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UN MILLIARD DANS UN BILLARD

  C’est une plaisante comédie policière franco-allemano-suisse, sur le mode de “Topkapi” film de Jules Dassin. Modèle de décontraction et d’ingéniosité – les alarmes de plusieurs banques déclenchées par des guignols sortant de leurs boîtes, faisant tourner les autorités en bourriques. Nicolas Gessner, a une œuvre européenne éparse et à redécouvrir (“Douze plus un”, “La petite fille au bout du chemin, etc…”. L’ambiance très bonne enfant est réjouissante, dominée par la classe de Claude Rich dans le rôle de Bernard Noblet qui devait jouer l’année d’après dans le même registre léger et malin dans « Les compagnons de la marguerite » de Jean-Pierre Mocky. Il est un caissier persifleur, d’une grande banque suisse et qui subit l’agressivité constante des riches clients, et les assauts d’un chef tatillon – Henri Virlojeux, impeccable -.

Jean Seberg et Claude Rich (DR)

Il rencontre Bettina, Jean Seberg, à la présence inquiète. C’est une aventurière vivant sous le joug de sa mère – l’actrice allemande Elisabeth Flickenschildt -, elle est lésée dans son activité son un romantisme. Son activité trouble déteint sur Bernard Noblet, qui aidé par son ami Roger – Pierre Vernier, un grand sous-utilisé pour cause de succès dans la série “Rocambole”, tente de détourner les fruits d’un hold-up, histoire de s’évader d’une routine pesante. L’amie de Bernard, Juliette – superbe Elsa Martinelli -, ne manque pas de devenir jalouse du flirt de Bernard et Bettina… Le film, par une idée astucieuse – des guignols mécaniques déclenchent l’alarme de plusieurs banques, quand ils bondissent de leurs boîtes  -. Le ton est léger, bien dialogué par Charles Spaak qui mine de rien dénonce le système bancaire suisse et ridiculise les autorités. Il y a beaucoup d’excellents seconds rôles, voir fiche d’IMDB , l’ordre du générique étant en cours de validation. De France Rumilly – la bonne sœur de la série des gendarmes – en femme volée, Jacques Balutin, Jacques Dynam ou Bernard Musson en policiers dépassés, Jacques Morel en assureur roublard, Annette Poivre en femme de ménage, etc… et quelques acteurs allemands typés. C’est un film charmant à découvrir…

ONE MORE TIME

“Once more time”  est la suite de 1970 inédite chez nous de Salt and Pepper” – film de Richard Donner, sorti en 1968 -. Le film met en scène une partie du “Rat Pack”, Peter Lawford et Sammy Davis Jr., en propriétaire d’un night club exilé en Angleterre, et qui ont des ennuis avec les règlements locaux. Chris Pepper a un frère aîné qui est un Lord anglais, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau – Peter Lawford -, ce dernier daigne l’aider ainsi que son associé Charlie Salt – Sammy Davis Jr. -, à la condition qu’il retourne aux Etats Unis. Suit une histoire abracadabrante où Pepper prend la place de son frère assassiné, sans le dire à son ami Charlie, idée à la Pirandello “feu Mathias Pascal”, il peut voir ainsi l’estime que lui garde son ami. L’intérêt majeur de ce film est la présence de Jerry Lewis à la réalisation, qui a pris au pied levé la relève d’un metteur en scène qui venait de se désister, il ne joue d’ailleurs pas dans ce film. Mais il y a une sorte de mimétisme avec le personnage de Charlie., vraiment hilarant, présentant un corps comique avec une voix de crooner, il faut le voir, ivre, traverser une rue en réglant un ballet de freinage de voitures. Bizarrement le courant ne semble pas trop fonctionner entre deux comédiens, pourtant amis dans la vie, Sammy Davis Jr. tirant largement la vedette sur lui face à un Peter Lawford lymphatique et peu inspiré.

