Skip to main content

THE JACKET

Ca commence en pleine “guerre chirurgicale” en 1991 durant la guerre du golf, avec quelques images vidéo troubles de guerre aseptisées, le soldat Jack Starks, entend parfaitement la voix d’un enfant dans les fracas des bombardements, on commence à se poser des questions… Blessé, il retourne péniblement à la vie, en prise avec quelques démons et sous médicaments. Un bon moment on pense que l’on va voir une resucée de “L’échelle de Jacob”, un bon film a réévaluer signé Adrian Lyne (si, si Adrian Lyne…, je sais ça peut surprendre). Le zigue Jack va t’il devenir un cobaye ? Mais non il se promène dans une campagne enneigée et glacée, rencontre une mère en panne complètement saoule –Kelly Lynch pas vraiment mise en valeur –  avec sa fillette, il poursuit son chemin… et c’est le drâââme ! Ca se poursuit dans un asile psychiatrique, dirigé par le monolithique docteur Becker – Kris Kristofferson, parfait -, qui a des méthodes controversées limite torture. Sa méthode est de laisser ses patients dans un casier mortuaire dans le noir complet, le sieur Brody se retrouve donc encasieré vivant. Ca réveille chez lui des hallucinations, des images brutales, manque de pot on n’est pas chez Poe, il finit par visiter d’autres dimensions histoires de passer le temps…

Adrian Brody, toujours volontaire pour les rôles à oscar…

Oscarisé Brody commence à poser problème, après son interprétation en surcharge dans “Le village”, il nous régale de quelques tics d’acteurs, alors qu’il est était vraiment bon dans “Le pianiste” chez Polanski. Suit la litanie du film de série vite oubliable, histoire d’accuser le coup dans l’essoufflement actuel du cinéma fantastique. On dirait un premier film roublard, mais le réalisateur John Maybury a du métier et avait même réalisé un film honorable sur Francis Bacon “Love is the devil” avec une composition très réussie de Derek Jacobi. C’est une fausse bonne idée pour le tandem de producteur Steven Soderbergh / George Clooney d’être allé le chercher.

Reste une distribution intéressante, surtout l’impeccable Jennifer Jason Leigh, qui amène une certaine ambiguïté et a une présence indéniable, plus le retour de Kelly Lynch qui a gardé son charme intact, Daniel Craig en brun qui cabotine allégrement – pour le coup on se met à penser qu’il pourrait faire un James Bond crédible – de même pour Brad Renfro et Keira Knightley, dont la moue suffit à palier les manques de son jeu. Bof… Bof… Sur un thème analogue, on peut préférer à ce film le magistral et original “Je t’aime, je t’aime” (Alain Resnais, 1967), sur certaines expéditions dans l’espace temps.

LES BIENFAITS DE LA COLÈRE

“Les bienfaits de la colère – The upside of Anger” est un film du comédien Mike Binder. Le titre n’est pas très engageant pourquoi pas “Les raisons de la colère” (arf, arf), mais c’est typiquement le film dont on attend rien de particulier qui s’avère une bonne surprise. Le film a pour personnage central Terry Wolfmeyer, mère de quatre filles – sans docteur March, cette fois&hellip -, qui a la particularité d’afficher une perpétuelle mauvaise humeur. Son mari vient de la quitter, sans explications, tout comme sa secrétaire suédoise de surcroît, le lien est vite établit… Les quatre filles – la plus jeune “Popeye” ayant 15 ans, – sont relativement autonomes, elles préparent le  traditionnel repas familial, la vie semble reprendre sonc ourps. Elles rivalisent de charme, dans ce quartier résidentiel, véritable image d’Épinal de la famille américaine aisée, mais la mère exemplaire n’arrive même pas à noyer sa détresse dans la vodka, baisse les  bras, la rancune tenace, multiplie les gaffes avec l’aînée plutôt en froid avec elle, et se met à végéter clope au bec devant la TV.  Arrive le voisin pote de son mari, ancienne star de base balle, buveur de bière invétéré, et animateur radio à l’occasion qui vivote plutôt bien en signant quelques balles qui deviennent par idolâtrie objet de culte rentable. Les deux individus vont se rapprocher pour une histoire de terrain, et vont partager un alcoolisme mondain, la belle n’étant pas vraiment commode. Elle envoie valdinguer son personnage distingué habituel avec une grande force.

Kevin Costner et Joan Allen

Mike Binder a dû adorer les comédies de Blake Edwards, et nous propose un film particulièrement réjouissant sur les personnages adultes, et a écrit un très beau rôle pour la fabuleuse Joan Allen – sa partenaire dans le film “Manipulation” – , particulièrement détonnant dans le cinéma hollywoodien traditionnel particulièrement rétif avec les femmes de plus de 25 ans, c’est suffisamment rare pour le signaler. Kevin Costner se révèle très drôle, s’amusant visiblement avec son image passée de héros viril – il jouait déjà au base-ball dans le sympathique “Duo à trois”, le cornichon “Jusqu’au bout du rêve” et dans “Pour l’amour du jeu” -. Il assume son côté sans-gêne et désinvolte, avec un formidable abattage, fait preuve d’une grande dignité dans ses choix et ses erreurs. Les personnages des filles sont assez schématiques, le cinéaste n’évite pas une certaine mièvrerie moraliste  – mais qui peut se comprendre si on prend le point de vue de la cadette – et a un petit côté “ventre mou”, mais ces petits défauts n’enlève rien à la réussite de l’ensemble. On rit volontiers et à noter que Mike Binder s’est donné le plus mauvais rôle dans un personnage assez veule et finalement bien maltraité. L’alcolisme est montré de manière décomplexée et le désarroi d’une femme abandonnée à son sort sonne très juste. Plaisant, le ton incorrect de ce film est vraiment très plaisant, à recommander vivement en cette période de disette estivale.

