Skip to main content

J’ATTENDS QUELQU’UN

Avant-première à Bordeaux du film de Jérôme Bonnell, le 16 mars dernier à l’UGC-Ciné cité en présence de son réalisateur et de la comédienne Florence Loiret-Caille, en clôture d’un festival de courts-métrages. Louis – Jean-Pierre Darroussin, toujours aussi formidable -, est patron d’un café dans une petite ville de la banlieue parisienne. Il a un fils dont il ne s’occupe guère, et rend régulièrement visite à une prostituée occasionnelle un peu perdue, Sabine, il semble d’ailleurs être très attaché à elle. Il a instauré un rite en la retrouvant souvent dans un hôtel. Il va voir régulièrement sa mère – Mireille Franchino, très juste –, hospitalisée car elle semble perdre la mémoire, avec sa sœur Agnès– Emmanuelle Devos, épatante et solaire -, avec laquelle il a une grande complicité. Agnès, qui est institutrice, vit en couple avec Jean-Philippe – Éric Caravaca, défendant superbement son rôle -, professeur assez timoré. Le couple est assez solide, même s’il souffre de ne pas avoir d’enfants. Arrive le jeune Stéphane – Sylvain Dieudaide, sans doutes LE regard le plus triste du cinéma français -, qui fut d’ailleurs élève d’Agnès et qui revient dans la région après une longue absence. Il se lie d’amitié avec Tony – Yannick Choirat, très juste également -, chômeur sympathique et qui vit avec Farida – Sabrina Ouazani, un tempérament -. Ce petit monde triste se construit pourtant de petits moments de bonheur. Le film confirme le talent de Jérôme Bonnell – fils de René Bonnell pour la petite histoire – après le très probant “Les yeux clairs”, je n’ai hélas pas vu son premier film “Le chignon d’Olga” -. C’est un cinéma qui privilégie ses personnages, prend le temps de le suivre. Il y a chez lui un grand sens de l’observation, une manière très personnelle de capter les émotions.

Florence Loiret-Caille & Jean-Pierre Darroussin

Le cinéaste est très habile pour faire alterner des moments cocasses et pour faire naître des émotions à travers plusieurs portraits de personnes partageant la même mélancolie. Tous les personnages existent, comme la mystérieuse femme aux chiens blancs, passante énigmatique – il m’aura fallu lire le générique pour percuter et enfin reconnaître l’excellente Nathalie Boutefeu, pourtant l’une des meilleures comédiennes de sa génération. C’est une idée ludique, pour celle qui fut présente dans “Le chignon d’Olga” et qui fut attachante dans “Les yeux clairs”. On s’attache à tous les personnages, comme celui de Marc Citti, comédien scandaleusement sous-estimé irrésistible en papetier amateur de bananes – il faut le voir manger sa banane avec un couteau, évoquant l’un des meilleurs épisodes de la série “Seinfeld”, celui de la barre chocolatée mangée avec des couverts. Le quotidien est ici rendu avec une étonnante sensibilité, la caméra accompagne les acteurs qui rivalisent de justesse. Il traque l’insolite, les petits riens, à l’exemple d’un chien confié par une zonarde dans un parc. Il s’attendrit sur la lourdeur que démontrent parfois les êtres, à l’image de Louis ayant des gestes déplacés avec son employée. Il y a un lien et une unité dans les caractères, ce qui manquait au pourtant estimable “Ma place au soleil”, film choral d’Éric de Montalier. Jérôme Bonnell ressemble à ses films, déterminé, avisé. Il évoquait l’écriture du film, débutant sur les personnages de Louis et de Sabine, avant de faire appel à d’autres personnages coexistant avec ce couple de départ.  Florence Loiret-Caille, une nature révélée dans “Une aventure” notamment, est ici bouleversante dans ce personnage à la fois fort et fragile. La comédienne présente donc au débat était d’une grande timidité, préférant visiblement parler du grand talent d’un Jean-Pierre Darroussin plutôt que de parler de son métier. Jérôme Bonnell est assurément un cinéaste à suivre de très près. Un excellent cinéma qui oscille entre le charme et la gravité.

MORT DE FREDDIE FRANCIS

Annonce de la mort de Freddie Francis, très grand chef opérateur et qui fut à l’instar de Jack Cardiff, cinéaste. Il fut d’abord cameraman avant de signer des images inoubliables comme dans le chef d’oeuvre du cinéma gothique “Les innocents” ou dans les films de David Lynch qui le fit travailler après des années d’absences après une carrière non négligeable comme réalisateur de films d’horreurs pour la firme anglaise “Amicus”, notamment. Ses films sont parfois inégaux, mais teintés d’humour noir, citons “Dracula et les femmes” avec Christopher Lee, en 1969, où le battant d’une cloche n’est autre qu’un cadavre de femme, saigné à blanc… Il se spécialise également dans le film à sketche horrifique (“Le train des épouvantes”, “Le jardin des tortures”,  “Histoires d’outre-tombe”…). Il signe en 1985, une sorte d’hommage crépusculaire aux films de la Hammer, avec “Le docteur et les assassins”, avec Timothy Dalton en anatomiste du début du XIXème siècle, ravitaillé en cadavres par un ivrogne campé par Jonathan Pryce. Il était surtout reconnu pour ses qualités de ses images, il avait reçu l’oscar du meilleur chef opérateur en 1960 pour “Amant et fils” et en 1990 pour “Glory” et fut consacré à 4 reprises par la prestigieuse “British Society of Cinematographers”, qui l’honora également du “BSC Lifetime Achievement Award” en 1997. Son CV complet est consultable dans l’indispensable Internet Encylopedia of Cinematographers . A lire également des hommages de Cinéartistes et de L’AFC.

Christopher Lee dans “Dracula et les femmes”

