“… On aime les seconds rôles parce qu’ils nous ressemblent. Plus que les héros eux-mêmes, auxquels on aimerait ressembler, et qui dont donc plutôt des projections idéales. Par essence, le second rôle figure l’homme de la rue, le stylise, le personnalise, lui donne relief et singularité, mais ne le sublime pas. L’identification du spectateur opère donc de manière plus directe et plus immédiate – à la rigueur si le trait est trop rude ou trop peu flatteur, décidera-t-on d’y reconnaître son voisin de palier…” (Jacques Valot et Gilles Grandmaire “Stars deuxième”, Édilig, 1989). Si on retrouve dans l’édition anglo-saxonne, plusieurs livres consacrés aux “heavies”, “seconds couteaux”, ou comédiens de seconds plan, on ne pouvait jusqu’à présent retrouver concernant les français quatre livres exemplaires, mais malheureusement épuisés – “Les excentriques du cinéma français” d’Olivier Barrot et Raymond Chirat, portraits de 250 comédiens, et livre de chevet pour moi, déclencheur d’un grand amour pour ce type de comédiens, heureusement réédité dans “Noir & Blanc” (Flammarion, 2000), “Les grands seconds rôles du cinéma français” par Jacques Mazeau et Didier Thouart (Pac, 1984), “Stars deuxième” cité en exergue, “Le dictionnaire des comédiens français disparus” d’Yvan Foucart (Éditions Grand Angle, 2000), mine d’informations, largement reprises partout et dont on peut lire quelques portraits inédites dans www.lesgensducinema.com, en attendant une prochaine réédition. Par un hasard salutaire, deux livres sur ce sujet viennent de sortir en ce début d’année, comblant un manque évident, et proprement enthousiasmants.
Christophe Bier avait fait une brillante chronique, il y a quinze jours, dans “Mauvais genre” sur France Culture, concernant L’aide-mémoire, encyclopédie des comédiens français et francophones de cinéma, théâtre et télévision, sous la direction d’Armel de Lorme, avec des textes de Christophe Bier, Raymond Chirat, Armel de Lorme, Tgabory Fernatos, Italo Manzi, Alain Petit et Jean Pieuchot. Ce brillant volume 1, nous permet enfin de retrouver et de découvrir, outre les vedettes d’hier et d’aujourd’hui – Jean Marais, Danielle Darrieux, Sacha Guitry, Marcel Herrand, Anouk Aimée, Jean-Paul Rouve, etc… -nombre de comédiens à la carrière régulière ou chaotiques, cantonnés dans des rôles d’officiers allemands, emplois ancillaires, gouailleurs, silhouettes, etc…. Ce livre est une mine d’informations, d’érudition, de sérieux, réalisés par des chercheurs passionnés et non par des compilateurs myopes qui se dépêchent à recopier des erreurs, suite à une lecture hâtive du site IMDB. L’auteur Armel de Lorme – il a signé un remarquable bonus hélas tronqué dans le DVD de “Mon oncle” -en signalant d’ailleurs quelques petits malins, vendant au prix fort des filmos parus dans des bonus DVD, simples copiés-collés ne faisant même pas la distinction avec la télé – je vois d’où ça vient, je retrouvé d’ailleurs quelques téléfilms des années 70 que j’avais mis sur IMDB, ce qui m’amusait beaucoup d’ailleurs -. J’ai découvert ainsi avoir colporté des erreurs récurrentes, en confondant Jacqueline Chambord avec Judith Magre, – elle se nommait Simone Chambord, à ses débuts -. Les auteurs tordent le cou aux erreurs habituelles, sachant bien que comme disait Bertrand Tavernier, rien n’est plus “menteur qu’un générique” ! Les rôles coupés au montage final sont signalés ici. On apprend que certains comédiens identifiés par Raymond Chirat à la sortie des films, ont proprement disparus dans les copies que nous pouvons voir, à l’exemple de Rudy Lenoir absent des “Portes de la nuit” dont “il manque une vingtaine de minutes par rapport à la durée d’origine” !
