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Fragments d’un dictionnaire amoureux : Anne Bancroft

 

Mort des suites d’un cancer de l’admirable Anne Bancroft, inoubliable Annie Sullivan, éducatrice d’une jeune handicapée dans “Le miracle en Alabama” d’Arthur Penn en 1962, et la mythique Mrs. Robinson du “Lauréat” de Mike Nichols, en femme désoeuvrée qui déniaisait Dustin Hoffman. Avec Mel Brooks, elle formait l’un des couples les plus long d’Hollywood (41 années). Femme de caractère, elle marquait durablement ses rôles, même les plus courts de ces dernières années. En 1980, elle avait réalisé “Fatso” avec Dom de Luise, où elle “…réussit moins dans le comique que dans la description des personnages et de leurs rapports, en des scènes parfois de grande tendresse…” (Guy Gauthier, La saison cinématographique 1981).

Filmographie : 1951  Don’t bother to knock (Troublez-moi ce soir) (Roy Baker) – 1952  Treasure of the golden condor (Le trésor du Guatemala) (Delmer Daves) – Tonight we swing (Belgique : Les plus grandes vedettes du monde) (Mitchell Leisen) – 1953  The kid from left field (Harmon Jones) – Demetrius and the gladiators (Les gladiateurs) (Delmer Daves) – 1954  Gorilla at lage (Belgique : Panique sur la ville) – 1954  The raid (Hugo Fregonese) – New York confidential (New York confidentiel) (Russell Rousse) – A life in balance (Belgique : La sixième victime) (Harry Horner) – 1955  The naked street (Le roi du racket) (Maxwell Shane) – The last frontier (La charge des tuniques bleues) (Anthony Mann) – 1956  The last hunt (La dernière chasse) (Richard Brooks, apparition non créditée) – Nightfall (Jacques Tourneur) – Walk the proud land (L’homme de San Carlos) (Jesse Hibbs) – The restless breed (La ville de la vengeance) (Alan Dwan) – 1962  The miracle worker (Miracle en Alabama) (Arthur Penn) – 1964  The pumpkin eater (Le mangeur de citrouilles) (Jack Clayton) – 1965  The slender thread (30 minutes de surcis) (Sydney Pollack) – Seven women (Frontière chinoise) (John Ford) – 1967  The graduate (Le lauréat) (Mike Nichols) – 1971  Young Winston (Les griffes du lion) (Richard Attenborough= – 1974  The prisoner of Second Avenue (Le prisonnier de la 2e avenue) (Melvin Frank) – 1975  The Hindenburg (L’odyssée du Hindenburg) (Robert Wise) – 1976  Lipstick (Viol et châtiment) (Lamont Johnson) – Jesus of Nazareth (Jésus de Nazareth) (Franco Zeffirelli) – Silent movie (La dernière folie de Mel Brooks) (Mel Brooks) – 1977  The turning point (Le tournant de la vie) (Herbert Ross) – 1979  Fatso (+ réalisation) – 1980  The elephant man (Elephant man) (David Lynch) – 1983  To be or not to be (Id) (Alan Johson) – 1984  Garbo talks (À la recherche de Garbo) (Sidney Lumet) – 1985  Agnes of God (Agnès de Dieu) (Norman Jewison) – 1986  ‘Night mother (Goodnight, mother) (Tom Moore) – 84 Charing Cross Road (Tom Moore) – 1988  Bert Rigby, you’re a fool (Carl Reiner) – Torch song trilogy (Id) (Paul Bogart) – 1991  Honeymoon in Vegas (Lune de miel à Las Vegas) (Andrew Bergman) – Mr. Jones (Id) (Mike Figgis) – Neil Simon’s Broadway bound (En route pour Manhathan) (Paul Bogart, téléfilm diffusé en salles en France) – 1992  Love position n°9 (Dale Launer) – Point of no return (Non de code : Nina) (John Badham) – 1993  Malice (Id) (Harold Becker) – 1995  How to make an American quilt (Le patchwork de la vie) (Jocelyn Moorhouse) – Home for the Holidays (Week-end en famille) (Jodie Foster) – 1996  The sunchaser (Sunchaser) (Michael Cimino) – 1997  G.I. Jane (À armes égales (Ridley Scott) – The great expectations (De grandes espérances) (Alfonso Cuarón) – Critical care (Sidney Pollack) –  1999  Up the villa (Il suffit d’une nuit) (Philip Haas) – 2000  Keeping the faith (Au nom d’Anna) (Edward Norton) –  Heartbreakers (Beautés empoisonnées) (David Meerkin). Voxographie : 1998  Mark Twain’s America in 3D (Stephen Low, voix de la récitante) – Antz (Fourmiz) (Eric Darnell & Tim Johnson, voix seulement) – 2001 In search of peace (Richard Trank, voix de la récitante) – 2004 Delgo (Marc F. Adler & Jason Maurer, voix de la récitante).  Télévision (notamment) : 1994  Oldest living confederate widow tells all (Ken Cameron) – 1996  Homecoming (Les enfants perdus) (Mark Jean) – 1999  Deep in my heart (Anita W. Addison) -2001  Haven (John Gray) – 2003  The Roman Spring of Mrs. Stone (Robert Allan Ackerman).

PHILIPPE GARREL

 Demain, c’est la première diffusion du beau film de Philippe Garrel “La naissance de l’amour”, sur Cinéculte à 22h20, avec l’admirable Lou Castel.

J’apprécie beaucoup l’univers de Philippe Garrel dont je ne connais que quelques films : “Le révélateur “,”J’entends plus la guitare”, “Le cœur fantôme”, ” Le vent de la nuit”, notamment en collaboration avec Marc Cholodenko. “J’entends plus la guitare” m’a beaucoup marqué, l’admirable Benoît Régent y était prodigieux et c’est un de mes films de chevet. La beauté esthétique de ses films est étonnante…

J’ai une anecdote sur Philippe Garrel, c’était lors d’une avant-première du film “La naissance de l’amour”, justement en 1993 au cinéma “L’Arlequin” présenté par Claude-Jean Philippe. Il y avait beaucoup de monde ce dimanche matin là, à “l’heure de la messe”, Jean-Pierre Léaud présent ce jour là, avait disparu très vite, fidèle à sa réputation…

Malchance pour moi, arrivé au niveau de la caisse, il n’y avait plus de place. C’est alors que M. Garrel a décidé de me faire rentrer et de ce fait de rester debout durant tout le film pour laisser un cinéphile de plus voir son film. Je me souviens de sa silhouette dans l’obscurité de la projection, culpabilisant de le voir debout… J’ai discuté ensuite un peu avec lui, appréciant son humilité et la richesse de ses propos. Le souvenir de cette projection reste pour moi inoubliable, et ce blog me donne ici l’occasion de saluer sa générosité et son talent.