Peter Lawford, Sammy Davis Jr. & Jerry Lewis, cinéaste

On peut s’amuser à voir le décalage entre les deux américains et les acteurs anglais – quelques figures familières, dont Dudley Sutton acteur fétiche de Ken Russel, en tueur abruti qui répète tout ce qu’on lui dit. Le scénario n’est pas formidable, il y a même une des séquences les plus drôles du film – le vieux valet qui met des heures à servir -, qui est une idée reprise d’un film de Blake Edwards (“La panthère rose”, où le personnage était une vieille servante tremblante. Reste que Jerry Lewis amène son talent indéniable de réalisateur, sa manière d’utiliser les décors, à l’image de la porte démesurée d’un château médiéval, dont le salon est décoré selon le clinquant des années 60. Reste quelques réjouissances comme les “caméos” de Christopher Lee et Peter Cushing, échappés d’un film de la Hammer qui invitent Charlie dans une crypte à de sombres desseins. Il y a de bonnes idées comme le tandem Pepper & Salt qui vont garer directement leur voiture à la fourrière. Une curiosité à découvrir, servie par le formidable abattage de l’irrésistible Sammy Davis Jr., et pour voir comment Lewis cinéaste tente d’apporter quelques touches personnelles à une commande.

CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE

C’est la seconde adaptation du roman de Roald Dahl en 1964, faisant suite au “Willy Wonka & the Chocolate factory / Willy Wonka au pays enchanté” de Mel Suart, avec Gene Wilder dans le rôle titre. Charlie est un enfant pauvre échappé d’un roman de Charles Dickens. Ses parents ayant chacun ses parents, la famille n’arrive pas à subsister dans une société en voie de modernisation – L’époque est difficile à déterminer -. Charlie trouve donc un salut, dans l’image de la mystérieuse usine voisine, une chocolaterie royaume secret d’un certain Willy Wonka. Son rêve est de participer à un concours organisé par le propriétaire des lieux qui sort d’un mutisme de plusieurs années. Celui qui découvrira l’un des cinq tickets d’or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication gagnera une vie de l’usine qui fonctionne sans ouvriers succeptibles de trahir les secrets de fabrication du génie de la confiserie. La visite de l’usine est une source de choix, pour l’essor de l’imaginaire burtonien, peuplée de créatures mystérieuses et de technologie avancée. On retrouve l’univers originel d’un “Edward aux mains d’argent”, féérique et noir, un régal visuel, il retrouve la force des grands contes de fées, et la noirceur inhérente aux grands classiques, et prouve qu’après “Big Fish” il a retrouvé de l’allant. Johnny Depp compose un personnage expressionniste et très inventif, à la hauteur de ses précédentes collaborations avec le metteur en scène. Entre Dorian Gray et Michael Jackson, il retrouve un personnage expressionniste sorte de dandy apeuré par les premiers signes de maturité et qui va s’humaniser en présence d’un enfant Charlie Bucket, – joué avec justesse par Freddie Highmore, – son jeune partenaire dans “Neverland” -.

 

Tim Burton cite et ingère plusieurs univers, Stanley Kubrick pour “2001, Odysée de l’espace” – scène hilarante -, ou Busby Berkeley, pour la chorégraphie des Oompa Lommpas, pour mieux les intégrer à son imagination fertile, porté par la musique inspirée de Danny Elfman. La distribution est parfaite, de l’Irlandais David Kelly en grand-père attachant, le grand comédien James Fox, à la raideur britannique corrosoviment malmenée, le mythique Christopher Lee, en dentiste sévère de Willy Wonka, Noah Taylor et Helena Bonham Carter en parents aimants, formant avec les aînés, un petit groupe touchant et solidaire. Il y a une cruauté envers les 4 enfants privilégiés et gagnants du concours, rivalisant d’ignominie mesquine. Ce sont des petits monstres sur-protégés, Tim Burton en se moquant de l’enfant roi, dénonce le laxisme des parents, et les médias détruisant l’imaginaire des contes de fées, passage initiatique à l’âge adulte. Seul Charlie et sa famille trouveront grâce aux yeux du metteur en scène. Il y a beaucoup de morceaux d’anthologie, de rires et d’émotions tout en démontrant la difficulté de dire à ses proches comme on les aime – touchante scène des gants entre Johnny Depp et Christopher Lee -. N’écoutez pas les âmes chagrines pour retrouver le Tim Burton “première période” que nous aimons …

