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VERS LE SUD

Avant-première le jeudi 12 janvier, à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux du dernier film de Laurent Cantet, “Vers le sud”, en sa présence. Avec Robin Campillo – réalisateur des “Revenants” -, il signe pour la première fois l’adaptation d’un roman de Dany Laferrière  – déjà adapté en 1989 avec “Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer” une comédie canadienne de Jaques W. Benoît -, trouvé lors d’un séjour à Port-au-Prince, en république dominicaine. Le romancier qui récrit actuellement ses romans pour une édition complète a été coopératif et a donné matière à ce film. Haïti dans les années 70-80, une femme souhaite confier sa fille à un gérant d’hôtel et qui est d’une grande beauté. Devant le refus de ce dernier prénommé Albert – Lys Amboise excellent et fil conducteur du film qui est en fait graphiste de profession -, elle lui déclare “méfiez-vous des masques”.   La vie touristique n’existant plus là bas on le comprend bien, le réalisateur a parlé très justement des contraintes, et de l’investissement personnel de la comédienne Charlotte Rampling. Le film est en suite centré sur trois touristes femmes voulant échapper à la société rigoriste anglo-saxonne d’alors. Et c’est bien une histoire de masques pour ces touristes, dont on devine que la vie est tout autres chez elles. Ellen, une enseignante de français à Boston joué par Charlotte Rampling, présente dès le début du projet, pour reprendre une expression retrouvée sur elle sur le web, pour qui le temps sur elle est une caresse, accueille Brenda. Cette dernière est jouée par Karen Young trouvée dans un casting et entrevu, il y a peu dans “Factotum”, est une Américaine assez fragile.

Charlotte Rampling

Ellen aime à choquer ces interlocuteurs avec une grande crudité de langage, et elle s’amuse à dénigrer son amie Sue – Louise Portal -, avec une cruauté inouïe. Les deux femmes ont des sentiments assez forts avec Legba, gigolo de 18 ans – Ménothy César, un non professionnel qui a remporté le prix Marcello Mastroianni du comédien débutant à la 62e Mostra de Venise -. Il vend son corps et a une petite cour, Brenda a même connu son premier orgasme avec lui à 45 ans. Laurent Cantet cherche derrière un lieu très touristique et une plage magnifique à réfléchir sur le tourisme sexuel, l’arrogance de riches touristes profitant d’une situation de précarité et de danger permanent pour s’épanouir et lutter contre la frustration d’une société américaine.. Ici tout semble épargné, même si la réalité montre parfois son nez, comme deux “Tontons macoutes”, humiliant un jeune vendeur de soda qui trimbale avec lui sa glacière. Il livre trois admirables portraits de femme, leur donnant à chacune des monologues où à l’instar de Françoise Lebrun, elles peuvent montrer leurs doutes et leurs faiblesses. Charlotte Rampling est comme toujours admirable, cachant sa vulnérabilité devant une sécheresse de cœur, bien que toujours très belle, son personnage souffre de trop de solitude, d’arpenter trop de bars de Boston pour finir seule. Karen Young montre une belle sensibilité dans un personnage borderline et romantique, qui semble étouffée par sa famille. On la devine névrosée et ses problèmes passent donc inaperçus dans cette société de masques. Saluons Louise Portal dans son rôle de Sue – Laurent Cantet saluait d’ailleurs son humilité face à ce rôle -, qui rend attachant son personnage et arrive à une grande justesse avec un personnage ingrat, en retrait et raisonnable. Le film lui doit beaucoup. Laurent Cantet – une présence sobre et un peu inquiète ce soir là –  livre ici un constat amer sur la société des années 70, et en signant une adaptation littéraire trouve matière à continuer sa manière de décortiquer les mœurs avec une grande acuité et de confronter pros et non professionnels avec une retenue (trop peut-être) constante.

MORT D’HENRI COLPI ET DE LITA RECIO

Série noire pour le monde du doublage avec la mort de Lita Recio, voir le journal de Les gens du cinéma et le forum de la Gazette du doublage. Elle était la voix d’Endora – inoubliable Agnes Moorehead – dans “Ma sorcière bien aimée” notamment. On l’avait vu il y a peu au cinéma dans son propre rôle dans “Une pure coïncidence” faux documentaire de son petit fils Romain Goupil.

Annonce également de la mort du réalisateur Henri Colpi. Il débute comme l’un des plus célèbres monteurs du cinéma français – “Le mystère Picasso”, “Hiroshima mon amour, etc…”. On lui devait “Une aussi longue absence” (1960), qui est le plus beau rôle de Georges Wilson, en clochard amnésique qui ne reconnaît pas son ancienne femme, une patronne de bistrot – admirable Alida Valli -, et “Heureux qui comme Ulysse”, dernier rôle de Fernandel traversant la Provence avec son cheval. On lui doit une adaptation plaisante de “L’île mystérieuse” pour la TV, dont une version courte a été diffusé en salles, avec Jess Hahn, Gérard Tichy et Omar Sharif en capitaine Némo, et quelques feuilletons dans les années 60-70. A noter qu’il avait monté dans les années 80, le film de 1922 d’André Antoine : “L’hirondelle et la mésange” resté inédit. Un artisan trop discret comme le disait René Prédal sur l’article qui suit.