On se régale à retrouver les acteurs fétiches de Jean-Pierre Mocky – Jean-Claude Rémoleux, Jean Abeillé, Gaby Agoston, Rudy Lenoir, Antoine Mayor le “Rondo Hatton” français -, les personnages hantant les films de Jacques Tati, et choisis avec minutie- Nicole Régnault, faisant un come-back tardif dans “Brice de Nice” ! -, Rémoleux à nouveau, Louis Jojot, Jean-Pierre Zola, Nicolas Bataille, Betty Schneider, Yvonne Claudie, Lucien Frégis, Edouard Francomme -, de destins tragiques – Pascale Ogier, Jean-Marc Tennberg -, des cascadeurs-comédiens – André Cagnard, Guy Delorme, Michel Berreur -, stars de cinéma bis – Véronique Vendell, Sabine Sun -, de comédiens truculents jouant les utilités dans les comédies françaises, souvent avec Louis de Funès – France Rumilly, Micheline Bourday, Max Montavon -, retrouver les excentriques du cinéma français chers à Chirat – Marcel Pérès, Jean Ozenne, Gabrielle Fontan, Jean Témerson, Aimos, Marguerite Pierry, Édouard Delmont, Alfred Adam -, et le retour des excentriques du cinéma français, pour la génération suivante – Georges Adet, Jacques Rispal, Jean Ozenne, Charlotte Barbier-Krauss, la sympathique Madeleine Barbulée, Florence Blot, nombre de comédiens attachants –Gabriel Jabbour, Darling Légitimus, la grand-mère de Pascal, Marc Mazza, Michel Peyrelon dont je déplorais, ici même, le silence à sa mort, etc…- , les actrices fétiches de Paul Vecchiali – l’incroyable Paulette Bouvet, mère de Jean-Christophe, Germaine de France, Denise Farchy -, des sympathiques “Madeleine” : Bouchez, Cheminat, Clervanne, Damien, Marie, femmes menues, que l’on confond parfois -, de femmes confinées dans des emplois acariâtres ou autoritaires – Helena Manson, Marianne Borgo, Jeanne Herviale -, des comédiens souvent sous-utilisés – Jacques Herlin, Edith Scob, Catherine Lachens -, de destins “avant-garde et grands voyageurs” – Kiki de Montparnasse, Gina Manès, Florence Marly, Conchita Montenegro, Reggie Nalder, Enrique de Rivero, et Howard Vernon, avec cerise sur le gâteau une interview « long-drink » très mordante de ce dernier -, et de beaux hommage aux disparus récents, certains évoqués ici-même – Suzanne Flon, Maurice Baquet, Henri Génès, Paul Le Person, Pierre Trabaud, etc… -.
Ces visages vous les connaissez tous, sans pouvoir toujours les identifier. Cet une magnifique hommage pour ces comédiens, éternels non crédités, où figurant au générique de fin, que l’on ne peut désormais même plus lire dans un passage télé tant il est minuscule, tronqué ou passant à la vitesse “grand V”. Même si le cinéma d’hier et d’aujourd’hui ne vous intéresse que modérément, c’est aussi l’occasion de retrouver des destins tragiques, romanesques, singuliers, une masse d’informations inédites, vous saurez par exemple à quel occasion Jean Abeillé a été le dernier partenaire de Brigitte Bardot. Difficile de citer tous le monde, tellement ce livre est foisonnant, vous pouvez retrouver la table des matières via le forum de Dvdclassik. Personnellement je rêvais pouvoir avoir un livre tel que celui-ci dans ma bibliothèque, sans trop y croire d’ailleurs, c’est fait désormais. Il sera un compagnon idéal, à portée de main c’est obligatoire, lors de vos visionnages de films câblés, du patrimoine sur France 3 ou des DVD, quel meilleur hommage à “Mon oncle” peut-on trouver à ce livre. Les filmos sont en plus d’une exhaustivité inédite, difficile de les prendre en défauts, j’ai cherché une erreur pour ne trouver qu’une coquille confondant Bernard Lavalette avec Bernard Lajarrige, et encore pour une scène coupée au montage dans “Violette Nozière” de Chabrol, c’est dire si je suis vicelard, mais il n’y a rien à faire, c’est du sérieux. Entre cohérence éditoriale, une passion pour sauvegarder la mémoire du cinéma français, ce livre est sans forfanterie aucune, un absolu régal. Il n’y a peu d’échos hélas des médias, car c’est un livre auto-édité, mais vous pouvez avoir des renseignements pour l’obtenir via l’adresse aide-memoire@club-internet.net. Pour un livre qui fait du bien, surtout quand on voit la liste des disparus de l’année défiler de manière subliminale dans la cérémonie des Césars, et encore avec des coquilles, François pour Françoise Vatel, c’est pathétique. Heureusement il reste quelques amoureux enflammés.