Johnny Depp 

LE COIN DU NANAR : Y A-T-IL UN PIRATE SUR L’ANTENNE

Attention, nanar d’anthologie en ce moment sur CinéExtrême, le film sorti sous le titre de “Y a-t-il un pirate sur l’antenne ?” en juillet 1983, est diffusé ici sous le titre de “Superflic se déchaîne” et a connu en plus une diffusion DVD EN 2004 ! Le superflic c’est Paul Préboist, qui se nomme Harry Kossek, si vous aimez le charme suranné de l’humour de l’Almanach Vermot, vous allez vous régaler. L’autre inspecteur Harry arrive en fait à la 38ème minute du film, sinistre arnaque pour les amateurs de l’acteur !

Le film narre les exploits de six jeunes zigotos – dont on ne connaît désormais qu’Éric Métayer, la belle Caroline Berg et Charlotte Kady, coiffée – mode des années 80 oblige -, comme Elsa Lanchester dans “La fiancée de Frankenstein”. L’essor des radios libres, a donné “l’idée” au réalisateur Jean-Claude Roy de faire un piratage mais version TV.  Il auteur d’un honnête polar “L’insolent” avec Henry Silva, et cinéaste de films pornos sous le nom de Patrick Aubin.

Mais on est loin évidemment de “La grande lessive  !” de Jean-Pierre Mocky, la dénonciation de la télé est molle, elle est symbolisée par Jean-Claude Arnaud, qui redoute d’avoir une idée et ne pense qu’à trousser ses secrétaires. Six jeunes donc créé une télépirate “Canal Soleil”, histoire d’amener un peu de subversion. Subversion, tu parles ! ils déclenchent des explosions en mangeant du Crunch – comme la pub d’alors -, font des numéros musicaux lamentablement longs et ridicules, nargue la police qui sont des crétins finis.

Tout est niais, Paul Préboist renouvelle son imitation du mérou – numéro déjà rodé sur “Mon curé chez les nudistes” -, se fait violer par Yvonne Clech dans un placard, sous l’oeil de Marie-Pierre Casey en femme de ménage qui singe la pub Plizz, démonte la voiture de son chef, etc… Il est flanqué de flics encore plus débiles, mais composés de bon seconds rôles, Guy Grosso le plus crétin, Bernard Musson le plus énervé, Patrice Dozier le plus niais, Guy Piérauld qui nous régale de sa voix caractéristique et Jean-Paul Farré dans son numéro d’halluciné habituel. Le chef c’est Roger Carel, qui fait ce qu’il peut à s’énerver tout le temps, on finit par redouter que son coeur finisse par lâcher.

Tout ce petit monde en roue libre, est désopilant alors que les jeunes font preuve d’une niaiserie absolue. En prime il y a Claude Véga qui imite Delphine Seyrig, Michel Serrault, Barbara et Alice Sapritch, c’est assez curieux – un petit malin a rajouté par erreur Alice Sapritch dans le rôle de Barbara sur la fiche IMDB, pourtant presque complète, je n’ai pas eu trop de noms à rajouter. Il y a beaucoup de seconds rôles amusants, Gérard Caillaud en ministre avec une perruque rose, Michel Crémadès en vigile haricot vert, Roger Trapp en aubergiste survolté, Max Montavon – qui pour une fois ne fait pas la folle de service – qui en pesant les scénarios déguisé en épicier détermine si il est bon ou nom, Jacques Préboist, frère de l’autre en ministre de l’intérieur – ce qui dénote une certaine imagination du casting -, Jean-Paul Lilienfeld débutant et Gérard Croce en candidats de jeu débile. Bref c’est cornichon au possible, donc à voir par pur sadisme de voir tout ce beau monde toucher le fond. Amis du nanar, c’est une pépite !

