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LE DEMON DE MIDI

 Il y a des jours où l’on ressort d’un film amusé, satisfait, sans vouloir ergoter sur une absence d’inventivité dans la mise en scène. Nous voyons donc ici le dernier avatar après le BD de Florence Cestac et le spectacle de Michèle Bernier. Première surprise on attendait à retrouver l’abattage de cette dernière, mais son personnage Anne, est désabusée, blessée, tout en retenue et même simplement belle. Elle continue son personnage de femme quadra, en mal d’amour mais combatif comme dans le très juste téléfilm “Haute coiffure” de Marc Rivière présenté sur Arte l’an dernier. Autre personnage fort, celui de Julien joué par le brillant Simon Abkarian, passant de la lâcheté aux affres du quotidien, voir la scène où il passe en une fraction de secondes, dans un café, d’excuses touchantes à la jubilation d’un but marqué, en voyant un match de foot sur un écran TV. Ce comédien confirme à chacun de ses films combien il est devenu important.

Simon Abkarian et Michèle Bernier dans “Le démon de midi”

Les équivalences du passage de la scène au film sont assez prévisibles – voix off, scène d’ivresse dans un café -, mais on suit le film par la justesse du portrait d’une femme abandonnée, de sa reconquête d’une autre vie, du regard des autres. Le film dénonce justement la vision de notre société sur une femme de plus de 40 ans. IL fourmille aussi de petites idées comme le fils d’Anne Julien jouant avec un pistolet à eau avec le bocal d’un poisson rouge. .. Il a beaucoup d’excellents comédiens autour du couple, parfois sous utilisés, hélas, comme la sublimissime Hiam Abbass, jouant la confidente, Zinedine Soualem, jouant son mari aimant, Riton Liebman en maître nageur en panne sexuelle à cause du “chlore”, Julie-Anne Roth en bonne copine, Roland Marchisio, en médecin accoucheur blagueur, Jean-Louis Foulquier en père indigne, l’ex Deschien, Jean-Marc Bihour et Stéphane Hillel en potes de Julien, Jérôme Pouly en cousin consolateur. La fiche IMDB comporte pas mal d’erreurs : Marc Berman en boucher, hors le rôle est joué par Michel Pilorgé, se trompe sur l’attribution de certains personnages, oublie quelques acteurs Nathalie Krebs en pharmacienne, Patrick Fierry dans le rôle d’Antoine. J’ai rajouté des compléments en cours de validation trouvé sur le  Site officiel du film.

 Autre beau moment et non le moindre, les deux scènes avec Claudia Cardinale – il y a deux extraits de deux de ses films “Sandra” et “Cartouche” -. Elle console Anne en parlant des surprises de la vie, et de ne plus trop se reconnaître en voyant ses premiers films. Un joli moment. Un film où l’on passe un bon moment et plus profond qu’il n’y paraît.

LA MOUSTACHE

 Avant-première hier à l’UGC Ciné-Cité Bordeaux, du second film d’Emmanuel Carrère – après le documentaire “Retour à Kotelnitc” en 2003 -, “La moustache” en présence du réalisateur et de Vincent Lindon. La visite se fait avant le film, le comédien déplorant ne pas pouvoir rester “pour un milliard de raisons”. C’est finalement une bonne chose, de ne pas avoir la tentation de demander ensuite une explication de texte au metteur en scène. Vincent Lindon assez calme, présente ce “premier” film – de fiction  -, comme sa plus belle expérience au cinéma, son autre premier film – “Prunelle blues” ?” étant pour lui son plus mauvais. Il raconte que lors de son 45ème anniversaire l’an dernier sa mère lui avait déclaré ne toujours pas regretter sa venue au monde, Emmanuel Carrère, au 30 ème jour de tournage, lui avait confiait la même chose pour son travail avec lui. Cette espère de corrélation rassurante, nous montre un Vincent Lindon, inquiet, satisfait de compter pour son entourage. L’idéal est de savoir le moins possible sur ce film, mais – n’ayant pas vu la première œuvre cinématographique -, la certitude est de tenir un authentique cinéaste en la personne d’Emmanuel Carrère, alors qu’il a déjà été gâté par ses adaptations par Claude Miller “La classe de neige” et Nicole Garcia “L’adversaire”. 