ARTICLE – CINÉMA 80 N°262 [Octobre 80] Par René Prédal Monteur d’Alain Resnais et metteur en scène d’un scénario de Marguerite Duras “Un aussi longue abscence”, Henri Colpi fut rangé d’emblée dans le courant contesté d’un certain cinéma littéraire français. Ses qualités personnelles sont pourtant originales mais hélas peu commerciables : attention, chaleur, pudeur, c’est-à dire le refus du brio, des thèmes à la mode et du style dans le vent. Dès lors, ses films ont un air désuet avant même d’être sortis mais touchent toujours par la justesse de leur regard et par les qualités humaines des personnages mis en scène. Tourné en Roumanie, “Codine”, est sans doute son chef d’oeuvre, mais on retrouve dans “Mona”, une poésie aussi prenante et dans “Heureux qui comme Ulysse la même adéquation du personnage au milieu naturel. Il est proprement révoltant de voir Colpi réduit depuis plus de 10 ans à jouer les conseillers techniques “Bilitis, de David Hamilton, 1976” ou à devoir se contenter d’une participation à une coproduction cinéma-télévison “L’île mystérieuse co-réalisé avec Juan Antonio Bardem en 1973”, malgré la grande estime dont il jouit au sein de toute la profession. En fait, c’est sa modestie sincère qui constitue aujourd’hui son plus sérieux handicap.

Filmographie : 1960 Une aussi longue absence; 1962  Codine; 1965  Mona, l’étoile sans nom; 1969 Heureux qui comme Ulysse; 1972  L’île mystérieuse [co-réalisation avec Juan Antonio Bardem + version TV]. Télévision : 1969  Fortune; Thibaud ou les croisades [saison 2]; 1970-1971  Noëlle aux quatre vents; 1975  Le pèlerinage; 1977  Bergeval père et fils; 1982  Le château de l’Amaryllis.

ANIMAL… ON EST MAL

“Animal, on est mal” chantait Gérard Manset. Notre premier ministre bien aimé souhaite que chacun rajoute “quelques gouttes de tendresse” et “quelques gouttes d’humour”, dans ce monde de brutes. Et on le sent sincère, pas du tout répétant le texte de quelques conseillers en image. On peut noter en ce moment la grande dignité de nos hommes politiques, ne partant pas en campagne pour 2007, et se cachant par pudeur derrière quelques accessoires comme des talons hauts pour Ségolène, un chapeau à la Mitterrand pour Laurent, une alliance pour Nicolas. Baissons les armes pour nous lancer dans un émouvant élan charitable et laissons de côtés nos âmes chagrines. “Animal” est donc dans ce mouvement, n’ayons pas peur des mots, l’un des plus probants films de l’histoire du cinéma de ces 170 dernières années. Roselyne Bosch auteur de scénarios inoubliables – dont “Bimboland”, une comédie proche du ton d’un Lubitsch, “Le pacte du silence”, l’un des derniers très grands rôles de Depardieu, particulièrement inspiré par la grâce de l’écriture de cette ancien grand reporter -. C’est l’entreprise d’une française qui prouve, sans aucune prétention, que l’on peut aisément rivaliser avec Hollywood, avec ce projet franco-portugo-britannique, supplantant même les grandes réussites de nos petits “frenchies” comme Pitof : “Catwoman” et Mathieu Kassovitz : “Gothika”, c’est dire ! Dans un campus quelque part en Europe, Thomas Nielsen, jeune savant suédois, vient en généticien étudier le cas d’un Vincent Iparrak, un serial killer qui a épargné la propre sœur de ce dernier danseuse étoile dans un des caprices de son cerveau reptilien. Le sieur Thomas fait une découverte sensationnelle, renvoyant les travaux d’Henri Laborit dans “Mon oncle d’’Amérique” d’Alain Resnais au niveau de la préhistoire. Nous sommes déterminés par notre ADN, dégagés de toute responsabilité – ce qui est une bonne nouvelle, mais pas pour les psychiatres, il suffit juste de quelques gouttes de sérum pour transformer un bourreau en agneau -.

Roselyne Bosch déclare partout avoir contacté les plus grands scientifiques, elle nous livre ici ses conclusions sérieuses et probantes, révolutionnaires, devant même de changer notre vision du monde, ce qui est exceptionnel pour une œuvre de divertissement. David Cronenberg avait déjà traité cette idée dans sont “Hystory of violence”, il pâtit hélas du regard boschien, écrasant de subtilité. Elle prouve qu’un œuvre de fiction est susceptible de bouleverser l’ordre établi du monde. La reconstitution de la vie d’un scientifique est ici hyperréaliste, la réalisatrice rajoutant même des petites touches du quotidien, comme celle de perdre un loup cobaye en plein centre ville et de s’en apercevoir en regardant la télévision, on sait bien que les scientifiques sont de grands distraits. En effet où trouver ailleurs qu’ici une distribution aussi prestigieuse qu’Andreas Wilson, Emma Griffith Marlin, Diogo Infante ou Ed Stoppard, excusez du peu, tous absolument convaincant, charismatiques et probant, crédibles et inspirés. Le grand méchant est ici tellement effrayant qu’Hannibal Lecter est à reléguer au niveau de Bambi en comparaison. Tout ici est admirable, on est pris dans une spirale infernale où jamais l’on s’ennuie. Euphorisé par les déclarations de notre grand Dominique, j’ai peut-être eu la main un peu lourde pour la tendresse. Quant à l’humour, c’est ici une question de degrés.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Shelley Winters