Sorti du même moule, mais sans filmographies, c’est un peu dommage, pour rappel, il convient également d’acquérir “Caractères, moindres lumières à Hollywood” (Éditions Grasset, 2006), de Philippe Garnier, que les lecteurs de “Libération” connaissent bien. Ce sont des hommages flamboyants aux “characters actors”, de la confrérie de la redingote – Eric Blore , Francklin Pangborn -, Edward Everett Horton, figurant en couverture, des visages singuliers du formidable « En quatrième vitesse », film culte de Robert Aldrich, « de Nick Dennis “Va Va Voum” à « Albert Dekker », d’individualités fracassantes de Simone Simon – évoquée aussi dans « l’@ide-mémoire -, mais aussi Frank Morgan, Arthur Kennedy, Thema Ritter, une sorte de Pauline Carton américaine, Eugene Pallette, une joyeuse rondeur, Edmond O’Brien, Jack Elam, présenté comme “L’homme qui a dit merde à Hollywood”, Walter Brennan, etc…, à l’ultime caractère Timothy Carey déjà évoqué dans le site « Retour à Yuma », formidable gueule passant de l’œuvre de Stanley Kubrick à John Cassavetes. A noter pour les éditeurs que l’ami Jean-Louis Sauger, a déjà un dictionnaire sur le même mode, qui ne demande qu’à être publié. Philippe Garnier, dresse ici un superbe hommage aux acteurs de “composition” de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, souvent cantonnés dans des rôles stéréotypes, contraints à suivre l’exigence des studios, mais donnant aussi un suppléments d’âme à des figures imposées. Deux hommages magnifiques aux sans-grade ! Il y a d’ailleurs deux cahiers photos centraux, permettant d’identifier, J’en ai découvert beaucoup ainsi.
Je profite de cette chronique, pour présenter le premier roman d’un autre grand amoureux des seconds rôles, leur vouant un culte, c’est Jean-Marcel Erre pour son livre “Prenez soin du chien”. Avec un sens aigu de l’observation, on retrouve tout un voisinage assez déjanté autour d’un écrivain pour la radio Max Corneloup. C’est à la fois un solide polar, un livre inventif et haletant, habité par des personnages hauts en couleurs, et par un humour ravageur. On peut d’ailleurs s’amuser à distribuer les rôles avec nos amis seconds rôles. Hautement recommandable, aux éditions Buchet-Chastel.

