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OSS 117, LE CAIRE NID D’ESPIONS

 On assiste donc à la naissance d’un genre inédit, une parodie – ou détournement ce à quoi Jean Dujardin semble tenir -, d’une parodie – involontaire certes mais parodie quand même – ! Car il faut avoir vu les OSS 117, venu de l’imagination du romancier Jean Bruce,  Hubert Bonisseur de La Bath, ce James Bond du pauvre, dans des films comme “OSS 117 se déchaîne”, “Banco à Bangkok pour OSS 117”, “Furia à Bahia pour OSS 117”, “Atout cœur à Tokyo pour OSS 117”, et “Pas de roses pour OSS 117”, signés par André Hunebelle ou Michel Boisrond, qui passaient généralement très souvent les après-midi de jours fériés, et qui sont désormais disponibles dans un coffret DVD kitschissime. Ces films très agréables à regarder, avec la patine du temps surtout. Ils confinent un peu avec le ridicule des figures imposées des romans d’espionnages, et qui sont ici formidablement dynamitée ici, Michel Hazanavicius, en détournant les codes. Les originaux au cinéma valaient déjà leur pesant de cacahuètes, il fallait voir dans “Banco à Bangkok pour OSS 117”, les images tournées sur les lieux mêmes, suivies par d’autres tournées dans l’arrière pays niçois ! Michel Hazanavicius, auteur de “Mes amis”, qui laisse le souvenir d’une brillante distribution,  joue avec les clichés avec maîtrise, entre les transparences d’usages et un bel hommage au Technicolor. Il serait vain d’éventer et de dévoiler toutes les idées du film, promises, à l’image du running gag, sur le Président René Coty, le second président de la IVe République, excusez du peu de 1953 à 1958, promis à passer dans la postérité selon OSS 117 ! Il faut saluer l’écriture de Jean-François Halain, connu pour être l’auteur de la meilleure période des “Guignols” sur Canal+, – g(l)accionisées, depuis hélas -, et de “Grosland”. Il trouve dans cette évocation de l’Égypte des années 50, outre le comique des situations, une matière pour se livrer à une charge contre la France sclérosée des années 50. Donc après Ivan Desny,  Kerwin Marthews, l’ineffable Frederick  Stafford, John Gavin et Luc Mérenda, c’est Jean Dujardin qui s’y colle. C’est un cliché, mais il a la même stature que le Jean-Paul Belmondo de “L’homme de Rio” et du “Magnifique”, et il nous livre ici une formidable performance.

Il faut voir ses mimiques, sa tonalité proche des doublages de l’époque – proche de la voix de Jean-Pierre Duclos doubleur de Frederick Stafford et Sean Connery -. Il arrive de manière condescendante et colonialiste dans une Egypte qu’il ignore superbement, tel un éléphant dans un magasin de porcelaines, à l’image du muezzin malmené par un OSS 177 plein d’un ethnocentrisme grotesque. Le film finit par prendre une certaine résonance en ces temps de racisme larvés et de démagogues en tous genres. Mais il finit par faire illusion en chantant “Bambino” en Arabe, dans une scène d’anthologie. Surprise, les femmes ont le beau rôle, saluons d’ailleurs Bérénice Béjo, dont la visible exigence finit enfin par payer avec ce succès. Si elle a droit à une belle scène de bagarre avec Aure Atika, cliché habituel des films des années 60, elle donne une dignité et un grand charme à son personnage de femme égyptienne. La distribution de trognes, nous renvoyant à l’utilisation des Daniel Emilfork et autres Dominique Zardi, est ici très inventives, citons Richard Sammel s’amusant visiblement de composer un personnage d’officier nazi à la Horst Franck, un nouveau venu François Damiens, il faut le voir faire preuve de trivialité au milieu de discours sentencieux – il est célèbre à la télévision belge, et désormais il est faut à parier qu’il devienne indispensable à tout bon casting -, le trop rare Claude Brosset en flegmatique commanditaire d’OSS 117, Laurent Bateau en souffre douleur de service, plus les impeccables Saïd Amadis, Constantin Alexandrov, Arsène Mosca, décalage garanti entre accent pied noir et costume d’officier nazi, peuplant une humanité torve, ou des étrangers malmenés par la suffisance de l’espion français. La recette fonctionne, cartonne donc dans ce mois d’avril forcément metrier – l’échec injuste du film de Gilles et Corinne Benizio -, et cerise sur le gâteau, la critique est même dithyrambique, la surprise d’une critique enthousiaste des “Cahiers du cinéma” nous sidérant même. La qualité est ici au rendez-vous, en souhaitant que d’autres comédies – 1 film sur 2 dans le cinéma français ? -, en prennent de la graine.

FRÈRES D’EXIL

Ce film dédié à Pier Paolo Pasolini, dont on sent bien l’influence aussi bien politique que cinématographique. Entre “Los olvidados”, “Pixote” et “Yol”, Yilmaz Arslan, le réalisateur dépeint de manière implacable, le destin de deux jeunes kurdes, lIbo, un orphelin âgé de 9 ans, et trop mûr pour son âge, suite à un drame terrible. Il est obligé de quitter son grand-père pour intégrer un foyer d’accueil, en Allemagne et l’autre, plus âgé Azad qui va le prendre sous sa protection. Ce dernier est assez autonome, ne souhaitant pas dépendre de son frère qu’il juge indigne, un proxenète violent manipulant ses compatriotes femmes dans l’adversité, pour mieux les rendre opérationnelle. A la fratrie de sang refusée par Azad, se substitut celle avec Ibo, une solidarité indéfectible naît ainsi. Le foyer est bien encadré et régit par des règles. Mais les deux jeunes n’attendent pourtant peu de compassion, ils sont trop habitués à être livrés à eux mêmes. Azad ne veut pas d’un argent sale pour aider sa famille restée en Turquie, et il est fier d’être autonome, en rasant des quidams dans des toilettes de restaurant sordides, mais presque convenable, car il y a de l’eau courante. Le destin s’en même, révélant un monde d’une cruauté inouïe, où même le fait de partager les mêmes origines, n’est aucunement un gage de solidarité, mais au contraire est un révélateur de vieilles rancœurs qui ne demandent qu’à ce réveiller.