Annonce de la mort de Shelley Winters à l’âge de 85 ans. Elle avait débuté à Broadway en 1941, si elle ne répondait pas aux canons de beauté de l’époque, elle était d’une incroyable sensualité, la petite histoire a retenue nombre de ses amants comme Marlon Brando, elle était divorcée de Vittorio Gassman et Anthony Franciosa. La première image qui vient à notre esprit c’est la mère de famille qui consent à être sacrifiée par un pasteur fou joué par l’admirable Robert Mitchum dans “The night of hunter” / “La nuit du chasseur” (Charles Laughton, 1955). On se souvient d’elle en jeune ouvrière séduite et abandonnée par Montgomery Clift “A place in the sun” / “Une place au soleil” (Georges Stevens, 1951), une starlette un peu cruche mais attachante (“The big knife” / “Le grand couteau”, Robert Aldrich, 1955), la mère d’Anne Franck (“The diary of Anne Franck” / “Le journal d’Anne Franck”, George Stevens, 1959), pour lequel elle obtient l’oscar du meilleur second rôle, la mère de “Lolita” (Stanley Kubrick, 1962), une  mère indigne d’une fille aveugle (“A patch of blue” / “Un coin de ciel de bleu”, Guy Green, 1965), aux côtés de Sidney Poitier, où elle obtient un second oscar du meilleur second rôle, impitoyable “Ma Barker” dans “Bloody mama” (Roger Corman, 1970), aux côtés de Robert de Niro alors débutant qui joue son fils, une des victime désignée d’un film catastrophe (“The Poseidon adventure” / “L’aventure du Poséidon” (Ronald Neame, 1972), la concierge revêche du “Locataire” (Roman Polanski, 1975), l’épouse d’Alberto Sordi, dont le fils est abattu par des truands (“Un borghese piccolo piccolo” / “Un bourgeois tout petit petit”, Mario Monicelli, 1977), pour ne citer que quelques titres dans sa riche carrière. Un pincement au coeur particulier pour les cinéphiles, ce jour à l’annonce de sa mort.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Francia Séguy

 Francia Séguy, était une personne attachante qui est désormais une figure familière du cinéma français. Loin d’être une débutante tardive, à la manière d’une Jeanne Calment (dans le film “Vincent et Moi” de Michael Rubbo, aux côtés de Tcheky Karyo, en 1990), elle a plus de 85 ans de carrière, car née en 1914 !

Jacques Richard qui avait eu du nez, la remarque dans plusieurs publicités, et dresse son portrait dans l’excellente “Lettre des comédiens N°19”, en avril 1999. Il la définit comme «une comédienne infatigable» :  de son texte, voici quelques extraits : « … elle débuta en 1916, sur la scène du Gymnase auprès de Madeleine Barjac dans « La Fayette, elle avait dix-huit mois. L’année suivante, elle apparaît à l’écran dans Mater Dolorosa d’Abel Gance. A cette époque on l’appelait la «petite Francia»… », « …Toute une vie au studio, dans des rôles d’enfants, d’adolescentes, plus tard d’adultes ; ou encore sur scène jusqu’à Dieu le savait d’Armand Salacrou en 1951, et dernièrement avec Les portes claquent »…

Elle était aussi monteuse, notamment dans un court-métrage d’Henri Calef : “Fido”. C’était… en 1965. Puis on ne la retrouve comme comédienne que dans un seul film  “Le pélican” en 1973, où elle joue le rôle de la mère du personnage  de Paul, interprété par Gérard Blain, suit une longue période d’absence…

Après plusieurs publicités, le cinéma l’utilise souvent depuis 1996, d’antant plus qu’elle est très à l’aise dans l’humour noir. Elle est la “petite vieille” que rassure Chick Ortéga (lors d’un braquage d’une banque) dans “Dobermann”, lui prêtant de l’argent et lui bouchant les oreilles pour la préserver des détonations. On la retrouve aussi dans le film de Jean-Pierre Mocky Tout est calme où elle forme avec Pierre Gérald un couple à l’aspect charmant… mais dont le but est d’assassiner le Pape! Jean-Pierre Darroussin, l’embrasse spontanément dans la rue, suite à son gain au loto dans “Ah ! si j’étais riche”.

Francia Séguy joue aussi le rôle de la mère d’Annie Grégorio, formant un duo décalé de pompistes, face à un Yves Berteloot désemparé, dans le film à sketches “À vot’ service”, inédit en salles mais diffusé sur TPS. Elle participe aussi à l’accueil frileux de Camille (Grégori Derangère) à Ouessant dans “L’équipier”. Pour la petite histoire, elle venait de se casser la jambe….

