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AVANT LE DÉLUGE

Affiche belge provenant des Les gens du cinéma

On peut avoir du mal à imaginer la panique d’une guerre mondiale, en Europe à l’annonce du conflit coréen, c’est l’intérêt sociologique de ce film d’André Cayatte “Avant le déluge” tourné en 1953. L’œuvre de Cayatte est souvent accompagnée de sarcasmes, immanquablement de l’adjectif démonstratif, mais c’est un cinéaste à réhabiliter, ses dénonciations contre la peine de mort : “Nous sommes sous des assassins”, la dictature des apparences : “Le miroir à deux faces”, l’euthanasie, etc… sont marquantes pour l’époque. Cet ancien avocat a une vision pessimiste de la société sclérosée, il donne ici à penser sur la responsabilité des parents, même si la charge est assez forte ici, mais les jeunes délinquants dans une utopie imbécile de fuite en Polynésie pour fuir un hypothétique cataclysme. Ils viennent tous de familles honorables, mais ne sont pas excusés pour autant, deux innocents seront des victimes gratuites, tel le vieux vigile joué par Julien Verdier. Il y a beaucoup des communs avec “L’appât” de Bertrand Tavernier (1994), ce dernier évitant l’écueil de la charge contre les parents – Nicolas Silberg jouant le père d’Olivier Sitruk a été coupé au montage -. Ici Liliane – dont la séduction innocente est parfaitement campée par la débutante Marina Vlady -, est dédouanée de sa responsabilité, contrairement au personnage de Marie Gillain, dans le film de Tavernier. Le film rend formidablement l’état de la France après guerre, l’inquiétude d’une guerre mondiale, les résurgences de l’antisémitisme, le cynisme des notables. Cayatte dénonce aussi bien l’éducation permissive d’un professeur dépassé – formidable Bernard Blier -, ou celle étouffante d’une mère abusive, ou d’un raciste délirant.

On peut décrocher parfois aux 2h15 de ce film, mais il y a comme souvent chez Cayatte, une distribution exceptionnelle – notifiée par ordre alphabétique, voir fiche IMDB, en attente de compléments -. Jacques Castelot est particulièrement excellent en marchand d’art douteux et d’un cynisme inouï, jouant avec les conventions de la grande bourgeoisie, séduisant Isa Miranda – co-production italienne oblige -, femme abandonnée à la mesquinerie de son mari – Paul Frankeur, très réjouissant dans la bêtise -. Line Noro est juste en mère possessive après une vie de frustrations. Bernard Blier, dans la sobriété est touchant en père dépassé par l’éducation de ses deux enfants – voir les affrontements avec son communiste de fils, le trop méconnu Paul Bisciglia, figure omniprésente du cinéma français, souvent dans des rôles gouailleurs -, facilement manipulable. En dehors de Marina Vlady – beaucoup de charme – et de Roger Coggio – quoi qu’un peu théâtral -, les jeunes sont assez méconnus mais justes – Clément Thierry, Jacques Pierre, Jacques Chabassol, Jacques Fayet -, Antoine Balpêtré est à l’aise dans l’ignominie antisémite – dont Cayatte montre le grotesque dans la scène de l’huissier breton joué par Jérôme Goulven -, il semble vouloir ici vouloir se dédouaner de son attitude lors de l’occupation, car il avait récité un poème sur la tombe de Philippe Henriot. Carlo Ninchi en président du tribunal est bien doublé – la litanie des sentences -, et l’on retrouve d’excellents seconds rôles, crédités, Albert Rémy en garçon de café sympathique, Léonce Corne en commissaire désabusé, ou non, Jacques Marin en cycliste rigolard. On retrouve aussi Delia Scala, superbe italienne, rayonnant d’érotisme – dévoilant un sein magnifique – et deux débutants prometteurs, Gérard Blain en élève bagarreur et Jacques Duby en manifestant pour la paix malmené. Le regard d’André Cayatte est précieux, il ne fait pas un plaidoyer, mais pose un constat sur la société de son temps.

CAMPING A LA FERME

Ce film peut poser problème, soit on le voit pour ce qu’il est une sympathique comédie, soit on le voit dans la continuité des précédents films de Jean-Pierre Sinapi, et l’on peut être déçu. Hier c’était donc l’avant-première de “Camping à la ferme” à l’UGC Cité Ciné, présenté par le réalisateur lui-même, Nadine Marcovici qui joue “La maire” – c’est une fidèle depuis “National 7”, Aghmane Ibersiene qui joue Assane, et la productrice Nathalie Gastaldo. On comprend très vite le pourquoi du film, c’est une commande de la productrice, et de l’écrivain Azouz Begag, dont la voix chaude de conteur sur France Culture me revenait en mémoire. A la recherche d’un cinéaste, il pense à Jean-Pierre Sinapi, dont l’acuité, l’humour (très présent dans “National 7”, film où rayonne l’admirable Olivier Gourmet), la sensibilité semblait idéale. Le réalisateur voit en cette comédie, un moyen de poursuivre son oeuvre, après le très “noir” “Vivre me tue”, et un moyen d’y apporter une touche personnelle, une poésie – ce qui est parfois une erreur -, avec l’aide de son scénariste Daniel Tonachella.