Xewat Gectan

L’humanité est très sombre, le petit Ibo – sa souffrance est commentée par l’enfant lui même qui intervient comme récitant -, kurde est presque déterminé à souffrir, aussi bien dans l’aridité de son lieu de naissance, comme dans une Allemagne repue. Azad tente de l’aider, lui donne même un peu d’argent, et devant son refus fier, il feint d’avoir trouvé de l’argent par terre. L’histoire bascule dans la tragédie, dans un climat de haine primitive. Son réalisateur, touché par la grâce de ces jeunes interprètes, en profite pour dénoncer le communautarisme, à l’exemple de la révolte d’Azad, qui déplore que ses compatriotes chérissent plus les morts, pour respecter la coutume, plutôt que les vivants, réduits à un semblant de compassion. On peut déplorer cependant une certaine complaisance avec la violence, visiblement voulue pour déstabiliser le spectateur, et une référence un peu surlignée au film de John Schlesinger “Macadam cowboy”, finissent parfois par révéler l’artifice de l’ensemble, mais que compense une évidente sincérité. Le cinéaste évite tout naturalisme et tout misérabilisme. D’où quelques moments salutaires, comme la part d’enfance retrouvée par le jeune Ibo, avec une animation des personnages dessinés à la craie, sur un tableau, et la fratrie des deux personnages principaux qui s’épaulent dans l’adversité, interprétés avec humanité par  Xewat Gectan, le plus jeune qui a reçu la mention spéciale du festival de Locarno en 2005 pour son rôle et Erdal Celik, tout en colère rentrée. Le réalisateur a choisi le biais de la fiction, mais il reste proche du quotidien. Son constat social est amer, mais un petit souffle d’humanité naît entre ses enfants perdus, proche de ceux de “Bouge pas, meurs et ressuscite” de Kanevski. Trop dans la survie pour se lamenter sur leurs sorts, ils finissent pas gagner une dignité exemplaire. Poignants et solidaires, ils grandiront ensemble. Un cinéaste en rage, à suivre de toute évidence.

LE COIN DU NANAR : T’ES FOLLE OU QUOI ?

 Vision ce jour de “T’es folle ou quoi ?”, un film de 1981, le seul bide d’Aldo Maccione, et grand sommet du nanar ! Une sous-préfète aux champs…, ou une commissaire de la république adjointe, c’est comme vous voulez ! C’est  Nicole Calfan, en short ça fait son petit effet… Elle est crédible en femme venant de l’E.N.A., une sorte de près-Ségolène, quoi…, son charme est le gros atout du film. Elle vole une souche d’arbre avec sa mère, une antiquaire à l’accent pied noir – Marthe Villalonga, s’auto caricaturant d’une manière éhontée -. Le propriétaire des lieux, un plombier libidineux, joué par Popeck, s’auto caricaturant d’une manière éhontée, s’insurge, il les traite de “bichonnes”. Nicole et Marthe arrivent à la préfecture, sous les invectives de la gardienne, dont le mari, “son Albert”, est parti avec la coiffeuse – Jackie Sardou, la femme la plus vulgaire du cinéma français, avec Nadine Tallier bien sûr, s’auto-caricaturant d’une manière éhontée -. Popeck, lui est en colère mais comme il est bas du front – l’umpiste Steevy Boulay c’est Pierre-Gilles de Gennes en comparaison -, notre sous-préfète l’embrouille en lui parlant de “prérogatives”. Dialogue : Popeck : “Vous connaissez Prérogative” – Un quidam : “Non, je ne suis pas d’ici”, Popeck : “encore un immigré !”. La Villalonga louche sur la pendule d’époque et qui fait ding ding, Nicole descend la rampe des lieux, pour atterrir sur les bras d’un certain Lombardi – Aldo Maccione -. Mais le Aldo bien que galant reste de marbre il est homosexuel et directeur de l’information de la station régionale. L’animateur TV du crû, un certain Jean-François… Sevran (sic), journaliste introverti – Fabrice Luchini, quel parcours d’Eric Rohmer à “Emmanuelle 4” ! -, reçoit Darry Cowl qui joue le rôle de Darry Cowl, en s’auto caricaturant d’une manière éhontée. Sevran bredouille pire que le Cowl, et se triture la mèche nerveusement. Les pauvres semblent improviser avec difficultés, mettent le feu dans le cendrier – heureuse époque où l’on pouvait fumer sur un plateau de télévision. Darry veut partir – il a du bricolage à faire -, Luchini pérore un peu perdu ses notes perdues, trouve que le Cowl, est “l’incarnation d’un message” (Lequel ?), lequel en représailles, lui fait tourner le dos à la caméra et lui déclare qu’un certain “pacte charnel se dégage de lui, alors qu’il n’a aucun charme particulier” ! C’est le carnage même pour une télé locale, pensez en 1981, “Direct 8”, n’existait même pas… Pour sauver les meubles Catherine Lachens, une nymphomane à motocyclette – s’auto caricaturant d’une manière éhontée -, présente la météo, comme s’il elle évoquait les fruits gourmands de la pub bien connue. Lombardi vitupère c’est normal, il vit en concubinage avec Sevran – Jean-François -. Mais ils vivent dans la clandestinité, c’est normal car Popeck est le voisin. Maccione, qui est mélomane cherche du calme, alors que Popeck pot de colle, déclare qu’il aime Schumann, “celui qu’il est mort”, à ne pas confondre avec Mort –Schuman – “celui qu’il est vivant”, bon d’accord désormais il est mort en 2006, mais en 1981, il était vivant, c’est normal puisque le boulanger de Popeck est en vacances (einh !)…