L’actrice parcourt aussi plusieurs courts-métrages, participe au “Morning live” sur M6 et aux 11 commandements (elle est le chauffeur du dieu de la blague) aux côtés de son petit-fils Vincent Desagnat. Elle fait d’ailleurs une apparition non créditée, dans un café dans “Le carton” dont il est la vedette. Elle est la mère d’un halluciné Didier Flamand dans “L’ex-femme de ma vie” de Josiane Balasko. Cette dernière, vient à sa rescousse, le forcené contrarié séquestrant cette pauvre femme.

Édouard Baer l’engage en mère de l’atypique Francis Van Litsenborgh et dans son show estival de 2003 sur France 2 :Le grand plongeoir où elle joue du jambon avec un archer de violon… grand moment de non-sens. Elle décède de 24 octobre 2013, Vincent Desagnat lui rendant cet hommage dans les médias “Elle nous laisse beaucoup de bons souvenirs et plus de 50 films. Elle était notre marraine au cinéma, notre marraine de la bêtise. Elle va nous manquer.

Filmographie : 1916   Mater Dolorosa (Abel Gance) – 1918  Fifine (Roger Max) – 1919   Perdue (Georges Monca) – 1920  Le penseur (Roger Max) – 1921  L’ombre déchirée (Léon Poirier) – 1922  Geneviève (Léon Poirier) – 1922  Geneviève (Léon Poirier) – 1923   L’affaire du courrier de Lyon (Léon Poirier) – 1924   L’affiche (Jean Epstein) – 1936  L’appel du silence (Léon Poirier) – 1937  Sœurs d’armes (Léon Poirier) – 1954  Papa, maman, la bonne et moi (Jean-Paul Le Chanois) – 1973   Le pélican (Gérard Blain) – 1993  Fleurs d’automne (Herbstblumen) (Maija-Lene Rettig, CM) – 1996   La pisseuse (Suzanne Legrand & Frédéric Benzaquen, CM) – Dobermann (Jan Kounen) – 1997  Trajet discontinu (Partho Sen-Gupta, CM) – 1998   Tout est calme (Jean-Pierre Mocky) – Pascal et la vieille dame (Wilfried Hureau, CM) – Ce sera du gâteau (Claude Berne, CM) – 1999  Les vieux jours (Angelo Cianci, CM) – La bostella (Édouard Baer) – 2000   Mademoiselle (Philippe Lioret) – Alice ou le cul des autres (Virginie Sauveur, CM) – Le nombril de l’univers (Émma De Caunes, CM) – La malédiction de la mamie (François Desagnat et Thomas Sorriaux, CM) – À vot’ service [épisode “La station service”] (Laurence Katrian, inédit en salles) – Il est difficile de tuer quelqu’un, même un lundi (Éric Valette, CM) – Quand on sera grand (Renaud Cohen) –  Tanguy (Étienne Chatilliez) – 2001   Hiromi (Catherine Villeret & Thomas Cirotteau, CM) – La gardienne du B (Joël Brisse, CM) – Filles perdues, cheveux gras (Claude Duty) – Spartacus (Virginie Covisone, CM) – Monique (Valérie Guignabodet) – Ah ! si j’étais riche (Michael Munz & Gérard Bitton) – 2002   Toutes les filles sont folles (Pascale Pouzadoux) – 2003   Le son de mes pas sur le parquet (Marie Pascaud, CM) – Les 11 commandements (François Desagnat et Thomas Sorriaux) –  L’équipier (Philippe Lioret) – Le carton (Charles Némès) – 2004   L’ex-femme de ma vie (Josiane Balasko) – La vieille dame aux dents jaunes (Fabien Bonali, CM) – 2005  Je vais bien, ne t’en fais pas (Philippe Lioret) – 2007  Le gigot (Thomas Ruat, CM,  sous le nom de “Francia Desagnat”).

Télévision :  (notamment) 1973  Arsène Lupin : La demeure mystérieuse (Jean-Pierre Desagnat) – 1996  Baldi et les petits riches (Claude d’Anna) – 1998   Chez ma tante (Daniel Ravoux) – Papa est monté au ciel (Jacques Renard) – 1999   Louis La Brocante : Louis et la prison de cristal (Pierre Sisser) – Mélissol : La déchirure (Jean-Paul Igoux) – 2002   Les Thibault (Jean-Daniel Verhaegue) – 2004   Une femme d’honneur : complicité de viol (Michaël Perrota)

Remerciements à André Siscot

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Philippe Dumat

Henri Vidal et Philippe Dumat dans "La bête à l'affût"

Henri Vidal et Philippe Dumat dans “La bête à l’affût”