STAN THE FLASHER

C’est le quatrième et dernier film de Serge Gainsbourg. Il ne manque le visionnement d’ “Équateur”, actuellement enregistré sur le câble, mais qui risque volontiers de dormir un peu sur une VHS, à la lecture de la critique du film de l’excellent blog de  Pierrot. Ca faisait un moment que je souhaitais voir ce film, trouvé enfin dans ma bibliothèque municipale qui est visiblement un bonus d’une intégrale. Ca commence plutôt mal, Claude Berri récite la fameuse tirade de Shakespeare, “To be or not to be”, il donne des leçons particulières à des jeunes. A l’entendre, on remarque qu’il n’a fait aucun progrès depuis qu’il se moquait de lui-même dans son film “Le cinéma de papa” (1970), jeune acteur il se faisait virer d’une production américaine, devant son anglais hésitant sous les yeux ébaubis de Jacques Marin. La suite est un recyclage Gainsbourg, dont l’esthétisme vire à un long clip de 70 mn, il s’auto cite beaucoup, nous ressort certains aphorismes et son goût pour les jeux de mots tendance “Almanach Vermot”, le temps vire au long. Ce dernier film est visiblement l’œuvre de trop, pour ce Gainsbar à bout de course, qui s’égarait dans de pitoyables prestations télévision et qui tirait à la ligne pour des chansons sans grands intérêts. C’est vraiment dommage au regard de son œuvre magistral, et surtout de son premier film “Je t’aime, moi non plus” qui conciliait un grand sens artistique et une provocation salutaire.

Élodie Bouchez & Claude Berri

Stan Goldberg, bande mou, délaisse Aurore Clément, qui commence à inaugurer son registre de grande bourgeoise oisive, supporte un jeune élève et craque sur les charmes naissants d’une certaine Natacha. C’est joué par une certaine Élodie, en fait c’est Élodie Bouchez qui minaude de manière éhontée, pose de manière assurée, on a vraiment du mal à voir la future interprète de la “Vie rêvée des anges”, mais c’est peut être dû à la direction de Gainsbourg. La raison de Stan vacille, il cite “Gros dégueulasse” de Reiser, – “jaune devant, marron derrière”, il adopte un comportement borderline, succombant à la fausse naïveté de la “p’tite pisseuse” Natacha. Il faut saluer la performance de Claude Berri acteur, qui dans cette entreprise assez vaine, se jette bec et ongles, et sans fausses pudeurs, dans ce rôle, reprise en long de son personnage dans “L’homme blessé” de Patrice Chéreau (1982). Son exhibitionnisme devient même touchant, il se sert de la lourdeur de son corps et des contradictions de son personnage, il arrive à donner une trace d’humanité dans ce salmigondis paresseux. Une petite série de guests fantomatiques arrivent pour aider ce court-métrage, à dépasser les 60 mn. Richard Bohringer, tendance petit matin blême après nuit arrosée, Daniel Duval en père violent, Jacques Wolfsohn en pote de Stan – c’était un proche de Gainsbourg, et non son pseudonyme comme le créditait sa fiche IMDB ! avant correction -, et même Gainsbar himself – non crédité -, qui prend même la seule citation acceptable du film (“To be or not to be : question-réponse”). Seul Michel Robin dans un rôle assez grotesque de tueur poète, arrive à tracer une originalité, à nous amener dans un climat d’angoisse curieuse, preuve qu’un grand comédien peut tirer quelque chose de ce semblant de rôle. Côté musique, quatre notes du maître à déplorer, il vaut mieux jeter un voile pudique sur ce film au regard de l’authentique génie de Gainsbourg. Pas de label “coin du nanar,  puisque qu’il n’y a aucun plaisir à retirer ici…

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Michel Peyrelon

Il faut déplorer une fois de plus la mort d’une des figures des plus singulières du cinéma français passée sous silence en 2003 – “Les gens du cinéma”, version web n’existait pas alors -. Il fait parti de ces comédiens auquel on assimile volontiers le personnage à ses rôles.  C’était l’homme que vous aimerez haïr malgré une voix douce et souvent calme. Heureusement, on peut se référer au formidable livre de Jacques Mazeau & Didier Thouart “Les grands seconds rôles du cinéma français” (Pac, 1984), hélas épuisé, qui dresse son portrait tout en nuance, nous rappelant son rigoureux parcours théâtral. Ils nous apprennent que Michel Peyrelon, avait créé sa propre compagnie , en 1960 passant des classiques aux auteurs modernes. Ils le montrent d’une grande modestie : “Je n’ai encore rien fait”, déclare cet acteur envahi par le doute et très exigeant vis à vis de lui-même. Dans le court-métrage “La bonne adresse” en 1999, il monte dans le taxi d’Olivier Broche – vedette du “Voyage à Paris”, pour demander à aller à l’adresse où habite précisément son chauffeur, qui s’en étonne avec bonhomie. Le spectateur craint évidemment le pire, et il y a une chute subtile du scénario. Car l’on est habitué à fréquenter Michel Peyrelon dans des rôles de fous dangereux comme son rôle marquant dans “Les seins de glace” (1974) de Georges Lautner avec lequel il a beaucoup travaillé, où il était le jardinier cerbère de Mireille Darc. Il fallait le voir accueillir le jovial Claude Brasseur de manière abrupte, déclenchant les sarcasmes de ce dernier : “…Il tient bien sur ses pattes arrières pour son âge”. Séduit par la présence troublée de sa protégée, il parvient à faire une composition saisissante avec un minimum d’attitudes et de dialogues. Il aura peu de rôles sympathiques, mais on retiendra le rôle du frère mutique de Jacques Debary dans “Rude Journée pour la reine” (René Allio, 1973), subissant sa mauvaise humeur quand il lui rend visite. Il a fait frissonné d’inquiétude plusieurs générations de spectateurs ou de téléspectateurs. Même humilié par Lino Ventura dans Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975),– il est un truand éboueur -, on est pourtant pas rassuré pour l’inspecteur, son regard se révélant glaçant même dans une situation où il ne peut se défendre. Qu’il entre dans une assemblée de truands comme dans “L’affaire Crazy Capo”, un malaise s’installe d’emblée… Qu’il recueille un jeune orphelin dans le mésestimé “Justinien Trouvé…” (Christian Fechner, 1992), c’est pour lui flanquer des baffes, comme le veut son ordre… Qu’il participe à un film sur l’occupation, c’est pour jouer un collaborateur (“Mon ami le traître, 1988)… Qu’il figure dans un film en Inde en 1925, s’est pour figurer en ignoble trafiquant d’ivoire, flanqué se son acolyte joué par le formidable Serge Merlin, ne dédaignant le meurtre pour arriver à ses fins, dans le méconnu “Tusk” (Alexandro Jodorowsky, 1978). La panique n’est jamais loin avec luiÀ l’image de son magistral Schumacher de “Dupont-Lajoie” dans son rôle de notaire cauteleux, il pousse ces compagnons de vacances dans l’ignominie.  Son côté respectable n’est qu’un masque dissimulant la bassesse et la crapulerie de son personnage. Il est donc à l’aise dans le côté froid, calculateur quand il organise ses basses œuvres. Toujours chez Yves Boisset, n’oublions pas l’autoritaire et opiomane Lieutenant Keller dans “R.A.S.”, le truand manipulateur dans “Folle à tuer”, et le fermier qui brûle évidemment ses terrains pour avoir une assurance dans “Radio Corbeau”. Comme il est toujours formidable dans ce type de rôles, les cinéastes le cantonnent aisément dans ces emplois. Bertrand Blier l’appréciait beaucoup lui confiant un rôle de médecin, devant soigner sous la menace Patrick Dewaere dans “Les valseuses” (1973), l’un des premiers misogynes suivant le tandem Rochefort-Marielle pour prendre le maquis ! “Calmos” (1976), et il est l’un des voisins de Nathalie Baye, “Notre histoire” (1984). 