 Jean-Pierre Sinapi

Curiosité, Azouz Begag, entre au gouvernement,  – idée pour sortir des abîmes de l’impopularité ? –, comme ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances – vaste programme ! -, ce qui change un tantinet la grille de lecture du film. Mais la productrice habile,  présente le fait comme une surprise, coupant court aux questions. Le fait est confirmé ensuite par le metteur en scène au sortir du débat, la promotion ne se fera pas sur ce fait, notre si charmant gouvernement n’y tenant pas non plus. Il précise que Clotilde Coureau est devenu princesse après le tournage des “Beaux jours” pour Arte. Amis artistes participez à un tournage du sieur Sinapi, c’est bon pour votre carrière ! J’ai pour parti-pris de saluer le travail des comédiens, qui devrait être au service du film, et non l’inverse, histoire de trouver toujours quelque chose à sauver d’un film, ou saluer ceux que nous connaissons sans toujours pouvoir mettre un nom. Ils peuvent être à la rescousse du film parfois. Le film doit beaucoup à l’abattage des jeunes acteurs, excepté pour Jean-Noël Cridlig-Veneziano, c’était la première expérience au cinéma pour Rafik Ben Mebarek, Hassan Ouled-Bouarif, Yves Michel, l’attachant Marc Mamadou et Aghmane Ibesiene, chaleureux malgré le tract dans la salle hier. Ils ont eu deux mois pour se préparer, ils sont tous très drôles, ou touchants.

Nadine Marcovici aime bien préparer ses personnages, elle s’est aidé de la vision du rôle de Nicole Kidman, dans “Prêt à tout / To die for” de Gus Van Sant. Elle est ici une femme politique arriviste – qui ne veut pas qu’on l’appelle la mairesse qui est la femme du maire ! “. Il y a un cousinage avec Isabelle Nanty, elle a un bel abattage. La seule indication du metteur en scène était de s’adresser aux personnes, comme si elles étaient les plus importantes au monde. Les villageois recevant les jeunes en difficulté dans le cadre des TIG – prononcez tige -, sont des “bas du front”.

La caricature semble un tantinet un peu lourde tout de même, tel le Rodolphe – joué avec humour par Dominique Pinon, qui jouait alors au théâtre avec Isabelle Carré dans “Les pieds sous la table -, l’agriculteur ne travaille que pour les subventions européennes – le très bon Robert Rollis, dont je vais faire un petit portrait d’ici peu -, ou Gaston – Jean-François Stévenin, convaincu de figurer dans ce film, grâce à sa fille Salomé qui aimait à raison les films de Sinapi -, qui voit des “fellagas” partout. C’est un peu le point faible du film, mais on a plaisir à retrouver de vieux routiers, Michel Fortin en ouvrier dans une église, Jean-Claude Frissung – troisième rôle pour Sinapi – en curé conciliant, Jean-Paul Bonnaire en abruti suiveur – comme d’hab’ – ou Jacques Giraud en cafetier – comme d’hab aussi -, Bruno Lochet “deschienise” et  sa scène du “pétard” a provoqué lancé un curieux débat dans la salle, nous sommes ici à Bordeaux, ne l’oublions pas.

Roschdy Zem est excellent dans la comédie – comme dans “Filles uniques”, en éducateur probe, patient mais motivé, ne serait-ce que par le charme d’une femme juge – apparition amicale pour Julie Gayet -. Il porte le film par sa belle énergie. L’empreinte de Jean-Pierre Sinapi, est bien présente dans ce film. Dans le hall de l’UGC, il disait ne pas être d’accord avec le titre du film, imposé par la productrice, mais cette dernière semblait surprise que les gens avait un apriorisme sur ce film, pour finalement l’aimer beaucoup. L’étiquette “film de banlieue” semble si on prête oreille, ici ou là, semble faire fuir le public, ce qui est arrivé à l’attachant “Ze film” de Guy Jacques. Ici on se rapproche un peu de la comédie italienne, et la salle riait beaucoup. Mais on pouvait attendre légitimement un peu mieux du cinéaste de plus très sympathique.

A DIRTY SHAME

 C’est un pied de nez salutaire et potache à l’Amérique bien pensante, qui se scandalise à la vue d’un sein – celle qui se scandalise à la vue du sein de Janet Jackson, lors du superbowl, ou la récente censure des dessins animés de Tex Avery par Warner, voir le site de Martin Winckler -. Ses interprètes s’en donne à cœur joie, telle Tracey Ullman (“Escrocs mais pas trop”, ou Chris Isaak continue à dégommer son image de crooner, le jackassien Johnny Knoxville est hilarant en messie du sexe, et on retrouve Patty Hearst, habituée des films de John Waters et connue pour son enlèvement. Le film commence comme dans “Frissons” de David Cronenberg, un souffle pervers semble atteindre Baltimore – ville de naissance du cinéaste -, y compris chez les végétaux et les écureuils, suit un salutaire et revigorant jeu de massacre, cartoon jubilatoire, avec la satisfaction de voir que le cinéaste n’a rien perdu de sa virulence, depuis ses premières provocations avec le célèbre Divine. Le film fourmille de trouvailles – la maison de retraite, la guest-star de la scène de l’avion -, transcendant le mauvais goût, même s’il n’évite pas les répétitions.

