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LITAN

Ce film de Jean-Pierre Mocky, tourné en 1981, est une des rares tentatives réussies de faire du fantastique dans le cinéma français. Une galerie de personnages tétanisés hantent cet univers montagnard brumeux, une folie inexpliquée s’emparant des villageois (Jean-Claude Rémoleux immobile, Roger Lumont en commissaire borné, Dominique Zardi en chef des fous…).

Mocky a toujours un sens des décors hallucinants, ou du contre-emploi (Nino Ferrer en scientifique fou). Il faut saluer ce climat d’angoisse (les cercueils flottants, le carnaval des fous) accompagnant les deux fugitifs joués par Marie-José Nat et Mocky en personne. Une réussite du genre.

IMPOSTURE

On attendait depuis 1991, après le cultissime “Lune Froide”, la nouvelle réalisation de Patrick Bouchitey.  On frémit quand on voit le logo d’”Europacorp”, question d’habitude, mais ce film est à nouveau une belle surprise. Patrick Bouchitey prend un parti pris anti-naturaliste, ce qui peut déstabiliser, l’idée de base du roman de José Ángel Mañas est assez classique, pas c’est un terrain propice pour un univers original, évitant les écueils psychologiques. On est finalement assez proche du film “L’obsédé” de William Wyler (1965).

Isabelle Renauld est remarquable en épouse délaissée, et on retrouve Patrick Catalifo en écrivain dépassé par un  rôle qui ne le correspond pas, Pierre Diot en inspecteur routinier et Ariane Ascaride en amie trahie. Didier Flamand est halluciné en éditeur manipulateur, cynique et excentrique, il est vrai qu’il est toujours à l’aise dans ce type de rôle. A noter quelques apparitions de “potes”, telle celle de Jackie Berroyer en moine sentencieux.

Au final c’est un film assez angoissant, surprenant,  halluciné, même si le dernier plan surligne un peu l’ensemble.

ARTICLE LE FIGARO :

CINÉMA Il joue dans «Imposture», un suspense sur la difficulté de créer, son deuxième long métrage
Patrick Bouchitey, le voleur de mots par
Brigitte Baudin [25 mai 2005]

Patrick Bouchitey

On connaît l’humoriste qui donne la parole aux animaux avec tant de drôlerie et de dérision. On n’oublie pas l’autre facette, plus sombre, mystérieuse, souterraine, presque dérangeante de ce comédien scénariste-réalisateur. Patrick Bouchitey aime détourner les situations pour en montrer le grotesque, l’absurde. Il se plaît aussi à flirter avec le glauque sans toutefois se départir jamais de son sourire sympathique, de sa désinvolture et de son anticonformisme insolent. Lune froide, sa première réalisation, la morbide histoire de deux marginaux amoureux d’une morte, inspirée d’une nouvelle de Charles Bukowski, avait ému et choqué, en 1991, les festivaliers cannois avant de remporter le césar de la meilleure première oeuvre. Quatorze ans plus tard il est revenu sur la Croisette et a présenté, dans le cadre de la Semaine de la critique, Imposture, son deuxième long métrage qui sort aujourd’hui. C’est un suspense, une réflexion sur l’écriture et la création, d’après Je suis un écrivain frustré, le roman de José Angel Manas (Ed Métailié ).

Critique redouté, professeur de littérature à l’Université, Serge Pommier (Patrick Bouchitey) aimerait publier un livre. Mais il est en panne d’inspiration. Il ne parvient pas à écrire le premier mot. Et voilà que Jeanne (Laetitia Chardonnet), une de ses plus brillantes élèves, lui confie le manuscrit d’un roman. Il correspond à tout ce que Serge a envie de dire et qu’il ne peut formuler. Une idée folle germe alors dans son esprit : kidnapper Jeanne, s’approprier son texte et en assurer la paternité.

«Lorsque j’ai lu le bouquin de José Angel Manas, je n’ai pas tout de suite accroché, explique Patrick Bouchitey. Il me permettait de plonger dans l’univers mystérieux de la création littéraire et d’explorer le monde de l’édition. Je ne me sentais, par contre, pas concerné, de prime abord, par ce psychopathe en mal d’inspiration qui disjoncte et tue tout monde y compris la fille qu’il a enlevée. J’avais plutôt envie de montrer un homme «normal» que l’orgueil, la jalousie, poussent à commettre l’irréparable et met le doigt dans un terrible engrenage. J’aime les histoires d’amour impossibles. J’ai donc axé mon intrigue sur l’ambiguïté des relations qui naissent inévitablement entre un ravisseur et sa victime : l’amour haine, la dépendance, l’esprit de vengeance.» Après mûres réflexions, Patrick Bouchitey se lance donc dans l’aventure. Il adapte librement le livre de José Angel Manas avec Gaëlle Mace et Jackie Berroyer, son complice sur Lune froide.

«Nous avons gommé le côté serial killer du personnage originel pour le rendre plus humain, plus paradoxal, précise Patrick Bouchitey. Serge Pommier devait se montrer tout à la fois révoltant par ses actes et fragile, attachant, imprévisible. Il devait être capable de tout casser dans un moment de fureur et de gestes de tendresse, de compassion, comme sauver un oiseau blessé. Là, résidait notre plus grande difficulté. Il fallait sans cesse jouer sur les situations, les sentiments. Passer rapidement d’une émotion à l’autre sans sombrer dans le pathos.»

Patrick Bouchitey imagine, face à un Serge Pommier volubile et toujours en mouvement, une Jeanne murée dans son mutisme. «Le silence est sa force, son arme, sa façon de résister et de le piéger, renchérit-il. Elle pousse ainsi son kidnappeur dans ses retranchements. C’est une espèce de jeu du chat et de la souris. La rencontre de deux solitudes, la confrontation entre deux handicapés de l’amour qui vont se révéler l’un à l’autre. Ce n’est pas une histoire réaliste mais un conte : celui d’un arroseur arrosé.»

