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Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jean-Claude Brialy

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Annonce de la mort de Jean-Claude Brialy, le 30 mai dernier, dans la ville de Monthyon en Seine-et-Marne, des suites d’un cancer. Il était très lucide sur son métier, il confiait à la revue “Cinéma 72” N°163 : “…Etre acteur de cinéma, c’est trop souvent, être privé de toutes responsabilité. Le cinéma est une meule, on vous propose un sujet, vous imaginez quelque chose, vous faites ce qu’on attend de vous et le produit auquel on aboutit n’a aucun rapport avec ce que vous aviez espéré . Bien sûr, si vous êtes une star, on construit le film autour de vous. Il y a aussi les metteurs en scènes avec lesquels on ne risque rien. Mais on ne tourne pas toujours avec Losey, ou avec Rohmer…” Il a traversé le cinéma français sans aucune amertume, et avec une grande autodérision. Mais ce grand comédien ne devrait pas être mésestimé, le public retenant volontiers son image publique, provoquant les sarcasmes de certains humoristes, – Thierry Le Luron, l’appelant avec rosserie “La Mère Lachaise”, comme le rappelait Guy Carlier sur “France Inter” -, car il ne manquait jamais à rendre hommage à ses aînés, et qu’il faisait toujours preuve d’un grand esprit. Né dans une ville de garnison en Algérie, Jean-Claude Brialy a refusé de prendre la relève de la garde paternelle pour devenir artiste, se brouillant ainsi avec sa cellule familiale. Il vivote d’abord comme débardeur aux Halles de Paris ou comme plongeur. C’est au service cinématographique des armées qu’il rencontre Pierre Lhomme, futur chef opérateur et Philippe de Broca. Très rapidement son côté dandy, espiègle et frondeur, plût à la Nouvelle vague, dont il devient le compagnon de route régulier. Claude Chabrol lui donne ses premiers grands rôles. Dans “Le beau Serge” (1957), il joue un jeune bourgeois, revenant dans son village natal pour soigner sa tuberculose et voulant sauver son ami d’enfance Serge – joué par Gérard Blain – de l’alcoolisme et la déchéance. Sur un mode plus léger, il est un des “Paul” chabrolien, étudiant noceur, manipulant le timide Charles – Gérard Blain toujours – dans “Les cousins” (1958). Il devait jouer dans “À double tour” en 1959, mais il est remplacé par Jean-Paul Belmondo suite à un accident de voiture. Dans “Les godelureaux”, il fait une saisissante composition en Ronald, snobinard “gégauffien” cruel et retord. Il retrouvera Chabrol en 1985 dans “L’inspecteur Lavardin” en frère ambiguë et protecteur de Bernadette Laffont. Jean-Luc Godard utilise avec brio son côté ludion dans le court-métrage “Tous les garçons s’appellent Patrick” (1956), où il joue un dragueur invétéré et “Une femme et une femme” (1961) – je reviendrai sur ce film -, en libraire hâbleur. Il fait une courte apparition pour François Truffaut avec Jeanne Moreau dans “Les 400 coups”, il le retrouvera plus longuement en incarnant le confident de “La mariée était en noir” (1967), adaptation de l’oeuvre de William Irish, film souffrant de la transposition d’une histoire américaine dans la province française. Éric Rohmer lui donne l’occasion de montrer une nouvelle face de sa personnalité avec “Le genou de Claire” en 1970, cinquième opus de ses contes moraux. Il remarquable de justesse dans ce rôle de trentenaire, attaché d’ambassade en vacances près d’Annecy. Il s’apprête à se “ranger” en se mariant, mais il sera troublé par la sensualité de jeunes femmes. On le découvre aussi à l’écoute de son partenaire du jeune et déjà bouillonnant Fabrice Luchini. Mais il restait fidèle à ses aînés, alternant ces films avec ceux qualifiés “Qualité France”, mais qui lui permettait de jouer avec ses idoles comme “Et ta sœur”, mémorable nanar où il donnait la réplique à Pierre Fresnay et son idole Arletty. Il était souvent disponible pour de jeunes metteurs en scène, à l’instar de son court rôle de noctambule, qui aime la jeunesse dans “L’amour à la mer” (Guy Gilles, 1961), ne dédaignant pas faire de courtes apparitions par amitié chez  Louis Malle ou Agnès Varda – le petit film muet “les fiancés du pont MacDonald” à l’intérieur du film – “Cléo de 5 à 7” -. Très tôt il aima à jouer avec son image de charmeur très parisien et beau parleur comme dans son rôle d’écrivain dans “Les lions sont lâchés” (Henri Verneuil, 1961), s’il séduit le personnage joué par Claudia Cardinale par ses beaux discours, il se révèle ensuite pitoyable dans l’alcôve. On l’utilise volontiers dans la comédie, où on se sert de son esprit parisien. Il y tire souvent son épingle du jeu, résistant à la “tornade” Louis de Funès dans l’un des sketches du “Diable et les dix commandements” (Julien Duvivier, 1962), où dans “Carambolages”, où il incarne un arriviste cynique voulant prendre la place de son supérieur.  On le retrouve chez Philippe de Broca en fou élégant dans le génial “Roi de cœur” (1966), et dans le mésestimé “Julie pot-de-colle” (1976), où il incarne un austère fondé de pouvoir d’une banque, bousculé par le personnage joué par la pétulante Marlène Jobert.

 

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Avec Bernadette Lafont dans “Le beau Serge”

 

Il se lance dans la réalisation dans les années 70, allant volontiers dans des ambiances surannées pour des films qu’il ne faudrait pas dédaigner. Il trouve l’occasion de donner de beaux rôles à des comédiennes qu’il chérit comme Valentine Tessier en touchante aïeule dans “Églantine” (1971), peut être son meilleur film, racontant les grandes vacances d’un enfant de 1895, ou Marie Bell jouant une patronne d’un bordel breton en 1930 dans “Les volets clos” (1972). Il s’amuse à faire une variante du “Désiré” de Sacha Guitry avec son inégal “L’oiseau rare” (1973), donne un rôle romantique à sa grande amie Romy Schneider dans “Un amour de pluie” (1973), adapte la comtesse de Ségur avec “Les malheurs de Sophie” (1983), tout en tournant des téléfilms souvent historiques.  Les années 70 sont aussi l’occasion pour lui de se montrer à l’aise dans une gravité sereine ou désespérée. Il s’adapte parfaitement à l’univers de Luis Buñuel, en couple avec Monica Vitti dans “Le fantôme de la liberté” (1974), s’indignant devant l’obscénité de photos de monuments historiques avec de déclarer la disparition de leur fillette au commissariat pourtant bien présente à leurs côtés. ll est nommé au césar du meilleur second rôle pour sa composition de procureur tourmenté dans “Le juge l’assassin” (1975) de Bertrand Tavernier. André Téchiné le dirige avec bonheur, en directeur de journal usé face à son destin dans “Barocco” (1976), et le chef d’orchestre alcoolique et homosexuel dans “Les innocents” (1987) – qui lui valu son seul césar, celui du meilleur second rôle-, l’occasion d’émouvoir avec les failles de ses personnages. Il est un remarquable Arsène Lupin à la télévision pour Alexandre Astruc dans “Arsène Lupin contre Arsène Lupin” – disponible en DVD chez L.C.J. Éditions. Dans cette adaptation de “813”, il rend justice à la noirceur du personnage créé par Maurice Leblanc. Il avait d’ailleurs joué l’un des fils, avec Jean-Pierre Cassel, de ce personnage dans l’amusant film d’Édouard Molinaro, “Arsène Lupin contre Arsène Lupin” (1962), l’occasion de retrouver la confrontation de deux élégances dont la mort cette année nous attriste. Il aimait à multiplier les activités investissant dans un restaurant “L’orangerie”,  en devenant organisateur du festival de Ramatuelle, et le directeur du théâtre Herbertot en 1977, puis celui des “Bouffes-Parisiens” en 1986. Il tourne beaucoup dans les années 80, aimant à se moquer de son image – le magnat du disque qui meurt dans l’emphase dans “Suivez mon regard” (Jean Curtelin, 1985), ou l’acteur cabotin d’un théâtre de “Grand Guigol” (Jean Marboeuf, 1986). Il gardait toujours un humour proverbial, même quand il jouait un médecin fou dans “Le démon dans l’île” (Francis Leroi, 1982). Il fallait le voir menaçant, un rasoir à la main, avancer vers une Anny Duperey cherchant désespérément à sortir devant une porte fermée à clé, puis déclarer “Vous voulez que je vous ouvre ?”. Il est un coiffeur homosexuel, poudré et maniéré dans “Le nuit de Varennes” (Ettore Scola, 1981), ému d’avoir pût embrasser Casanova – Marcello Mastroianni -. Ce type de rôle eut des déclinaisons beaucoup moins heureuses comme dans “Lévy et Goliath” (Gérard Oury, 1986), l’enfermant hélas dans un certain stéréotype. En 1990, il trouve l’un de ses meilleurs rôles dans “S’en fout la mort” de Claire Denis, où il est un impressionnant organisateur de combats de coqs clandestins  organisés dans la cave de son restaurant à Rungis, exploitant la misère du lieu. Les cinéastes ne faisant plus preuve d’imaginations à son égard, il se tourne alors vers la télévision, en jouant des personnages récurrents comme dans la série “Ferbac” dans les années 90, où il campe un colonel de gendarmerie menant des enquêtes, puis dernièrement “Le président Ferrare”. Il est vrai qu’il manque à cette époque des rôles à la mesure de son talent à l’instar de sa composition désabusée de l’amiral de Coligny dans “La reine Margot” (Patrice Chéreau, 1993). On le cantonne souvent dans des rôles d’homosexuels mondains comme dans les décevants “People – Jet set 2” et “Quartier V.I.P.”. Bertrand Blier a heureusement dynamité cet emploi en le mettant en couple avec un Pierre Arditi décalé dans le mésestimé “Les acteurs” (1999), et en lui écrivant un dialogue brillant teinté d’amertume sur son parcours de comédien. Le théâtre lui donne par contre plus de satisfactions. Ce conteur infatigable se raconta brillamment dans deux autobiographies dont “Le ruisseau des singes” qui fut un grand succès de librairie. Ce comédien a toujours gardé notre sympathie et la finesse de son jeu, lui qui appréhendait en 1972 son évolution : “…Le métier d’acteur est une sorte de sport. On vous choisit d’abord pour un aspect physique, votre présence, votre silhouette, votre gueule. A l’intérieur, il y a le désir de s’exprimer, et le talent, bien sûr. Encore faut-il trouver le réalisateur qui vous permette de sortir ce qui est à l’intérieur. Après, il faut s’affronter au public.. Puis, il faut tenir, vieillir. Tout le monde n’est pas Gabin”. (“Cinéma 72” N°163). Nous garderons aussi le souvenir d’une grande pudeur et d’une grande sensibilité, dévoilées lors de son retour dans l’Algérie, dans le documentaire “Jean-Claude Brialy, sur les pas de son enfance en Algérie” réalisé par Yannis Chebbi et Michael Kazan en 2006 et diffusé sur “La cinquième”, et qui fit également l’objet d’un livre. On devrait le retrouver en septembre sur Arte dans le rôle de Max Jacob dans le téléfilm “Monsieur Max”, et au cinéma dans “Vous êtes de la police ?” – ex “Les sapins bleus” – de Romuald Beugnon, où il donne une dernière fois la réplique à Jean-Pierre Cassel.

