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Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jacques Seiler

Jacques Seiler dans “Merci la vie”

Il est mort un premier avril 2004. Seiler, à la manière d’autres comédiens morts récemment, tel Jean Saudray (“La terreur de la SFP” selon une formule de Christophe Bier), mort en 2002, Henri Lambert (2003), ou Gérard Darrieu (2004),  a contribué aux riches heures de l’ORTF.  Ce fils de coiffeur,  (voir son état civil dans le site Les gens du cinéma  obtient une reconnaissance par son brillant parcours théâtral. Il débute dans des cabarets tels le mythique “Rose rouge”, célèbre cabaret de la rue de Rennes,  grâce à Yves Robert, où selon un témoignage des “frères Jacques”, “les artistes se changeaient dans les toilettes”.  Il rentre au TNP, période Jean Vilar, puis rencontre des grands metteurs en scène comme Roger Blin ou Patrice Chéreau. En 1970, il fonde sa propre troupe théâtrale “Théâtre aujourd’hui”. Il privilégie les grands textes contemporains, qu’il met en scène : à noter sa fidélité et son aisance avec l’univers de Roland Dubillard,  (“After Show”, “L’eau en poudre”, « La maison d’os”, etc…), ou de Robert Pinget, notamment. Il fut aussi novateur en adaptant en 1980 “Les exercices de style” de Raymond Queneau, sur les planches avec Danièle Lebrun et Jacques Boudet, dont il nous reste une captation télévisée de Marcel Bluwal. Il reçoit le prix “Dominique” pour cette mise en scène. Il fut une figure emblématique des feuilletons TV,  où son crâne rasé (pour cause de pêche sous-marine, selon Jean-Louis Perrier (« Le monde » du 06/05/04)) fait merveille, mais le cantonne souvent dans des rôles inquiétants. Son rôle le plus connu reste celui d’Henri Desfossés en 1966, face à un formidable Bernard Noël dans le feuilleton “Vidocq” de Marcel Bluwal  (que l’on peut qualifier de chef d’œuvre). Il y est un ancien bagnard, compagnon d’infortune de Vidocq, qu’il aide face à la traque de Flambard (magistral Alain Mottet). Il retrouve ce rôle dans la seconde et troisième saison de Vidocq en 1971 et 1973 : “Les nouvelles aventures de Vidocq”, avec Claude Brasseur, Marc Dudicourt, Danièle Lebrun, où son personnage devient une sorte d’imbécile heureux sympathique, voire émotif, il chancelle en voyant Micha Bayard, employée d’une morgue. Avec Pierre Pernet (déjà présent dans la première saison, son personnage de “l’acrobate” réssuscitant pour l’occasion), Alain Mac Moy et l’acteur allemand (pour cause de co-production), Walther Buschhoff, ils composent la police secrète de Vidocq, au grand dam d’un Marc Dudicourt drôlatique et dépassé de se retrouver sous les ordres de celui qu’il avait pourchassé. Jacques Seiler amène une folie amusée à son rôle, il faut le voir simuler la folie en immitant un chien, la cravate derrière l’oreille pour figurer de grandes oreilles, face à un André Thorent épouvanté dans un des épisodes. Il fut également un inquiétant “maître d’école” dans le feuilleton franco-allemand “Les mystères de Paris” (André Michel, 1980). Pour le cinéma il demeure malheureusement sous-utilisé, il est souvent le souffre-douleur des “Charlots” dans “Les bidasses en folie”, “Les fous du stade” et “Le grand bazar”  chez Claude Zidi. Peu de contre-emplois, à noter celui du couturier, nommé Isidore Ducasse ! (rôle souvent attribué à Harry-Max dans quelques dictionnaires) , virevoltant et maniéré dans le culte “Qui êtes-vous Polly Maggoo ?” ou prêcheur des rues dans “Érotissimo” (Gérard Pirès, 1968). Il mélange autorité et perplexité dans le rôle du général Dejean dans l’épisode de “La caméra explore le temps : La conspiration du général Malet” (Jean-Pierre Marchand, 1963), disponible en DVD.  Il y juge le général Malet (joué par un magistral François Maistre), qui avait organisé un coup d’état depuis sa cellule, en l’absence de Napoléon. Dans le même registre il préside, à cheval, le “Jugement de Dieu”, entre Jean Marais et Guy Delorme, dans “Le miracle des loups” (André Hubebelle, 1961). On le retrouve le plus souvent en bagnard, homme de main de grands truands comme dans “Les gorilles” (Jean Girault, 1964), valet, celui des mousquetaires dans “Les trois mousquetaires” (André Hunebelle, 1961), employé, tel le barman goguenard face à Pierre Mondy (L’épisode “Le yacht” du film “Les veinards” (Jack Pinoteau, 1962). Après une participation à un film d’Alain Robbe-Grillet, en 1974, il délaisse le grand écran durant les années 70-80, y revenant ses dernières années. On le retrouve, en inspecteur rigolard, en tandem avec Jean Rougerie face à une Catherine Jacob dans une situation des plus inconfortable dans “Merci la vie” (Bertrand Blier, 1990) – il accuse de meurtre Michel Blanc, alors que sa femme lui répond et est bien vivante -, en détective gaffeur (et pas très discret) dans “On peut toujours rêver” (Pierre Richard, 1990), en passeur des enfers nommé évidemment Caron dans “J’aimerais pas crever un dimanche”, et en directeur de prison quelque peu malmené, dans “Requiem” (Hervé Renoch, 2000), son dernier rôle au cinéma.

 Bibliographie : “Le monde” et dépêche de  “Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom” du 06/04/04; “Le dictionnaire des comédiens français disparus – Nouvelle éditon” par Yvan Foucart (2008).  Remerciements à Christophe Bier.

Jacques Seiler dans “La conspiration du général Malet”

Précision d’Armel de Lorme : sur certains films de 1957, il figure au générique ou dans les “corpo” comme Jean-François Seiler, nom qu’il utilisait également au théâtre à ses débuts.