Patrick Bouchitey a suivi les conseils de son producteur Luc Besson en incarnant Serge Pommier. Il lui fallait par contre trouver une comédienne assez expressive et sensible pour camper Jeanne, muette la plupart du temps.

«J’ai vu beaucoup de lauréates, affirme-t-il. Aucune ne me plaisait vraiment. Elle n’avait pas assez de charisme. Ma première image de Jeanne est celle d’une jeune fille agile, fluette qui peut se glisser dans un soupirail. Il me fallait surtout quelqu’un d’intense, avec un regard exprimant des émotions sans l’appui des mots. J’ai rencontré Laetitia Chardonnet par hasard. Etudiante dans une école de commerce, elle n’avait jamais joué devant une caméra. Sa présence éclate sur l’écran.»

Dans l’univers ouaté du studio qu’il s’est installé chez lui, Patrick Bouchitey s’est déjà remis au travail. A sa passion du détournement de l’image en s’appuyant cette fois non sur les animaux mais sur les figures de l’histoire du XXe siècle, sans souci de jugement : de Gaulle, Mussolini, Churchill, Staline, Hitler, Kennedy, Pol Pot… Il prépare aussi Paroles de singe, une comédie burlesque sur «le fascisme au quotidien dans le couple»…

Dans Imposture, Serge Pommier (Patrick Bouchitey), un écrivain en panne d’inspiration, kidnappe Jeanne (Laetitia Chardonnet), une de ses plus brillantes élèves, pour s’approprier un roman qu’elle a écrit. (DR.)

Laetitia Chardonnet

Patrick Bouchitey, dont la folie anémise tout son entourage, gagne en épaisseur avec un personnage borderline, installé et amer. Laetitia Chardonnet sa victime, est remarquable, même dans ses scènes mutiques. Son regard très intense, nous aide à comprendre son jeu masochiste avec son bourreau. Les lieux sont habités et inquiétants, Bouchitey dynamite le milieu littéraire en flirtant avec le fantastique.

LES GRANDS SENTIMENTS FONT LES BONS GUEULETONS

“Les grands sentiments font les bons gueuletons” (1971, sortie française 1973). “Ce n’est sans doute pas un hasard si Jean Carmet et Michel Bouquet pensent que “Les grands sentiments…”, leur a procuré un des meilleurs rôles comiques de leur abondante filmographie, l’un des seuls en ce qui concerne Bouquet et, sur ce titre, on peut le regretter. C’était une bonne idée d’associer ainsi l’impertubable Bouquet et l’émotif Carmet, et Berny avait su tirer le meilleur profit d’une situation fort réjouissante…” (Dominique Rabourdin, “Cinéma 80” N°262, octobre 1980).

Loin d’être le “nanar” annoncé par Denis Parent, lors de sa présentation sur la chaine câblée française “Ciné Succés”. Comédie de moeurs noire et féroce, ce film laisse la part belle aux comédiens, outre Bouquet et Carmet, citons Anouk Ferjac et Micheline Luccioni, dans le rôle de leurs épouses respectives, dépassées par les événements, l’excellent Michael Lonsdale, en frère de Carmet !, amoureux transis de la belle Anicée Alvina qui se prépare à se marier avec Jean- Jacques Moreau. Jacques Dynam en cousin goguenard, Gabrielle Doulcet en tante fielleuse, Jacques Canselier, en handicapé touchant et malmené, etc…

Sans oublier Henri Guybet, il faut le voir se démener comme un beau diable dans une atmosphère de marbre (son personnage est payé pour animer le mariage), vitupérer contre les invités, et de se désoler de cette situation inédite pour lui, une belle performance…  J’avais rajouté la distribution complète sur : IMDB.

On ne retrouvera Michel Berny au cinéma (outre quelques comédies érotiques), que pour “Pourquoi pas nous?” (1981), l’un des rares rôles en vedette de Dominique Lavanant, dommage…

LEMMING

 La difficulté majeure est de parler sur ce film, sans en dévoiler le contenu, l’histoire, pour ne pas gâcher le plaisir des spectateurs – à moins de le commenter à grand renfort de “Spoilers” -. Disons qu’après le “Sitcom” de François Ozon, il faut donc se méfier définitivement des rongeurs. Après le très abouti “Harry…” on attendait très légitimement, beaucoup du film de Dominik Moll. Il est finalement très à l’aise pour distiller l’angoisse dans des scènes du quotidien, et l’utilisation de lieux, un décor idyllique, une entreprise ou une cuisine, plus d’ailleurs que dans des scènes semi-fantastiques, à l’image de l’habituel cliché de la montée d’escaliers, si l’on compare avec la maîtrise d’un Roman Polanski. 

Le scénario suffisamment riche pour que l’on puisse se perdre dans ses propres interprétations, névroses, fantasmes, rêves et réalités. On peut ainsi s’amuser sur les fausses incohérences – une télécommande de porte de garage, par exemple -. Hélas le film déçoit au final, malgré un humour corrosif.

Laurent Lucas & Charlotte Rampling

Si Laurent Lucas, reprend un rôle qu’il maîtrise parfaitement, Charlotte Gainsbourg se révèle à l’aise avec l’ambiguïté, et André Dussollier, nous sert un personnage assez retord et surprenant. Il fait preuve d’humour – sa manière de dire “Vous voulez un bonbon ?”-, passant de la sympathie à la veulerie en une fraction de secondes. Jacques Bonnaffé, nous régale à nouveau, avec un personnage décalé, ne sachant pas comment réagir pour ne pas gêner, il continue ici, une veine ludique, tant son registre est large.

