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DISJONCTÉ

The cable guy “Disjoncté” (1996) est le troisième film de Ben Stiller comme réalisateur après “Elvis Stories” (1989) et le générationnel “Realy Bites / Génération 90” (1994). Le film qui est un mélange de loufoquerie et de thriller, avait désorienté le public de son interprète principal : Jim Carey – caché record à l’époque, et bide noir en France du moins -. Depuis on connaît la palette du comédien de “Man on the moon” à “Eternal sunshine of the spotless mind” déborde d’inventivité et compose un personnage hallucinant. Certes la dénonciation d’une société médiatisée est assez vaine et la réalisation n’est pas très inventive, mais Stiller a un regard assez noir sur la société et parle de la solitude en milieu urbain assez justement. L’homme du câble a besoin d’amour, d’être le centre intérêt alors qu’enfant sa mère se servait de la télévision comme une baby-sitter !

Il y a de grands moments, notre cinglé ne parlant que par référence avec les classiques télé ou cinéma, d’une scène tordante de parloir de “Midnight express” à celle du jeu du “mot de passe” devant Georges Segal et Diane Baker amusés. Matthew Broderick est à la hauteur de son prestigieux partenaire, son personnage qui vient de séparer de sa petite amie, va s’installer seul et donc tomber sous l’emprise d’un employé du câble zélé. Il y a des cameos amusants de Charles Napier en policier, Ben Stiller en jumeaux cathodiques, héros d’un fait divers, Eric Roberts qui incarne les rôles de ce dernier pour une série, plus quelques comédiens reconnus depuis comme Owen Wilson, Janeane Garofalo ou Jack Black. Une comédie noire à redécouvrir, et un portrait d’une certaine Amérique, et que reflète l’incertitude des personnages du film.

LE GRAND COUTEAU

Revu hier “The big kife” (Le grand couteau) film réalisé et produit par un “maverick” : Robert Aldrich et sorti en 1955. Le film a une atmosphère digne d’un film noir, le réalisateur garde le huis clos de la pièce de Clifford Odets et le traite avec maestria, ne cherche pas à l’aérer. Le film traite des difficultés d’un acteur, Charles Crane aux prises avec deux producteurs détestables et qui tente de reconquérir sa femme, Marion et son jeune fils. La pièce avait été crée par John Garfield, la formidable idée est d’avoir choisi Jack Palance, saisissant de colère rentrée, et qui a abandonné ses convictions idéalistes au profit d’une carrière gérée par deux producteurs roublards qui veulent renouveler son contrat de sept ans. Il peut trouver une certaine autonomie financière mais en le signant il sait qu’il peut abandonner toute ambition artistique. Assez volage, en restant dans le giron des deux vampires, il risque en  plus de perdre la considération de Marion, jouée avec une réelle émotion par Ida Lupino, actrice douée d’humanité et également réalisatrice. Aldrich digère le cabotinage hallucinant de Rod Steiger, jouant le premier d’entre eux, mais qui convient parfaitement à l’hystérie d’un producteur manipulateur et dictatorial, surjouant les situations. Le second c’est Wendell Corey, plus affable en apparence – mais un tremblement de terre paraîtrait inanimé, face à cette masse virulente Steigerienne – se révèle finalement encore plus cynique et sans scrupules, ils forment un duo particulièrement malsain.

Jack Palance et Ida Lupino

Aldrich scrute les comportements et se sert de l’écriture d’Odets traquant les rouages des compromissions hollywoodiennes, de la commère qu’il faut ménager, de l’agent fatigué et malade – excellent Everett Sloane – qui tente de relativiser toujours, à la starlette consciente qu’on ne l’utilise que comme “hôtesse” mais qui parle un peux trop, – Shelley Winters touchante et blessée – ou le prétendant de sa femme – Wesley Addy, fidèle de l’univers du réalisateur -, écrivain très digne. Charles aidé par Nick, son homme de main plus que fidèle et dévoué – Nick Cravat, souvent comparse de Burt Lancaster – a donc un choix décisif à faire dans sa vie, il risque de figurer dans une liste noire (subtile allusion) si il refuse l’emprise des deux redoutables financiers, et qui de plus ont un moyen de pression sur lui. La mise en scène est au cordeau, Jack Palance trouve est un ici de ses grands rôles, révélant une sensibilité, et Aldrich trouve ici le moyen de critiquer avec acidité le monde du cinéma. Souvent mésestimé, ou décrié sur certaines ficelles de la pièce, ce film à redécouvrir. A noter que la pièce de Clifford Odets “auteur que Renoir admirait fort, pour sa ‘poésie amère, puissante, profonde et désespérée'” Anthologie du Cinéma N°11″ par Claude Beylie a été adaptée sur les planches dans une mise en scène de Jean Renoir, avec Daniel Gélin (Charles Castle), Claude Génia (Marion), Paul Bernard (Marcus Hoff), Paul Cambo (Smiley Coy), etc… Beylie rajoute “…Rappelons qu’au cours de la pièce était projetée sur scène, par manière de private joke, une courte séquence de film (quinze secondes) avec Daniel Gélin, qu’avait réalisée Renoir”.

