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UN PRINTEMPS A PARIS

 Eddy Mitchell – excellent -, est “Georges”, un taulard fatigué traficote, en transvasant une bonne bouteille d’alcool dans une vulgaire bouteille en plastique. Las, il magouille et tire profit de son séjour en prison, se fait respecter de tous y compris des gardiens de prisons – dont Frédéric Jessua -. Il sort décontenancé dans un petit matin blême ayant purgé sa peine après 5 ans de détention. Pour se redonner la vie, il reprend ses petits larcins minables, dont le vol de pièces dans des horodateurs de parkings. Il est suivi dans la nuit, par son ancien complice Pierrot – Sagamore Stévenin probant -, “chien fou” obligatoire et  responsable de sa peine lors d’un coup foireux… En retrouvant l’univers de Jacques Bral, dans ce que l’on prend à tort au départ pour des images d’Épinal d’un polar bien français, on retrouve les images de son précédent film “Mauvais garçon” – tourné en 1991, sorti en 1993, avec Bruno Volkowitch en monte-en-l’air romantique charmant la belle Delphine Forest, disparue des écrans c’est grand dommage -, avec l’impression d’avoir quitté l’univers de ce cinéaste la veille. Jacques Bral est un cinéaste rare, mais qui a marqué de sa patte les errances et les incertitudes d’une humanité lasse.  Dans “Extérieur nuit” (1979), il confirmait le talent du trio Christine Boisson/Gérard Lanvin/André Dussollier, et avait donnéle rôle inoubliable d’Eugène Tarpon à l’excellent Jean-François Balmer dans “Polar” (1982), adaptation culte de l’œuvre de Jean-Patrick Manchette. En fait Jacques Bral reprend les clichés du film noir, pour mieux les dynamiter… Il s’attarde sur les silences, les préparatifs, les gestes, les non-dits, le vertige de la séduction, l’humour à froid et une vision assez désespérée dans un climat de compromission générale. L’histoire d’un vieux truand à l’ancienne, dépassé face à un jeune loup sans foi, ni loi, mais baigné dans un certain romantisme, peut paraître classique, dans cette ambiance baignée dans la belle musique de Michel Gaucher, complice de longue date de Monsieur Eddy, presque un hommage à Miles Davis…

Eddy Mitchell & Pierre Santini

Mais Jacques Bral, déconstruit, s’amuse, s’attarde, construit, déconstruit, donne soudain le beau rôle à un personnage secondaire, dynamique tranquillement son film dans la fatalité tranquille du dernier “coup” – ici une affaire de vol de bijoux -. On retrouve donc, les assureurs véreux et indic – Maxime Leroux, inquiet et mélancolique -, flics ripoux – grand numéro de Jean-François Balmer, une fois de plus – ou tenaces – excellent et rare Jean-Michel Dupuis -, fourgues retors – Gérard Jugnot qui a l’élégance d’aider ce film – ou troubles – Pierre Santini malmené qui finit par prendre la vedette par une sorte de coup d’État fébrile, il est ici absolument formidable -, et la vamp maligne – Pascale Arbillot dont la beauté est enfin très bien mise en valeur par un cinéaste visiblement sous le charme -. Les conventions du roman noir finissent pourtant par voler en éclats. Transcendant une désuétude, on passe du bonheur d’une fine à l’eau dans un bistrot, à la fascination du luxe quitte à y laisser des plumes, – un hôtel particulier rococo pour Pierrot . Le résultat est très maîtrisé et original, l’atmosphère magnifie les faiblesses des personnages blessés et désespérés, attendant d’un printemps naissant dans Paris, les signes d’un avenir moins déterminé. Le réalisateur parfait un casting toujours aussi juste, il privilégie les comédiens parfois délaissés dans une télévision ronronnante – Xavier Deluc, Florence Darel et Anne Roussel toujours aussi belles en amoureuses, Marianne Epin en infirmière ou Géraldine Danon décalée, par exemple… -, pour leur donner une belle consistance et un regard sans a priori. Réussite formelle, allant au-delà d’un terrain connu et nostalgique, ce film nous fait à nouveau regretter la grande rareté de Jacques Bral – par ailleurs producteur avisé du mésestimé “Sans espoir de retour” dernier film de Samuel Fuller -. Mais les années et les difficultés d’établir une œuvre originale n’entament heureusement pas son talent.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Dennis Weaver

  

Dennis Weaver

Annonce de la mort de Dennis Weaver, des suites d’un cancer à l’âge de 81 ans. Deux souvenirs viennent immédiatement à l’esprit des cinéphiles, le gardien de l’hôtel inquiétant à la silhouette longiligne, et épiant la belle Janet Leigh dans “La soif du mal” (Orson Welles, 1958), préfiguration du personnage de Norman Bates dans “Psychose”, et l’automobiliste pris en chasse par un camionneur fou dans “Duel” (Steven Spielberg, 1971), brillant téléfilm diffusé en salles avec le succès que l’on sait. En contrat avec Universal, on le retrouve souvent dans des petits rôles avant de se faire reconnaître essentiellement à la télévision dans “Gunsmoke”. Il était un écologiste revendicatif avisé ces dernières années avec sa femme Gerry Stowell. Il avait un site officiel : Dennis Weaver website. Bibliographie : “Quinlan’s films stars” par David Quinland (B.T. Batsford limited London, 2000)