Annonce de la mort du comédien Philippe Dumat, un des plus fameux comédien de doublage, on se souvient de la voix du père dans “Arnold et Willy” ou celle de la série écrite par Roland Topor “Téléchat” (1982-1986), et il était la voix française de Laurence Olivier notamment. On se souviendra de lui comme acteur dans “La bête à l’affût” (Pierre Chenal, 1959) en prisonnier acolyte d’Henri Vidal, libre de ses mouvements pour travailler au noir chez dans le domicile d’un maton incarné par Albert Dinan ou dans “La belle américaine” (Robert Dhéry, 1961), en sous-directeur d’une laverie brimé qui toise avec force sarcasmes son patron joué par André Badin, acteur assez petit de “Monsieur le grand directeur”. Ce dernier offre le costume de Philippe Dumat, à Robert Dhéry en réparation de sa voiture inondée suite à un problème de capote. On le retrouvait comme dans le rôle du directeur d’un cinéma de Reims qui accueille Jean Desailly et Daniel Ceccaldi dans “La peau douce” (François Truffaut, 1963). Dans “Les Gaspards” (1973), à grand renfort de cotillons, il encourageait des touristes allemands kidnappés, à pédaler pour permettre au groupe électrogène d’éclairer une petite communauté cachée dans les profondeurs de Paris. Il prêtait souvent sa voix pour des dessins animés français ou étrangers – “Les aventures de Bernard & Bianca” (1976), “Le Noël de Mickey” (1983), “Basil détective privé” (1986), “Petit Pierre au pays des merveilles” (1990), “Rock-o-rico” (1991), etc… -. À lire l’excellent portait de Rémi Carémel dans OBJECTIF CINÉMA et les réactions érudites de internautes dans le forum de la LA GAZETTE DU DOUBLAGE. C’était une des voix que j’associais la plus volontiers à mon enfance comme celle de “Satanas” dans le dessin animé “Satanas et Diabolo”.

Filmographie : 1950  La passante (Henri Calef) – 1955  Ce sacré Amédée (Louis Félix) – 1956  Reproduction interdite (Gilles Grangier) – 1958  Archimède le clochard (Gilles Grangier) – 1959  Le trou (Jacques Becker) – La bête à l’affût ( Pierre Chenal) – 1960  En votre âme et conscience (Roger Saltel) – L’imprevisto (L’imprévu) (Alberto Lattuada) – 1961  Les lions sont lâchés (Henri Verneuil) – La belle américaine (Robert Dhéry) – Les livreurs (Jean Girault) – 1962  La salamandre d’or (Maurice Régamey) – Les bricoleurs (Jean Girault) – Les veinards [épisode “Le repas gastronomique”] (Jean Girault) – 1963  Pouic-Pouic (Jean Girault) – Faites sauter la banque (Jean Girault) – Les parapluies de Cherbourg (Jacques Demy) –  La peau douce (François Truffaut) – 1964  Jaloux comme un tigre(Darry Cowl) – Les gorilles (Jean Girault) – 1967  Le petit baigneur (Robert Dhéry) – 1969  L’américain (Marcel Bozzuffi) – 1970  Céleste (Michel Gast) – 1971  Die klosterschülerinnen (Eberhard Schröder) – 1972  Prenez la queue comme tout le monde (Jean-François Davy) – 1973  Les Gaspards (Pierre Tchernia) – Et mourir de désir (Jean Bastia) – 1974  Q / Au plaisir des dames (Jean-François Davy) – 1975  L’intrépide (Jean Girault) – 1976  L’année sainte (Jean Girault) – 1977  Le mille-patte fait des claquettes (Jean Girault) – 1983  Le voleur de feuilles (Pierre Trabaud). Télévision (notamment) : 1959  Au téléphone (René Lucot) – 1960  La paresse (René Lucot) – 1962  Leclerc enquête / L’inspecteur Leclerc enquête : Signé Santini (Marcel Bluwal) – 1963  Skaal (Maurice Chateau) – 1966  Monsieur Robert Houdin (Robert Varley) – 1967  Deux Romains en Gaule (Pierre Tchernia) – 1968  Melissa (Abder Isker) – 1969  Laure (Moshé Mizrahi, série TV) – Au théâtre ce soir : Une femme ravie (Pierre Sabbagh) – Au théâtre ce soir : Bichon (Pierre Sabbagh) – 1969  Laure (Moshé Mizrahi, série) – 1970  Vive la vie (Joseph Drimal, 3ème série) –  1971  Au théâtre ce soir : L’amour vient en jouant (Pierre Sabbagh) – 1973  L’espion dormant (Agnès Delarive) – Molière pour rire et pour pleurer (Marcel Camus, série) – 1974  Malaventure : Dans l’intérêt des familles (Joseph Drimal, série) – 1975  Salvator et les Mohicans de Paris (Bernard Borderie et Gilles Grangier, série) – 1976  Au théâtre ce soir : Inspecteur Grey (Pierre Sabbagh) – Marion les vivantes (Gilles Grangier) – Au théâtre ce soir : L’homme qui a perdu ses clés (Pierre Sabbagh) – Le comédien (Jeannette Hubert, captation) – 1977  Ne le dites pas avec les roses (Gilles Grangier, série) – Les cinq dernières minutes : Une si jolie petite cure (Guy Seligmann) – Banlieue Sud-Est : La source & Zézette (Gilles Grangier) – 1978  Au théâtre ce soir : Le locataire du troisième sur la cour (Pierre Sabbagh) – Au théâtre ce soir : Le nouveau testament (Pierre Sabbagh) – Gaston Phébus, le lion des Pyrénées (Bernard Borderie, série) – 1979  Histoires insolites : Le locataire d’en haut (Gilles Grangier) – 1980  Jean sans terre (Gilles Grangier) – Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) – Le vol d’Icare (Daniel Ceccaldi) – Au théâtre ce soir : La maîtresse de bridge (Pierre Sabbagh) -L’aéropostale, courrier du ciel (Gilles Grangier, série) – 1981  Au théâtre ce soir : Le traité d’Auteuil (Pierre Sabbagh).   Voxographie succincte : La honte de la jungle (Jean-Paul Picha & Boris Szulzinger) – 1984  Astérix et la surprise de César (Gaëtan Brizzi & Paul Brizzi)  – 1988  Les p’tits Schtroumpfs (Peyo) – 1998  Babar, roi des éléphants (Raymond Jafelice) – 1992  Les mille farces de Pif et Hercule (Bruno Desraisses & Charles Delatour).