Mais l’atout majeur de ce film reste la formidable performance de Charlotte Rampling. Dès sa première apparition dans l’obscurité d’une voiture, on se doute que le film va basculer. Son talent est tel, que même affublée de lunettes noires, son jeu est unique. Magistrale, séductrice, victime d’un mari odieux, manipulatrice, elle imprègne et domine durablement le film, et véhicule sur son passage un mystère et un danger permanent.

Je me souviens de son arrivée lors d’une avant-première du film “Sous le sable” de François Ozon. Le film avait eu beaucoup de difficultés lors du tournage – une partie était tournée en DV -. Je me suis retrouvé devant elle, après une sorte de mini conférence de presse dans le hall de l’UGC, fortement impressionné par son aura, son élégance et son charme. Elle était assez inquiète, mais pour ne pas focaliser l’attention sur elle, elle avait laissé le devant de la scène à François Ozon,. Cette remarquable comédienne n’a pas fini de nous impréssionner.

ARTICLE LIBÉRATION :   

ARTICLE LIBÉRATION :   Charlotte Rampling dit jouer de ses expériences pour inventer des personnages qui lui ressemblent :
«Je cherche des rôles qui vont me réveiller» – Par Philippe AZOURY – mercredi 11 mai 2005

Dans Lemming, Charlotte Rampling joue un fantôme, une morsure, une menace. Elle semble venir d’ailleurs, en même temps qu’Alice, le personnage qu’elle incarne, continue de se rattacher naturellement à la suite de ces portraits de femme dangereuse/en danger. Ceux qui lui ont toujours collé comme un gant, depuis Visconti (les Damnés), Cavani (Portier de nuit), Oshima (Max mon amour), ou depuis Sous le sable de François Ozon, le film de sa résurrection cinématographique.

Elle peut s’amuser, comme durant la conversation, de ceux qui abusent des téléphones portables dans les cafés pour couvrir leur solitude. La solitude, elle n’a jamais joué que ça. Sweet Charlotte.

Votre arrivée dans le film a quelque chose de saisissant. D’emblée, on sent une existence, un passé…

Dominik m’a envoyé un scénario incroyablement abouti. Au cinéma, on s’est habitué à ce que les choses se transforment durant le tournage. Là, tout ce que j’ai lu, on l’a filmé. Un acteur, passé un certain âge, emmène beaucoup de bagages avec lui. Avoir existé depuis un bon nombre d’années permet d’atteindre cette impression.

Au tournage, l’acteur ne connaît pas encore son personnage, là ce n’était pas le cas, avec cette merveille de scénario. Dans Lemming, Alice arrive avec une attitude totalement figée, on ne sait pas, dans le malaise qu’elle diffuse, ce qui va se passer, ce qu’elle va provoquer. Ça, c’est le personnage inventé. Il faut lui ajouter un peu d’un personnage réel. Prénom Charlotte, nom Rampling.

Vous concevez la vie imaginaire du personnage, son passé ?

On peut toujours. Je l’ai fait. Cela permet d’habiter plus aisément le personnage. Un acteur n’a plus beaucoup de temps pour se préparer. Il doit le faire lui-même un peu seul, au-delà des précisions qu’il a eues en discutant avec le metteur en scène.

Pourquoi ?

Parce que l’acte de jouer, ça se passe sur le moment. Et, à ce moment-là, on capte sa propre réflexion sur le rôle. C’est un travail inconscient.

La première scène dans laquelle vous apparaissez correspondait-elle à votre premier jour de plateau ?

(Sourire) Oui. Comme par hasard.

Les lunettes ?

C’est une idée de Dominik. Une femme qui s’est bâti un écran entre elle et le monde. Les lunettes teintées dessinent une attitude sans équivoque : «Je ne veux pas que vous me voyiez, je ne veux pas vous voir. Ce que je vois, c’est à moi. Mais ce que vous allez voir, vous n’allez pas le comprendre.» Je ne donne rien (rires). Acteur, on est tenu dans ses vêtements. Les lunettes, le tailleur, ce sont des indices. Là : raideur.

On dit que vous êtes une «beauté froide». Ici, on est passé du froid au dur…

Des amis ont vu la bande-annonce. Mon personnage leur a fait peur : «pas très accueillante». Oui, mais c’est très drôle à jouer… Je cherche des rôles qui vont me réveiller. Ce métier est une exploration, des traits du visage, de ce qu’on ressent. Il ne faut pas en avoir peur. Quand j’ai commencé, je refusais beaucoup de films, ils étaient… sympathiques. Tellement, que suis allée dans d’autres pays, en Italie surtout, pour faire autre chose. Mon attitude n’a pas changé : je suis à la recherche de quelque chose qui me corresponde. L’acteur est comme un peintre, il cherche, presque toute sa vie, il retourne sur les mêmes sentiers, il malaxe et, à travers la vie, la maturité, les blessures que l’expérience lui donne, il forge sa marque.

Une marque Rampling ?

Je sais au moins que mon envie d’un rôle nécessite certains critères, une affinité avec le personnage, sinon j’ai l’impression que je ne travaille pas, que je n’évolue pas et que je me répète. Un rôle, c’est un engagement que je prends très au sérieux. Je dois incarner à la fois ce que je suis et ce que je peux inventer.

Un rôle aide-t-il un acteur à exister, à comprendre la vie hors plateau…

Uniquement si on considère ce métier comme un investissement. A ce moment-là, ça vous nourrit, ça vous accompagne, ça vit en vous.

Le cinéma vous a-t-il appris à vous connaître ?