Pas très clair finalement, bon on reprend… Sevran, chausse ses chaussues planquées dans un sarcophage égyptien… Donc le Lombardi descend d’une échelle de corde, manquant de se casser la gueule, pour le rejoindre son amant qui habite l’appartement en dessous et qui est furax à cause d’une remarque du sieur Cowl, sur sa chemise. Bon c’est pas très subtil, “La cage aux folles”, en comparaison c’est du Manoel de Oliveira. Luchini déclare avoir mal au dos, pour éviter tout rapport sexuel avec Maccione, ce qui est tout de même plus original que la migraine. Maccione met un fichu sur la tête pour peler les pommes… Il est classe ce Aldo ! Luchini se dérobe, il a installé une sonnette dans le placard, histoire d’obliger son amant à remonter chez lui, avec la grâce d’un jeune éléphant. Maccione démarche Calfan pour sa télé, mais la Villalonga dénigre Luchini… Pour se venger notre Aldo la tond, faut pas le chercher… Luchini fait donc son talk show, poudre les seins de la Nicole, et tombe amoureux de la belle – on le comprend -. Le Maccione devient jaloux, il va voir avec le couple “Mort à Venise” – normal c’est un film italien -, et se retrouve planté misérablement. Luchini prend confiance, la caméra le paniquait, désormais il est mûr pour cabotiner chez Drucker… Crise de jalousie Maccionienne, dans une petite ville de province bonjour la réputation, d’autant plus que Popeck est dans le voisinage… Résultat la sous-préfète s’active, vient voir la vache d’Annie Savarin, nommé Georgette. Mais la vache à du mal à vêler, Bernard Charlan, en maire local panique et Maccione, bonne poire, s’improvise vétérinaire ! Luchini suit la belle Nicole partout, qui vient à la rencontre de jeunes agriculteurs, dont… Florent Pagny – manquait plus que lui ! -, qui déplore ne plus pouvoir “baiser” pour cause d’exode rurale, et nous régale dans des considérations sur les femmes “aux grosses fesses” ou “aux tétons pointus”, en buvant du champagne tiède ! Annie Savarin – sorte de tante Poum, dans “Pim, pam, poum”, drague le Maccione, qui reste de marbre, en plus il est couvert de boue. Déconcerté par le coup de foudre bassement hétérosexuel, notre Aldo se maquille, s’habille en toge, appelle S.O.S. Amitié et tricote. La Nicole se retrouve enfermée aux toilettes lors d’une réception officielle, déguisée en hôtesse de l’air – un acte manqué ! -, Luchini, chevaleresque part la sauver, c’est l’Amûûr ! Suivent des sculptures érotiques de César – en personne, l’œil éteint -, Popeck qui suit partout la belle Nicole en disant “On n’est pas des sauvages”, Maccione fatigue d’être une fée du logis, Luchini titille le sein de Nicole Calfan, avant de se retrouver le dos bloqué en elle, et est transporté en urgence par deux infirmiers – dont Gérard Loussine quasimodien -… Mais, ouf l’honneur est sauf, le zigue luchinien emprunte le droit chemin et Catherine Lachens le remplace aussi bien dans son appartement qu’à la télévision… Je vous rassure, je n’ai pas sombré dans la drogue, ni regardé André Santini sur canal+, j’ai juste vu un film de Michel Gérard. Beh oui, quoi, le réalisateur de “Mais qui donc m’a fait ce bébé”, “les joyeux lurons”, “les vacanciers”, “Salut, les frangines”, “Soldat Duroc, ça va être ta fête”, ou “Retenez-moi où je fais un malheur” où Jerry Lewis se retrouvait en sous Jean Lefebvre. Il paraît qu’il a signé deux petits polars assez honnêtes “Blessure” et “Justice de flic” dans les années 80. Décidemment, on ne peut pas faire confiance à personne. Au final, c’est assez croquignolet, de l’incongruité du couple Maccione-Luchini, du charme de Nicole Calfan et d’une jolie musique de feu Michel Magne, dans ce film produit par Claude Jaeger – vu souvent comme acteur chez Buñuel – qui apparaît, non crédité, en industriel cupide. Luchini choisit désormais ces films, dommage…

LES BRIGADES DU TIGRE

   Avant-première des “Brigades du tigre” à l’UGC Cité-Ciné, le mardi 21 mars, en présence de Léa Drucker, Clovis Cornillac, Stefano Accorsi et son cinéaste Jérôme Cornuau. Le thème célèbre de Claude Bolling repris de la série originelle, et Gérard Jugnot  – très peu présent ici finalement – reprenant le rôle de François Maistre de « Faivre », dans le genre autoritaire, on est en terrain connu et il faut bien le dire ce film est une belle surprise. Pourtant l’annonce du tournage de ce film à la distribution évolutive, pouvait nous laisser de marbre, échaudés que nous étions par quelques adaptations de séries TV très populaires, flirtant avec l’accablant, signées Salomé, Pirès, Pitof ou encore Salomé – qui récidive en plus l’effronté ! -, avec des créatures voleuses d’âmes et consorts. L’annonce du nom de Cornuau à la réalisation n’engageait pas vraiment, ayant réalisé “Bouge !” et “Folle d’elle” avec en vedette Ophélie Winter, mais c’était oublier qu’il avait signé pour la télé “Dissonance” et “Les jumeaux oubliés”, qui jouissent d’une très bonne réputation. Le filon un peu épuisé des grands sujets populaires largement dévoyés, pour surtout rien en faire, ce film est une sorte de tournant, enfin on retrouve un divertissement de qualité. Les partis pris de mise en scène sont ici plus que probants, s’adaptant à chaque personnage. La série initiale, écrite par Claude Desailly et filmé avec ingéniosité par Victor Vicas, de 1974 à 1983, est agréable à voir, l’idée de la création des “brigades mobiles”, inventées par Georges Clémenceau, pour lutter contre la criminalité moderne en 1907 – amusante réflexion de Guy Carlier, hier soir dans “On ne peut pas plaire à tout le monde”, qui évoquait le Steevy Boulay de “On a tout essayé”, qui avait demandé sans rire, si ce Clémenceau là avait un rapport avec le porte-avions !-. Mais il faut bien le dire, que malgré la complicité évidente de Jean-Paul Tribout, Jean-Claude Bouillon et Pierre Maguelon, ça a tout de même pas mal vieilli, à noter que François Maistre confiait dans le DVD de la dramatique “Nostradamus ou le prophète en son pays”, détester cette série qu’il trouvait trop pro-policière. Le scénario de deux auteurs de bande-dessinée, Xavier et Fabien Nury est réaliste et d’une tonalité assez noire  mêlant, “Triple entente” “La bande à Bonnot” et “Les emprunts russes”, les intrigues sont d’une complexité assez rare dans notre cinéma actuel, et livre une réflexion salutaire sur une société de compromissions d’une triste intemporalité… La reconstitution est habile, la mise en scène efficace, on rêve d’une adaptation du “Fantômas” de Souvestre et Allain sur ce modèle.  