EURO BIS

A recommander chaudement les 9 premiers numéros du fanzine “Euro Bis” mine d’informations, sur le cinéma bis Européen, avec des dossiers épatants sur le “Western spaghetti”, avec également des hommages (Léon Klimovsky, Emilio Salgari, Fernando di Léon), dossiers sérieux (OSS 117, Le guide des acteurs du western spaghetti), et des filmos des disparus récents (Wolfgang Preiss, Charles Rénier).

Les 9 premiers numéros sont toujours disponibles, voir lien EUROBIS. Précipitez-vous, c’est de la belle ouvrage.

Ce blog “portnawack” n’est finalement pas complétement vain, puisque j’ai rencontré un cinéphile formidable Jean-Louis, dit Gashade, qui a dans ses tablettes un bel ouvrage concernant les seconds couteaux américains, d’où de passionnantes conversations il y a peu sur Warren Oates, ou le formidable Timothy Carey, voir site officiel TimothyCarey.com, acteur fétiche de John Cassavetes et Stanley Kubrick, notamment.

Grâce à lui, j’ai pu découvrir un livre épatant, “Les yeux de la momie” (Rivages/Écrits noirs, 1997), recueil d’articles de Jean-Patrick Manchette, publiés dans “Charlie Hebdo” de 1979 à 1982. Manchette a une grande ouverture d’esprit, passant des grands classiques au cinéma bis (Lucio Fulci, notamment, désormais reconnu). Le ton est drôle, le style excellent, on se régale dès la préface d’Alain Carbonnier (l’anecdote sur Robert Bresson). C’est un livre indispensable, ludique, en avance sur son époque et oeuvre de précurseur.

ONCQUES NE M’EMMERDE

Dernier saut, à Paris, hier vendredi, toujours grâce à François Berléand, sur le tournage de “La comédie du pouvoir”. Archaïque comme je suis, n’ayant pas de portable, je me perds joyeusement deux bonnes heures, et arrive pour l’heure du repas. Là suit une belle conversation avec un François Berléand, très en verve et drôlissime, ainsi que la lumineuse Marilyne Canto et l’indispensable Yves Verhoeven, habitué des tournages de Claude Chabrol (“Madame Bovary”, “Betty”, “L’enfer”, “La cérémonie”, “Rien ne va plus”. Tous rivalisent de sympathie…

François Berléand reprend son rôle de grand patron mis en examen, Isabelle Huppert joue Jeanne, une femme juge, Marilyne Canto une juge également, Yves Verhoeven, un greffier nommé Janus ! et en plus il y a un de mes acteurs préférés Jean-François Balmer, barbu, venu par amitié, jouer un financier, nommé Baldi,  interrogé par Jeanne, ce dernier vous plonge dans son propre univers par sa seule présence.

Jean-François Balmer

Balmer a eu une longue collaboration avec Chabrol depuis “Le sang des autres” (1983), il a tourné “Madame Bovary” – où il était un formidable Charles Bovary,, “Rien ne va plus” et il l’a même eu comme partenaire dans “Polar” de Jacques Bral, ils formaient un couple homosexuel dans “Sam suffit” de Virginie Thévenet. Dernièrement dans un film de Jacques Grand-Jouan  – qui est passé ce jour lors du tournage, apportant trois bonnes bouteilles de vin à Claude Chabrol – : “Lucifer et moi”, Claude Chabrol, qui joue l’homme de la rue, étrangle Balmer qui joue Lucifer ! Ce film en noir et blanc et caméra légère qui vient d’être terminé est assez incroyable, on y retrouve Pierre Etaix, mais aussi Orson Welles, Eugène Ionesco, Roland Dubillard, dans des images non montées tournées précédemment.

Jean-François Balmer a un beau dialogue face à Isabelle Huppert en juge stoïque, c’est un beau morceau de comédie sur la noirceur des affaires. Le chef opérateur Eduardo Serra impressionne toujours par sa discrétion et son professionnalisme. Et Claude  Chabrol aidé de la bonne humeur d’Aurore Chabrol et de Cécile Maistre. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui poser la question stupidissime, du pourquoi du surnom de “Chacha” que donne l’équipe à M. Chabrol. Cécile Maistre enfant, ne pouvant l’appeler “papa” – son père  étant François Maistre”, vint le sobriquet de “Chacha” et qui reste désormais. François Berléand ayant terminé ses scènes du jour hélas – il va tourner ensuite “Le dernier harnais” film de Florence Moncorgé-Gabin. 

j’ai pu discuter avec Yves Verhoeven, formidable comédien, d’une grande modestie. Je lui parle de son portrait dans secondscouteaux.com et ses infos me permettent de lui faire une fiche pour Les gens du cinéma.

Yves Verhoeven

J’ai eu donc une belle discussion avec lui, je l’avais croisé avec son premier enfant et je n’avais pas osé l’aborder, et j’aurais pu le croiser sur le tournage d'”Edy” où il joue un inspecteur, ce qui est assez curieux finalement. Il me parle des vicissitudes de son métier, des belles rencontres comme Claude Miller, Guillaume Nicloux, Jacques Audiard et bien sûr “Chacha” que lui avait présenté Cécile Maistre, cette dernière l’ayant dirigé également  sur le court-métrage “L’acrobate” en 1997. Yves Verhoeven est lucide, très “bosseur” et humainement quelqu’un de bien en plus. Souhaitons-lui plein de beaux rôles, son registre le lui permettant, le moniteur de “La classe de neige” par exemple.