Michel Peyrelon dans “L’affaire Crazy Capoo”

Dans l’un de ses meilleurs films dans “La part du lion” (Jean Larriaga, 1971), où en sbire de Raymond Pellegrin, il note froidement dans un petit calepin tous mes faits et gestes de ses ennemis ou associés – le tandem  Robert Hossein et Charles Aznavour -. Mais il peut être un sympathique, mari dégénéré de Laura Antonelli dans “Docteur Popaul (Claude Chabrol, 1972), et il trouve un de ses rôles les plus truculents en truand “borsalinesque” dans “La scoumoune” (José Giovanni). Il y est “l’élégant”, en compagnie de son âme damné “Fanfan” – excellent Philippe Brizard -, ses habitudes vestimentaires finissant d’ailleurs par lui jouer des tours… Dans “Le plus beau métier du monde” (Gérard Lauzier, 1996), il est un commissaire compréhensif, bien qu’impuissant face à un Gérard Depardieu dépassé par les événements, le jetant dehors, pour son bien, quand il veut passer une nuit en prison, et allant  même jusqu’à lui apporter des croissants. Il n’aura de cesses que de vouloir casser cette image, osant le burlesque ou les frontières du ridicule, dans “Le faux-cul” curiosité de 1975, signée Roger Hanin, il joue un espion travesti en une Mme Irma d’opérette hautement improbable, diseuse de bonne aventure pour berner un dictateur africain, qui rit sous cape à ce rocambolesque spectacle. Son personnage finit même déguisé en poule dans un cirque, un sacré festival… Dans l’attachant “Un nuage entre les dents” ‘Marco Pico, 1973), il est un travesti dans un spectacle minable. Il vole même la vedette, à un Jerry Lewis pas très à l’aise et doublé par Roger Carel, dans le cornichon “Retenez-moi où je fais un malheur” (Michel Gérard, 1984), où il est un trafiquant camouflé en agent amoureux transi d’une excentrique joué par une Laura Betti déchaînée. Il sombre dans le nanar pur et dur, comme dans les films de Philippe Clair, “Les réformés se portent bien” (1978), où il incarne un capitaine forcément sadique pour mettre au pas des sous-bidasses, tire-au-flanc, sous-doués. Evidemment rendu chèvre par les cloches, il sera éconduit par sa femme – Evelyne Buyle – et même par le caricatural Daniel Derval ! caricature homophobe du gros comique qui tâche, qui préfère partir avec une femme dont il a un enfant !  Dans “Le cowboy” (Georges Lautner, 1984), il nous livre une savoureuse parodie de Don Corleone, composition qu’il reprendra dans l’un des épisodes de “Sueurs froides”, aimable série TV présentée par Claude Chabrol. Il était impressionnant dans un film belge “les sept péchés capitaux” où il était un riche achetant un enfant à des pauvres. Ca manière de prononcer “Ces gens là sont ignobles” est digne d’un Saturnin Fabre déclamant “Tiens ta bougie droite” dans “Marie-Martine”. Un très grand comédien mort dans la plus totale discrétion en juin 2003 avec un spectre assez large des films d’auteur à Philippe Clair. Précisons que Claude Lelouch et Mehdi Charef l’appréciaient  beaucoup. Il était capable des nous embarquer dans des dimensions fantastiques, comme son rôle de directeur de cirque dans “Le nain rouge” (Yves Le Moigne, 1997). À noter que Michel Peyrelon a souvent participé à des films de jeunes metteurs en scènes (“Un professeur d’Américain” tourné pour l’INA, l’expérimental “Xueiv”, vieux à l’envers…), dans des films expérimentaux ou marginaux, et a eu même un premier rôle, selon Thouart et Mazeau, dans “Véronique ou l’été de mes treize ans” de Claude Guillemin, aux côtes d’Anouk Ferjac. Derrière ses compositions de monstres, on devinait une sensibilité certaine, reste à savoir si ce comédien cultivé avait souffert de ses rôles inquiétants.