Edouard Baer, Clovis Cornillac & Olivier Gourmet

Nos mobilards sont ici campés par Clovis Cornillac, idéal pour incarner probité et autorité en commissaire Valentin, Edouard Baer dans un rôle d’une forte noirceur, à des années-lumière du hâbleur du Pujol de la série, il a vraiment comme il le dit souvent en promotion, a joué la carte Lupin version Leblanc, avec brio, et Olivier Gourmet – même si son accent est un peu forcé, mais longue est la liste des ratages dans ce domaine, on se souvient de Pierre Fresnay dans la trilogie de Marcel Pagnol, est un Marcel Terrasson épatant, il joue avec beaucoup d’humanité ce “Colosse de Rodez”. Stefano Accorsi – choisi pour cause de co-prod -, les accompagnent. Le reste de la distribution est vraiment étonnante pour ce type de film et dénote d’une grande inventivité, de Thierry Frémont impressionnant terroriste slave, Jacques Gamblin, saisissant et complexe dans le rôle de l’anarchiste Jules Bonnot, Diane Kruger en amoureuse hitchockienne, le toujours formidable Didier Flamand en préfet de police retord, le trop rare André Marcon, en Jean Jaurés, Agnès Soral en secrétaire dévouée, Eric Prat en Bertillon facétieux, Philippe Duquesne dans un étonnant contre-emploi, Mathias Mlekuz en officiel goguenard, sans oublier Léa Drucker, mais j’y reviendrai spécialement dans la rubrique “Fragments d’un dictionnaire amoureux”, car elle mérite un salut particulier. Outre une belle rencontre avec cette dernière, les spectateurs ont vérifié ici la grande modestie et la gentillesse de Clovis Cornillac. Très lucide sur l’engouement à son sujet, je saluais ses choix de passer d’un téléfilm sur Arte – “Gris blanc” de Karim Dridi, où il était étonnant dans un personnage d’ermite frustre – à des films plus populaires. Il cite souvent ses partenaires, évoque avec émotion le film de John Berry dans “Il y a maldonne” qu’il avait produit. Il répond d’ailleurs avec beaucoup de franchise, quand on lui demandait ce que pensait Jean-Claude Bouillon du film, et que le trio se sentait un peu dépossédé par cette entreprise, et Bouillon de déplorer que Valentin regarde en face son chef, où qu’une prostituée soit utilisée comme informatrice. Très honorable, le résultat final, aidé d’un budget confortable, s’avère d’une très bonne facture, à « l’ancienne », le réalisateur prépare même une version de 2h40 pour la version DVD. On veut bien regoûter à un  “Brigades du tigre 2”, dans ces conditions… Sortie ce mercredi.

LE COIN DU NANAR : CHERCHEZ L’IDOLE

   Sortie opportuniste à l’occasion de la sortie de “Jean-Philippe”, d’un coffret de quatre films “Johnny Hallyday, ses premiers pas au cinéma”, qui bénéficie même d’une version collector sous forme de guitare. Sur certains DVD, comme sur celui ci, il y a un petit clip anxiogène, “moi voler une télé, jamais !”, contre le piratage. Ca ne manque pas de sel, on le sait bien, il est difficile de voler un voleur, car cette édition, n’est qu’une sinistre arnaque pour les fans de Johnny. En effet, s’il est bien en vedette du jouissif “À tout casser” de John Berry, avec Eddie Constantine et Michel Serrault, il ne se contente que de simples apparitions dans “Cherchez l’idole” (1963), le somptueux “Les Ponettes” (1967), et un sketche face à Catherine Deneuve dans “Les parisiennes” (1961). On sait que la carrière de Johnny est parsemée d’apparitions ponctuelles, du gamin dans “Les diaboliques”, au marin bagarreur dans “Malpertuis”, où il devait passer par là puisqu’il vivait avec Sylvie Vartan, en passant par le sommet du film cornichon “Le jour se lève, et les conneries commencent” (Claude Mulot, 1981), où dans son propre rôle, il ne cessait de tomber de moto, dans une sorte de running gag assez désolant. Il fallait le voir enfourcher sa moto le bras dans le plâtre pour aller se viander un peu plus loin, saluons en passant sa capacité à l’autodérision. Si ce coffret ne peut qu’être décevant pour le plus grand inconditionnel de Johnny, c’est au moins l’occasion pour l’amateur de Nanar – dont je suis -, de retrouver quatre perles assez jubilatoire, dignes de figurer  dans “L’encyclopédie du cinéma ringard” de François Kahn, que je viens de découvrir, qui parle de “D’où viens-tu Johnny”, traité également ici même. Traitons ici de “Cherchez l’idole”, signé par Michel Boisrond, qui bon faiseur, donnait souvent d’honnêtes produits, souvent drôles et rythmés. Rien de déshonorant donc, et souvent il signait souvent des jolies comédies, non dénuées d’érotismes. Le film n’est qu’un prétexte pour présenter les idoles “yéyés” d’alors, et de ce fait devient un véritable document sur le début des années 60. Mylène Demongeot – en personne – emménage dans une belle villa en travaux. Invitée à l’Elysée, elle demande à sa bonne Gisèle – Berthe Grandval, une mignonne des sixties -, de veiller sur son diamant en forme de petit cœur, qu’elle souhaite porter pour l’occasion.