Oui, mais ce n’est pas à force de se voir. Ce qui est révélateur, c’est le travail que l’on fait à l’intérieur de soi. Le travail d’un acteur serait même mieux si l’acteur ne se voyait pas. Se voir, se désirer soi-même, c’est dangereux : on s’enferme dans des tics, on quitte son propre mystère pour des habitudes, des pièges…

Alice Pollock, c’est un personnage désespéré, aliéné ?

Une femme traquée par elle-même. Avec Alice, il n’y a plus de convenances sociales, plus de dialogue possible. L’aliénation, elle vit avec, elle part avec. Dominik est quelqu’un de très aigu, qui cherche une image de plus en plus épurée. J’ai travaillé Alice dans ce sens.

Vous l’incarnez comme un animal. C’est Max mon amour mais à l’envers, l’animal c’est vous…

Oui. Je suis le lemming. Tout petit, mais très déstabilisant.

Les films de François Ozon, maintenant ceux de Dominik Moll, Laurent Cantet bientôt, les photos de Juergen Teller… Vous êtes dans un moment passionnant de votre carrière…

Ça vient après un travail sur moi. La vie des acteurs ce sont des cycles. Un acteur, c’est un animal. On tombe les peaux, comme un serpent. On joue avec les différents stades de la maturité. On a toujours été soi-même mais on s’ouvre différemment. Sous le sable, c’était comme un autoportrait, un documentaire sur moi.

Quelqu’un m’a vue, il y a eu rencontre. C’est arrivé, même à moi qui n’ai pas une facilité à aller vers les gens. J’attendais. Il fallait avoir une certaine patience. Des fois, on ne sait plus si on est toujours vivante.

Quand vous jouez, il vous arrive de penser à des actrices mortes ?

Non. Je pense à la situation.

Vos scènes dans Lemming tiennent quasiment du monologue…

Peut-être parce que j’ai joué Alice avec mes propres résonances. Tout m’est familier, maintenant : le plus grand désespoir, le plus grand bonheur. Je reconnais les sensations. Charlotte Gainsbourg, je la regarde et je me vois moi à son âge. C’est ça qui est beau avec le temps, c’est que ça n’existe pas. Il est diffusé différemment. On se reconnaît dans les autres. Charlotte (Gainsbourg), cette jeunesse-là, je connais bien…

Etre sur les tournages avec des bébés, se reprocher de trop tourner, s’en vouloir d’être fatiguée… Regarder ceux qui nous entourent, c’est une compagnie. C’est peut-être là qu’on prend le sens d’avoir existé.

4, 3, 2, 1, OBJECTIF LUNE

Au soir de mon 13742ème jour sur la terre, je regarde un navet d’anthologie ” 4…3…2…1… morte”, ” 4,3,2,1, objectif lune” en VF, de Primo Zeglio, sorti en 1967, voir fiche IMDB. J’ai eu personnellement une expérience de “rencontre du troisième type”, un dimanche matin calme, je vais au marché du livre du Parc Georges Brassens, et je tombe sur Édouard Balladur ! – c’est son fief en fait – je devais avoir l’air un peu circonspect car il m’a regardé drôlement. Cette anecdote a strictement aucun intérêt, mais quand on est nez à nez avec l’absurde, ça fait quand même un choc. Tandis que dans le film, quand deux astronautes Américains – mâchoires carrées – rencontrent une créature, figure de pomme de terre dans une combinaison de CRS, ils restent calme – question d’entraînement sans doute – alors que l’entité a désintégré armes et vaisseau spatial. La réalité dépasse l’affliction, comme disait Patrice Delbourg sur Michel Sardou ! Lang Jeffries, assez monolithique joue donc cet astronaute en mission sur la Lune, dans cet europudding – Anglo-saxons,Italiens, Allemands – assez croquignolet en mission pour récupérer un métal rare. Évidemment un film d’anticipation, ne ramène qu’à l’époque de son tournages, l’ambiance est très « sixties » aidé par des décors “cheap” très “Aujourd’hui Madame”, modèle de plateau TV, et une musique plaisante très “easy listening”.

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Nos deux cosmonautes regagnent la soucoupe escortée de la créature, qui enlevant son casque se révèle un robot avec un dentier ! Ils y retrouvent deux extra-terrestres, ayant figure humaine Ils sont beaucoup plus évolués, mais sont en pleine dégénérescence, car plus on avance en âge. Thora, la belle jeune femme du couple est en fait une femme libre et indépendante – révélant en passant la mentalité des scénaristes – au grand désarroi de Lang Jeffries qui précise que chez lui les femmes écoutent !   Le vieux sage extra-terrestre souffre d’une leucémie, nos amis vont donc rechercher un médecin en Afrique du Sud, s’en suit une vaine histoire d’espionnage, un peu sauvé grâce à la présence du grand méchant joué par Pinkas Braun – le second supérieur des « Brigades du tigre », son regard bleu acier étant assez efficace pour montrer la cruauté. Le film est très plaisant selon le degré, kitchissime à souhait, et bénéficiant lors de sa diffusion sur le cêble d’une copie magnifique. Lire également un article du site Wagoo évoquant les adaptations sur le personnage du Maj. Perry Rhodan, tirés des livres de Clark Darlton. Site du jour : Wagoo, oeuvre d’un passionné de SF.

LE BLUES DU PRE-TRENTENAIRE

Deux petits cousins, l’un sous lithium, l’autre sous oxygène, “Garden State” & “I love huckabees”, l’un semble virer au culte, l’autre irriter.

Garden State, il y a un travail magnifique, ici en France, de “Marketing” qui flirte sur la vague “Sideways” film d’Alexandre Payne. On prévend ce film comme déjà culte, sur des gens qui vous ressemble, souffrant de cette apathie qui semble s’abattre sur tout le monde – surtout Mézigue en ce moment d’ailleurs -. Le film de Zach Graff, figure dans le top 250 des films les mieux notés, des films sur IMDB, ce qui me laisse pantois ! Mais Braff – qui a déjà un univers, c’est déjà pas mal – semble un peu roublard, s’expose complaisamment – Un nombriliste sous calment – et insiste lourdement sur la moindre de ses trouvailles.