Seconde rencontre avec Jean-François Balmer, stature impressionnante et très abordable, on parle un peu de tout, en vrac, de son goût pour le théâtre et des comédiens – il était épatant en animateur de radio libre dans “Le quart d’heure américain”, de ses rôles coupés de Napoléon dans “Le radeau de la méduse” – La même année que son Louis XVI dans “La Révolution française”,qui a connu un tournage difficile sur plusieurs années et sa scène avec Jacques Villeret dans “La gueule ouverte”, une scène de beuverie coupée donc, mais que l’on retrouve dans la version DVD dont Jean-François a fait le commentaire. Il continue ses épisodes de “Boulevard du Palais”, tant qu’il peut y apporter des répliques et des touches personnelles, un grand monsieur, exigeant, passionné et très abordable.

Marilyne Canto

Troisième rencontre avec Marilyne Canto, qui a attendu toute l’après-midi, pour une scène repoussée finalement, je lui parle de son exigence – elle m’a beaucoup touché dans “Le lait de la tendresse humaine” de Dominique Cabrera -, elle a des retours de ce fait par les metteurs en scènes désormais. Elle prépare un moyen métrage avec Antoine Chappey, comme réalisatrice après “Nouilles”. C’est une femme très attachante.

Le tournage se termine, Aurore et Claude Chabrol, s’éloignent, je serai bien resté à regarder la totalité du tournage, mais le clivage cinéphilie-réalité n’a qu’un temps. La figure sympathique de Claude Chabrol ne fait que me faire encore plus aimer son oeuvre, et j’ai envie de prendre la même devise qu’il citait dans son livre “Et pourtant je tourne” que je lui ai fait signer : “Oncques ne m’emmerde”. Bon vent à toute cette formidable équipe.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Henri Attal

Henri Attal et Jean-Pierre Mocky dans « Le glandeur »

Cet éternel abonné aux rôles de tueurs et de bagnards – à l’image de “L’affreux” dans “Elle cause plus… elle flingue” de Michel Audiard en 1972, sorte de rôle étalon de sa carrière – est un grand oublié des dictionnaires. Second couteau par excellence et figure singulière du cinéma français, il semble impossible de dresser sa filmographie exhaustive. Brun, ténébreux, le sourcil épais, trucider son prochain semble pour lui une seconde nature. Il est souvent en tandem avec Dominique Zardi : “…Attal, je l’ai rencontré par hasard dans un studio. Je le connaissais vaguement de vue, et je me suis aperçu très vite que tout le monde disait Attal et Zardi, Attal et Zardi! Alors que je n’ai rien en commun avec lui. J’étais petit, blond, timide, réservé, avec une nature assez profonde et entière, et lui c’est un personnage très flou, très pittoresque, c’est un elfe, un mec qui n’existe pas. A 60 ans, il n’a toujours pas de domicile, c’est un homme très étrange! On a constitué sans s’en rendre compte un couple atypique. On était tellement différents, opposés, “in conflitto” comme disent les Italiens, en conflit, parce que Attal, dans les films est bohème, “voleur”, fou et faux… exactement ce que je ne suis pas ! En France on ne sait pas travailler avec des gens atypiques ! Enfin pas encore ! Peut-être que de nouveaux cinéastes le verront avec des visions plus grandes !” Travelling avant N°10–1997). On les retrouve souvent à la limite de la figuration : dans une bagarre face à Fernandel dans “L’assassin est dans l’annuaire” (1961), spectateurs à la boxe dans “Les petits matins” (1961) et même en smoking (un contre-emploi!), allant au concert et croisant Ingrid Bergman et Yves Montand dans “Goodbye again (Aimez-vous Brahms)” (1961). Quand on les voit en apaches, roder autour de petites filles dans “Paradiso, hôtel du libre échange” (1965), on en frémit d’avance. Dans des rôles plus conséquents, Attal et Zardi sont hommes de main de Fantômas dans la trilogie d’André Hunebelle. Tué dans le premier épisode, Attal “ressuscite” dans le suivant !, pour devenir un Écossais édenté et idiot dans “Fantômas contre Scotland Yard” (André Hubelle, 1966). Ils sont tueurs à la solde de Robert Hossein dans “Le vice et la vertu” (Roger Vadim, 1962), tueurs – again !- dans “Mort d’un tueur” (Robert Hossein, 1963), truands terrorisants un troupeau de vaches dans “La horse” (Pierre Granier-Deferre, 1969) ou habitués des castings à la recherche d’un rôle dans “Le cinéma de Papa” (Claude Berri, 1970). Mais ils sont souvent amusants, même en sbires anglais (!) d’Edward Meeks dans “Pleins feux sur Stanislas” (Jean-Charles Dudrumet, 1965). Il faut les voir dans cette parodie de films d’espionnages, batailler avec Billy Kearns et Clément Harari, ils ont pour seule réplique un “Yes sir !”, clin d’oeil sans doute à la réplique de Robert Dalban dans “Les tontons flingueurs”.

Avec Dominique Zardi dans « Les plus grandes escroqueries du monde »