Filmographie : Comme réalisateur : 1962  The Day of the Triffids (L’invasion des triffids) (Co-réalisateur Steve Sekely) – Two and Two Make Six – Ein Toter sucht seinen Mörder / A Dead Man Seeks His Murderer – 1963  Paranoiac (Paranoïaque) – Nightmare / Here’s the knife, dear : Now use it (Meurtre par procuration) –  The Evil of Frankenstein (L’empreinte de Frankenstein) – 1964  Hysteria –  Dr. Terror’s house of horrors (Le train des épouvantes) – Tratior’s gate – 1965  The skull (Le crâne maléfigue) – 1966  The pyschopath (Poupée de cendres) – They came beyond space – The deadly bees (Le dard mortel) – 1967  Torture garden (Le jardin des tortures) – 1968  Dracula has risen from the grave (Dracula et les femmes) – 1969  Mumsy, Nanny, Sonny and Girly – 1970  Trog (Trog / L’abominable homme des cavernes) – 1971  The vampire happening / Gebissen wird nur nachts – 1972  Tales from the Crypt (Histoires d’outre-tombe) – The creeping flesh (La chair du diable) –1973  Craze (Vidéo : Le tueur sous influence) – Tales that witness madness – 1974  Son of Dracula – The ghoul – Legend of the Werewolf (Vidéo : La légende du loup-garou) – 1985 The doctor and the devils (Le docteur et les assassins) – 1987 Dark Tower (Vidéo : La tour de l’angoisse) (Co-réalisation avec Ken Wiederham) – Comme chef opérateur : 1956  A Hill in Korea (Les échappés du désert / Commando en Corée) (Julian Amyes) –  Time without pity (Temps sans pitié) (Joseph Losey) – 1957  The scamp / Strange affection (Wolf Rilla) – 1958  Virgin Island (Pat Jackson) – 1959  The battle of the sexes (La bataille des sexes) (Charles Crichton) – Room at the top (Les chemins de la haute ville) (Jack Clayton) – Next to no time (Henry Cornelius) – 1960  Never take sweets from a stranger / Never take candy from a stranger (Cyril Frankel) – Son and Lovers (Amants et fils) – Saturday night and Sunday morning (Samedi soir, dimanche matin) (Karel Reisz) – 1961  The innocents (Les innocents) (Jack Clayton) – 1964  Night must fall (La force des ténèbres) (Karel Reisz) –1980  The Elephant man (Elephant man) (David Lynch) – 1981  The french lieutenant’s woman (La maîtresse du lieutenant français) (Karek Reisz) – 1983  The Jigsaw Man (Vidéo : Double jeu) (Terence Young) – 1984  Memed my hawk (Peter Ustinov) – Dune (Id) (David Lynch) – 1985  Return of oz (Walter Murch) – Code name : Emerald (Vidéo : Nom de code : Émeraude) (Jonathan Sanger) – 1988  Clara’s heart (Le secret de Clara) (Robert Mulligan) – Her Alibi (Son alibi) (Bruce Beresford) – 1989  Brenda Starr (Robert Ellis Miller) – Glory (Id) (Edward Zwick) – 1991  The man in the moon (Un été en Louisiane) (Robert Mulligan) – Cape fear (Les nerfs à vifs) (Martin Scorsese) – 1993  A life in the theater (Gregory Mosher) – 1994  Princess Caraboo (Princesse Caraboo) (Michael Austin) – 1996  Rainbow (Les voyageurs arc-en-ciel) (Bob Hoskins) – 1999  The straight story (Une histoire vraie) (David Lynch) – Comme scénariste : 1964  Diary of a bachelor (Sandy Howard).

 

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Stuart Rosenberg

Annonce de la mort du réalisateur Stuart Rosenberg, à l’âge de 79 ans, d’une crise cardiaque, jeudi dernier à Beverly Hills. Cet ancien enseignant de littérature à l’université de New York, fit une carrière prolifique à la télévision, à l’instar d’un Robert Altman, en réalisant des séries à la télévision (“La quatrième dimension”, “Alfred Hitchcock présente”, “Les incorruptibles”, etc..). Il commence en 1959, le tournage de “Crime société anonyme”, interrompu par une grève des acteurs, solidaire avec eux, il fut remplacé par Burt Balaban. La critique était parfois rude avec cet habile artisan, pourtant toujours soucieux de faire exister une atmosphère et un décors.  Michel Grisolia dans Cinéma 73 N°178-1979, évoquait “le tape à l’œil de très mauvais goût dans lequel baignent aussi bien “Les indésirables” que “Move””, mais louait par contre ses “deux réquisitoires désespérés sur l’Amérique contemporaine : les forçats de “Luke la main froide” et les paumés de “W.u.s.a.””. Il offre donc des rôles forts à Paul Newman, comme dans “Luke, la main froide” – qui valu l’oscar du meilleur second rôle à George Kennedy. Il le retrouve pour “W.u.s.a.” – nom d’une station de radio ouvertement fasciste – avec sa femme Joan Woodward, “Les indésirables” démythification du western hollywoodien, avec comme partenaire Lee Marvin et “La toile d’araignée” mettant en scène un privé aux prises avec les habituels clichés du polar dans une Floride écrasée de soleil. S’il est efficace dans les films de dénonciation, il semble cependant moins à l’aise dans la comédie comme dans “Folie d’Avril”, malgré le tandem Jack Lemmon et Catherine Deneuve, et avec des grands sujets, tel l’exil des juifs expulsés d’Allemagne en 1976, malgré un impressionnant casting all-stars, – Orson Welles, Max Von Sydow, Faye Dunaway, etc… -. Il signa un curieux film en 1973, “Le flic ricanant”, mettant en vedette Walter Matthau qui incarnait un policier sans histoire traquant un criminel sadique. Il connaît une consécration avec “Amityville, la maison du diable” victime de l’actuelle mode des remakes, mais le film a cependant mal vieilli et déçoit désormais malgré l’impact qu’il pouvait avoir dans les années 80. Il signe deux très bons films dans les années 80, tel “Brubaker” – il avait remplacé Bob Rafelson, réalisateur initalement prévu pour ce film -, où Robert Redford personnifie un nouveau directeur d’un pénitentier, voulant réformer les lieux, et “Le pape de Greenwich village” qui offrit l’un de ses meilleurs rôles à Mickey Rourke. Ce dernier était le partenaire d’Eric Roberts et Darryl Hannah, dans cette histoire de petits malfrats désoeuvrés. La dernière partie de sa carrière marquait le pas notamment avec “Six hommes pour tuer Harry”, film d’action reaganien qu’il désavoua en signant “Alan Smithee” au générique. Son dernier film, “My heroes have always been cow-boy” datait de 1991, avec Scott Glenn et Ben Johnson, et est resté inédit en France. Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, lui avait consacré un article dans l’indispensable “50 ans de cinéma américain”, excellente approche sur ce réalisateur. 

Filmographie : 1960  Murder, Inc. (Crime société anonyme) (Film terminé par Burt Balaban) – Question 7 / Frage 7 – 1964  The black list (documentaire) – 1967  Cool Hand Luke (Luke la main froide) – 1969  The April Fools (Folies d’Avril) – 1970  Move (+ producteur exécutif) – WUSA (W.u.s.a.) – 1971  Pockey Money (Les indésirables) – 1973  The laughing policeman (Le flic ricanant) – 1975  The Drowning Pool (La toile d’araignée) – 1976  Voyage of the Damned (Le voyage des damnés) – 1979  Love and Bullets (Avec les compliments de Charlie) – The Amityville Horror (Amityville, la maison du diable) –  1980  Brubaker (Id) – 1984 Village Dreams (Le pape de Greenwich Village) – 1986  Let’s Get Harry (Six hommes pour tuer Harry) – 1991  My heroes have always been cowboys.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Nicole Stéphane