Filmographie :  établie avec Christophe Bier & Armel de Lorme : 1957  À pied, à cheval et en voiture (Maurice Delbez) – Ces dames préfèrent le mambo (Bernard Borderie) – Le Gorille vous salue bien (Bernard Borderie) – Le septième ciel (Raymond Bernard) – Sois belle et tais-toi (Marc Allégret). 1958  À pied, à cheval et en Spoutnik ! (Jean Dréville) – Des femmes disparaissent (Édouard Molinaro) – La tête contre les murs (Georges Franju) – 1959  Sergent X. (Bernard Borderie). 1960 : Le Caïd (Bernard Borderie). Comment qu’ elle est… (Bernard Borderie) – 1961  La dénonciation (Jacques Doniol-Valcroze) – Le miracle des loups (André Hunebelle) –  Les trois Mousquetaires – Les Ferrets de la Reine (Bernard Borderie) – Les trois Mousquetaires – La vengeance de Milady (Bernard Borderie) – 1962 Les Bricoleurs (Jean Girault) – Le chevalier de Pardaillan (Bernard Borderie) – Mathias Sandorf (Georges Lampin) – Les mystères de Paris (André Hunebelle). Les veinards [épisode « Le yacht »] (Jean Girault). Le vice et la vertu (Roger Vadim) – 1963  À toi de faire… mignonne (Bernard Borderie) – Gibraltar (Pierre Gaspard-Huit). 1964 : Les gorilles (Jean Girault). Le majordome (Jean Delannoy). 1965  Les miettes (Philippe Condroyer, CM). Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (William Klein). 1966  Chappaqua (Conrad Rooks) – La nuit des généraux/The Night of the Generals (Anatole Litvak) – 1968  Les encerclés (Christian Gion) – Érotissimo (Gérard Pirès) – Sous le signe de Monte-Cristo (André Hunebelle) – 1969  La rose écorchée (Claude Mulot) – 1971  Les bidasses en folie (Claude Zidi) – L’oeuf (Jean Herman) – 1972  Les fous du stade (Claude Zidi) – 1973  Quatre Charlots mousquetaires (André Hunebelle) – À nous quatre, Cardinal ! (André Hunebelle) – Le grand bazar (Claude Zidi) – 1974  Les bidasses s’en vont-en guerre (Claude Zidi). Le Jeu avec le feu (Alain Robbe-Grillet). 1990  Merci la vie (Bertrand Blier) – On peut toujours rêver (Pierre Richard) – 1992  Le sourire d’Athanase (Catherine Beuve-Mery, CM) – 1993  Hey Stranger (Peter Woditsch) – 1995  Les nuits de Vaccares (Bernard George, CM) – 1998 : J’aimerais pas crever un dimanche (Didier Le Pêcheur) – 2000  Requiem (Hervé Renoh). Télévision (notamment) : 1959  En votre âme et conscience : Le secret de Charles Rousseau (Jean Prat) – 1960  Les trois soeurs (Jean Prat) – 1961  Egmont (Jean-Paul Carrère) – Le théâtre de la jeunesse : Un bon petit diable (Jean-Paul Carrière, 2ème partie) – 1962  Le théâtre de la jeunesse : Oliver Twist (Jean-Paul Carrère, 1ère partie) – Escale obligatoire (Jean Prat) – 1963  La caméra explore le temps : La conspiration du général Malet (Jean-Pierre Marchand) – Les cinq dernières minutes : L’eau qui dort (Claude Loursais) – 1964  Rocambole : La belle jardinière (Jean-Pierre Decourt, saison 3) – Le théâtre de la jeunesse : Le matelot de nulle part (Marcel Cravenne) – L’espérance / La torture par l’espérance (Pierre Badel) – Détenu (Michel Mitrani) – L’enlèvement d’Antoine Bigut (Jacques Doniol-Valcroze) – La route (Pierre Cardinal, série) –  1965  Le barrage (Robert Valey) – 1967  Vidocq (Marcel Bluwal & Claude Loursais, série TV) – La guerre de Troie n’aura pas lieu (Raymond Rouleau) – 1968  Le théâtre de la jeunesse : Les mésaventures de Jean-Paul Choppart (Yves-André Hubert, 1ère et seconde partie) – 1969  Les vésicules de la fortune (Maurice Dugowson, CM) – Café du square (Louis Daquin, série TV) – Judith (Robert Maurice) – 1970  Vive la vie (Joseph Drimal, saison 3) – 1971  Les nouvelles aventures de Vidocq (Marcel Bluwal, série, saison 1) – La lucarne magique : Féérie contemporaine (Pierre Desfonds, divertissement) – Les bottes de sept lieues (François Martin) – 1972  Les cent livres des hommes : L’exode (Serge Moati) – Une femme qui a le coeur trop petit (Alain Dhénaut) – L’oreille absolue (Philippe Condroyer) – 1973  Les nouvelles aventures de Vidocq (Marcel Bluwal, série, saison 2) – 1974  Les femmes aussi ont perdu la guerre (Roger Kahane) – Malicroix (François Gir) – 1976  Beau fixe sur Pithiviers (Pierre Desfonds, divertissement) – 1978  Lulu (Marcel Bluwal) – 1980  Les mystères de Paris (André Michel, série) – 1982  Les joies de la famille Pinelli (Jean L’Hôte) – Exercice de style (Marcel Bluwal, captation) – 1985  Le petit théâtre d’Antenne 2 : Elle (Lazare Iglésis) – Le petit théâtre d’Antenne 2 : L’écrivain souterrain (Lazare Iglèsis) – Music Hall (Marcel Bluwal) – 1987 Les mémées sanglantes (Lazare Iglésis) – Série noire : Noces de plomb (Pierre Grimblat) – 1993  Inspecteur Médeuze : Poulet fermier (Philippe Triboit) – 1993  Nestor Burma : Un croque-mort nommé Nestor (Maurice Frydland) – 1999  Balzac (Josée Dayan) – 2004  Dire Dubillard (Alain Dhenaut). Bibliographie : “Les fictions française à la télévision” de Jean-Marc Doniak (Dixit-SACD, 1998).

Mise à jour du 18/07/2011

Commentaires ancien support

filmographie jacques seiler

Je viens de voir un film d’Edouard Molinaro,de 1959, intitulé “des femmes disparaissent”. Bien qu’il ne figure pas au générique je pense y avoir reconnu Jacques Seiler dans un petit rôle de policier qui échange quelques répliques avec Philippe Clay à environ un quart de la fin.Pouvez-vous confirmer mon impression ? Ce film ne figure pas dans la filmographie que vous proposez.

Posté par philippe dechamp, 19 décembre 2006 à 21:10

Vous avez raison, j’avais vu ce film sur le câble, et Jacques Seiler joue le rôle du policier qui s’occupe de l’arrestation de Philippe Clay. Merci de votre remarque, je mets cette information dans sa filmo.

Posté par Coinducinéphage, 20 décembre 2006 à 07:55

merci

merci de nous faire retrouver cet acteur j’avais 11 ans lors de la série 3

Posté par theodora, 25 novembre 2008 à 21:30

message

merci jacques seiler comme beaucoup je tombe des nu sur la disparition de ce grand comédien jm souvient des vidocq et des bidasses qui mon permis de le conaitre merci encore nestor 44ans

Posté par nestor, 16 janvier 2009 à 19:38

BON DIEU, MAIS C’EST BIEN SUR

J’ai la chance d’avoir un collègue passionné de l’âge d’or des séries TV, et qui vient de me passer le 13ème DVD  – deux disques pour 3 films, et hélas pas d’autre bonus qu’un texte commentaire – des “Cinq dernières minutes” de Claude Loursais  première version. Bizarrement ces DVD sont difficiles à trouver, mais on peut les retrouver en consultant le site d’LCJ ÉDITIONS ou passer par France Loisirs. A noter l’éditions de ces volumes ne respectent pas la chronologie.

La célèbre réplique “Bon sang, mais c’est bien sûr !” est en fait “Bon Dieu, mais c’est bien sûr !”. On prend un grand plaisir à visionner ces oeuvres. L’ancrage sur le réel (sur ce DVD, les mariniers “Poison d’eau douce”, l’impression d’un journal “Un sang d’encre” , donne presque une radiographie de la société et des mentalités des années 50-70. Une mine pour les sociologues.. Pour plus de détails, il faut lire le formidable livre de Jacques Baudou & Jean-Jacques Schleret “Meutres en séries, les séries policières de la télévision françaises” (Éditions 8ème art – 1990) qui mériterait une ré-édition.

Jean Daurand & Raymond Souplex

Cette série doit beaucoup à la connivence entre Raymond Souplex (souvent râleur, et choisi pour sa mémoire prodigieuse, les épisodes étant en direct) et Jean Daurand, dont on apprend dans le livre de Baudou & Schleret, qu’il a repris son rôle de Dupuy dans la série plus réaliste “La brigade des mineurs” 1977-1979, sur Antenne 2. Dupuy est hélas absent des derniers épisodes des années 70.

On s’amuse bien sûr, à voir les plantages, tel les interventions laborieuses des candidats – intervenant en direct -, et les hésitations des comédiens devant rejouer certaines scènes, – il n’est pas rare d’entendre comme ici,  les indications du metteur en scène soufflant à Bourrel de renvoyer Dupuy -. Certes le rythme est loin d’être haletant, surtout en comparaison avec nos séries actuelles, mais le pittoresque, une certaine nostalgie et le jeu de l’énigme, amusent bougrement. Raymond Souplex y est d’ailleurs remarquable (malgré une “moumoute” à géométrie variable), de même que Jean Daurand, raisonneur et humain.

Raymond Souplex

Il est amusant de voir dans cette série, souvent les mêmes acteurs, passant allègrement de statut de victime à celui d’assassin dans un épisode suivant. Dans l’épisode “Sang d’encre” on retrouve même le familier Yvon Sarray, tenir deux rôles un médecin et un livreur du bougnat (Jean Clarieux).

Vous pouvez retrouver la liste des acteurs de cette série, que je complète régulièrement via IMDB. Ce qui forme un sacré casting grâce aux génériques des 13 DVD que j’ai presque visionné en intégralité. A noter par exemple la présence de Marcel Bozzuffi et Marie Dubois – alors Claudine Huzé -, dans l’épisode “Poison d’eau douce”, oubliés de la jaquette du DVD, par l’éditeur qui manque un peu du sens du commerce.