  

Emmanuelle Devos & Vincent Lindon dans “La moustache”

Le film commence sur un détail qui pourrait être anodin, Marc Thieriez rase sa moustache, sa femme Agnès ne l’ayant connu qu’avec elle. Et personne ne semble rien remarquer ensuite. Est-ce le début d’une perte de la réalité, ou le délire d’Agnès qui entraînerait ses proches avec elle ?. Emmanuel Carrère manie ce vertige à la perfection, partant de ce couple solide, et fait basculer son film, dans une incertitude – le film a pour point de vue le personnage de Marc -. Il définit bien la perte de repères – une rue sous la pluie dans un taxi, une chambre où l’on ouvre les yeux sans trop savoir où l’on est, la perception des sons alentours ou le choix d’une veste… Le film ne donne pas de réponse – la fin est différente de celle du roman -, le mécanisme d’une lente chute est formidablement décrite, destabilisant le spectateur, avec la notion des choses du quotidien qui peuvent se dérober. Vincent Lindon prouve encore une fois l’exigence de ses choix – après les personnages pas très aimables du “Frère du guerrier”, “Chaos”, “La confiance règne” -. Sa solidité apparente et rassurante et le côté “borderline” de son personnage est d’une grande justesse. Ce comédien confirme son grand talent et sa capacité à nous amener dans des univers variés. A ses côtés, il y a la grande performance d’Emmanuelle Devos, son côté décalé – elle adore le foot -, sa panique devant l’attitude de Marc, sa volonté d’affronter les problèmes, de la belle ouvrage. C’est incontestablement l’une de nos plus grandes comédiennes. Les autres acteurs ont des rôles plus courts dans la perplexité, voir fiche IMDB – Hippolyte Girardot, Brigitte Bémol, en femme policier, Cylia Malki et Mathieu Amalric, en “ex” d’Agnès, narquois et agité. Le film d’Emmanuel Carrère aux frontières du fantastique, de l’onirique et de la simple constatation clinique du point de vue de “l’homme qui tombe” est une preuve de maîtrise, avec un sens filmique très élaboré. Un cinéaste à suivre…

AVANT LE DÉLUGE

Affiche belge provenant des Les gens du cinéma

On peut avoir du mal à imaginer la panique d’une guerre mondiale, en Europe à l’annonce du conflit coréen, c’est l’intérêt sociologique de ce film d’André Cayatte “Avant le déluge” tourné en 1953. L’œuvre de Cayatte est souvent accompagnée de sarcasmes, immanquablement de l’adjectif démonstratif, mais c’est un cinéaste à réhabiliter, ses dénonciations contre la peine de mort : “Nous sommes sous des assassins”, la dictature des apparences : “Le miroir à deux faces”, l’euthanasie, etc… sont marquantes pour l’époque. Cet ancien avocat a une vision pessimiste de la société sclérosée, il donne ici à penser sur la responsabilité des parents, même si la charge est assez forte ici, mais les jeunes délinquants dans une utopie imbécile de fuite en Polynésie pour fuir un hypothétique cataclysme. Ils viennent tous de familles honorables, mais ne sont pas excusés pour autant, deux innocents seront des victimes gratuites, tel le vieux vigile joué par Julien Verdier. Il y a beaucoup des communs avec “L’appât” de Bertrand Tavernier (1994), ce dernier évitant l’écueil de la charge contre les parents – Nicolas Silberg jouant le père d’Olivier Sitruk a été coupé au montage -. Ici Liliane – dont la séduction innocente est parfaitement campée par la débutante Marina Vlady -, est dédouanée de sa responsabilité, contrairement au personnage de Marie Gillain, dans le film de Tavernier. Le film rend formidablement l’état de la France après guerre, l’inquiétude d’une guerre mondiale, les résurgences de l’antisémitisme, le cynisme des notables. Cayatte dénonce aussi bien l’éducation permissive d’un professeur dépassé – formidable Bernard Blier -, ou celle étouffante d’une mère abusive, ou d’un raciste délirant.

On peut décrocher parfois aux 2h15 de ce film, mais il y a comme souvent chez Cayatte, une distribution exceptionnelle – notifiée par ordre alphabétique, voir fiche IMDB, en attente de compléments -. Jacques Castelot est particulièrement excellent en marchand d’art douteux et d’un cynisme inouï, jouant avec les conventions de la grande bourgeoisie, séduisant Isa Miranda – co-production italienne oblige -, femme abandonnée à la mesquinerie de son mari – Paul Frankeur, très réjouissant dans la bêtise -. Line Noro est juste en mère possessive après une vie de frustrations. Bernard Blier, dans la sobriété est touchant en père dépassé par l’éducation de ses deux enfants – voir les affrontements avec son communiste de fils, le trop méconnu Paul Bisciglia, figure omniprésente du cinéma français, souvent dans des rôles gouailleurs -, facilement manipulable. En dehors de Marina Vlady – beaucoup de charme – et de Roger Coggio – quoi qu’un peu théâtral -, les jeunes sont assez méconnus mais justes – Clément Thierry, Jacques Pierre, Jacques Chabassol, Jacques Fayet -, Antoine Balpêtré est à l’aise dans l’ignominie antisémite – dont Cayatte montre le grotesque dans la scène de l’huissier breton joué par Jérôme Goulven -, il semble vouloir ici vouloir se dédouaner de son attitude lors de l’occupation, car il avait récité un poème sur la tombe de Philippe Henriot. Carlo Ninchi en président du tribunal est bien doublé – la litanie des sentences -, et l’on retrouve d’excellents seconds rôles, crédités, Albert Rémy en garçon de café sympathique, Léonce Corne en commissaire désabusé, ou non, Jacques Marin en cycliste rigolard. On retrouve aussi Delia Scala, superbe italienne, rayonnant d’érotisme – dévoilant un sein magnifique – et deux débutants prometteurs, Gérard Blain en élève bagarreur et Jacques Duby en manifestant pour la paix malmené. Le regard d’André Cayatte est précieux, il ne fait pas un plaidoyer, mais pose un constat sur la société de son temps.