13 TZAMETI

Avant-première hier soir à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux du premier film du cinéaste géorgien Géla Babluani en sa présence. Ce film a reçu au festival de  Venise le “Lion du futur”. prix de la meilleur première œuvre. C’est une œuvre en noir et blanc assez radicale, une vision très noire de l’humanité. Une jeune toiturier, Sébastien – joué par Georges Babluani, propre frère du metteur en scène, qui travaille au noir assiste à la mort d’une overdose de son propriétaire. Il devait des dettes à un certain Pierre Bléreau campé par Jo Prestia, et pour les acquitter devait participer à un mystérieux jeu clandestin préparé dans le secret avec force de précautions et d’organisations occultes. Sébastien qui essaie d’aider sa famille dans le dénuement, vole le billet de train et part pour prendre sa place. Ce film qui reprend la trame du livre d’Horace McCoy “On achève bien les chevaux”, est très bien construit malgré un manque évident de moyens. Le jeu est bien amené, souhaitons qu’Alexia Laroche-Joubert, avec ses scrupules bien connus, ne prenne pas connaissance de ce film sinon on va y avoir droit sur TF1, dans un carnage Endemol – Dans mes grandes résolutions 2006, je promets de ne plus dire du mal de cette engeance, je vais essayer de m’y tenir -. Le réalisateur assez timide d’aspect a montré pourtant une belle détermination de faire un film coûte que coûte. Très critique sur le cinéma français, il a passé 6 mois à tourner son film avec les aléas des contraintes et des comédiens disponibles, quitte à abandonner un plan sur la table de montage. Il cite le cinéma de Sharunas Bartas et les grands films soviétiques des années 60-70, où l’on jetait, dit-il les premiers jours de montage à la poubelle avant de trouver le ton du film. Il a vécu 17 ans en Géorgie et est arrivé en France pour fuir – je le cite – une triple guerre civile.

Il déplore que le cinéma français passe trop de temps en pré-production, malgré les difficultés financières, on sent bien chez lui une grande énergie créatrice, il a d’ailleurs déjà tourné son second film dans des conditions encore plus difficiles. On sent chez lui un sens précis du cadre, de la composition picturale à l’intérieur de celui-ci, il a une position assez vierge dans son cinéma. Le film en lui-même, en dépit de quelques maladresses – quelques ombres de perche dans le pavillon du début -, et il y a une tension chromatique assez forte dans la seconde partie du film, d’un innocent préservé de la sauvagerie par son inconscience. L’autre force du film, c’est son interprétation et là chapeau bas à l’équipe du casting – le réalisateur avoue volontiers ne pas connaître ses acteurs -, car il y a une galerie impressionnante de “tronches”, visages fatigués, rongés, d’amateurs – il cite un exemple d’un employé du Trésor Public, passant un casting sur Internet -, à des comédiens professionnels. Outre Jo Prestia, cité précédemment, on retrouve Aurélien Recoing dans son personnage habituel de celui qui rit quand il se brûle, Fred Ulysse et Vania Vilers en parieurs inquiétants, et il y a surtout Pascal Bongard, dont j’avais parlé pour “La boîte noire”,  qui a une folie singulière. En maître de cérémonie d’une nervosité droopienne, trônant sur une haute chaise d’arbitre de tennis, il continue à nous surprendre, on peut lui trouver un cousinage avec Robert Le Vigan, si on le retrouve souvent dans le cinéma d’auteur français, ses compositions restent presque toujours dans ma mémoire, il peut se faire une place particulière si le cinéma français n’est pas trop frileux à son égard. En définitive Géla Baluani a un univers prometteur avec ce film dans ce film inégal mais hors normes.