Annonce de la mort de Nicole Stéphane actrice et productrice française. Elle est très active durant la seconde guerre mondiale, confère sa fiche Wikipédia. Issue de la célèbre famille des de Rothschild, elle est choisie par Jean-Pierre Melville qui est un de ses amis pour incarner la mutique nièce de Jean-Marie Robain dans “Le silence de la mer”, adaptation du célèbre roman de Vercors, tourné en 1947 sans avoir l’autorisation de ce dernier. Melville l’évoque dans le livre de “Rui Nogueira”, “Le cinéma de Jean-Pierre Melville” (Éditions Seghers – Cinéma 2000, 1974, réédité par “Les cahiers du cinéma” : “ …Un jour qu’elle me confiait son désir de devenir réalisateur, je lui avais répondu : “Je vous prendrai comme assistante le jour où je ferai un film, mais permettez-moi de vous dire que j’aimerais mieux que vous y participiez comme comédienne”. Son profil très pur et ses yeux très clair convenaient parfaitement au rôle de la nièce”. Elle est excellente dans son attitude butée face à Howard Vernon incarnant un officier allemand cultivé. Elle retrouve Melville, dans l’adaptation de Jean Cocteau, “Les enfants terribles”, où elle incarne une échevelée Élisabeth, elle y est excellente face au piètre Edouard Dhermite imposé par Cocteau. Elle abandonne très vite sa carrière d’actrice – elle figurait Marie Curie dans un court-métrage de Georges Franju”, suite à un accident de la route pour se lancer dans la production pour des projets ambitieux. Elle produit “La vie de château” qui est un petit bijou de la comédie et est le premier film de Jean-Paul Rappeneau, Le site Artepix évoquait ses difficultés sur le financement de “Mourir à Madrid”, évoqué dans le bonus du DVD du film : “Cette entrevue avec la productrice du film, Nicole Stéphane, permet de revenir sur son engagement sur le projet et les difficultés qu’elle a rencontrées avec Frédéric Rossif pour le mener à bien. Elle explique, entre autres choses, comment le gouvernement espagnol lui a proposé de racheter son film, pour l’empêcher d’être projeté en Espagne…”. A partir de 1969, elle avait pour projet d’adapter Marcel Proust dans une adaptation de Suso Cecchi d’Amico pour Luchino Visconti, la préparation fut évoquée dans deux livres “Proust à l’écran” de Peter Kranvanja” éditions “La lettre volée” et dans un livre de Suso Cecchi D’Amico paru aux éditions Personna. L’adaptation, finit par aboutir en 1983, pour le film honorable de Wolker Schlöndorff. Il convenait de saluer ce parcours exceptionnel. Annonce également, ces derniers jours du décès de la comédienne Betty Hutton et du réalisateur Jeff Musso.

Filmographie : Comme actrice : Le silence de la mer (Jean-Pierre Melville) – 1949  Les enfants terribles (Jean-Pierre Melville) La dernière nouvelle (Rune Hagberg &  Georges Patrix, CM) – 1950  Né de père inconnu (Maurice Cloche) – 1953  Le défroqué (Léo Joannon) – Monsieur et Madame Curie (Georges Franju, CM) – 1957  (Carve har name with pride (Agent secret S.Z.) (Lewis Gilbert) – 1984  Libération, libération : Le cinéma de l’ombre (Pierre Beuchot, documentaire TV). Comme réalisatrice : 1956  Les Hydrocéphales (CM) – 1958  La génération du désert (CM) – 1967  Une guerre pour une paix (CM) – 1993 En attendant Godot à Sarajevo (CM) – Comme productrice : 1961  Vel d’hiv (Frédéric Rossif & Guy Blanc, CM) – 1962  Mourir à Madrid (Frédéric Rossif) – 1965  La vie de château (Jean-Paul Rappeneau) – 1967  L’une et l’autre (René Allio) – 1968  Phèdre (Pierre Jourdan) – 1969  Détruire, dit-elle  (Marguerite Duras) – 1974  Promised lands (Susan Sontag, documentaire) –  1988  Sarah (Edgardo Cozarinsky, CM) –  Divers : Montage du générique : 1963  Behold a pale horse (Et vint le jour de la vengeance) (Fred Zinnemann). Comme assistante réalisatrice : 1957  Mon chien (Georges Franju, CM).

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Colette Brosset

Robert Dhéry & Colette Brosset

Les mouettes ne gueuleront plus… Annonce de la mort de Colette Brosset, à l’âge de 85 ans. Sa gouaille participait à un grand talent novateur dans la comédie française pour des films cultes, réalisé par son mari Robert Dhéry, décédé en 2004. Ce dernier ne me semble pas avoir la place qu’il mérite dans le panthéon des auteurs du cinéma français, mais ses films restent chers à nos coeurs. C’était un grand metteur en scéne, il suffit de comparer ses films avec la captation d'”Ah! Les belles bacchantes” par Jean Loubignac. Sa bande de comédiens autour de son couple, Christian Duvaleix, Robert Rollis ou Louis de Funès faisait merveilles. Dhéry lui-même jouait des personnages lunaires comme celui du supporter, tenu de rester muet par un dentiste dans un Londres hostile, ou le nouveau propriétaire de “La belle américaine”, des rôles souvent lunaires. Colette Brosset incarnait la raison, avec un petit côté frondeur, il fallait la voir essayer de suivre, avec dynamisme, les chamailleries du tandem Dhéry-De Funès dans “Le petit baigneur”. Si comme comédien, Robert Dhéry était poignant dans “Malville” et “La passion Béatrice” dans le registre de l’émotion, Colette Brosset n’aura pas eu la chance d’avoir des rôles à sa mesure en dehors des films de son mari, mais on la retrouvait dans “La grande vadrouille” ou elle trouvait des uniformes allemands et des chiens pour les donner au tandem Bourvil-de Funès. Elle avait en effet un talent complet et un charme proche d’une Sophie Desmarets. Elle excellait pourtant dans tous les domaines, la danse – elle avait réalisé la chorégraphie des serveurs dans “Le grand restaurant” (Jacques Besnard, 1966), le théâtre, la radio et le cinéma. Certaines filmographies me semble la créditer à tort pour le film de René Clément “Paris brûle-t’il ?” (1965).

©   Le coin du cinéphage (reproduction strictement interdite, textes déposés)

ENTRE ADULTES

 Avant première du film “Entre adultes”, le lundi 12 février, à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux, en présence de son réalisateur Stéphane Brizé, de Simon Lelouche – fils de Claude – son distributeur et de la comédienne Jeanne Ferron. Surprise son troisième long-métrage, après “Le bleu des villes” et “Je ne suis pas là pour être aimé”, est en fait son second… Le cinéaste vivotait avec divers travaux publicitaires, il accepte donc en 2004, une commande en région Centre-Val-de-Loire,  filmer des comédiens de théâtre pour qu’ils découvrent et se familiarisent avec la caméra en 4 jours seulement. Il écrit donc 12 rôles, pour 6 couples, et décide de prendre l’idée de la construction de la  “Ronde” d’Arthur Schitzler, qui a donné un chef d’œuvre absolu au cinéma avec le film de Max Ophuls. La technique de tournage avec deux DV est ultra-rapide, les comédiens qui ont appris à se connaître en amont, n’ont qu’une heure parfois pour apprendre et mémoriser le texte, ce qui donne une impression très forte de vécu. Stéphane Brizé avait évoquait la liberté que cette méthode pouvait lui apporter dans son tournage suivant, en évitant de trop répéter les situations – outre d’avoir découvert Cyril Couton dans ce film qui devait ensuite tenir le rôle du fils de Patrick Chesnais -. Le regard confondant de naturel, et sans tabous, sur le couple est assez désabusé, le mâle étant assez veule. Ce parti-pris offre un naturel, des petites médiocrités dans un couple, des dissimulations, sur les petits mensonges et arrangements qui permettent d’avancer dans les faux-semblants. Il n’y a pas de jugements sur ses personnages désabusés, parfois couard, mais vivants. Ces couples adultères ou légitimes, vivent émoussements des rapports amoureux mais sont assez dignes à l’encontre de la misère sexuelle d’un petit chéfaillon d’un magasin qui fait un chantage affectif avec une prostituée occasionnelle et abuse de sa situation devant une demandeuse d’emploi. 