CAMPING A LA FERME

Ce film peut poser problème, soit on le voit pour ce qu’il est une sympathique comédie, soit on le voit dans la continuité des précédents films de Jean-Pierre Sinapi, et l’on peut être déçu. Hier c’était donc l’avant-première de “Camping à la ferme” à l’UGC Cité Ciné, présenté par le réalisateur lui-même, Nadine Marcovici qui joue “La maire” – c’est une fidèle depuis “National 7”, Aghmane Ibersiene qui joue Assane, et la productrice Nathalie Gastaldo. On comprend très vite le pourquoi du film, c’est une commande de la productrice, et de l’écrivain Azouz Begag, dont la voix chaude de conteur sur France Culture me revenait en mémoire. A la recherche d’un cinéaste, il pense à Jean-Pierre Sinapi, dont l’acuité, l’humour (très présent dans “National 7”, film où rayonne l’admirable Olivier Gourmet), la sensibilité semblait idéale. Le réalisateur voit en cette comédie, un moyen de poursuivre son oeuvre, après le très “noir” “Vivre me tue”, et un moyen d’y apporter une touche personnelle, une poésie – ce qui est parfois une erreur -, avec l’aide de son scénariste Daniel Tonachella.

 Jean-Pierre Sinapi

Curiosité, Azouz Begag, entre au gouvernement,  – idée pour sortir des abîmes de l’impopularité ? –, comme ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances – vaste programme ! -, ce qui change un tantinet la grille de lecture du film. Mais la productrice habile,  présente le fait comme une surprise, coupant court aux questions. Le fait est confirmé ensuite par le metteur en scène au sortir du débat, la promotion ne se fera pas sur ce fait, notre si charmant gouvernement n’y tenant pas non plus. Il précise que Clotilde Coureau est devenu princesse après le tournage des “Beaux jours” pour Arte. Amis artistes participez à un tournage du sieur Sinapi, c’est bon pour votre carrière ! J’ai pour parti-pris de saluer le travail des comédiens, qui devrait être au service du film, et non l’inverse, histoire de trouver toujours quelque chose à sauver d’un film, ou saluer ceux que nous connaissons sans toujours pouvoir mettre un nom. Ils peuvent être à la rescousse du film parfois. Le film doit beaucoup à l’abattage des jeunes acteurs, excepté pour Jean-Noël Cridlig-Veneziano, c’était la première expérience au cinéma pour Rafik Ben Mebarek, Hassan Ouled-Bouarif, Yves Michel, l’attachant Marc Mamadou et Aghmane Ibesiene, chaleureux malgré le tract dans la salle hier. Ils ont eu deux mois pour se préparer, ils sont tous très drôles, ou touchants.

Nadine Marcovici aime bien préparer ses personnages, elle s’est aidé de la vision du rôle de Nicole Kidman, dans “Prêt à tout / To die for” de Gus Van Sant. Elle est ici une femme politique arriviste – qui ne veut pas qu’on l’appelle la mairesse qui est la femme du maire ! “. Il y a un cousinage avec Isabelle Nanty, elle a un bel abattage. La seule indication du metteur en scène était de s’adresser aux personnes, comme si elles étaient les plus importantes au monde. Les villageois recevant les jeunes en difficulté dans le cadre des TIG – prononcez tige -, sont des “bas du front”.