Vision ce jour de “T’es folle ou quoi ?”, un film de 1981, le seul bide d’Aldo Maccione, et grand sommet du nanar ! Une sous-préfète aux champs…, ou une commissaire de la république adjointe, c’est comme vous voulez ! C’est Nicole Calfan, en short ça fait son petit effet… Elle est crédible en femme venant de l’E.N.A., une sorte de près-Ségolène, quoi…, son charme est le gros atout du film. Elle vole une souche d’arbre avec sa mère, une antiquaire à l’accent pied noir – Marthe Villalonga, s’auto caricaturant d’une manière éhontée -. Le propriétaire des lieux, un plombier libidineux, joué par Popeck, s’auto caricaturant d’une manière éhontée, s’insurge, il les traite de “bichonnes”. Nicole et Marthe arrivent à la préfecture, sous les invectives de la gardienne, dont le mari, “son Albert”, est parti avec la coiffeuse – Jackie Sardou, la femme la plus vulgaire du cinéma français, avec Nadine Tallier bien sûr, s’auto-caricaturant d’une manière éhontée -. Popeck, lui est en colère mais comme il est bas du front – l’umpiste Steevy Boulay c’est Pierre-Gilles de Gennes en comparaison -, notre sous-préfète l’embrouille en lui parlant de “prérogatives”. Dialogue : Popeck : “Vous connaissez Prérogative” – Un quidam : “Non, je ne suis pas d’ici”, Popeck : “encore un immigré !”. La Villalonga louche sur la pendule d’époque et qui fait ding ding, Nicole descend la rampe des lieux, pour atterrir sur les bras d’un certain Lombardi – Aldo Maccione -. Mais le Aldo bien que galant reste de marbre il est homosexuel et directeur de l’information de la station régionale. L’animateur TV du crû, un certain Jean-François… Sevran (sic), journaliste introverti – Fabrice Luchini, quel parcours d’Eric Rohmer à “Emmanuelle 4” ! -, reçoit Darry Cowl qui joue le rôle de Darry Cowl, en s’auto caricaturant d’une manière éhontée. Sevran bredouille pire que le Cowl, et se triture la mèche nerveusement. Les pauvres semblent improviser avec difficultés, mettent le feu dans le cendrier – heureuse époque où l’on pouvait fumer sur un plateau de télévision. Darry veut partir – il a du bricolage à faire -, Luchini pérore un peu perdu ses notes perdues, trouve que le Cowl, est “l’incarnation d’un message” (Lequel ?), lequel en représailles, lui fait tourner le dos à la caméra et lui déclare qu’un certain “pacte charnel se dégage de lui, alors qu’il n’a aucun charme particulier” ! C’est le carnage même pour une télé locale, pensez en 1981, “Direct 8”, n’existait même pas… Pour sauver les meubles Catherine Lachens, une nymphomane à motocyclette – s’auto caricaturant d’une manière éhontée -, présente la météo, comme s’il elle évoquait les fruits gourmands de la pub bien connue. Lombardi vitupère c’est normal, il vit en concubinage avec Sevran – Jean-François -. Mais ils vivent dans la clandestinité, c’est normal car Popeck est le voisin. Maccione, qui est mélomane cherche du calme, alors que Popeck pot de colle, déclare qu’il aime Schumann, “celui qu’il est mort”, à ne pas confondre avec Mort –Schuman – “celui qu’il est vivant”, bon d’accord désormais il est mort en 2006, mais en 1981, il était vivant, c’est normal puisque le boulanger de Popeck est en vacances (einh !)…
Annonce du décès du comédien Daniel Rialet, à l’âge de 46 ans, d’une crise cardiaque. Il était très populaire et très sympathique, avec son partenaire et ami Christian Rauth. à la télévision pour avoir été l’un des “mulets” de “Navarro”, depuis sa première diffusion en 1989, l’un des moniteurs des “Monos” sur France 2 en 1998, et le curé de “Père et maire” sur TF1 depuis 2002, dont un épisode sera diffusé sur la semaine prochaine le 19 avril intitulé “Une seconde chance”. Il avait eu une attaque en avril dernier. Il était l’époux de la comédienne Carole Richert et père de deux enfants. Après avoir fait le conservatoire national supérieurs des arts dramatiques, de 1984 à 1987, il n’avait fait que très peu de cinéma : “Zone rouge” (Robert Enrico, 1985), “Le grand