APPELEZ MOI COIN DU NANAR

Film distribué par “Europacorp” de l’ineffable tandem “Le Pogam / Besson”, de voir la bestiole ailée qui sévit en long dans un des plus désastreux films de 2005, on s’attend à un petit miracle genre “Trois enterrements”, mais sans trop y croire. Le film commence sur deux marginaux estampillés “Orange mécanique” et leur improbable rencontre avec un Anglais aisé – interprété par un habituel excentrique anglais dont je n’ai pu retrouver son nom et flanqué par Honor Blackman, toujours pimpante en digne lady -. La rencontre improbable vaguement inspiré de l’agression du personnage joué par Patrick Magee, donne le ton, pas de rythme, pas d’idées. Le sujet était pourtant en or avec cette histoire réelle d’Alan Conway se faisant passer pour Stanley Kubrick, profitant de la crédulité de personnages naïfs touchés par le mythe d’un réalisateur qui a vécu reclus dans son manoir anglais. Mais la trame ne sert qu’à un alignement poussif de scènettes, s’inspirant de la vie de cet escroc pathétique, alcoolique et homosexuel. Heureusement le film est sauvé de l’ennui, par le cabotinage éhonté de John Malkovich qui nous livre une composition hallucinante et hallucinée. Minaudant, vitupérant, chancelant, il s’amuse visiblement (ironie du sort un des personnages un critique cite Gore Vidal, sur une pièce où  les acteurs se complaisent entre eux). Il y avait l’idée d’une continuation du formidable “Dans la peau de John Malkovich”, Alan Conway déclarant qu’il a engagé Malkovich pour son prochain film et son interlocuteur lui répond : “John qui ?”, mais ça ne vas pas plus loin, et l’évocation de Spike Jonze ne fait qu’en rajouter à notre dépit.

Malkovich !

Dans une Angleterre plombée, tous les comédiens ne sont que des pantins – à l’exemple du pauvre Richard E. Grant, dans un rôle précieux d’un grotesque achevé -, et les citations de l’univers de Kubrick ne sont pas judicieuse, uen petite panouille de Marisa Berenson et la molle reprise des “tubes” musicaux de Kubrick (Rossini, Strauss and co). Reste à la lecture du générique quelques rendez-vous manqué,  il y a le comédien Robert Powell, oublié depuis les années 70, mais je ne l’ai pas reconnu, de même que le réalisateur Ken Russell, dans une scène de boîte de nuit, c’est dommage, ça pouvait être un petit jeu amusant pour tromper l’ennui. C’est d’autant plus déplorable que les auteurs de ce film sont des proches collaborateurs du maître, le réalisateur Brian W. Cook a été l’assistant réalisateur de nombreux de ces films – c’est son premier film comme réalisateur -, et le scénariste Anthony Frewin à produit un documentaire sur Stanley Kubrick, et a été son assistant depuis les années 60. John Malkovich fait son numéro, on a du mal pourtant à croire à son personnage qui en plus ignore superbement l’œuvre du grand artiste – un petit malin rajoute à sa filmographie “Le jugement de Nuremberg” de Stanley Kramer pour le piéger. Sa “performance” dans le style “chargeurs réunis”, pouvant ranger le Rod Steiger dans ses grands jours au niveau d’acteur chez Robert Bresson en comparaison, est assez vaine, isolée du reste du film.  Mais sa composition finit par petre assez réjouissante à ce niveau de surcharge, et est le seul intérêt de ce film sans invention estampillé ici “coin du nanar”, pour cette raison. Si vous détestez les numéros à épate, ce film est donc à fuir, si vous prenez une certaine délectation sadique à voir un comédien s’enliser dans un film pathétique, ce film est fait pour vous.

THE CONSTANT GARDENER

On craint toujours un peu quand un grand talent comme Fernando Meirelles, ayant eu une consécration internationale avec “La cité de Dieu”, est embauché par le cinéma américain. Cette appréhension est vite dissipée, on retrouve la réalisation nerveuse avec cette adaptation du scénariste Jeffrey Caine du livre de John Carré. L’œuvre est efficace, pousse à la réflexion, pour ce “The Constant gardener” est une réussite, à noter le titre en VO “La constance du jardinier” ne devant pas être assez vendeur. Le couple Ralph Fiennes et Rachel Weisz est particulièrement convaincant, le premier dans le rôle de Justin Quayle, ambassadeur anglais, par sa retenue toute britannique, ne laissant sa peine l’envahir que dans un moment de solitude profond et la seconde en personnage énergique, Tessa Quayle avocate militante qui garde espoir dans une utopie qui ne peut que lui être fatale. Les personnages ne sont pas monolithiques, parfois pris dans leurs contradictions comme les membres du Haut commissariat britannique, dans cette sombre affaire de machination par un important lobby de laboratoires pharmaceutiques, dans une région sinistrée au Nord du Kenya.