Les comédiens du film

Les comédiens sont tous particulièrement remarquable, et il était impressionnant de voir la vraie nature de la comédienne Jeanne Ferron, qui a une très forte nature comique, qui tourne beaucoup en province dans des spectacles comiques, bien que devant jouer dans l’avenir Shakespeare, “Macbeth” , seule en scène ! Elle est dans la lignée de Zouc si on tente un peu de la définir, ce qu’on ne pouvait présumer à la vision du film, elle joue une femme trompée qui fait un entretien d’embauche et doit subir une humiliation de la part de son futur employer qui manque de la harceler. Facétieuse, et rieuse elle était irrésistible. Ce film n’avait pas pour but d’être diffusé en salle, mais en 2005, Stéphane Brizé avait montré ce film à son ami Simon Lelouche – une nature visiblement passionnée -, qui lui a montré rapidement son envie de le sortir en salle. Il a convaincu son père Claude, également enthousiaste, de le sortir en salles – à noter l’affiche un peu racoleuse -, il est vrai qu’il y a une similitude dans le traitement, de la spontanéité que pouvait avoir avec des films comme “Smic, Smac, Smoc”, ce qui constitue à mes yeux le meilleur du cinéma de Lelouch, loin de ses fresques pachydermiques – C’était un bonheur de retrouver sur le câble “Toute une vie”, ratage et naufrage quasi-total si on excepte la présence de l’excellent Charles Denner. Loin d’être anecdotique et une simple expérience de “laboratoire”, le film confirme le grand talent de Stéphane Brizé, quelque soit le support, son regard acerbe sur ses contemporains. Le film donne de l’espoir, quand on sait l’époque que traverse le cinéma français, Pascale Ferran démontrant parfaitement l’écart grandissant des budget entre les petits films d’auteurs fauchés et les grosses productions, les films entre ses deux financements disparaissant peu à peu, car il démontre que l’on peut faire une œuvre à peu de frais. Le générique de fin est d’ailleurs disproportionné avec la liste de la petite équipe du tournage, que de ceux ayant travaillé le format VHS pour la sortie du film. Une bouffée d’air frais dans notre cinéma français national qui flirte dangereusement avec la sclérose ses derniers temps.

ARRÊTES DE RAMER, T’ATTAQUES LE VIEUX PORT

Restons dans l’acrimonie sur le cinéma français, malgré la bouffée d’air frais de la déclaration de Pascale Ferran dans la cérémonie des Césars. On le sait bien que l’on ne doit pas compter sur un Besson – que ce soit Eric et Luc -, mais prenons donc des nouvelles du maquignon du cinéma français. Ce Besson là, dépense beaucoup plus d’énergie à parfaire son image de vieux gamin sincère et citoyen – il est aussi convainquant que Nicolas Dupont-Aignan, quand il essaie de nous faire croire qu’il se sent concerné par la banlieue ou l’écologie -. On attend donc qu’il nous déclare qu’il ne “va pas révolutionner” le cinéma français mais “l’amender” et “l’améliorer” sur un certain nombre de points… On ne peut pas dire qu’il est passé à la quatrième vitesse avec ce “T4XI”, en nous livrant sa dernière séquelle. Le seul gag probant du film est la mention du générique “scénario de Luc Besson” ! Il nous annonce que c’est le dernier opus de la série, mais doit-on le croire quand on a vu la fin ouverte de son fadasse “Arthur et les minimoys”, quand il annonçait arrêter la réalisation, c’est cruel de nous faire de fausses joies… On retrouve donc l’équipe habituelle des crétins bessonniens, sans Marion Cotillard, heureusement pour elle. Le commissaire Gilbert – Pauvre Bernard Farcy brassant beaucoup d’air, mais on n’a pas tous les jours l’occasion de jouer le rôle de Charles De Gaulle -, doit recevoir à Marseille un grand truand belge pour qu’il soit jugé au Congo… Passons sur le cas de Samy Naceri, qui défraye souvent la chronique et qui n’a d’ailleurs pas grand chose à faire ici, et qui me fait penser à la déclaration du personnage joué par Peter Ustinov dans “Lola Montès” de Max Ophuls : “Si le récit de vos scandales ne suffit pas à emplir une soirée, on en inventera d’autres”. Frédéric Diefenthal, Edouard Montoute doivent meubler comme ils peuvent. Il a aussi deux gamins et Emma Sjöbert-Wyklund, créature bessonnante par excellence qui se partagent les vacuités du scénario. Quant à Jean-Christophe Bouvet en général déjanté, alors qu’il nous avait arraché un sourire ou deux dans les autres versions, est même ici carrément pathétique. Luc Besson qui a abandonné tout espoir de créativité ce dernier temps, nous sert un synopsis proche du vide abyssal. 

François Damiens, Jean-Luc Couchard & Mourade Zeguendi, où comment sauver les meubles

De plus il pille sans vergogne, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîîîtttreuuuu, tel “Les ripoux” (1984), – le coup de l’annuaire, les délires d’un commissaire après une prise de coke involontaire, gag que sublimait le génial Julien Guiomar -. Il nous ressert aussi l’idée des “Fugitifs” de Francis Veber, avec le grand Jean Carmet, où un vétérinaire voulant soigner le commissaire Gilbert, s’étant administré un calmant pour grands fauves, trouve qu’il a la truffe un peu chaude (mort de rire !). On connaissait son côté plagiaire, voilà qu’il assume ici sans états d’âmes. On a droit a deux guest stars Djibril Cissé et Patrick Poivre d’Arvor -co-prod avec TF1 oblige -, qui semblent se demander ce qui font là. Ses attaques contre Nicolas S., qui devraient nous être sympathique ne volent pas très haut, Bernard Farcy évoquant le “karcher”, un gros sac sur lequel il est écrit “Ministère de l’Intérieur”, servant à capturer une femme de ménage, sont plats et très loin d’être corrosives. C’est à la fois démagogue et ridicule. En prime, il fait parler ses silhouettes – car il n’y a aucun second rôle, Frédérique Tirmont ou Marc Andréoni, ne faisant que passer -… avec l’accent méridional, alors que l’on sait à la vision de la série de France 3 “Plus belle la vie”, que plus personne ne parle de cette manière à Marseille… à part Michel Cordes bien sûr ! La seule bonne idée du film, est d’avoir repris les interprètes du réjouissant “Dikkenek”, produit par “Europacorp” d’ailleurs, de manière assez opportuniste. Jean-Luc Couchard et François Damiens en grands méchants belges ont beaucoup de talent pour nous amuser ici, avec des situations aussi minimalistes, voir la pitoyable parodie du “Scarface” version De Palma.  Ils doivent avoir un talent certain d’improvisation… Retour donc à ses premières amours pour le sieur Besson, qui ne l’oublions pas était assistant réalisateur sur “Les bidasses aux grandes manœuvres” de Raphaël Delpard en 1981. Mais notre “mogulet” roublard et français a finalement raison, à quoi bon faire preuve de dignité quand on méprise son public, puisque cela marche. De la fumisterie hissée jusqu’au niveau des beaux-arts… Mais qui nous en débarrassera ? Passons charitablement sur le rôle de yes-man de Gérard Krawczyk – qui apparaît ici dans la salle des coffres d’une banque de Monaco -. On sait qu’il a beaucoup de talent, voir son film précédent La vie est à nous. Souhaitons qu’il revienne à une veine un peu plus personnel, que son prochain film, remake de “L’auberge rouge”.