chemin” (Jean-Louis Hubert, 1986), “Fréquence meurtre” (Élisabeth Rappeneau, 1987), “Baxter” (Jérôme Boivin, 1988), “Cherokee” (Pascal Ortéga, 1990) et “Bonimenteurs” (Emmanuel Descombes, CM, 1995). On se souvient de son rôle dans l’astucieux court-métrage oscarisé de Sam Karmann “Omnibus” en 1993, Palme d’or à Cannes, où il était très drôle en passager de train, inquiet de perdre son travail suite à un changement d’horaires, ne pouvant que lui provoquer le retard de trop. On le retrouve aussi dans un autre court-métrage de qualité, “Requiems” (Stéphan Tillé-Guérin, 2001), prémisse du film “Edy” – où la situation était reprise sur mode plus comique avec Laurent Bateau -. Face à François Berléand, il jouait un quidam aux prises avec un tueur. A la télévision on l’avait vu dans plusieurs téléfilms, tels “Pépita” (Dominique Baron, 1993), “Les allumettes suédoises” (Jacques Ertaud, 1995), “Une femme en blanc” (Aline Issermann, 1996), aux côtés de Sandrine Bonnaire, et dans sa suite “La maison des enfants” (Issermann, 2002), “La tribu” (Gérard Marx, 1996), “L’aubaine” (Aline Issermann, 2000) et dans le pilote de “Mademoiselle Joubert” (Vincenzo Marano, 2005). Il avait joué également au théâtre à ses débuts – “Tête d’or” de Claudel, “La traversée de l’empire” d’Arrabal, etc… -. Nos pensées vont à sa famille.
Avant-première des “Brigades du tigre” à l’UGC Cité-Ciné, le mardi 21 mars, en présence de Léa Drucker, Clovis Cornillac, Stefano Accorsi et son cinéaste Jérôme Cornuau. Le thème célèbre de Claude Bolling repris de la série originelle, et Gérard Jugnot – très peu présent ici finalement – reprenant le rôle de François Maistre de « Faivre », dans le genre autoritaire, on est en terrain connu et il faut bien le dire ce film est une belle surprise. Pourtant l’annonce du tournage de ce film à la distribution évolutive, pouvait nous laisser de marbre, échaudés que nous étions par quelques adaptations de séries TV très populaires, flirtant avec l’accablant, signées Salomé, Pirès, Pitof ou encore Salomé – qui récidive en plus l’effronté ! -, avec des créatures voleuses d’âmes et consorts. L’annonce du nom de Cornuau à la réalisation n’engageait pas vraiment, ayant réalisé “Bouge !” et “Folle d’elle” avec en vedette Ophélie Winter, mais c’était oublier qu’il avait signé pour la télé “Dissonance” et “Les jumeaux oubliés”, qui jouissent d’une très bonne réputation. Le filon un peu épuisé des grands sujets populaires largement dévoyés, pour surtout rien en faire, ce film est une sorte de tournant, enfin on retrouve un divertissement de qualité. Les partis pris de mise en scène sont ici plus que probants, s’adaptant à chaque personnage. La série initiale, écrite par Claude Desailly et filmé avec ingéniosité par Victor Vicas, de 1974 à 1983, est agréable à voir, l’idée de la création des “brigades mobiles”, inventées par Georges Clémenceau, pour lutter contre la criminalité moderne en 1907 – amusante réflexion de Guy Carlier, hier soir dans “On ne peut pas plaire à tout le monde”, qui évoquait le Steevy Boulay de “On a tout essayé”, qui avait demandé sans rire, si ce Clémenceau là avait un rapport avec le porte-avions !-. Mais il faut bien le dire, que malgré la complicité évidente de Jean-Paul Tribout, Jean-Claude Bouillon et Pierre Maguelon, ça a tout de même pas mal vieilli, à noter que François Maistre confiait dans le DVD de la dramatique “Nostradamus ou le prophète en son pays”, détester cette série qu’il trouvait trop pro-policière. Le scénario de deux auteurs de bande-dessinée, Xavier et Fabien Nury est réaliste et d’une tonalité assez noire mêlant, “Triple entente” “La bande à Bonnot” et “Les emprunts russes”, les intrigues sont d’une complexité assez rare dans notre cinéma actuel, et livre une réflexion salutaire sur une société de compromissions d’une triste intemporalité… La reconstitution est habile, la mise en scène efficace, on rêve d’une adaptation du “Fantômas” de Souvestre et Allain sur ce modèle. 