Ils étaient assez violents au début de leur carrière à l’image d’un mémorable témoignage dans “Cinéma Cinémas” en 1990 où ils racontent avoir jeté à l’eau la caméra de l’équipe de tournage du film “Saint-Tropez Blues” (1960) suite à une promesse non tenue d’y participer. Les témoignages par téléphone de Jean Becker, Claude de Givray, Claude Chabrol et Jean-Pierre Mocky, y sont riches d’anecdotes. Résultat : ils sont dans le film dans des rôles de marins bagarreurs ! Claude Chabrol les prend en sympathie en 1959, pour “Les bonnes femmes”. : “Ils cassaient la gueule à ceux qui ne voulaient pas les engager. Je les avais prévenus dès le départ. Je voulais bien les engager, et le fait que leurs noms commencent par A et Z m’amusait. Mais je leur avais dit “Il ne faut pas me menacer, parce que le jour où vous me faites chier, je vous envoie foutre. Si vous voulez qu’on se bagarre, on le fera, mais je ne suis pas du tout sûr que vous allez y gagner, parce que je suis vicieux comme le diable, vous aussi, et ça risque de mal se terminer”. Avec moi, ils ont toujours été très convenables. Je les aime bien.” – Conversation avec Claude Chabrol, un jardin bien à moi (François Guérif, Editions Denoël, 1999). Il leur offre leurs meilleurs rôles comme celui de Robègue pour Attal et de Riais pour Zardi (jeu de mot avec Alain Robbe-Grillet) dans “Les Biches” (1967), un tandem pédant (“Je montre deux emmerdeurs…, deux faux artistes qui font de la peinture bidon et de la musique à l’aide de trois tam-tams, d’un piston à coulisse et d’une machine à écrire. En un mot l’art qui emmerde tout le monde…” – Claude Chabrol dans “Claude Chabrol par Guy Braucourt” (Editions Seghers, 1971). Toujours chez Chabrol, ils sont gardes : “Ophélia” (1961), gendarmes :  “Landru” (1962), vigiles de la Tour Eiffel aux prises avec Francis Blanche qui se croit propriétaire des lieux suite à une escroquerie : “Les plus grandes escroqueries du monde : L’homme qui vendit la Tour Eiffel” (1963), tueurs dans un aéroport : “Le tigre se parfume à la dynamite” (1964), agresseurs de Maurice Ronet : “Le scandale” (1966), etc…. Il est à noter qu’Attal trouve souvent chez Chabrol – qui m’avait témoigné son estime envers lui – l’occasion d’essayer d’autres emplois, tel un “pilier de comptoir” halluciné, dans “Une femme infidèle” (1968), amusant Michel Bouquet par son comportement, l’officier de police précautionneux face à François Périer dans “Juste avant la nuit” (1970), la vieille sourde (sic) dans “Docteur Popaul” (1972), personnification inattendue du “destin”, le policier qui essaie en vain de raisonner Michel Aumont dans ses pulsions sadiques dans “Nada” (1973), spectateur passionné du procès de “Violette Nozière” (1977), ou encore l’huissier courtois (nommé Me Hareng !” dans “Madame Bovary” (1991). 

Ils intègrent le “Mocky Circus” (selon la formule d’Éric Le Roy), Attal est un policier blâmant Zardi, voyeur espionnant un couple d’amoureux caché sous une voiture dans “Les vierges” (1962). Jean-Pierre Mocky les utilise souvent depuis, ensemble ou séparés, tel pour Henri Attal, le passager d’un train, manquant de se faire voler son panier à chat par Jean Poiret dans “La bourse et la vie” (1965).

Henri Attal & Dominique Zardi – en arrière plan – dans “Topaz – L’étau”

Ils tournent un temps avec Jean-Luc Godard, en faux aveugles dans “Une femme est une femme” (1960), ne reconnaissant pas Jean-Paul Belmondo, pourtant ancien ami indicateur puis déclarant “avec ses lunettes noires, on n’y voit rien du tout!”, pompistes agressés violemment (pour une fois !) par le tandem Anna Karina-Belmondo dans “Pierrot le fou” (1965) et en consommateurs de café égrillards dans “Masculin Féminin” (1965), lisant un texte érotique à haute voix (effet décalé obligatoire). Attal et Zardi manquent même d’obtenir le rôle titre des Carabiniers, projet annulé suite à une brouille avec le producteur Georges de Beauregard. Ils participent même au film d’Alfred Hitchcock, “Topaz (L’étau)” en 1969, en tueurs au stade “Charlety”, mais la scène est coupée au montage final. On retrouve Attal, cavalier seul, en apache, montrant à d’autres truands comment se comporter dans le grand monde, lors de l’enterrement d’Arsène Lupin (mais en tenant le goupillon à l’envers, il perturbe avec drôlerie la cérémonie), dans “Arsène Lupin contre Arsène Lupin”  (1962), en ouvrier harangué par les nazis dans “Le vampire de Düsseldorf” (1964), inspecteur à la morgue dans “Galia” (1965)… Dans les années 70-80, il est un onaniste dans “Sex-Shop” (1972), un truand priant à genoux (avec ses codétenus Henri Virlojeux et Carlo Nell) … pour la réussite d’un cambriolage dans “Trop jolies pour être honnêtes” (1972), un concierge suspicieux dans “Gross Paris” (1973), un gardien de prison qui joue nerveusement aux cartes dans “Bartleby” (1976), un huissier au tribunal dans “L’autrichienne” (1989) ou encore un quidam se désolant, dans un hôpital, que l’on vienne agoniser sur son paillasson dans “Trois hommes à abattre” (1980). Enfin, il figure souvent dans les films de Claude Zidi tel le terroriste à la couscoussière, dans “Les sous-doués” (1979) ou le personnage à la gâchette facile de “Dédé La Mitraille” que provoque délibérément Philippe Noiret,  pour créer un carnage dans “Les Ripoux” (1984).



Avec Stéphane Audran & Dominique Zardi dans “Les biches”

Plus récemment, on le retrouve en figurant dans le film de Bertrand Tavernier “Laissez-passer” (2001), et chez Claude Chabrol, en vendeur de rue insistant pour offrir un sandwich grec à Michel Serrault dans “Rien ne va plus” (1997) et en beau-père impotent que visite Nathalie Baye dansLa fleur du mal” (2002). Chez Jean-Pierre Mocky, il est un ouvrier algérien dévoué dans “Le roi des bricoleurs” (1976), chômeur proposant un verre à Jacqueline Maillan – qu’elle refuse en lui déclarant un ironique “Il est charmant !” – dans “Ville à vendre” (1991), un amateur du vin Iroulégui dans “Alliance cherche doit” (1997), un mystérieux “pestiféré”, comparse de Noël Godin dans “Tout est calme” (1999), ou un badaud complètement fou, coiffé d’un journal, qui surveille des ouvriers – il pense qu’en les regardant, il les motive ! – dans “Le glandeur” (1999). Le sbire de Don Salvatore – campé savoureusement par un Michael Lonsdale “Wellesien” – dans “Le Furet” (2003) est sa dernière composition. Visiblement fatigué, le bras gauche dans le plâtre, il fait preuve d’une belle énergie face aux facéties téléphoniques de Jacques Villeret. Ces dernières années il vivait à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), grâce à la comédienne Marie-France Boyer, qui lui avait trouvé un logement. Il meurt dans le dénuement et une grande discrétion, dans des conditions dramatiques, laissant son grand ami Dominique Zardi triste devant le silence sur ce fidèle serviteur du cinéma français. Pour avoir rentré souvent son nom sur le site IMDB afin de compléter sa filmographie, gageons que nous retrouverons encore d’autres rôles non répertoriés de Henri Attal, petite manière pour nous de continuer de rendre hommage à ce fidèle serviteur du cinéma français mort le 24 juillet 2003 des suites d’une violente crise d’asthme.

