnage s’en sort.” Alors que le sien est enfermé. C’est même lui qui tient les clés de la plantation.

Ne trouvez-vous pas curieux que ce soit un cinéaste qui vient d’un pays sans liens avec l’Afrique qui fasse ce film ?

Sans doute le fallait-il pour avoir ce regard dépourvu de subjectivité. Je me souviens qu’il m’a fallu partir d’Afrique – Isaach de Bankolé est né en Côte d’Ivoire – pour mieux voir l’Afrique.

Ce film ne va-t-il pas susciter des incompréhensions ?

J’ai plutôt peur qu’on ne réagisse pas. C’est ce qui m’apporterait de l’amertume. Comme disait Lars lors de la conférence de presse, “toute réaction est la bienvenue”. Si on réagit à une question qui a déjà été posée des milliers de fois, c’est qu’elle est posée de manière différente.

RETOUR A ELIZABETHTOWN

Pour son beau livre d’entretiens “Conversations avec Billy Wilder”,  un régal édité aux éditions “Actes Sud”, on est tenté de laisser son côté scrogneugneu, mais Cameron Crowe continue sur son sillon pachydermique après le calamiteux “Vanilla Sky”, poussif remake de “Ouvre les yeux” d’Alejandro Amenabar, film inventif. Il lui manque sans doute un producteur pour canaliser son côté dispersé, mais force est de constater qu’il n’a pas retenu grand chose de sa rencontre avec le grand metteur en scène. Ca débute sur une apologie du chaos, ou une allégorie de la « tatane » c’est selon, le designer Drew Baylor – Orlando Bloom, probant, adoptant certaines attitudes d’un Anthony Perkins – ayant dessiné un modèle de chaussure inadéquat entraînant une perte sèche d’un milliard de dollars. La nouvelle de cet échec, fera la une des journaux économiques, créant une sorte d’apocalypse, rabattant ainsi le caquet d’un petit “yuppie” arrogant.  Son entreprise risque d’ailleurs de ne pas s’en remettre. Ne sachant pas comment réagir à cette annonce, trop énorme pour son investissement. Il songe à un suicide pour le moins original, avant de recevoir la nouvelle de la mort de son père. Il est seul chargé seul, par sa sœur et sa mère désemparées, des obsèques avec la famille de la maison natale paternelle dans le Kentucky… Le film se veut très profond, du travail du deuil – la petite famille le surveillant pour savoir s’il a bien réalisé la mort de son père -, l’exaltation d’un nouvel amour – avec la charmante. Et il nous ressort l’éternel cliché de la rencontre tardive avec son père après la mort de ce dernier. Il nous surcharge, hélas la moindre de ses trouvailles – les derniers regards, les interminables conversations lors d’un flirt amoureux, la cassette pour enfants turbulents, le carnet de route, répétés à l’envie.

Susan Sarandon, Judy Greer & Orlando Bloom

On a du mal à croire avec ses personnages, dont les liens familiaux sont assez mal dessinés. On pense à “Garden State”, Cameron Crowe a un sens indéniable du casting – acteurs dans l’air du temps -, de la musique – excellente B.O., et une petite observation des petites communautés – une famille de l’Amérique profonde, le monde du travail -. Mais il se disperse, il reprend l’idée de Wim Wenders de mettre une ceinture de sécurité à une urne funéraire – idée piquée à Wim Wenders, pour son “Don’t come knocking”, pour un long trajet en voiture, malgré de bons moments, l’œuvre paraît assez vaine. Restent les comédiens la fraîcheur de Kirsten Dunst – publicité vivante pour stomatologue -, très à l’aise dans la comédie en hôtesse de l’air volubile, Susan Sarandon qui est superbe dans un rôle caricatural, en mère qui tente de combler le vide de son veuvage, en multipliant les activités, Bruce Mac Gill, essentiel second couteau en ami de la famille, sympathique mais magouilleur, ou Alec Baldwin, PDG décalé et pleurant, autant de morceaux de bravoures largement délayés. Le réalisateur semble trop conscient de son talent pour se remettre en question. Après une dernière virée initiatique, on est heureux de retrouver le chemin de la sortie, de ce film accusant la pente descente de ce pourtant méritoire metteur en scène.