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Dans “Les innocents”

 

Filmographie (initialement établie pour Les gens du cinéma) : 1956  La sonate à Kreutzer (Éric Rohmer, CM) – Le coup du berger (Jacques Rivette, CM) – Tous les Garçons s’appellent Patrick ou Charlotte et Véronique (Jean-Luc Godard, CM) – Élena et les hommes (Jean Renoir, rôle coupé au montage) – 1957  L’ami de la famille (Jack Pinoteau) – Tous peuvent me tuer (Henri Decoin) – Les surmenés (Jacques Doniol-Valcroze, CM) – Amour de poche (Pierre Kast) – Le triporteur (Jack Pinoteau) – Cargaison blanche (Georges Lacombe) – Ascenseur pour l’échafaud (Louis Malle, cameo) – L’école des cocottes (Jacqueline Aubry) – Le beau Serge (Claude Chabrol) – 1958  Une histoire d’eau (Jean-Luc Godard et François Truffaut, CM) – Et ta soeur (En Belgique : Ma soeur exagère) (Maurice Delbez) – Christine (Pierre Gaspard-Huit) – Paris nous appartient (Jacques Rivette) – Les cousins (Claude Chabrol) – Le bel âge (Pierre Kast) – Les 400 coups (François Truffaut, cameo) – 1959  Le chemin des écoliers (Michel Boisrond) – La notte brava (Les garçons) (Mauro Bolognini) – Les yeux de l’amour (Denys de la Patellière) – 1960  Le gigolo (Jacques Deray) – Les godelureaux (Claude Chabrol) – Une femme est une femme (Jean-Luc Godard) – Adieu Philippine (Jacques Rozier, cameo) – 1961  Le puits aux trois vérités (François Villiers) – Amours célèbres [épisode : “Agnès Bernauer”] (Michel Boisrond) – Les lions sont lâchés (Henri Verneuil) – Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda) – L’éducation sentimentale (Alexandre Astruc) – Tire-au-flanc 61 (Claude de Givray) – Les sept péchés capitaux [épisode : “L’avarice] (Claude Chabrol) – La chambre ardente (Julien Duvivier) – Les petits matins (Jacqueline Aubry) – 1962  Les veinards [épisode “Le gros lot”] (Jack Pinoteau, cameo) – L’amour à la mer (Guy Gilles) – Le diable et les dix commandements [épisode “Bien d’autrui ne prendras”] (Julien Duvivier) – Arsène Lupin contre Arsène Lupin (‘Édouard Molinaro) – Le glaive et la balance (André Cayatte) – La banda Casaroli (Florestano Vancini) – 1963  Carambolages (Marcel Bluwal) – Château en Suède (Roger Vadim) – La bonne soupe (Robert Thomas) – 1964  La ronde (Roger Vadim) – La chasse à l’homme (Édouard Molinaro) – Un monsieur de compagnie (Philippe de Broca) – Comment épouser un premier ministre ? (Michel Boisrond) – La bonne occase (Michel Drach) – Tonio Kröger (Rolf Thiele) – Cent briques et des tuiles (Pierre Grimblat) – 1965  La mandragola (La mandragore) (Alberto Lattuada) – Io la conoscevo bene (Je la connaissais bien) (Antonio Pietrangeli) – Viheltäjät (Les siffleurs) (Eino Ruutsabo) – I nostri mariti [épisode “Il marito di Olga] (Luigi Zampa) – 1966  Le roi de coeur (Philippe de Broca) – Un homme de trop (Costa-Gavras) – Le plus vieux métier du monde [épisode : “Mademoiselle Mimi”]  (Philippe de Broca) – 1967  Lamiel (Jean Aurel) – La mariée était en noir (François Truffaut) – Caroline Chérie (Denys de la Patellère) – Manon 70 (Jean Aurel) – Operazione San Pietro (Au diable les anges) (Lucio Fulci) – 1969  Le bal du comte d’Orgel (Marc Allégret) – 1970  Cose di Cosa Nostra (Steno) – Le genou de Claire (Éric Rohmer) – Côté court, côté jardin (Guy Gilles, CM) – 1971  Una stagione all’inferno (Une saison en enfer) (Nelo Risi) – 1972  Un meurtre est un meutre (Étienne Périer) – 1973  L’oiseau rare (+ réalisation) – Un amour de pluie (cameo + réalisation) – 1974  Le fantôme de la liberté (Luis Buñuel) – Comme un pot de fraises (Jean Aurel) – 1975  Les onze mille verges (Éric Lipmann) – Un animal doué de déraison (Pierre Kast) – Catherine et Cie (Michel Boisrond) – Le juge et l’assassin (Bertrand Tavernier) – Les oeufs brouillés (Joël Santoni) – 1976  L’année sainte (Jean Girault) – Barocco (André Téchiné) – Julie Pot-de-Colle (Philippe de Broca) – 1977  L’imprécateur (Jean-Louis Bertuccelli) – Le point de mire (Jean-Claude Tramont) – Doppio delitto (Enquête à l’italienne) (Steno) – La chanson de Roland (Frank Cassenti) – 1978  Robert et Robert (Claude Lelouch) – Le maître nageur (Jean-Louis Trintignant) – 1979  L’oeil du maître (Stéphane Kurc) – Bobo Jacco (Walter Bal) – 1980  La banquière (Francis Girod) – Les uns et les autres (Claude Lelouch) – 1981  La nuit de Varennes / Il mondo nuovo (Ettore Scola) – Notre dame de la croisette (Daniel Schmid, cameo) – 1982  La ragazza di Trieste (La fille de Trieste) (Pasquale Festa Campanile) – Le démon dans l’île (Francis Leroi) – Cap canaille (Juliet Berto et Jean-Henri Roger) – Édith et Marcel (Claude Lelouch) – Mortelle randonée (Claude Miller) – Sarah (Maurice Dugowson) – Stella (Laurent Heynemann) – 1983  La crime (Philippe Labro) – Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré) – 1984  Pinot simple flic (Gérard Jugnot) – Le téléphone sonne toujours deux fois (Jean-Pierre Vergne) – 1985  Le quatrième pouvoir (Serge Leroy) – Le mariage du siècle (Philippe Galland) – Tueur de fous (Guillaume Perotte, CM) – L’effrontée (Claude Miller) – Inspecteur Lavardin (Claude Chabrol) – Un homme et une femme : vingt ans déjà (Claude Lelouch, cameo) – Hypothèse d’un soir (Marie-Christine Fieni, CM) – Suivez mon regard (Jean Curtelin) – 1986  Le débutant (Daniel Jannneau) – Lévy et Goliath (Gérard Oury) – Grand Guignol (Jean Marboeuf) – Le moustachu (Dominique Chaussois) – 1987 Maladie d’amour (Jacques Deray) – Les innocents (André Téchiné) – Maschenka (John Godschmidt) – 1988 Comédie d’été (Daniel Vigne) – C’era un castello con 40 cani / Paradiso dei cani (Au bonheur des chiens) (Ducio Tessari) – 1989 Ripoux contre ripoux (Claude Zidi) – 1990 S’en fout la mort (Claire Denis) – Faux et usage de faux (Laurent Heynemann) – 1991 Août (‘Henri Herré) – 1992 Tous les garçons (Étienne Faure, CM) – 1993 La reine Margot (Patrice Chéreau) – 1994 Le fils de Gascogne (Pascal Aubier, téléfilm diffusé en salles) – Les cent et une nuits (Agnès Varda) – Une femme française (Régis Wargnier) – Il mostro (Le monstre) (Roberto Benigni) – 1995 Beaumarchais, l’insolent (‘Édouard Molinaro) – Les caprices d’un fleuve (Bernard Giraudeau) – Portraits chinois (Martine Dugowson) – 1998 L’homme de ma vie (Stéphane Kurc) – 1999 Les acteurs (Bertrand Blier) – Kennedy et moi (Sam Karmann) – In extremis (Étienne Faure) – Hommage à Alfred Lepetit (Jean Rousselot, CM) – 2000 Concorrenza sleale (Concurrence déloyale) (Ettore Scola) – 2001 C’est le bouquet (Jeanne Labrune) – South Kengsington (Carlo Vanzina) – 2002 Les filles personne s’en méfie (Charlotte Silvera) – 2003  Les clefs de bagnole (Laurent Baffie, cameo) – People – Jet set 2 (Fabien Onteniente) – 2004  Quartier V.I.P. (Laurent Firode) – Quoi ? L’éternité (Étienne Faure, documentaire) – 2006  Mon dernier rôle (Olivier Ayache-Vidal, CM) – Vous êtes de la police ? (Romuald Beugnon).

Voxographie : 1954  Paris mon copain (Pierre Lhomme, CM, documentaire, récitant) – 1961  Goodbye again (Aimez-vous Brahms ?) (Anatol Litvak, voix française d’Anthony Perkins) – 1973  Dreyfus ou l’intolérable vérité (Jean Chérasse, documentaire , récitant) – 1975  Barry Lindon (Id) (Stanley Kubrick, récitant version française) –  1976 Pour Clémence (Charles Belmont, récitant) – 1977 Hooray for Hollywood (Les plus grands moments de Hollywood / Hollywood parade) (Edward Shaw, documentaire, récitant version française)- 1992  Sacha Guitry et les femmes (Pierre Philippe, CM, récitant) – 1993  Monsieur Dior (Franck Maubert & Mathias Ledoux, CM documentaire, récitant).