Avec Perrette Pradier & Dominique Zardi dans “Furia à Bahia pour OSS 117”

Filmographie : 1958  Asphalte (Hervé Bromberger) – 1959  Les bonnes femmes (Claude Chabrol) – 1960  Les godelureaux (Claude Chabrol) – Goodbye Again (Aimez-vous Brahms ?) (Anatole Litvak) – Une femme est une femme (Jean-Luc Godard) – Saint Tropez Blues (Marcel Moussy) – 1961  L’assassin est dans l’annuaire (Léo Joannon) – Les parisiennes [épisode «Sophie »] (Marc Allégret) – Les petits matins (Jacqueline Audry) – Auguste (Pierre Chevalier) – Le monte-charge (Marcel Bluwal)Ophélia (Claude Chabrol) -1962  Vivre sa vie (Jean-Luc Godard) – Le vice et la vertu (Roger Vadim) – Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil) – Landru (Claude Chabrol) – Arsène Lupin contre Arsène Lupin (Édouard Molinaro) – Les vierges (Jean-Pierre Mocky) – 1963  O.S.S. 117 se déchaîne (André Hunebelle) – Méfiez-vous Mesdames ! (André Hunebelle) – Faites sauter la banque (Jean Girault) – Les plus belles escroqueries du monde [épisode « L’homme qui vendit La Tour Eiffel »] (Claude Chabrol) – L’assassin connaît la musique… (Pierre Chenal) – La mort d’un tueur (Robert Hossein) – Hardi Pardaillan (Bernard Borderie) – Du grabuge chez les veuves (Jacques Poitrenaud) – Château en Suède (Roger Vadim) – 1964  Échappement libre (Jean Becker) – Fantômas (André Hunebelle) – Le tigre aime la chair fraîche (Claude Chabrol) – Les gorilles (Jean Girault) – Le vampire de Düsseldorf (Robert Hossein) – La chasse à l’homme (Jean Girault) – 1965  Furia à Bahia pour OSS 117 (André Hunebelle) – Paris au mois d’Août (Pierre Granier-Deferre) – Galia (Georges Lautner) – Marie-Chantal contre le docteur Kha (Claude Chabrol) – Pleins feux sur Stanislas (Jean-Charles Dudrumet) – Fantômas se déchaîne (André Hunebelle) – Masculin Féminin (Claude Chabrol) – La bourse et la vie (Jean-Pierre Mocky) – Hotel Paradiso (Paradiso, hôtel du libre-échange) (Peter Glenville) – 1966  La ligne de démarcation (Claude Chabrol) – Roger la Honte (Riccardo Freda) – Le scandale (Claude Chabrol) – Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle) – Brigade anti-gangs (Bernard Borderie) – 1967  Mise à sac (Alain Cavalier) – Les biches (Claude Chabrol) – Les grandes vacances (Jean Girault) – Le pacha (Georges Lautner) – 1968  La femme infidèle (Claude Chabrol) – Le cerveau (Gérard Oury) – 1969  Une veuve en or (Michel Audiard) – Horse, La (Pierre Granier-Deferre) – Borsalino (Édouard Molinaro) – Topaz (L’étau)  (Alfred Hitchcock, rôle coupé au montage) – 1970  Le cinéma de papa (Claude Berri) – Le gendarme en balade (Jean Girault) – Juste avant la nuit (Claude Chabrol) – 1971  Jo (Jean Girault) – La grande maffia… (Philippe Clair) – 1972  Sex-Shop (Claude Berri) – Docteur Popaul (Claude Chabrol) – Elle cause plus…, elle flingue (Michel Audiard) – Don Juan ou si Don Juan était une femme (Roger Vadim) – Trop jolies pour être honnêtes (Richard Balducci) – Moi y’en a vouloir des sous (Jean Yanne) – 1973  Ursule et Grelu (Serge Korber) – Le train (Pierre Granier-Deferre) – Nada (Claude Chabrol) – Gross Paris (Gilles Grangier) – Les quatre Charlots mousquetaires (André Hunebelle) – 1974  Borsalino & Co (Jacques Deray) – Une partie de plaisir (Claude Chabrol) – Les innocents aux mains sales (Claude Chabrol) – 1975  La course à l’échalote (Claude Zidi) – Adieu, poulet (Pierre Granier-Deferre) – Folies bourgeoises (Claude Chabrol) – 1976  Le corps de mon ennemi (Henri Verneuil) – Bartleby (Maurice Ronet, téléfilm diffusé en salles) – Le gang (Jacques Deray) – Le roi des bricoleurs (Jean-Pierre Mocky) – 1977  L’homme pressé (Édouard Molinaro) – Le point de mire (Jean-Claude Tramont) – L’animal (Claude Zidi) – Et vive la liberté! (Serge Korber) – Comment se faire réformer (Philippe Clair) – La zizanie (Claude Zidi) – Violette Nozière (Claude Chabrol) – 1978  Le témoin (Jean-Pierre Mocky) – Les réformés se portent bien (Philippe Clair) – Plein les poches pour pas un rond… (Daniel Daert) – Once in Paris (Frank D. Gilroy) – La carapate (Gérard Oury) – Je vous ferai aimer la vie (Serge Korber) – Flic ou voyou (Georges Lautner) – 1979  Le piège à cons (Jean-Pierre Mocky) – Le toubib (Pierre Granier-Deferre) – 1980  Trois hommes à abattre (Jacques Deray) – Le coup de parapluie (Gérard Oury) – Cherchez l’erreur (Serge Korber) – Les sous-doués (Claude Zidi) – Pour la peau d’un flic (Alain Delon) – 1981  Litan, la cité des spectres verts (Jean-Pierre Mocky) – 1982  Les misérables (Robert Hossein) – Pour 100 briques t’as plus rien… (Édouard Molinaro) – 1983  Le marginal (Jacques Deray) – À mort l’arbitre (Jean-Pierre Mocky, rôle coupé au montage final) – 1984  Les ripoux (Claude Zidi) – Le vengeance du serpent à plumes (Gérard Oury) – Par où t’es rentré ? on t’as pas vu sortir (Philippe Clair) – Poulet au vinaigre (Claude Chabrol) – 1986  Masques (Claude Chabrol) – Le solitaire (Jacques Deray) – 1987  Le cri du hibou (Claude Chabrol) – 1988  Une affaire de femmes (Claude Chabrol) – 1989  L’autrichienne (Pierre Granier-Deferre) – Jours tranquilles à Clichy (Claude Chabrol) – 1990  Madame Bovary (Claude Chabrol) – 1991  La totale! (Claude Chabrol) – Betty (Claude Chabrol) – Ville à vendre (Jean-Pierre Mocky)1992  L’inconnu dans la maison (Claude Chabrol) – Bonsoir (Jean-Pierre Mocky) – 1996  Alliance cherche doigt (Jean-Pierre Mocky) – 1997  Rien ne va plus (Claude Chabrol) –  Vidange (Jean-Pierre Mocky) – 1998  Tout est calme (Jean-Pierre Mocky) -1999  La candide Madame Duff (Jean-Pierre Mocky) – Le glandeur (Jean-Pierre Mocky) – 2000  Laissez-passer (Bertrand Tavernier) – 2002  La fleur du mal (Claude Chabrol) – Le furet (Jean-Pierre Mocky). Télévision : (notamment) : 1967  Lagardère (Jean-Pierre Decourt) – 1974  Histoires insolites : Une invitation à la chasse (Claude Chabrol) – 1975  Jo Gaillard : Cargaison dangereuse (Christian-Jaque) – 1977  Emmenez-moi au Ritz (Pierre Grimblat) – Les enquêtes du commissaire Maigret : Au rendez-vous des Terre-Neuvas (Jean-Paul Sassy) – 1978  Claudine à l’école (Édouard Molinaro) – 1979  Le roi qui vient du sud (Marcel Camus, série TV) – 1980  Les dossiers de l’écran : Le grand fossé (Yves Ciampi) – Arsène Lupin joue et perd (Alexandre Astruc) – Fantômas : l’échafaud magique (Claude Chabrol) – 1981  Le système du docteur Goudron et du professeur Plume (Claude Chabrol) – 1991  Le gang des tractions : Saint-Germain (Josée Dayan) – 1996  La nouvelle tribu (Roger Vadim).