Filmographie : 1952  The raiders / Riders of vengeance (L’heure de la vengeance) (Lesley Selander) – Horizons West (Le traître du Texas) (Budd Boetticher) – The lawless breed (Victime du destin) (Raoul Walsh) – 1953  The redhead from Wyoming (La belle rousse du Wyoming) (Lee Sholem) – The Mississippi gambler (Le gentilhomme de la Louisiane) (Rudolph Maté) – Law and order (Quand la poudre parle) (Nathan Juran) –  Column South (L’héroïque lieutenant) (Frederick De Cordova) – It happens every Thursday (Joseph Pevney) – The man from the Alamo (Le déserteur de Fort Alamo) (Budd Boetticher) – The golden blade (La légende de l’épée magique) (Nathan Juran) – The Nebraskan (L’homme du Nebraska) (Fred F. Sears) – 1954  War arrow (À l’assaut de Fort Clark) (George Sherman) – 1954  Dangerous mission (Mission périlleuse) (Louis King) – Dragnet (La police est sur les dents) (Jack Webb) – 1955  Ten wanted men (Dix hommes à abattre) (Bruce Humberstone) – The bridges at Toko-Ri (Les ponts de Toko-Ri) (Mark Robson) – Seven angry men / God’s angry man (Charles Marquis Warren) – Chief Crazy Horse / Valley of fury (Le grand chef) (George Sherman) – Storm fear (Cornel Wilde) – 1956  Navy wife / Mother, Sir ! (Edward Berns) – 1958  Touch of evil (La soif du mal) (Orson Welles) – 1960  The gallant hours (Robert Montgomery) – 1966  Duel at Diablo (La bataille de la vallée du diable) (Ralph Nelson) – Way… way… out (Tiens bon la rampe Jerry !) (Gordon Douglas) – 1967  Gentle giant (Le grand ours et l’enfant) (James Neilson) – 1968  Mission Batangas (Dans l’enfer de Corregidor) (Keith Larsen) – 1970  A man called Sledge / Sledge (Un nommé Sledge) (Vic Morrow & Giorgio Gentili) – 1971  What’s the matter with Helen ? (Curtis Harrington) – 1972  Duel (Id) (Steven Spielberg, téléfilm distribué en salles) – 1977  Cry for justice (Bob Kelljan) – 1995  Two bits & Pepper (Corey Michael Eubanks) – 1997 Telluride : Time crosses over (Michael Eugene Carr) – 1998  Escape from wildcat canyon (Titre TV : Sauvetage à Wildcat Canyon) (Marc F. Voizard) – 2000  Submerged (Crash dans l’océan) (Fred Olen Ray) – Voxographie succincte : 1992  Earth and the American Dream (Bill Couturié, documentaire, récitant) – 2003  Home on the range (La ferme se rebelle) (Will Finn, animation).

LE MALIN

  John Huston – bizarrement crédité dans ce film “Wise blood” / “Le malin” de 1980,  Jhon Huston au générique du début -, reste un des plus grands cinéastes de l’histoire du cinéma. Ses dernières années restent riches en grands films  – “Fat city”, “L’homme qui voulut être roi”, “L’honneur des Prizzi”, “Les gens du Dublin” -, qui côtoient des commandes assez improbables – “Phobia”, “A nous la victoire” -. Il signe ici un film d’une audace inouïe qui comme le rappelait Tavernier et Coursodon dans “50 ans du cinéma américain”,  est à rapprocher de la liberté des derniers Buñuel.  Ils saluent également “Une distribution aussi inspirée que celle de “The Maltese Falcon”. Hazel Moses – Brad Dourif halluciné, toute la misère du monde sur ses épaules -, rentre de l’armée dans sa maison familiale abandonnée. Lorsqu’il s’étonne auprès d’un chauffeur de taxi, de la nouvelle route, construite depuis son départ, qui le conduit chez lui, ce dernier lui répond “Ca a suffi pour que tout le monde s’en aille”… Traumatisé, enfant, par son grand-père – apparition dans le rôle John Huston -, prêcheur rigoriste, il se voit encore, dans des cauchemars, uriner sur lui de terreur, l’aïeul jouant sur sa capacité à subir sa propre culpabilité. Il fait un rejet violent de la religion, mais qu’il mette un chapeau singulier le voilà endosser rapidement l’image de prédicateur aux yeux des autres.  Il part vers une autre ville sans but précis, avec une petite pension touchée de l’armée… Brad Dourif trouve ici son meilleur rôle On est d’autant plus étonné rétrospectivement qu’il n’a pas eu une carrière plus probante que quelques séries Z ou la voix de Chucky poupée tueuse et consorts, même s’il a travaillé avec Milos Forman, David Lynch et Peter Jackson. Son regard étant à la fois empreint d’humanité et de folie furieuse, il compose un personnage blessé, humilié, mais à la fois dans l’énergie, l’autodestruction et la confusion la plus totale. Il suit dans la ville un prédicateur aveugle Asa Hawks – Harry-Dean Stanton acide – et sa fille, pas vraiment belle mais qui le fascine – Amy Wright -. Il va se prendre au jeu du prêche s’inventant une “Église de la Vérité sans Christ” – Sic -, église sans miracles.