Filmographie : 1962  Un mari à prix fixe (Claude de Givray) – 1963  Les vierges (Jean-Pierre Mocky, rôle coupé au montage ?) – 1969  Un condé (Yves Boisset) – 1970  Vertige pour un tueur (Jean-Pierre Desagnat) – Un beau monstre (Sergio Gobbi) – Valérie (Tadeusz Matuchevski, inédit) – 1971  La part des lions (Jean Larriaga) – Biribi (Daniel Moosmann) -1972  Docteur Popaul (Claude Chabrol) – Le fils (Pierre Granier-Deferre) – La scoumoune (José Giovanni) – R.A.S. (Yves Boisset) – 1973  L’affaire Crazy Capo (Patrick Jamain) – Rude journée pour la reine (René Allio) – Les valseuses (Bertrand Blier) – Un nuage entre les dents (Marco Pico) – Les seins de glace (Georges Lautner) – Dupont-Lajoie (Yves Boisset) – Véronique ou l’été de mes treize ans,(Claudine Guillemin) – 1975  Le chat et la souris (Claude Lelouch) – Adieu poulet (Pierre Granier-Deferre) – Folle à tuer (Yves Boisset) – Le faux-cul (Roger Hanin) – Le bon et les méchants (Claude Lelouch) – Calmos (Bertrand Blier) – Les oeufs brouillés (Joël Santoni) – 1976  Dora ou la lanterne magique (Pascal Kané ) – 1977  L’imprécateur (Jean-Louis Bertucelli) –  Un professeur d’américain (Patrick Jeudi, inédit en salles, mais diffusion TV [Caméra je]) – 1978  Ils sont fous ces sorciers (Georges Lautner) – One Two Two, 122 rue de Provence (Christian Gion) – Les réformés se portent bien (Philippe Clair) – Ces flics étranges… venus d’ailleurs (Philippe Clair) – Les égouts du paradis (José Giovanni) – Flic ou voyou (Georges Lautner) – 1979  Le gagnant (Christian Gion) – Gros câlin (Jean-Pierre Rawson) -Tusk (Alejandro Jodorowsky) – 1980  Rendez-moi ma peau (Patrick Schulmann) – 1981  Plus beau que moi tu meurs (Philippe Clair) – Xueiv (Patrick Brunie, inédit) – 1982  Transit (Takis Candilis, inédit) – Drôle de samedi / Samedi, samedi (Bay Okan) – Anton Muze (Philippe Setbon, CM) – La femme ivoire (Dominique Cheminal) – 1983  Flics de choc (Jean-Pierre Desagnat) – Retenez-moi… ou je fais un malheur ! (Michel Gérard) – 1984  Le voyage d’Antoine (Christian Richelme, CM) – Le cowboy (Georges Lautner) – 1985  Suivez mon regard (Jean Curtelin) – 1986    Miss Mona (Mehdi Charef) – La vie dissolue de Gérard Floque (Georges Lautner) – 1987  Camomille (Mehdi Charef) – 1988  Mon ami le traître (José Giovanni) – Radio corbeau (Yves Boisset) – 1989  Feu sur le candidat (Agnès Delarive) – 1990  Un vampire au paradis (Abdelkrim Bahloul) – 1991  Les sept péchés capitaux (Béatriz Florez Silva, Frédéric Fonteyne, Yvan Le Moine, Geneviève Mersch, Pierre Paul Renders, Olivier Smolders & Pascal Zabus)  – deux épisodes, dont « La pureté », d’Yan Le Moine) – 1992  Une journée chez ma mère (Dominique Cheminal) –  Les visiteurs (Jean-Marie Poiré) –  1994  Le grand blanc de Lambaréné  (Bassek Ba Kabhia) – 1996  Le plus beau métier du monde (Gérard Lauzier) – Monsieur Paul (Gérard Goldman, CM) – 1997  À fond la caisse (Vincent Rivier, CM) – Le nain rouge  (Yvan Le Moine) – 1999  La bonne adresse (Gérard Goldman, CM) – 2000  Trois petits monstres et puis s’en va (Vincent Weil, CM) – 2002  Merguez, panini, kebab, Jambon-beurre (Stéphanie Aubriot & Nicolas Acker, CM)  

Télévision : 1962  Hélène (Claude Dagues) – 1963  Fortune (Henri Colpi) – 1966  Au théâtre ce soir : Topaze (Pierre Sabbagh) – 1968  Les Burgraves (Maurice Cazeneuve) – 1973  Arsène Lupin : Herlock Sholmes lance un défi (Jean-Pierre Desagnat) – 1975  Plus amer que la mort (Michel Wyn) – Splendeurs et misères des courtisanes (Maurice Cazenave, mini-série) – 1976  La grande peur (Michel Favart) – 1977  Commissaire Moulin : Marée basse (Jacques Trébouta) – Le naufrage du “Monte Cristo” (Josée Dayan) – Les samedis de l’histoire : Un été Albigeois, la grève des ouvriers verriers de Carmaux (Jacques Trébouta) – Banlieue sud-est (Gilles Grangier, mini-série) – Les héritiers : Le codicille (Jacques Trébouta) – 1978  Jean-Christophe (François Villiers, mini-série) – Cinéma 16 : Le rabat-joie (Jean Larriaga) – Aurélien (Michel Favart, mini-série) – Messieurs les ronds de cuir (Daniel Ceccaldi) – Sam et Sally : Week-end à Deauville (Nicolas Ribowski) – Sam et Sally : Lili (Nicolas Ribowski) – 1979  L’orange amère (Roger Hanin) – Cinéma 16 : Deux femmes aujourd’hui (Daniel Moosmann) – L’éclaircie (Jacques Trébouta) – Une femme dans la ville (Joannick Desclercs) – 1980  Le noeud de vipères (Jacques Trébouta) – Le roman du samedi : Le coffre et le revenant (Roger Hanin) – Fantômas : L’étreinte du diable (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) – 1981  Le roman du samedi : Mémoires de deux jeunes mariés (Marcel Cravenne)  – Henri IV (Jeannette Hubert, captation) – Cinéma 16 : La jeune fille du premier rang (Pascal Lainé ) – 1982  Julien Fontanes : Une fine lame (François Dupont-Midy) – 1983  Trois morts à zéro (Jacques Renard) – La vie de Berlioz (Jacques Trébouta) – 1984  Disparitions : Double fond (Yves Elléna) – Dis, dis-moi que tu m’aimes (Yves Barbara, MM) – Rue Carnot (plusieurs réalisateurs) – Chateauvallon [épisode 12] (Serge Friedman) – 1985  Série noire : Pitié pour les rats (Jacques Ertaud) – Messieurs les jurés : L’affaire Gadet (Gérard Gozlan) – Le regard dans le miroir (Jean Chapot) – 1986  Madame et ses flics : Le corbeau informatique (Roland-Bernard) – Catherine (Marion Sarraut, série) – Cinéma 16 : Domicile adoré – Do-Mi-Si-La-Do-Ré (Philippe Condroyer) – L’heure Simenon : Un nouveau dans la ville (Fabrice Cazeneuve) – 1987  Marie Pervenche : La dernière patrouille (Claude Boissol) – Un nouveau dans la ville (Fabrice Cazeneuve) – Une occasion en or : Les mémés sanglantes (Bruno Gantillon) – Marc et Sophie : A star is bône (Georges Bensoussan, CM) – Le grand secret (Jacques Trébouta) – Nuit d’enfer (Philippe W. Guillaume) – Deux maîtres à la maison : Sentiments distingués (Philippe Galardi) – 1988  Marc et Sophie : Nous ne maigrirons pas ensemble (Georges Bensoussan, CM) – Marc et Sophie : Adam et chèvre (Ariane Adriani, CM) – Sueurs Froides : Black Mélo (Philippe Setbon, CM) – M’as-tu-vu ? : Maquillage (Éric Le Hung) – Le crépuscule des loups : Dans le labyrinthe (Jean Chapot) – Marie Pervenche : Boomerang (Serge Korber) – La comtesse de Charny (Marion Sarraut, série) – 1989  Blaues Blut : Der skandal (Robert Young) – La vie Nathalie (Pierre Goutas, série) – V comme vengeance : Un amour tardif (Patrick Jamain) – Le masque : La radio (Yves Barbara) – Le système Navarro : Strip show (Gérard Marx) – Panique aux Caraïbes : Quelques dollars de plus (Jean-Claude Charnay) – 1990  Sniper (Klaus Biedermann) – Deux flics à Belleville (Sylvain Madigan) – V comme vengeance : Plagiat et meurtre (Bernard Queysanne) – Les hordes (Jean-Claude Missiaen, mini-série) – 1991  Scoop : Années de plume, années de plomb (Nicolas Ribowski) – Lola : Lucette et le boucher (Laszlo Szabo, CM) – Piège pour femme seule (Gérard Marx) – 1992  Vacances au purgatoire (Marc Simenon) – 1993  Inspecteur Médeuze : Poulet fermier (Philppe Triboit) – Un comissario a Roma : Una chiave (Luca Manfredi) – Commissaire Dumas D’Orgheuil : John (Philippe Setbon) – Chute libre (Yves Boisset) – Le tunnel (Yves Boisset) – 1995  Quatre pour un loyer : Le baron se marie (Georges Barrier, CM) –  1999  L’enfant de la honte (Claudio Tonetti) – 2001  Médée (Don Kent, captation).