LES CHEVALIERS DU CIEL

Il s’agit(e) évidemment d’une production de pur divertissement qui se propose de toucher le plus large public, pour être un gros succès commercial. Évidemment ici aucun rapport avec la série avec Jacques Santi et Christian Marin, d’après la bande-dessinée du tandem Charlier-Uderzo. La reprise du titre “Les chevaliers du ciel” est juste une roublardise, l’histoire reprenant juste l’idée du binôme mal assorti, évidemment “Les aventures de Marchelli et Vallois”, ça manque tout de même de cachet. On le sait “Joyeux Noël” n’a pas eu la collaboration de l’armée, il est des souvenir qui fâche, mais notre grande muette nationale a largement contribué à ce film, dont l’impression d’avoir un propos assez propagandiste, ce qui est un tantinet gênant. Cet échange donne certes des images réalistes, assez soufflante, ce qui est l’intérêt du film. On n’a pas lésiné sur les moyens mis en chantier, en comparaison les autres scènes en compréhensible en raison des autorisations de tournage difficiles à obtenir au-dessus d’une grande ville, ne font que souligner la réussite. Seule ombre au tableau notre ministre des armées a dû être jalouse des tailleurs très stricts de Géraldine Pailhas, qui en prime trouve le moyen d’être rayonnante même dans ce costume peu sexy.

Benoît Magimel & Clovis Cornillac

Il n’y a pas de présence cette fois ci de Luc Besson à déplorer, d’où les personnages et les situations sont un poil plus construites qu’à la coutume, dans l’histoire d’espionnage et politique assez convenue tout de même. La conviction de Benoît Magimel, la décontraction de Clovis Cornillac, le charme évident de Géraldine Pailhas dans un rôle d’énarque énergique, Philippe Torreton qui rajoute un peu de complexité à son rôle, et la composition “virile” d’Alice Taglioni est l’autre atout du film. Les premiers films de Gérard Pirès était connu pour un nombre imposant de seconds rôles, on en est loin ici, sinon Jean-Baptiste Puech en “Ipod”, Rey Reyes en pilote délurée, et les chéris de ses dames, transfuges TV, Frédéric Van Den Driessche ou Jean-Michel Tinivelli, histoire de se mettre dans la poche le public féminin. Gérard Pirès a du talent, et à voir son énergie communicative dans le “making off” du film, on comprend bien son apport au film. On regrette cependant sa touche plus personnelle, qu’il avait de “Érotissimo” (1968) à “L’entourloupe” (1980). Souhaitons-lui comme pour Gérard Krawczyk, avec son formidable “La vie est à nous !”, film à voir absolument, de pouvoir faire un film proche de ses premières amours.

FREE ZONE

Le premier long plan séquence qui se focalise sur le visage en pleurs de Natalie Portman, donne le ton. Une chanson lancinante sur la chaîne inéducable de la violence l’accompagne, seule dans une voiture, on guette tout signe extérieur, le moindre son, pour avoir des éléments de compréhension, on prend conscience du temps et de la multiplicité de culture que l’on croit devenir à l’extérieur. On suit frontalement la peine de Rebecca, une jeune Américaine, ce début déroutant aide à nous concentrer sur les personnages plutôt que sur des situations qui ne sembleraient finalement nous échapper. Née en Israël, la star hollywoodienne, se sert de son aura pour aider au cinéma d’auteur, tout en réfléchissant sur son identité. Son personnage, ayant connu une déception amoureuse et une dispute avec sa belle-mère et qui cherche à sortir d’Israël. Elle rencontre Hanna – admirable Hanna Laslo, sorte d’équivalent à Muriel Robin en Israël et qui a mérité son prix d’interprétation -, qui conduit un taxi, et la convainc de l’amener dans un no man’s land en Jordanie, la “Free zone”, sorte de “No man’s land” sans douanes ni taxes, créé pour permettre des échanges commerciaux entre les divers États. Amos Gitaï, n’a pas choisi la facilité, confronte les différentes langues et cultures dans ce road movie, quitte à déstabiliser ses spectateurs, la narration étant moins traditionnelle que dans “Kadosh” par exemple.

