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MORT DE ROBERT WISE

A lire l’hommage du site DVD Classik.

ARTICLES LE MONDE

La mort de Robert Wise, réalisateur éclectrique de “West Side Story” par Thomas Sotinel (16/09/2005)

C’est à Saint-Sébastien, à la veille de l’ouverture du Festival de cinéma, que l’on a appris, mercredi 14 septembre, la mort du cinéaste Robert Wise, le jour même. Le grand rendez-vous espagnol s’apprêtait à rendre hommage au réalisateur de West Side Story ­ – le film aux dix Oscars ­ – en son absence.

Agé de 91 ans, Robert Wise avait délégué son épouse pour le représenter. Il a succombé à un arrêt cardiaque à Los Angeles. Samedi 10 septembre, il avait célébré son anniversaire. Le nom de Robert Wise reste attaché à deux des plus grands succès commerciaux de l’histoire du cinéma, deux comédies musicales, West Side Story (1960) et La Mélodie du bonheur (1965). Ce n’était pourtant pas un spécialiste du musical. Au long de ses cinquante-cinq ans de carrière, Wise a sacrifié à tous les genres : le policier, l’horreur, la science-fiction, le western. Et le succès n’est pas toujours allé à ses productions les plus intéressantes.

Robert Wise est né le 10 septembre 1914 à Winchester, dans l’Indiana. Il part pour Hollywood et est embauché comme assistant au département montage de la RKO en 1933. A la fin de la décennie, il est devenu monteur en titre, à temps pour qu’Orson Welles lui demande de travailler sur Citizen Kane.

Wise obtient un Oscar pour son travail sur le chef-d’oeuvre de Welles qui le retient pour son film suivant La Splendeur des Amberson. Le monteur passe alors de la gloire à l’infamie puisque c’est à lui que revient la tâche de couper le film de Welles contre la volonté du réalisateur éloigné d’Hollywood.

Son efficacité lui vaut de passer à la réalisation, toujours pour la RKO. Le producteur Val Lewton, spécialiste des films d’horreur, lui propose de terminer La Malédiction des hommes-chats, un film fantastique inspiré par le succès de La Féline, de Jacques Tourneur. Les premiers films de Wise pour la RKO forment un catalogue disparate et passionnant : il adapte Maupassant dans Mademoiselle Fifi (1944) et Robert Louis Stevenson dans Le Récupérateur de cadavres (1945), avec Boris Karloff.

Robert Wise continue sa collaboration avec la RKO jusqu’en 1949. Parmi les films remarquables de cette période, on retient Né pour tuer (1946), film noir mettant en scène un tueur en série séducteur, Le Ciel rouge (1948), un western avec Robert Mitchum, et Nous avons gagné ce soir (1949). Cette évocation d’un combat de boxe truqué à la mise en scène très sèche offre à Robert Ryan l’un de ses plus beaux rôles.

AFFRONTEMENT RACIAL Comme beaucoup de ses collègues au même moment, Robert Wise devient réalisateur indépendant à partir de 1950. Son éclectisme prend alors toute sa mesure. Il passe de la science-fiction( Le jour où la Terre s’arrêta, en 1951) au film de gangsters. Dans ce dernier domaine, Le Coup de l’escalier (1959) se détache de la production courante en mettant en scène l’affrontement racial entre deux braqueurs incarnés par Robert Ryan et Harry Belafonte.

Pour son film suivant, on lui demande d’adapter West Side Story. La comédie musicale de Leonard Bernstein doit en grande partie son immense succès sur Broadway à la chorégraphie de Jerome Robbins. Wise décide de partager la tâche de metteur en scène avec le chorégraphe. Ce sera la seule fois dans l’histoire des Oscars que la récompense sera attribuée à deux réalisateurs pour le même film. Le succès, critique et populaire, de cette adaptation de la tragédie de Roméo et Juliette au New York de l’époque est immense.

Trois ans plus tard, Robert Wise tourne alors ce que beaucoup considèrent comme son meilleur film, La Maison du diable (1963), un film de fantômes économe de ses moyens et pourtant terrifiant. Il revient ensuite à la comédie musicale avec La Mélodie du bonheur. Les recettes que rapportent les tribulations de la famille von Trapp, 163 millions de dollars pour l’Amérique du Nord, dépassent celles d’Autant en emporte le vent et le film détient pendant plusieurs années le record absolu du box-office.