 Théâtre (source Arte) : Après une formation auprès de Jean Dasté et à l’école du TNS et débute dans La Mort de Danton de Buchner avec Jean Vilar. Pour sa compagnie – Théâtre 43 – il présente et interprête Sartre avec Huis-Clos, Beckett avec Fin de Partie, Maturin avec Bertram, Calderon avec La vie est un songe, Rosewitz avec Le Dossier, Marivaux avec Le petit Maître corrigé et Molière avec Le Bourgeois Gentilhomme. Il crée en France Fando et Lis d’Arrabal, Les deux Jumeaux de Benayoun, L’escalier de Silas de Geneviève Serreau. Il a travaillé également sous la direction de Stuart Seide dans Hôtel de l’Homme Sauvage de J.P Fargeau, Alain Françon dans L’Ordinaire de Michel Vinaver, Pierre Romans dans La Dame aux Camélias, Jean-Luc Boutté dans La Volupté de l’Honneur de Pirandello, Lluis Pascal dans Le Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega, Jean Lacornerie dans Diabelli d’Hermann Burger, Saint Georges chez les Brocchi de Gadda, Come Adesso de Delgiudice, Kleist de Grosjean, Quand tombent les toits d’Henri Michaux et Eva Peron de Copi, Jean-Paul Lucet dans Un Faust Irlandais de Durrell, Michèle Marquais dans Don Carlos de Schiller, Jorge Lavelli dans Slaves de Tony Kushner et Jean-Christophe Sais dans Sallinger de Koltès. Pour Jacques Lassalle, il joue dans La Bonne Mère de Goldoni, Bérénice de Racine, Andromaque d’Euripide, L’Homme difficile d’Hofmannsthal, La vie de Galilée de Brecht et Tout comme il faut de Pirandello.  

ZIM & CO

On est de prime abord surpris par la tonalité assez grave de cette  comédie réussie, qui traduit une inquiétude sourde de parent d’élèves. Pierre Jolivet est toujours à l’aise avec l’air du temps et soucieux de ne pas tomber dans les clichés. Si on a du mal à voir en Adrien Jolivet, à la présence un peu envahissante – + B.O. en prime -, autre chose qu’une jeune projection de son père, Naidra Ayadi, Mhamed Arezki et Yannick Nasso font preuves d’un formidable abattage. Le film est centré Victor Zimbietrovski, dit Zim, et de ses amis Safia aux prises avec son patron qui l’exploite – un tempérament, Abbes Zahmani -, Cheb bricoleur génial et Arthur carrossier, redoutant l’autorité de son père – Maka Kotto, formidable comédien et l’un des comédiens fétiches de Jolivet, il fait preuve ici d’une autorité bienveillante -. Jolivet s’amuse avec les situations, et avec son scénariste Simon Michaël est conscient des risques, le trio de garçons “black/blanc/beur” de étant comparé à un “casting pour pub Benetton”, par un pote. Le petit groupe se laisse vivre tranquillement en bricolant ou accumulant les petits boulots au “black”. “Zim” lui est obligé de comparaître devant un juge après un accident, après une petite fumette, on lui lui promet de faire de la prison, le système de la double peine s’appliquant après un incident mineur, il a la surpise de découvrir qu’on  lui reproche une récidive de délit de fuite. Il doit revenir avec des fiches de paies, et doit obtenir “une caisse” pour obtenir un travail.

Yannick Nasso, Adrien Jolivet, Mhamed Arezki et Naidra Ayadi

Nathalie Richard dans le rôle de la jeune mère de Zim, nous offre une composition particulièrement subtile en mère “débrouille” – elle fait des travaux de plomberie -, partagée entre son rôle maternel et celui de la bonne copine, elle éblouissante dans la scène où elle apprend que son fils lui a dissumulé ses tracas. Nos jeunes amis doivent faire preuve de débrouillardise face un monde adulte plus qu’hostile, à l’image du chauffeur vindicatif joué avec verve par Michel Fortin – il était présent dans un des précédents films de Jolivet : “Strictement personnel” -. On flirte souvent avec la caricature avec les adultes – tous très bien joués-, la trop rare Nada Stancar en examinatrice féroce (et raciste) d’auto-école, Jean-Claude Frissung en ouvrier bègue combinard et touchant, Guilaine Londez en juge sévère, Pierre Diot en entrepreneur désinvolte, Éric Prat en vendeur de polo par petites annoncesetc…, mais sans trop y tomber. Pierre Jolivet nous dresse un portrait attendri, sans misérabilisme, critique les dérives de son temps et de notre système tout en nous proposant une comédie enlevée, autour de ce petit groupe solidaire et dynamique. A recommander vivement, cet oeuvre proposant une vision plus juste et non spectaculaire de la banlieue.

————————————————————————————

Annonce de la mort d’Eva Renzi, dont on se souvient de son personnage torturé dans “L’oiseau au plumage de cristal” de Dario Argento.