Remerciements à Claude Chabrol, Dominique Zardi et à l’équipe de “secondscouteaux.com”. (Mise à jour du 11/02/2011). Nota (private joke) : attention aux “suceurs de roues”, pillant allègrement le travail des autres, ils sont priés de ne pas recopier bêtement cette note, surtout quand je me trompe de film ! On saluera donc la réactivité pour rectifier l’erreur suite à cette petite remarque !

LADY CHANCE

Ce premier film de Wayne Kramer est une belle promesse, sur l’influence revendiquée de Frank Capra (dont l’auteur joue, en faisant référence aux fameuses tirades des personnages chez Capra). Même si la magie n’opère pas toujours (l’idée d’une notion de chance qui se retourne comme une crêpe), l’écriture privilégie les rapports humains et de dépendances.

Le film est véritablement porté par l’interprétation de William H. Macy (dans un registre similaire de son personnage dans “Panic”, le reste de la distribution est à l’avenant Marie Bello en fille paumée, Alec Baldwin alternant fascination et répulsion ou Paul Sorvino en crooner en bout de course. Un cinéaste à suivre, surtout par l’approche de ses personnages et sa manière de voir l’envers du décors de Las Vegas.

Le lien du jour : Auxfilmsdutemps, le site de l’indispensable librairie parisienne, “Aux films du temps”, dont il faut recommander la chaleureuse équipe.

NE QUITTEZ PAS

Troisième volet de ce qui peut constituer une trilogie (avec les jubilatoires “Alberto Express” et “Que la lumière soit” sur la dette au son père, « Ne quittez pas » est un bijou de conte philosophique, alternant le rythme d’une “screwball comédie” américaine et une humanité rare au cinéma français, à redécouvrir en ce moment en DVD.

Sergio Castellito est prodigieux d’inventivité, dans la lignée des grands comédiens italiens, tel celui qui jouait son père dans “Alberto Express” : Nino Manfredi et dont la disparition a touché de nombreux cinéphiles.

Sergio Castellitto

TOUTE la distribution est au même niveau, d’Isabelle Gélinas mêlant dureté et drôlerie, une rayonnante Rachida Brakni dans un rôle symbole, le toujours très juste Laszlo Szabo, l’Anglaise Emily Morgan en amour de jeunesse, Chantal Neuwirth en passagère d’avion perplexe, une inattendue Lisette Malidor et l’étonnant Maurice Bernard (le producteur) excellent dans le rôle du rabbin, pour ne citer que quelques-uns uns…

Il y a également les familiers d’Arthur Joffé, Tcheky Karyo en petit frère d’Harper (son personnage dans “Que la lumière soit”, le formidable Zinedine Soualem, Dominique Pinon en clochard acerbe ou Hélène de Fougerolles.

L’une des nombreuses grandes idées de ce film est d’avoir pris Michel Serrault pour la voix du père défunt, on imagine aisément se morfondre et fulminer, tel un lion dans sa cage dans son univers « ouaté » jaloux de son fils, bien vivant lui. Il est difficile de parler de l’histoire sous peine de déflorer bon nombre de surprises, le film regorge d’espoir face aux situations désespérées et l’humour transcende une certaine dureté et une vision lucide de la vie.