LE COIN DU NANAR : ODETTE TOULEMONDE

Tout fout le camp, mon brave M. E.E. Schmitt, François Berléand vire à droite et soutient François Bayrou, après avoir évoqué son “charisme de nouille”… dans “Voici” ! – il est vrai “Politic circus” confine au grotesque ces derniers temps, mais tout de même… – le couple Chazal/Torreton bat de l’aile, Patrick Le Lay quitte TF1 – mais qui va nous vendre désormais du cerveau disponible ? -, Maurice Papon même mort, continue à être indigne, Jean-Luc Delarue mord un steward – encore un mythe qui s’effondre -. Bref, le moral général est en berne comme dit l’insupportable publicité “Ikéa” – que celui qui a réalisé cette pub, se dénonce -, pourquoi ne pas tenter une overdose de rose, un petit bain rafraîchissant de cuculterie, que vous nous proposez avec ce “film”,  “Odette Toulemonde” ! Il est tout même élu “Coup de foudre du public” (sic), comme vous l’annoncez avec grande modestie dans votre site officiel. A l’instar des ineffables “écrivains” Alexandre Jardin avec “Fanfan” et Didier Van Cauwelaert avec “Les amis de ma femme”, passés à la réalisation, tout en atteignant des sommets dans le style des films gravissimes, on attendait donc beaucoup de vous comme réalisateur. De plus, un auteur qui a massacré l’œuvre de Dumas pour Josée Dayan, ne peut que ravir les amateurs de nanars, dont je suis. Attendant, la fin de la séance précédente, je commence à m’inquiéter, le public est content, trouve le film… rafraîchissant… Hein ? Le naufrage annoncé serait-il évité, le film convenable, j’en frémis d’avance…  Je suis très vite rassuré, c’est bien un naveton : Odette Toulemonde – Catherine Frot qui reprend son personnage d’”Un air de famille”, en plus gnangnan -, est une vendeuse modeste d’un grand magasin en Belgique. Mais elle semble avoir le don du bonheur, ce qui l’aide à subsister dans la “mornitude” comme dirait Ségolène, en compagnie de sa fille, une adolescente ingrate flanquée d’un jeune beauf aux pieds sales et son fils, un coiffeur homosexuel. Elle doit son optimisme béat à la lecture d’un écrivain populaire qui n’aspire qu’à la reconnaissance critique, – Albert Dupontel qui fait ici le grand écart, qui d’autre peut se targuer de passer d’”Irréversible” de Gaspar Noé à ce type de film ? -. Odette est une fan maladroite, qui perd ses moyens à la vue de son idole. L’écrivain qui tente de se suicider après bien des malheurs – il s’appelle Balhazar Balsan, ce qui du meilleur goût quand on pense au suicide du producteur Humbert Balsan -. Il trouve du réconfort auprès d’Odette, après bien des péripéties ineptes. Le film est porté par ses deux interprètes, qui n’ont pas l’air d’y croire beaucoup, et les décors de Belgique – pour cause de co-prod – apportent une consistance, face à une absence de scénario et d’idées.

Catherine Frot, il faut que tu lévites ? non, il faut que tu l’évites !

Il faut voir Catherine Frot léviter à la moindre émotion, et voir comment vous répétez à l’envi la moindre de vous “trouvailles” – Pôôôvre personnage de Jésus -. Vous assumez vos clichés, mais on n’est pas obligé de vous suivre dans le premier degré. Grande première, Jacques Weber s’échappe du film de Catherine Corsini, “Les ambitieux” pour atterrir chez vous. Est-ce un effet secondaire d’abus de Danacol, mais il retrouve exactement le même rôle de critique infatué de lui-même – un rôle de composition de toute évidence… -. Mais bonne nouvelle, il ne fait que passer, vous avez eu pitié de nous… Vous transformez la pétulante et trop rare Camille Japy en nunuche intégrale, ce qui tient de l’exploit. Le sympathique Alain Doutey est réduit à l’état d’ectoplasme et les autres comédiens font ce qu’ils peuvent. On attend un peu d’ironie, mais il est en rien, vous essayez de faire rire avec le cancer du sein, de manière irresponsable, mais n’est pas Pierre Desproges qui veut. Vous lorgnez allégrement sur l’œuvre de Jacques Demy ou de Jaco Van Dormael, mais “roséifier” un film ne signifie pas avoir leurs talents. Nicolas Piovani fait ce qu’il peut pour sauver les meubles avec son talent habituel de musicien. Il faut saluer aussi votre exploit de transformer la légèreté de Joséphine Baker en balourdise absolue. Il faut vous concéder que vous osez aller ici, très loin dans la mièvrerie, sans peur du ridicule, ce qui est courageux. Mais même le lénifiant “Pretty woman”, c’est du Zola en comparaison…. On attend une “unhappy ending”, qui semble venir et qui sauverait l’ensemble, mais non ! vous sombrez sans états d’âmes dans la guimauve. Il faut voir comment vous essayer de contrer les critiques du film, en mettant le public dans “votre poche”. Votre film est idéal pour nous refourguer du cerveau disponible. La mémoire de Patrick Le Lay perdure, je prends rendez-vous pour me faire une lobotomie générale, mes congénères spectateurs ayant “la banane”, mon côté pisse-froid ne va pas me permettre de survivre ici-bas… J’abandonne toute espérance, me désolant de ne voir rien de propant à cette nouvelle mode de films de peoples… Je cours voir Taxi 4, histoire de me donner le coup de grâce…