LE COIN DU NANAR EN CAMARGUE

Le film c’est “D’où viens-tu Johnny ?”, réalisé en 1963 et signé par un réalisateur de seconde équipe Noël Howard. Johnny Hallyday est l’éternel débutant du cinéma, et va jusqu’à obtenir le prix Jean Gabin, dédié au meilleur espoir masculin en 2003 pour “L’homme du train” pour Patrice Leconte, 40 ans plus tard ! Ce film est pourtant l’un des premiers films construit sur son statut d’idole des jeunes. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y est ici vraiment pas probant, il a une demi-expression les soirs de grand vent. Le film débute dans un troquet appartenant à M. Franck – premier rôle d’André Pousse -, qui aime la jeunesse, et prête sa salle à de jeunes musiciens (Le Smet, un Jean-Jacques Debout rondouillard et imberbe, Sylvie Vartan en chanteuse). Il s’énerve, n’arrive pas à faire taire le petit groupe, et n’a pas encore du Audiard à dire, mais du Audouard (Yvan) pour débuter… il veut bien prêter sa salle, mais il veut en échange quelques services… Johnny va donc chercher, selon son habitude de la drogue dans une gare, sans le savoir bien sûr, tout naïf qu’il est… Devant le manège de quelques policiers – dont Yvon Sarray, figure familière ces années-la -, il finit par suspecter quelque chose… Il arrive à semer ses suiveurs, pas discrets discrets, et finit par ouvrir la valoche, sur les quais de la Seine. Là il fait la mimique d’un singe découvrant une cornemuse, avant de comprendre qu’il s’agit d’une poudre stupéfiante. Il est contrarié comme tout, et jette le tout dans le fleuve.

Craignant les représailles du “Pousse” furax, il part se mettre au vert en Camargue. Depuis le début du film, j’ai le sous-titre bloqué “Coupez” (authentique), ayant bloqué le sytème du câble sur la VO et qui déraille régulièrement en ce moment. Le Johnny, se réfugie chez ses tuteurs  – Henri Vilbert et la joviale Hélène Tossy -. Le film passe du noir et blanc à la couleur, et là commence un improbable western franchouillard, on doit encore se marrer dans les rizières… La ravissante Evelyne Dandry – future mère névrosée dans “Sitcom” – ligote un taureau et roucoule avec son amoureux répondant au nom de… Django (hautement improbable Pierre Barouh !). La petite amie de Johnny (Sylvie Vartan) descend voir notre Johnny, elle est suivie par un homme de main de Monsieur Franck, – Daniel Cauchy, toute une époque et un grand sous estimé… -. Le film, très couleur locale et folklorique, se voit sans déplaisir grâce à des seconds rôles pittoresques,  Fernand Sardou soiffard sympathique, Henri Vilbert tout en autorité conviviale et saluons l’arrivée d’André Pousse déjà dans un ton “lautnerien”. La charmante Evelyne Dandry et Daniel Cauchy en petite frappe sont bons, il y a Jean Franval en guardian et Jean-Marie Rivière, épouvantable en ludion grimaçant. Le cinéma et les grands espaces semblent trop grands pour notre idole – il faut le voir neutraliser un taureau ou se battre avec Pierre Barouh, copain jaloux, reste qu’il pousse souvent la chansonnette -. Il y a même un explication à sa longévité, un de ses agresseurs le voyant coriace déclare qu’il est “tout en os” tout en le baffant copieusement. Actuellement sur TPS Cinéfamily, pour les fans du chanteur et les amateurs des sixties, avec la nostalgie de retrouver un vieil album “Johnny” !