Télévision (notamment) : 1954  Chiffonard de Bonaloy (Pierre Lhomme) – 1960 Les parents terribles (Jean-Paul Carrère) – 1962 Chéri (François Chatel) – 1964  Il faut qu’une porte (François Chatel, divertissement) – 1965 Anna (Pierre Koralnik) – 1974  La peur des coups (Jeannette Hubert) – 1980 Arsène Lupin joue et perd : 813 (Alexandre Astruc) – 1981 Cinq-Mars (+ réalisation) – 1982 Mozart (Marcel Bluwal) – Caméra une Première : L’accompagnateur (Pierre Boutron) – Quelques hommes de bonne volonté (François Villiers) – 1983  Père Noël et fils (André Flédérick) – 1984 Désiré (Dominique Giuliani, captation) – L’herbe rouge (Pierre Kast) – 1988  Loft story (un épisode) – 1989  Les deux virus (Bruno Gantillon) – Le nègre (Yves-André Hubert, captation) – 1990  C’est quoi ce petit boulot ? (Michel Berny) – 1991 Ferbac : Mariage mortel (Marc Rivière) – L’illusionniste (Michel Treguer, captation) – 1992 Lucas (Marie Trintignant) – Colpo di coda / Échec et mat (José-Maria Sanchez) – Ferbac : Les bains de jouvence (Marc Rivière) – 1993 Sandra, princesse rebelle (Didier Albert) – Ferbac : Le festin de miséricorde (Christian Faure) – Ferbac : Le mal des ardents (Roger Verharvert) – Ferbac : Le crime de Ferbac (Bruno Gantillon) – 1994  La jalousie (Patrick Bureau, captation) – 1995  Sandra princesse rebelle (Didier Albert) – Vacances bourgeoises (+ réalisation) – 1997  Nos jolies colonies de vacances (Stéphane Kurc) – La grande béké (Alain Maline) – Les héritiers (Josée Dayan) – Le comte de Monte Cristo (Josée Dayan) – 1998 Elisabeth / Ils sont tous nos enfants (Pasquale Squitieri) – 1999 La bicyclette bleue (Thierry Binisty) – Les jeunes premiers d’hiers et d’aujourd’hui : Jean-Claude Brialy (Gilles Nadeau, documentaire) –  2000 Nana (Édouard Molinaro) – Les filles à Papa (Marc Rivière) – 2001 Le hasard fait bien les choses (Lorenzo Gabriele) – On ne choisit pas sa famille (François Luciani) – 2003 Le président Ferrare : L’affaire Valéra (Alain Nahum) – 2004 Le président Ferrare : L’affaire Denise Chabrier (Alain Nahum) – 2005 L’étoile noire : Mythes et réalités de la vie des stars (Gilles Nadeau, documentaire) – Les contes secrets ou les Rohmériens (Marie Binet, documentaire) – Le président Ferrare : L’affaire Gilles d’Aubert (Alain Nahum) – Les rois maudits (Josée Dayan) – 2006 Monsieur Max (Gabriel Aghion).

Comme réalisateur : 1971  Églantine – 1972 Les volets clos – 1973 Un amour de pluie – L’oiseau rare – 1979 Les malheurs de Sophie – La nuit de l’été (TV) – 1981 Cinq-mars (TV) – 1983 Un bon petit diable – 1995 Vacances bourgeoises (TV) – 1996 Georges Dandin de Molière (TV) – 1998 La dame aux camélias (TV) – 2000 Les parents terribles (Captation télévisée).

 Bibliographie :

– Auto-biographie “Le ruisseau des singes”  Éditions Robert Laffont 2000

– Auto-biographie “J’ai oublié de vous dire” Éditions Xo, 2004

– Auto-biographie “Mon Algérie” Timée Éditions, 2006 (+ DVD documentaire)

– Jacques Valot et Gilles Grandmaire “Stars Deuxième” Édition Edilig 1989 (+ filmo)

– Stars N¨°39  (Automne 2000)

POUCE ! (OU COMMENT MANIFESTER SA MAUVAISE HUMEUR)

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Peut-on continuer à causer cinoche, alors que le vrai cirque médiatique se trouve désormais plus à l’Élysée qu’au festival de Cannes. Au programme, cumul des mandats, castings originaux en vue de déstabiliser une opposition exsangue, famille d’opérette se pâmant au possible et parité oblige des “fillonettes” qui succèdent aux “jupettes”… Ces dernières ne devraient donc pas piquer dans la “caisse” (arf-arf). Et là une question se pose, le petit Louis S. pourra-t-il percevoir ses indemnités spectacles pour ses précédentes prestations longtemps “floutées”. On est en campagne électorale mais tout de même… La majorité des Français en redemande tendance mélange des genres “poudre aux yeux”…. Histoire d’une “main basse” médiatique sur la démocratie – confère le cas Solly qui part sur TF1 -, gare à la gueule de bois… Avant de sombrer totalement dans l’aigreur, revenons donc un peu s’oxygéner au cinéma. Les temps sont toujours difficile, comme chantait Léo Ferré… Pour peu que “l’amor” et le “trepalium” ne vous donnent pas vraiment de satisfaction, transformant votre vie en désert de “Sergio” Gob(b)i, vous filez donc au cinéma pour vous consoler de votre morne existence. C’est bien connu, quand on n’aime pas la vie, on va au cinéma ! Et là, on vous soumet à une épreuve – d’accord il faut bien être puni pour avoir la carte UGC, mais tout de même -, le “doigt” de “La Société Générale” ! Dans “Signé Furax : La lumière qui éteint”, célèbre feuilleton radio de Pierre Dac et Francis Blanche, il y a le supplice de “Bambino”… Les “babus” pratiquent la torture en passant en boucle la chanson rendue célèbre par Dalida… La victime n’a plus qu’une seule alternative devenir fou. L’adage publicitaire “plus c’est con, plus ça reste dans les mémoires”, est ici à son apogée… On a l’habitude pourtant de ce type de malversation, comme les publicités radios – le lait “Candia” sur France Inter -. Elles sont d’une connerie abyssale, heureusement que l’humour de Guy Carlier vous venge un peu. Mes ces horreurs, en comparaison, deviennent des œuvres d’arts devant un sommet de la crétinerie “séguelesque”. Depuis avril 2006, cette “socgénitale” pub sévit dans les Multiplex – et à la télé mais on peut couper le son -, précédée d’un pseudo-documentaire, making off, ou les premiers pas interminables de jeunes qui débutent dans la vie active, complètement anémié, pour torcher un hippopotame, devenir garde du corps pour V.I.P. ou sauter à l’élastique. C’est hallucinent de fausseté, la mise en scène prise sur le vif, pseudo-zoom pour animer l’ensemble, confine au grotesque. La banque qui se prétend être là pour vous aider, décide de continuer à nous emmerder, en enchaînant par la pub. D’abord, il y a l’horrible musiquette, de “Rollin Dana” chantant “Winchester’s Cathedral”, avec un son proche de l’agonie d’un chat écorché tendance nasillarde. Au bout de la 820 372ème écoute, vos neurones se font la malle, votre sang se glace, vous fermez les yeux, respirez un bon coup devant autant de cruauté. L’image n’est pas triste, un doigt levé géant qui marche – ce serait un pouce, mais après une minutieuse exploration du mien, je ne vois pas grand chose en commun -. Ca pourrait être aussi bien un majeur, le voir ainsi levé nous fait évidemment penser à un geste obscène. Et si c’était un doigt d’honneur géant, une variante des contraintes à la bancarisation chère à Pascal Thomas ? On imagine une provocation inconsciente, avec une cohorte d’huissiers en cas de surendettement. Une créature minaudante pend sa crémaillère. Elle a donc invité ce fameux doigt, lui permettant de s’installer et d’avoir son premier appartement… Le monstre manucuré lui s’agite, tape “l’incruste”, il aide à porter les paquets, fait le D.J., remue d’une manière éhontée… Il n’a même pas l’excuse de l’ivresse, n’ayant pas de bouche on ne voit pas comment il peut se mettre à boire ! Plan final, la pièce est illuminée par un néon géant notifié “Parking” ! La jeune fille a intérêt à installer des doubles rideaux, mais gageons qu’elle risque de garder une solide rancune après quelques nuits blanches passées à dormir au dessus ou à côté d’un parking… La banque est certes prêteuse mais pas au point de pouvoir s’installer dans un endroit calme. Notre symbole phallique géant est par contre bien mieux disposé envers les riches, quand il accompagne de riches seniors golfeurs dans un avion. Si Nietzsche – ou Nike on ne sait plus à force – nous disait “Tout ce qui nous tue pas, nous rend plus fort”, il y a des limites au supportable, depuis avril que l’on se farcie cette horreur ambulante. Le seul pouce que je souhaiterais voir c’est le film de Pierre Badel, avec Guy Bedos, de 1971, disparu de la circulation… Je propose de jeter le sieur Julien Trousselier – ineffable réalisateur de ces sinistres oeuvrette – au rang d’indignité nationale. Car la pub a cet avantage, on est pas obligé d’apposer son nom à ce bassinage généralisé. Heureusement qu’il a eu une parodie de “Groland” chez Canal+, pour nous sauver de cette indigestion… On a envie de crier “Pouce” !

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Georges Aminel

 

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Georges Aminel & Benoît Régent – Photo © Claude Angelini