Sortie opportuniste à l’occasion de la sortie de “Jean-Philippe”, d’un coffret de quatre films “Johnny Hallyday, ses premiers pas au cinéma”, qui bénéficie même d’une version collector sous forme de guitare. Sur certains DVD, comme sur celui ci, il y a un petit clip anxiogène, “moi voler une télé, jamais !”, contre le piratage. Ca ne manque pas de sel, on le sait bien, il est difficile de voler un voleur, car cette édition, n’est qu’une sinistre arnaque pour les fans de Johnny. En effet, s’il est bien en vedette du jouissif “À tout casser” de John Berry, avec Eddie Constantine et Michel Serrault, il ne se contente que de simples apparitions dans “Cherchez l’idole” (1963), le somptueux “Les Ponettes” (1967), et un sketche face à Catherine Deneuve dans “Les parisiennes” (1961). On sait que la carrière de Johnny est parsemée d’apparitions ponctuelles, du gamin dans “Les diaboliques”, au marin bagarreur dans “Malpertuis”, où il devait passer par là puisqu’il vivait avec Sylvie Vartan, en passant par le sommet du film cornichon “Le jour se lève, et les conneries commencent” (Claude Mulot, 1981), où dans son propre rôle, il ne cessait de tomber de moto, dans une sorte de running gag assez désolant. Il fallait le voir enfourcher sa moto le bras dans le plâtre pour aller se viander un peu plus loin, saluons en passant sa capacité à l’autodérision. Si ce coffret ne peut qu’être décevant pour le plus grand inconditionnel de Johnny, c’est au moins l’occasion pour l’amateur de Nanar – dont je suis -, de retrouver quatre perles assez jubilatoire, dignes de figurer dans “L’encyclopédie du cinéma ringard” de François Kahn, que je viens de découvrir, qui parle de “D’où viens-tu Johnny”, traité également ici même. Traitons ici de “Cherchez l’idole”, signé par Michel Boisrond, qui bon faiseur, donnait souvent d’honnêtes produits, souvent drôles et rythmés. Rien de déshonorant donc, et souvent il signait souvent des jolies comédies, non dénuées d’érotismes. Le film n’est qu’un prétexte pour présenter les idoles “yéyés” d’alors, et de ce fait devient un véritable document sur le début des années 60. Mylène Demongeot – en personne – emménage dans une belle villa en travaux. Invitée à l’Elysée, elle demande à sa bonne Gisèle – Berthe Grandval, une mignonne des sixties -, de veiller sur son diamant en forme de petit cœur, qu’elle souhaite porter pour l’occasion. 
“Basic instinct 2 : Risk addiction”, rassurez-vous vous ne risquez rien ! Sur un canevas d’une inquiétante fragilité, Catherine Trammel, la romancière bien connue sévit à Londres et les meurtres imaginés dans ses livres prennent corps dans la réalité, voici donc cette séquelle tardive de “Basic Instinct”. On connaît la genèse mouvementée du film, plus intéressante que le résultat final. Côté thriller, esbrouffe, clinquant et ennui à signaler, côté scènes “hot”, RAS, exit les scènes croquignolettes et l’obscénité bouffonne de Verhoeven, qui est lui, un grand metteur en scène… Saphisme, triolisme et tutti quanti figuraient dans trois scènes coupées au montage final. On n’aimerait pas être à la place d’Anne Caillon, belle comédienne qui se targuait partout de sa participation au film – à l’instar de son apparition dans l’émission “Tout le monde en parle” – et qui se retrouve à la trappe. A moins d’une hypothétique version intégrale DVD pour une roublardise de plus… Sharon Stone donne plus d’énergie à assurer une promo marathon qu’à donner un résulat probant. Nous avons droit à un grand numéro d’un opportunisme poussif – Sharon devant le “Mur des Lamentations”, Sharon contre le CPE, Sharon met du vert à lèvres, Sharon contre “Mary Poppins”, etc… -. On la préfère quand elle parle de rangements de placards chez Jarmusch, qu’ici, en appas pétrifié. Il aurait été plus intéressant de laisser éclater une beauté naturelle d’une femme de 48 ans, que de nous régaler de son joli minois échappé du musée Grévin. La comédienne est célèbre pour son Q.I. élevé, évidemment prouvé par ses choix artistiques assez désolants, à part Martin Scosese – Ah, le remake des “Diaboliques”, sommet du film cornichon -. Elle a trouvé un partenaire qui ne risquait pas de lui faire de l’ombre, David Morrissey, falot membre de la prestigieuse “Royal Shakespeare Company”, et qui nous montre tout son art en haussant les sourcils à la moindre contrariété. Il joue un psychiatre, qui est d’ailleurs l’un des plus improbables de l’histoire du cinéma mondial, il tombe évidemment amoureux de la belle, alors qu’il est chargé d’analysé le phénomène. 