Brad Dourif

Soucieux de ne pas exploiter les gens à des fins personnelles,Hazel entraîne dans son sillage Enoch Emmery, un jeune homme aux portes de la folie – Daniel Shore, trop méconnu,  il faut le voir fasciné par une momie ou interpeller un acteur déguisé en grand singe nommé ” Gong -. Il va aussi attiser la rancœur d’un faux prophète – Ned Beatty, à la rondeur faussement sympathique -. Ce dernier va instrumentaliser un homme malingre – William Hickey, futur parrain dans “L’honneur des Prizzi” – pour le dénigrer, ne supportant pas la concurrence. Recueilli par une logeuse en mal d’amour – Mary Nell Santacroce – et malmené par son nouvel entourage, Hazel va sombrer dans la folie… Il va jusqu’à se flageller comme dans son enfance où il mettait des cailloux dans ses chaussures… Huston en adaptant l’œuvre foisonnante de Flannery O’Connor, mis en valeur par la très belle image de Gerald Fischer est ici très inspiré. Il dresse le portrait poignant des frustrés, des laissés pour compte des États-Unis, d’une humanité blessée et auto-déstructrice transférant leur amour sur des leurres, une prostituée locale, une passagère d’un train maternelle pour Hazel, ou une momie réduite ionisée pour Enoch. La critique des gens ou des systèmes profitant de cette détresse est extrêmement juste et acerbe. Avec un humour ravageur, les rapports d’Hazel avec sa voiture constamment en panne, l’interpellation du véhicule par un policier déconcertant, John Huston dénonce tous les fanatismes, avec une modernité et une jeunesse stupéfiante, qui trouvent un écho brûlant avec notre actualité. Mieux qu’un grand film, c’est un chef d’œuvre.

MADAME HENDERSON PRÉSENTE

 Une nouvelle performance est à souligner, en ce début d’année, pour la comédienne Judy Dench, avec cette Madame Henderson présente, avec ses rôles de noble rigoriste, dans l’ “Ophulsien”, “Orgueil et préjugés” de Joe Wright, et la sœur âgée qui retrouve son âme de midinette dans “Les dames de Cornouailles” du comédien Charles Dance, face à la formidable Maggie Smith. Avec ses trois interprétations à rapprocher par le hasard du calendrier, on peut retrouver toute la gamme de son talent. Mme Henderson, est une septuagénaire, dans la première moitié du Xxème siècle,  décontenancée par son veuvage, qui ébranle sérieusement son univers confiné, rassurant et lénifiant, compensant une étroitesse d’esprit par une excentricité de bon alois. Sa vie se reposait trop autour de celle de son mari, elle se retrouve fortunée mais désemparée, se voyant mal tricoter comme ses congénères dans la même situation, il est vrai qu’elle est d’ailleurs particulièrement peu douée dans cette occupation. Très digne, elle ne consent à pleurer qu’isolée dans une barque. Contre toute attente, elle achète un cinéma en ruines, en plein cœur de Soho : “Le Windmill” pour en faire un théâtre. A la recherche d’un directeur artistique, elle se fixe rapidement sur Vivan Van Damm – Bob Hoskins, outragé et jubilatoire -, bien que ce dernier réagisse très mal face à son arrogance et son impudence. Le rapport chien et chat de ce nouveau couple assez improbable, qui fait des étincelles fait rapidement le succès de cette entreprise. La mode du cabaret relancée par le tandem faisant des émules, Mrs Henderson va utiliser ses relations –Christopher Guest en réjouissant Lord anglais – et sa malice, pour braver la censure et les convenances de l’époque pour lancer un spectacle de femmes nues, devant rester immobile en employant comme parade un alibi artistique composé de tableaux vivants. Le spectacle fonctionne superbement mais la seconde guerre mondiale va rattraper l’insouciance londonienne. Le théâtre deviendra un symbole de résistance avec ce slogan  “We Never closed”, digne réponse face aux bombardements au plus fort du Blitz…

Judy Dench

Saluons au passage le parcours de Stephen Frears, à l’aise dans tous les registres du polar noir au film social, ou du western au film d’époque. Il garde un ton acerbe, une liberté de ton même dans les films de commande, et se renouvelle à chaque film. La reconstitution est très probante, les spectacles musicaux teintés d’une jovialité communicative, digne hommage à l’âge d’or des comédies de la Ealing. Les décors sont habilement élaborés dans le moindre petit détail. On a rarement vu au cinéma l’évocation d’un climat de guerre aussi probante . Le regard chaleureux sur ses personnages, aidé d’un rythme soutenu, et de comédiens formidables – dont Kelly Reilly, révélation de Cédric Klapisch, radieuse en modèle fleur bleue -. La prude Angleterre est mise à mal avec énergie, le couple Hoskins-Dench faisant merveille. La peinture est acide dans cette comédie de mœurs, le réalisateur décrit les difficultés d’y vivre quand on n’appartient pas à la bonne société, et la frustration inhérente à cette honorable société, ou l’angoisse d’un soldat dans l’inquiétude du combat est très subtile. Van Damm cache d’ailleurs ses origines juives, et doit sans cesses s’imposer, utilisant un cynisme défensif et une combativité de chaque instant -Stephen Frears n’hésite pas à revenir sur un humour vachard, quand l’émotion pointe son nez – belle scène de la danse entre les deux protagonistes principaux sur le toit du théâtre -. Pétillant, cocasse et mordant, ce film est une l’une des (rares) bonnes surprises de ce début d’année.