Il faut évoquer également Pierre Collet, qui sur ce DVD, n’apparaît que dans l’épisode “Poison d’eau douce” (1959). On le retrouve ensuite, régulièrement au début des années 70, il est le planton, plus enclin à parler de ses week-ends en voitures, que de tenir compagnie à quelques suspects agités.

Léonce Corne

Pour en finir sur ce 13ème volume, on retrouve dans deux épisodes l’acteur Léonce Corne. Dans “Poison d’eau douce” il est un vieux marinier grincheux, père de Marie Dubois et dans “Un sang d’encre”, un typographe sourdingue.

C’est un parcours assez tragique : “…Léonce Corne, soupçonné d’être juif doit prouver qu’il est aryen, mais, malgré cette démarche, les Allemands lui impsent d’interpréter une série de sketches sous peine de lui retirer sa carte de travail, ils vont jusqu’à lui proposer de travailler en Angleterre au service de l’espionnage allemand”. (Jean-Pierre Bertin-Maghit, Le cinéma français sous l’occupation, Éditions Perrin).

De nombreux cinéastes après guerre, ne semblent pas lui avoir tenu rigueur de cette participation forcée aux pires films de propagande nazis comme “Forces occultes”.

5X2

Le dernier film de François Ozon, est remarquable dans la tonalité de « Sous le sable ». Le premier plan, où un avocat joué, par Jean-Pol Brissart, rend la lecture de la procédure du divorce presque musicale, des personnages de Gilles et Marion, donne le ton du film. C’est un constat lucide sur la vie d’un couple.

La construction du film est astucieuse, (à la manière de “Memento” et de quelques films de genres actuels), et l’empathie avec les personnages est grande. Il faut saluer la performance de Valeria Bruni Tedeschi et de Stéphane Freiss, réussissant à rendre tangible l’intimité de leur couple (notion assez rare à l’écran, finalement). François Ozon a stoppé volontairement le tournage, pour qu’ils fassent un travail physique pour jouer leurs rencontres plus jeunes, et ce à la dernière phase du tournage.

Le quotidien est rendu avec brio, on ne décroche à aucun moment du film. Stéphane Freiss (voir par exemple la scène de “la voiture” où il est touchant malgré la situation et Valeria Bruni Tedeschi (radieuse comme jamais) nous livrent une performance très fine et subtile, sous le regard sans jugement de François Ozon. Le film laisse des zones d’ombres et la responsabilité de l’échec du couple est partagée. Françoise Fabian et Michael Lonsdale, dans le rôle des parents de Marion, sont brillant dans le “couple miroir” (selon une expression d’Ozon), qui dure malgré tout, Antoine Chappey et Géraldine Pailhas, sont formidables de justesse.

Valeria Bruni Tedeschi & Stéphane Freiss : Le point de non retour

C’est une fine performance pour ces quatre comédiens qui n’ont pas la durée du film pour défendre leurs personnages. Charlotte Rampling définissait François Ozon selon une expression anglaise, comme “vieille âme” (old soul), ses personnages existent et nous ressemblent, le film est moins noir que prévu, et même assez romantique, un aboutissement de plus dans l’œuvre de François Ozon.

Venu présenté ce film dans une avant-première à l’UGC Cité Ciné Bordeaux – avec François Ozon et Valeria Bruni Tedeschi – Stéphane Freiss, disait très justement qu’il est important de tourner avec un grand metteur en scène mais dans un grand film. Il a fait preuve de lucidité et de réflexion sur son travail d’acteur et sur son succès très rapide. Pour la petite histoire, il a tourné “Le grand rôle” de Steve Suissa entre le début et la fin du tournage de “5 x 2”, ce qui a permis aux deux comédiens principaux de se préparer pour “jouer” leurs jeunesses… Le film de Steve Suissa n’a malheureusement pas travaillé, mais Stéphane Freiss a trouvé là deux grands rôles.

Le site du jour : François Ozon, site officiel

ZIG-ZAG STORY

Patrick Schulmann est mort dans un accident de voiture le 19 mars 2002 dans la plus grande discrétion. C’est dommage car il y avait là un véritable auteur, à des années lumières des comédies franchouillardes des années 70/80. ” Zig Zag Story ” (Le titre ” Et la tendresse bordel ! 2 ” n’est qu’une simple escroquerie), est peut-être le petit cousin de l’ ” Affaire est dans le sac ” des frères Prévert (1932).

Schulmann y fait preuve de malice, d’irrévérence contre les institutions et innove en citant Jean-Pierre Mocky, Tex Avery, ou Buñuel (scène où le ministre joué par Michel Bertay tire sur des ouvriers trop bruyants). Fabrice Luchini est déjà étonnant en obsédé sexuel – voir sa manière de dire qu’il n’a aucune dignité -, Christian François est sympathique, et nombre de seconds rôles figurent dans ce film : Philippe Khorsand en commissaire désabusé (dont les pensées apparaissent dans des ” bulles ” comme un personnage de BD), Dominique Hulin – futur ogre dans ” Le petit poucet ” – en ravisseur pris de remords ou l’attachant Ronny Coutteure dont le personnage a la particularité de ne pas impressionner la pellicule, etc… Le film se révèle finalement assez noir, les personnages étant finalement repliés sur eux-mêmes, le ton absurde du film nous l’avait fait oublier. Le talent de Patrick Schulmann est à réévaluer, son univers est unique et ” nonsensique “.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Charles Millot

Charles Millot dans “L’affaire Crazy Capoo”

Il était le “bon docteur” dans le “Kulte” “Les Barbouzes” (Georges Lautner, 1964), où il faisait jeu égal, en espion russe, avec Francis Blanche, Lino Ventura et Bernard Blier. Il tenait déjà un peu ce rôle dans “Arsène Lupin contre Arsène Lupin” (Édouard Molinaro, 1962), où il était un “docteur” allemand, homme de main de Michel Vitold, et qui flanqué d’Henri Lambert et Jacques Herlin, préparait des trésors de “raffinement” pour torturer Jean-Claude Brialy. Il est aussi le témoin du meurtre d’une prostituée dans “La nuit des généraux” (Terence Young, 1966). Terrorisé, il hésite à se confier à Omar Sharif, ayant identifié le pantalon d’un uniforme d’officier nazi. Il tenait souvent des rôles d’Allemands (souvent chez Terence Young) ou de Russes (il était en fait Yougoslave), il était très à l’aise dans la comédie, comme dans un épisode des “Saintes Chéries” en rigoureux réceptionniste allemand malmené par le couple des “Lagarde” – rôle repris dans “Vas-y-maman” (Nicole de Buron, 1978) -. Il est idéal pour figurer une certaine ambiance “guerre froide”, dans la saison 1 des “Chevaliers du ciel” (François Villiers, 1967), en mystérieux comploteur, il veut bien que José Luis de Villalonga l’aide dans de sombres desseins, mais il ne supporte pourtant pas qu’on le réveille à 5 heures du matin… On ne le retrouvait trop hélas que dans de très petits rôles comme dans “Mort d’un pourri” (Georges Lautner, 1977), en acolyte de Xavier Depraz, où sa présence bien que muette inquiète vivement. Il faut déplorer – refrain connu – la grande discrétion sur sa mort en 2003. Bibliographie : Yvan Foucart: ”Dictionnaire des comédiens français disparus” (Mormoiron, Éditions cinéma, 2008).