Natalie Portman  & Hiam Abbas

Durant le voyage plusieurs époques se superposent, souvenirs ou fantasmes des deux principales protagonistes, on voit des surimpressions d’images, à noter l’utilisation de la comédienne Carmen Maura, que l’on identifie avec difficulté dans ce processus, tant son rôle est presque nié, et dont seuls quelques éléments subsistent dans cette narration éclatée. Je ne sais comment Amos Gitaï a présenté ce personnage à la grande comédienne espagnole, elle est utilisée comme un élément éclaté, seul un Jean-Luc Godard se permettait autrefois cette attitude, d’où une difficulté personnelle pour moi à « entrer » dans cet univers. C’est avec l’apparition lumineuse d’Hiam Abbas, que j’ai adhéré à la forme du film.  Son personnage en commerce avec Hanna, montre qu’il y a une possibilité de dialogue entre Israëliens et Palestiniens, même si elle se base au préalable à un dialogue mercantile, il y a ensuite même dans l’affrontement, une ébauche de dialogue certes, mais dialogue tout de même… On peut saluer le réalisateur d’avoir voulu innover sur la forme, retrouver les impressions chaotiques d’un parcours sur une route, les éléments imprévus comme un passage auprès d’un poste frontière, la rencontre avec des personnages d’une autre mentalité on frontière – Un douanier inquisiteur ou “l’Américain”, vu comme tel pour avoir un peu vécu aux États Unis -, la mémoire qui vous rattrape, l’appréhension de l’inconnu et surtout retrouver une vision de l’histoire à travers trois parcours de femmes. La réserve de Natalie Portman, l’abattage formidable de Hanna Laslo, et la belle présence de Hiam Abbas, dont on n’a pas oublié la sensualité dans “Satin Rouge”. Pour l’anecdote Hiam Abbas était venue présenter “La fiancée syrienne” avec beaucoup de chaleur à l’UGC Cité-Ciné à Bordeaux en début d’année sur un sujet similaire. L’interprétation constitue la grande chance de ce film qui peut désarçonner mais qui mérite qu’on l’on fasse un effort. La réflexion est ici un peu amère sur une situation délicate, entre documentaire et onirisme ce qui évite tout didactisme. On aurait préféré cependant un peu plus de simplicité sur la forme.

A HISTORY OF VIOLENCE

“A history of violence” a été présenté à Cannes en mai dernier, sans recevoir de prix, on retrouve pourtant la maestria de la mise en scène de David Cronenberg, et une profonde réflexion sur l’humanité quand advient l’inéluctabilité de la violence. C’est une adaptation de Josh Olson d’après une bande dessinée publiée en 1997de John Wagner et Vince Locke. Mais le parti pris est celui ici du réalisme, et d’une dénonciation des faux-semblants et de l’hypocrisie de mise dans la société américaine actuelle. On pense évidemment au traitement visuel de la violence par Sam Peckinpah. Ici elle procède de l’auto-défense et est acquise ou innée et semble  inéducable. David Cronenberg dresse un tableau sans complaisance dénonçant une mentalité profonde ancrée aux États Unis en nous rappellant la toute puissance du loby NRA, militant en faveur de l’armement, il se révèle plus efficace qu’un Michael Moore plus dans la manipulation. Il dénonce aussi les médias, et mêmes la mentalité des gardiens de l’ordre établi – l’attitude ambiguë du shérif  – . Cette réponse faite à l’agression de son propre territoire – qui nous vise de plus dans notre tendance au repli sur soi -, nous rappelle un certain déterminisme de l’homme, on est proche de l’univers du western.

Maria Bello & Viggo Mortensen

Le traitement de David Cronenberg, est plus épuré que ces derniers films, mais il ne renonce en rien à son exigence, et une présente une famille typique, Tom Stall est propriétaire d’un restaurant familial, père d’un adolescent et d’une petite fille, les époux Stall, exemplaire de probité, vivent dans une quiétude, et pimente leur couple en s’inventant des petits jeux érotiques. Deux malfrats dans un montage parallèle exercent leurs vilenies dans un hôtel, ils se rendent chez Tom, comme le définit la bande-annonce, posant ainsi le postulat de départ. Viggo Mortensen – présence faussement tranquille – en homme tranquille et étonnant, on a plaisir à retrouver la sensuelle Maria Bello – ce qui confirme son talent après le méconnu Lady Chance. Comme un entomologiste David Cronenberg s’approche de manière charnelle de ses personnages, nous définissant l’intimité érotique du couple. Car c’est souvent le corps qui s’exprime contradisant les non-dits et les actes  que l’on occulte trop facilement. La violence promise par le titre est saisissante, choquante, et non pas stylisée ou chorégraphié, ce qui est un choc pour le spectateur, qui va se livrer ainsi à une réflexion. Howard Shore installe un climat avec sa musique. Les autres comédiens sont stupéfiants, Ed Harris, composant un personnage particulièrement inquiétant, cynique et lourd de menace, et William Hurt – qui joue avec justesse l’état d’ébriété – est excellent en personnage installé dans un certain confort. Cette œuvre oppressante, surprenante et radicale, est une grande réussite de son metteur en scène.