Tracey Ullman & Chris Isaak, où comment consolider son couple…

La sévérité de la critique me semble excessive pour ce film qui peut être une ôde à la liberté. Le ton est proche de celui d’un cartoon, est on est loin des habituelles comédies adolescentes scatophiles. C’est un film à rapprocher avec le récent “Team America”, réjouissant jeu de massacre, en plus d’une réussite formelle en hommage des “Thunterbirds”. Personne n’est épargné, et le film brille par son inventivité constante, tout en osant le mauvais goût et le dénigrement de nos icônes hollywoodienne (Alec Baldwin en parrain du Film Actor Guild ((F.A.G. !), ou Susan Sarandon, en actrice dont le talent décline, ce qui n’est évidemment pas le cas). En plus un film qui nous venge de Michael Bay et de son “Pearl Harbour” ne peut qu’avoir notre estime. L’Amérique puritaine sous l’ère Bush, permet ce type de film, soupape autorisée, mais la France reste plus frileuse avec nos conformismes.

L’ANNULAIRE

Ce film est, selon une expression à la mode “Un film monde” tiré du livre de Yoko Ogawa. Il faut ici abandonner toute tentative d’explication, pour s’abandonner aux émotions. On comprend vite que les clefs sont inutiles, mais c’est un peu les limites du film. C’est le portrait d’une jeune fille déracinée, perdue dans une zone portuaire – Le film est tourné à Hambourg. Faut-il voir dans ce film, la peur de rentrer dans l’âge adulte ?. Elle est à la recherche d’un travail provisoire, suite à l’amputation d’un petit bout de son annulaire, dans un travail à la chaîne. Elle semble naïve et partage une chambre d’hôtel avec un jeune marin vivant la nuit, qu’elle ne fera que croiser. Le choc du film est la présence d’Olga Kurylenko, on est happé par sa sensualité, et très rares sont les actrices qui ont une telle présence à l’écran, la caméra l’aime et la désire. On suit donc son personnage facilement, et de son entrée chez un curieux naturaliste, composant de curieux spécimens. La réalisatrice Diane Bertrand  – réalisatrice du film choral “Un samedi sur la terre” (1995) – semble consciente de la grâce de son interprète, et manque d’en abuser.

Olga Kurylenko et Marc Barbé dans “L’annulaire”

Son employeur est l’excellent Marc Barbé, décidement abonné aux rôles d’ogres après l’étonnant “Sombre” de Philippe Grandrieux (1999). Comme la Mrs. Danvers du “Rebecca” d’Hitchock, d’après Daphné Du Maurier, on ne l’entend jamais arriver. Protecteur et précis, il dégage l’angoisse, l’opacité de son métier nous intrigant. Il continue donc son parcours singulier avec une belle exigence. Diane Bertrand a donc réussi à rendre une atmosphère oppressante, une moiteur, les variantes d’un climat humide influencent les clients du laboratoire. Reste quelques opacités inutiles – la présence de l’enfant -, mais la ronde des clients est prenante. Il convient de saluer trois comédiens – et non des moindres – du film : Hanns Zischler en hôtelier jovial, Edith Scob qui promène une étrangeté  et une superbe, en locataire mystérieuse et le trop rare Sotigui Kouyaté qui laisse toujours une humanité dans son rôle de cireur de chaussures philosophe, aucun film semble digne d’être à la hauteur du talent de cet ancien griot. Saluons également la  musique de Beth Gibbons, et la photo magnifique d’Alain Duplantier. Laissez vous donc aller à ce climat particulier de ce film, sous peine de rester à la porte…

Fragments d’un dictionnaire amourex : Evelyne Ker

Dominique Besnehard et Evelyne Ker dans “A nos amours”

en 1955. Elle a participé à peu de films, mais elle avait le rôle mémorable de la mère de Sandrine Bonnaire dans le superbe “A nos amours de Maurice Pialat, en 1982. A lire également Maurice-pialat.net.

1953  Les fruits sauvages (Hervé Bromberger) – 1954  La cage aux souris (Jean Gourguet) – La dot de Sylvie (CM) – 1955  Quand vient l’amour (Maurice Cloche) – Tant qu’il y aura des femmes (Edmond T. Gréville) – 1956  Les copains du dimanche (Henri Aisner) – 1958  Péché de jeunesse (Louis Duchesne) – Ramuntcho (Pierre Schoendoerffer) – 1959  Classe tous risques (Claude Sautet) – 1960  La récréation (François Moreuil) – 1961  La gamberge (Norbert Carbonnaux) – Janine (Maurice Pialat & Maurice Pialat) – 1962  Jeanne et Jacques (Alain Cuniot, CM) – 1970 Les amours particulères / Malaise (Gérard Trembasiewicz) – 1973  … Comme un pot de fraises (Jean Aurel) – 1977  Et vive la liberté (Serge Korber) – 1979  À nous deux (Claude Lelouch) – 1980  Les uns et les autres (Claude Lelouch) – 1982  À nos amours (Maurice Pialat) – 1991  Mensonge (François Margolin) – 1995  Faute de soleil (Christophe Blanc, CM) – 1996  Rien que des grandes personnes (Jean-Marc Brondolo, CM) – Scène de lit : Madame (François Ozon, CM). Télévision (notamment) : 1957  C’était un gentleman (François Gir) – 1971  Au théâtre ce soir : Joyeuse pomme (Pierre Sabbagh) – 1972  Au théâtre ce soir : L’école des contribuables (Pierre Sabbagh) – Double assassinat dans la rue Morgue (Jacques Nahum) – 1975  Cher Alec, chère Janet (Youri) –