Filmographie : 1956  O.S.S. 117 n’est pas mort (Jean Sacha) – 1958  Rapt au deuxième bureau (Jean Stelli) – 1959  La ligne de mire (Jean-Daniel Pollet) – 1960  Der Teufel spielte Balaleika (Les révoltés du bagne) (Leopold Lahola) – 1961  Les ennemis (Édouard Molinaro) – 1962  Arsène Lupin contre Arsène Lupin (Édouard Molinaro) – L’œil du monocle (Georges Lautner) – Le gentleman d’Epson (Gilles Grangier) – 1963  Une ravissante idiote (Édouard Molinaro) – The train (Le train) – 1964  Les barbouzes (Georges Lautner) – Requiem pour un caïd (Maurice Cloche) – Passeport diplomatique agent K 8 (Robert Vernay) – Compartiments tueurs (Costa-Gavras) – 1965  Un monde nouveau / Un mondo nuovo (Vittorio de Sica) – La religieuse (Jacques Rivette) – The Poppy is also a flower (Opération Opium) (Terence Young) – 1966  Trans-Europ-Express (Alain Robbe-Grillet) – Le solitaire passe à l’attaque (Ralph Habib) – The night of the Generals  (La nuit des généraux) (Anatole Litvak) – Triple cross (La fantastique histoire vraie d’Eddie Chapman) (Terence Young) – Peau d’espion (Édouard Molinaro) – Bang Bang (Serge Piollet) –  1967  Mayerling (Terence Young) – 1969  La nuit bulgare (Michel Mitrani) – La promesse de l’aube / Promise at dawn (Jules Dassin) – La battaglia della Neretva (La bataille de la Neretva) (Veljko Bulajic) –  1970  Waterloo (Id) (Sergei Bondarchuk) – Mourir d’aimer (André Cayatte) – 1971  U gori raste zelen bor (Antun Vrdoljak) – 1972  Le serpent (Henri Verneuil) – 1973  L’affaire Crazy Capo (Patrick Jamain) – 1974  The destructors (Marseille contrat) (Robert Parrish) – Le futur aux trousses (Dolorès Grassian) – French Connection II (Id) (John Frankenheimer) – 1975  Seljacka buna 1573 (Vatroslav Mimica) – Sarajevski atentat (Attentat à Sarajevo) (Veljko Bulajic) – Le jeu avec le feu (Alain Robbe-Grillet) – 1977  Mort d’un pourri (Georges Lautner) – 1978  Le dernier amant romantique (Just Jaeckin) – Vas-y maman ! (Nicole de Buron) – La petite fille en velours bleu (Alan Bridges)  – L’adolescente (Jeanne Moreau) – 1979  Covjek koga treba ubiti (Un homme à détruire) (Veljko Bulajic) – Bloodline (Liés par le sang) (Terence Young) – 1980  Tajna Nikole Tesle (Krsto Papic) – 1981  L’ombre rouge (Jean-Louis Comolli) – Visoki napon (Haute tension) (Veljko Bulajic) – Veliki transport (Le grand transport) (Veljko Bulajic) – Banovic Strahinja (Le faucon) (Vatroslav Mimica) – 1983  Balles perdues (Jean-Louis Comolli) – 1984  Ujed andjela (Lordan Zafransvic) – 1985  Lien de parenté (Willy Rameau) – Obecana zemlja (La terre promise) (Veljko Bulajic) – 1986  Unbearable lightness of being (L’insoutenable légèreté de l’être) (Philip Kaufman) – 1987  Le cri du hibou (Claude Chabrol) – 1988  Una botta di vita (Titre TV : Les deux fanfarons) (Enrico Oldoini) – 1989  Eye of the widow (L’oeil de la veuve) (Andrew W. McLaglen) – Donator (Veljko Bulajic) – 1992  Tito i ja (Tito et moi) (Goran Markovic) – 1993  Priez pour nous (Jean-Pierre Vergne).

Charles Millot dans “Chapeau melon et bottes de cuir”

 Télévision (notamment) : 1957  Énigmes de l’histoire : Le chevalier d’Éon (Stellio Lorenzi) – Les enfants de la nuit (Jean Prat) – 1958  La part du feu (Jean Vernier) – 1961  L’exécution (Maurice Cazeneuve) – 1962  Rue du Havre (Jean-Jacques Vierne) – 1966  Illusions perdues (Maurice Cazeneuve, série TV) – 1967  Max le débonnaire : Un bon petit jules (Gilles Grangier) – Les chevaliers du ciel (saison 1, François Villiers) – 1968  Les saintes chéries : Ève et le voyage d’affaire (Jean Becker) – Les atomistes (Léonard Keigel) – 1971  Arsène Lupin : Arsène Lupin contre Herlock Sholmes (Jean-Pierre Decourt) – OSS 117 tue le taon (André Leroux) – 1972  Au théâtre ce soir : Détective story (Pierre Sabbagh) – 1973  L’espion dormant (Agnès Delarive) – Petite flamme dans la tourmente (Michel Wyn) – La nuit des lilas (Jérôme Habans, MM) – 1974  À vous de jouer Milord (Christian-Jaque) – 1975  Les brigades du Tigre : La main noire (Victor Vicas) – Les Rosenberg ne doivent pas mourir (Stellio Lorenzi) – Au théâtre ce soir : Demandez Vicky (Pierre Sabbagh) – 1977  The New Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir) : K Is for Kill (Le long sommeil) (Jean-Marie Coulais) – 1978  Émile Zola ou la conscience humaine : Cannibales (Stellio Lorenzi) – Meurtre sur la personne de la mer (Michel Subiela) – 1980  Caméra une première : Le Labyrinthe de verre (Maté Rabinovsky) – 1981  Tovartich (Jeannette Hubert, captation) – 1985  Le regard dans le miroir (Jean Chapot) – 1986  Sins (Douglas Hickox) – 1987  La course à la bombe (Jean-François Delassus & Allan Eastman) – Napoleon and Josephine : A love story (Napoléon et Joséphine) (Richard T. Heffron) – 1988  La mort mystérieuse de Nina Chéreau (Dennis Berry) – The great escape II : The untold story (La grande évasion 2 : L’histoire enfin révélée) (Jud Taylor & Paul Wendkos) – 1989  The Saint : The Blue Dulac (Dennis Berry) – 1992  Counterskrike (Force de frappe) : La belle dame monique (Dennis Berry) – Warburg : A man of influence (Warburg, le banquier des princes) (Moshé Mizrahi).

Mise à jour du 19/07/2009

IMPRESSIONS DE TOURNAGE : BON VOYAGE

L’annonce de la diffusion de “Bon voyage” sur France 2, ce dimanche 17 avril me ramène trois ans en arrière… C’était à Bordeaux, lieu propice aux tournages que débutait le septième film (en 35 ans !), de Jean-Paul Rappeneau, « Bon voyage ».

Réputé pour son perfectionnisme on lui doit « La vie de château » (1966), « Les mariés de l’an II » (1970), « Le sauvage » (1975), « Tout feu, tout flamme » (1981), « Cyrano de Bergerac » (1990) et « Le hussard sur le toit » (1995).

Pour avoir rencontré, un jour, l’ingénieur du son Pierre Gamet – au CV prestigieux, il a tourné avec Resnais, Truffaut, Pialat, Corneau, etc… -,  ainsi que son assistant le très simpathique Bernard Chaumeil, j’ai pu être témoin du début de ce tournage.

L’histoire en Mai 1940, un homme (Grégori Dérangère, excellent dans “La chambre des officiers” et “Mille Millièmes”, alors que de nombreux réfugiés se retrouvent à Bordeaux, devra choisir son amour entre une actrice en fuite pour avoir assassiné son amant, et une étudiante résistante (Virginie Ledoyen), au cœur de l’aventure de la « bataille de l’eau lourde » .

Peter Coyotte, en dignitaire américain, Gérard Depardieu, en ministre, Yvan Attal en combinard, Michel Vuillermoz et Edith Scob, complétent la distribution.

Isabelle Adjani

L’histoire bien que dramatique prend une tournure de comédie, comme souvent chez Rappeneau. Homme massif, précis, il dirige son monde avec maestria, malgré les difficultés d’un tournage au cœur de Bordeaux (Le jardin public, l’Opéra), et un temps peu clément, le son direct étant privilégié. Mais François Truffaut définissait le cinéma comme l’art des contraintes. La reconstitution de l ‘ambiance inquiète et la précipitation générale est surprenante – Le moindre détail, sans doute invisible à l’écran est étudié, un fromager de poche, par exemple -, le dialogue est digne d’une partition musicale.