Z

Lundi a débuté sur Arte, la trilogie des films politiques de Costa-Gavras, interprétés par Yves Montand, avec « Z », film souvent décrié par son utilisation d’un spectacle pour un film à message. “Z” était la lettre on le sait symbolisant la lutte contre la dictature en Grèce – Lambrakis vit -, pour protester contre le meutre du député Grigoris Lambrakis, opposant pacifiste. Il a fallut l’abnégation de Jacques Perrin producteur – qui tient ici le rôle d’un journaliste accrocheur -, pour que ce film puisse être tourné en Algérie. Aidé de Jorge Semprun au scénario d’après un livre de Vassilis Vassilikos, et du musicien grec alors en exil Mikis Theodorakis.

Costa-Gavras, Pierre Dux & Julien Guiomar

Le réalisateur, comme Yves Boisset, a souvent été traité de manière condescendante, comme un si un film à message était antinomique avec une réalisation aérée, efficace et servie par de formidables comédiens. Il n’a d’ailleurs rien perdu de son esprit critique avec le récent « Le couperet » et le film recèle de nombreux morceaux de bravoure. Tout est ici maîtrisé des scènes de foules, au petit jeu des dignitaires déchus s’acharnant sur une porte fermée. Le film démontre la manière de gouverner des colonels grecs, utilisant la conviction ou la précarité de personnes frustres – Renato Salvatori – doublé par William Sabatier et Marcel Bozzuffi, assez réjouissants dans des rôles de gros bras violents -. Pierre Dux et Julien Guiomar, symbolise d’ailleurs brillamment ces fantôches roublards et fascistes, voire la manière de Dux de parler du mildiou idéologique ! et à propos du personnage de Charles Denner de le traiter de demi-juif, qui selon lui sont “Les pires”. C’est la bassesse de trop de ses personnages arrogants, qui précipiteront leurs chutes relatives.

Jean-Louis Trintignant

Comme dans ces deux précédents films “Compartiments tueurs”, il y a une interprétation phlétorique, outre ceux cités précédemment il y a Yves Montand dans un rôle symbole mais secondaire, Jean-Louis Trintignant exceptionnel en petit juge déterminé – son prix d’interprétation à Cannes était très mérité, même s’il a lui même relativisé l’importance de son jeu -, Irène Papas en épouse meurtrie, Maurice Baquet, qui vient de nous quitter, s’improvisant justicier en « bondissant comme un tigre », Georges Géret – d’ailleurs très drôle – en témoin courageux luttant contre les considérations de sa sœur – Magali Noël – et de sa mère – Andrée Tainsy -, l’étrange Guy Mairesse en agresseur improvisé, Gérard Darrieu en oiseleur brute, Bernard Fresson en opposant raisonnable, François Périer en chef de la police suffisant, Jean Dasté en témoin farouche, Gabriel Jabbour en organisateur de spectacle vindicatif, Clotilde Joanno en femme passionnée, José Artur en journaliste précieux, etc… A noter que pour nos amis amateurs de doublage, il y a de nombreuses voix doublant les comédiens algériens (Jacques Monod, Jean Berger, etc…

Charles Denner & Yves Montand

Je m’arrête sur deux comédiens, car je les trouve exceptionnels, Jean Bouise, toujours bouleversant d’humanité, déteminé dans sa sagesse, toujours en éveil, et Charles Denner, éblouissant d’une nervosité active, il concilie excentricité et vérisme, héroïsme et calcul, un très grand comédien. Il est bon, je crois de rappeler le talent d’un Costa-Gavras, et signaler sa grande modestie pour l’avoir vu à l’avant-première du “Couperet”. Arte, qui a une programmation assez désolante pour le cinéma en ce moment (beaucoup de VF et ne programme pas les inédits des émissions d’André S. Labarthe ), joue au moins ici son rôle de service public, même si l’on pouvait attendre ces films dans des chaînes généralistes.

SHAUN OF THE DEAD

“Shaun of the dead” est est une comédie “mordante” absolument réjouissante, le mélange des genres étant difficile par excellence, c’est aussi un hommage aux films de Lucio Fulci et de George Romero (“Dawn” of the dead)– son réalisateur Edgar Wright et son acteur et co-scénariste Simon Pegg, apparaissent d’ailleurs dans “Land of the dead” le dernier opus de l’œuvre du sieur Romero -. Loin de faire les malins avec le genre, ils assument franchement le côté gore, et concilient  la drôlerie, à l’effroi. Les zombies sont donc décidément à la mode, après le passionnant « Les revenants » de Robin Campillo, l’an dernier, plus ancré dans un fantastique social et le film ici pose la même question, comment composer une société avec ces gens si différents–non-morts, non-vivants – et qui ont une tendance à se montrer désobligeants avec les passants ce qui dénote un manque d’éducation certain. Shaun a 29 ans, partage sa vie entre un emploi de vendeur en télévisions, manque d’autorité sur ses jeunes collègues, et vie en collocation avec son meilleur ami Ed, « patate de canapé » qui ne pense qu’à boire, dire des grossièretés gratuites et jouer à la game boy, et le sérieux Pete, qui essaie de tolérer les zigotos comme il peut. Shaun a une petite amie, mais ne la voit que dans un pub, au grand désarroi de cette dernière, qui voudrait un tantinet d’intimité, elle vit également avec un couple. Manquent au tableau la mère de Shaun – Penelope Wilton vue dans “Calendar Girl”– et son beau-père avec lequel il n’a que peu d’intimités – Bill Nighby, toujours aussi glaçant, mais qui peut avoir un sursaut d’humanité -.