LA CLOCHE A SONNÉ

Autant annoncer la couleur, je suis client de Fabrice Luchini, récitant le bottin ou du Friederich , déclamant les chansons de Salvatore, dans les films de Rohmer, dans “Tes folle ou quoi ?”, dans les émissions de télé tendance promo ou quand je l’ai vu signer dans un salon des livres de Louis-Ferdinand !. Il m’a même aidé à passer le blues des fêtes de fin d’années 2004, avec la captation de son “Knock”, célèbre pièce de Jules Romain, diffusée sur France 3. Il est formidable dans “La cloche a sonné”, dans la délectation des mots, comme dans l’abattement. Il y a de grands moments de jubilation grâce à lui, sa manière de perdre de fil quand on lui parle de démocratie, d’utiliser la raideur de son corps et faire d’incroyables mimiques. Il sait se renouveller toujours, ici en grand gourou, mais est-ce suffisant pour sauver un film…

Fabrice Luchini

Mais ce film n’est rien de plus qu’un remake du “Psy” de Philippe de Broca (1980), d’après Gérard Lauzier, les personnages n’étant définis que par leurs névroses seulement. Si François Cluzet se montre hilarant en réfractaire et Amira Casar dans le rôle de Véra, compagne déboussolée et humiliée de Simon -on voudrait en savoir plus sur son personnage -, sont excellents, il est vraiment rageant de voir ainsi galvaudé les tempéraments d’Elsa Zylberstein – qui devait après son rôle de Christine Angot vouloir tenter quelque chose de plus léger -, d’une Valérie Bonneton, pourtant excellente, d’un Cartouche, d’un Arno Chévrier, d’une Coralie Zahorero, sans oublier Vincent Martin en paysan roublard. Malgré un bon début le film retombe comme un soufflet, mais on peut faire preuve d’indulgence car l’on rit tout de même. Dommage pour son réalisateur Bruno Herbulot, après des années de téléfilms…

L’HOMME DE LONDRES

“L’homme de Londres” est un film à l’atmosphère plombé. Je visionne ce film oublié sur une VHS enregistrée sur Ciné-Cinéma. La VHS est une une ennemie sournoise, tapie dans l’ombre… qui se fait oublier… envahit votre appartement comme un acarien, et même étiquetée sommeille dans un coin dans l’attente d’une improbable vision. C’est l’os enfoui par un chien sous la terre, à visionner un été de disette cinématographique… La bête peut mal vieillir – la VHS a une durée de vie limitée – et pose des problèmes de stockage. Si vous avez des solutions actuelles contre ce mal, je suis preneur ! Je retrouve la présentation de Jean Olle-Laprune impeccable et érudite, qu’est-ce qu’il peut nous manquer celui là…, ça surligne encore plus les manques de l’actuelle “ouvreuse” comme disait Serge Daney qui sévit actuellement et dont je me suis gratuitement vengé dans une notule à la rancoeur merdique. L’occupation est loin d’être l’âge d’or du cinéma français, c’est ici un film de signé Henri Decoin en 1943, habile faiseur, Olle-Laprune nous rappelant le climat de cette époque et la sollicitation des Allemands pour l’oeuvre de Georges Simenon – 9 films adaptés, c’est le romancier le plus adapté derrière Balzac -. Josselyne Gaël venait de quitter Jules Berry pour vivre avec un tueur de la gestapo ! Le studio du tournage est visiblement exigu, mais le décorateur Pimenoff arrive à installer une atmosphère blafarde, quoi que très surchargée d’un petit port sous la bruine,. Tous est ici poissard à souhait, il ne manque même pas la sempiternelle chanteuse réaliste qui nous sort une lancinante chanson triste dans la rue. Ca pèse et ça finit par nuire de manière redondante à l’étude de moeurs décrite au scalpel par Georges Simenon.

Fernand Ledoux et Jules Berry

Charles Maloin, un modeste aiguilleur de train qui veille toute la nuit dans un poste de garde, lieu dans lequel il domine le port, rouspète et se défoule sur sa petite famille. C’est Fernand Ledoux, ce comédien belge, naturalisé français, me semble un des plus grands comédiens de son temps. Dans un personnage dont la raison vacille, il est ici d’une humanité extraordinaire, d’une grande justesse et arrive à donner corps à ses monologues et traduire une inquiétude sourde qu’il provoque auprès de ses proches. Sa vie est routinière avant l’arrivée, deux affreux malfaiteurs, Brown, un ancien clown fatigué – Jules Berry magistral traînant une mélancolie durant tout le film – et Teddy – l’excellent et sobre Gaston Modot – qui plaît beaucoup à l’entraîneuse du bar local – Suzy Prim, ancienne compagne de Berry d’ailleurs, touchante “fille de joie” romantique et carburant à la menthe à l’eau” -… Le film finit par perdre l’installation de l’angoisse du début, les voix intérieures de Charles sont assez lourdes. Mais la fatalité Simenonienne veille sur ses personnages et on se laisse attraper tout de même sur cette morne adaptation, grâce à Fernand Ledoux, son registre détonnant singulièrement avec le voleur de scènes, Jules Berry, toujours superbe, son jeu étant un régal. Son personnage de Brown est odieux à souhait. On soupçonne d’ailleurs l’étendue de sa duplicité en voyant les réactions de sa femme qui finit par lui garder sa tendresse, même quand on lui informe de la double vie de son mari.  Reste comme toujours dans ces années là de formidables “excentriques du cinéma français”, René Génin, aiguilleur prêcheur et moraliste, Héléna Manson, en Mme Maloin, pour une fois sympathique supportant les sautes d’humeurs de son mari, Alexandre Rignault en collègue de Malouin, futur père inquiet, Jean Brochard en inspecteur guindé, Mony Dalmès en fille sage de Charles, René Bergeron en beau-frère suffisant et la méconnue Made Siamé en patronne d’hôtel curieuse. Henri Decoin devait réussir une meilleure adaptation de l’oeuvre de Simenon en 1951, “La vérité sur Bébé Donge” avec Danielle Darrieux et Jean Gabin que l’on peut aisément qualifier de chef d’oeuvre…

MORT DE TONINO DELLI COLLI

Annonce de la mort d’un des plus prestigieux chef opérateur, Tonino Delli Colli. De nombreuses images sont associées à sa mémoire, de son travail avec Pier Paolo Pasolini (“Accatone”, “Mama Roma”,”Porcherie”,  “Salo ou les 120 journées de Sodome”, etc…), Federico Fellini (“Ginger & Fred”, “Intervista”, “La voce de la luna”, Louis Malle (“Lacombe Lucien”, Sergio Leone (“Il était une fois dans l’Ouest”, “Il était une fois l’Amérique”, Marco Ferreri (“Conte de la folie ordinaire”, “Le futur est femme”, Jean-Jacques Annaud (“Le nom de la rose” ou Roberto Begnini (“La vie est belle”. Il avait une maîtrise absolue de la belle lumière. C’est un pan entier de l’âge d’or du cinéma italien qui disparaît avec lui. C’était un créateur majeur de son temps.