LE COIN DU NANAR : NOUVELLE FRANCE

Je fatigue, rien ne va en ce moment, je tente de m’abrutir en voyant la soirée Paul Préboist vendredi soir, sur CinéExtrême, deux nanars de haut vol, pire qu'”On a volé Charlie Spencer” de Francis Huster, c’est dire si c’est la forme ! – prochaine étape TF1 ! -. Aujourd’hui samedi au lieu de voir “L’avion” et “Charlie et la chocolaterie”, je file vers “Nouvelle-France”, réflexe d’ugecetiste – traduire par possesseur de la carte illimitée -, qui va voir le petit film sorti à la sauvette, ne devant, logiquement, rester qu’une semaine.  Là arrive, une femme entre deux âges, avec une espèce de parfum mi-lavande, mi-naphtaline, douceâtre, écoeurant, le genre qui se parfume pour sortir.  Elle aime à vous pourrir la vie, histoire d’exister un peu… Avatar, donc de la solitude qui est un joyeux drame, dans une grande ville aussi chaleureuse que Bordeaux  – façon de parler, la température étant élevée, que l’on finit par regretter la pollution parisienne, si, si… -, mais c’est habituel de voir que dans une salle presque vide, une ésseulée vienne se coller à vous. Il y a t-il un sociologue dans la blogosphère ? Je compatis donc, et je ne vais pas me déplacer pour ça ! Et finalement cette petite gêne colle parfaitement au film, mélo larmoyant et pachydermique. Je fais l’expérience d’une guimauve en odorama, et c’est le seul intérêt de cette oeuvre indigeste. Suit le récit des grandes amoures contrariées, la petite histoire dans la grande histoire, gnagna – Québec, abandonnée aux griffes des Anglais, par les mauvaises grâces de Mme de Pompadour – c’est la toujours aussi belle Micky Sébastian -. Donc une pauvresse qui a eu sa fille à quinze ans et passe pour une sorcière car elle soigne les pécores avec des onguents, tombe amoureuse d’un local de l’étape riche héritier, mais voulant rester Français ! – non, mais ! -. Elle déclenche l’oeil noir de trois commères, dont la pauvre Monique Mercure, une des plus grandes comédiennes du cinéma canadien, et qui ici est réduite à l’état de figurante.

Noémie Godin-Vigneau et notre Gégé national (sous la perruque filasse)

La Mercure était vedette d’un des films les plus connus du réalisateur de ce film, Jean Beaudin – J.A. Martin photographe -, pas le dernier des cinéastes donc. Mais tout ici fait penser à la version digest d’une série TV, le cinéaste semblant ne pas savoir comment s’en sortir d’un budget pareil. Tout ici fait carton-pâte, Québec semble ici ressembler à un décors sans profondeur ,les figurants semblent attendre le signal de l’assistant. Beaudin ne retrouve un souffle que dans les scènes de plein air. En prime, Patrick Doyle pousse la performance en surlignant les manques de la mise en scène avec une musique tonitruante et pathétique, on l’a connu plus inspiré. Et les spectateurs, ricanent – surtout la parfumée d’ailleurs  – à des moments tragiques. Fallait prévenir qu’il fallait le voir au 36° degré. On voit très peu de films canadiens, mais tout ici, semble fait pour un public occidental, l’accent canadien est gommé, le tout est aseptisé. Il y a d’excellents acteurs anglais réduits à faire de la figuration : – Colm Meaney, ridicule en Benjamin Franklin, Jason Isaacs en général pris par une crise d’asthme suite à une crise d’autorité, help ! help !, et Tim Roth qui semble hilare à chaque scène, pris de lucidité en voyant le carnage ? -. Et pour cause de production “International-pudding” il y a aussi des Français, Vincent Perez, rigolard notable local, le genre à croire à ce qu’il joue sûrement ! , Irène Jacob pas très crédible en Mme de Mertheuil du pauvre, dommage, et surtout Gérard Depardieu, coiffé comme un épouvantail à moineaux, en curé Judas, tragiquement absent, quand on pense que c’est un des plus grands acteurs du monde ! Passons sous silence les Canadiens et jetons un voile pudique sur le jeu de Sébastien Huberdeau qui atteint des sommets du ridicule en faisant le méchant de service, pour ne sauver que la ferveur de Noémie Godin-Vigneau, la seule à amener un semblant de grâce et d’humanité dans cette pantalonnade. J’ai mes indulgences, ce blog est l’oeuvre d’un zigue provenant du public, non de la critique, je tente de trouver toujours un côté positif à un film, mais là, amis spectateurs, passez votre chemin. Le film se termine par une chanson de Céline Dion – interprétation inspirée avec respiration aspirée -, le coup de grâce donc ! A fuir !