Annonce de la mort de Georges Aminel, le 29 avril dernier, confirmée par François Justamand aux “Gens du cinéma”. Ce comédien, originaire de la Martinique, de son vrai nom Jacques Maline, fut le premier acteur noir à entrer à “La Comédie Française” en 1967,  avant de démissionner en 1972. On l’associe immédiatement à une des voix de notre jeunesse, il la prêta notamment au personnage de dessin-animé du chat Sylvestre dit “Gros minet” composant avec Arlette Thomas en “Titi” un duo mémorable. Il inventa à l’occasion pour cette version française le chuintement et le fameux “Nom d’un chat” qui devait rester dans nos mémoires. Il avait la stature et la tessiture de voix idéale pour doubler des comédiens magistraux comme Vittorio Gassman “Parfum de femme” (Dino Risi, 1974), Yul Brynner, Orson Welles dans “Paris brûle-t-il ?” (René Clément, 1965), “Casino Royale” (version 1967, dans le rôle du “Chiffre”) et  dans “La décade prodigieuse” (Claude Chabrol, 1971) – mais il ne fut pas très satisfait de la latitude laissée par Chabrol pour ce dernier film selon un de ses dernières interview. Il faisait mouche, notamment en doublant plusieurs rôles dans “Le magnifique” (Philippe de Broca, 1973) où il nous régalait de son humour en doublant Vittorio Caprioli, méchant d’opérette mais aussi Hans Meyer jouant un espion très sérieux. Dans “Tendre voyou” (Jean Becker, 1966), il alterne deux voix différentes dans une même scène de bateau, passant d’un marin noir au commandant du navire allemand, montrant ainsi ses grandes capacités. On lui reprochait parfois de détourner certains doublages à l’instar de celui de Ron Ely dans “Doc Savage arrive” (Michael Anderson, 1975). En apportant une voix “zézéyante”, inexistante en V.O. ? il a donné une réputation de “Nanar” à ce film qui n’en méritait pas temps (Source Wikipédia et Nanarland). Il succéda même à François Chaumette pour trois des volets de la saga de “La guerre des étoiles”, pour nous donner des frissons en “Dark Vador” VF, on ne peut que lui tirer notre chapeau, car la voix originale de James Earl Jones dans ce rôle était exceptionnelle. Pour la petite histoire c’est grâce à la ferveur de ses fans, qu’il avait pu reprendre en 2005, en une heure de temps, cette voix française “Star Wars 3 – La Revanche des Sith”. Vous pouvez retrouver quelques uns de ses plus célèbres doublages dans un des sujets du forum de “La gazette du doublage”.Le cinéma ne lui a hélas pas laissé beaucoup de place comme comédien. On le reconnaît dans un banquet d’étudiants fauchés dans “L’ange de la nuit” (1942), aux côtés d’une autre débutante Simone Signoret. On peut retenir aussi l’avocat mal à l’aise de “Chiens perdus sans collier” (Jean Delannoy, 1956), et l’apprenti dictateur noir dans le curieux “Popsy Pop” (Jean Herman, 1970), où il avait la chance de jouer avec une Claudia Cardinale au sommet de sa beauté. Il a un très joli rôle dans “Les amants de demain” (Marcel Blistène, 1957) qui vient de sortir en DVD chez René Château. Il est très touchant en client habituel du café tenu par Raymond Souplex. Toujours bien habillé, il est à la recherche d’un emploi, sans succès. Il évite de prendre la parole avec son accent créole, on comprend très vite que s’il est toléré, on le laisse en fait à l’écart. On sent dans son personnage une infinie tristesse et une grande détresse, quand il se voit refuser le sourire d’un enfant alors qu’il lui ramasse un jouet, ou quand il essaie discrètement de ramasser un mégot de cigarette, n’ayant plus d’argent. Il aura une grande gratitude auprès du personnage joué par Michel Auclair, qui venu de l’extérieur lui donne un peu d’attention. L’ironie toujours distinguée qu’il donnait à sa voix grave, restera durablement dans l’inconscient collectif de plusieurs générations. Un formidable serviteur du monde doublage, dont les fans déploreront sa disparition. A lire un entretien de lui par François Justamand pour “Objectif cinéma”.

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Filmographie établie avec Armel de Lorme : 1942  L’ange de la nuit (André Berthomieu) – 1943  Le ciel est à vous (Jean Grémillon) – 1944  La cage aux rossignols (Jean Dréville) – 1946  Le cabaret du grand large (René Jayet) – 1954  Le tournant dangereux (René Jayet) – 1955  Chiens perdus sans collier (Jean Delannoy) – 1956  À la Jamaïque (André Berthomieu) – La loi des rues (Ralph Habib) – 1957  Cargaison blanche (Georges Lacombe) – Les amants de demain (Marcel Blistène) – 1960  Le Sahara brûle (Michel Gast) – 1962  Ame qui vive (Jean Dasque, CM) – 1970  Popsy Pop (Jean Herman) – Docteur Caraïbes / L’homme à l’albatros (Jean-Pierre Decourt, sortie en salles des 3 premiers épisodes de la série TV homonyme) – 1971  Les portes de feu (Claude Bernard-Aubert) – 1972  Les tueurs fous (Boris Szulzinger) – 1975  La grande récré (Claude Pierson) – 1977  La vie parisienne (Christian-Jaque) – 1989  Jean Galmot, aventurier (Alain Maline, version longue TV seulement). Nota : Il n’apparaît pas dans les copies existantes des films suivants : 1956  “Porte des Lilas” (René Clair, 1956) et “Le soleil des voyous” (Jean Delannoy, 1966) – dans ce film le rôle du commissaire Leduc est en fait joué par Bernard Charlan – , titres crédités dans les catalogues de Raymond Chirat. Télévision (notamment) : 1956  Les énigmes de l’Histoire : L’énigme du Temple (Guy Lessertisseur) – 1956  Les énigmes de l’Histoire : L’énigme de la Mary Celeste (Stellio Lorenzi) – 1960  Rive droite (Jean-Paul Carrère, divertissement) – 1964  La puissance et la gloire (Claude Barma) – Bayard : Ludovic le More (Claude Pierson) – 1966  Comment ne pas épouser un milliardaire (Roger [Lazare] Iglèsis, série) – 1967  La vie parisienne (Yves-André Hubert) – 1969  Comédie Française : L’émigré de Brisbane (Jean Pignol) – Judith (Robert Maurice) – 1970  Reportages sur un squelette ou Masques et bergamasques (Michel Mitrani) – 1973  Docteur Caraïbes (Jean-Pierre Decourt, série) – Au théâtre ce soir : La tête des autres (Pierre Sabbagh) – 1977  Messieurs les jurés : L’affaire Beauquesne (Frédéric Witta) – 1979  Messieurs les jurés : L’affaire Coublanc (Dominique Giuliani) – 1980  Histoires étranges : La mort amoureuse (Peter Kassovitz) – Le séquestré (Guy Joré) – 1983  Clémentine (Roger Kahane) – 1993  Le siècle des lumières (Humberto Solás).

Voxographie succincte : 1954  Fortune carrée (Bernard Borderie, doublage) – 1959  Les seigneurs de la forêt ( Henry Brandt & Heinz Sielmann , voix du récitant) – 1962  Histoires africaines (Denise Charvein, série TV documentaire, récitant) – Stvoreni sveta (La création du monde)  (Eduard Hofman, animation, voix française) – 1963  L’inconnue de Hong Kong (Jacques Poitrenaud, doublages) – 1964  Moukenge (Denise Charvein, CM documentaire, récitant) – 1966  Tendre voyou (Jean Becker, doublages) – 1969  D’Artagnan (Claude Barma, série TV, voix française de Porthos) – 1975  Tarzan, la honte de la jungle (Picha et Boris Szulzinger, animation) – 1976  Drôles de zèbres (Guy Lux, voix clin d’œil de “Gros minet”) – 1980  The missing link (Le chaînon manquant) (Picha, animation) – Mama Dracula (Boris Szulzinger, voix du récitant) – 1983  Mickey’s Christmas Carol (Le Noël de Mickey) (Bunny Mattinson, version française) – 1986  Big Bang (Picha, animation).

 

ARTICLE Source : AFRICULTURES

Georges Aminel a tiré sa dernière révérence, par Sylvie Chalayepublié le 22/05/2007

Premier acteur noir à entrer au Français, Georges Aminel vient de disparaître à l’âge de 84 ans. Il faisait partie de ces comédiens sans visage que la télévision a fabriqué dans l’ombre du cinéma américain et de ses stars auxquelles il fallait bien donner des voix françaises. On a oublié les traits de l’acteur, mais le timbre de sa voix est resté dans l’oreille de nombreux spectateurs. Qui ne connaît les chuintements de Gros minet ou la magistrale inflexion de la voix française d’Orson Welles ou de Yul Brynner ? Georges Aminel avait du tempérament et une voix profonde qui traduisait parfaitement sa noblesse d’âme et sa hauteur. Fier et entier, il n’avait fait aucune concession à ce métier, où pendant longtemps les acteurs « basanés » étaient restés limités dans des emplois qui correspondaient à leur couleur, et il préféra, dans les années 70, tirer sa révérence et assumer dans l’ombre le jeu d’un acteur qui donne sa voix, mais dont on ne sait rien de la couleur. Il eut ainsi la carrière paradoxale d’un comédien qui connut les feux de la rampe de la Comédie-Française, mais qui eut le courage de démissionner, plutôt que d’être enfermé dans l’image de l’Autre qu’on voulait lui faire systématiquement jouer.

Né à Clichy en 1922, d’un père martiniquais et d’une mère parisienne, Georges Aminel connaît la notoriété en 1954, quand Yves Jamiaque lui confie le rôle de Bistouri dans Negro Spiritual, le médecin philosophe qui ramène ses frères à la raison, et les empêche de commettre un meurtre, et même si la pièce n’est pas un succès, la critique salue avec enthousiasme sa prestation d’acteur.

Jacques Maline (*), qui avait pris le nom de Georges Aminel, avait commencé sa carrière dix ans plus tôt en jouant d’abord de petits rôles : ici un Polynésien muet dans Faux jour de Closson au Théâtre de l’Oeuvre (1941), là un vieux nègre illuminé dans Sud de Julien Green au Théâtre de l’Athénée, ou un gentil sauvage dans une robinsonade (Robinson de Supervielle en 1952). Dès ces années-là, Aminel n’hésitera pas à dénoncer dans la presse la difficulté que rencontraient alors les acteurs noirs : « On rejette les gens de couleur parce qu’ils risquent de vous apporter des ennuis. Il n’y a pas de pièce pour eux. Celles qui ont été montées sont tombées à plat. ». (1)

En 1958, Jean Louis Barrault l’engage, il joue dans Le Soulier de satin, La Vie parisienne, Madame Sans-Gêne… En 1963 Pierre Debauche fait appel à lui pour le rôle d’Holopherne dans Judith de Hebbel, qu’il tournera ensuite pour la télévision avec Maurice Garrel, Pierre Arditi et Evelyne Istria, puis Raymond Rouleau lui donne le rôle d’Alexandre de Médicis dans son Lorenzzaccio. Enfin, ce sera le duc d’York dans Henri VI de Shakespeare que Jean-Louis Barrault monte à l’Odéon. Georges Aminel est alors remarqué par Jacques Charon et Maurice Escande qui l’engagent à la Comédie-Française en 1967, où il sera le premier acteur de couleur. Son premier rôle est celui de Picaluga dans L’Emigré de Brisbane de Georges Shéhadé. Il joua ensuite Pyrrhus dans Andromaque, Don Gormas dans Le Cid, Joad dans Athalie. Il fut un extraordinaire Malatesta, en 1970, dans la pièce de Montherlant.

Il tourna aussi au cinéma pour Claude Bernard-Aubert dans “Les portes de feu” en 1971, à côté d’Annie Cordy et Dany Carrel. Il participa à plusieurs feuilletons populaires à la télévision comme “Le temps des copains” ou “Comment ne pas épouser un milliardaire”.