OLIVER TWIST

Roman Polanski reste un cinéaste majeur, même si ces dernières années il n’atteint pas les sommets de ses premiers film. Cette nouvelle adaptation du célèbre roman de Charles Dickens, publié en 1837 est une réussite. C’est d’autant plus méritoire, que David Lean avait réussi visuellement une précédente adaptation et que Ben Kinsley compose de manière plus nuancée Fagin, que l’excellent Alec Guinness – on se souvient de critiques à l’époque d’antisémitisme dû à un maquillage assez outrancier, mais c’est un autre débat -. Après le très abouti “Le pianiste”, le réalisateur tente de faire un film optimiste pour tout public. On peut voir pourtant un gros problème avec le très falot Barney Clark, certes le côté mignonnet du personnage d’Oliver Twist est censé trancher avec la noirceur d’une Angleterre victorienne. Il est idéal pour subir l’avanie des situations mais son jeu fait hisser l’insistance au niveau des beaux-arts. À part ce gros écueil, on retrouve la maestria de Polanski à utiliser les décors et à installer une atmosphère, et une ironie constante – le chien de Bill Sykes, personnage à part entière -. Roman Polanski retrouve Ben Kingsley, son interprète du trop mésestimé “La jeune fille et la mort”, ce dernier campe avec beaucoup d’humour ce personnage de Fagin, qui rappelle d’ailleurs l’aubergiste campé par Alfie Bass dans “Le bal des vampires”. Sa dernière scène est d’ailleurs un grand moment d’émotions. Une distribution de trognes délectables l’accompagne de comédiens méconnus chez nous, citons Jamie Foreman en Bill Sykes inquiétant à souhait ou Edward Hardwike en Mr. Brownlow, grand bourgeois humaniste.

Ben Kinsley

Roman Polanski s’amuse visiblement et avec une ironie mordante insuffle une énergie à cet univers sombre. Il a dû retrouver aussi dans cette œuvre, sa propre histoire dans le ghetto de Cracovie, ce qui donne une émotion particulière à ce film. Il montre sans être larmoyant, la réalité de la misère et l’abus de pouvoir de petits notables, sur des enfants innocents. Il a une empathie évidente avec le petit monde des petits voleurs. Au final la mise en scène est classique mais efficace sur ce bel exemple de résilience cher à Boris Cyrulnik. Le divertissement joue sur la retenue et il est indéniable que nous sommes ici en présence avec l’un des plus grands metteurs en scène au monde. En ce moment sort une collection en DVD du “Théâtre de la jeunesse”, réussite probante de l’ORTF et qui fera un futur objet d’article dans ce blog. On peut y retrouver “Olivier Twist”, réalisé par Jean-Paul Carrière, avec Marcel Dalio dans le rôle de Fagin, voir la fiche que je viens de créer sur IMDB. A noter qu’il existe une comédie musicale “Oliver” réalisée par Carol

MATCH POINT

En souvenir de la “Rose pourpre du Caire” où Jeff Daniels descendait de l’écran, c’était très émouvant de voir Woody Allen faire l’effort de venir présenter en français son film “Melinda et Melinda” en décembre 2004, à l’UGC Cité-Ciné. C’était très furtif, mais il déclarait avec autodérision, que si la vision de son film s’avérait “traumatique” (sic) l’on pouvait attendre son prochain, déjà tourné, film que voici : “Match-Point”.

 

Woody Allen à Bordeaux, le 21 décembre 2004, photo Fabien Cotterau (Sud-Ouest)

Ce film me semble moins novateur que l’on veut bien le dire, le metteur en scène remplaçant New York par Londres, et le jazz par Verdi. Ce qui n’enlève d’ailleurs rien à sa réussite, mais disons qu’il faisait preuve de plus d’audaces dans “Melinda & Melinda”. En fait ce portrait d’un jeune arriviste sans scrupules est la reprise du personnage de Judah Rosenthal – Magistral Martin Landau -, dans un de ses chefs d’oeuvre “Crimes et délits” (1989). Il y dressait un portrait lucide de ce personnage antipathique, qu’il opposait à celui d’un réalisateur en crise joué par lui-même. Le film est un petit bijou, la comédienne Scarlett Johansson, semblant lui avoir insufflé une énergie nouvelle. Il l’utilise d’une manière sensuelle. Jonathan Rhys-Meyer, un poil falot est formidablement utilisé pour camper ce personnage haïssable, conscient de ces limites, mais qui manipule son entourage pour arriver à ses fins. Chris, son personnage est un joueur de tennis doué mais sans génie et qui vient d’un milieu modeste. Il va devenir professeur dans une école huppée, et profiter rapidement de son charisme pour prendre le fameux “ascenseur social” – “out of order” chez nous semble nous dire l’actualité -. Chris se partage entre sa femme Chloe, qui participe pour lui à un mariage de raison et la volcanique Nola Rice – Scarlett Johansson -. Mais comme les caprices du hasard, le destin peut être versatile… Il est comparé ici à une balle qui franchit le filet, sans que l’on sache le camp qu’elle va choisir.