Simon Pegg en fâcheuse posture

La petite amie de Shaun le quitte après une journée pathétique, avec nombre de personnes qui semblent être atteint d’un virus inédit. Il va noyer avec Ed, sa mélancolie dans l’alcool dans le pub “refuge”, et va noter ses bonnes résolutions pour l’avenir, avant de s’effondrer. Suit un petit matin blême, où il peine à reprendre surface, dans l’impossibilité de se rendre compte des quelques changements autour de lui. Tout est ensuite surprenant et habile – la peur n’est jamais loin -, avec l’idée que c’est dans l’adversité que l’on peut se révéler. Outre une critique sociale assez acide – les passages du bus se comportant comme des zombies -, il y a d’excellents moments, et des citations – le bandeau de Shaun à la Robert de Niro – dans “Voyage au bout de l’enfer”, le nom d’un bar fait référence à Fulci, etc… Simon Pegg se révèle un nouveau “corps comique”, passant allègrement de l’apathie à l’héroïsme. Le ton est cinglant, on rit souvent, tout en s’attachant aux personnages – la mère qui ne veut pas déranger -, et on prend peur assez vite. Le film est suffisamment acide pour décrire les difficultés de se loger dans la ville de Londres, et décrit nos petites conformismes et manières de ce fondre nos dans la médiocrité, et une certaine apathie, les habitudes ça rassure, c’est bien connu, mais si on en souffre parfois. Mais le réalisateur a une empathie avec ses personnages, commePete qui trouve une énergie avec un cynisme décalé, et montre un visage très fraternel – campé par un excellent Nick Frost -,. Si l’instinct de survie de tout un chacun est montré habilement, c’est une vision assez pessimiste finalement, où même l’épreuve ne vous grandit pas forcément, nous désignant du doigt et les petits arrangements avec notre quotidien. La critique des médias est également assez “saignante”. Ce film débordant d’inventivité est en  passe de devenir un film culte – le ballet des zombies est étonnant -. A voir donc dans ce morne été cinématographique.

LE COIN DU NANAR : AMITYVILLE II : LE POSSÉDÉ

Amityville II : The Possession (Amityville II : Le possédé” (1982) : Cette séquel(le) est une “préquel(le)”, j’ai vu le premier opus, il y a assez longtemps, mais pas le remake actuel. Le réalisateur en est Damiano Damiani, honnête artisan de “western à l’Italienne”. Il a du métier, et dans les scènes d’emménagement dans la fameuse villa maléfique, un climat s’installe. La maison est un personnage, elle existe bien, au numéro 112 d'”Ocean avenue”. Mais ça se gâte assez vite, les esprits frappeurs sont confinés dans une pièce secrète dans la cave. Un ouvrier zélé se prend à visiter ce lieu caché par une planche, domaine de déjections et des mouches. les esprits en profitent pour sortir de cet antre pas très convivial il faut bien en convenir. Quand on est mort, c’est pour la vie d’accord, mais il y a des limites quand même ! La petite famille est composée des parents, et de quatre enfants – deux petits et deux jeunes adultes -, le père c’est Burt Young, il est vindicatif à souhait, a une collection d’armes, frappe sa progéniture à tous propos. Sa femme est croyante, et se refuse aux devoirs conjugaux, il est sur les nerfs le père Young. Les esprits s’amusent, bousculent la mère de famille – ils sont invisibles, hélas pas trop sur la fin -. Ils frappent violemment à la porte, histoire d’énerver le chef de famille qui sort son arme en réponse, Homer Simpson est d’un calme olympien en comparaison. Vieux gamins nos spectres se défoulent. Nos esprits qui ne sont pas les derniers à la plaisanterie, couvrent d’un drap un crucifix, ils ont en peur  tout en restant bloqué sur les années 50 -, et la mère de famille ne fait rien qu’à les embêter en récitant le bénédicité. Ils décident de se venger en dessinant une sorte de succube cochonne volante, avec les peintures de la maison dans la chambre des juniors. Comme le dessin n’est pas assez terrifiant, ils décident de rajouter en commentaire “déshonorez votre père, petits cochons !” et font du ramdam, histoire de bien prouver qu’ils sont les maîtres des lieux. Le père voyant ça sur les murs décide de corriger les enfants qu’il pense irrespectueux, à coup de ceinture. Le paranormal, ça ne rentre pas dans son analyse des événements. La mère appelle un prêtre, on se sait jamais…