Mais Gisèle, tombe sur Richard, un carreleur aigrefin – Frank Fernandel, mauvais comme un cochon et qui prouve que le talent ne provient pas forcément d’un atavisme forcené -, qui s’empresse de la voler. Discret comme une vache, il réveille tout le quartier, et ne trouve rien de mieux que de planquer son larcin dans la réserve d’un magasin de disques, dans une guitare électrique avec l’aide d’un chewing-gum – mais il ressemble toujours à un ruminant, même quand FF ne le mastique plus avec nervosité -. Il envoie sa compagne Corinne, – Dany Saval, sorte de Frédérique Bel de la “La minute blonde”, du pauvre, l’ironie en moins -, chercher l’objet volé auprès du disquaire – Pierre Doris, très drôle -. Mais ce dernier a envoyé tout les modèles de la dite guitare auprès des idoles de la chanson française. Corinne finit par faire cavalier seul avec une copine – Dominique Boschero, sexy -, quand Richard se met à préférer la jolie Gisèle – on le comprend -, et finit par basculer dans la probité. Suit une course au trésor où l’on retrouve, dans leurs propres rôles, Sylvie Vartan, tétanisée de trac et rassurée par Bruno Coquatrix, l’improbable Hector, chanteur à chapeau haut-de-forme, les sympathiques “Surfs”, Frank Alamo tournant un scopitone déguisé en cow-boy, Harold Kay dépensant des trésors d’énergie pour tenir Jean-Jacques Debout éveillé, l’énergique et sensuelle Nancy Holloway, Johnny Hallyday, très poli, et Charles Aznavour, amusé, flanqué de l’insupportable Pierre Bellemare. On retrouve plusieurs seconds rôles, comme Claude Piéplu, crédité Piéplu et dont le nom du personnage est… Piéplu, en régisseur déguisé en cow-boy, Christian Marin en policier danseur dégingandé – moment le plus drôle du film -, Jacques Dynam en routier grincheux, Bernard Musson en passant indigné, Max Montavon en photographe homosexuel, dans son cabotinage habituel, Paul Bisciglia en inconditionnel aznavourien, les “Frères ennemis” – Teddy Vrignault et André Gaillard -, ici séparés, etc… On a même droit aux apparitions de Jean Marais, Daniel Gélin, Marcel Achard, Maurice Biraud, Juliette Gréco et Françoise Sagan, s’apprêtant à voir le spectacle de Sylvie Vartan. La cerise sur le gâteau c’est Dany Saval, l’une des plus mauvaises comédiennes de l’histoire du cinéma français, sa voix est aussi horripilante qu’une craie sur un tableau, elle s’agite énormément et finit par nous crisper sérieusement. Plus connue pour ses mariages avec Maurice Jarre et Michel Drucker, elle est tellement caricaturale, qu’on finit par croire que Fernandel junior a du talent, c’est dire ! Au final c’est plaisant, limite ringard et c’est un bel instantané de nos amis des “idoles des jeunes”.

CHRONIQUE D’UN NAVET ANNONCÉ

 “Basic instinct 2 : Risk addiction”, rassurez-vous vous ne risquez rien ! Sur un canevas d’une inquiétante fragilité, Catherine Trammel, la romancière bien connue sévit à Londres et les meurtres imaginés dans ses livres prennent corps dans la réalité, voici donc cette séquelle tardive de “Basic Instinct”. On connaît la genèse mouvementée du film, plus intéressante que le résultat final. Côté thriller, esbrouffe, clinquant et ennui à signaler, côté scènes “hot”, RAS, exit les scènes croquignolettes et l’obscénité bouffonne de Verhoeven, qui est lui, un grand metteur en scène… Saphisme, triolisme et tutti quanti figuraient dans trois scènes coupées au montage final. On n’aimerait pas être à la place d’Anne Caillon, belle comédienne qui se targuait partout de sa participation au film – à l’instar de son apparition dans l’émission “Tout le monde en parle” – et qui se retrouve à la trappe. A moins d’une hypothétique version intégrale DVD pour une roublardise de plus… Sharon Stone donne plus d’énergie à assurer une promo marathon qu’à donner un résulat probant. Nous avons droit à un grand numéro d’un opportunisme poussif – Sharon devant le “Mur des Lamentations”, Sharon contre le CPE, Sharon met du vert à lèvres, Sharon contre “Mary Poppins”, etc… -. On la préfère quand elle parle de rangements de placards chez Jarmusch, qu’ici, en appas pétrifié. Il aurait été plus intéressant de laisser éclater une beauté naturelle d’une femme de 48 ans, que de nous régaler de son joli minois échappé du musée Grévin. La comédienne est célèbre pour son Q.I. élevé, évidemment prouvé par ses choix artistiques assez désolants, à part Martin Scosese – Ah, le remake des “Diaboliques”, sommet du film cornichon -. Elle a trouvé un partenaire qui ne risquait pas de lui faire de l’ombre, David Morrissey, falot membre de la prestigieuse “Royal Shakespeare Company”, et qui nous montre tout son art en haussant les sourcils à la moindre contrariété. Il joue un psychiatre, qui est d’ailleurs l’un des plus improbables de l’histoire du cinéma mondial, il tombe évidemment amoureux de la belle, alors qu’il est chargé d’analysé le phénomène.

David Morrissey & Sharon Stone, le monde est stone…

Est-ce de l’humour d’avoir appelé le personnage “Andrew Glass”, est-ce une allusion au regret de ne plus avoir Michael (Dou)glas, où est une petite perfidie de plus pour nous présenter un acteur transparent – Glass = Verre -. Je m’insurge contre l’article de “Libération”, Gilles Renault qui en parlant de lui le déclare “aussi expressif qu’une méduse”, pourquoi charger ce pauvre animal qui a déjà une si triste réputation. C’est donc le “miscast” de l’année.  Charlotte Rampling – même si elle cite Lacan -, n’a strictement rien à faire, on pouvait attendre un élément un peu vénéneux vu son parcours. Les autres comédiens sont des ectoplasmes. On peut d’ailleurs jeter un voile pudique On ne peut sauver ici que le cabotinage assez réjouissant de David Thewlis, en sous “Hank Quinlan” – le personnage joué par Orson Welles dans la “soif du mal”. Thewlis en rajoute, avec une bonne dose de drôlerie, retrouvera t’il un jour un personnage à la hauteur de son rôle dans “Naked”, on le lui souhaite, car il se perd trop souvent en “guest” de luxe, de films improbables. Souvenons nous avec émotion de “L’île du docteur Moreau” où il arrivait presque à être aussi mauvais que Marlon Brando et Val Kilmer, ce qui tient de l’exploit. Peut-on tenir rigueur à l’honnête Michael Caton-Jones, qui devait avoir une latitude assez faible, il a dû penser pouvoir mettre quelques touches personnelles, comme une vision de Londres moderne, l’équivalent au fameux décroisement de jambes stonien, – largement commenté, mais assez subtil finalement -, et la vision d’un immeuble phallique. Le film est finalement à l’image du célèbre pic à glace, qui ici sert… à casser de la glace, c’est vain, à la hauteur de la non-attente du film. La machine tourne à vide, on attend la chute finale avec impatience, la vision du film nous faisant regretter de ne pas avoir de facilité à dormir en salle, elle signifie ici par son manque total d’intérêt au moins que le film touche à sa fin. Marketing, marketing… le cochon de payant ne te dit pas merci, pour cette oeuvrette que personne ne saura savourer même au 8627ème degré.