JE CROIS QUE JE L’AIME

Avant-première, jeudi 8 février à l’UGC-Cité Ciné, du film de Pierre Jolivet “Je crois que je l’aime” en sa présence et celle de Vincent Lindon. On peut remarquer de plus en plus de comédies “auteuristes”, comme par exemple Catherine Corsini, qui vient d’en alterner deux, faute de pouvoir sans doute alterner les genres. Pierre Jolivet avait signé un film plus personnel avec “Zim & co” qui n’a hélas pas eu le succès escompté. Il s’entoure donc ici de fidèle, comme avec François Berléand – c’est leur neuvième signe ensemble -, Albert Dray et donc Vincent Lindon. Le scénario co-écrit avec Simon Michaël est habile. Un riche et suspicieux industriel, tombe amoureux d’Elsa, une céramiste au caractère bien trempé, qui réalise une fresque dans le hall de son entreprise. Lucas est très blasé depuis sa dernière rupture sentimentale. Il lutte contre son ancienne femme partie aux États-Unis, pour récupérer la garde de son fils. L’entourage de Lucas – un œil sur les actions de la société – ne souhaite pas retrouver ce type de situation, car ils ont beaucoup à perdre en cas de déprime. Sa société peut péricliter très vite si le propriétaire des lieux se laisse envahir par la morosité qui le neutralise complètement. Lucas décide alors de faire suivre la jeune femme par son responsable de la sécurité, Roland Christin joué par François Berléand. Il est excellent comme à l’accoutumée, je pense ne plus trop être objectif, mais les rires du public qu’il déclenche couvrent même certaines répliques du film. Christin, tendance pervers-pépère, a un système d’écoute très perfectionné, Simon Michaël ayant appartenu aux Renseignements généraux, a dû se servir de son expérience, pour l’écriture de ce personnage. Le moindre détail est ainsi décortiqué, par cet espion qui se vante d’avoir fait ses armes sous François Mitterrand – allusion des Irlandais de Vincennes, un cadre de l’ancien président est sous son bureau -. Pierre Jolivet signe ici une charmante comédie, montrant très justement la rencontre de deux êtres et la peur de tomber amoureux très dans l’air du temps. Il égratigne les arcanes du pouvoir, et la tendance au repli sur soi bien dans l’air du temps. Sandrine Bonnaire rayonne particulièrement, il est vrai que mis à part “Mademoiselle” de Philippe Lioret, on  ne l’a que très peu vue dans le registre de la comédie. Il y a une évidence que son talent et son tempérament sont idéals pour s’épanouir dans ce type de films. Lindon au jeu inquiet arrive à nous rendre son personnage, peu sympathique, finalement attachant.

Sandrine Bonnaire & Vincent Lindon

Kad Mérad – qui forme un couple très probant quoi qu’inattendu avec la belle Hélène de Saint-Père -, en ami confident est toujours aussi réjouissant. On retrouve aussi quelques seconds rôles, comme le fidèle Albert Dray, chauffeur – alors qu’il ne lui reste que 3 points – particulièrement dévoué et observateur, Mar Sodupe et Guilaine Londez sont excellentes en employées dévouées de Lucas et succombant à son charme. Le vétéran Venantino Venantini dans le rôle de “Della Ponte”, en créateur amoureux de son art de la céramique, nous offre aussi un joli moment de sensibilité, loin de ses rôles habituels. Liane Foly est assez inattendue en garce à l’accent du Canada, Pierre Diot en conseiller et Brian Bigg en sumotori apportent également un décalage proverbial. Le débat était intéressant, retrouver Pierre Jolivet et son humour perpétuel, était passionnant et passionné, parlant de son amour pour écrire pour ses fidèles interprètes. Il fallait l’entendre évoquer sa rencontre avec un assureur – sa confrérie ayant été égratigné dans “Ma petite entreprise” -, venant après le cambriolage de son logis, lui reprocher dans ce film, qu’un des personnages casse la fenêtre de gauche, alors que tous les professionnels savent bien que c’est bien celle de droite qu’il faut fracasser pour tout types de forfaits. Vincent Lindon, toujours un peu sur la défensive, semblait cependant plus détendu que lors de l’avant-première du “Fils du guerrier” par exemple -, mais il continue à parfaire son petit côté écorché vif, tout en étant très enthousiasme. Il est plus détendu, quand je l’ai félicité ensuite directement, sur ces choix et sa manière de défendre des rôles sortant du tout venant du cinéma français – “Chaos”, “La moustache” -. La rencontre entre Sandrine Bonnaire et Vincent Lindon – des retrouvailles après le film de Claude Sautet, “Quelques jours avec moi” -, elle solaire et indépendante, lui plus fébrile, fonctionne parfaitement. Le premier titre “Irrésistible” du film, non retenu finalement, correspond assez bien à la vision de cette charmante comédie. Saluons le talent de Pierre Jolivet, qui semble toujours faire un film en se démarquant du précédent.

MORT DE MICHEL COURNOT

Michel Cournot à Paris, le 21 janvier 1958

En réaction à l’intervention d’un internaute qui déplore ici l’absence d’hommage concernant la mort d’Anne-Nicole Smith – alors qu’il ne fait aucune mention à celle d’André Bézu, qui ne l’oublions pas joua son propre rôle dans le film “Grève (party )” -, évoquons donc celle de Michel Cournot, le 8 février dernier des suites d’un cancer. Il fut un critique connu pour son admiration avec l’œuvre de Jean-Luc Godard, et ses écrits parfois féroce. Il écrivit pour “Le nouvel observateur ” de 1963 à 1996, “France Soir” de 1950 à 1960. Il fut l’auteur de quelques livres “Le premier spectateur” (Gallimard, 1957), “Enfants de la justice” (Gallimard, 1959), “Histoire de vivre” (Maeght, 1955). Lorsqu’il passa à la réalisation, avec “Les gauloises bleues”  tourné en 1968 avec Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon et Bruno Cremer. Il fut à son tour raillé, Citons la saison cinématographique 1969, par Hubert Arnault qui évoque son auto-dérision : “Michel Cournot n’est pas certes “le premier cinéaste français qui tue le public par le rire”. Ouvrir une brève analyse de son film par cette boutade qu’il lui plut de dédier à une médiocrité du cinéma français est bien fait pour donner la dimension d’un artiste écrivain-critique-cinéaste qui prend les autres moins au sérieux que lui-même. Son goût pour le canular-critique agressif, entêté, et contradictoire est bien connu sinon apprécié…” Pour évoquer ensuite “Parmi le fatras des choses faciles qui meublent l’écran (le simplicinéma du bric-à-brac règne puissamment dans le renouveau), on reconnaît les hommages-emprunts aux idoles encensées…” (…) “…Un coeur sensible à la douleur qui bat fort à la vie”. Mais le critique reste brillant, à la lecture de ses chroniques parues en 2003, aux éditions Melville “Au cinéma” – qu’ironie du sort je viens d’emprunter en bibliothèque -. Il rend des hommages probants à Jean-Luc Godard, et y dresse des portraits acerbes, comme ceux sur Michel Simon ou Véra Clouzot sur le tournage des “Espions”, film d’Henri-Georges Clouzot, en 1957. L’excellent livre “La critique de cinéma français”, évoquait qu’il continuait à défendre, sa carrière de critique terminée, des films qu’il aimait comme “Pullman Paradis” de Michèle Rosier. Il fut, assurément, l’une des plus grandes plumes de la critique française. Bibiographie : “La critique de cinéma en France”  sous la direction de Michel Ciment & Jacques Zimmer (Ramsay cinéma, 1997).