Remerciements à Yvan Foucart

FRAGMENTS D’UN DICTIONNAIRE AMOUREUX : BERNARD NOEL

Bernard Noël

Quelles traces laissent un comédien mort trop tot ? Pour l’avoir admiré son panache, son visage un peu inquiet, dans Vidocq, un chef d’oeuvre télé de Marcel Bluwal, on peut se poser la question. C’était légitime que Claude Brasseur le remplace après sa maladie, car il y a des accents du père, Pierre Brasseur, chez lui. Le cinéma ne semble pas l’avoir trop gâté, un cow-boy dans “Fernand Cow-Boy” aux côtés de Fernand Raynaud, l’ami de Maurice Ronet dans “Feu follet”, etc… Mais on peut apprécier son jeu sur le DVD de “Gaspard des Montagnes” (Jean-Pierre Decourt, 1965), où l’on ressentait sa sensibilité et sa fougue. Il aurait compté énormément, si le destin ne l’avait jugé autrement.

Je reprends la consultation d’anciens Téléramas à la principale bibliothéque de mon lieu d’habitation – Ils sont disponibles depuis 1972 -, histoire d’alimenter la base de données du site IMDB en téléfilms, alors nommées dramatiques, histoire de continuer à sauvegarder une mémoire. D’ailleurs si vous avez des fiches Télé, à me suggérer, je peux les rentrer sur la base. En ce moment, parcourant le premier semestre 1983, je tombe sur un hommage de Claude Rich, à l’occasion de la rediffusion de  “La mégère apprivoisée” adaptation de 1964 de Pierre Badel, avec Geneviève Fontanel, Bernard Noël y joue “Petrucchio”. Claude Rich qui a une plume magnifique fut ami et partenaire de Bernard Noël, dans la pièce “Victor et les enfants du pouvoir”, je ne résiste pas à vous restituer ce texte :

Quelques mois avant sa mort, nous étions descendus dans le Midi. Tous ses amis devinaient l’issue fatale, lui seul voulait l’ignorer.

Il aimait tellement la vie que la mort n’était pas dans son programme.

Un soir, nous étions étendus sur la terrasse de l’hôtel qui donnait sur la campagne de St-Tropez. Notre radio était branchée sur Alger. Et avec le soleil qui se couchait, nous écoutions les voix qui venaient de la Méditeranée. A travers les monts du Maghreb nous revenaient nos héros de l’enfance ! Mermoz, St-Exupery, Charles de Foucauld. Ces chants lancinants qui berçaient sa souffrance le faisait délirer, et rêver de traversées qu’il n’avait pas faites.

Et aussi, peut-être d’un Dieu, si proche et pourtant si différent de celui de son enfance qu’il avait oublié, délaissé – à cause de la frénésie qui nous entraîne de rôles en rôles, vers des personnages auxquels on donne sa vie, son coeur et qui après s’en vont si vite, en nous laissant démuni – Jusqu’au suivant.

Frénésie qui vous laisse si peu de temps à vivre. Si peu de temps pour vivre.

Ce soir-là, il pensait qu’il faudrait savoir s’arrêter, et partir sur le dos d’un nuage pour réapprendre à vivre.

C’est difficile de s’arrêter quand on entend quelque part en soi l’horloge qui marque les heures !

Combien de rêves sont restés inachevés chez Bernard ? Personne autant que lui n’était si plein de passions de désirs et d’amour !

Sa fougue était provebiale ! Un jour, il montait à cheval dans “La mégère apprivoisée”. Ce n’était pas un cheval très discipliné. Quand on a dit “action” il a couru vers son canasson. Et son désir et sa fougue étaient si grands qu’il a dépassé le cheval et qu’il c’est retrouvé le cul sur l’herbe…

Tout était trop petit pour Bernard ! les canassons, le monde, la vie. Bernard était grand. Il n’était pas fait pour un univers où les hommes mesurent un mètre soixante.

Claude Rich, article “Bernard Noël, si peu de temps pour vivre” Télérama N°1742 du 04/06/1983.

Note du 1 septembre 2006 : Vient de paraître un excellent livre à son sujet “Bernard Noël, prince et Brigand de Comédie” (Patrice Ducher, Éditions Pascal, 2006), mine d’informations sur ce formidable comédien.

LA MAISON SOUS LES ARBRES

L’inénarrable Jean Tulard, bazarde ce film avec sa légèreté habituelle dans son “Guide des films”, mais ce film méconnu mérite le détour. L’aspect polar,  est difficile à évoquer, pour ne pas éventer le suspense du film. Le postulat de base est donné par le personnage de “l’homme de l’organisation”, campé magistralement par Maurice Ronet, qui démarche Philippe, un scientifique qui se consacre à l’édition . Son rôle est très court, mais il est habile et manipulateur, ce comédien livre une composition inquiétante, qui habite tout le reste du film.

C’est aussi une radiographie assez amère d’un couple d’Américains vivant à Paris, avec deux enfants, le détachement mutuel de chacun, les vérités qui sortent assez librement. Philippe, joué par Frank Langella au jeu nerveux, a épousé Jill (Faye Dunaway, intense), car elle était enceinte. Suit un jeu de piste prenant, à travers le regard de Jill, borderline en difficulté avec la réalité, mais son personnage est actif et cherche des solutions. Elle a des difficultés avec la notion du temps, pouvant amener son fils cadet de longues heures sur une péniche, habitée par une sorte d’irresponsabilité. Sa fascination de la Seine – Lourde symbolique – inquiète, elle vit mal son déracinement.