La star du film

Ca doit faire rire nos fantômes, car le père se montre carrément hostile envers notre brave curé, ils en profitent pour tout casser dans la cuisine en présence des enfants qui se prennent évidemment une correction, manquent les rires sardoniques… Bon finit, les taquineries, ils décident de prendre possession de l’aîné, et là ça devient carrément malsain, d’autant plus que ça s’inspire d’un fait divers réel, on ne ricane plus du tout… il n’y a pas grand chose à sauver donc, malgré une musique assez efficace de Lalo Schiffrin. Les scénaristes assez fatigués sans doutes, ne font ensuite que plagier “L’exorciste”, remplaçant simplement la bille verte, par un visage qui se fracasse comme une poupée de porcelaine – rare bon moment du film – et dans l’élan pillent une des idées de “L’emprise” de Sidney Furie, célèbre scène de manifestation rapprochée d’un poltergeist. Le prêtre lui décroche le téléphone pour partir en camping avec un ami prêtre assez ambigu d’ailleurs. Il ne peut donc sauver la petite famille du drame. Pris de remords, il prend les choses en main, et décide de faire un exorcisme, et de ce fait déclenche la colère de ses supérieurs, un peu comme Daniel Prévost dans le film de Raoul Ruiz, “L’œil qui ment”, où il refuse les apparitions de la vierge, c’est mauvais pour le commerce… Et l’on on se met à ricaner à nouveau, devant le jeu insipide des acteurs – il faut voir la mère de famille, dans un instant critique…, et les subterfuges qu’utilise le prêtre pour arracher des griffes de la justice l’incube, qu’il ne peut exorciser que dans un lieu saint. Un nanar d’anthologie, qui a donné une troisième suite en relief signée Richard Fleischer !, en attendant le prochain remake de nos amis américains qui viennent de s’attaquer au formidable “Dark water”, envoyez le glas en fond sonore !

22 !

Il y aurait un domaine intéressant à explorer, ce sont les séries policières. Il y a eu un excellent livre à ce sujet “Meutres en séries, les séries policières de la télévision française” de Jacques Baudou & Jean-Jacques Schleret, il date de 1990. Si 15 ans après il devait y avoir une réédition gageons que ce livre doublerait de volume, on n’arrive même plus à les énumérer.

La télévision française policière est assez aseptisée, voire irréaliste (Roger Hanin, Pierre Mondy, policiers octogénaires, l’uniforme de Corinne Touzet, etc…), et nombreux sont les héros à avoir la peau dure (“Le commissaire Moulin”, depuis 1976). Les enquêteurs originaux ne durent pas (Julien Guiomar dans “Commissaire Chabert”, Patrick Catalifo dans “Novacek”. Il ne faut pas trop bousculer le public, Télérama précisait sur “Dolmen” – adieu donc les vieilles sagas familiales -, qu’Éric Summer est remplacé par Didier Albert, en raison d’une première version trop noire pour nos dealers de coca cola, le scénario prévu pour 5 épisodes est étiré pour en avoir un de plus, on en profite pour retourner dans les lieux touristiques de la Bretagne – lieu propice à la terreur voire les personnages de l’Ankou et de Patrick Le Lay, Brrrhhhh !!!! -. Et ça marche ! Restons pépère !

Pendant ce temps là, le polar si présent dans les écrans français déserte les écrans – à l’exception notable de “36 quai des Orfèvres” d’Olivier Marchal. C’était souvent la carte de visite pour un jeune metteur en scène, dommage… “La télévision française : La saison 2005” cordonné par Christian Bosséno vient de paraître. C’est un ouvrage indispensable – hélas, très mal distribué en Province -. On retrouve des analyses formidables. Cédric Legrand explique très justement sur un article sur “Malone” : “C’est une habitude : à la télé, les enquêtes se mènent en famille (“Diane”, “Sauveur Giordano” et “Malone”, donc), on concilie les contraintes quotidiennes “scènes de ménages, éducation des enfants” -, et dénonce que l’enquêteur, joué par Bernard Verley, “exécute de sang froid un braqueur à coup de fusil”, reproche souvent fait à Yves Renier, d’ailleurs. C’est donc un révélateur de nos sociétés, trouvant une résonance tragique, avec le “Shoot to Kill”, préconisé par Scotland Yard, sans parler de la démagogie d’un de nos plus remuants ministres.