NOUVEL OBSERVATEUR du 10/02/2007

Le journaliste et écrivain Michel Cournot, qui fut critique de cinéma, littéraire puis dramatique et a réalisé en 1968 un film, “Les Gauloises bleues”, est décédé jeudi à Paris à l’âge de 84 ans d’un cancer, annonce vendredi 9 février le quotidien Le Monde, auquel il a collaboré durant plus de 30 ans. Né le 1er mai 1922 à Paris, élève au lycée Louis-le-Grand puis étudiant en lettres, Michel Cournot s’est lancé dans le journalisme après la Libération, d’abord comme reporter à France Soir, à L’Express et de nouveau pour le quotidien de Pierre Lazareff. Il a collaré au Nouvel Observateur dès le lancement de l’hebdomadaire en 1964 comme critique cinématographique. Après avoir signé les dialogues de “20.000 lieues sur la terre” (1960) de Marcel Pagliero et des “Amoureux de France” (1964) de François Reichenbach, il s’était essayé à la réalisation avec “Les Gauloises bleues”, interprété par Annie Girardot et Bruno Crémer. Après ce film sans lendemain, raillé par un Michel Audiard avec lequel Cournot avait croisé le fer, ce “fou des livres et de la lecture”, comme il se définissait lui-même, abandonne la rubrique cinéma du “Nouvel Obs” pour la critique littéraire de l’hebdomadaire. Marié à la comédienne Martine Pascal, Michel Cournot a suivi pour Le Monde, à partir de 1973, plus de trente ans de vie théâtrale. Il portait un regard exigeant, attesté par des critiques redoutées.

Prix Fénéon et Deux-Magots

Homme de lettres, il avait obtenu en 1950 le Prix Fénéon pour “Martinique” et celui des Deux-Magots huit ans plus tard avec “Le premier spectateur”, consacré au tournage des “Espions” d’Henri-Georges Clouzot. Le Prix Italia lui sera attribué en 1963 pour “Enfants de la justice”, fruit de reportages consacrés aux jeunes délinquants. Il était à nouveau revenu à l’écriture en 1994 avec “Histoire de vivre”, et “Au cinéma” (2003), témoin de sa passion pour le 7e art, qui était pour lui “une drogue, douce si l’on veut, mais combien pénétrante”. Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a rendu hommage à “une personnalité très forte qui aura marqué la vie intellectuelle française de ces quarante dernières années”, dans un communiqué.

LIBÉRATION du 10/02/2007

Cournot, calme bleu, par Mathilde La Bardonnie

Tôt le matin, Michel Cournot passait au journal le Monde, qui se trouvait rue des Italiens, c’était dans les années 70-80, on imprimait au plomb. En veste de coutil semblable à celle que portait Braque, démarche rapide, Cournot entrait furtif dans le bureau d’Yvonne Baby, lui apportant regard souriant sous ses cheveux sombres épais, quelques feuilles d’un papier tramé coquille d’oeuf, lourd et rugueux. Nulle rature, larges marges. Son article pour le quotidien du soir : «presque un parchemin et déjà page de livre», se rappelle l’ancienne responsable du service culture. Le jour où elle avait confié à Cournot la charge d’écrire sur le théâtre, il lui avait dit : «Je te préparerai des petits pains, tu n’auras plus qu’à les mettre au four.»

Des «petits pains» consacrés à l’art dit dramatique, Michel Cournot en aura concocté des centaines, des milliers, au fil des semaines, des décennies avec étés en Avignon. Encore en septembre dernier, il prenait le métro, comme toujours, pour aller voir une pièce. «Le théâtre, ces paroles que l’on s’envoie, se renvoie, c’est en même temps tout et rien, disait-il. C’est le petit fil blanc de l’électrocardiogramme.» Claudel ayant résumé : «Le théâtre, c’est ce qui arrive», Cournot en déduisait que «dans la vie rien ne se passe». Il n’en pensait pas un mot. Sa vie à lui a été bien remplie.

Or voilà. Commencée le 1er mai 1922 à Paris, la vie de Michel Cournot s’est arrêté jeudi ; après quatre mois de souffrance ; et avec, tout près, la douceur de sa compagne, l’actrice Martine Pascal. Jamais on ne voulait croire qu’imperceptiblement cet homme juvénile d’apparence, ce sismographe, était devenu octogénaire. S’amusant à répéter que le «grand reportage mène à tout à condition d’y rester», Cournot avait fini par accepter en 2003 que soient publiées en recueil ses chroniques du temps où, à France Observateur au début des années 60, il réinventa la critique cinématographique, au point d’enthousiasmer Louis Aragon, fou des mots de Cournot louant Godard, son «Pierrot le fou» : «II faisait dévier les habitudes de lecture ; pratiquait le collage en maître, moujik royal et fils du Sud-Ouest. Digression. Fiction. Diction. Des thèmes secondaires amorcent, développent, divaguent.» C’est Baby, encore elle, qui a su décrire l’apesanteur où, si souvent, s’est située l’écriture du poète Cournot, maître des illusions joueuses, avec ses phrases de phénoménologue pétri de Husserl, ses images de ravisseur de songes plongeant à la façon d’un Jean Genet vers des sources barbares, puis soudain revenant, consciencieux, à ses devoirs de lettré, près de Paul Valéry qui le parraina. «…mer, mort, amer, amour, cinéma tu sers à quoi, pourriture, Pierrot qui s’est peint en bleu, cinéma tout à tes couleurs tu vas le laisser se faire sauter la caisse, les femmes et les hommes ressentent un calme blanc, matinal, quand ils sont sur le point de mourir par eux-mêmes, l’écran ralentit. S’agrandit. Blanchit. Un bruit noir. Le soleil entre dans la toile. C’est la mort.»

Michel Cournot est mort, mais chacun sait et saura qu’il reste aussi l’auteur des Gauloises bleues, son film unique, simple et loufoque comme un paysage rose qu’habitaient de grands acteurs, vu par très peu de gens car sorti un mois de mai 1968 où le Festival de Cannes ferma, produit par Claude Lelouch.

Avant tout cela, il y avait eu bien d’autres vies de Michel Cournot. Celle de l’artiste en jeune homme de famille nombreuse, celle de l’éphémère gratte-papier dans un ministère qui, à la Libération, rencontre par hasard le patron de France Soir, Pierre Lazareff. Ils deviennent immédiatement amis. Il a 23 ans : début des reportages, autant de voyages. Michel Cournot publiait en 1949 un livre, Martinique, poème. En 1957, le Premier spectateur, où il suit le tournage des Espions de Clouzot. Ensuite, un passage à l’Express au moment de la guerre d’Algérie ; plus tard, quelques années, il devint un éditeur inspiré au Mercure de France (son attention aux autres écrivains était inouïe). Toujours, tout du long, il pratiqua le journalisme, «activité particulière de l’écriture» à laquelle il croyait. Et par quoi tout recommence.