Braff a la chance d’avoir une distribution remarquable, qui donne de l’épaisseur à des personnages schématiques, il faut tout le brio d’un Ian Holm, pour faire exister ce rôle de père mal aimant-mal aimé, la radieuse Natalie Portman, en adolescente en quête d’amour, et Peter Sagarsgaard – décidément à l’aise dans l’ambiguïté – en désoeuvré plombé. La partie la plus intéressante me paraît le classique retour dans sa ville natale, du personnage d’Andrew Largeman assez bien vue, et la confrontation avec le regard qu’ont les connaissances qui restées et donc condamnée à vivoter – le jeune policier, les fossoyeurs, etc… -. Le chemin initiatique de “Large” est plutôt manichéen, entre des personnages incongrus, d’un groom libidineux, de receleur bucolique ou de médecin déballant sa vie sexuelle. Je suis en ce moment en train de regarder la saison 3 de “Six feet under” et ça ne supporte pas la comparaison.

Mais le film gagne sur l’air du temps entre indolence et inquiétude, la quête de l’âme soeur – vaste programme – dans des personnages où il est plus facile de faire preuve d’empathie. Une BO splendide donne l’illusion d’une oeuvre originale, mais on est loin de l’univers de Woody Allen ou de Paul Thomas Anderson, cités par les distributeurs qui ne sont pas les derniers pour la déconne – ils avaient annoncées “Le projet Blair Witch” comme le film le plus terrifiant depuis Shinning !” -. Le film de Zach Braff est une promesse de talent cependant, si le succès ne lui monte pas au nez. Attendons !

Plus singulier, plus novateur “I love huckabees”, si vous connaissez quelqu’un qui a aimé ce film présentez le moi, car je n’ai vu que le contraire. C’est un film attachant, choral, même si il y a un gros problème de rythme et qu’au final le film déçoit. La distribution détonne sur ce film choral, Jason Schwartzman ,rejeton de la tribu Coppola, est allumé et histrion. Il est la figure centrale de ce film en pré-trentenaire revanchard. On retrouve en couple de détectives existentiels – belle idée – Lily Tomlin jubile & Dustin Hoffman décale, Isabelle Huppert semble s’amuser de son image d’échappée de l’oeuvre d’Hal Hartley, Jud Law et Naomie Watts joue avec leurs images, Marc Walhberg prend enfin de la consistance, et on s’amuse à reconnaître Tippi Hedren et Talia Shire – soeur de… – ou Saïd Tagmaoui en griot éteint.

David O’Russell renvoie dos à dos, toutes les philosophies du mieux vivre, et d’aspirines de l’âme, dans un revival des sisties, à l’image du personnage de Richard Jenkins – le père dans “Six feet under” -, qui affublé d’une fausse barbe, se donne une bonne conscience en élevant un orphelin africain – scène incroyable du repas – ou le pacte final des pseudos gourous.  C’est un film cynique, salutaire et revigorant mais qui au final et inexplicablement manque sa cible, hélas…

Décidément le trentenaire déclinant que je suis va pouvoir, sur les écrans, compatir avec ses congénères ventres-mous, figurant en belle cible de ces types de films qui partagent ses “crises existentielles”. La mienne en se moment est, Maurice Chevit reprendra t’il son rôle de Marius dans “Les Bronzés 3”, on a les questionnements qu’on peut…

AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD

Dernier avatar du blues des trentenaires, “Avant qu’il ne soit trop tard” déçoit, même si on note des progrès de Laurent Dusseaux par rapport à la comédie très oubliable “Le coeur à l’ouvrage”.

Il y a beaucoup d’écueils dans ce film, l’incapacité de rendre l’ivresse d’une soirée, autre que tournoyer vainement autour des acteurs, des dialogues, une vision de la vie, et des aphorismes d’Alain Layrac tombant dans le ridicule, de bons comédiens sacrifiés (Éric Savin, Manuel Blanc, Lisa Martino). Une espèce d’amertume, de pessimisme ambiant, et de bons comédiens Frédéric Diefenthal, Jules Sitruck, Édouard Montoute – continuant à montrer une nouvelle sensibilité, sauve un peu ce film.

Il faut saluer particulièrement Vanessa Larré en handicapée écorchée vive, Élodie Navarre -vraiment pas aidée dans un rôle lourdingue – en ravissante idiote, et surtout la lumineuse Émilie Dequenne, dont les choix sont toujours judicieux.

Un sentiment mi-figue, mi-raison, pour cet ersatz du pauvre du beau “Les copains d’abord” de Lawrence Kasdan.

Article du Figaro, par Emmanuèle Frois, le 014/05/2005

CINÉMA Émilie Dequenne joue dans le dernier film de Laurent Dussaux «Avant qu’il ne soit trop tard» Itinéraire d’une battante

«Je ne veux pas être cataloguée dans un genre, je change de tête à chaque fois. A quoi bon jouer, sinon?», explique Emilie Dequenne. (DR.)

Un visage triangulaire, des yeux en amande d’un bleu profond qui vont droit au but. Et des mains carrées qui embrassent la vie sans compter. «Au bout des doigts j’ai de nombreuses petites volutes, elles sont, dit-on, l’apanage des terriens. C’est un symbole qui me plaît. Dans ma famille on est menuisier, jardinier, ouvrier.» Emilie Dequenne est de ces natures bulldozers qui séduisent par leur détermination sans faille. «Comme disait ma mère quand j’étais petite : «Tu ferais mourir les autres pour arriver à tes fins.» Elle exagérait à peine. J’ai parfois des oeillères tant je suis concentrée sur l’objectif à atteindre. Avec l’âge j’essaye de me calmer», ajoute, sans grande conviction, la comédienne qui n’aura que 24 ans en août prochain.