“Les Montana”, dont la revue “Synopsis”, continue la tradition d’une famille de flic, et semble plus originale que la moyenne – excellente distribution Didier Flamand, Anne Caillon, Yvon Back -, mais l’effort de sortir du ronron habituel est assez rare “Crimes en séries”, bien ficelé, “P.J.”, mais qui semble tourner un peu à vide, et feu “Police district”, inventé par Olivier Marchal. Ce devrait être une sorte de nouvelle série B., mais pour avoir entendu quelques comédiens en parler, le temps de tournage est très bref, les situations peu inventives, et les clichés accumulés. Il y avait beaucoup de témoignages de scénaristes dans la revue “Synopsis” première version, où il fallait se battre avec les contraintes.

Je ne m’aventure que très peu dans ces séries – Je n’ai vu qu’un “Navarro”, dans ma vie, honte sur moi -, mais je contribue au sujet en rentrant les “guest stars” chaque semaine sur Internet Movie Data Base, via Voilà TV, qui propose même les programmes suisses et belges, histoire de sauvegarder une mémoire. Il est vrai que le système s’est considérablement simplifié, d’où l’apparition de nombreuses séries, à la fin des fiches d’acteurs. Le nouveaux épisodes et des rediffusions, – Paparoff, le J.A.P., Anne Le Guen – font le régal du câble, qui diffuse même quelques épisodes inédits. TPS rediffuse même “Les cinq dernières minutes” version Jacques Debary, puis Pierre Santini, et personne sauf Yvan Foucart ne rend hommage au bon “Ménardeau” joué par Marc Eyraud, qui vient de mourir.

Christine Citti

Mais l’une des rares séries que je suivais avec intérêt était “Les enquêtes d’Éloïse Rome”, mettant en vedette la formidable Christine Citti, elle a décidé d’arrêter la série, hélas, mais on peut comprendre de ne pas vouloir s’enfermer dans ce rôle – elle était d’ailleurs dans les premières saisons de P.J. La série est loin d’être réaliste, il a des clichés – Éloïse entend les voix faisant un bilan de la situation – et les personnages ne s’échappe que très peu des caractérisations de la “bible” du scénario…  La date de tournage des derniers épisodes est de 2003.

Flanquée du fade Jean-Baptiste Martin – fils de Jacques Martin et Danièle Evenou -, on la devine meurtrie de ne pas avoir eu d’enfant, même si elle résout toutes les enquêtes, elle apporte toujours un côté maternel, et une empathie envers les suspects. Son personnage sort de la norme, elle a du caractère, boude, est gourmande. Christine Citti, est rayonnante et a beaucoup de charme, loin des canons de beauté imposés par nos médias. Elle dynamise la série, apporte une formidable humanité à son personnage, souhaitons-lui un joli parcours à venir. Elle a d’excellents partenaires comme Marc Berman, supérieur bougonneur, Sophie Mounicot – voir portrait dans l’index de ce blog -en médecin légiste acide, Smaïl Mekki jouant le mari psychiatre de cette dernière – personnage très absent de cette saison, dommage -, François Caron, en mari enseignant et aimant d’Éloïse, et Michel Melki – transfuge de l’univers de Philippe Clair ! – en agent de la main courante.

La dernière diffusion vient donc d’être diffusé en Juin-Juillet dernier. Il y a beaucoup de noms prestigieux en vedettes invitées, Michel Aumont en père trop aimant, Bernardette Lafont en mère d’Éloïse, Catherine Wilkening en employée intransigeante, et quelques revenants, comme Anicée Alvina – fantasme de pas mal de monde -, témoignant sur un écran vidéo, etc… , voir liste sur IMDB, si vous avez des compléments… Les scénarios de Philippe Setbon sans être transcendants sont efficaces, de même que la réalisation de Christophe Douchand. Sympathiquement habité par la lumineuse présence de Christine Citti.