LA DOUBLURE

    Le cinéma de Francis Veber, c’est un peu comme le restaurant où vous avez vos habitudes, vous trouvez que c’est copieux, sans surprises, plutôt bien fréquenté, pas trop cher au vu du résultat, pas trop original même si le chef s’évertue à vous faire croire avec son bagou que c’est un maître-queue. Et puis un jour vous en sortez, ballonné, un peu écœuré, avec des crampes dans l’estomac et vous vous mettez à vous étonner de sa réputation, des éloges de ses pairs, et des guides gastronomiques. Car Francis Veber bénéficie de la politique des auteurs, et jouit d’une véritable considération. C’est un malin, roublard – son gimmick pathétique du personnage de François Pignon -, un don pour capter un air du temps, un mécanisme d’horlogerie d’accord, mais qui ferait un bruit de pendule normande, vous empêchant de dormir la nuit. On rit avec cette “doublure” comme acquis d’avance, en suivant le troupeau pavlovisé. Veber du haut de sa suffisance et de sa terreur toute Doillonnienne de faire refaire un plan jusqu’à trouver sa petite musique, le ton juste, et la mise en scène dans tout ça… Des champs contre-champs, une fausseté de convention qui ne nous fait jamais nous attacher aux personnages et nous convie à rire contre eux, des pantins chargés dans la grande tradition du vaudeville français version gros rouge qui tâche. Tout ici est dans la fausseté, des décors dignes d’une des pires captations télévisées, et les transparences d’un autre âge dans les scènes de voitures, nous font penser que l’on assiste actuellement à la pire régression de notre cinématographie nationale. Et ça marche, ça cartonne même, les gens applaudissent à la fin, on finit par se retrouver pisse-froid de service. Mais on veut bien d’une comédie vite oubliée, mais au moins qui garde une modestie dans son propos…. On peut certes aussi jouer avec les conventions pour mieux les dynamiter, comme un Bertrand Blier, mais il n’en est rien ici.  

Francis, tu t’es vu quand tu frimes !

Veber ne supporte pas que l’on amène un semblant de talent à son œuvre, désavoue Philippe de Broca quand il nous livre un “magnifique” jubilatoire, cède aux sirènes hollywoodiennes et nous régale d’interviews convenues. Le cinéma est riche d’écrivains et d’auteurs, donnant ses lettres de nobles au cinéma français – de Pagnol à Guitry -, Veber a du talent mais n’innove jamais, répète son système à l’envi. Il féminise ses personnages dit-on, mais pour en faire quoi, des caricatures, malgré le talent de ses interprètes – Alice Taglioni en mannequin tendre version – et assez improbable d’ailleurs – “Trop belle pour toi”, Kristin Scott-Thomas en épouse pas dupe, Virginie Ledoyen en amour platonique romantique -, mais l’humanité des personnages est inexistante. Certains arrivent à tirer leur épingle du jeu dans ce petit jeu là, comme Michel Aumont jubilatoire en toubib hypocondriaque – chacune de ses apparitions nous est un absolu régal, pourtant son personnage est archi-convenu – et Richard Berry est parfait en avocat cynique et cauteleux. Mais Daniel Auteuil est presque quelconque – c’est bien la première fois -, Gad Elmaleh, Danny Boon font ce qu’ils peuvent pour donner une âme à des stéréotypes. Alors on se raccroche aux seconds rôles, vieille habitude rengaine, mais on ne trouve ici que des ectoplasmes, des semblants de rôles, des figurants de luxe. Philippe Magnan n’a rien d’autre à faire qu’à bougonner en silence, on retrouve des fidèles veberien mais marionnettisés à souhait  – Philippe Brigaud, Laurent Gamelon -, les nouveaux se contentent d’ombres – Paulette Frantz taxidermisée, Philippe Béglia manièrisant, Patrick Mille rodant son antipathie habituelle, Michel Jonasz perdant sa singularité, Michèle Garcia mamantisant – trop jeune pour le rôle -, telle une zombie -. J’ai mes indulgences ici, surtout dans la comédie, genre que j’affectionne particulièrement, mais nous livrer une œuvre faisandée comme ici – Bernard Stora avait déjà raconté la même histoire en 1988 dans “La petite amie” avec Jean Poiret et Jacques Villeret. De Francis Veber ou du cinéaste le plus surestimé du cinéma français… 1h25 ça peut être très long parfois. Usé et usant…