L’IVRESSE DU POUVOIR

 J’ai eu la chance d’avoir assisté à deux jours de ce film, en juin dernier, le film s’appelait alors “La comédie du pouvoir”. Voir les deux notules de ce blog ici et . Ca reste un souvenir vivace, plus la joie d’avoir discuté avec Claude Chabrol, très disponible, Aurore Chabrol, Cécile Maistre, la charmantissime Marilyne Canto, Yves Verhoeven et Jean-François Balmer dont j’ai particulièrement apprécié la performance de sa scène face à Isabelle Huppert, d’autant plus méritoire qu’il n’avait eu qu’une demi-journée pour la jouer. Le film commence par un intertitre, genre “toute ressemblance”, avec un « comme on dit » goguenard entre parenthèse… Car c’est bien un jeu de piste autour de l’affaire Elf. Claude Chabrol se livre à un jeu de massacre délectable et jubilatoire, en jouant avec les patronymes, ou essaimant les indices, lire l’article de Télérama à ce sujet. “La comédie du pouvoir” était un premier titre très judicieux, non retenu car un roman homonyme de Françoise Giroud existait déjà et paru en 1977. Avec grande finesse, et son humour corrosif, Claude Chabrol démonte les rouages du pouvoir, les arcanes de la finance, où les règles du jeu bien établies sont démontées par une juge opiniâtre – Isabelle Huppert, magistrale pour sa 7ème participation dans un film de Claude Chabrol, 8 si l’on compte un court-métrage TV “Monsieur Saint-Saëns” -. Un système bien codifié, devient déliquescent entre les boucs-émissaires comme Michel Humeau – François Berléand, remarquable, réussissant à humaniser son personnage, il faut le voir se faire ramener à l’ordre par un maton, et finir par être meurtri et perdre de son arrogance de grand commis de l’État venant d’une origine modeste -, les séducteurs retords – Patrick Bruel amusé de sa propre rouerie -, un sénateur fernandelien dont les origines marseillaises ne laissaient pas prévoir une importante fonction dans le Nord  – Jacques Boudet, dans une formidable composition, cavalier, cynique et gouailleur, un truand sans scrupule au pedigree chargé – Jean-François Balmer dans une composition inoubliable –, l’homme politique dévoyé – Roland Dumas, acteur fétiche de Chabrol, qui fait exister rapidement son personnage – ou le notable perdu dans ses propres explications – Philippe Duclos, très inspiré et dont les “associations auto-caritatives” devraient rester dans les annales -.

Hubert Saint-Macary, Isabelle Huppert, Yves Verhoeven & François Berléand

La juge – définie comme l’un des personnages les plus puissants de France – Jeanne Charmant-Kilman donne un joyeux coup de pied dans la fourmilière, démontant un système pernicieux, codifié, nourri de basses compromissions et de magouilles. Sytème qui fonctionne d’ailleurs, avec ses propres règles entre ceux illégitimes car autodidactes, et ceux énarques qui vont s’allier et s’épauler par intérêt. Elle se prend au jeu, goûte à “l’ivresse du pouvoir”, mettant en danger son couple avec son mari Philippe – Robin Renucci à fleur de peau -. Mais elle trouve du réconfort avec son neveu qui devient son confident – Thomas Chabrol, reprenant à son compte l’humour ravageur de son père -, et une jeune et radieuse magistrate – Maryline Canto superbe et déterminée, mais que font les cinéastes pour l’utiliser si peu ? -, choisie pour créer une zizanie féminine, mais qui devient une précieuse alliée. Humaniste et finalement moraliste, Chabrol nous livre une nouvelle comédie humaine, grâce à un scénario particulièrement bien ficelé co-écrit avec Odile Barski. Il enrichit son “bestiaire” de nouveaux comédiens, tel Jean-Claude Bouvet, avocat luisant, Hubert Saint-Macary en directeur de prison cynique, utilise des personnalités avec bonheur – Michel Scourneau, Jean-Marie Winling, etc…, et même le Belge Fernand Guiot qui reste en retrait de l’image -, et reprend ses comédiens fétiches comme Yves Verhoeven greffier (trop) dévoué et dans l’ombre, Pierre Vernier en haut magistrat paniqué, ou le sympathique Pierre-François Dumeniaud en financier aguerri -. Le réalisateur se livre à un travail d’enthomologiste, dans une mise en scène au cordeau, dans ce scandale financier resté dans les annales. Ce jeu de piste vachard, nous offre l’un des meilleurs films de Claude Chabrol, dont l’œuvre ne cesse de nous surprendre. Pour paraphraser Vialatte, et c’est ainsi que Claude Chabrol est grand !

PETITES CONFIDENCES (A MA PSY)

 On se demande souvent ce qu’il se passe dans la tête de nos distributeurs, bel exemple avec ce film, une affiche laissant deviner un vaudeville assez lourdingue, un titre vraiment bateau “Petites confidences (à ma psy)” – “Prime” en V.O. -, bande annonce assez racoleuse, c’est la confusion la plus totale, ce film étant beaucoup plus subtil. Rafi, une femme sublime de 37 ans– Uma Thurman radieuse qui a remplacé au pied levé la sombre buse Sandra Bullock qui exigeait une réécriture ( !) -, raconte son désarroi après son divorce, à sa psychiatre – Meryl Streep, qui n’hésite pas à ne pas se mettre en valeur -. C’est une comédie romantique dans un milieu très huppé de la bourgeoisie. Elle rencontre David, un beau jeune homme de 23 ans – Brian Greenberg, bon comédien alors que l’on craignait quelqu’un de falot pour ce type de rôle -, et tombe rapidement amoureuse se préoccupant tout de même de son âge, puisqu’on lui demande ses papiers d’identité quand il achète de l’alcool dans une épicerie. Mais David n’est autre que le fils de sa psychiatre. Cette dernière va décider de continuer l’analyse, malgré les affres de la déontologie – …et la découverte de la sexualité de son fils -, pensant cette union éphémère.