C’est le dernier triomphe de Robert Wise. Certes le succès commercial ne l’abandonne pas tout à fait (La Canonnière du Yang-Tse, avec Steve McQueen en 1966 ou Le Mystère Andromède, un film de science-fiction en 1971) mais ses retrouvailles avec Julie Andrews, pour la comédie musicale Star, en 1968 se soldent par un échec. Il commet ensuite un film catastrophe Hindenburg (1975), une imitation de L’Exorciste (Audrey Rose en 1977) et porte avec un succès très relatif la série télévisée Star Trek à l’écran en 1979. Il réalise son dernier film, Rooftops dix ans plus tard.

Une sélection de films en DVD
Aux Editions Montparnasse. Né pour tuer, avec Claire Trevor et Lawrence Tierney ; Mademoiselle Fifi, avec Simone Simon ; Nous avons gagné ce soir, avec Robert Ryan.
Chez Warner Home Video. La Maison du diable, avec Richard Johnson, Julie Harris.
Chez MGM. Le Coup de l’escalier, avec Harry Belafonte et Robert Ryan ; Je veux vivre, avec Susan Hayward et Simon Oakland ; West Side Story, avec Natalie Wood, Rita Moreno et George Chakiris.
Chez 20th Century Fox. La Canonnière du Yang-Tsé, avec Steve McQueen et Candice Bergen ; La Mélodie du bonheur, avec Julie Andrews.

LIBÉRATION

La mort de Robert Wise, cinéaste de rigueur – Le réalisateur de «West Side Story» et de «Nous avons gagné ce soir» est décédé à Los Angeles. Par Édouard Waintrop, le jeudi 15 septembre 2005

Il n’était pas un habitué des honneurs, plutôt abonné aux notules un rien méprisantes des dictionnaires du cinéma et surtout au travail ordinaire des galériens d’Hollywood, même s’il eut deux succès impressionnants (»West Side Story», film aux dix Oscars, puis «La Mélodie du bonheur», record de recettes en 1965). Alors une intégrale de ses quarante films à Saint Sébastien, un des festivals majeurs du circuit international! Robert Wise a eu cette sorte d’élégance incroyable de quitter la scène juste avant l’ouverture du rideau: il est mort mercredi à Los Angeles à 91 ans, dernier pied de nez dans une carrière d’une quarantaine d’années qui n’en fut pas avare. Robert Wise vit les années 30 dans les salles de montage de la RKO, la plus petite des majors. D’abord comme grouillot puis comme responsable du montage son sur quelques comédies musicales (avec Fred Astaire). Enfin il monte tout court «La fille de la Cinquième Avenue» de Gregory LaCava, «Citizen Kane» et «La Splendeur des Amberson». Sur ce dernier, il accomplit sa tâche en l’absence d’Orson Welles que le studio a viré. Son style: rigueur et excellente direction d’acteurs Ce n’est que deux ans plus tard, qu’il fait ses premiers pas dans la mise en scène. En 1944, Val Lewton, responsable de productions fauchées de la RKO, lui confie la fin du tournage de «La Malédiction des hommes chats», suite de «La Féline» de Tourneur. Il enchaîne avec «Mademoiselle Fifi», tiré de Maupassant. Deux premiers films avec Simone Simon. Wise trouve un style, conjugaison de rigueur et d’une excellente direction d’acteurs. Dans le «Récupérateur de cadavres» (1945), très réussi, Boris Karloff est à la fois effrayant et pitoyable. Malgré son histoire dingue, «Né pour tuer» (1947) manque en revanche de jus. Ce nerf, Wise le retrouve avec «Le Ciel rouge» (1948), un western étonnant qui vire au film noir grâce à l’injection massive de scènes de nuit et surtout à un Robert Mitchum ambigu. «Nous avons gagné ce soir» (1949), histoire de boxe confinée entre un vestiaire et un ring, à la mise en scène vive et inventive sera son premier film célèbre et sa dernière production RKO. Avec Robert Ryan, acteur sombre et magnifique dans le rôle d’un boxeur essoré mais fier. Ensuite, Wise alternera le bon et le nettement moins bon («Destination Gobi», «Mon Grand», «La loi de la prairie», etc.), ces derniers titres faisant beaucoup pour sa réputation mitigée. Dans la première catégorie (les bons films), il faut citer le très mankiewiczien «Secrets de femme», qui ressemble dans son principe même à «Chaînes conjugales» (flash-back sur la vie de trois femmes provoqué par un événement inattendu). Et «The Captive City» (1952), polar prosaïque, sec et paranoïaque, où un journaliste découvre que sa petite ville, qu’il croyait idyllique, est devenue la proie de la mafia avec la complicité ou la passivité de la plupart de ses concitoyens. Melville enthousiasmé  : En 1954, Wise dirige «La Tour des Ambitieux», histoire a priori peu engageante de la succession d’un grand capitaliste, qu’il rend captivante avec l’aide d’un dialogue ciselé, d’acteurs formidables (de William Holden à Barbara Stanwyck) et d’un sens personnel du rythme. En 1956, il dirige un Paul Newman monté sur des ressorts dans «Marqué par la haine», plus nerveux que passionnant. En 1958, dans «Je veux vivre», il met en scène une prostituée (Susan Hayward), accusée à tort d’un crime et condamnée à mort. La première partie, sur la vie de bâton de chaise de l’anti-héroïne, est brillante. La seconde touchante. Réalisé l’année suivante, «Le Coup de l’escalier» suit un casse avec un classicisme revigorant qui enthousiasma Jean-Pierre Melville. Un flic à la retraite y monte un coup avec l’aide d’un musicien noir frimeur (Harry Belafonte) et d’un blanc amer et raciste (toujours formidable Robert Ryan). Le suivant, «West Side Story» (1961), tragédie musicale, Roméo et Juliette dans les bas quartiers de Manhattan, sera un immense succès. Mais c’est sans doute plus à Jérôme Robbins, coréalisateur et responsable des séquences dansées, à Leonard Bernstein, compositeur de la musique, et à Stephen Sondheim, auteur des paroles, que l’on doit les qualités du film. En 1963, retour plutôt réussi au cinéma d’horreur avec le gothique «La Maison du diable». En 1965, triomphe avec «La Mélodie du bonheur», qu’une grande partie des historiens qualifie de mièvre. Et pourtant ce remake de «La Famille Trapp», chronique d’une chorale familiale autrichienne au moment de l’Anschluss, comédie musicale (avec des dialogues de Lehman et une musique de Richard Rodgers) enlevée, se révèle brillante. Julie Andrews y est formidable. La fin de la carrière de Wise est plus floue. «Le mystère Andromède» (1971), une SF réaliste et effrayante, ébouriffante histoire de contamination adaptée d’un des premiers romans de Michael Crichton, mérite d’être sortie du lot. Le style de Robert Wise s’y retrouve tel qu’il fut, rigoureux au risque de la sécheresse.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : André Pousse