JEAN-PHILIPPE

 Avant-première à l’UGC-Cité-Ciné Bordeaux du film “Jean-Philippe” en présence de Fabrice Luchini, tout épaté dite il d’être venu en jet privé pour cause d’emploi du temps surchargé. Voir Fabrice Luchini en promotion tient à la fois de la jubilation et de l’épreuve si vous avez le malheur de tenter de lui poser une question. Je me souviens de sa présentation de “Rien sur Robert” dans ce même cinéma. La femme qui partageait ma vie alors, n’avait pas pour vertu première l’exactitude. Il y avait deux salles remplies, elle finit par me retrouver et en voulant me rejoindre et passe allégrement devant le sieur Luchini, sans le voir, qui s’apprêtait de faire son entrée. Coupé dans son élan, il fallait voir son air proche de la poule découvrant un fer à repasser. Résultat il avait un peu perdu le fil, il est un peu resté interdit, avec de fuser dans tous les sens. Ce jeudi soir après une entrée triomphale, il nous livre son numéro survolté et ingérable habituel, chante avec un fan de Johnny à la voix rauque, qui l’appelle “M. Prechini” !, et répond comme il souhaite aux questions des spectateurs, évitant consciencieusement de parler de lui. J’en ai d’ailleurs fait les frais, me plantant allégrement et lamentablement à la fois – il vous coupe pour interroger une autre personne en même temps. Résultat j’ai réussi à être suffisamment traumatisé pour arrêter de prendre la parole en public durant le siècle à venir. On sent bien la volonté luchinienne de tout contrôler – il insistait énormément pour que l’équipe présente passe un disque -. Il s’auto parodie un tantinet – déclarant à tout instant “c’est énôôôrme !”, et brocarde Johnny Hallyday, quand ce dernier lui parle de “ta Fontaine” en évoquant “La Fontaine”, tout en le défendant contre les sarcasmes habituels – il n’est pas à une contradiction près -. Bref le numéro est rodé, plaisant, élaboré, bien que visiblement fatigué ce soir là, il s’est dépassé, nous livrant un jubilatoire numéro. On sent bien sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, son besoin d’être aimé. Et le film alors, et bien il est à la hauteur de sa brillante idée, sur le modèle bien connu des amateurs de fantastique, l’uchronie. Si vous avez échappé à une promo intensive, c’est l’histoire de Fabrice, un cadre moyen – Luchini en fan survolté -, peu accorte avec sa secrétaire – Christine Paolini, dans la résignation -, vit une vie tranquille. Mais il a une dévotion dévorante pour Johnny Hallyday, qui est presque pour lui une raison de vivre. Il a une pièce au grenier, véritable lieu de culte dédié à son idole. Il délaisse sa femme – Guilaine Londez toujours énergique – et sa fille – Élodie Bollée punkette compréhensive -, pour cette passion.

Carlo Nell, le retour… & Fabrice Luchini

Un choc de trop un soir de cuite avec un voisin râleur et il bascule dans une dimension où Johnny n’existe pas – ni Rocky Balboa, curieux univers tout de même… -… Il part à la recherche des “Jean-Philippe Smet”, le vrai nom de Johnny connu de tous, y compris ses homonymes – dont Éric Averlant amusant -, histoire de voir s’il existe toujours sans avoir connu son statut de star…Je vous laisse découvrir la suite, car il y a des trouvailles probantes, des évocations émouvante et pudique de la carrière de Johnny, et quelques cameos amusants dont un des comédiens crédités sous le nom de Bernard Frédéric au générique qui est une amusante citation d’un film récent à succès. Luchini se déchaîne comme un beau diable dans un rôle écrit sur mesure, on n’ose imaginer le film sans lui tant il porte le film. Mais la véritable surprise vient de Johnny en personne qui trouve ici son meilleur rôle finalement. En campant un Jean-Philippe Smet, propriétaire d’un bowling, qui a laissé sa place de vedette à un certain Chris Summer demeuré inconnu dans notre dimension. S’il parfois assez juste dans des rôles proche de son personnage chez Laëtitia Masson et ou chez Godard, il n’avait jusqu’ici – même chez Godard, Patrice Leconte ou Costa-Gavras – dans “Conseil de famille” où il avait déjà Luchini comme partenaire – me semble-t’il – trouvé un personnage ou il pouvait exprimer auto-dérision ou une humanité. Le duo Luchini-Hallyday, aux antipodes l’un de l’autre fonctionne parfaitement. Dans le rôle de Summer, Antoine Duléry nous livre une réjouissante composition, vedette suffisante et revancharde, il est en plus parfaitement crédible, rajoutant à son personnage une bonne dose d’humour. Si certains rôles sont assez sacrifiés – Caroline Cellier en mme Smet et Barbara Shulz n’ont pas grand chose à ce mettre sous la dent -, on s’amuse à retrouver des comédiens singuliers comme Carlo Nell – perdu de vue depuis longtemps – en pilier de bistrot barbu, François Toumarkine, l’un des chouchous de ce blog en clochard compatissant, Jackie Berroyer avec des postiches improbables est un professeur décalé, Christian Pereira en collègue goguenard. Je n’ai pas reconnu Lisa Lamétrie pourtant crédité au générique – rôle coupé au montage -. Il convient de saluer Laurent Tuel et sa mise en scène, après le singulier “Rocher d’Acapulco” et le mésestimé ” Un jeux d’enfants”, il arrive à installer un climat assez angoissant et nous régaler d’un humour de qualité. La signature de “Fidélité” à la production est un réél gage de qualité encore une fois ici.

LE PASSAGER

 Premier film d’Éric Caravaca, l’un des comédiens les plus probants de sa génération. Tiré d’un roman d’Arnaud Cathrine “La route de Midland”, il s’agit ici d’un portrait âpre, sensible d’individus qui n’ont pas de dons particuliers pour la vie et qui trimbalent avec eux leurs difficultés, en les subissant plus ou moins. Thomas  – Éric Caravaca dans l’introversion, qui a repris au pied levé ce rôle après une blessure du comédien Yann Goven -, qui vit à Paris, retourne sur la Côte d’Azur pour s’occuper de l’inhumation de son frère aîné, Richard, qui vient de suicider. Il ne voyait plus son frère – Rémi Martin, au parcours chaotique ces dernières années idéal dans un rôle presque spectral -, qu’il ne tenait pas dans une grande estime, il avait même gardé une rancœur, quand il s’était retrouvé seul avec lui, son père étant absent et sa mère étant devenue folle. Marié, avec un enfant, il se retrouve seul pour s’occuper de son enterrement, il doit aussi réfléchir au devenir de sa maison familiale, dans laquelle il a gardé de mauvais souvenirs. Conseillé par un vieil ami de la famille qui s’occupe d’une petite boutique – Maurice Garrel, superbe de retenue -. Pris par ses contradictions, et paralysé par ses interrogations, il s’installe dans un petit hôtel tenu par une jeune femme, Jeanne – Julie Depardieu, qui décidément prouve dans l’actualité de ses quatre films, sa capacité de composition et d’émotion -. Le cauchemar du réel le paralyse, il s’attarde dans les lieux sans rien régler, s’attache au petit frère de Jeanne, Lucas – Vincent Rottiers, la révélation des “Diables” beau film de Christophe Ruggia, impressionnant ici dans sa rage de vivre -. Lucas est un peu sourd, complexé avec les filles, mais retrouve sa liberté sur sa moto jaune qu’il trafique pour qu’elle pétarade. Jeanne assistée d’un employé jovial – Maurice Bénichou incarnant la poésie du quotidien -, attend en fait Richard. Malgré une union mouvementée, elle garde espoir de le retrouver, mais Thomas, par lâcheté ne trouve pas le courage de lui annoncer sa mort….