Isabelle Adjani est forcément sublime – son personnage est inspiré de l’actrice Mireille Balin, partenaire de Jean Gabin dans « Gueule d’amour » -. Elle se montrait détentue , évitant par contre le regard du public. Croiser son regard au détour d’un travelling, vous donne une drôle d’émotion – Bien qu’ayant raté le seul jour de tournage de Gérard Depardieu -seule  une de mes collègues avait vu son « nez » au détour d’un immeuble, il tournait dans son quartier -,  j’ai vu une Virginie Ledoyen radieuse, Peter Coyote d’une disponibilité rare et Grégori Dérangère (le James Stewart français selon Rappeneau) devait trouver avec ce rôle confirmation de son talent. Yvan Attal, discret venait observer le travail de Jean-Paul Rappeneau, les jours où il ne travaillait pas. Il excelle dans son rôle de débrouillard face à l’adversité.

Le moindre second rôle est formidable, tel Patrick De Guillebon (le mari de Judith Godrèche dans “L’auberge espagnole”, il était assez nerveux avant les prises, Michel Vuillermoz, ludion, pouvant apporter à Jean-Paul Rappeneau, son univers ou le « local de l’étape » Daniel Villattes de Langon, 70 ans, qui avec humour déclare « quand on a besoin d’un vieux schnock, on fait appel à moi ».

Il y aurait beaucoup à dire mon souvenir sur ce petit morceau de tournage, du brio des techniciens à l’amabilité des cascadeurs, Olivier Vitrant, Patrick Médioni, Gilles Conseil, Michel Carliez, Michel Julienne. Il faudrait faire un site ou un livre sur ces prolifiques discrets… Les figurants avaient une docilité et une patience d’ange. Sauf un, suffisant, terne et obscur, déclarant avoir critiqué devant lui, le formidable Michel Boujenah, sur le tournage d’un épisode de “Mathieu Corot”. L’aigreur aide à dire des conneries (Ce que je peux aisément reprendre à mon compte).

J’avais pu discuter un peu avec Jean-Paul Rappeneau, sa manière d’être encore insatisfait de ces anciens films et comprenant Claude Sautet remontant encore ces films à la fin de sa vie.

La comédie ses lettres de noblesse grâce à des gens comme Jean-Paul Rappeneau, qui garde une humilité sur son œuvre, et si le rire est définit souvent comme malséant. Ce fut une des belles surprises de 2003.

L’acuité du regard de Jean-Paul Rappeneau vers un ciel grisâtre, reste pour moi un formidable souvenir.

LES MAUVAIS JOUEURS

Avant-première le jeudi 14 avril, à l’UGC Bordeaux, en présence de Frédéric Balekdjian, Simon Abkarian et Lin Dan Phan.

C’est toujours une satisfaction, de découvrir l’univers marquant d’un cinéaste, dès les premiers plans d’un film. Le film débute sur une arnaque au bonneteau dans le quartier du Sentier. Simon Abkarian impressionne par sa manière d’occuper le terrain, de s’imposer, de ne pas laisser souffler le spectateur. Le décors est planté, deux communautés coexistent (les Arméniens et les Chinois) avec difficultés.

Teng Fei Xiang & Pascal Elbé

Frédéric Balekdjian a utilisé habilement les règles du film noir, dans les décors de son enfance. Il montre le destin précaire de Yavé Krikorian (Pascal Elbé, personnage touchant et borderline), qui prend sous son aile, le jeune frère de celle qu’il aime (Lin Dan Phan), qui le délaisse pour un autre. Il tente de survivre aux difficultés de la boutique de son père – inattendu et impressionnant Richard Taxi – , par des petites combines avec ses deux comparses le hâbleur et violent Shahak (Simon Abkarian) et son frère Toros (Isaac Sharry).

Ce film âpre, énergique est une réussite, la manière de concilier la vie d’un quartier. On est bluffé par les plans tournés en plein Paris, cette façon de faire exister les arrières plans, d’autant plus méritoire lorsqu’on pense aux contraintes de tourner dans Paris – entre les demandes d’autorisations de tournage et les prostituées de la rue Saint-Denis qui ne souhaite pas figurer dans un plan -. C’est un film à l’énérgie porté par ses comédiens, et de beaux personnages complexes, et le choix de la distribution. L’émotion est souvent là, comme le dernier regard de Gérard (Richard Taxi) sur sa boutique vide, plan inspiré de la propre expérience du réalisateur. Il a eu l’intelligence d’aller au delà de l’image marquée par le “Petit théâtre de Bouvard”, pour épaissir sa silhouette et donner une ressemblance avec son propre père.

Pascal Elbé joue avec ironie, et conviction un personnage en souffrance, et perdu. Isaac Sharry joue de sa sympathie naturelle et sa drôlerie – Le numéro rare de “Stranger” -, pour donner plus d’ambiguïté à son personnage, et le jeune Teng Fei Xiang, choisi par casting, passe de l’innocence à la violence avec facilité.

Simon Abkarian

Simon Abkarian, marque durablement son personnage, en l’humanisant Il prouve qu’il est à l’aise dans tous les registres, de l’extorisation (avec Klapisch) à l’intériorisation (avec Deville). Rencontré suite au film, il fait preuve de chaleur, nous confiant son exigence. Très chaleureux et modeste, il devrait rejoindre la famille de Robert Guédiguian. Il parle magnifiquement et avec lucidité de son métier. De beaux rôles l’attendent… Grâce à son amabilité, j’ai pu créer une fiche pour Les gens du cinéma

Lin Dan Phan, surdouée du cinéma, se lève pour vous parler – trouvant inconvenent de rester assise quand quelqu’un s’adresse à elle -. On est touché immédiatement par sa grâce et son côté surdoué. Elle marque de sa gravité et de son charisme, son rôle de femme blessée. Pour la petite histoire, elle a tourné “Les mauvais joueurs” avant le beau film de Jacques Audiard “De battre son coeur s’est arrêté”, où elle rayonne également. Sur ce film elle nous parle de ses années d’aprentissage du piano, de son amusement à jouer quelqu’un qui ne parle pas le français. Elle évoque également sa rencontre avec Lomama Boseki “Man to man” révélée comme par Régis Wargnier – son premier rôle fût dans “Indochine” -.

Frédéric Balekdjian, parle avec humilité de son travail, de son travail dans un quartier où il a grandit, sa tenacité face aux difficultés de financements et de tournage. Vivement la suite…

EN ATTENDANT LES ROIS MAUDITS

Philippe Torreton et Jeanne Moreau

Dans la série des questions existentielles dans une vie de cinéphile, il y a celle ci. Qui est l’équivalent d’Ed Wood, à la française, Philippe Clair ??? Max Pécas ??? Émile Couzinet ??? C’est en fait, Josée Dayan ! (mais avec des stars). On la voit ce jour, parler du  nouvel avatar des “Rois Maudits”chez Michel Denizot. Cette saga  tournée en 70 jours, seulement vient d’être présentée hier au MIP TV à Cannes. Elle se vante de tourner jusqu’à 24 minutes utiles par jour… Le chien de Rainier de Monaco vient à son enterrement, Dayan est présentée comme une cinéaste de génie, “tout fout le camp ma brave dame” !

Légitimé par l’impatience de Gérard Depardieu, son talent de captation est indéniable. Mais il y a trop souvent deux options à la vision d’une de ses oeuvres, soit l’ennui – “Balzac”, “Les liaisons dangereuses” -, soit le ridicule – “Le comte de Monte-Cristo” -… On peut se demander, s’il n’y a pas une imposture, par sa capacité de “casser les marchés” des téléfilms historiques. On est très loin du talent d’un Jean-Daniel Verhaeghe…

Le personnage de Josée est assez peu sympathique. C’est de notoriété publique, elle est odieuse avec les techniciens et déférentes avec les vedettes. Elle rechigne a tourner un deuxième plan, sauf si un acteur fait bouger le décor ! Il est assez vain d’être sardonique, quand on annonce “Les rois maudits” comme un événemment. ..