Ralph Fiennes & Pete Postlethwaith

Le metteur en scène s’entoure de solides comédiens, dont le trop rare Hubert Koundé, en médecin utopiste, Bill Nighy composant un salaud délectable, Gerard McSorley – La révélation du film  ” Omagh”, en officiel anglais cynique, le buriné Pete Postlethwaith en quête de rédemption ou Danny Huston, en amoureux transi de Tessa pour ne citer que les plus connus.  Tout est ici soigné, et semble rendre justice avec justesse à l’univers de John Le Carré. Une humanité noire est montrée, trouvant le moyen de capitaliser des laissés pour compte, on assiste à une démonstration brillante des différences de mentalités, de privilégiés qui culpabilisent voulant aider des pauvres mourants des conséquences du sida et de la misère. Mais les repères manquent pour eux pour aider des gens dans une société régie par la compromission ou une autre éthique, à l’image de cette pauvre enfant abandonnée à son triste sort pour un problème de règlement. Poignant sans être misérabiliste, ce film nous renvoie à notre confort et nos contradictions, et étudie un couple antinomique dont chacun conserve ses secrets pour épargner l’autre, c’est de plus une belle histoire d’amour, violente et universelle, face à une adversité constante. Le cinéma américain particulièrement acerbe en ce moment, montre toujours sa capacité de concilier divertissement et une approche de notre monde contemporain comme ici avec ce thriller haletant.

LA FILLE DU JUGE

Les œuvres se répondent parfois par les hasards – ou les circonstances ? -de la programmation, vendredi soir c’était la diffusion sur France 3 de “Le secret” de Solveig Anspach assez anecdotique finalement sur Mazarine Pingeot et en salles “La fille du juge” d’après le récit de Clémence Boulouque, la fille du juge Gilles Boulouque “Mort d’un silence”.  Deux enfances face aux affres du pouvoir dans la génération “Mitterrand”. Privilégions ici le second documentaire de William Karel –”Le monde selon Bush” – reprenant un quart de ce texte, réussit avec intelligence et pudeur à le retranscrire sur l’écran, il faut saluer Elsa Zylberstein, qui au service du texte, est la récitante avec beaucoup de justesse et de retenue. Je dois bien avouer être particulièrement sensible à son timbre de voix, mais elle me semble avoir trouvé la distance nécessaire pour éviter tout pathos. Le film commence sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York où Clémence fait ses études, ce qui la ramène aux attentats parisiens de 1985/1986. Le jeune juge Boulouque est charger de ces dossiers dans le cadre de l’interpellation du groupe Fouad Saleh. Suit un feuilleton médiatique assez mouvementé, qui se terminera par le suicide du juge à son domicile en 1990, il avait 40 ans. Ce film documentaire est assez innovant, William Karel respecte le point de vue de Clémence, alors petite fille, l’histoire est vue à travers son regard au travers du travail de son deuil une grande empathie. Le montage habile reprend les archives familiales, et les documents d’actualités de l’époque et notamment les interventions de François Mitterrand et Jacques Chirac alors en pleine cohabitation. A l’image du face à face entre ces derniers, alors candidats aux élections présidentielles de 1988, se renvoient la “patate chaude”, on sent bien que le juge ne sert que de bouc émissaire et est sacrifié sur l’autel de la “Raison d’état”. Le voile sur cette affaire n’est pas complètement levé, c’est le regard d’une famille brisée et meurtrie, sacrifiée qui ici privilégié.

Gilles & Clémence Boulouque

C’est aussi une leçon concernant le journalisme ou la satire, par exemple le juge avait été meurtri, déclare un journaliste, par un dessin de Plantu, montrait un magistrat replet capable de toutes les compromissions en raison de  Gorji – ce dernier suspect avait été relâché en échange de la libération de deux otages au Liban  -. Pris en otage entre la raison du pouvoir, l’abandon du système judiciare à son égard suite à une ironique accusation de viol du secret d’instruction par un des suspects, sa conscience et les menaces qui se font précise, le “petit juge” au regard myope essaie de garder sa probité. La plaisanterie d’un garçon de café plus bête que méchant, un jour de vacances, annonçant au couple Boulouque que des personnes “basanées” cherche à les rencontrer, alors qu’ils n’ont plus de garde du corps, montre la cruauté d’un quotidien qui devient infernal. On tente de comprendre l’incompréhension des gens face à cette famille, à l’exemple de la méchanceté gratuite envers “La fille du juge”. La traversée de cette adversité ne peut se terminer que d’une manière implacable. La manière dont parle Clémence de son père est très digne et très touchante, elle montre une acuité particulière pour parler de sa douleur, de sa famille protégée jour et nuit par des gardes du corps en raison des dossiers brûlants traités par son père. Elle parle de le retrouver tout en s’éloignant avec l’appréhension compréhensible de devenir un jour son aînée, car il est mort jeune. On ressent bien les difficultés de cet homme qui devait tout garder pour lui, à la manière de continuer à jouer avec ses enfants dans des films tournés en  super 8 où en étant très digne dans un entretien TV, en précisant que la difficulté de vivre cette situation est plus compliquée pour ces proches. Son honneur bafoué, il finit par se suicider avec une arme de service, censée le protéger, et dont il ne savait même pas s’en servir. C’était avant Noël, la famille avait fait trop tôt l’arbre de Noël dont la présence paraissait incongrue à Clémence alors âgée de 13 ans, face à ce drame. Très présent dans l’actualité, elle est consciente que l’histoire risque oublier son père, elle définit très justement cet état de fait cruel. Sobre et poignant, ce film est une formidable réussite.