L’interprétation des autres comédiens est excellente, de Barbara Parkins en amie dévoue, Karen Blanguernon en femme mystérieuse, Raymond Gérôme en commissaire intransigeant mais efficace, Gérard Buhr – appelé Raymond Buhr dans la base IMDB !, j’ai donc un joyeux ménage à faire – est un inquiétant psychiatre, ce comédien trop rare excelle dans les rôles inquiétants.

Il y a peu de personnages clichés parisiens, divergeant un peu par son regard français dans une co-production anglo-saxonne, mais on peut reconnaître Louise Chevalier en fleuriste râleuse, Patrick Dewaere en jeune désinvolte – il faisait déjà une apparition presque subliminale dans “Paris brûle-t’il ?” – Michel Charrel, en agent de la circulation ou Carlo Nell en policier furtif.

Le film est présenté en VF uniquement, dans la chaîne Cinétoile, ce qui est assez dommage, malgré un doublage soigné : Sylvie Moreau – nom trouvé le site de La gazette du doublage -, Pierre Vaneck, François Chaumette, Pierre Vernier… et l’insupportable Jackie Berger, femme qui doublait les enfants – je n’ai jamais entendu un enfant parler comme ça -, ce qui est assez gênant. Un film à voir cependant, par son regard désenchanté de Paris, une habile réalisation et le jeu de Faye Dunaway, à la porte de la folie.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Suzanne Flon

   

Suzanne Flon

“- Écoute ma bonne Suzanne. Tu es une épouse modèle.
– Oh…
– Mais si, t’as que des qualités et physiquement, t’es restée comme je pouvais l’espérer. C’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c’était à refaire, je crois que je t’épouserai de nouveau. Mais tu m’emmerdes.
– Albert!
– Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais tu m’emmerdes”.
Dialogue de Michel Audiard entre Jean Gabin et Suzanne Flon pour “Un singe en hiver”.

Le qualificatif qui va revenir le plus souvent est “attachante”, avec près de 60 ans de carrière Suzanne Flon, vient de nous quitter à l’âge de 87 ans. Les médias racontent qu’elle était la secrétaire d’Édith Piaf en 1938, qui la saluait dans sa chanson les “flonflons du bal”. Elle devait faire sa rentrée théâtrale à “L’atelier”, la saison prochaine à Paris.

(Photo S. Soriano/Le Figaro)

Au cinéma, son parcours est sans fautes, le modèle de Toulouse Lautrec “Moulin rouge” (John Huston, 1952), la logeuse suspicieuse “Le procès” (Orson Welles, 1962), l’épouse dévouée de Jean Gabin “Un singe en hiver” (Henri Verneuil, 1962) – elle jouera son épouse également dans “Le soleil des voyous” (1966) et “Sous le signe du taureau”, une malade atteinte d’un cancer “Docteur Françoise Gailland” (Jean-Louis Bertuccelli, 1975), la vieille sourde surnommée “Sono cassée”, “L’été meutrier” (Jean Becker, 1982), la servante que l’on devine secrètement amoureuse de Michel Serrault dans “En toute innocence” (Alain Jessua, 1987), la grand-mère abandonnée, “Gaspard et Robinson” (Tony Gatilf, 1990), la locataire dont la gazinière explose dans “Mille millièmes, fantaisie immobilière” (Rémi Watherhouse, 2002), la tante Line, dissimulant un lourd secret : “La fleur du mal” (Claude Chabrol, 2003), etc…

Mais l’actrice accorte, peut donner également des rôles de femmes revêches ou aigries, une mystérieuse baronne “Mr. Arkadin (Orson Welles, 1954), la concierge inquiétante dans “Monsieur Klein” (Joseph Losey, 1975), l’hôtelière dans “Quartet” (1980), ou la cliente exigeante de Benoît Magimel dans “La demoiselle d’honneur” (Claude Chabrol, 2004). Elle était l’héroïne de “La porteuse de pain”, incroyable mélo réalisé par Maurice Cloche en 1963, où elle donnait la réplique aux formidables Jean Rochefort et Philippe Noiret.

Yvan Foucart, venait de lui rendre un hommage pour Les gens du cinéma. Sa mort est pour nous un grand pincement au coeur, son sourire nous manque déjà.