Elle a tout fait, très vite comme si elle était en perpétuelle course contre la montre. Elle est de la race des sprinteuses. Elle trace, saute les obstacles, sans effort apparent. «A 2 ans je parlais comme une adulte. A 8, maman me mettait dans un cours de théâtre parce que je chantais sur les tables. A 16 ans, j’ai eu mon bac. Je voulais entrer au Conservatoire mais il fallait avoir 18 ans, alors, en attendant, je me suis inscrite en sciences politiques. Entre-temps il y a eu le casting pour Rosetta.» On connaît la suite, à 17 ans, elle montait les marches du Palais des festivals et remportait le prix d’interprétation à Cannes avec le film des frères Dardenne. «Je fonce, je suis un vrai taureau, disent les frères à mon sujet. Mais, au début, je rougissais devant leur caméra.»

Elle n’a qu’un mot à la bouche, qui lui va bien d’ailleurs et qui revient comme une ritournelle : «le travail». «Je suis issue d’un milieu modeste. Dans ma famille on est courageux. J’ai reçu une éducation ouvrière, dans le respect du travail bien fait.» Douze longs-métrages depuis ses débuts. Avec des rôles qui ne se ressemblent pas. «Je ne veux pas être cataloguée dans un genre, je change de tête à chaque fois. A quoi bon jouer, sinon ?» Comtesse chez Christophe Ganz, patiente sur le divan d’Yves Lavandier, femme de ménage pour Claude Berri… Elle est aujourd’hui Aurélia, une jeune femme délurée, croqueuse d’hommes. Elle les consomme et les jette aussitôt dans Avant qu’il ne soit trop tard, un film sur une bande de trentenaires désenchantés. Un rôle osé, sexy. «A l’exception de Laurent Dussaux le réalisateur, personne ne voulait de moi pour incarner Aurélia, déclare-t-elle avec franchise. La production et même mon agent étaient frileux.» Alors, comme toujours, elle s’est battue. «Je voulais ce rôle à tout prix. Ils voulaient me proposer un autre personnage. Mais je suis restée ferme. Deux semaines avant le tournage, la production m’a rappelée.»

Comme on pouvait l’imaginer, elle n’a pas envie de jouer les potiches. «C’est pour cette raison que je tenais à incarner Aurélia. Elle est franche, honnête, libre. Elle assume ce qu’elle est, c’est enviable.» Après Avant qu’il ne soit trop tard, Emilie a enchaîné les films. De profundis d’Antoine Santana, Le Pont du roi Saint-Louis de Mary McGuckian avec Robert DeNiro, et actuellement elle fait face à la caméra d’Alante Kavaité pour Ecoute le temps. «L’histoire d’une jeune femme ingénieur du son dont la mère a été assassinée dans sa maison de campagne. Elle mène l’enquête et va se rendre compte que le village est bien étrange…» Elle a maigri pour le rôle. «J’ai toujours été ronde. On me disait que c’était ma nature. Mais finalement ma corpulence n’était pas une fatalité.»

Elle vit un conte de fées dont elle n’avait jamais osé rêver. «Ma vocation c’était le théâtre. Pas le cinéma. J’habitais à Vaudignies dans le Hainaut, il fallait faire 25 kilomètres pour aller voir un film. On y allait donc très rarement. Mais j’aimais le côté paillettes du septième art. Heureusement que je ne suis pas de la génération de la «Star Academy». Sinon je serais tombée dedans ! La célébrité ne m’intéresse que pour une chose, elle me permet de choisir mes rôles.» En France, on ne la reconnaît pas dans la rue, sauf quand elle sort sa carte bancaire dans les magasins. «Ce sont des gens qui connaissent mon nom grâce à mon travail.» Quand elle ne tourne pas, elle vit dans sa maison de Haute-Normandie avec son amoureux musicien et leur petite fille Milla aux boucles d’or. «Elle a 2 ans et demi. Elle m’a dit dans son langage imagé qu’elle voulait être maquilleuse de costume.» Emilie en est folle. «Elle est aussi capricieuse que moi, enfant».

FRÈRES DE SANG

Certains films laissent perplexe comme ce “Frères de sang” de Kang Je-gyu. Dès les premiers plans du film, je me dis qu’il va falloir passer près de 2h30, ce qui est une perspective affolante pour cette oeuvre qui manque singulièrement d’affect. Ce mélange de mièvrerie et de sauvagerie inouïe, louche sur le l’efficacité d'”Il faut sauver le Soldat Ryan”. On passe son temps à faire l’aller et le retour entre ces deux films, ce qui est assez fatiguant. Rajouter à tout ça une pincée de “Sergent York”, chef d’oeuvre d’Howard Hawks où un pecors – Gary Cooper – devient machine de guerre, saupoudrer le tout d’un glaçage hollywoodien, caractérisez bien outrageusement, les personnages, histoire de loucher un peu sur le public occidental et les amateurs de jeux video. On retrouve tout dans ce film, Les grandes amours contrariées, Les glaces à l’eau, le patriotisme… Pervertir l’histoire complexe de la Corée pour donner un spectacle me paraît assez vain finalement. Et enfin sortir de ce film, laminé, rincé, blême comme au sortir du train fantôme, pour se dire “C’est comme les coups sur la tête, ça fait du bien quand ça s’arrête !”. La débauche de moyens et une musique tendance “N’est pas Morricone” qui veut, dessert le film déjà bien roublard et faussement réaliste. Si vous souhaitez savoir ce que l’on ressent dans un tambour d’une machine à laver, aller voir ce film…

Lessivé, on titube vers la sortie, accompagné des mines défaites des spectateurs, les grands moments d’émotions et de dédramatisation flirte en fait avec le ridicule, et rien ne nous est épargné dans la guimauve. Et l’on se souvient du dernier petit miracle du cinéma coréen “Locataires”, et deux des meilleurs films de 2004, “Old boy” et le magistral “Memories of Murder”, et l’on pense que surfer sur la mode extrème-orient n’augure pas que des chefs-d’oeuvres. Ce “frères de sang” me semble complaisant et démonstratif, mais tout ça reste de la subjectivité, au regard de quelques critiques positives, mais le temps est très long quand on reste à la porte d’un film. C’est dommage pour un sujet pareil… A noter que la comédienne du film Lee Eun Joo, c’est bien sûr triste car sa grande scène est un des trop rares moments émouvants du film.