Julie Depardieu & Maurice Bénichou

Le film ici est lucide, montrant l’approche du travail du deuil, comment retrouver l’énergie de vivre, la difficulté de se confronter avec ce que l’on a enfoui dans sa mémoire – belles scènes avec la toujours formidable Nathalie Richard, chanteuse de cabaret réaliste nerveuse -. Le personnage de Thomas est dans un tournant de sa vie, libéré de la forte personnalité de son frère, il essaie avec maladresse de retrouver ses marques, de prendre un nouveau départ, prenant exemples sur ses compagnons d’incertitudes trouvés dans cette occasion. Il doute, mais il avance, toutes ses inquiétudes refaisant surface, il réfléchi à comment régler ses comptes avec son passé pour enfin exister un peu. Quelques beaux sites de Saintes-Maries-de-la mer, sont vus d’une manière singulière, les lieux, devenant presque inquiétants sont chargés de tristesse, d’une lumière d’hiver angoissante, d’étendues de plages baignées dans une lumière blafarde, en parfaite adéquation des états d’âmes des personnages. Saluons le travail de la chef opératrice Céline Bozon, la superbe musique lancinante de Grégoire Hetzel et la manière de filmer ces lieux rendant un sentiment de désolation. Ce film est une est une méditation pleine de retenue, d’intelligence et de vie sur la difficulté de vivre avec les fantômes de son passé. Ce film intimiste évoque bien sûr “Son frère” de Patrice Chéreau, avec également Éric Caravaca, mais nous montre ici une grande maîtrise, une justesse, et beaucoup de pudeur. Un cinéaste et un comédien à suivre…

AURORE

 La position d’un spectateur est délicate quand il ne parvient pas à adhérer au propos d’un film, et que le metteur en scène, ici Nils Tavernier vient avec ferveur, un peu sur la défensive, défendre ce film, comme ce vendredi soir 24 mars à l’UGC-Cité Ciné Bordeaux. Je suis resté, hélas, à la porte de cet univers onirique, peut être déconcerté de ne pas retrouver la force du “Peau d’âne” de Jacques Demy ou celui de l’univers de Jean Cocteau. On ne peut cependant que louer la liberté de ce réalisateur, d’avoir réussi à faire ce qu’il avait voulu, ce qui risque, il en est bien conscient, de ne plus se reproduire. Le film est pourtant original, et Nils Tavernier a montré avec ses documentaires une acuité particulière au monde, une innovation constante – les images de synthèse pour “L’odyssée de la vie” (2006) sur France 2, des témoignages rejoués par des comédiens pour préserver l’intégrité d’anonymes qui parlent librement de leurs vies sexuelles –”Désir et sexualité” (2004) sur France 3. Le film vaut par la prestation de Margaux Chatelier rayonnante princesse Aurore, qui concilie grâce, dextérité – beau ballet spectaculaire sur des pointes, quand elle veut montrer son amour à un peintre – Nicolas Le Riche, excellent danseur mais piètre acteur -. La jeune danseuse était présente également ce soir là, elle est originaire de la Gironde, il fallait voir son radieux sourire, que l’on sent contenu durant tout le film. François Berléand – pressenti tout d’abord pour jouer le conseiller – donne de l’épaisseur à son personnage de roi défait et désargenté et Carole Bouquet avec son port altier nous fait croire sans difficulté qu’elle a été une brillante danseuse et digne. Thibaut de Montalembert fait par contre ce qu’il peut avec son personnage caricatural du conseiller du roi, fourbe sans panache. Mais Monique Chaumette en gardienne des souvenirs, nous ramenant à l’un des meilleurs films de Tavernier père “La passion Béatrice”, est émouvante.

Carole Bouquet, Anthony Munoz & François Berléand

Les scènes de danses sont remarquables, parfois sensuelles, grâce à la chorégraphie originale de grands noms de la danse comme la mythique Carolyn Carlson, qui a adoubé le choix de Margaux Chatelier et la musique de Carolin Petit qui est remarquable. Mais le tout installe une petite distance si on n’est pas initié à cet art, il faut dire que le scénario est assez terne, malgré l’intervention de Jean Cosmos, dans ce royaume où la danse est bannie. Si à voir Nils Tavernier, on ressent sa pudeur – il chuchote volontiers les indications aux comédiens, il a un parcours d’acteur assez étonnant chez son père ou Catherine Breillat pour comprendre les comédiens -. Exigent et précis, il était un peu chagriné par les plaisanteries habituelles de François Berléand sur le tournage – arborant un panneau P.S.G. sur son dos et faisant rire la belle Margaux dans des scènes dramatiques -, le comédien a compris le climat que voulait installer le réalisateur. Il a bien sûr râlé devant l’effort des contraintes de son costume de roi – 25 kilos + 3 de couronne !  – et une chaleur accablante, mais a finit par être séduit par les scènes dansées. Tout comme un technicien, présent sur le plateau et roulant un peu les mécaniques, certaines personnes verseront une petite larme, il y avait des témoignages sensibles du public pour le confirmer. On voudrait aussi adhérer sans réserves avec le projet ouaté, risqué, naïf – sans sombrer dans la guimauve – et singulier de Nils Tavernier,  son intégrité à défendre son film, vraiment original… Mais cette tentative déçoit plus qu’elle ne séduit, c’est très dommage….