Filmographie : 1942  L’ange de la nuit (André Berthomieu) – 1947  Capitaine Blomet (Andrée Feix) – 1948  Suzanne et ses brigands (Yves Ciampi) – 1949  Dernier amour (Jean Stelli) – Rendez-vous avec la chance (Emil-Edwin Reinert) – La cage aux filles (Maurice Cloche) – 1950  La belle image (Claude Heynemann) – 1951  Procès au Vatican (André Haguet) – 1952  Moulin-Rouge (Id) (John Huston) – 1954  Confidential Report / Mr. Arkadin (Mr. Arkadin) (Orson Welles) – 1960  Tu ne tueras point (Claude Autant-Lara) – 1961  Les amours célèbres [épisode “Agnès Bernauer”] (Michel Boisrond) – 1962  Un singe en hiver (Michel Audiard) – Le procès / The trial (Orson Welles) – 1963  La porteuse de pain (Maurice Cloche) – Château en Suède (Roger Vadim) – The train (Le train) (John Frankenheimer & Bernard Farrel) – 1966  Si j’étais un espion (Bertrand Blier) – Le soleil des voyous (Jean Delannoy) – 1967  Tante Zita (Robert Enrico) – Le franciscain de Bourges (Claude Autant-Lara) – 1968  La chasse royale (François Leterrier) – Jeff (Jean Herman) – Sous le signe du taureau (Gilles Grangier) – 1970  Aussi loin que l’amour (Frédéric Rossif) – Térésa (Gérard Vergez) – 1972  Les volets clos (Jean-Claude Brialy) – Le silencieux (Claude Pinoteau) – 1973  Un amour de pluie (Jean-Claude Brialy) – 1975  Docteur Françoise Gailland (Jean-Louis Bertuccelli) – Monsieur Albert (Jacques Renard) – Black-out (Philippe Mordacq, inédit) – M. Klein (Joseph Losey) – 1976  Comme un boomerang (José Giovanni) – 1980  Quartet (Id) (James Ivory) – Une voix (Dominique Crévecoeur, CM) – 1982  L’été meutrier (Jean Becker) – 1986  Triple sec (Yves Thomas, CM) – Diary of a mad old man (Journal d’un vieux fou) (Lili Rademakers) – 1987  Noyade interdite (Pierre Granier-Deferre) – En toute innocence (Alain Jessua) – 1988  La vouivre (Georges Wilson) – 1990  Gaspard et Robinson (Tony Gatlif) – 1992  Voyage à Rome (Michel Lengliney) – 1998  Les enfants du marais (Jean Becker) – Je suis né d’une cigogne (Tony Gatlif) – 2000  Un crime au paradis (Jean Becker) – 2001  Mille millièmes (Rémi Waterhouse) – 2002  La fleur du mal (Claude Chabrol) – Effroyables jardins (Jean Becker) – 2003  La demoiselle d’honneur (Claude Chabrol) – 2004  Joyeux Noël (Christian Carion) – 2005  Fauteuils d’orchestre (Danièle Thompson). Voxographie (Récitante de documentaires) : 1961 Madame se meurt (Jean Cayrol & Claude Durand, CM) – 1962  Mourir à Madrid (Frédéric Rossif) – 1967  La révolution d’Octobre (Frédéric Rossif) – 1970  La route romane (Yvan Butler & Frédéric Rossif, CM) – 1974  Georges Braque ou le temps différent (Frédéric Rossif) – 1979  Pablo Picasso (Frédéric Rossif).

Télévision (notamment) : 1954  Your favorite story : Face of Paris – 1960  Un beau dimanche de septembre (Marcel Cravenne) – 1962  Le mal court (Alain Boudet) – 1967  Le complexe de Philémon (Jacques Pierre) – 1698  Délire à deux (Michel Mitrani) – 1973  Au théâtre se soir : Le complexe de Philémon (Georges Folgoas) – 1974  Le tour de l’écrou (Raymond Rouleau) – 1975  Le voyage en province (Jacques Tréfouel) – Le renard dans l’île (Leila Senati) – 1976  Hôtel Baltimore (Arcady) – 1977  La vérité sur Madame Langlois (Claude Santelli) – 1979  Les héritiers : Silencio (Jacques Trébouta) – 1980  Le noeud de vipères (Jacques Trébouta) – Le curé de Tours (Gabriel Axel) – 1981  Mon meilleur Noël : L’oiseau bleu (Gabriel Axel) – 1983  Le dernier civil (Laurent Heynemann) – 1984  Le dialogue des Carmélites (Pierre Cardinal) – Emmenez-moi au théâtre : Le coeur sur la main (Hervé Baslé) – Mademoiselle Clarisse (Ange Casta) – 1985  Emmenez-moi au théâtre : La robe mauve de Valentine (Patrick Bureau) – 1986  Le cadeau de Sébastien (Franck Apprederis) – 1987  Série noire : 1996 (Marcel Bluwal) – Gigi (Jeannette Hubert, captation) – Chacun sa vérité (Jean-Daniel Verhaeghe, captation) – 2002  Le miroir d’Alice (Marc Rivière).

Bibliographie : Jacques Valot & Gilles Grandmaire “Stars deuxième” (Edilig, 1989).

Mise à jour du 1/06/2009

RETOUR A YUMA

Conscient de mes limites et de la futilité de ce blog, salmigondis peu digeste et support idéal quand on n’a pas de prétention littéraire, j’ai au moins la petite satisfaction d’être le petit catalyseur d’un site prometteur : RETOUR A YUMA. Son créateur, Jean-Louis Sauger veillant très tard, il a dû trouvé ce titre à 3h10 (arf ! arf !). On causait beaucoup sur le forum des SecondsCouteaux.com, j’avais pris le pseudo du Compilateur, à cause de mon temps passé à alimenter la base de données d’IMDB et lui, celui de Gashade, en hommage à Warren Oates, l’un de ses comédiens de prédilection. 