CARRÉ DE DAMES POUR UN AS

Communiqué du 7 avril 2005 : Avec la disparition de Jacques Poitrenaud, le Festival de Cannes perd un de ses fidèles compagnons de route. Infatigable animateur et défenseur passionné du cinéma français, Jacques, à Cannes, a dirigé tour à tour la section Perspectives du Cinéma Français puis, pendant dix ans, la section officielle Un Certain Regard. Il est aussi l’auteur de comédies espiègles dont les acteurs s’amusaient autant que les spectateurs. Pour saluer sa mémoire, le Festival de Cannes a décidé de lui rendre hommage en dédiant à Jacques Poitrenaud l’édition 2005 du Certain Regard. Source : Festival de Cannes.

Il n’y a pas que le festival de Cannes dans le cinéma… Un blog de cinoche, sans parler de Cannes ? Mais qu’en dire en voyant le festival de sa petite “lucarne”. L’hommage du festival au sujet de Jacques Poitrenaud, me donne envie de parler d’un petit bijou aussi jubilatoire que le “Marie-Chantal contre le docteur Khâ” de Claude Chabrol (1965)  : “Carré de dames pour un as” (1966). Hanin dynamite son image de “Tigre” avec humour, dans ce rôle de Layton, un espion désinvolte. Il a un clin d’oeil malicieux avec l’arrivée de Serge Gainsbourg demandant du feu à Layton, et ce dernier répond que dans un film d’espionnage il aurait le rôle du faux jeton. Les dialogues de Jean-Loup Dabadie sont brillants et François Maistre est excellent en grand méchant, supprimant toute preuve de son existence à son passage. Il y a un petit jeu subtil avec sa voix – mais chut…- et comme disait Hitchcock meilleur est le méchant, meilleur est le film… Il y a aussi, oubliés des dictionnaires de Raymond Chirat, Henri Crémieux, dans le rôle de Marvier, supérieur de Layton désabusé et sous pression et Jean-Pierre Darras, qui compose un excellent numéro de flic blasé face au grand méchant François Maistre. Le film étonne par son humour ravageur et distancié porté par Roger Hanin, et autour du trio de femmes fatales Sylva Koscina, Dominique Wilms, Laura Valenzuela, Catherine Allégret, jalouse comme une tigresse dévoile une belle énergie et leurs volent allégrement la vedette.

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Affiche provenant des “Gens du cinéma”

En hommes de main on retrouve Guy Delorme (Jésus) et Henri Lambert (Adams), formant un duo de méchants décalés et désinvolte. Ils parlent de manger de l’Osso Bucco avant d’attaquer un commissariat… On retrouve beaucoup de seconds couteaux formidables – la plus part non crédités bien sûr -, Michel Duplaix (crédité Duploix !) et Philippe Brigaud en hauts fonctionnaires, Michel Vocoret en photographe, l’acteur-cascadeur Sylvain Lévignac en consommateur au bistrot, Paul Pavel en homme de main sacrifié, Anna Gaylor en vendeuse, Renée Gardès en bonne espagnole (un visage étonnant) ou Michel Charrel en joueur de poker. Il y a aussi Lionel Vitrant en chauffeur d’Hakim Gregory. Il avait un rôle important dans “Borsalino and co” de Jacques Deray en 1974 aux côtés d’Alain Delon et il crevait l’écran. C’était émouvant de le retrouver lui et son fils dans un documentaire “Les cascadeurs” diffusé l’an dernier sur La Cinq. Le fils a pris la relève et les cascades, selon lui le son père était trop intègre pour ne profiter de l’estime que lui portait Alain Delon, pour être plus en lumière. Saluons ces artistes, souvent de l’ombre, on reconnaît encore Lionel Vitrant au détour d’une scène… Petite énigme, il semble y avoir une version espagnole, – voir fiche du film en début – signé Poitrenaud également avec Fred Williams, Barbara Rütting Elisa Montes, Luis Morris et Horst Tappert – le fameux Derrick -. J’ai mis tout ce petit monde en non crédité – “uncredited” sous la fiche d’IMDB faute d’avoir d’autres précisions, si quelqu’un a une info à ce sujet, merci d’avance…