On ne peut que se louer d’avoir un metteur en scène qui a un univers aussi original dans le cinéma français, l’un des rares dont on reconnaît le style dès les premiers plans, il faut guetter la sortie en DVD d « Alberto Express » et « Que la lumière soit » (qui a connu une sortie désastreuse en pleine coupe du monde de football en 1998).

Rencontré lors d’une avant-première du film Arthur Joffé, passionnant et passionné, reste serein malgré les difficultés connues dans son parcours et nous promet un nouveau film bientôt. Il semble avoir payé la carte blanche qu’il avait eu pour son premier long-métrage “Harem” avec Nastassja Kinski et Ben Kingsley, et c’est bien dommage…

MORT D’EDDIE ALBERT

Eddie Albert

Annonce aussi le 29 mai de la mort également du sympathique Eddie Albert, dont on se souvient de son personnage de paysan ex-citadin dans la série TV, “Les arpents verts” avec l’improbable Eva Gabor. Il était l’acteur fétiche de Robert Aldrich.

Article de Libération : Mort d’Eddie Albert, homme à tout faire d’Hollywood
Tour à tour militaire, fermier, gangster, directeur de prison…, il disparaît à 97 ans.

Par Philippe GARNIER
lundi 30 mai 2005
Los Angeles de notre correspondant

Eddie Albert, figurant d’une centaine de films et émissions de télé, est mort vendredi à 97 ans, chez lui en Californie. Surtout connu comme fermier néophyte du feuilleton Green Acres (les Arpents verts) et pour General Hospital, Albert était né, à Minneapolis, Edward Albert Heimberger ­ nom de ses débuts théâtraux avant de se lasser d’être appelé «Eddie Hamburger». Il fut aussi le premier acteur de télé tout court, pour RCA-NBC en juin 1936. Le système se bornait alors à quelques abonnés à New York. Les caméras «iconoscope» demandaient un maquillage infernal. Juste avant-guerre, Albert, acrobate de cirque, espionna au Mexique les activités nazies. Recruté dans les marines, il a participé à la plus sanglante bataille du Pacifique, Tarawa, en novembre 1943, et a été fait Bronze Star pour avoir sauvé des dizaines de marines sur 26 missions.

Albert jouera d’ailleurs force militaires, mais moins glorieux, tel le capitaine avide de gloire qu’affrontent Jack Palance et Lee Marvin dans Attack !. Eddie Albert était si crédible en ordure qu’Aldrich le reprendra notamment dans son film de prison Plein la gueule, en 1974. Il y joue Warden Hazen, directeur prêt à tout pour un match de foot dans sa cour de prison. Cheveux gris et sourire mielleux, Eddie Albert pouvait tout jouer, des gradés aux missionnaires, comme dans le dernier Ford, Sept femmes, en 1966. Huston l’a emmené, avec Erroll Flynn et Juliette Greco, en Afrique pour le désastreux les Racines du ciel. Don Siegel en a fait le gangster chafouin forçant Audie Murphy à transporter des réfugiés cubains dans l’énième remake de To Have and Have Not (The Gun Runners, 1958), et Aldrich l’a repris sur le tard pour son déprimant la Cité des dangers, avec Burt Reynolds et Deneuve.

NB. : Précision de “Gashade” du 1.06.2005 :  Juste un mot de précision, le film de Ford s’appele “Frontière Chinoise” et non “7 Femmes” en français, c’est “7 Women” qui est le titre original.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jean Négroni

Jean Négroni dans “La colère de Maigret”

Annonce de la mort de Jean Négroni, grand comédien au théâtre, le cinéma l’a boudé, mais il était souvent récitant de courts et longs métrages, on se souvient de son timbre de voix particulier pour “La jetée” de Chris Marker, et ses rôles dans la série “La caméra explore le temps” pour la TV, disponibles chez L.C.J. éditions en DVD. On pouvait le revoir hier dans “Le deuxième souffle” de Jean-Pierre Melville, 1966. Voir également la La gazette du doublage et le portrait d’Yvan Foucart pour Les gens du cinéma.