En 1972, Georges Aminel incarne Oedipe dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon. La pièce est fortement décriée par la critique et on remplace Aminel par Claude Giraud. Bien qu’il fût à quelques jours de devenir pensionnaire [En fait sociétaire, voix commentaires] de la Comédie-Française, George Aminel, démissionna. Déçu par les rôles qu’on lui proposait, il finit par quitter la scène une dizaine d’années plus tard et à se consacrer au doublage. En 1979, avant de renoncer au théâtre, il confiait à Marion Thébaud lors d’un entretien pour le Figaro : « Je suis trop blanc, trop noir, le cheveu trop crépu ou pas assez. Bref, des amis qui me veulent du bien me demandent pourquoi je ne joue pas Othello mais jamais pourquoi je n’interprète pas Macbeth. C’est bien simple, j’ai passé mon temps à me barbouiller et à prendre un accent. Les faits sont là : j’ai débuté dans un rôle de Polynésien muet et depuis je ne compte pas les personnages de chamelier juif, brésilien ou arabe que j’ai endossés. Alors, si parce que mon père est Antillais, je dois toute ma vie incarner des Sud-Américains explosifs ou des Indigènes fanatiques, je préfère arrêter. » (20/06/1979) 1. Le Figaro littéraire, 25 septembre 1967.

(*) L’article initial donnait par erreur Jacques Lamine, comme son vrai nom.

EN COUP DE VENT #1

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Jean Abeillé

Petite rubrique “coup de vent”, imaginée en créant quelques fiches pour “Wikipédia”, histoire de saluer quelques comédiens souvent cantonnés dans des rôles qualifiés parfois péjorativement de seconds plans. Ils font pourtant souvent mouche à la moindre de leurs apparitions, au détour d’un plan dans le cinéma français, à l’instar d’Henri Attal et Dominique Zardi déjà évoqués ici, en attendant un petit hommage consacré à Bernard Musson. Quelques messieurs pour commencer. Vous pouvez trouver plus d’informations pour quelques uns d’entre eux dans le site Les gens du cinéma et dans les ouvrages évoqués ici. Pour les reconnaître il y a aussi l’indispensable trombinoscope de Thelin.

Jean Abeillé : Incroyable “speakerin” dans les émissions de “La 7” qui devint “Arte” par la suite. Sa nochalance est très appréciée de Luc Moullet et Jean-Pierre Mocky.

Edmond Ardisson (1904-1983) : Membre régulier de la troupe de Marcel Pagnol, un tempérament méditerranéen constamment dans la sympathie. Il est le jardinier jovial prénommé Napoléon dans la célèbre “Demoiselle d’Avignon” à la télévision.

Philippe Brizard (1932-) : Malgré ses airs débonnaires, il faut parfois se méfier de lui comme son rôle de “Fanfan” dans la “Scoumoune” (1972), mais il incarne souvent l’ordre et l’autorité.

Paul Bisciglia : (1928). Ce prolifique comédien, spécialisé dans des seconds rôles, a près de 200 films à son actif. On le retrouve souvent dans des personnages souvent gouailleur, tel le comédien marié à Micha Bayard en quête de rôles dans “Le cinéma de Papa”. Il ne dédaigne pas des comédies égrillardes, et on le retrouve régulièrement chez Jean Rollin.

Pierre Collet (1914-1977) : Le planton dans “Les 5 dernières minutes” version Loursais-Souplex, un bon sens et une aptitude peu commune à être complètement dépassé par des personnalités loufoques. Une voix aussi, on retrouve souvent ce comédien solide dans des rôles d’hommes du peuple.

Georges Douking (1902-1977) : Une folie évidente, acteur fétiche de Pierre Chenal, qui a manqué de grands rôles à la fin de sa carrière. Il est le jardinier assassiné par Julien Bertheau dans “Le charme discret de la bourgeoise”.

Henri Lambert (1927-2003) : Comédien très physique, souvent cantonné dans des rôles de brutes ou d’hommes de main, on le retrouve parfois dans des rôles d’inspecteurs.

Robert Le Béal (1915-1996) : Archétype du monsieur distingué, fine moustache et flegme britannique, il fut le fils de Denise Grey dans “La boum” faisant curieusement beaucoup plus âgé qu’elle.

Rudy Lenoir (1913-1995) : Ce strasbourgeois est souvent employé dans des rôles d’officier S.S., de par sa stature et sa calvitie, mais Jean-Pierre Mocky l’intègre dans son bestiaire.

Sylvain Lévignac  (1929-1994) : Une silhouette massive, et un parcours solide de cascadeur. On le retrouve hélas beaucoup dans les rôles d’abrutis de service.

Roger Lumont (1934-) : Une rondeur, une voix – beaucoup de doublage -, cantonné souvent dans des rôles inquiétants, mais on le retrouve aussi dans des emplois plus bon enfant – le commissaire dans l’ineffable “Na !” de Jacques Martin.

Max Montavon (1926-1983) : Caricature d’homosexuel tendance “grande folle” du comique français des années 60 à 1980. Il en fait tellement en policier maniéré, que son partenaire, Serge Gainsbourg n’arrive visiblement pas à contrôler son hilarité dans le film “Trop jolies pour être honnêtes” (1972).

Albert Michel (ou Albert-Michel)  (1909-1981) : Un prolifique archétype du français moyen, souvent odieux ou sans-gênes voire râleur, mais attachant au final.

Jean Ozenne (1998-1969) : Des personnages guindés souvent coincés dans des convenances, une raideur de notable ou de domestiques serviables. Mais avec lui, derrière une apparence austère, la folie n’est jamais loin, du fétichiste des bottines du “Journal d’une femme de chambre” version Buñuel au maître d’hôtel sarcastique lançant des “Mon Dieu” à la cantonade devant les énervements d’un De Funès dans “Le grand restaurant” (1966).

Jean-Pierre Rambal (1931-2001) : Un comédien lunaire, dont le souvenir un tantinet régressif est émouvant pour les vieux enfants qui l’ont vu en professeur Plumecousin dans l’émission “Brok et Chnok” dans les années 70 dans les “Visiteurs du mercredi”. Il fallait le voir en acteur incarnant un pompiste arrosant de fausse essence les seins dénudés de Miou-Miou dans “Josépha” (1981).

Jacques Robiolles : Le moindre rôle de fou lui était dévolu par la télévision française à l’instar d’un adorateur d’une secte animalière dans les excellents “Compagnons de Baal” en 1966. Il cabotine volontiers dans ses emplois. 

Yvon Sarray : Comédien attachant que l’on retrouve souvent dans des feuilletons historiques, mais le cinéma n’aura pas sû l’utilisé autrement que dans des silhouettes.

Jean Saudray (1928-2002) : Une silhouette austère souvent cantonnée dans des rôles “d’affreux”, de bagnards, il était toujours impeccable dans des rôles souvent retords.

Sylvain (Jean Sylvain) (1906-1970) : Une silhouette austère pour des petits rôles de concierges ou d’homme du peuple, à ne pas confondre avec Sylvain Lévignac qui figure parfois avec ce même prénom.

Lionel Vitrant : Ce comédien devenu cascadeur par hasard sur “Le jour le plus long” (1961) , où il joue le parachutiste accroché en haut d’une église, paraît souvent dans des rôles plutôt taiseux comme le fidèle homme de main d’Alain Delon dans “Borsalino  Co” (1974). Son fils Olivier est également cascadeur.

To be continued…

CLERKS II

img514/7284/clerks2fn0.jpg En aparté, dernier salut à un vieux cabot institutionnel qui nous parle une dernière fois, 5 minutes – douche comprise ? -, je ne sais pas si c’est l’effet de la lecture du prompteur ou les affres de la maladie, mais j’ai crû voir un zombie d’un film de Romero mâtiné de Louis XV. On peut lui préférer le génial Robert Hirsch nous livrant un formidable numéro lundi soir à la cérémonie des Molières avec un grand sens de l’autodérision et du panache. Pour rester dans une certaine inanité , j’ai vu “Clerks 2” avec un vague bon souvenir du premier opus, “Clerks, les employés modèles”, film fauché en noir et blanc. Nous étions 2 dans la salle, et j’avais l’appréhension morose de m’attendre à voir exploité à l’envi de filon de ses employés minables – après  “Clerks, The cartoons”, la série TV)- .  La vulgarité est à la mode, citons Jean-Marie Bigard et son célèbre poil de cul dans la savonnette, il fallait le voir un jour chez Michel Denisot, louer que son anus soit érogène pour finir par demander à la belle Valeria Golino s’il peut se caresser quand elle parle… Il finit légitimement par grossir la longue liste des souteneurs de Nicolas S. N’est pas Rabelais qui veut, faire frémir nos zygomatiques avec quelques énôôôrmités n’est pas donné à tout le monde. Il faut un sacré talent pour nous amuser avec ces matières, mais bonne surprise c’est le cas ici avec ce film de Kevin Smith. On le retrouve donc douze ans qui joue avec nos “nerds” Dante Hicks – Brian O’Halloran, la trentaine fatiguée – et Randall Graves – Jeff Anderson, et son sempiternel petit côté potache -, travaillant désormais dans la restauration rapide, Randal ayant oublié d’éteindre la cafetière et ayant mis le feu à son magasin. Dante doit se marier avec une femme aisée, et veut quitter le fast-food.

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Rosario Dawson & Brian O’Halloran

Randal appréhende de se retrouver seul, et se console en faisant du jeune cuistot du lieu son souffre-douleur, ce qui est d’autant plus aisé que ce dernier est fan des “Transformers”.  Dante a lui des affinités, avec la gérante du restaurant, la belle Becky – Charmantissime Rosario Dawson, venant du vivier Rodriguez-Tarantino, dans un rôle plus sage qu’à l’accoutumé-. Jay et Silent Bob – Jason Mewes et Smith himself -, zonards dealers qui viennent de purger une peine de prison, retrouvent leurs marquent en végétant devant le restaurant. Kevin Smith joue avec bonheur avec la vacuité de son scénario, pour preuve il y a même une apparition de Ben Affleck – du latin « affligere » -. La modestie du traitement finit par donner un résultat assez plaisant. Dans un jeu “tarantinien” d’éloge de la sous-culture, il continue à nous amuser, les fans de « La guerre des étoiles », devant composer désormais avec ceux du “Seigneur des anneaux”. Randal, éternel “adulescent”,  finit par accuser une sorte de “coup de vieux”, comme dans la scène où il est humilié par le décalé Jason Lee. Il se paie même le luxe de flirter avec la mièvrerie. Mais les personnages évoluent, trouvant une gravité inattendue avec la maturité, la manifestation d’une jovialité permanente finit par lasser place à une inquiétude sourde à l’avenir. Mais le mauvais goût assumé de situations vraiment scabreuses est ici assez réjouissant, on retrouve avec plaisir la scène culte de Jay, rejouant la célèbre danse de Ted Levine dans “Le silence des agneaux”.  Au final, même si curieusement il y a un conformisme inattendu, c’est une bonne surprise, surtout en comparaison avec le tout venant des comédies françaises actuelles. A défaut d’originalité, ce recyclage se révèle assez réjouissant. Le film est un peu à l’image de la scène ahurissante avec l’âne, “c’est dégoûtant, mais on ne peut pas s’empêcher de regarder”.