A l’affiche Mes dates clés par Monte Hellman dans Libération mercredi 15 juin 2005

“1937. A 5 ans, je suis si peureux et timide que mes parents décident de m’inscrire dans une classe d’initiation d’un cours d’art dramatique de Los Angeles. Ce qui était destiné à me donner un peu de courage et d’assurance m’a mis, en fait, le théâtre dans le sang. Je me suis senti comme mon héros de l’époque, W.C. Field, qui répétait à l’envi dans un de ses films : «Je suis marié à une superbe blonde…»

1952. Je finis mes études d’art dramatique et d’art visuel à UCLA, l’université de Los Angeles, quand je décide de faire un tour d’Europe. Six mois de bonheur et de découvertes : le cinéma en Angleterre, les intellectuels en France, l’art en Italie.

1953. Je rejoins comme acteur une petite troupe de théâtre à Greenville, en Californie, la Stump Town Company. A 21 ans, j’y joue, puis bientôt j’y dirige mes premiers spectacles.

1956. Un des membres de la troupe dégote un travail de monteur à Hollywood, pour les Artistes associés, mais il ne peut pas l’honorer, au dernier moment, à cause d’un autre engagement. Il m’offre sa place, que j’accepte avec l’enthousiasme du néophyte et la crainte de me faire dévorer tout cru par le système. Je travaille quelques mois comme un damné, sur des films dont j’ai tout oublié, même le titre, mais dans le laboratoire même où avaient été enregistrés les premiers sons du cinéma, pour le Chanteur de jazz.

1957. Avec ma troupe, je monte En attendant Godot, de Beckett, mais comme un western : Pozzo est un cow-boy du Texas et Lucky, un Indien. C’est un gros succès et un beau scandale.

1958. Toujours du montage, mais pour des cinéastes qui commencent à me marquer, autant par leur métier et leur amitié chaleureuse que par leur talent : Roger Corman, le pape de la série B, Harvey Hart, Phil Karlson, Sam Peckinpah.

1959. Roger Corman me propose de tourner moi-même mon premier film, bien évidemment une série B d’horreur, The Beast from Haunted Cave. A Hollywood, faire un film d’horreur est définitivement un péché et j’en suis très fier. J’ai la chance de travailler avec des acteurs géniaux. Cette expérience m’a profondément transformé : les films se font d’abord pour les acteurs que l’on dirige. Et c’est quand ils deviennent des amis que le film a le plus de chances d’être bon.

Eté 1960. C’est une coïncidence, mais elle est à la fois extraordinaire dans ma vie et productive pour mon travail : à quelques semaines d’intervalle, je lis Camus, l’Etranger, et je rencontre un jeune acteur inconnu sur le tournage d’un film de Corman, The Wild Ride : Jack Nicholson. Albert Camus, c’est une vision du monde qui m’explique soudain la manière dont je vois moi-même les choses. Nicholson, c’est une longue collaboration sur cinq films, dont mes deux westerns tournés coup sur coup dans l’Utah, The Shooting et l’Ouragan de la vengeance, où il donne aux films sa tension nerveuse.

1963. Naissance de ma fille, Melissa. A la clinique, dix minutes après l’accouchement, quand on me la confie dans les bras, le médecin lance, en comparant nos deux têtes : «Difficile de dire lequel est le bébé, lequel est le père…» L’expérience qui m’a le plus impressionné dans la vie.

1964. Au Player’s Ring Theater de Los Angeles, je remarque un acteur formidable dans une pièce prenante, Vol au-dessus d’un nid de coucou. C’est Warren Oates, qui va bientôt travailler avec Sam Peckinpah, puis avec moi : nous ferons quatre films ensemble. Avec Nicholson et lui, nous avions l’impression de former un trio irrésistible : être les rois du monde.

1966. Naissance de mon fils, Gerry. A ce moment-là, je tournais The Shooting. Il est très vite venu sur le tournage. Agé de quelques jours, il s’est tourné vers la caméra et lui a fait un signe.

1968. Rencontre avec Rudy Wurlitzer, l’écrivain de Nog et le scénariste qui me manquait pour aller plus loin. Nous écrivons tous les deux Macadam à deux voies, avec l’idée de croiser plusieurs choses : le paysage américain, les habitudes des jeunes gens, une course de voitures et l’esprit d’En attendant Godot. Comment faire une course où il ne se passe rien, une course la plus ralentie possible ?

1971. Tournage de Macadam à deux voies, dans une continuité absolue : l’histoire, c’est la durée d’un film. L’expérience la plus intéressante de ma vie. Les acteurs n’avaient pas lu le scénario et c’est comme si, sur le tournage, ils avaient été dans la vie. Ils ne savaient rien de ce qui allait se passer le lendemain. Je leur donnais les pages et les dialogues juste avant la nuit, mais ils ne les lisaient même pas. Car ils se sont mis à jouer le jeu au-delà de ce que j’espérais. Ce film reste pour moi comme une aventure, même s’il a été complètement sacrifié à sa sortie par le studio Universal. Soit le début et la fin immédiate de mon âge d’or hollywoodien !

1978. Je tourne en Espagne China 9, Liberty 37, mon «paella western» avec Warren Oates. C’est pour moi la découverte d’un pays et d’une culture : après la mort de Franco, il y eut là un clash inédit entre l’histoire et la modernité politique, et j’ai eu la chance d’en être le témoin. C’est un conflit fascinant et un pays que je continue d’aimer plus que les autres.