La caricature semble un tantinet un peu lourde tout de même, tel le Rodolphe – joué avec humour par Dominique Pinon, qui jouait alors au théâtre avec Isabelle Carré dans “Les pieds sous la table -, l’agriculteur ne travaille que pour les subventions européennes – le très bon Robert Rollis, dont je vais faire un petit portrait d’ici peu -, ou Gaston – Jean-François Stévenin, convaincu de figurer dans ce film, grâce à sa fille Salomé qui aimait à raison les films de Sinapi -, qui voit des “fellagas” partout. C’est un peu le point faible du film, mais on a plaisir à retrouver de vieux routiers, Michel Fortin en ouvrier dans une église, Jean-Claude Frissung – troisième rôle pour Sinapi – en curé conciliant, Jean-Paul Bonnaire en abruti suiveur – comme d’hab’ – ou Jacques Giraud en cafetier – comme d’hab aussi -, Bruno Lochet “deschienise” et  sa scène du “pétard” a provoqué lancé un curieux débat dans la salle, nous sommes ici à Bordeaux, ne l’oublions pas.

Roschdy Zem est excellent dans la comédie – comme dans “Filles uniques”, en éducateur probe, patient mais motivé, ne serait-ce que par le charme d’une femme juge – apparition amicale pour Julie Gayet -. Il porte le film par sa belle énergie. L’empreinte de Jean-Pierre Sinapi, est bien présente dans ce film. Dans le hall de l’UGC, il disait ne pas être d’accord avec le titre du film, imposé par la productrice, mais cette dernière semblait surprise que les gens avait un apriorisme sur ce film, pour finalement l’aimer beaucoup. L’étiquette “film de banlieue” semble si on prête oreille, ici ou là, semble faire fuir le public, ce qui est arrivé à l’attachant “Ze film” de Guy Jacques. Ici on se rapproche un peu de la comédie italienne, et la salle riait beaucoup. Mais on pouvait attendre légitimement un peu mieux du cinéaste de plus très sympathique.

A DIRTY SHAME

 C’est un pied de nez salutaire et potache à l’Amérique bien pensante, qui se scandalise à la vue d’un sein – celle qui se scandalise à la vue du sein de Janet Jackson, lors du superbowl, ou la récente censure des dessins animés de Tex Avery par Warner, voir le site de Martin Winckler -. Ses interprètes s’en donne à cœur joie, telle Tracey Ullman (“Escrocs mais pas trop”, ou Chris Isaak continue à dégommer son image de crooner, le jackassien Johnny Knoxville est hilarant en messie du sexe, et on retrouve Patty Hearst, habituée des films de John Waters et connue pour son enlèvement. Le film commence comme dans “Frissons” de David Cronenberg, un souffle pervers semble atteindre Baltimore – ville de naissance du cinéaste -, y compris chez les végétaux et les écureuils, suit un salutaire et revigorant jeu de massacre, cartoon jubilatoire, avec la satisfaction de voir que le cinéaste n’a rien perdu de sa virulence, depuis ses premières provocations avec le célèbre Divine. Le film fourmille de trouvailles – la maison de retraite, la guest-star de la scène de l’avion -, transcendant le mauvais goût, même s’il n’évite pas les répétitions.

Tracey Ullman & Chris Isaak, où comment consolider son couple…

La sévérité de la critique me semble excessive pour ce film qui peut être une ôde à la liberté. Le ton est proche de celui d’un cartoon, est on est loin des habituelles comédies adolescentes scatophiles. C’est un film à rapprocher avec le récent “Team America”, réjouissant jeu de massacre, en plus d’une réussite formelle en hommage des “Thunterbirds”. Personne n’est épargné, et le film brille par son inventivité constante, tout en osant le mauvais goût et le dénigrement de nos icônes hollywoodienne (Alec Baldwin en parrain du Film Actor Guild ((F.A.G. !), ou Susan Sarandon, en actrice dont le talent décline, ce qui n’est évidemment pas le cas). En plus un film qui nous venge de Michael Bay et de son “Pearl Harbour” ne peut qu’avoir notre estime. L’Amérique puritaine sous l’ère Bush, permet ce type de film, soupape autorisée, mais la France reste plus frileuse avec nos conformismes.

L’ANNULAIRE

Ce film est, selon une expression à la mode “Un film monde” tiré du livre de Yoko Ogawa. Il faut ici abandonner toute tentative d’explication, pour s’abandonner aux émotions. On comprend vite que les clefs sont inutiles, mais c’est un peu les limites du film. C’est le portrait d’une jeune fille déracinée, perdue dans une zone portuaire – Le film est tourné à Hambourg. Faut-il voir dans ce film, la peur de rentrer dans l’âge adulte ?. Elle est à la recherche d’un travail provisoire, suite à l’amputation d’un petit bout de son annulaire, dans un travail à la chaîne. Elle semble naïve et partage une chambre d’hôtel avec un jeune marin vivant la nuit, qu’elle ne fera que croiser. Le choc du film est la présence d’Olga Kurylenko, on est happé par sa sensualité, et très rares sont les actrices qui ont une telle présence à l’écran, la caméra l’aime et la désire. On suit donc son personnage facilement, et de son entrée chez un curieux naturaliste, composant de curieux spécimens. La réalisatrice Diane Bertrand  – réalisatrice du film choral “Un samedi sur la terre” (1995) – semble consciente de la grâce de son interprète, et manque d’en abuser.