La bande-annonce ne laisse pourtant augurer rien de glorieux. Le décor préstigieux de Philippe Druillet contre l’abstraction de la série de Claude Barma, pléthore de stars contre une série d’excellents comédiens (Piat, Virlojeux, Hélène Duc, Georges Marchal, Louis Seigner, etc…). La première faisait preuve d’innovation, assez rare dans cette période très ORTF (1972), sur la présentation des personnages en plan fixe, une sensualité frontale, une violence inhabituelle.  Une oeuvre majeure de la télévision, même à la vision d’un coffret VHS fatigué trouvé dans une solderie.

La barre est très haute, attendons donc le résulat final de ce remake, sur France 2 en Septembre. Note du 22 novembre : compte-rendu ici.

Josée Dayan superstar

Articles : “Les rois maudits sont de retour”

France 2 présentait hier son grand téléfilm de la rentrée au MIP TV

CANNES Décidément, le Moyen Age et les univers qui s’en inspirent ont le vent en poupe au MIP TV de cette année, le grand marché de la télé qui se tient à Cannes. C’est peut-être le succès de Harry Potter et autres Seigneur des anneaux, mais la mode est aux périodes obscures de notre histoire. Dans le genre, le grand événement, c’est bien sûr le nouveau téléfilm que France 2 diffusera à la rentrée de cette année. Les rois maudits, réalisés par Josée Dayan, réunissent un casting impressionnant jamais vu auparavant à la télévision: Jeanne Moreau, Philippe Torreton, Gérard, Julie et Guillaume Depardieu, Jean-Claude Brialy, Julie Gayet, Tcheky Karyo, Jérôme Anger, Jeanne Balibar, Line Renaud, Claude Rich… La liste est longue. Quant au récit, après avoir fasciné les foules dans les années 70, il revient sous la forme de cinq fois 90 minutes, pour passer en revue les treize générations de rois de France maudites par Jacques de Molay, le grand maître des Templiers.

On aura à nouveau l’occasion de suivre les aventures de Robert d’Artois (Philippe Torreton) qui se bat contre sa tante Mahaut (Jeanne Moreau) afin de récupérer les terres qui, selon ses dires, lui reviennent de droit. Le tout sur fond de malédiction, de traîtrise, d’empoisonnements, d’amour et de luttes de pouvoir. Une formule qui a déjà fait ses preuves et sera très probablement un très gros succès lors de sa diffusion.

Hier matin, au Noga Hilton de Cannes, sur la Croisette, l’ambiance était nerveuse. Tout le monde attendait avec impatience de pouvoir visionner le montage de 40 minutes résumant les cinq épisodes de la saga. Parmi les acteurs présents, Jeanne Moreau, Philippe Torreton, Julie Gayet et d’autres n’avaient pas encore vu la moindre image. Le tournage s’est terminé il y a juste un mois et demi et c’était l’occasion de voir un aperçu de ce que sera le résultat final. Les images, même montées en vitesse, avec un son non étalonné et une musique d’emprunt, donnent tout de suite envie de voir la suite et de se plonger dans la lecture du roman-fleuve de Maurice Druon. Les décors, créés spécialement pour le tournage, renforcent l’impression de tragédie et de solennité du récit.

Après la projection qui s’est terminée sous une salve nourrie d’applaudissements, tout le monde est venu féliciter Josée Dayan et son équipe, visiblement satisfaits du résultat. On apprend, au fil des discussions qui s’ensuivent lors du cocktail, que toute la troupe s’est merveilleusement bien entendue. Jeanne Moreau explique que ce tournage était l’une des plus belles aventures de sa vie, Philippe Torreton surenchérit en expliquant à quel point il est fier d’être dans cette production: «Ce n’est pas tous les jours qu’on a un texte de cette qualité et un casting de cette envergure! On ne m’avait jamais proposé un projet pareil et c’est exactement ce que j’attendais de la télévision. Sans cette télé, de tels sujets ne verraient jamais le jour, car cela demande trop d’argent».

Effectivement, vous ne serez pas nostalgiques de la version des années 70. Comme l’explique Josée Dayan: «Chaque époque a sa propre vision d’un récit. Les années 70 étaient plus douces. Cette vision des Rois maudits correspond à l’an 2000, avec toute sa violence et ses questionnements». Un téléfilm qu’on attend déjà avec beaucoup d’impatience…

Envoyée spéciale en France Valérie Sohie

© La Dernière Heure 2005 Source : La dernière heure

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Philippe Volter

Triste nouvelle trouvée sur Les gens du cinéma, – où on peut lire le portrait par Yvan Foucart – du suicide du comédien Philippe Volter. C’était un comédien, on se souvient de son personnage balloté par l’étrange dans “Simple mortel”, le marionnetiste de “La double vie de Véronique”, le prisonnier permissionnaire dans “Abracadabra”. Un acteur rare… L’homme semblait sensible, en témoigne un documentaire qui lui était consacré, diffusé sur TPS où il faisait part d’une inquiétude légitime sur une perte d’audition. Nos pensées vont à sa mère, Jacqueline Bir

Filmographie établie avec Yvan Foucart : 1984  De leeuw van Vlaanderen  / Le lion des Flandres (Hugo Claus) – 1986  Les roses de Matmata (José Pinheiro) – 1987  Le maître de musique (Gérard Corbiau) – Issue de secours (Thierry Michel, film expérimental) – Macbeth (Claude D’Anna) – 1988  Les bois noirs (Jacques Deray) – 5150 (Yannick Saillet, CM) – 1989  Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau) – Trois années (Fabrice Cazeneuve) – 1990  Sirènes (Harry Cleven, CM) – La double vie de Véronique (Krzysztof Kieslowski) – La passion Van Gogh (Samy Pavel) – Simple mortel (Pierre Jolivet) – 1991  Abracadabra (Harry Cleven) – 1992  Trois couleurs : Bleu (Krzysztof Kieslowski) – Basse tension (Yves Buclet, CM) – Aline (Carole Laganiere) – 1993  Le concert (Samy Brunett, CM) – L’affaire (Sergio Gobbi) – Dernier stade (Christian Zerbib) – 1996  The fives senses / Les cinq sens (Jeremy Podeswa) – 1997  La nuit du destin (Abdelkrim Bahloul) – 2002  Y gospod sleze da ni vidi / Posseteni ot gospod (Même Dieu est venu nous voir) (Peter Popzlatev) – 2003  Resistance (Todd Komarnicki) – 2004  Les gens honnêtes vivent en France (Bob Decout).

 

Pour info  : “LA LIBRE BELGIQUE”

Philippe Volter meurt à 45 ans

 

 

L’acteur belge s’est suicidé hier soir à Paris. Il était le fils du metteur en scène Claude Volter.À la fois sensible et énergique, il avait notamment été remarqué dans le mystérieux “La Double Vie de Véronique” de Krzysztof Kieslowski. Le comédien belge Philippe Volter, 45 ans, a mis fin à ses jours mercredi à Paris. Fils du metteur en scène Claude Volter et de la comédienne Jacqueline Bir, il avait notamment été remarqué dans “La Double vie de Véronique” de Krzysztof Kieslowski et “Le Maître de musique” de Gérard Corbiau. Né en 1959 en Belgique, Philippe Volter fait ses premiers pas sur les planches à l’âge de 4 ans. Après plusieurs grands rôles sur les scènes belges, il débute sa carrière cinématographique en 1985 dans une fresque de Hugo Claus, “De Leeuw van Vlanderen”. Il est ensuite remarqué dans “Le Maître de musique” (1988) de Gérard Corbiau où il interprète un jeune voyou qui apprend le chant auprès du baryton José Van Dam. Le comédien au physique de jeune premier mystérieux interprète ensuite en 1989 un rôle de mari violent aux côtés de Béatrice Dalle dans “Les Bois Noirs” de Jacques Deray, prestation qui lui vaudra une nomination pour le César du Meilleur espoir en 1990. Il décroche deux rôles importants dans “La Double vie de Véronique” (1991) et “Trois couleurs: Bleu” (1993) de Krzysztof Kieslowski. En 1991, il est également le héros de “Simple Mortel”, audacieuse incursion de Pierre Jolivet dans la Sience-fiction. Si sa carrière se partage essentiellement entre la France et la Belgique, Philippe Volter tourne aussi sous la direction du Bulgare Petar Popzlatev dans “Même Dieu est venu nous voir” (2001) et du cinéaste d’origine algérienne Abdelkrim Bahloul dans “La Nuit du destin” (1997). A partir des années 90, Philippe Volter remonte régulièrement sur les planches. On le retrouve également souvent à la télévision, notamment dans “L’Affaire Dreyfus” (1995) et “Le Pantalon” (1997) d’Yves Boisset, ou “Madame Sans-Gêne” (2002) de Philippe de Broca. Son dernier rôle au cinéma, il l’interprète dans “Les Gens honnêtes vivent en France” de Bob Decout, sorti en France en mars dernier. Après le décès de son père en 2002, il avait pris la direction artistique de la comédie Claude Volter à Bruxelles aux côtés de l’actuel directeur, Michel de Warzée. Il avait démissioné de ce poste en juin 2004.