1991. Un jeune homme, fou de cinéma et qui a vu tous mes films, propose au studio un scénario qu’il aimerait que je tourne. Le cinéphile, c’est Quentin Tarantino et le scénario, Reservoir Dogs. Je le rencontre et je suis très impressionné par sa volonté, son savoir sur le cinéma et la vitesse hallucinante de sa parole. Il lui faudra quelques semaines, et un premier succès comme scénariste, pour prendre confiance et s’apercevoir qu’il veut diriger lui-même Reservoir Dogs. Même si j’ai été déçu de ne pouvoir travailler sur ce film, j’ai compris la décision de Tarantino. Nous sommes restés amis.

2005. Travail sur mon prochain film, Trapped Ashes, un film d’horreur à sketches que je dois mettre en scène aux côtés de Dario Argento et de Tobe Hooper. J’espère qu’il s’agit du début d’un nouveau chapitre dans ma vie de cinéaste.”

Il est bizarre de sentir des affinités, via la virtualité du web, une espèce d’amour commun du cinéma, du nanar décalé, des seconds rôles… Je finis donc par le rencontrer, via une visite à la capitale, magie du web… On commence rapidement une conversation, avec l’impression de continuer celle de la veille, alors que l’on ne se connaissait pas. Je finit par voir son grand oeuvre, un dictionnaire des grands seconds rôles américains, illustré par des captures d’écrans, je jubile à l’entendre parler de sa correspondance avec Jean-Patrick Manchette – “Les yeux de la momie” fait partie désormais de mes livres de chevets – ou des rôles de chacun, du – selon sa formule – “… type qui se gratte le nez au fond de la pièce, et vole la scène” .

Jean-Patrick Manchette en 1966 par son fils Doug Headline

source : Mollat

Suit une énorme frustration, de ne pas avoir son livre, dans ma bibliothèque, qui figurerait dans les incunables, mais oh joie, l’ami Jean-Louis a élaboré ce site, et désormais vous pouvez tous goûter à de l’humour de ce fils spirituel de Jean-Patrick Manchette, son excellente analyse des mauvais films. Vous pouvez donc désormais le mettre dans vos favoris, vous ne le regretterez pas !

Deux films de Monte Hellman, sortent à Paris et en province – Utopia à Bordeaux par exemple -, c’est l’occasion d’illustrer l’ouverture du site de l’ami Jean-Louis. Bon vent !

CAVALCADE

Dans le flot continu des témoignages télévisés, certains restent en mémoire comme celui de Bruno de Stabenrath, poignant et digne, à l’occasion de la sortie de son livre. Sur le plateau de “Tout le monde en parle” de Thierry Ardisson, il montrait son élégance et sa verve, parlant de son état de paraplégique avec beaucoup d’humour. On pouvait avoir beaucoup d’apriorismes de savoir son personnage incarné par Titoff, comique “gros rouge qui tâche”, pas vraiment probant sur des comédies comme “Gomez & Tavares” et “L’incruste”. Autant voir l’intelligence ou la probité incarnées par Alexia Laroche-Joubert !  Grave erreur, Mea Culpa…, les étiquettes ont la vie dure, mais Titoff est tout à fait crédible dans ce rôle – même déguisé en Basque ! -, pour peu que l’on occulte un peu le modèle original. Moins abouti et énergique que “L’envol” et surtout “Le grand rôle”, précédents films de Steve Suissa, ce film pêche beaucoup par ses maladresses – ralentis sirupeux, ombre titanesque d’une perche dans la scène du retour de Léo de l’hôpital -. Mais la sincérité de l’œuvre fait oublier les défauts de  l’ensemble. Il y a deux grandes forces, dans ce film, d’une part le traitement des difficultés et contraintes du quotidien, pour un nouveau handicapé – Les frais que causent une invalidité, le regard des autres, les choses bénignes qui semblent devenir insurmontables, certains tabous – et l’interprétation, formidable, comme dans les autres films de Steve Suissa.

 

Titoff

La fiche d’IMDB, semble assez complète – mais il manque au moins Valérie Steffen, en handicapée du gang des ciseaux -, beaucoup de comédiens sont venus faire un petit tour – Jean-Claude Bouillon et Béatrice Agenin, en parents chaleureux, Lionel Abelanski en vendeur de chaises roulantes, Pierre-Olivier Mornas, en sadique aux ciseaux, Elodie Navarre en infirmière compréhensive, etc… -. Marion Cottillard, Bérénice Béjo en femmes aimantes ou mal aimées, sont touchantes, de même que le trop rare Richard Bohringer, en médecin désabusé, Bruno Todeschini et Stéphan Guérin-Tillé en bons copains – ce dernier est touchant de la scène où il tente d’ironiser sur les avantages de vivre en banlieue -, Marianne Groves en soignante musclée avec lequel le courant ne passe pas – encore une grande sous-utilisée depuis son beau premier rôle dans “Mado, poste restante”, et Laurent Bateau, en passe de devenir un indispensable, dans le rôle du frère rabat-joie et terre à terre, mais sur lequel on peut toujours compter, même s’il a des difficultés à dire les joies d’un instant présent. A saluer également la musique de Michel Legrand – pour les nostalgiques -, et la reprise de la musique d’Ennio Moriconne, ritournelle de “Et pour quelques dollars de plus”, remixée par Claude Challe, tiré de l’album “60 seconds”, d’une redoutable efficacité. Ce film, certes maladroit par la forme, touche par son absence de pathos, c’est une belle leçon de vie, si vous avez l’occasion de voir les deux premiers films de Steve Suissa, n’hésitez pas, son parcours est à suivre de près.