TRÈS BIEN MERCI

img148/8024/trsbiennl5.jpg Alex et Béatrice – Gilbert Melki et Sandrine Kiberlain – sont un couple sans histoires et sans enfants. Ils plient un peu l’échine face aux agressions du quotidien. Elle conduit un taxi, rongeant son frein quand ses clients lui font des caprices selon le bon principe du client qui est roi – dont Camille Japy, irrésistible ici, mais c’est normal on n’est pas ici chez Eric-Emmanuel Schmitt…-. Lui est un expert comptable sous pression permanente de son patron – Christophe Odent, excellent en chéfaillon méprisant -. Il défend mollement son collègue Landier – trop rare Olivier Cruveiller qui incarne un sympathique combinard – qui en tant que représentant gruge sur la note de frais, et est de ce fait le candidat idéal pour un licenciement. Quelques signes avants coureurs de son avant coureur, finissent par surgir chez Alex, notamment quand il se laisse à fumer en cachette dans les toilettes et finit par être verbalisé dans le métro pour sortir son indispensable cibiche. Un soir Alex s’arrête devant un banal contrôle d’identité fait par la police sur un jeune couple. Il regarde cette action et finit par sa seule présence par énerver les représentants de la loi, ce fait anodin finit par atteindre des proportions inattendues. Après une nuit au poste assez rude, il réclame le commissaire des lieux, qui reste tragiquement absent. Il va atterrir sans rien comprendre dans un hôpital psychiatrique, les policiers ne comprenant pas que l’on puisse remettre en question la suprématie de leur autorité. Gilbert Melki, assurément l’un des plus grands comédiens du cinéma français, avec humour et une grande justesse, excelle dans ce rôle d’homme ordinaire, fatigué, résigné et sans histoire Il finit par ne plus vouloir joué le jeu des apparences, quitte à se laisser choir. Sandrine Kiberlain joue avec retenue son épouse, qui en voulant l’aider finit par l’enfoncer sans le vouloir, dans une scène d’une absurdité assez réjouissante avec Frédéric Pierrot en interne surmené qui le fait hospitaliser sans le voir. Au contraire d’un Nicolas S., candidat à la Présidence à la sortie du film, qui avait eu un lapsus intéressant “J’ai connu l’échec et j’ai dû le surmontrer” –. Alex perplexe , “sousmontre” les épreuves. Comme badaud de lui même finit par devenir le propre spectateur de sa propre détresse subie.

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Gilbert Melki

Il finit même par trouver un avantage, son hospitalisation finissant par lui donner l’occasion de souffler un peu. Difficile de ne pas évoquer Franz Kafka, d’autant plus qu’il y a dans ce film également un humour omniprésent devant l’incongruité des situations. Cette drôlerie en filigrane, finit par nous aider à supporter, une tension constante, Emmanuelle Cuau joue avec nos peurs, celle du chômage , de l’échec et d’un stress que l’on arrive plus à contenir. Elle avait montré déjà beaucoup de talents avec son “Circuit Carole” sorti en 1995 avec Laurence Côte et Bulle Ogier. Sur un ton intimiste, elle analyse avec finesse les mécanismes de notre société. En prenant le parti-pris du réalisme, on est amené à réfléchir sur son propre sort, la manière dont une vie peut changer si on finit par ne plus respecter les “cases” qui nous sont réservées dans notre société. On finit par réfléchir sur son égoïsme, ses capacités à être rassurés avec ses petits enfermements balisés. Il y a un ici un constat amer, sur la manière d’être démuni que l’on peut avoir devant les autorités ou les notables, à l’image du grand moment d’humour noir, où une psychiatre incarnée avec autorité par Catherine Ferran, où son personnage explique comment Alex a tenté de se suicider en se jetant au travers d’une fenêtre fermée, alors qu’il est victime d’un accident. Le film laisse des avis assez tranchés, entre ceux touchés par ce film et ceux franchement agacés par son traitement. Les films qui respirent l’air du temps ne sont pas si nombreux dans le cinéma français. Souhaitons que ce film ne soit pas un avant goût de nos 5 prochaines années, si on voit ce film à l’aune de la victoire d’une droite qui se veut autoritaire. A l’instar d’Annie Cordy, notre icône politique de la droite décomplexée pourrait bien chanter à notre petit valeureux peuple franchouille – mais l’idée politique chagrine qui s’offre en concurrence l’ordre juste et le drapeau français est gratinée également – : “Tu m’as voulu(uuu)e – Tu m’as eu(uuu)e – Tu m’as choisi(iii)e – C’est tant pi(iii)s…”. En attendant on peut toujours se consoler avec ce film salutaire, nous offrant une réflexion à contre courant du climat ambiant.

LE COIN DU NANAR : LA GRANDE MAFFIA…

Une pensée pour ce pôôôvre Vincent Bolloré qui est dans la tourmente…. Il est difficile de ne pas s’émouvoir devant le sort de cet homme, 451ème fortune mondiale, ce qui est assez chiche, convenons-en, même pour la France qui se lève tôt. Pourtant, pour recevoir un nouvel élu de la république – confit dans son arrogance – dans son joyeux yacht Paloma, il a dû en faire des efforts et des sacrifices. Prenons en exemple sa chaîne, Direct 8, petit prodige du PAF… En effet, on peut faire une chaîne de la TNT dans l’improvisation, avec le budget d’une télé locale ou d’un pays de l’Europe de l’Est au P.I.B. anémique. Enfin les amateurs, les hésitants peuvent faire leurs premières armes sans être dérangés par le CSA, qui touchée par cette maladresse, a enfin l’occasion de baisser les armes, en louant cette capacité de faire de la télévision sans la moindre idée saugrenue d’innovation. On exhume en passant quelques animateurs de la trash TV, trouvant le moyen d’expier leurs fautes dans l’honneur, la France du mérite, quoi… Mine de rien, cette chaîne, au moins, montre la grande richesse de l’identité nationale notre grand cinéma. Prenons en exemple, “La grande maffia….”, film de 1971 de notre génial Philippe Clair, une rareté, s’il en est… Merci Vincent, grâce à vous, enfin, nous avons l’occasion de voir cet incunable de notre cinéma. L’histoire est assez édifiante, Modeste Miette – Francis Blanche qui semble moyennement être concerné par l’agitation ambiante -, est employé timoré de la banque Rotfeller – mort de rire ! -. Ce bureaucrate est en prime allergique à la paperasse… qui lui déclenche une allergie ! Trois truands se sont infiltrés dans les lieux – les “Tontos” (sic), trio de comique italiens dont Aldo Maccione, 1 an après sa découverte en France dans “Le voyou” de Claude Lelouch -. Ces criminels maffieux sont assez potaches, allant jusqu’à humilier constamment le pauvre Modeste, qui trompe sa frustration en lorgnant sur la superbe plastique de Chantal Nobel, figurant une secrétaire sexy. Il y a bien Mlle Pussiau – Micha Bayard irrésistible et pour une fois dans un rôle sympathique -, qui est amoureuse transie de Modeste, mais son air rébarbatif et son improbable perruque filasse, n’aident pas beaucoup à sa séduction. Les facéties continuent, entre deux entraînements forcés d’un petit chef de service énervé et bondissant, qui pousse ses troupes à l’excellence – joué par Sim, toutes ressemblances… -. Epuisé, Modeste finit par avoir une crise cardiaque, après avoir trouvé une souris blanche tontosienne placée dans son tiroir. Le bouche-à-bouche de Mlle Pussiau, n’étant pas très efficace – elle aspire… -, un interne survolté qui se prend pour un toréro – André Gilles, comédien souvent sous-utilisé -, finit par se prendre pour le professeur Barnard, et lui greffe le cœur du chef des Tontos, celui d’Al Cartone – re-mort de rire…-. Modeste avec son nouveau cœur finit par se prendre pour le célèbre gangster. Les pères des tontos – Michel Galabru, Achille Zavatta et Serge Davri, qui heureusement pour eux n’ont que deux scènes, finissant en prison, Norbert devient le nouveau chef maffieux, gageons que Francis Coppola, a du s’inspirer de ce film pour son célèbre “Parrain”. 

Francis Blanche

Philippe Clair, avec son bagou, habituel, aime à envoyer valdinguer le bon goût, il raille tout ce qui est à sa portée, en franchissant allégrement la ligne jaune, en se moquant des nains, des obèses, des déviants de toutes sortes. Mais concédons lui d’avoir voulu sortir le cinéma comique français de l’ornière du vaudeville. Mais c’est pour se planter assez lamentablement, il fait de grands efforts assez vains d’accélérations, de distorsions d’images, et d’accélération généralisée des plans à défaut de lui donner du rythme. On sourit à quelques gags, comme un liquide vert coulant d’un feu rouge détruit, mais l’ensemble est assez vain. Il était pourtant visible que Philippe Clair avait pensé aux Marx Brothers, de par la manière de laisser toujours une dizaine de personnes dans chaque plans. L’absurdité générale finit par avoir son charme, comme Francis Blanche attaquant une banque déguisé en “Papa Schultz” du film de Christian-Jacque “Babette s’en va-t-en guerre”, en déclarant : “C’est un costume qui me restait d’un vieux film” ! Les dialogues sont débiles à souhait, ce qui ne gâte rien, exemple : – les Tontos (avec accent italien) : “On était sûr Jour H, que c’était l’heu(o)re J”, Michel Galabru : “L’orgie ? Ah non, l’heure J”… Mais il y a une distribution hallucinante, Jean Rupert, Gilbert Servien et le cher Henri Attal en employés de bureaux, Annick Berger en mamma envahissante, Dominique Zardi et Gérard Croce en gangsters idiots, les nains Roberto – dans trois rôles – et Jimmy Karoubi en petit président de la banque, dont la petite taille est jugée comme nuisant à la crédibilité de sa fonction – toutes ressemblances…- , Rudy Lenoir en fumeur de cigare chauve, Bernard Lavalette en notaire bafoué, Ibrahim Seck en gangster noir qui bien évidemment veut manger Francis Blanche, Georges Douking en faux aveugle, Yves Barsacq en policier, Pierre Repp sempiternel bafouilleur dans son sketche habituel – il se définit comme premier sinistre !, Amarande en veuve délurée, Carlos – soutien de…-  en gendarme de campagne, et même Sidney Chaplin – fils de Charles Spencer – en banquier idiot. On retrouve même Philippe Clair agité au-delà du burlesque en curé pied noir énergique. Tous ce petit monde est bien évidemment en roue libre, et semble beaucoup s’amuser… Nous un peu moins. Mais ne disons pas trop de mal des ringards, car s’ils vous soutiennent, ils peuvent vous apporter la victoire… Le film vaut bien un label nanar culte, car Philippe Clair a une énergie débordante et le film se voit sans trop de déplaisir. L’excellent site Nanarland en parle d’ailleurs avec brio, comme “une coke filmique”. A lire leur analyse jubilatoire de ce film ici. Message personnel à Monsieur Vincent et son Direct 8 : Encore ! le potentiel de nanars du cinéma français étant inépuisable…