Son réalisateur, Ben Younger – dont le premier film “Les initiés” est sorti en France en 2000 – trouve ces marques  dans les conventions de la ville de New York, dont la vision est ici inhabituelle, qui est à nouveau petit théâtre habituel pour ce type de comédie de “Seinfeld” à “Woody Allen”. Il est ici à la fois drôle et intelligent, les dialogues sont remarquables, loin des poncifs sur les comédies françaises habituelles sur nos amis les trentenaires. La description de la découverte de l’autre, de la maturité, et des difficultés du quotidien est assez fine, et assez universelle, malgré l’évolution ici des personnages dans un milieu friqué et superficiel. Ca renvoie avec une des phrases de la “Maman et la putain”, où Léaud prétendait que l’on ne vit finalement qu’avec les gens de sa “classe”, l’analyse des différences de mentalité, de religion, de vivre une union malgré le jeu des convenances est assez subtile. Les deux comédiennes – Uma Thurman en état de grâce et Meryl Streep, très attachante, qui nous livre une de ses nouvelles brillantes compositions – portent ce film, riche en petites touches – la grand-mère juive se frappant avec un poêle à la moindre contrariété ou l’approche sociale du “coton-tige” ! -. Au final le metteur en scène a un peu de mal à se séparer de ses personnages, mais le film un peu mélancolique a rempli son contrat, tout en évitant de sombrer dans la guimauve. Un film qui se démarque allégrement dans le tout venant des comédies américaines actuelles.

ELVIS PRESLEY IS ALIVE AND WELL AND LIVING IN TEXAS

 A l’heure des faux films cultes, ou autoproclamés, mais vrais films de potaches – genre charpironés -, un film resté longtemps dans les placards comme “Bubba Ho-Tep”, peut aisément prétendre à ce titre. C’est le retour de Don Coscarelli à la réalisation après des films de séries B. comme “Dar l’invincible” et “Phantasm”. Après la peu crédible interprétation d’un certain Tyler Hilton dans le rôle d’Elvis Presley, dans le pourtant formidable “Walk the line” diffusé cette même semaine, c’est ici Bruce Campbell qui s’y colle. On connaissait son auto-ironie sur ses rôles habituels dans le cinéma fantastique – la trilogie “Evil dead” -. Il écornait son image dans “La patinoire” de Jean-Philippe Toussaint (1997), en déglinguant son emploi de comédien américain. Il campe dans une savoureuse composition, Sebastian Haff, un septuagénaire impotent. Il est  pensionnaire d’une maison de retraite assez sordide du Texas. Son voisin de chambre meurt, il se retrouve seul et assez désemparé. La fille du mort, après trois années sans le voir, arrive pour récupérer ses affaires, réveillant un peu les ardeurs de Sebastian devenu impuissant suite à l’apparition d’une excroissance sur sa verge. Il lui révèle son secret, il ne serait autre qu’Elvis Presley en personne, végétant dans l’anonymat après un échange d’existence avec un de ses sosies qui ayant une vie encore plus dissolue que l’original avait succombé très vite. Une infirmière austère, le corps médical étant qualifié de “robots en blouse blanches”, joue le jeu de ce joyeux délire.

Bruce Campbell

Tout serait assez désespérant si  une mystérieuse momie  ne sévissait pas au milieu des personnes âgées, à la recherche d’âmes faciles, accompagné d’un scarabée géant échappé de l’univers de David Cronenberg. Un des pensionnaires, Jack – Ossie Davis, acteur fétiche de Spike Lee, ici très digne, et mort en février 2005 -,  se prend pour J.F. Kennedy, transformé en noir pour être neutralisé suite à un complot (sic). Il lui explique que la momie aspire les âmes par les orifices naturels, de préférence l’anus. Ils sortent déambulateurs et fauteuils roulants pour neutraliser le monstre nocturne… Le film est riche en trouvailles, comme les deux nigauds préposés à la levée des corps, et en répliques désopilantes. De la représentation d’un Elvis fatigué, d’un détail comme la confiture sur la commissure de la bouche du sosie, ou de la chasse à la créature par deux seniors déjantés, tout est ici assez jubilatoire. Don Coscarelli revisite les légendes urbaines, les affres de la célébrité ou de la déchéance de l’âge sans fausse pudeur. Derrière une trame assez déjantée, se cache une amertume, la peur de la sénilité. La vision de la vieillesse est d’ailleurs acerbe, comme la vieille dame volant les lunettes à une grabataire.  Le personnage d’Elvis n’est d’ailleurs pas icônifié… Devant  un marathon télévisuel de ses films comme acteur, il déplore  ne pas avoir renvoyer le colonel Parker. Il ne sauve d’ailleurs aucun de ses films, les saluant par un “tous nuls !”. Les scènes fantastiques sont probantes, le climat est assez malsain, et on finit par s’attacher à ce couple de vieillards indignes. Ce réjouissant jeu de massacre grinçant et décalé, même s’il a un petit ventre mou, est une allègre surprise. Hélas, peu de copies sont disponibles, donc un rendez-vous à ne pas rater.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Guy Delorme

  Dans “L’âme damnée du cinéma français”