Olga Kurylenko et Marc Barbé dans “L’annulaire”

Son employeur est l’excellent Marc Barbé, décidement abonné aux rôles d’ogres après l’étonnant “Sombre” de Philippe Grandrieux (1999). Comme la Mrs. Danvers du “Rebecca” d’Hitchock, d’après Daphné Du Maurier, on ne l’entend jamais arriver. Protecteur et précis, il dégage l’angoisse, l’opacité de son métier nous intrigant. Il continue donc son parcours singulier avec une belle exigence. Diane Bertrand a donc réussi à rendre une atmosphère oppressante, une moiteur, les variantes d’un climat humide influencent les clients du laboratoire. Reste quelques opacités inutiles – la présence de l’enfant -, mais la ronde des clients est prenante. Il convient de saluer trois comédiens – et non des moindres – du film : Hanns Zischler en hôtelier jovial, Edith Scob qui promène une étrangeté  et une superbe, en locataire mystérieuse et le trop rare Sotigui Kouyaté qui laisse toujours une humanité dans son rôle de cireur de chaussures philosophe, aucun film semble digne d’être à la hauteur du talent de cet ancien griot. Saluons également la  musique de Beth Gibbons, et la photo magnifique d’Alain Duplantier. Laissez vous donc aller à ce climat particulier de ce film, sous peine de rester à la porte…

Fragments d’un dictionnaire amourex : Evelyne Ker

Dominique Besnehard et Evelyne Ker dans “A nos amours”

en 1955. Elle a participé à peu de films, mais elle avait le rôle mémorable de la mère de Sandrine Bonnaire dans le superbe “A nos amours de Maurice Pialat, en 1982. A lire également Maurice-pialat.net.

1953  Les fruits sauvages (Hervé Bromberger) – 1954  La cage aux souris (Jean Gourguet) – La dot de Sylvie (CM) – 1955  Quand vient l’amour (Maurice Cloche) – Tant qu’il y aura des femmes (Edmond T. Gréville) – 1956  Les copains du dimanche (Henri Aisner) – 1958  Péché de jeunesse (Louis Duchesne) – Ramuntcho (Pierre Schoendoerffer) – 1959  Classe tous risques (Claude Sautet) – 1960  La récréation (François Moreuil) – 1961  La gamberge (Norbert Carbonnaux) – Janine (Maurice Pialat & Maurice Pialat) – 1962  Jeanne et Jacques (Alain Cuniot, CM) – 1970 Les amours particulères / Malaise (Gérard Trembasiewicz) – 1973  … Comme un pot de fraises (Jean Aurel) – 1977  Et vive la liberté (Serge Korber) – 1979  À nous deux (Claude Lelouch) – 1980  Les uns et les autres (Claude Lelouch) – 1982  À nos amours (Maurice Pialat) – 1991  Mensonge (François Margolin) – 1995  Faute de soleil (Christophe Blanc, CM) – 1996  Rien que des grandes personnes (Jean-Marc Brondolo, CM) – Scène de lit : Madame (François Ozon, CM). Télévision (notamment) : 1957  C’était un gentleman (François Gir) – 1971  Au théâtre ce soir : Joyeuse pomme (Pierre Sabbagh) – 1972  Au théâtre ce soir : L’école des contribuables (Pierre Sabbagh) – Double assassinat dans la rue Morgue (Jacques Nahum) – 1975  Cher Alec, chère Janet (Youri) –

Remerciements à Yvan Foucart

FRAGMENTS D’UN DICTIONNAIRE AMOUREUX : BERNARD NOEL

Bernard Noël

Quelles traces laissent un comédien mort trop tot ? Pour l’avoir admiré son panache, son visage un peu inquiet, dans Vidocq, un chef d’oeuvre télé de Marcel Bluwal, on peut se poser la question. C’était légitime que Claude Brasseur le remplace après sa maladie, car il y a des accents du père, Pierre Brasseur, chez lui. Le cinéma ne semble pas l’avoir trop gâté, un cow-boy dans “Fernand Cow-Boy” aux côtés de Fernand Raynaud, l’ami de Maurice Ronet dans “Feu follet”, etc… Mais on peut apprécier son jeu sur le DVD de “Gaspard des Montagnes” (Jean-Pierre Decourt, 1965), où l’on ressentait sa sensibilité et sa fougue. Il aurait compté énormément, si le destin ne l’avait jugé autrement.