LES NEUF VIES DE TOMAS KATZ

“The nine lives of Tomas Katz” est un film anglais sorti en 2000, du cinéaste Ben Hopkins. Il n’y a ici aucun personnage au nom de Tomas Katz, ce qui annonce déjà un jeu de piste peu conventionnel. C’est une fable à la vision duquel on se demande si l’on n’a pris une substance psychotrope. Le postulat de départ est que l’éclipse solaire est en fait un signe annonciateur de fin du monde. Paco Rabane donne donc des idées de film. L’agité télévisé, sortant son numéro pathétiquement rodé atteignant les plus hautes sphères du ridicule. Pourquoi cet oiseau n’est-il toujours pas interné, mystère, mais au moins c’est évènement à au moins inspiré un artiste. A Londres, un vagabond sorti tout droit des “Trois lumières” de Fritz Lang – et d’une bouche d’égout -, prend possession des âmes et orchestre une sorte de Jugement Dernier, l’éclipse de 1999 étant un signe de fin du monde (Grand gourou Paco est passé par-là. C’est une oeuvre que l’on voit avec un certain sentiment de malaise, vu l’actualité tragique des attentats londoniens récents.

Thomas Fisher

Difficile de décrire ce qui suit entre un haut dignitaire de Scotland Yard, obèse, aveugle et médium et un “enfant astral” qui est en fait une poupée jetée dans les égouts. C’est un joyeux délire foisonnant, entre vigiles, autorités, dénonciation d’une société Orwellienne, humour à la Monty Python, et fulgurance de mise en scène. Il y a des scènes hilarantes comme celle où “l’ange” prenant la place d’un retraité, sort des propos obscènes devant un guichet et du ministre de la pêche déclare la guerre à un état fantoche. Le film est en noir et blanc, hormis quelques taches de couleurs, procédé que reprendra Robert Rodriguez pour son “Sin City”. Le film fourmille d’idée malgré un budget assez chiche. Le cinéaste Ben Hopkins – c’est son second film après “Simon Magus / Simon le mage” (1998). Il digère de nombreuses influences de l’expressionnisme allemand au clip, il ne respecte rien – on tue ici gratuitement des enfants -, et il laisse ses comédiens improviser avec inventivité. C’est un pamphlet à l’univers original, déroutant et acerbe et porté par l’acteur Thomas Fisher, qui pousse la performance en incarnant plusieurs personnages, y compris un enfant, parfois avec une inquiétante présence –son personnage nihiliste se nomme “No” . Hallucinant ! A découvrir, en comparaison avec quelques films modes esthétisant et surévalués actuels et diffusé sur CinéExtrême qui décidément à une programmation originale – voir le cycle Charles Gérard, cinéaste -.