Emily Mortimer, Jonathan Rhys-Meyer & Scarlett Johansson, appréciez les distances…

La tension sexuelle avec elle est formidablement rendue, on a d’ailleurs rarement trouvé cette sensualité ainsi exacerbée dans son œuvre.  Woody Allen avec beaucoup de mordant fait valser les convenances et semble avoir bien ciblé les états d’âmes de la bonne société anglaise, ce qui a d’ailleurs suscité des polémiques à Londres si je me souviens bien d’un article paru dans “Télérama”. Il y a un jeu sur les clichés, les parents de Chloe acceptant Chris parce qu’il fait bonne figure et bien “sur le tableau de chasse”. Woody Allen installe une brillante topograhie des faux-semblants, contre une philosophie de vie attendue. Des décors luxueux et déshumanisés, et une utilisation brillante de l’Opéra, parachèvent cette réflexion teintée d’humour noir, des choix que l’on peut avoir à faire dans la vie. Le reste de la distribution est particulièrement brillante, de Brian Cox en grand bourgeois aisé, mais détaché, Emily Mortimer dans le rôle de Choe, sa fille, est charmante et digne, Matthew Goode en fils à papa suffisant, et Penelope Wilton est irrésistible en belle-mère à principes. Cette satire détournement amusée d’une improbable tragédie grecque, est à compter dans les grandes réussites du metteur en scène.

EDY

“À sa naissance, il n’est donné à l’homme qu’un seul droit : le choix de sa mort. mais si ce choix est commandé par le dégoût de sa vie, alors son existence n’aura été que pure dérision”, Jean-Pierre Melville dans “Le deuxième souffle”, cité dans le scénario d'”Edy”. C’est évidemment avec beaucoup d’impatience que j’attendais “Edy” de Stephan Guérin-Tillié, le problème compte tenu de l’article précédent, voir ICI, est évidemment le manque d’objectivité – mais en temps normal, je ne crois pas trop à cette notion des choses ici – et de faire dans la vile flagornerie, mais quand je n’aime pas un film, je préfère le tenir sous silence comme l’un des films précédents avec François Berléand sorti cette année. Je vais donc en causer librement. Edy, cœur lent, est un assureur véreux comme dans “Ma petite entreprise”. Il est fatigué de vivre et des escroqueries  à l’assurance, avec des morts à la clé, organisées par son mentor, Louis Girard – Philippe Noiret qui trouve là un de ses meilleurs rôles depuis un moment -. On retrouve la scène du court-métrage en noir et blanc “Requiems”, dans une carrière, où Edy doit procéder à de bases œuvres en compagnie du guignol –Laurent Bateau, qui tend à la drôlerie remplaçant Daniel Rialet qui était plus tragique- court-métrage visible dans le DVD édité par Studio, consacré aux œuvres filmées de comédiens. L’écriture du film est plus complexe que l’on veut bien le dire, et loin de se laisser aller à des procédés – le split-screen reproché par un critique – Stephan Guérin-Tillié a réussit à installer un climat, grisaille et jazz obligatoire.. Il exploite les non-dits et les situations, avec beaucoup d’humour – le mort revenant hanter Edy, dans une émission de Julien Lepers, Edy bras cassés retrouvant la posture de la marionnette du vrai guignol.