Je reprends la consultation d’anciens Téléramas à la principale bibliothéque de mon lieu d’habitation – Ils sont disponibles depuis 1972 -, histoire d’alimenter la base de données du site IMDB en téléfilms, alors nommées dramatiques, histoire de continuer à sauvegarder une mémoire. D’ailleurs si vous avez des fiches Télé, à me suggérer, je peux les rentrer sur la base. En ce moment, parcourant le premier semestre 1983, je tombe sur un hommage de Claude Rich, à l’occasion de la rediffusion de  “La mégère apprivoisée” adaptation de 1964 de Pierre Badel, avec Geneviève Fontanel, Bernard Noël y joue “Petrucchio”. Claude Rich qui a une plume magnifique fut ami et partenaire de Bernard Noël, dans la pièce “Victor et les enfants du pouvoir”, je ne résiste pas à vous restituer ce texte :

Quelques mois avant sa mort, nous étions descendus dans le Midi. Tous ses amis devinaient l’issue fatale, lui seul voulait l’ignorer.

Il aimait tellement la vie que la mort n’était pas dans son programme.

Un soir, nous étions étendus sur la terrasse de l’hôtel qui donnait sur la campagne de St-Tropez. Notre radio était branchée sur Alger. Et avec le soleil qui se couchait, nous écoutions les voix qui venaient de la Méditeranée. A travers les monts du Maghreb nous revenaient nos héros de l’enfance ! Mermoz, St-Exupery, Charles de Foucauld. Ces chants lancinants qui berçaient sa souffrance le faisait délirer, et rêver de traversées qu’il n’avait pas faites.

Et aussi, peut-être d’un Dieu, si proche et pourtant si différent de celui de son enfance qu’il avait oublié, délaissé – à cause de la frénésie qui nous entraîne de rôles en rôles, vers des personnages auxquels on donne sa vie, son coeur et qui après s’en vont si vite, en nous laissant démuni – Jusqu’au suivant.

Frénésie qui vous laisse si peu de temps à vivre. Si peu de temps pour vivre.

Ce soir-là, il pensait qu’il faudrait savoir s’arrêter, et partir sur le dos d’un nuage pour réapprendre à vivre.

C’est difficile de s’arrêter quand on entend quelque part en soi l’horloge qui marque les heures !

Combien de rêves sont restés inachevés chez Bernard ? Personne autant que lui n’était si plein de passions de désirs et d’amour !

Sa fougue était provebiale ! Un jour, il montait à cheval dans “La mégère apprivoisée”. Ce n’était pas un cheval très discipliné. Quand on a dit “action” il a couru vers son canasson. Et son désir et sa fougue étaient si grands qu’il a dépassé le cheval et qu’il c’est retrouvé le cul sur l’herbe…

Tout était trop petit pour Bernard ! les canassons, le monde, la vie. Bernard était grand. Il n’était pas fait pour un univers où les hommes mesurent un mètre soixante.

Claude Rich, article “Bernard Noël, si peu de temps pour vivre” Télérama N°1742 du 04/06/1983.

Note du 1 septembre 2006 : Vient de paraître un excellent livre à son sujet “Bernard Noël, prince et Brigand de Comédie” (Patrice Ducher, Éditions Pascal, 2006), mine d’informations sur ce formidable comédien.

LA MAISON SOUS LES ARBRES

L’inénarrable Jean Tulard, bazarde ce film avec sa légèreté habituelle dans son “Guide des films”, mais ce film méconnu mérite le détour. L’aspect polar,  est difficile à évoquer, pour ne pas éventer le suspense du film. Le postulat de base est donné par le personnage de “l’homme de l’organisation”, campé magistralement par Maurice Ronet, qui démarche Philippe, un scientifique qui se consacre à l’édition . Son rôle est très court, mais il est habile et manipulateur, ce comédien livre une composition inquiétante, qui habite tout le reste du film.

C’est aussi une radiographie assez amère d’un couple d’Américains vivant à Paris, avec deux enfants, le détachement mutuel de chacun, les vérités qui sortent assez librement. Philippe, joué par Frank Langella au jeu nerveux, a épousé Jill (Faye Dunaway, intense), car elle était enceinte. Suit un jeu de piste prenant, à travers le regard de Jill, borderline en difficulté avec la réalité, mais son personnage est actif et cherche des solutions. Elle a des difficultés avec la notion du temps, pouvant amener son fils cadet de longues heures sur une péniche, habitée par une sorte d’irresponsabilité. Sa fascination de la Seine – Lourde symbolique – inquiète, elle vit mal son déracinement.