André Siscot s’interrogeait sur la probabilité de la disparition du comédien Guy Delorme, hélas il avait raison comme le confirme cette information trouvée sur le site Éditions Delcourt. Il serait mort fin 2005, dans la plus totale discrétion. On l’avait revu il y a  peu dans un documentaire de 5 minutes, issu du bonus du “Bossu” d’André Hunebelle, et intitulé “L’âme damnée du cinéma français”. Il y faisait preuve de beaucoup d’humour et en le voyant on songe au formidable “Don Quichotte” qu’il aurait pu camper. On se souvient de lui, souvent face à Jean Marais, dans des films de capes et épées. Éternel traître, et sournois d’anthologie, il avait toujours une petite lueur de folie dans le regard. Dans le rôle de Rochefort, homme de main de Mylène Demongeot en Milady de Winter, dans “Les trois mousquetaires” (Hunebelle 1961), ou en mafioso furibard dans “Fantômas contre Scotland-Yard” (Hunebelle, 1966), il composait toujours des méchants mémorables, gravés à jamais dans le souvenir des amateurs du “Cinéma de quartier”. Déplorons, encore une fois dans le lamento habituel, l’attitude du cinéma français pour ces grands excentriques. Si vous avez de plus amples informations, elles sont bienvenues.

img227/78/delorme2ex0.jpg Guy Delorme dans “Le majordome”

Filmographie  : 1950  Sous le ciel de Paris (Julien Duvivier) – 1956    Pardonnez nos offenses (Robert Hossein) – 1957  Love in the afternoon (Ariane) (Billy Wilder) – Feng zheng (Le cerf-volant du bout du monde) (Roger Pigaut) – 1959  Le bossu (André Hunebelle) – Austerlitz (Abel Gance) – 1960  Le capitan (André Hunebelle) – Fortunat (Alex Joffé) – Vive Henri IV, vive l’amour (Claude Autant-Lara) – Le capitaine Fracasse (Pierre Gaspard-Huit) – Le miracle des loups (André Hunebelle) – 1961  Les trois mousquetaires (en deux parties “Les ferrets de la reine” & “La vengeance de Milady” (Bernard Borderie) – Lemmy pour les dames (Bernard Borderie) – 1962  Les mystères de Paris (Bernard Borderie) – Le chevalier de Pardaillan (Bernard Borderie) – Rocambole (BernardBorderie) – 1963  Hardi ! Pardaillan (Bernard Borderie) – À toi de faire, mignonne ! (Bernard Borderie) – 1964  Coplan, agent secret FX 18 (Maurice Cloche) – Lucky Jo (Michel Deville) – Les gorilles (Jean Girault) – Le majordome (Jean Delannoy) – Le corniaud (Gérard Oury) – 1965  Furia à Bahia pour OSS 117  (André Hunebellle) – La sentinelle endormie (Jean Dréville) – Hotel Paradiso (Paradiso, hôtel du libre échange) (Peter Glenville) – (1966  Carré de dames pour un as (Jacques Poitrenaud) – Sept hommes et une garce (Bernard Borderie) – Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle) – Les avanturiers (Robert Enrico) – 1967  J’ai tué Raspoutine (Robert Hossein) – Deux billes pour Mexico (Christian-Jaque) – Le fou du labo 4 (Jacques Besnard) – Les grandes vacances (Jean Girault) – 1968  Adieu l’ami (Jean Herman) – Sous le signe de Monte-Cristo (André Hunebelle) – The southern star (L’étoile du Sud) (Sidney Hayers) – Le cerveau (Gérard Oury) – Catherine, il suffit d’un amour (Bernard Borderie) – 1969  Mon oncle Benjamin (Édouard Molinaro) – L’ardoise (Claude Bernard-Aubert) – 1970  Le mur de l’atlantique (Marcel Camus) – Laisse aller… c’est une valse (Georges Lautner) – 1973  Les possédées du diable / Lorna l’exorciste (Jesus Franco) – 1974  L’important c’est d’aimer (Andrzej Zulawski) – 1975  L’intrépide (Jean Girault) – 1977  Das frauenhaus (Blue Rita/Le cabaret des filles perverses) (Jesus Franco) – 1978  Les filles du régiment (ClaudeBernard-Aubert) –Perceval le Gallois (Éric Rohmer) – 1979  Tegeran 43 (Téhéran 43 nid d’espions / Téhéran 43) (Alexandre Alov & Vladimir Naoumov) – 1980  The hostage tower (La tour Eiffel en otage) (Claudio Guzman, téléfilm diffusé en salles en France) – 1982  Les misérables (Roger Hossein) – 1983 On l’appelle catastrophe (Richard Balducci) – Le fou du roi (Yvan Chiffre) – 1984  Liste noire (Alain Bonnot) – 1986  La rumba (Roger Hanin).

Télévision (notamment) : 1963  Thierry La Fronde : Les compagnons à Paris (Pierre Goutas) – 1964   Beaucoup de bruit pour rien (Pierre Badel) – Bayard (Claude Pierson) – Thierry La Fronde : Le château mystérieux (Pierre Goutas) – 1965  Vergalade (François Chatel) – Gaspard des montagnes (Jean-Pierre Decourt) – Thierry La Fronde : Moi, le roi ! (Pierre Goutas) – 1966  D’Artagnan, chevalier du roi (Henri Carrier) – Corsaires et flibustiers / Les corsaires (Claude Barma, série TV) – 1970  Lancelot du lac (Claude Santelli) – 1971  Quentin Durward (Gilles Grangier, série TV) – Le voyageur des siècles (Jean Dréville) – À vous de jouer (Claude Cobast, série TV) – 1972  Les évasions célèbres : L’esclave gaulois (Jean-Pierre Decourt) – 1973  Joseph Balsamo (André Hunebelle, épisode 1) – La porteuse de pain (Marcel Camus, épisode 13) – Karatekas and Co : Mozart passe la mesure (Edmond Tyborowski) – 1974  Fracasse (Raoul Sangla, captation) – Schulmeister, l’espion de l’Empereur [épisodes “Un village sans importance”; “La dame de Vienne” & “Après les cent jours”] (Jean-Pierre Decourt) – La juive du château-trompette (Yannick Andréi) – 1976  Ces beaux messieurs de Bois-Doré (Bernard Borderie) – 1977  Richelieu (Jean-Pierre Decourt) – 1978  Sam et Sally : Lili (Nicolas Ribowski) – 1979  Le roi qui vient du sud (Marcel Camus & Heinz Schirk) – Au théâtre ce soir : La magouille (Pierre Sabbagh) – 1981  Vendredi ou la vie sauvage (Gérard Vergez) – 1982  Marcheloup (Roger Pigaut).