TROIS COUPLES EN QUÊTE D’ORAGES

Trois couples en quête d’orages” surprend plutôt en bien, Jacques Otzmeguine – sans doute trop marqué par la télévision – n’a guère convaincu au cinéma jusqu’à présent avec “Prunelle blues” (1986) polar ennuyeux avec Michel Boujenah et Vincent Lindon, ou “Une employée modèle” malgré la sensualité de Delphine Rollin et l’excellent François Berléand dans une sombre histoire d’espionnage. Le film doit essentiellement à sa distribution. Ses comédiens sont par trop rares sur le grand écran. Samuel Labarthe a de la chance de retrouver une nouvelle fois l’univers de Lionel Duroy, adapté ici à nouveau après “Priez pour nous” en 1993 où il jouait le mari grand bourgeois de Delphine Rich.  Il est ici Olivier, un handicapé, suite à une rupture d’anévrisme, sa nouvelle conquête (La toujours sublime Delphine Rollin) le quitte, alors qu’il venait de quitter sa femme – La toujours juste Clothilde de Bayser – en quête d’une vie moins étriquée. Labarthe est à la hauteur d’un très beau rôle entre résignation et énergie, un beau numéro d’acteur entrant dans la maturité. Aurélien Recoing trouve ici un personnage plus volubile, opposé à l’image monolithique de ces précédents rôles, même si l’ambiguïté de amitié avec Olivier est peut être ici trop surlignée. Moins convainquant, Hippolyte Girardot, ici moins à l’aise que dans la démesure que dans “Rois et reines”. Il peine à nous intéressé à son rôle de mari trompé, obsédé par l’image de son grand-père, figure emblématique d’homme politique, dont il joue avec sa secrétaire – Katia Tchenko, amusée – On peut le préférer dans le formidable « Tango des Rachevski » de Sam Gabarski. On retrouve Steve Suissa inattendu – belle idée – en homme politique arriviste et Jean-Luc Porraz en bureaucrate tatillon.

Claire Nebout et Laurence Côte

Les femmes ont le beau rôle dans ce film et rayonnent par leurs sensualités, de Philippine Leroy-Beaulieu en épouse incomprise en quête de tendresse, Laurence Côte en jeune veuve dynamique –grand retour qu’il faut saluer après son portrait de femme qui se laisse vivre dans “Nos enfants chéris” – et Claire Nebout, en sculptrice sensuelle qui compose avec les déceptions de sa vie.

Ces personnages de quadragénaires sont attachants et subtils, il faut donc voir ce film plus léger que dramatique, et donnant le beau rôle – c’est suffisamment rare pour le signaler – aux femmes. En souhaitant les metteurs en scènes moins frileux pour continuer à faire travailler ces formidables comédiennes.

Article : portrait de Samuel Labarthe, dans “LE FIGARO”

Samuel Labarthe et la crise de la quarantaine par Brigitte Baudin, 27 avril 2005

Il arrive discrètement dans le bar de l’avenue Montaigne,avec quelques minutes d’avance, vêtu d’un

imperméable mastic. Il tient à la main une fine sacoche de cuir fauve dont il extrait un paquet de tabac et du papier transparent. Méthodiquement, il roule une élégante cigarette et la fume délicatement. On le sent tendu, nerveux, toujours en alerte même s’il affiche une certaine décontraction. De bruyants énergumènes entrent et parlent fort. Trop fort. Tout ce que n’aime pas ce Suisse toujours si poli, élégant et réservé. Samuel Labarthe est un écorché vif, un angoissé rongé par le doute et l’incertitude.

C’est pourquoi cet acteur subtil, exigeant ne choisit jamais la facilité.

Au théâtre, il est chaque soir (et jusqu’à l’été ), seul sur la scène du Studio des Champs-Elysées dans Soie, de Alessandro Baricco, un poétique et sensuel voyage, des Cévennes au Japon, à la poursuite d’une femme fantasmatique.

Au cinéma, il campe l’un des protagonistes de Trois couples en quête d’orages de Jacques Otmezguine, une belle histoire d’amitié à la Sautet sur fond de crise de la quarantaine, adaptée du roman de Lionel Duroy (Editions Julliard) et produite par Nelly Kafsky.

Olivier (Samuel Labarthe), Rémi (Aurélien Recoing), Pascale (Philippine Leroy Beaulieu) s’aiment d’amitié tendre depuis l’adolescence et forment avec leurs conjoints, un clan indissoluble. Et voilà qu’Olivier se retrouve brutalement sur un fauteuil à la suite d’un accident vasculaire alors que son couple bat de l’aile. Handicapé, paralysé des jambes, Olivier est recueilli par Rémi et sa femme, la douce et généreuse Estelle (Claire Nebout).

«Olivier est médecin, explique Samuel Labarthe. Il vient de passer le cap de la quarantaine. C’est pour lui le temps du bilan, de la remise en question. Il a envie de tout envoyer balader : famille, travail, copains. D’échapper à la routine avant qu’il ne s’encroûte vraiment. Il fait sa crise d’adolescence tardive. Et puis tout bascule. C’est l’accident. Il doit alors se battre pour quelque chose d’essentiel : vaincre son handicap et tenter de remarcher. Dans cette épreuve, il a la chance de trouver aide et réconfort auprès d’amis fidèles et sincères.»

Habitué des plus grands rôles du répertoire classique et moderne (Prix Gérard Philippe en 1993 pour Ce qui arrive et ce qu’on attend), Samuel Labarthe n’a pas eu, en revanche, cette même chance au cinéma, où son physique de beau gosse élégant aux traits fins ne trouvait pas sa place. Il se rattrape aujourd’hui avec le personnage d’Olivier, pivot de ce film choral.

«Je connais bien l’univers du romancier Lionel Duroy, précise-t-il. J’ai tourné en 1993 Priez pour nous qui était déjà adapté de son oeuvre. Dans le roman Olivier est le personnage central. Tout gravite autour de lui. Là, il participe à l’action au même titre que les autres. Incarner Olivier a été un vrai défi. Et j’aime cela. Il fallait, en effet, que j’apparaisse comme un véritable handicapé, incapable de me mouvoir. Mon comportement, mes gestes, mes attitudes devaient être parfaitement justes. Je suis donc allé à Garches. J’ai rencontré de nombreuses personnes, paralysées à la suite d’un problème vasculaire cérébral, accidentées de la route. J’ai suivi leurs conseils pour travailler le côté physique de mon personnage. C’était une attention, une concentration de tous les instants.»