Filmographie : 1941  Les inconnus dans la maison (Henri Decoin) – Premier rendez-vous (Henri Decoin) – 1942  Les cadets de l’Océan (Jean Dréville) – 1945  Patrie (Louis Daquin) – 1957  Un certain Monsieur Jo (René Jolivet) – 1960  L’enclos (Armand Gatti) – Le sourire (Serge Bourguignon, CM) – 1963  La demoiselle de cœur (Philippe Arthuys, CM) – 1964  La cage de verre (Jean-Louis Lévi Alvares &t Philippe Arthuy) – La journée de Pernette (Alain Saury, CM) –  1965  La dame de pique (Léonard Keigel) – Paris brûle-t-il ? (René Clément) – Delphes (Colette Mary, CM) –  Le dernier matin de Alexandre Pouchkine (Maurice Fasquel, CM) – Evariste Galois ou l’éloge des mathématiques (Alexandre Astruc, CM) – 1966  …Jusqu’au soir ou la ligne des jours… (Tewfik Farès, CM) – Le deuxième souffle (Jean-Pierre Melville) – 1968  Mario Prassinos (Lucien Clergue, CM) – 1970  Un temps pour la mémoire (Georges Pessis, CM) – 1972  Jean Vilar, une belle vie (Jacques Rutman, documentaire) – 1975  L’alpagueur (Philippe Labro) – 1976  Pourquoi ? (Anouk Bernard) – 1979  I… comme Icare  (Henri Verneuil) – Noces de sève (Philippe Arthuys, inédit en salles) 1991  Céleste, court métrage de Laurent Tuel, CM). Voxographie (comme récitant) : 1953  Les statues meurent aussi (Alain Resnais & Chris Marker, CM) – 1956  La passe du diable (Jacques Dupont & Pierre Schoendoerffer, documentaire) – 1960  L’eau et la pierre (Carlos Vilardebo, CM) – La petite cuillère (Carlos Vilardebo, CM) – 1962  La mémoire courte (Henri Torrent & Francine, documentaire) – À la rencontre de Wolfgang Amadeus Mozart (Pierre Viallet, documentaire) – L’image retrouvée (Henri Pialat, documentaire) – Dix Juin 1944 (Maurice Cohen, documentaire) – La jetée (Chris Marker, CM) – 1963  La montagne de fer (André Bureau, CM documentaire) – Illuminations (François Reichenbach & Jonathan Bates, documentaire) – Le pèlerin perdu (Guy Jorré, CM) – Tel un fleuve (Pierre Lary, CM) – 1964  Bassae (Jean-Daniel Pollet, CM) – L’escalier (Édouard Luntz, CM) – 1965  Ohrid Express (Jean Dasque & Robert Legrand, CM) –  Peintres français d’aujourd’hui : Jean Lurçat (Jacques Simonnet, documentaire) – East African Safari (François Reichenbach, Olivier Gendebien & Tresgot, CM documentaire) – Au temps des châtaignes (Jean-Michel Barjol, CM documentaire) – Le rose et le sel (Marc Champion, CM documentaire) – 1966  À Saint-Paul de Vence, la fondation Maeght (Carlos Vilardebo, CM) – 1968  Le pays d’Arles (Jean Leherissey, documentaire) – Les enfants de Néant (Michel Brault, MM documentaire) –  Les roses de Tourlaville (Jean-Paul Bourdeaudicq, CM) – 1969  Dieu a choisi Paris (Philippe Arthuys & Gilbert Prouteau, documentaire) – Charles le Brun (Frédéric Mégret, documentaire) – Claude Lorrain (Frédéric Mégret, documentaire) – Nicolas Poussin (Frédéric Mégret, documentaire) –  La 231 D 735 (Y. Clara, documentaire) – 1970  Voyage chez les vivants (Henry Brandt) – Printemps en cet avril (Louis Soulanes, CM documentaire) – 1978  La nuit transfigurée (Roland Melville, CM) – Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré) – 1987  Cérémonie d’amour (Walerian Borowczyk). Télévision (notamment) : 1963  La première légion (Gilbert Pineau) – La machine infernale (Claude Loursais) – 1964  Rocambole : Rocambole chez les Thugs (Jean-Pierre Decourt) – La caméra explore le temps : La terreur et la vertu : Danton (Stellio Lorenzi) – La caméra explore le temps : La terreur et la vertu : Robespierre (Stellio Lorenzi) – 1965  Points de mire (Alain Boudet) – 1966  Illusions perdues (Maurice Cazeneuve, série TV) – La caméra explore le temps : Les Cathares – La croisade (Stellio Lorenzi) – En votre âme et conscience : Le secret de la mort de monsieur Rémy (Jean Bertho) – Voxographie TV : 1961  Le petit garçon d’Hiroshima, CM, TV) – 1967  L’Arlésienne (Pierre Badel, récitant).

LA COMÉDIE DU POUVOIR

Grâce à l’amabilité coutumière de François Berléand, j’ai assisté aujourd’hui à une journée de tournage du dernier Claude Chabrol “La comédie du pouvoir”. Un rêve quoi !

Il y a une distribution de luxe, pour ce film dont le sujet est un scandale financier, outre François Berléand, on retrouve les habitués, Isabelle Huppert, Robin Renucci, Jean-François Balmer, Yves Verhoeven, Thomas Chabrol, Roger Dumas, Pierre Vernier…  Et il y a Pierre-François Dumeniaud qui a commencé, me confiait Chabrol, dans le ventre de sa mère enceinte dans “Le beau serge” !

Il y a aussi les nouveaux : Marilyne  Canto, Patrick Bruel, Jacques Boudet, Michèle Goddet, Jean-Christophe Bouvet, Jean-Marie Winling, Hubert Saint-Macary, etc…

Ce jour, seul François Berléand tournait son arrivée et sa sortie à la prison de la “Santé”, et deux scènes d’arrivées en prison, dans une école voisine, adaptée en mini-studio pour l’occasion. Claude Chabrol, n’avait pas tourné à Paris, depuis “Rien ne va plus” en 1997.

L’atmosphère du tournage peut paraître étonnement sereine pour un néophyte comme moi – J’avais vu quelques jours de tournage de “Mon idole”, et du premier film de Stéphan Guérin-Tillié grâce à François, ainsi que “Bon voyage”.

Chacha, au travail…

Aidé par ses deux anges gardiens, sa femme Aurore Chabrol et sa belle-fille, Cécile Maistre, et par la précision et le calme du chef opérateur Eduardo Serra, Chabrol s’évertue à donner une bonne ambiance, tout en faisant preuve de maîtrise. Il s’occupait autant des figurants, impose le respect aux passants, tout en distillant une ironie sur lui même constante.

La rue “Messier” même écrasée de soleil, est impressionnante et très surveillée. L’ambiance bon enfant détonnait donc sous ces hautes grilles. Grâce à un maquillage subtil et la formidable interprétation de François Berléand, son personnage nommé Humeau, d’arrogant se révèle seul et blessé à la sortie, souffrant d’un eczéma gênant. François a plaisanté comme à la coutumée, surtout dans la rituelle scène d’arrivée dans la prison, contournant ainsi l’incongruité de se retrouver à enlever son pantalon plusieurs fois de suites !

C’était donc un grand privilège de voir Claude Chabrol au travail, très abordable et de goûter à son humour, son érudition, son goûts pour les nanars – il m’a recommandé “De l’autre côté de Minuit” actuellement sur le câble avec Marie-France Pisier -. Il n’a d’ailleurs aucune indulgence sur lui-même, il déplorait avoir le sentiment de réussir le dernier plan de “Folies bourgeoises” – film qu’il dénigre allégrement -, avant de dire qu’à la récente vision du film sur le câble, il pense aujourd’hui le contraire.

J’ai eu la chance d’apprécier ses anecdotes, son côté subversif, entre deux prises, un grand moment de bonheur ! Merci M. Chabrol, merci François de m’avoir toléré auprès d’eux.

Note du 23/06/2005 :

France Inter a donné comme information ce jour que le film est basé sur l’affaire “Elf” et que le rôle inspiré par Roland Dumas est joué par… Roger Dumas. Par discrétion je n’avais pas donné cette information qui est désormais publique…