 André Pousse dans “Paparoff est de retour”

J’avais évoqué son premier film D’où viens-tu Johnny ?en 1963 avec la surprise de le voir déjà à l’aise, attendant juste d’avoir à dire du Michel Audiard, dans “Nous ne fâchons pas” en 1965, pour figurer comme l’un des personnages les plus truculents du cinéma français. Son nom était tellement associé à Audiard d’ailleurs que quelques médias ont annoncés la mort du dernier des “tontons flingueurs” alors qu’il ne figure d’ailleurs pas dans ce film. Mais dès 1966, Audiard lui donne des répliques très acerbes dans “Un idiot à Paris” (1966), où il compose un chauffeur de taxi râleur, biberonné au Louis-Ferdinand Céline. Il faut le voir raciste et antipathique dans une scène incroyable. Ce cycliste -il jouait ce rôle dans un téléfilm de Maurice Fasquel en 1983 “Le grand braquet”, arrivé sur le tard au cinéma avait donc dès ses premiers films trouvé son emploi. Il était idéal dans des rôles de gangsters, figurant même dans le mésestimé “Un flic” dernier film de Jean-Pierre Melville en 1972, où il se révélait particulièrement inquiétant. Il tient également dans ce type de rôle face à Jean Gabin dans “Le clan des Siciliens” (Henri Verneuil, 1968).  Michel Grisolia parlait de “Profession : aventurier” (Claude Mulot, 1972) dans “Cinéma 73” N° 178/179, de “quelque chose comme “L’homme de Rio” mais en plus vulgaire”, avant de poursuivre : “A vomir la séquence où André Pousse saute sur l’androgyne Nathalie Delon au son du Horst Wessel Lied…”, ce qui donne envie à tout amateurs de “nanars”.  Mais il aime à se tourner lui même en dérision, comme le caïd perdu dans les détournements d’avions dans “O.K. Patron” (Claude Vital, 1973). Il va même jusqu’à se travestir en un centurion mémorable dans “Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ” où il officie dans les basses oeuvres de César, et l’on gardera d’un mémorable “Batman” vieux, dans un programme sur le court-métrage sur Canal + “Mikrociné”. Il fallait le voir dans cette panoplie, déplorer son grand âge et désespérer sa concierge en radotant sur ses exploits. Il était utilisé ces derniers temps avec nostalgie par Jean-Marie Bigard en évêque haut en couleur dans “L’âme-soeur” (1998), ou en nettoyeur dans “Comme un poisson hors de l’eau” (Hervé Hadmar, 1998), tueur radical surnommé Le Faucheur. On le retrouvait également à la télévision, au début des années 90 dans la série “Paparoff” avec Michel Constantin et Pascale Petit, en ancien truand “rangé des voitures” devenu restaurateur. Il est souvent narquois ou de mauvais augure, il était d’ailleurs un bon client sur les plateaux de télévision notamment pour évoquer son livre “Je balance pas, je raconte”, où il narrait son parcours et sa vie trépidante, voir à cet effet le blog de David Abiker. Volontiers provocateur, on se souvient de son rôle dans le court-métrage “Deux bananes flambées et l’addition” de Gilles Pujol (1998), où il propose de sodomiser son employé – Christophe Rossignon – après un repas d’affaire juste pour voir la veulerie de son subordonné. Avec lui c’est toute une période du cinéma qui disparaît. Un fan lui a consacré un site : andrepousse.free.fr, d’où provient l’image qui suit.