L’interprétation des autres comédiens est excellente, de Barbara Parkins en amie dévoue, Karen Blanguernon en femme mystérieuse, Raymond Gérôme en commissaire intransigeant mais efficace, Gérard Buhr – appelé Raymond Buhr dans la base IMDB !, j’ai donc un joyeux ménage à faire – est un inquiétant psychiatre, ce comédien trop rare excelle dans les rôles inquiétants.

Il y a peu de personnages clichés parisiens, divergeant un peu par son regard français dans une co-production anglo-saxonne, mais on peut reconnaître Louise Chevalier en fleuriste râleuse, Patrick Dewaere en jeune désinvolte – il faisait déjà une apparition presque subliminale dans “Paris brûle-t’il ?” – Michel Charrel, en agent de la circulation ou Carlo Nell en policier furtif.

Le film est présenté en VF uniquement, dans la chaîne Cinétoile, ce qui est assez dommage, malgré un doublage soigné : Sylvie Moreau – nom trouvé le site de La gazette du doublage -, Pierre Vaneck, François Chaumette, Pierre Vernier… et l’insupportable Jackie Berger, femme qui doublait les enfants – je n’ai jamais entendu un enfant parler comme ça -, ce qui est assez gênant. Un film à voir cependant, par son regard désenchanté de Paris, une habile réalisation et le jeu de Faye Dunaway, à la porte de la folie.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Suzanne Flon

   

Suzanne Flon

“- Écoute ma bonne Suzanne. Tu es une épouse modèle.
– Oh…
– Mais si, t’as que des qualités et physiquement, t’es restée comme je pouvais l’espérer. C’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c’était à refaire, je crois que je t’épouserai de nouveau. Mais tu m’emmerdes.
– Albert!
– Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais tu m’emmerdes”.
Dialogue de Michel Audiard entre Jean Gabin et Suzanne Flon pour “Un singe en hiver”.

Le qualificatif qui va revenir le plus souvent est “attachante”, avec près de 60 ans de carrière Suzanne Flon, vient de nous quitter à l’âge de 87 ans. Les médias racontent qu’elle était la secrétaire d’Édith Piaf en 1938, qui la saluait dans sa chanson les “flonflons du bal”. Elle devait faire sa rentrée théâtrale à “L’atelier”, la saison prochaine à Paris.

(Photo S. Soriano/Le Figaro)

Au cinéma, son parcours est sans fautes, le modèle de Toulouse Lautrec “Moulin rouge” (John Huston, 1952), la logeuse suspicieuse “Le procès” (Orson Welles, 1962), l’épouse dévouée de Jean Gabin “Un singe en hiver” (Henri Verneuil, 1962) – elle jouera son épouse également dans “Le soleil des voyous” (1966) et “Sous le signe du taureau”, une malade atteinte d’un cancer “Docteur Françoise Gailland” (Jean-Louis Bertuccelli, 1975), la vieille sourde surnommée “Sono cassée”, “L’été meutrier” (Jean Becker, 1982), la servante que l’on devine secrètement amoureuse de Michel Serrault dans “En toute innocence” (Alain Jessua, 1987), la grand-mère abandonnée, “Gaspard et Robinson” (Tony Gatilf, 1990), la locataire dont la gazinière explose dans “Mille millièmes, fantaisie immobilière” (Rémi Watherhouse, 2002), la tante Line, dissimulant un lourd secret : “La fleur du mal” (Claude Chabrol, 2003), etc…

Mais l’actrice accorte, peut donner également des rôles de femmes revêches ou aigries, une mystérieuse baronne “Mr. Arkadin (Orson Welles, 1954), la concierge inquiétante dans “Monsieur Klein” (Joseph Losey, 1975), l’hôtelière dans “Quartet” (1980), ou la cliente exigeante de Benoît Magimel dans “La demoiselle d’honneur” (Claude Chabrol, 2004). Elle était l’héroïne de “La porteuse de pain”, incroyable mélo réalisé par Maurice Cloche en 1963, où elle donnait la réplique aux formidables Jean Rochefort et Philippe Noiret.

Yvan Foucart, venait de lui rendre un hommage pour Les gens du cinéma. Sa mort est pour nous un grand pincement au coeur, son sourire nous manque déjà.