Philippe Volter, comme un météore par Philip Tirard

Mis en ligne le 15/04/2005
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Le comédien et metteur en scène belge a choisi de prendre congé de la vie à l’âge de 45 ans. Il se faisait une très haute idée de son métier d’artiste.

C’était le lundi 23 septembre 2002 au Théâtre du Parc, pour un hommage à Jacqueline Bir et à ses cinquante ans de carrière. Philippe Volter monta sur scène pour évoquer, avec humour et tendresse, cette mère hors norme. Son père, Claude Volter, était dans la salle, bien incapable de prendre la parole en public: il s’éteignit à peine huit semaines plus tard, à 69 ans.

Difficile de mieux répondre à la définition d’un enfant de la balle que Philippe Volter. «Je dormais dans le théâtre de mes parents, confiait-il dans une interview à «L’Humanité» en juillet 2003. S’ils avaient été bouchers, j’aurais dormi dans la boucherie…» A quatre ans, il descendait un grand escalier sur scène en tenant la main de sa mère. Bientôt son père lui confierait le rôle de Britannicus. Autant dire qu’il avait peu à apprendre au Conservatoire de Bruxelles dont il n’acheva pas le cycle complet. Un surdoué «Je me souviens de l’arrivée de Philippe Volter sur nos scènes comme de celle d’un météore», dit Jacques De Decker. Dans L’Ange couteau de Jean Sigrid, il était fabuleux face à Claude Etienne. Plus tard, nous avons travaillé ensemble. Il avait tout: le panache, l’élégance, la beauté, le lyrisme, l’agilité physique. Toutes qualités qui en firent aussi un remarquable d’Artagnan dans «Les Trois Mousquetaires», puis un mémorable Hamlet – qui lui vaudra l’Eve du meilleur comédien en 1985, NdlR -, dont il donnait le monologue Être ou ne pas être juché sur une galerie métallique au sommet de la Rotonde du Botanique. Il y eut encore son Treplev dans La Mouette de Tchekhov…» Ces trois spectacles étaient mis en scène par Daniel Scahaise, qui le dirigea aussi dans «La Nuit juste avant les forêts», le premier texte de Bernard-Marie Koltès monté en Belgique. «C’était un surdoué, confie un Scahaise inconsolable. Il s’investissait complètement dans ses rôles, au point d’en devenir parfois difficile à vivre. Il nourrissait la plus haute exigence à l’endroit de son art, pour lui-même comme pour les autres.» Prise de risques Promis à une confortable carrière d’acteur en Belgique, Philippe Volter est aussi lucide qu’ambitieux. Il comprend, à 25 ans, qu’il a déjà fait le tour de la question: il a joué au National, au Parc, au Rideau, aux Galeries, au Varia, à l’Ancre, etc. En 1985, il part pour Paris, pousse la porte du Conservatoire pour en repartir aussi sec, vit une vraie «galère» et finit par jouer dans le «Mariage de Figaro» de Beaumarchais mis en scène par Jean-Pierre Vincent. Cela lui vaut de décrocher le personnage de Jean Nilson face à José Van Dam dans «Le Maître de musique», le film de Gérard Corbiau qui va changer la face du cinéma belge. Il enchaîne les films: «Les Bois noirs» de Jacques Deray, avec Béatrice Dalle et Stéphane Freiss, puis «La Double Vie de Véronique» de Krzysztof Kieslowski avec Irène Jacob. Ses qualités de bretteur font merveille face à (la doublure de) Gérard Depardieu dans le «Cyrano de Bergerac» de Rappeneau. Au début des années 90, il paraît lancé dans une carrière cinématographique à succès. Mais les véhicules suivants ne s’avèrent pas à la mesure de ses espérances. Et puis, cet homme qui ignore le sens du mot compromis n’aime rien tant que prendre des risques… Il revient vers le théâtre, mettant en scène Jacqueline Bir dans «Master Class» de Terence McNally: le monde du chant et de l’opéra, encore et toujours. La dépression Au fil de la décennie, son physique se marque; mélomane, il souffre de troubles de l’ouïe. En 2003, après la mort de son père, il fait un fracassant retour au pays, prenant la direction de la Comédie Claude Volter aux côtés de Michel de Warzée. Un an plus tard, il démissionne, non sans avoir mis en scène un excellent «Misanthrope» de Molière. «Depuis plusieurs mois, il traversait une terrible dépression, confie son ami le comédien Yves Claessens. C’était un être exceptionnel, mais son extrême lucidité pouvait le mener à un auto-aveuglement. Il était extraordinairement chaleureux et fidèle en amitié. Sur un plateau, c’était un pur-sang, fragilité et d’excès compris.» Philippe Volter aura choisi sa fin, comme le loup solitaire qu’il était aussi. Victime de la dépression? Il n’a pas su trouver, en tout cas, la sortie du labyrinthe; sa part d’ombre a mangé toute sa lumière. Nos pensées vont à Jacqueline Bir qui vient de bouleverser la Belgique francophone pendant plusieurs mois avec son interprétation du petit garçon condamné par la leucémie dans «Oscar et la dame rose» d’Eric-Emmanuel Schmitt. Elle reprend en ce moment même «Le Récit de la servante Zerline» d’Hermann Broch, selon Jacques Franck, «le monologue le plus dur et le plus difficile de sa carrière». Terrible métier…© La Libre Belgique 2005 Source : La libre Belgique

 

 

Mis en ligne le 14/04/2005

Fragments d’un dictionnaire amoureux : François Toumarkine

François Toumarkine “soigné” par Jean-Pierre Mocky pour “Les ballets écarlates”

Je tente une nouvelle rubrique, sorte de laboratoire pour une série de portraits concernant des nouveaux “excentriques du cinéma français” selon l’expression heureuse d’Olivier Barrot et Raymond Chirat. Le titre “Fragments d’un dictionnaire amoureux” provient des “Cahiers du cinéma” à l’occasion d’un numéro spécial Acteurs.

François Toumarkine :

Ce Deschiens émérite fait souvent preuve de grandeur, de drôlerie, tout en pouvant changer de registre en une fraction de seconde. Outre les diffusions télévisées de ces programmes devenus cultissimes, il participe sur les planches aux spectacles de Jérôme Deschamps & Macha Makeïeff (“Les précieuses ridicules”, “Le lapin chasseur”, Molière du meilleur spectacle comique 1989). Il entre très vite dans le “Mocky circus” .  Dans l’un des ses premiers rôles, dans “Litan ou la cité des spectres verts”, il amène un climat burlesque à un rôle particulièrement inquiétant de loubard au couteau, courant comme un dératé après Marie-José Nat. Il est aussi un clochard slave qui dissuade Michel Serrault de se suicider dans “Bonsoir” de Jean-Pierre Mocky. On l’imagine aisément transfuge d’un film des années 30, marqué par un certain “réalisme politique”. C’est l’humanité qui se dégage le plus dans son jeu, tel son personnage de Manu, un poil simplet dans “La discrète” aux côtés de Fabrice Luchini. Il est le souffre-douleur de Serge Riaboukine, un de ses rôles le plus touchant.  Il retrouve Luchini, dans “Jean-Philippe” en 2006, où il campe un clochard compatissant, qui réconforte le personnage de Fabrice, bouleversé de se retrouver dans une dimension fantastique. Ce dernier est d’ailleurs trop pris par son problème, pour être en empathie avec la misère de son compagnon d’infortune. Dans le supplément DVD de “Grégoire Moulin contre l’humanité” (film à réévaluer absolument), il est un badaud toisant Artus de Penguern, déguisé en Adolf Hitler. Il reconnaît son personnage en le prenant pour une vague célébrité TV, suit un dialogue de sourd surréaliste.