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Gordon Scott

img329/3261/scott2ta5.jpg Mort de Gordon Scott, à 80 ans, le 30 avril dernier à Baltimore, Maryland, des suites de complications des plusieurs opérations cardiaques en ce début d’année. Il né en 1927, dans une famille immigrée autrichienne installée à Portland, plus grande ville de l’état de l’Orégon. Après de brèves études à l’université de Portland, il s’engage dans l’armée de 1944 à 1947. Ce sportif émérite, il excelle dans le judo et les arts martiaux, est remarqué par deux agents d’Hollywood, en 1953, dans un petit hôtel de Las Vegas, où il travaille comme maître nageur. Ils travaillaient pour le producteur Sol Lesser, qui avait une franchise pour adapter le célèbre personnage inventé par Edgar Rice Burroughs. Il est choisit pour succéder à Lex Barker notamment, pour incarner “Tarzan”, pour une série de 6 films, grâce à ses qualités physiques, ses capacités dans la natation et son corps de culturiste. Il est le onzième à tenir se rôle, et se place rapidement comme l’un des dignes héritiers de Johnny Weissmuller. Il était l’époux de l’actrice Vera Miles, qui fut sa partenaire dans “Tarzan chez les Soukoulous”, de 1954 à 1959. De cette union naquit un fils Michael. Le cinéma italien se l’accapare pour des films divertissants, chers aux amateurs du “cinéma de quartier”. péplums tel “Romulus et Remus”, il incarne Remus face à son homologue Steeve Reeves dans le rôle de Rémus, auquel on le compare souvent. On le retrouve aussi bien dans le western européen, en chasseur de bisons dans “Buffalo Bill, héros du Far west”, que dans la mythologie gréco-romaine pour terminé dans deux films d’espionnage. Il incarne aussi bien Zorro, que Maciste poursuivant ses exploits à la cour de Chine ou luttant contre un être au pouvoirs surnaturels, ou Goliath. On le retrouve même en Jules César face à Pascale Petit dans “Cléopâtre une reine pour César”, le temps d’une apparition à la fin du film, cette dernière émergeant nue d’un tapis déroulé à ses pieds. En 1967, il arrête sa carrière avant d’atteindre la quarantaine. Avec lui disparaît un certain âge d’or du cinéma italien et de divertissement, même si parfois historiquement fantaisiste, les cinéastes imaginatifs faisait souvent preuve de savoir faire et d’imaginations face à des problèmes de budget. Si les amateurs du genre préfère lui reconnaître ses qualités physiques à son jeu d’acteur, il a pourtant marqué le cinéma de genres de son empreinte.

“Le géant à la cour de Kublai Khan”

Pour conclure, dans l’excellent livre d’entretien d’Éric Poindron, “Riccardo Freda un pirate à la caméra” (Institut Lumière/Actes, 1995), page 291, Freda parlait de son “Maciste” ainsi : “…Gordon Scott était un type gentil et très attentif autant dire parfait pour ce genre de rôle. Il n’est pas devenu célèbre pour une raison simple, il était sympathique, reconnaissant, généreux” (…) “…Une anecdote amusante, c’est la séquence  où Maciste doit sauver le prince de la fosse au titre. Maciste saute dans la fosse et prend le prince dans ses bras. Pour cette séquence nous endormions un peu le tigre en lui faisant une piqûre anesthésiante dans la queue… Mais après plusieurs piqûres, l’anesthésie n’était plus aussi efficace. Quand nous avions jeté le prince, qui était joué par un étudiant coréen, le tigre était réveillé, et le prince terrorisé. Maciste saute dans la fosse, soulève le tigre et l’écarte. Au moment de sortir de la fosse avec le prince, Gordon Scott fait une grimace épouvantable… A la fin du plan, je l’insulte, je lui demande pourquoi il fait cette grimace et il me répond : “Mais Riccardo, le Coréen, il a “fait” dans son pantalon royal !”…”.

 

Filmographie (établie avec Christophe Bier) :1954  Tarzan’s hidden jungle (Tarzan chez les Soukoulous) (Harold D. Schuster) – 1955  Tarzan and the lost safari (Tarzan et la safari perdu) (H. Bruce Humberstone) – 1958  Tarzan’s fight for life (Le combat mortel de Tarzan) (H. Bruce Humberstone) – Tarzan and the trappers (Charles F. Haas et Sandy Howard, TV) – 1959  Tarzan’s greatest adventure (La plus grande aventure de Tarzan) (John Guillermin) – 1960  Tarzan the magnificent (Tarzan le magnifique) (Robert Day) – 1961  Maciste contro il vampiro (Maciste contre le fantôme) (Giacomo Gentillomo & Sergio Corbucci) – Romolo e Remo (Romulus et Rémus) (Sergio Corbucci & Franco Geraldi) –  Maciste alla corte del Gran Khan (Le géant à la cour de Kublai Khan, Belgique Kublaï Khan et le géant de Mongolie) (Riccardo Freda) – 1962  Il gladiatore di Roma (Le gladiateur de Rome) (Mario Costa) – Il figlio dello Sceicco (Le retour du fils du Cheik) (Mario Costa) – Una regina per Cesare (Cléopâtre, une reine pour César) (Piero Pierotti & Victor Tourjansky) – Il giorno più corto  (Sergio Corbucci ) – 1963  Zorro e i tre moschettieri (Zorro et les 3 mousquataires) (Luigi Capuano) – L’eroe di Babilonia (Hercule héros de Babylone) (Siro Marcellini) – Goliath e la schiava  ribelle (Goliath et l’Hercule noir) (Mario Caiano) – Il leone di San Marco (Le lion de Saint-Marc) (Luigi Capuano) –  Buffalo Bill, l’eroe del Far West (Buffalo Bill, le héros du Far West) (Mario Costa) – Coriolano, eroe senza patria (La terreur des gladiateurs) (Giorgio Ferroni) – Ercole contre Moloch (Hercule contre Moloch) (Giorgio Ferroni) –1964  Il colosso di Roma (Le colosse de Rome) (Giorgio Ferroni) – 1965  Gli  uomini dal passo pesante (Les forcenés) (Mario Sequi & Albert Band) – Hercules and the Princess of Troy (Albert Band, TV, 48 minutes) -1966  Il raggio infernale / Nido de espías (Le rayon infernal) (Gianfranco Baldanello) –  1967  Segretissimo / Secretesimo (Le requin est au parfum) (Fernando Cerchio).

©   Le coin du cinéphage (reproduction strictement interdite, textes déposés)

 

Fragments d’un dictionnaire amoureux : André Valardy

Jacques Mazeau & Didier Thouart  dans “Les grands seconds rôles du cinéma français” (Pac, 1984), précieux livre hélas épuisé, saluait le grand talent de ce comédien. Son visage très mobile et son habituel petit air goguenard faisait merveille dans bien des comédies. Ce comédien belge est mort à Paris, le 30 avril dernier à Paris, des suites d’un cancer, à l’âge de 68 ans. Au cinéma, il excelle en journaliste minable, collègue de Jean Rochefort, découvrant des martiens – nommés les Gammiens -… en Bretagne ! dans l’ahurissant “Ne jouez pas avec les martiens” (Henri Lanoë, 1967). On le retrouve en automobiliste baba-cool pris en stop par Jacques Brel dans “L’emmerdeur” (Édouard Molinaro, 1973), ou en syndicaliste profitant de la sympathie qu’il suscite auprès de son patron incarné par Pierre Mondy dans “Le téléphone rose” (Molinaro toujours, 1975), pour tirer son épingle du jeu lors de grèves. Il est irrésistible en psychologue d’entreprise utilisant la malchance de François Perrin, joué à la perfection par Pierre Richard dans “La chèvre” (Francis Veber, 1981). Il trouve l’un de ses meilleurs rôles à la télévision dans l’épisode “Urbain” de la série “La ligne de démarcation” (Jacques Ertaud, 1973). Il incarne un citoyen belge débrouillard, qui se lance dans la résistance avec beaucoup d’enthousiasme, face à un Louis Lyonnet – comédien mort en février dernier – intrigué. Son personnage se sert de ses qualités sportives, en se déguisant en coureur cycliste pour passer des documents. Les soldats allemands le laissent passer… en l’applaudissant ! Il restait fidèle au théâtre où son univers non-sensique à l’instar d’un Jean-Paul Farré, faisait merveille. Il connut aussi une grande popularité à la télévision avec des émissions comme “Allons raconte”, “L’académie des 9”, “Le bon mot” ou “La classe”. En 2003, il se produisait dans son one-man-show “André Valardy – Un monde fou… fou… fou…”, co-écrit avec Jean-François Champion et Jean-Marc Ferréol, où le L.S.D. devenait “Le Lifting Sans Douleur,” ou l’.E.T.A., “Épilation Traitement Assuré” (Source Théâtre on line.). On le retrouvait rarement sur un grand écran ces derniers temps, mais il marquait toujours la moindre de ses apparitions. Citons le montreur d’ours ébaubi de voir son ours “divinisé” se mettant à parler dans “Que la lumière soit !” (Arthur Joffé, 1997), le fantôme du père de Sophie Marceau, danseur de claquettes dans “La fidélité” (Andrej Zulawski, 1999), et l’acteur cabotin de théâtre, capitalisant sa popularité pour avoir été la vedette d’un feuilleton des années 60 en restant suffisant dans “30 ans” (Laurent Perrin, 2000). Il avait réalisé trois courts métrages, dont “L’erreur est humaine” (1984), avec Renée Saint-Cyr, Marthe Villalonga et Alain Flick, racontant les déboires d’une vieille dame qui devient bonne dans un immeuble et “Le fauteuil magique” (1992) avec Marthe Villalonga et Olivier Lejeune, mettant en scène un jeu télévisé. A lire l’hommage de Donatienne Roby pour Les gens du cinéma. 