KATIA

Katia, remake, vingt ans après du film de Maurice Tourneur (1938) avec Danielle Darrieux et John Loder, est un avatar post-Sissi, qui se suit allégrement même si l’on a jeté son âme de midinette aux orties depuis longtemps. L’eau de rose est distribuée sans modération, mais le talent tout terrain de Robert Siodmak est à nouveau confirmé, même ici dans le mode mineur. On lui doit nombre de classiques du film noir hollywoodien : “Les tueurs”, “La double énigme”, “La proie” et du cinéma français “Mollenard” ( (1938) – l’un de mes films de chevet – ou le formidable “Pièges”. La Russie tsariste est presque crédible avec sa distribution franco-allemande, Siodmak se révélant à nouveau un maître. Il utilise les décors avec efficacité, loin de l’atmosphère empesée du cinéma qualité France, assez sclérosée des années 50. Curd Jürgens joue un Tsar Alexandre II, assez caricatural, – il prend conscience du servage, en voyant un pauvre serf – inattendu Paul Mercey -, obligé de vendre son cheval. Il tombe amoureux de la jeune Katia – Romy Schneider, sur le mode mutin, doublée ici nous informe “La gazette du doublage” par Janine Freson –.

Romy Schneider & Curd Jürgens

Il a beaucoup d’excellents interprètes de Monique Mélinand, tsarine Maria, malade mais lucide, elle est très touchante, Margo Lion en surveillante de pensionnat rigoureuse, Gabrielle Dorziat en directrice de ce même pensionnat amusée par les petits mensonges de Katia, Germaine Delbat inévitable servante des Dolgorouski, le maniéré Hubert Noël en frère de Katia, Robert Le Béal en baron messager, et on s’amuse à reconnaître la voix et la silhouette de la débutante Monique Tarbès en jeune pensionnaire . Et il y a Paul Mercey – oublié des dictionnaires de Raymond Chirat -, qui pour une fois ne joue pas un français barbu, mais un pauvre paysan inféodé, qui accueille avec générosité le Tsar, ne le reconnaissant qu’en voyant son profil sur une pièce. On ne le reconnaît pas tout de suite d’ailleurs son visage étant mangé par une barbe fournie. Dans le petit groupe des révolutionnaires, on retrouve Michel Bouquet inquiète en révolutionnaire intransigeant – une présence incroyable déjà -, Françoise Brion en révolutionnaire sensible, Alain Saury attentiste nerveux, un inhabituel Bernard Dhéran raisonnable mais déterminé, Yves Barsacq en fourbe de service, Antoine Balpêtré ancien sentencieux et le débutant Laszlo Szabo – avant d’être l’acteur fétiche de la nouvelle vague -, l’un des plus virulents, abattu suite à une sombre ruse. Et il y a Pierre Blanchard en Koubaroff, chef de la police, complotant allègrement contre les réformes du Tsar transformé par l’amour (envoyez les violons). Il s’impose encore une fois comme l’un des acteurs démesurés – cabotin ? – du cinéma mondial. La nuance n’étant pas un concept intégré dans son jeu, ça en devient (presque) jubilatoire, entre électrocution et épilepsie. Ce film d’un honnête artisan, est à conseiller, même si l’on n’est pas trop amateur de “guimauve”.

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Annonce de la mort l’acteur canadien James Doohan, célèbre pour avoir été Scotty, dans la série “Star Trek”.