Yves Verhoeven & François Berléand

Il y a des réelles trouvailles, tel le conseil de discipline des assureurs dans un bowling,  joué avec rythme par Roger Souza, dégonflé patenté, Jacques Spiesser, Céline Samie, et l’ex “garçon plein d’avenir”, Olivier Brocheriou. Le film procède à une lente dépression du personnage d’Edy, blasé, qui ne retrouve plus aucun sens de sa vie, et va finir par tomber dans une spirale infernale, ne pouvant compter que sur le soutien de Louis, personnage roublard mais qui a un sens de l’honneur à l’ancienne. La distribution est particulièrement soignée, mention spéciale à Yves Verhoeven en inspecteur sarcastique et décalé – il faut le voir mener son enquête avec flegme et cynisme – Pascale Arbillot en secrétaire défaite, Eric Savin en employé des pompes funèbres attachant et naïf, Cyrille Thouvenin en skin-head, Marion Cotillard en fantasme, le moindre rôle est soigné – Marie Pillet, en voisine énervée, Dominique Bettenfeld et Steve Suissa en pilier de comptoir.

François Berléand & Philippe Noiret

Ce film n’est pas encombré par les influences du metteur en scène. On pense à Melville, bien sûr. Plus qu’un exercice de style, il y a une proximité avec les personnages, un bel humour noir et une écriture soignée : le monologue où le personnage de Louis, évoque ce qui le fait bander. La confrontation entre Philippe Noiret et François Berléand est jubilatoire, ce sont bien deux comédiens d’une même trempe, le rapport maître-élève est le moteur de la vie d’Edy, on comprend bien qu’il lui faille passer au-delà de cette relation pour s’affirmer. Et puis il y a François Berléand, désabusé, toute la peine du monde sur ses épaules, mais s’illuminant de sa superbe en évoquant des techniques de ventes et retrouvant “L’énergie du désespoir”. Qu’il déambule sous la pluie, pose son spleen sur une balançoire, tente de résister aux difficultés, il est magnifique de subtilité et est au sommet de son art. On n’imagine d’ailleurs pas son personnage interprété par quelqu’un d’autre et comme dit Julien Lepers dans le film “on ne dit jamais assez aux gens qu’on les aime !”. Ce film mal accueilli semble-t’il par certains, mérite le détour, le public semblant lui, l’apprécier malgré une critique infondée – mention spéciale aux “Cahiers du cinéma” – d’une crétinerie abyssale et gratuitement négative, peut-être parce que l’on a toujours du mal à voir sa médiocrité ainsi lucidement exposée.

KEANE

“Keane” quatrième film de Lodge Kerrigan est un film âpre, poignant et déstabilisant. Moins accessible de “Claire Donan”, le parti pris du metteur en scène est de suivre dans sa pathologie le personnage de William Keane en plan serré et de ce fait nous donne à partager sa souffrance sans nous laisser d’échappatoire, les décors étant neutres ou dans le flou. La tension domine ce film, qui peut déstabiliser à l’instar de mon voisin de fauteuil, qui devait trouver le temps long, regardait sa montre, et sautait comme un cabri pour marquer sa désapprobation vis à vis de sa femme qu’il avait accompagnée. Qu’il soit passé à côté d’un grand film tant pis pour lui, humainement il n’en valait pas la peine. La vision prenante et sidérante de ce film qui supporte tel traitement avec un tel voisinage ne peut que mériter le respect. Le personnage du film revient avec une coupure de presse sur les lieux de la disparition de sa fille, histoire de trouver un élément moteur et peut-être pour l’aider dans son travail du deuil. Les degrés de lecture du film sont suffisamment rires pour qu’une ambiguïté  demeure sur la véracité des faits réels, mais le plus admirable est la lutte de chaque instant de cet homme meurtri, seul et survolté, malgré son incapacité à gérer la souffrance.

Damian Lewis

Comme disait Jean-Luc Godard, “c’est la marge qui tient le cahier”, le film montre aussi notre incapacité à faire preuve d’empathie envers une personne au comportement déroutant, William Keane doit seul chercher son salut, trouver des exutoires, seul la rencontre d’une petite fille de 7 ans – l’âge de sa fille – la petite Abigail Breslin, très juste -, lui redonne espoir. On le sent près à basculer dans la tragédie à tout instant. Le film gagne en intensité, de par son regard clinique, et la très subtile et formidable prestation du comédien Damian Lewis, qui nous donne une empathie presque immédiate avec son personnage, dans ses dérives, ses soliloques, sa rage de garder son identité et son évolution. Son jeu naturaliste est dû à de nombreuses répétitions. Le résultat est suffisamment fort, pour que l’on oublie toute velléité d’un effort de la composition, pour arriver à la vérité du personnage. Ce témoignage accablant de notre société moderne est un film brûlant, sincère et très fort et est l’un des rendez-vous les plus forts de cette année au cinéma.