Annonce également de la mort du comédien italien Luigi Filippo d’Amico le 28 avril dernier.

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André Valardy au théâtre Saint-Georges à Paris, en juin 1989

Filmographie (établie avec Christophe Bier) : 1959  Les frangines (Jean Gourguet) – 1966  Bang-Bang (Serge Piollet) – 1967  Ne jouez pas avec les Martiens (Henri Lanoë) – 1971  Papa, les petits bateaux (Nelly Kaplan) – 1973  L’emmerdeur (Édouard Molinaro) – Les aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury) – 1974  Parlez-moi d’amour (Michel Drach) – L’important c’est d’aimer (Andrzej Zulawski, rôle coupé au montage) – 1975  Le téléphone rose (Édouard Molinaro) – 1976  Bobby Deerfield (Id) (Sydney Pollack) – 1977  Monsieur Papa (Philippe Monnier) – Le point de mire (Jean-Claude Tramont) – La raison d’état (André Cayatte) – 1979  Nous maigrirons ensemble (Michel Vocoret) – Les Charlots en délire (Alain Basnier) – Je vais craquer (François Leterrier) – 1980  Rendez-moi ma peau (Patrick Schulmann) – Faut s’les faire ces légionnaires ! (Alain Nauroy) – 1981  La chèvre (Francis Veber) – 1982  Légitime violence (Serge Leroy) – Les voleurs de la nuit (Samuel Fuller) – 1983  Attention ! une femme peut en cacher une autre (Georges Lautner) – Amercian Dreamer (titre vidéo : Une américaine à Paris) (Rick Rosenthal) – 1984  Sous peine de poursuite (Vincent Vidal, CM) – 1986  Lévy et Goliath (Gérard Oury) –  1987  En toute innocence (Alain Jessua) – 1995  Iraé (Alain Bellon, CM) – 1997  Que la lumière soit ! (Arthur Joffé) – 1999  La fidélité (Andrzej Zulawski) – 30 ans (Laurent Perrin) – 2006  Nothing sacret (Dylan Bank & Morgan Pehme). Comme réalisateur-scénariste : 1984  L’erreur est humaine (CM) – 1992  Le fauteuil magique (CM) – non daté : “Boule de haine”.

Télévision(notamment) : 1968  Ton sur ton (Georges Barrier, variétés) – 1970  Une heure, une vie (Alain Dhénaut) – 1973  Il faut que le Sycomore coule (Jean-Paul Sassy, captation, captation) – La ligne de démarcation : Urbain (Jacques Ertaud) – 1974  À dossiers ouverts : La malédiction de l’ogre (Claude Boissol) – 1974  Messieurs les jurés : L’affaire Varney (André Michel) – 1978  Ce diable d’homme (Marcel Camus, série TV) – 1980  Petit déjeuner compris (Michel Barny, série TV) -Le dossiers de l’écran : Vient de paraître (Yves-André Hubert) – 1981  À nous de jouer (André Flédérick) – Julien Fontanes magistrat : Un si joli nuage (Jean Pignol) – Arcole ou la terre promise (Marcel Moussy, série TV) – Au bon beurre (Édouard Molinaro) – 1982  Le sud (Philippe Monnier) – Julien Fontanes magistrat : Une fine lame (François Dupont-Midy) – Aide toi… (Jean Cosmos) – Cinéma 16 : Le wagon de Martin (Patrick Saglio) – 1990  Le grand dîner (Gérard Pullicino, divertissement) – 1991  Navarro : Comme des frères (Patrick Jamain) – 1996  Navarro : Comme des frères (Patrick Jamain) – 2000  Le juge est une femmes : Cadeau d’entreprise (Pierre Boutron) – 2002  Navarro : Sur ma vie (Patrick Jamain) – 2003  Navarro : Ne pleure pas Jeannettes (José Pinheiro) – Ne pleure pas (Josée Dayan) – 2005  Navarro : Manipulation (Édouard Molinaro).

LES BALLETS ÉCARLATES

6ème salve des films de Jean-Pierre Mocky en DVD, disponible depuis le 25 avril dernier. Loin d’êtres des fonds de tiroirs, ces films montrent l’originalité du cinéaste, qui n’est finalement jamais où on l’attend. Mon préféré de cette série reste “Chut !” (1971), avec le génial Jacques Dufilho, charge féroce sur le petit monde des épargnants, mais le film est hélas disponible dans la version courte, faite pour la sortie VHS sous le titre “Mocky s’moque N°1” – “Mocky s’moque N°2” étant “Les rois des bricoleurs” (1976), c’est également cette version courte, sans générique (!) qui figure dans le DVD du film- . On retrouve aussi “Les vierges” (1962), évocation de la première expérience sexuelle de 5 jeunes femmes , “Divine enfant” (1989), amusant film pour enfant, “Noir comme le souvenir” (1994), film d’atmosphère, et “Le mari de Léon” (192) excellente adaptation de l’œuvre de Frédéric Dard. Cerise sur le gâteau, il y a deux films inédits en salle, tournés en 2004, la même année que “Grabuge” : “Touristes ? oh yes !” – j’y reviendrai – et “Les Ballets écarlates”. Petit rappel avant de m’arrêter sur ce dernier, l’article de ce blog sur Les couilles en or, est en fait un poisson d’avril. Le film est bien entendu invisible, difficile de vérifier si c’est une affabulation mockienne… “Les ballets écarlates”, co-écrit par le fidèle Alain Moury, est l’un des films les plus noirs de l’œuvre du cinéaste. Difficile de comprendre le système Mocky, sur la distribution de ses films. Malgré son omniprésence sur les écrans TV – il fallait le voir insulter injustement Philippe Torreton dans la soirée électorale proposée par M6 -, il rechigne à financer la publicité autour de la sortie de ses films. La raison évoquée pour que “Les ballets écarlates” soit resté inédit trois ans est … la censure ! Il évoque dans son dernier ouvrage “Mocky s’affiche” (Éditions Christian Pirot, 2007), “Film censuré, médias muets”. Pour DVDrama il évoquait plus longuement ce film – le lire dans son intégralité ici : “Il a été interdit par la censure, ce qui est rare de nos jours. Il devait sortir à l’époque où on brûlait des bagnoles. J’en ai profité pour aller voir Renaud Donnedieu de Vabres en lui disant: «moi, si vous me faîtes chier, avec mon copain du Monde, on va faire un scandale dans le journal». (…) Au départ donc, ils l’ont interdit; ensuite, ils l’ont autorisé après ma visite et les chantages. (…) Ce film, je l’ai fait en souvenir de cette petite fille. J’ai pensé que tout le monde serait ému. En plus, j’ai donné l’argent aux enfants. (…) Et là-dessus, on me l’interdit. Pathé qui sont mes amis l’avaient inscrit dans leur convention de septembre dernier et il a été resucré. Il y a une sorte de cabale. (…) Alors, finalement, Pathé l’a acheté en dvd mais n’a pas pu le présenter en officieux. (…). Pour vous donner une idée, il y avait un festival du film noir à Besançon il y a trois mois. L’organisateur qui est un jeune comme vous avait vu le film, le trouvait excellent et ne comprenait pas pourquoi il était refusé. Donc il l’a pris dans son festival. J’arrive à Besançon il y a quelques mois. Je présente le film à 20h30. La salle était bourrée, les gens ont applaudi à la fin et ne sont pas sortis pour assister au débat. (…) Le lendemain, un journaliste de L’Est républicain fait un article sur moi et? pas un mot du film! (…) J’ai déjà eu des problèmes avec mes anciens films comme Snobs qui était interdit en Afrique noire et La cité de l’indicible peur qui a été mutilé. Tout ça, ça ne me choque pas. Mais là, vraiment, c’est clair qu’il y a une obstruction totale, comme si personne ne voulait en parler. (…)”. Je vous laisse juge…

Patricia Barzyk & Jean-Pierre Mocky

Quoi qu’il en soit le film est désormais visible, Mocky le présente dans un bonus comme un mélo. L’histoire dans une petite ville province, un rabatteur – Alain Fourès – achète à un père alcoolique et désœuvré – François Toumarkine dans la monstruosité -, la présence de sa fille – Hortense Belhôte – et de son très jeune fils Éric – Florian Junique -, pour assister à une “partie fine” pour des pédophiles. Ces pervers immondes sont en fait des notables “respectables”. Mais Éric arrive à s’enfuir. Il est recueilli par Violaine, qui vit près d’un bois – Patricia Barzyk dans la conviction -, femme d’un garde-forestier. Elle vit seule depuis l’hospitalisation de son mari, devenu fou de douleur depuis la disparition de leur petit Guillaume… Le film, il faut bien le dire laisse dans un état nauséeux. Sans le raconter, disons qu’il a une morale discutable, proche d’un film récent, le contestable  “Contre-enquête” de Franck Mancuso -, idées que l’on retrouvait souvent dans le cinéma des années 70. Mocky montre sa défiance aussi bien pour les politiques que les instutions. renâcle avec beaucoup d’amertume sur ses personnages. Les exécutants sont pitoyables, comme les personnages joués par Alain Fourès  sinistre homme de main ou Michel Bertay, qui incarne un tueur déchu obligé pour vivre d’exécuter les basses œuvres. Les élites d’une province étriquée incarnés par  Dominique Zardi odieux voyeur ou Christian Chauvaud en redoutable manipulateur, n’œuvre que pour leur bon plaisir. Si Violaine trouve des aides vengeresses, Jean Abeillé conseiller désabusé sitant Freud, Nadia Vasil sœur d’un politique indigné et Mocky lui même qui incarne Mathieu, un armurier opportuniste. Le film malgré ses faibles moyens est assez prenant, Mocky film la ville de Vienne de manière insolite et le chef opérateur Edmond Richard connaît son métier. Signalons la musique de Vladimir Cosma, qui comme à l’accoutumée, recycle allégrement ses anciennes musiques. On attend par exemple dans un restaurant chinois, la musique du “Banzaï” de Claude Zidi ! Ce qui constitue un curieux décalage dans ce film très âpre. Le film met vraiment mal à l’aise, l’organisation d’un dispositif mettant en scène des enfants dont l’innocence va être pervertie pour les fantasmes monstrueux d’hommes mûrs est particulièrement éprouvant. Je préfère le Mocky satiriste à celui vindicatif du film, mais le sujet ne le prédisposait pas à l’exercer. Après “Le témoin” (1978) et “Noir comme le souvenir”, il évoque une nouvelle fois la pédophilie mais en radicalisant son propos. J’avais crée une fiche pour ce film sur IMDB, qui sera actualisée sous peu.