APRÈS LA PLUIE, LE BEAU TEMPS

Ce film de Nathalie Schmidt, d’après son spectacle théâtral et sorti en catimini en 2003, est diffusé en ce moment sur TPS. C’est un problème de voir un film où l’on reconnaît qu’il y a un ton, une originalité et de “rester à la porte”. Rose Bonbon (sic), superbe Julie Gayet pousse la chansonnette (pas plus faussement que beaucoup d’autes), rayonne d’un gnangnan acidulé, et attire par sa naïveté le bossu libidineux du coin – étonnant Fawzi Saïchi -. Son copain, Roger est une brute épaisse, le genre à écraser ses mégots dans ses crèmes de nuit  et peu avare de coups, c’est Clovis Cornillac, formid comme d’hab. La rose tombe en voulant s’échapper des assiduités du bossu, sur Dubel, producteur combinard – Marc Barbé, surprenant dans un rôle virevoltant, loin de ses précédents films “taciturnus” -. Reste qu’aux pérégrinations de ce trio infernal, je décroche, et je me mets à me demander, que représente le tatouage au bras du Clovis, un lion sans crinière, Alain Juppé, le tigre d’Esso, un raton laveur. Si vous avez la réponse. Tombé pour la France, comme sous la mitraille, impossible de retourner au film. Pourtant les acteurs sont formidables, Clovis Cornillac s’est servi de ce rôle visiblement comme une sorte de répétition pour “Au suivant !” (imitations, jeux avec un flingue, etc…).

Tom Novembre, Julie Gayet, Marc Barbé & Clovis Cornillac

Il fallait avoir l’idée de l’utiliser dans une comédie avant les autres. Et Julie Gayet assume son rôle de nunuche, et rayonne comme tout, Barbé étonne par son décalage comme à son anniversaire pour ses 49 ans – alors qu’Elvis à cet âge…” -. Ce sont des râtés, mais loin d’être attachants comme dans l’âge d’or de la comédie italienne, tout le monde s’époumone un peu en vain… Mais rien à faire, il y a bien des seconds rôles – bouée de sauvetage souvent pour moi – de Salvatore Ingoglia en pianiste en mal d’amour, Gérard Rinaldi en notable de village, Isabelle Petit-Jacques – actrice fétiche de Patrice Leconte -, Patrick Rocca en râleur, Jean Rupert – l’Anglais type dans tous les films des années 60 -, un duo singulier René Lafleur et Philippe Lehembre… Mais rien n’y fait, même pas l’arrivée au dernier tiers de l’incroyable Tom Novembre, décalé, lunaire, grincheux et maniaque, il est pourtant excellent et il amène un nouveau souffle. La réalisatrice me semble se reposer trop sur le jeux des acteurs et les incongruités des situations, et la sauce ne prend pas. Le producteur Paolo Branco aurait dû la cadrer un peu. Mais la comédie est un genre difficile, attendons la suite donc…

L’AVION

Cédric Kahn, continue à nous surpendre, avec ce conte pour enfant, loin du réalisme fortement influencé par Maurice Pialat, de l’excellent « Bar des rails ». Il arrive sans pathos à faire un film louchant volontairement sur un esthétisme d’un certain âge d’or hollywoodien, en prenant le parti pris de la fausseté – comme dans “Feux rouges” ou les transparences étaient visibles, de mémoire voir son interview dans “Positif”-. Les nuits américaines sont visibles, le méchant joue aux croquemitaines – Nicolas Briançon toute bedaine dehors, courant comme un forcené -, et la neige retrouve la naïveté de certains clichés. Si l’on peut déplorer une bande annonce qui déflore trop le film, Kahn parle sobrement du deuil d’un enfant, du regard des autres, de la difficulté au travail du deuil (voire la réplique terrible à son grand-père, “Je peux monter faire des devoirs ?” avec cette impossibilité de réagir à un mal trop grand pour soi, son seul petit drame d’avant étant de ne pas avoir eu un vélo à Noël. Pour avoir, comme le personnage de Charly – attachant Roméo Botzalis -, avoir été orphelin de père très jeune – “envoyez les violons !” -, j’ai retrouvé assez justement cette angoisse sourde qui ne m’a jamais plus quitté – ” allons bon voilà qu’il raconte sa vie maintenant !” -, c’est un thème qui a très peu été abordé me semble t’il.