Il est à l’aise dans la drôlerie ou le picaresque (“Saint-Germain ou la négociation”), il devient l’instrument tragique du destin en frère de Line Renaud dans le superbe “Suzie Berton” en doux dingue qui ne vit que pour les sorties avec sa sœur pour aller voir les films de “Bruce Lee”, un rôle proche du personnage de Radek du roman de Georges Simenon “La tête d’un homme”. En 2004, on le retrouve digne du cinéma expressionniste muet allemand dans “Rois et reine” où dans le rôle d’un infirmier nommé “Prospero” il forme un tandem étonnant avec son comparse au patronyme shakespearien également : Caliban, joué par Miglen Mirtchev, ce qui semble présager une ” tempête sous crâne”, alors qu’ils viennent chercher Mathieu Amalric, en vue de l’hospitaliser dans un asile psychiatrique. Il est censé rassurer son patient, mais en une fraction de secondes, son regard halluciné développe une hystérie inattendue. Blessé par Amalric, il fulmine dans son coin, refusant de lui prêter son portable, pour finalement assister à une séance d’enregistrement avec un regard protecteur. S’il impressionne par sa haute stature, 1m84, il se révèle souvent touchant. C’est l’exemple typique du comédien, qui fait “mouche” à la moindre des ses apparitions. Il est irrésistible dans “Les ambitieux” de Catherine Corsini, quand il défonce la porte de toilettes, où se retrouve enfermé Éric Caravaca, pris de panique en raison de sa claustrophobie. Il faut voir Toumarkine s’acquitter de cette tâche en râlant, tout en disant “ce n’est pas parce que je suis gros, que je suis Ben Hur !…” Il reste fidèle à l’univers Mockyien, des “Ballets écarlates” où il compose un père immonde qui vend son fils à un pédophile à la série “Myster Mocky présente” à la télévision sur “13ème rue”. Dans “Tellement proches” il est l’archétype du voisin hargneux dérangé par une fête juive, mais le bougre finit tout de même par s’humaniser et y participer. François Toumarkine est un des comédiens français les plus attachants.

Filmographie : 1981  Litan, la cité des spectres verts (Jean-Pierre Mocky) – Elle voit des nains partout (Jean-Claude Sussfeld) – 1982  Le polar (Jacques Bral) – Le petite bande (Michel Deville)  –  À mort l’arbitre (Jean-Pierre Mocky) – 1985  Le pactole (Jean-Pierre Mocky) – La machine à découdre (Jean-Pierre Mocky) – 1986  Lévy et Goliath (Gérard Oury) – 1987  Vent de panique (Bernard Stora) – Meutres (+ réalisation, CM) –  1988  Le crime d’Antoine (Marc Rivière) – Une nuit à l’assemblée nationale (Jean-Pierre Mocky) – Drôle d’endroit pour une rencontre (François Dupeyron) –  Un père et passe (Sébastien Grall) –  1989  J’aurais jamais dû croiser son regard (Jean-Marc Longval) –  1990  La discrète (Christian Vincent) – Toto le héros (Jaco Van Dormael) – 1991  Cauchemar blanc (Mathieu Kassovitz, CM) – Mocky Story (Jean-Pierre Mocky) –  1992  Un été sans histoires (Philippe Harel, moyen-métrage) – Métisse (Mathieu Kassovitz) –  Zoé la boxeuse (Karim Dridi, CM) – Carlota (Joseph Morder, CM) – Le mari de Léon (Jean-Pierre Mocky) – Cible émouvante (Pierre Salvadori) – 1993  La vengeance d’une blonde (Jeannot Szwarc) – Loin des barbares (Liria Bégeja) – Le péril jeune (Cédric Klapisch) – Dressing room (Jean-Pierre Pozzi, CM) –  Regarde les hommes tomber (Jacques Audiard) –  1994  La haine (Peter Kassovitz) –  1995  Black Dju, vos papiers (Pol Cruchten) –  Le cri de la soie (Yvon Marciano) –  Paul et Virginie ou la clef du paradis (Maurice Cora Arama, CM)  –  Hercule et Sherlock (Jeannot Szwarc) –  La belle verte (Coline Serreau) – Le nez au vent / La nuit des cerfs-volants (Dominique Guerrier, CM) – 1996  Demain, dès l’aube (Stéphane Subiela, CM) – 1997  La mort du chinois (Jean-Louis Benoît) –  2000  Grégoire Moulin contre l’humanité (Artus de Penguern) – 2001  Sexy boy (Stéphane Kanzandjian) – Les araignées de la nuit (Jean-Pierre Mocky) – Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran (François Dupeyron) – 2003  Conflit de canards (Paul Saintillan,court-métrage) –  2004  Rois et reine (Arnaud Desplechin) – Les amants réguliers (Philippe Garrel) – Touristes ? oh yes ! (Jean-Pierre Mocky) – Les ballets écarlates (Jean-Pierre Mocky) – Grabuge (Jean-Pierre Mocky) 2005  Cauchemar du promeneur solitaire (Paul Saintillan, CM) – Ces jours heureux (Éric Tolédano & Olivier Nakache) – Jean Philippe (Laurent Tuel) – 2006  Les ambitieux (Catherine Corsini) – Molière (Laurent Tirard) – 2007  Le perroquet bleu (Jacques Rozier, inédit) – 2008  Ich Bombe (David Klein, CM) – Tellement proches (Éric Toledano & Olivier Nakache) – Rumeurs, commérages, on dit que (Ingrid Lanzenberg, CM) – Bas-fonds (Isild Le Besco) – 2009  Célulloïd gangster (Hugo Pivois, CM) – Une semaine sur deux (et la moité des vacances scolaires) (Ivan Calderac) – 2010  Crédit pour tous (Jean-Pierre Mocky) – 2012  Le dernier rôle de Jacques Serres (Francois Goetghebeur et Nicolas Lebrun, CM).

Voxographie  : 2008  La véritable histoire du chat botté (Pascal Hérold, Jérôme Deschamps & Macha Makeïeff).

Télévision (notamment) : 1992  L’affaire Deschamps (Philippe Lallemant, documentaire) – 1994  Ferbac : Le carnaval des ténèbres (Sylvain Madigan) – 1995  Julie Lescaut : Recours en grâce (Joyce Buñuel) – 1996  Les cinq dernières minutes : Le quincailler amoureux (Jean Marboeuf) – 1997  Entre terre et mer (Hervé Baslé) – 1998  Marie Fransson : Un silence si lourd (Jean-Pierre Prévost) – 1999  P.J : Tango (Gérard Vergez) – Marie Fransson : Positif (Jean-Pierre Vergne) – 2000  Marie Fransson : S’il vous plaît (Christian Spiero) – Un flic nommé Lecoeur : Dans le béton (Alain Tasma) – 2001  Marie Fransson : Bonne chance, maman (Christiane Spiero) – 2003  Saint Germain ou la négociation (Gérard Corbiau) – 2004  Suzie Berton (Bernard Stora) – 2005  Allons petits enfants (Thierry Binisti) – La légende vraie de la Tour Eiffel (Simon Brook) – 2007  Rendez-moi justice (Denys Granier-Deferre) – Myster Mocky présente : Cellule insonorisée (Jean-Pierre Mocky) – 2009  Les petits meurtres d’Agatha Christie : Les meutres ABC (Éric Woreth) – Kaamelott – Livre VI (Alexandre Astier) – Le Bruno Vaigasse show (Gaël Malry) – Au siècle de Maupassant – Contes et nouvelles du XIXème siècle : L’affaire Blaireau (Jacques Santamaria) – Colère (Jean-Pierre Mocky) – 2012  La croisière : Les bons parents (Pascal Lahmani).