Tonino Delli Colli aux côtés de Federico Fellini

ARTICLE LA STAMPA En italien (17/08/2005) E’ scomparso la scorsa notte nella sua casa a Roma. Direttore della fotografia, ha collaborato con i maestri del cinema italiano E’ morto Tonino Delli Colli lavorò con Fellini e Pasolini

ROMA – E’ morto improvvisamente la scorsa notte nella sua abitazione romana Tonino Delli Colli. Da oltre 60 anni lavorava nel cinema come direttore della fotografia a fianco di registi come Pasolini, Monicelli, Risi, Fellini, firmando decine di film, fino a La vita è bella di Roberto Benigni, e vincendo sei Nastri d’argento e quattro David di Donatello. Nato a Roma nel ’23, a 16 anni comincia a lavorare a Cinecittà come assistente operatore di Ubaldo Arata e Anchise Brizzi. Il suo esordio come direttore della fotografia è nel 1943 con Finalmente sì! col regista ungherese Laslo Kish. Affina la sua arte con una lunga serie di film commerciali e di successo. Nel 1952 gira il primo film italiano a colori (Ferraniacolor) Totò a colori di Steno. E’ l’operatore dei grandi successi di Sergio Leone Il buono, il brutto e il cattivo (1966) e C’era una volta il West (1968). Ha vinto sei Nastri d’argento, nel 1965 per Il Vangelo secondo Matteo (1964) di Pasolini, nel 1968 per La Cina è vicina (1967) di Marco Bellocchio, nel 1982 per Storie di ordinaria follia (1981) di Marco Ferreri, nel 1985 per C’era una volta in America (1984) di Sergio Leone, nel 1987 per Il nome della rosa (1986) di Jean Jacques Annaud e nel 1998 per Marianna Ucria di Roberto Faenza. Quattro i David di Donatello, conquistati nel 1982 per Storie di ordinaria follia, nel 1987 per Il nome della rosa, nel 1997 Marianna Ucria e nel 1998 per La vita è bella. Ha anche interpretato se stesso nel film L’intervista di Federico Fellini.

À lire les réactions sur sa mort dans le forum de DVD Classik et les informations de l’excellent site Cinematographers.

LE COIN DU NANAR : POUSSEZ-PAS GRAND-PÈRE DANS LES CACTUS

Attention, “Poussez-pas grand-père dans les cactus” (1969) est en partance pour la candidature au nanar suprême. Je viens de trouver le DVD, de ce film de Jean-Claude Dague – grande qualité c’est un prix mini -. L’EDF bordelais coupe l’électricité de mon quartier pour m’éviter cette épreuve, après ça allez dire qu’ils ne sont pas sympas les Bordelais !. Manque de bol, les voisins finissent par râler, ils ont l’habitude pourtant, le courant sautant souvent, que dans cette rue d’ailleurs, ils sont exigeants et vont pousser les ouvriers habituellement jusqu’à creuser le bitume une nuit entière par exemple, histoire de pouvoir voir TF1 tranquille. Abandonné lâchement par le service public, je finis par voir ce film dans la collection “DVD à la Une”, en fait TF1 Video, le film étant tellement nul qu’ils ont honte de mettre leur logo sur la jaquette, ça ne devrait pourtant pas trop faire dégringoler le niveau de stupidité ambiant de la première des chaînes… Il y a les trois plus grands pourfendeurs de nanar du cinéma français – 2643 à eux trois, autant de raisons de se réjouir… sauf à ce film ! -, citons les lâchement par ordre alphabétique, Francis Blanche, Darry Cowl, Michel Galabru.  Le film est signé Jean-Claude Dague, vu dernièrement chez Thierry Ardisson, il parlait de son expérience en prison, et qui a signé un film maladroit mais sincère : “Le dénommé” (1988), sur son expérience des QHS. Bon c’est pour un hold-up qu’il a fait de la prison, pas pour avoir réalisé ce film – quoi que…- C’est ici son second film après “Le bal des voyous” (1967), et avant “Desirella” (1969) et “L’homme qui vient la nuit” (1970).

Affiche belge du film, source “Les gens du cinéma”

Le film essaie lamentablement de retrouver le ton des burlesques muets américains, le pôvre Francis Blanche se contentant de quelques borborygmes. Il joue un petit homme timoré aux prises avec une femme acariâtre joué par… Marielle Goitschel, oui la skieuse, dont j’ai gardé le souvenir d’une belle gueulante dans “Droit de réponse” de Michel Polac, sous les yeux étonnés de Claude Chabrol. Un physique de nageuse Est-Allemande, un air constant pas aimable – bon il ne devait pas y avoir de créatine alors -, on finit par comprendre que le Blanche blême – qui affamé se jette sur du Frolic ! -, se tire ailleurs. Suit un scénar navrant avec une histoire de double, Francis Blanche toujours – vraiment pas aidé ici -, jouant aussi un Al Capone au petit pied : Al Gregor. Un inspecteur rode dans le coin – Michel Galabru, visiblement désolé -, ce petit monde finit dans un asile de fou, tenu par un Henri Virlojeux cabotinant et que j’ai rarement vu aussi mauvais, alors que d’habitude il est plus subtil. Arrive Lionel Josp…, euh Darry Cowl – numéro connu – en psychiatre tellement bon qu’il guérit son monde en une semaine, il cherche donc de nouveaux patients… Le moindre gag confine au lamentable, reste un esprit curieux au milieu des nanars bavards de ces années là, gageons que Claude Zidi ici chef opérateur devait se servir de cette expérience pour les films des Charlots, avec plus d’inventivité. Il y a de bons seconds rôles, Georges Beller dans une dizaine d’ailleurs – c’est le seul à s’en sortir un peu -, Sébastien Floche en tueur triste, Gérard Croce en caïd minable – une rondeur abonné aux horreurs ces années là -, Carlo Nell en fou en toge et même Jean Carmet en cafetier cruel. C’est tellement improbable, qu’il faut évidemment se ruer sur cette daube abyssale, vous l’aurez compris… Gare aux coupures intempestives de courant…