Le cinéma de Francis Veber, c’est un peu comme le restaurant où vous avez vos habitudes, vous trouvez que c’est copieux, sans surprises, plutôt bien fréquenté, pas trop cher au vu du résultat, pas trop original même si le chef s’évertue à vous faire croire avec son bagou que c’est un maître-queue. Et puis un jour vous en sortez, ballonné, un peu écœuré, avec des crampes dans l’estomac et vous vous mettez à vous étonner de sa réputation, des éloges de ses pairs, et des guides gastronomiques. Car Francis Veber bénéficie de la politique des auteurs, et jouit d’une véritable considération. C’est un malin, roublard – son gimmick pathétique du personnage de François Pignon -, un don pour capter un air du temps, un mécanisme d’horlogerie d’accord, mais qui ferait un bruit de pendule normande, vous empêchant de dormir la nuit. On rit avec cette “doublure” comme acquis d’avance, en suivant le troupeau pavlovisé. Veber du haut de sa suffisance et de sa terreur toute Doillonnienne de faire refaire un plan jusqu’à trouver sa petite musique, le ton juste, et la mise en scène dans tout ça… Des champs contre-champs, une fausseté de convention qui ne nous fait jamais nous attacher aux personnages et nous convie à rire contre eux, des pantins chargés dans la grande tradition du vaudeville français version gros rouge qui tâche. Tout ici est dans la fausseté, des décors dignes d’une des pires captations télévisées, et les transparences d’un autre âge dans les scènes de voitures, nous font penser que l’on assiste actuellement à la pire régression de notre cinématographie nationale. Et ça marche, ça cartonne même, les gens applaudissent à la fin, on finit par se retrouver pisse-froid de service. Mais on veut bien d’une comédie vite oubliée, mais au moins qui garde une modestie dans son propos…. On peut certes aussi jouer avec les conventions pour mieux les dynamiter, comme un Bertrand Blier, mais il n’en est rien ici. 