Mise à jour du 21/07/2009

MUNICH

   Agréable surprise avec ce “Munich”, évoqué ici tardivement pour cause de migration 20six cataclysmique, et nouvelle preuve de maturité pour son metteur en scène Steven Spielberg, L’atmosphère baignée d’amertume est ici soulignée par la musique de John Williams, et les 164 minutes passent avec aisance. C’est l’adaptation d’un récit partial, “Vengeance of an Israël counter-terrorist team”, de George Jonas, journaliste, privilégiant l’optique de “La loi du talion”, plutôt que celle d’un commando répressif. Le film évoque une étape importante dans le  conflit israélo-palestinien, des événements suivants la prise d’otages des athlètes israéliens en septembre 1972, lors des Jeux Olympiques de Munich, suivie de représailles du Mossad contre les commanditaires palestiniens. Le récit a déjà connu une adaptation dans le téléfilm “Sword of Gideon”, voir fiche IMDB, l’un des derniers rôles de Lino Ventura. Le cinéaste fait l’effort de ne pas prendre parti – d’où de nombreuses polémiques, même si on peut trouver assez improbable les états d’âmes et les dilemmes moraux des agents du Mossad, selon certains témoignages. On peut d’ailleurs lui préférer le regard d’Éric Rochant et ses “Patriotes”, à redécouvrir en DVD. Après un départ probant, des athlètes aident les terroristes à franchir les barrières de sécurité, les prenant pour des sportifs fêtard, la film se perd un peu parfois, malgré l’incarnation inspirée de Golda Meir, et la vie de famille du personnage d’Avner. L’interprétation est assez inégale si on peut saluer la sobriété exemplaire d’Eric Bana et de ses compagnons joués par Daniel Craig – le déterminé -, Hanns Zischler – l’intrépide -, Ciarán Hinds – le sentimental – et Mathieu Kassovitz – l’amateur artificier, excellent comédien on le sait -,  on peut donner un gros bémol à  Geoffrey Rush qui nous offre un de ses cabotinages éhontés dont il a le secret, son personnage n’étant jamais crédible, – piquez-lui son Oscar ! – Nombre de comédiens se contentent d’une apparitions furtives (Valérie Bruni-Tedeschi par exemple), même si certains sont remarquables comme Yvan Attal se régalant visiblement dans un numéro pacinien. 

Eric Bana, Matieu Kassovitz, Ciarán Hinds, Hanns Zischler & Daniel Craig

Mais Spielberg fait l’effort d’utiliser une distribution internationale bien choisie – comme le choix de Hiam Abbass devenue consultante sur tout le film -, de faire s’exprimer certains personnages dans leurs langues. – On retrouve l’habilité habituelle de Steven Spielberg, la richesse de la reconstitution – le cinéphile peut s’amuser avec les affiches ciné françaises choisies -, mais aussi ses maladresses, comme celle du désormais célèbre montage parallèle final, à ranger au même plan que la scène de la “douche” dans la “Liste de Schindler”. La vision finale du Wold Trade Center, loin d’être gênante, c’est bien d’un point de vue post 11 septembre, que Spielberg approche le conflit israélo-palestinien, et donc d’un point de vue bien Américain. Mais le réalisateur privilégie l’option de thriller politique, et utilise le suspense, citant même Alfred Hitchcock et son “Sabotage / Agent secret” (1936), en utilisant une enfant face à la menace d’une bombe. D’où quelques problèmes, les agents étant ici soucieux à ce qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux – inexacts dans les faits réels -, gare aux dérives romantiques. Mais il y a de très belles scènes, la manipulation d’agents français, membre d’un mystérieux réseau – forts convaincants Mathieu Amalric & Michael Lonsdale, en patriarche hédoniste  -, l’apparition magique de Marie-Josée Croze, ou l’admirable face à face de deux parties adverses qui s’ignorent, ayant une ébauche de conversation, en hauts d’escaliers. Inégal, voire bancal, le discours est assez attendu mais sincère. Le résultat est finalement étonnant quand on pense au très cours délai de post-production, le tournage s’étant terminé en septembre. Ce nouveau virage chez Spielberg augure de projets intéressants et une capacité de renouvellement, de réflexion, malgré ses petits arrangements avec des faits avérés. Reste le message humaniste, la réponse d’un artiste face à un sentiment d’impuissance. Citons d’ailleurs Hiam Abbass : “Plus tard, quand on a tourné l’exécution des otages, un comédien israélien a craqué et j’ai dû m’éloigner un long moment avec lui. J’étais une mère, une soeur, une psychologue. Et j’ai eu un sentiment que j’avais déjà eu sur le tournage de La Fiancée syrienne : que si on transportait ce conflit sur un plateau de cinéma, il n’y aurait plus de conflit.”  (Le monde, 21/01/2006).  “Syriana” sort mercredi prochain, et offre une autre approche sur un problème contemporain, à comparer…