VIRGIL

Emballé ! Il y avait hier soir, une avant-première à l’UGC Cité-Ciné du film “Virgil” premier long-métrage de Mabrouk El Mechri, en sa présence ainsi que celles de Jean-Pierre Cassel, Jalil Lespert, Tomer Sisler et celle surprise de Kader Belkhadra. Et pour un coup d’essai c’est un coup de maître. C’est un film que l’on peut rapprocher aux “Mauvais joueurs”, un des meilleurs films de cette année, signé Frédéric Balekhdjian, avec également une mise en scène au cordeau et à l’énergie. Mabroul El Mechri utilise avec virtuosité les codes du film noir et du film de boxe – on pense évidemment à “Nous avons gagné ce soir” chef d’œuvre de Robert Wise (1949), dont il parle volontiers en citant son titre original “The setup” – qui donne ici son nom à une boîte de nuit -. Il cite également le premier Rocky, mais loin de faire preuve d’un exercice de style, il s’approprie complètement ce film, les références de ce grand connaisseur de cinéma, ne l’aidant qu’à mieux confirmer son style. La bande son travaillée par Frédéric Verrière – rencontré pour avoir fait la musique d’un film avec Lon Chaney -, nous plonge dans un climat sans redondance. Les combats de boxe sont chorégraphiés précisément, le film parle du parcours de Virgil – Jalil Lespert, subtil et obstiné -, un jeune boxeur qui a une relation très forte avec son père adoptif, manchot flamboyant, Ernest, ancien boxeur lui-même – Jean-Pierre Cassel prodigieux -, qui a terminé en prison pour avoir assassiné le corrupteur de son fils après le rituel “à la quatrième tu te couches !”. Son père souffrant d’un cancer il se refuse de lui avouer qu’il a perdu sa licence pour violence. Aidé de Sid, son ami et co-propriétaire d’une sandwicherie grecque – jubilatoire Karim Bedkhadra -, il va retenter de remonter sur le ring, aidé du magouilleur et combinard, Dunopillo – Patrick Floersheim, enfin dans un rôle à mesure. A parloir il rencontre une jeune femme Margot – Léa Drucker enfin dans un rôle principal -, qui rend visite à son père, le mutique Louis qui intrigue d’ailleurs Ernest – Philippe Nahon, au-delà du formidable…-.

Jalil Lespert et Jean-Pierre Cassel

Le réalisateur dépeint ce petit monde avec originalité, on s’attache à tous les personnages, et il a un sens de la distribution remarquable utilisant les comédiens de manières inhabituelles. La petite équipe était arrivé le dernier quart d’heure pour voir l’accueil du public – c’était l’une des premières -. Si Mabrouk El Mechraoui, préférait rester en retrait, c’est avez émotion que j’ai pu voir dans l’obscurité l’élégante silhouette de Jean-Pierre Cassel. Ensuite avec beaucoup de modestie, il a évoqué sa disponibilité aux premières œuvres, grâce à ses enfants Vincent et Cécile, préférer tenter une aventure quelle que soit la longueur de son rôle. Ironisant sur ces rôles dans les derniers films des grands maîtres (Jean Renoir, Abel Gance, Jean-Pierre Melville etc… il s’amusait de sa réputation de porter malheur, tout en déplorant de n’avoir jamais été sollicité par des metteurs en scène de sa génération. Il glisse une grande humanité dans son personnage d’Ernest, volubile et combatif, qui prend sa maladie avec humour et ne supporte pas que l’on s’apitoie sur lui, il trouve ici un de ses meilleurs rôles. Sa manière de distiller les répliques, son punch et sa présence font de ce très beau rôle une formidable performance. Avec patience et dignité, il était disposé pour le public, un grand monsieur. Son duo avec Philippe Nahon – qui a pour point commun avec lui d’avoir également travaillé avec Jean-Pierre Melville – est incroyable, ce dernier faisant exister son personnage avec très peu de mots. Le cinéaste témoignait de la difficulté de faire accepter ce rôle à la lecture du scénario, quelques répliques rajoutées furent supprimées. Philippe Nahon fait passer beaucoup d’émotions, derrière sa grande tignasse, il faut le voir guetter l’arrivée d’Ernest, pour filer à la cuisine, se demander comment tenir le coup en prison et faire preuve d’une violence explosive, son jeu est encore un plus à ce film maîtrisé.

Léa Drucker et Mabrouk El Mechri

Jalil Lespert prouve encore une fois ses capacités – après ses rôles de sportif dans “Un dérangement considérable” et “Vivre me tue” -. Il me semble avoir été sous estimé pour son rôle dans “Le promeneur du champ de Mars”, il est à l’aise dans tous les registres, son Virgil déterminé et désabusé, ses approches maladroites de séduction avec une Léa Drucker au meilleur de sa forme, et ses échanges muets avec son père, prouve qu’il est un des meilleurs comédiens de sa génération. C’est la deuxième fois que je le rencontre et il est toujours aussi disponible et modeste. Léa Drucker comédienne atypique et qui a un formidable abattage, rayonne ici et se montre disponible pour les grands rôles, en utilisant l’humour qu’on lui connaît, elle révèle une belle sensibilité. Tout un petit monde gravite autour d’eux, le réalisateur laissant sa chance à chacun. Karim Belkhadra est inoubliable dans le rôle du bon policier dans « La haine », je lui ai parlé de sa fameuse scène dans la voiture, improvisée pour beaucoup selon lui, il est très sympathique. Dans le rôle de Sid, il fait preuve d’un humour ravageur, montre la force de son personnage, virevolte, il est simplement formidable. Patrick Floerscheim dans un personnage retord gagne en humanité, Marc Duret en maton a un monologue d’anthologie, Tomer Sisley – beaucoup d’humour après l’avant-première – surprend dans un rôle physique et antipathique, citons aussi Philippe Manesse – acteur fétiche de Sotha – en maton compréhensif, Jean-Marie Frin en ponte inquiétant et l’irrésistible David Zitouni en cuistot “Clouzeauesque”. Mabrouk El Mechri joint exigence, inventivité, rigueur et maîtrise, vivement la suite, et saluons l’arrivée d’un grand. Sortie en septembre, vous avez donc au moins un beau film à voir dans cette rentrée.