LE MONDE du 10/02/2007

Michel Cournot, critique et écrivain, par Brigitte Salino

Michel Cournot avait dit : “J’entre à l’hôpital, et après, je pourrai aller en maison de repos.” Ce fut son ultime élégance. Il faisait ainsi savoir que c’en était fini. Il est mort, jeudi 8 février à Paris, usé par le cancer, qui, depuis de longs mois, l’affaiblissait inexorablement. Il était âgé de 84 ans. Ce n’est pas seulement un grand journaliste et un critique incomparable qui part. C’est un écrivain et un ami du journal, où, en ce jour d’infinie tristesse, on n’arrive pas à imaginer qu’il faut continuer sans lui.

Michel Cournot était né à Paris, le 1er mai 1922, dans le 17e arrondissement, en face du Luna Park qui existait alors, et il avait grandi au flanc de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, entouré de huit frères et soeurs. Il n’aimait pas se souvenir de son enfance, marquée par un père polytechnicien très dur et par une mère lointaine, comme on pouvait l’être alors dans les familles bourgeoises. Mais il aimait se rappeler que cette mère aimée l’emmenait au théâtre.

Quand les Allemands entrent dans Paris, en juin 1940, Michel a 18 ans. En novembre, il participe à la manifestation spontanée d’étudiants qui défilent sur les Champs-Elysées pour soutenir de Gaulle. Arrêté, il passe plusieurs semaines en prison, où, chaque matin, on le met en joue. De cela, il parlait peu. Comme de sa vie, d’ailleurs. Sa pudeur lui faisait préférer écouter celle des autres. On sait que, après des études de lettres, il a été professeur de latin-grec à l’Ecole alsacienne, en 1943-1944. Puis il a travaillé au ministère de l’agriculture, comme “rédacteur d’ordonnances”, et à la Compagnie générale transatlantique. Là, il était chargé d’imaginer des activités pour que les équipages ne dépriment pas sur les cargos au long cours.

A la Libération, Michel a 23 ans. Il ne sait pas ce qu’il va faire. Il ne veut pas d’un métier où il ait à écrire, parce qu’il aime trop la littérature. Le hasard décide pour lui. Un jour où il est “dans une mouise incroyable”, comme il le disait, il rencontre dans la rue un ami d’enfance, qui connaît Pierre Lazareff, le patron de France Soir. Michel rencontre Lazareff, avec qui il s’entend merveilleusement. A partir de ce moment, il devient journaliste, d’abord à France Soir, puis au Nouvel Observateur et au Monde, où il est entré en 1963 pour ne jamais en partir.

Outre les innombrables feuilles de journaux, il reste deux livres qui témoignent d’un Cournot méconnu : celui qui fut reporter avant d’être critique de littérature, de cinéma et de théâtre. L’un, Le Premier Spectateur, est consacré au tournage des Espions, le film d’Henri-Georges Clouzot, que Michel a suivi de janvier à avril 1957. C’est une mine sur la fabrication d’un film, l’art et la névrose. L’autre, Enfants de la justice, a été publié en 1959 dans la collection “L’air du temps”, chez Gallimard. Il est consacré aux tout jeunes délinquants. Hors reportages, il y a Martinique (Gallimard, 1949, dans la collection “Métamorphoses”), beau comme un long poème sur l’île tant aimée.

Il faudra attendre presque quarante ans pour que d’autres livres paraissent, où Michel est l’écrivain qu’il refusait de voir en lui : Histoire de vivre (Maeght, 1994), Au cinéma (coll. “Melville”, éd. Léo Scheer, 2003).

Et puis il y a ce film, Les Gauloises bleues, qu’il avait tellement aimé réaliser, au tournant de 1968, et que l’on a tant aimé voir. “J’étais à mon affaire quand je l’ai fait, disait Michel. Je voulais tourner un deuxième film, dans lequel j’aurais voulu montrer, à travers une femme, comment on est aliéné, au jour le jour, par de toutes petites choses. Je le sentais, ce film, je l’entendais, c’est une question de voix. Mais je n’ai pas trouvé l’argent.”

Après Les Gauloises bleues, Michel n’a pas repris la chronique cinéma qu’il tenait au Nouvel Observateur, avec l’insolence d’une liberté qui a nourri des générations de lecteurs.

Dans ses chroniques du Monde, Michel a parcouru plus de quarante ans de théâtre. Il disait qu’on devrait attendre d’être vieux, d’avoir beaucoup vécu, avant de devenir critique dramatique, et il avait sans doute raison. Pour lui, le théâtre était avant tout la représentation d’un lecteur du temps. Quelque chose d’on ne peut plus intime, vital dans le va-et-vient entre le livre et la scène, l’écrit et le corps, l’imagination et l’incarnation. C’est ce qui rendait ses critiques inégalées : personne n’a su comme lui parler de l’art du théâtre.

Bien sûr, il faudrait dire son amour pour la scène de la Russie, où il avait vécu, et pour les comédiens dont il ne s’est jamais lassé de restituer le mystère. Il faudrait suivre les lignes de crête et de fuite de ses chroniques, qui resteront entre celles de Colette, pour la beauté du style, et celles de Paul Léautaud, pour les divagations magnifiques qu’il s’offrait. Michel pouvait consacrer un article entier à décrire sa chambre, la cicatrice d’un comédien ou les feuillages hurlant sous le mistral, à Avignon. La pièce à critiquer était oubliée, mais il y avait mieux : la vie, sans quoi le théâtre n’est rien.

Mais laissons sécher l’encre : Michel est encore là, tout près, dans le quotidien du journal, avec ses sublimes 80 ans, ses pantalons blancs, sa beauté de vieil arbre fragile et ses sourires jamais loin de l’ironie. S’il ne devait rester qu’un souvenir de lui, ce serait celui-ci, radieux.

Cela se passait en juin 2003, à Alloue, en Charente limousine, dans la maison de Maria Casarès devenue la Maison des comédiens. Michel était venu avec la comédienne Martine Pascal, l’amour de sa vie depuis plus de trente ans, qui donnait une lecture dans le vaste parc enserré comme un bout d’éternité aux méandres de la Charente. Après, dans la nuit chaude, il y eut un dîner sous les arbres immenses parcourus de lampions. C’était simple et gai comme peuvent l’être les rendez-vous imprévus où la vie se mêle au théâtre. Michel parlait de René Char, de Jean Vilar et de Gérard Philipe. Il riait de la bonne humeur de Martine. Puis il a disparu dans la nuit avec elle. A son bras, il y avait un petit pansement blanc.

Michel n’est plus là, et cela fait mal. Il y a quelques années, après la mort d’un de ses frères, il s’insurgeait contre “cette idiotie du travail de deuil dont on nous rebat les oreilles”. On l’entend encore dire, au cours de ces conversations au téléphone qui faisaient se lever le jour : “Les morts sont morts et ils nous manquent.” Nous en sommes là. N’est-ce pas, Michel ? Cher Michel.