Alicia Djemaï et Isabelle Carré dans “L’avion”

Isabelle Carré est simplement formidable, son registre étant très large, elle aide à croire aux situations les plus rocambolesques, il faut la voir “vivre” son personnage lors des manifestations fantastiques de l’avion, répondre avec simplicité aux questions de son fils, le trahir malgré elle, quand elle le sent en danger, pour mieux réagir à une situation critique. Il faut bien le dire que son jeu, est un mélange très fort de force et de sensibilité, de charme et de grâce, d’aplomb et de rêverie, elle nous régale à nouveau d’une superbe interprétation. Pari difficile, pari tenu, pour Cédric Kahn, – qui pour l’avoir vu lors de l’avant-première de “Feux rouges” est quelqu’un de très brillant -, réussit à concilier son imaginaire avec son intelligence.Charlie a donc perdu son papa, un militaire chercheur de l’armée de l’air échappé d’un film américain – le cliché de l’enterrement en grande cérémonie -, et se raccroche au cadeau de Noël de son père, mais l’avion semble s’animer parfois. Sa mère tente de retrouver goût à la vie – Isabelle Carré, le “Stradivarius du cinéma français”, et il peut compter sur l’amitié de sa jeune copine, Mercedes, espiègle, têtue mais sincère – incroyable présence de la jeune Alicia Dhemaï -. Cette œuvre me semble donc très personnelle, mais si c’est l’adaptation de la BD de Magda et Lapière, mais tout ici est pensé – l’objet-avion est formidablement dessiné et animé. La spontanéité des enfants est pourtant sauvegardée, et Vincent Lindon en deux scènes définit son personnage, qui reste en mémoire, le restant de film, histoire de redire que c’est un de nos plus grands acteurs.

LES MAUVAIS COUPS

Affiche  belge provenant des lesgensducinema.com

“Les mauvais coups” (1960, sortie 1961), est une belle surprise histoire de reconsidérer le parcours comme réalisateur de François Leterrier. C’est ici son premier film, adaptation d’un roman de Roger Vailland. Suivent quelques films personnels dont “Un roi sans divertissement”, “La chasse royale” et “Projection privée”, ainsi qu’un excellent téléfilm “Milady” tourné pour la télévision en 1975, avec un magistral Jacques Dufilho. La deuxième partie de son œuvre est du pur cinéma commercial, il se révèle habile dans la comédie de mœurs. Le film commence dans une campagne profonde, un matin d’hiver, un couple de quadragénaires se réveille, lui, Milan solide gaillard blond (joué par un acteur méconnu, Reginald Kernan – 4 films seulement sur IMDB, dont “Cent milliards au soleil” (Henri Verneuil, 1963), si quelqu’un a des informations…-), se lève rapidement guettant un vol de canards, elle se recroqueville dans son lit. Le couple part à la chasse, et l’habilité du film est telle, que l’on comprend assez leurs rapports. Elle, c’est Roberte, elle est incarnée très subtilement par une Simone Signoret au sommet de son art. Si lui, prestigieux pilote automobile vit parfaitement ce retrait, Roberte elle s’ennuie, boit régulièrement et s’étiole. Sa seule vie sociale se résume, à jouer aux cartes avec le vétérinaire – Serge Sauvion, célèbre doubleur – ou écouter les racontars de la propriétaire du café. Le café est le seul lieu vivant de cette sombre campagne, tout le village se réunit le dimanche pour assister à une émission de Raymond Marcillac, sur l’unique écran du coin. 

Arrive Hélène, une charmante institutrice, très jolie – c’est la superbe Alexandra Stewart -, quoi qu’assez godiche – elle a vingt ans, et est donc mineur pour l’époque -. Elle flirte avec le sérieux Duval – Serge Rousseau, devenu un célèbre agent artistique -. Roberte se lie très vite d’amitié avec elle, et le présente rapidement à Milan, on ne sait si c’est pour hâter l’inéducable d’une relation entre deux, le couple après 10 ans, ne faisant pas l’amour ou pour mieux contrôler la situation. Le trio se rencontre souvent, les villageois se font observe de manière malsaine le manège. Lors d’une visite au casino local, Hélène apprend ainsi par un ami du couple – José Luis de Villalonga -. Elle apprend que Roberte était une artiste, elle a suivi Milan, qualifié de misanthrope dans sa retraite par amour. La relation du couple est assez vampirique, on ne sait lequel étouffe l’autre, Hélène devient le révélateur de ce couple en crise. Un ami de Milan, Luigi – Marcel Pagliero paraissant fatigué -, lui propose de reprendre la compétition… C’est une œuvre forte, âpre et amère à découvrir actuellement sur Ciné-Classic. Simone Signoret continue ses rôles de femmes blessées par la vie, après son grand rôle dans “Les chemins de la haute-ville”.