SUPER SIZE NANAR

On attendait légitimement beaucoup de Raffy Shart, qui nous avait déjà régalé d’un monument de cornichonerie abyssale en signant la captation de sa pièce “Ma femme s’appelle Maurice”, mis en scène de manière épileptique par Jean-Marie Poiré, avec le duo Chevallier/Laspallès de sinistre mémoire. C’est rien de dire que l’on atteint ici des sommets. “Incontrôlable”, c’est le parangon de la nouvelle comédie française ramenant Max Pécas au niveau d’Eisenstein… On donne une fortune à un comique télévisuel qui a un petit tempérament, pour qu’il dégueule en gros plan, et on lui adjoint, par précaution, quelques vieux de la vieille aguerris. Dans la nouvelle génération des comiques, c’est ici Michaël Youn qui s’y colle, il y est d’ailleurs aussi drôle que Zeppo Marx – le moins connu des frères Marx -. A son actif, il mouille beaucoup sa chemise, risque sa santé en prenant 18 kilos, en désespoir de cause. Le film s’essouffle en seconde semaine, l’ayant vu hier dans une des plus petites salles de l’Ugc local, aux 3/4 vide, à côtés d’ados tellement passionnés qu’ils en tripotaient leurs portables – test d’une redoutable efficacité, quand on atteint des sommets de vacuité. Georges Pal – allusion au cinéaste presque homonyme, mais le cinéaste n’en retient que le nom pour la pâtée pour chien -, et un scénariste en péril, prenant son corps pour “une poubelle”, et faisant le pied de grue devant un producteur véreux – Patrick Timsit, ami du cinéaste, co-scénariste de “Quasimodo del Paris”, pas inspiré -. Ce dernier privilégie un auteur capricieux à succès – Jackie Nercessian, amusant -, et préfère que Georges signe un scénario dans le style de “Quand vous avez vu la bande-annonce, vous avez vu le film”. Petit moment de lucidité avant de subclaquer cinématographiquement lamentablement par la suite, car c’est exactement le cas ici. Donc le corps de Georges se rebelle avec la voix de Med Hondo – on y reviendra -, mais hélas on est plus proche du cucul que du trash, visiblement inspiré des comédies américaines à la mode – les frères Farrelly, comme “Fous d’Irène”, lamentablement pillé ici, on compatit d’ailleurs avec le comédien Christophe Fluder, dans le rôle de l’agent Franky -. Ca va être très difficile de faire pire cette année, mais vu le niveau de la production française, on ne désespère pas trop.

Michaël Youn, Françoise Bertin & Thierry Lhermitte

Non content d’aligner les gags consternants, vidés de leurs substances par une mise en scène inexistante, Raffy Shaft, cite allégrement et nominativement Billy Wilder et Ernst Lubisch – quel intérêt ? -, et nous offre une des parodies les plus consternantes de la création, avec celle rougéifiée de “8 et demi” de Fellini, avec Youn en Marcello. Pathétique ! On tombe tellement dans les limbes de l’imbécillité que ça en devient plus jubilatoire que les comédies traditionnelles plus soignées comme, “Un ticket pour les Bronzés 3”. Dans ce carnage les comédiens font ce qu’ils peuvent, Hélène de Fougerolles, qui doit se demander ce qu’elle fait là, fait de gros efforts pour garder sa dignité – elle est pourtant probante dans le seul gag drôle du film, celui de la danse contre son gré -, Thierry Lhermitte Preskovicquifié en catho-chasseur,  et grand habitué des nanars Louisbeckeriens, nous  arrache quelques sourires, Cyrielle Clair garde sa classe habituelle dans ce naufrage, mais Hippolyte Girardot est absolument désolant  et poussif dans sa pitoyable reprise de son rôle azimuté de “Rois et reine”. Reste quelques seconds rôles comme Jo Prestia en videur vidé, Gilles Gaston-Dreyfus en médecin allumé, Urbain Cancelier en producteur perplexe, Jacques Ciron en militaire outragé, Éric Le Roch en ordonnateur des pompes funèbres dépassé, etc… Et il y a  la pauvre Françoise Bertin qui reprend son rôle de mémé “yoyotante” d’ “Une journée de merde” de Miguel Courtois, elle est ici particulièrement malmenée. Cette actrice fétiche d’Alain Resnais sombre ici en s’amusant visiblement, mais bonjour la chute !

 Med Hondo

Le seul qui s’en sort ici, c’est Med Hondo, dont le talent vocal dans le corps de Rex est formidable. Je vous recommande le livre d’entretiens à son sujet “Med Hondo, un cinéaste rebelle, par Ibrahima Signaté” (Présence africaine, 1994). C’est un réalisateur mauritanien,  exigeant qui a réalisé  6 films de “Soleil O” (1969) à “Watani un monde sans mal” (1996), qui est sous utilisé comme comédien pour cause d’ostracisme anti-doublage, alors qu’il était drolatique dans « Antilles sur Seine » de Pascal Légitimus. Homme lucide, engagé et qui a un humour constant, on ne peut que lui tirer notre chapeau, puisque c’est le seul à tirer son épingle du jeu. Un talent rare !