Avant-première à l’UGC-Cité-Ciné Bordeaux du film “Jean-Philippe” en présence de Fabrice Luchini, tout épaté dite il d’être venu en jet privé pour cause d’emploi du temps surchargé. Voir Fabrice Luchini en promotion tient à la fois de la jubilation et de l’épreuve si vous avez le malheur de tenter de lui poser une question. Je me souviens de sa présentation de “Rien sur Robert” dans ce même cinéma. La femme qui partageait ma vie alors, n’avait pas pour vertu première l’exactitude. Il y avait deux salles remplies, elle finit par me retrouver et en voulant me rejoindre et passe allégrement devant le sieur Luchini, sans le voir, qui s’apprêtait de faire son entrée. Coupé dans son élan, il fallait voir son air proche de la poule découvrant un fer à repasser. Résultat il avait un peu perdu le fil, il est un peu resté interdit, avec de fuser dans tous les sens. Ce jeudi soir après une entrée triomphale, il nous livre son numéro survolté et ingérable habituel, chante avec un fan de Johnny à la voix rauque, qui l’appelle “M. Prechini” !, et répond comme il souhaite aux questions des spectateurs, évitant consciencieusement de parler de lui. J’en ai d’ailleurs fait les frais, me plantant allégrement et lamentablement à la fois – il vous coupe pour interroger une autre personne en même temps. Résultat j’ai réussi à être suffisamment traumatisé pour arrêter de prendre la parole en public durant le siècle à venir. On sent bien la volonté luchinienne de tout contrôler – il insistait énormément pour que l’équipe présente passe un disque -. Il s’auto parodie un tantinet – déclarant à tout instant “c’est énôôôrme !”, et brocarde Johnny Hallyday, quand ce dernier lui parle de “ta Fontaine” en évoquant “La Fontaine”, tout en le défendant contre les sarcasmes habituels – il n’est pas à une contradiction près -. Bref le numéro est rodé, plaisant, élaboré, bien que visiblement fatigué ce soir là, il s’est dépassé, nous livrant un jubilatoire numéro. On sent bien sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, son besoin d’être aimé. Et le film alors, et bien il est à la hauteur de sa brillante idée, sur le modèle bien connu des amateurs de fantastique, l’uchronie. Si vous avez échappé à une promo intensive, c’est l’histoire de Fabrice, un cadre moyen – Luchini en fan survolté -, peu accorte avec sa secrétaire – Christine Paolini, dans la résignation -, vit une vie tranquille. Mais il a une dévotion dévorante pour Johnny Hallyday, qui est presque pour lui une raison de vivre. Il a une pièce au grenier, véritable lieu de culte dédié à son idole. Il délaisse sa femme – Guilaine Londez toujours énergique – et sa fille – Élodie Bollée punkette compréhensive -, pour cette passion. 
Premier film d’Éric Caravaca, l’un des comédiens les plus probants de sa génération. Tiré d’un roman d’Arnaud Cathrine “La route de Midland”, il s’agit ici d’un portrait âpre, sensible d’individus qui n’ont pas de dons particuliers pour la vie et qui trimbalent avec eux leurs difficultés, en les subissant plus ou moins. Thomas – Éric Caravaca dans l’introversion, qui a repris au pied levé ce rôle après une blessure du comédien Yann Goven -, qui vit à Paris, retourne sur la Côte d’Azur pour s’occuper de l’inhumation de son frère aîné, Richard, qui vient de suicider. Il ne voyait plus son frère – Rémi Martin, au parcours chaotique ces dernières années idéal dans un rôle presque spectral -, qu’il ne tenait pas dans une grande estime, il avait même gardé une rancœur, quand il s’était retrouvé seul avec lui, son père étant absent et sa mère étant devenue folle. Marié, avec un enfant, il se retrouve seul pour s’occuper de son enterrement, il doit aussi réfléchir au devenir de sa maison familiale, dans laquelle il a gardé de mauvais souvenirs. Conseillé par un vieil ami de la famille qui s’occupe d’une petite boutique – Maurice Garrel, superbe de retenue -. Pris par ses contradictions, et paralysé par ses interrogations, il s’installe dans un petit hôtel tenu par une jeune femme, Jeanne – Julie Depardieu, qui décidément prouve dans l’actualité de ses quatre films, sa capacité de composition et d’émotion -. Le cauchemar du réel le paralyse, il s’attarde dans les lieux sans rien régler, s’attache au petit frère de Jeanne, Lucas – Vincent Rottiers, la révélation des “Diables” beau film de Christophe Ruggia, impressionnant ici dans sa rage de vivre -. Lucas est un peu sourd, complexé avec les filles, mais retrouve sa liberté sur sa moto jaune qu’il trafique pour qu’elle pétarade. Jeanne assistée d’un employé jovial – Maurice Bénichou incarnant la poésie du quotidien -, attend en fait Richard. Malgré une union mouvementée, elle garde espoir de le retrouver, mais Thomas, par lâcheté ne trouve pas le courage de lui annoncer sa mort….