Filmographie : 1942  L’ange de la nuit (André Berthomieu) – 1947  Capitaine Blomet (Andrée Feix) – 1948  Suzanne et ses brigands (Yves Ciampi) – 1949  Dernier amour (Jean Stelli) – Rendez-vous avec la chance (Emil-Edwin Reinert) – La cage aux filles (Maurice Cloche) – 1950  La belle image (Claude Heynemann) – 1951  Procès au Vatican (André Haguet) – 1952  Moulin-Rouge (Id) (John Huston) – 1954  Confidential Report / Mr. Arkadin (Mr. Arkadin) (Orson Welles) – 1960  Tu ne tueras point (Claude Autant-Lara) – 1961  Les amours célèbres [épisode “Agnès Bernauer”] (Michel Boisrond) – 1962  Un singe en hiver (Michel Audiard) – Le procès / The trial (Orson Welles) – 1963  La porteuse de pain (Maurice Cloche) – Château en Suède (Roger Vadim) – The train (Le train) (John Frankenheimer & Bernard Farrel) – 1966  Si j’étais un espion (Bertrand Blier) – Le soleil des voyous (Jean Delannoy) – 1967  Tante Zita (Robert Enrico) – Le franciscain de Bourges (Claude Autant-Lara) – 1968  La chasse royale (François Leterrier) – Jeff (Jean Herman) – Sous le signe du taureau (Gilles Grangier) – 1970  Aussi loin que l’amour (Frédéric Rossif) – Térésa (Gérard Vergez) – 1972  Les volets clos (Jean-Claude Brialy) – Le silencieux (Claude Pinoteau) – 1973  Un amour de pluie (Jean-Claude Brialy) – 1975  Docteur Françoise Gailland (Jean-Louis Bertuccelli) – Monsieur Albert (Jacques Renard) – Black-out (Philippe Mordacq, inédit) – M. Klein (Joseph Losey) – 1976  Comme un boomerang (José Giovanni) – 1980  Quartet (Id) (James Ivory) – Une voix (Dominique Crévecoeur, CM) – 1982  L’été meutrier (Jean Becker) – 1986  Triple sec (Yves Thomas, CM) – Diary of a mad old man (Journal d’un vieux fou) (Lili Rademakers) – 1987  Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre) – En toute innocence (Alain Jessua) – 1988  La vouivre (Georges Wilson) – 1990  Gaspard et Robinson (Tony Gatlif) – 1992  Voyage à Rome (Michel Lengliney) – 1998  Les enfants du marais (Jean Becker) – Je suis né d’une cigogne (Tony Gatlif) – 2000  Un crime au paradis (Jean Becker) – 2001  Mille millièmes (Rémi Waterhouse) – 2002  La fleur du mal (Claude Chabrol) – Effroyables jardins (Jean Becker) – 2003  La demoiselle d’honneur (Claude Chabrol) – 2004  Joyeux Noël (Christian Carion) – 2005  Fauteuils d’orchestre (Danièle Thompson). Voxographie (Récitante de documentaires) : 1961 Madame se meurt (Jean Cayrol & Claude Durand, CM) – 1962  Mourir à Madrid (Frédéric Rossif) – 1967  La révolution d’Octobre (Frédéric Rossif) – 1970  La route romane (Yvan Butler & Frédéric Rossif, CM) – 1974  Georges Braque ou le temps différent (Frédéric Rossif) – 1979  Pablo Picasso (Frédéric Rossif).

Télévision (notamment) : 1954  Your favorite story : Face of Paris – 1960  Un beau dimanche de septembre (Marcel Cravenne) – 1962  Le mal court (Alain Boudet) – 1967  Le complexe de Philémon (Jacques Pierre) – 1698  Délire à deux (Michel Mitrani) – 1973  Au théâtre se soir : Le complexe de Philémon (Georges Folgoas) – 1974  Le tour de l’écrou (Raymond Rouleau) – 1975  Le voyage en province (Jacques Tréfouel) – Le renard dans l’île (Leila Senati) – 1976  Hôtel Baltimore (Arcady) – 1977  La vérité sur Madame Langlois (Claude Santelli) – 1979  Les héritiers : Silencio (Jacques Trébouta) – 1980  Le noeud de vipères (Jacques Trébouta) – Le curé de Tours (Gabriel Axel) – 1981  Mon meilleur Noël : L’oiseau bleu (Gabriel Axel) – 1983  Le dernier civil (Laurent Heynemann) – 1984  Le dialogue des Carmélites (Pierre Cardinal) – Emmenez-moi au théâtre : Le coeur sur la main (Hervé Baslé) – Mademoiselle Clarisse (Ange Casta) – 1985  Emmenez-moi au théâtre : La robe mauve de Valentine (Patrick Bureau) – 1986  Le cadeau de Sébastien (Franck Apprederis) – 1987  Série noire : 1996 (Marcel Bluwal) – Gigi (Jeannette Hubert, captation) – Chacun sa vérité (Jean-Daniel Verhaeghe, captation) – 2002  Le miroir d’Alice (Marc Rivière).

Bibliographie : Jacques Valot & Gilles Grandmaire “Stars deuxième” (Edilig, 1989).

Mise à jour du 1/06/2009