PLUS CA VA, MOINS CA VA

“Plus ça va moins ça va” (1977) est un film atypique, déconcertant, loin d’être la comédie attendue et franchouillarde telle qu’est définie sur l’affiche du film. C’est l’été. Le film commence par l’enquête d’un tandem inédit de policiers fatigué enquêtant sur un crime particulièrement odieux – une femme pendue dont les poils pubiens ont été mis dans sa bouche ! », dans une campagne écrasée de soleil. Le tandem anthologique est incarné par Jean-Pierre Marielle & Jean Carmet, que l’on retrouvera souvent ensuite chez Jean-Daniel Verhaeghe pour la TV… Ils se retrouvent devant une villa somptueuse habitée par de riches oisifs, peu concerné et qui s’ennuient mollement avec une indolence cynique. Il y a Henri Garcin – il est excellent en n’ayant pas grand chose à faire -que trompe sa femme avec un jardinier frustre – Niels Arestrup -, Mort Schuman en producteur décalé parlant italien avec Carlo Ponti, et retrouvant seulement là un peu d’entrain. Il semble amoureux encore de sa femme. Il y a également un acteur célèbre, joué par Louis Jourdan qui s’amuse à écorner son image en incarnant un vieux beau, dont personne ne semble se souvenir des rôles – Carmet parle d’un film avec une épée, sans se souvenir du titre. Il promène un spleen encore plus grand que les autres invités, désabusé il se déguise en clown blanc et discute avec sa maîtresse et il semble revenu de tout. Sa jeune compagne est jouée par Caroline Cartier, qui est morte prématurément, leur discussion sur la mort prend ici un tragique aspect, Jourdan la voyant mourir sans bruit, et elle évoquant le panache (selon elle) du suicide de Georges Sanders. Le reste de la distribution est espagnole, pour cause de co-production, ce qui rajoute encore en bizarrerie.

Revenons à notre duo, qui ne veut surtout pas déranger nos notables. Racistes et veules ils vont s’en prendre gratuitement à un travailleur maghrébin Mostéfa Stiti (excellent et vu beaucoup dans les années 70), qui va être sauvé par des vacanciers déguisés en indien après avoir été interpellé par des cow-boys ! Nos amis les flics demandent sans cesse les papiers aux plus faibles – il y a aussi El Kébir, qualifié également de “bicot” mais qui va les faire tourner en bourrique -, la dénonciation de la société des années 70 est subtile et vacharde. Mais nos deux inspecteurs sont moins simplistes, ont des lettres, Melville – formidable Jean Carmet -, déplorant qu’il n’y ait pas de policiers dans “La recherche du temps perdu”. Et il y a Pignon – Marielle démesuré, génial -, qui maugréait en silence contre les privilégiés, se rappelle qu’il ne supporte plus la solittude en voyant des boîtes de conserve, refuse de voir un cadavre et prétend – histoire de déstabiliser son prochain – que la mort est à la gauche de chacun de soi et que si on tend son bras, on peut même la sentir. Il tombe amoureux de la belle Caroline Cartier, et se comporte alors comme un adolescent timide… Nous avons droit ici à un beau festival Carmet-Marielle, qui surprend à chaque instant et il est vrai que l’ennui s’installe un peu quand ils sont absents de l’écran. Ce film non conventionnel est à découvrir et montre le beau talent du cinéaste Michel Vianey, dont on aimerait pouvoir voir son premier film “Un type comme moi ne devrai jamais mourir” (1976), mettant en vedette le dessinateur Jean-Michel Folon. Une curiosité salutaire diffusée en ce moment sur CinéExtrême.

LAYER CAKE

Le producteur Matthew Vaughn, sage producteur de Guy Ritchie, transcende assez ici un polar routinier, où un trafiquant de drogue, voulant se retirer, se voit comme précurseur, sorte de représentant nouvel âge dans une société qu’il compare au temps béni du polar de la prohibition. Le film est une adaptation d’un roman de J.J. Connelly’s l est vrai que l’on est en manque côté français, à part les films d’Olivier Marchal, le polar s’est réfugié chez nous à la TV, où d’innombrables flics irréalistes rivalisent en clichés et en médiocrité. Ce film réveille donc chez nous un plaisir de cinéphile, faisant preuve d’ingéniosité et de roublardise, d’une bande son efficace. On suit donc avec intérêt le minéral Daniel Craig, archétype du voyou solitaire sans nom, dans ses pérégrinations et la succession de problèmes aux quels il est confronté.

Michael Gambon & Daniel Craig

On assiste à la rituelle course de différents malfrats pour arriver au sommet, où il fait bon se démarquer du tout venant des truands pour briller par son cynisme et figurer comme intouchable. La vision des dealers et autres marchands d’illusions est assez inédite, sans trop de complaisance. Et notre intérêt reste jusqu’au final. Le cinéaste jouant assez habilement avec les conventions, et les clichés, et dépeint une jungle urbaine féroce, montrant une ironie torve. David Craig révèle un charisme et une flegme intéressants, il est entouré de kadors, comme Colm Meaney inquiétant et utilisant les congélateurs de manière peu conventionnelle, il passe d’une bonhomie à une violence sans bornes, avec facilité, ou le méconnu chez nous  Kenneth Cranham, truand de haut vol, avec l’apparence d’un notable, mais déplaisant à souhait. De plus il y a la “rolls-royce” des excentriques anglais, en la personne de Michael Gambon, suffisant à souhait, mais montrant un attachement touchant à sa jeune fille droguée, il fait passé n’importe quel discours avec maestria. Un polar bien ficelé, nous changeant du tout venant habituel.

EMMENEZ-MOI

On pense en voyant ce film d’Edmond Bensimon, à “I Vitelloni”,  des marginaux qui se laissent vivre aux crochets du système, curieuse vision des choses vu le contexte économique ayant changé. Mais nos sympathiques marginaux trouvent ici grâce au yeux du metteur en scène, grâce à la folie contagieuse du personnage de Jean-Claude Meunier. La cinquantaine fatiguée, il est incarnée par un impérial Gérard Darmon.  Jean-Claude survie à sa petite condition, grâce à son admiration idolâtre de Charles Aznavour – il s’est engagé à la Légion, après avoir vu “Un taxi pour Tobrouk” -. Il bafoue son neveu orphelin, qu’il élève comme il peut. Il supporte les sarcasmes des pipelettes locales et noie son désarroi dans l’alcool. Mais le film débute par son sursaut de dignité, il décide d’aller en pèlerinage à pied de Roubaix à Paris, voir le célèbre chanteur en concert. Il embarque son neveu, qui se prend au jeu de le filmer, Jean-Claude voulant laisser une K7, au grand Charles. On suit donc leur trajet picaresque, on n’est pas loin de l’esprit des “Brancaleone”, ils entraînent dans leur folie Arsène un chômeur antillais exilé, pour des histoires familiales, et Boris – Zinedine Soualem – un éboueur simplet, qui ne peut commencer une phrase sans dire “en tout cas”.

Zinedine Soualem, Gérard Darmon et Lucien Jean-Baptiste dans “Emmenez-moi”

La force du film est le jeu des 4 compères,  Lucien Jean-Baptiste, en antillais déraciné très touchant, le toujours formidable Zinedine Soualem, qui retrouve en son personnage de Boris, une sorte de petit cousin de son rôle de Djamel dans “Chacun cherche son chat” et Damien Jouillerot, tout en étant hors-champ la moitié du temps, pousse la performance de faire exister son personnage entre révolte et résignation, un comédien dont il convient de suivre son évolution avec grande attention. Tout en laissant exister ses partenaires, Gérard Darmon nous livre un de ses plus grands rôles, il impressionne constamment, tout en évitant les pièges des scènes d’ivresse, il fait preuve de grandeur, dans de nombreuses scènes jubilatoires, tout en étant impeccable dans les scènes chantées dans un registre différent du sien – son album chanté “Au bout de la nuit” -. Il y a beaucoup de scènes mémorables et drolatiques – les microns, le cimetière et “La Mama”, on ne s’ennuie jamais. Le parti pris d’un home-movie, filmé à travers une caméra DV – il y avait déjà ce processus dans “Ma caméra et moi” de Christophe Loizillon, avec déjà Zinedine Soualem -, et des enchaînements des passages musicaux colorés comme un film de Jacques Demy est habile et efficace. L’utilisation finale de Charles Aznavour est ingénieuse, on finit par regretter de ne pas avoir à faire le chemin du retour avec cette petite équipe. Une bonne surprise, décalée et sympathique à l’énergie communicative.