Filmographie: 1963  D’où viens-tu Johnny ? (Noël Howard & Bernard Paul) – 1965  Ne nous fâchons pas (Georges Lautner) – 1966  Un idiot à Paris (Serge Korber) – 1967  Fleur d’oseille (Georges Lautner) – Le Pacha (Georges Lautner) – 1968  Catherine, il suffit d’un amour (Bernard Borderie) – Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (Michel Audiard) – 1969  Le clan des siciliens (Henri Verneuil) – Une veuve en or (Francis Rigaud) – Trop petit mon ami (Eddy Matalon) – 1970  Compte à rebours (Roger Pigaut) – Tumuc-Humac (Jean-Marie Périer) – 1971  Le drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard) – Un flic (Jean-Pierre Melville) – 1972  Elle cause plus… elle flingue (Michel Audiard) – Quelques messieurs trop tranquilles (Georges Lautner) – L’insolent (Jean-Claude Roy) – Profession : aventuriers (Claude Mulot) – 1973  O.K. Patron (Claude Vital) – 1974  Bons baisers, à lundi (Michel Audiard) – 1975 Attention les yeux ! (Gérard Pirès) – Flic story (Jacques Deray) – Bons baisers de Hong Kong (Yvan Chiffre) – Oublie-moi Mandoline (Michel Wyn) – 1976  Chantons sous l’occupation (André Halimi, documentaire) – Le cœur froid (Henri Helman) – Drôles de zèbres (Guy Lux) – 1977  La septième compagnie au clair de lune (Robert Lamoureux) – 1978 Les égouts du paradis (José Giovanni) – 1981 Le corbillard de Jules (Serge Pénard) – 1982 Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (Jean Yanne) – 1992  Tout petit déjà (David Carayon, CM) – 1994  Requiem pour un con damné (Dominique Bachy, CM) – 1996  En panne (Olivier Soler, CM) – 1997  Moi j’aime Albert (Oliver Soler, CM) – Deux bananes flambées et l’addition (Gilles Pujol, CM) – 1998  L’âme sœur (Jean-Marie Bigard) – Comme un poisson hors de l’eau (Hervé Hadmar) – 2002  Swimming Poule (Hervé Austen, CM) – 2004  Le plein de sens (Erick Chabot, CM). Télévision (notamment) : 1967  Max le débonnaire : De quoi je me mêle (Yves Allégret) – 1972  Bienvenue au vélo (Jacques Audoir, divertissement) – 1973  Au théâtre ce soir : Le million (Georges Folgoas) –  Les maudits rois fainéants (Marion Sarraut, André Flédérick & Jacques Brialy, divertissement) – 1976  N’écoutez pas mesdames (Jeannette Hubert, captation) – 1978  Madame le juge : Le dossier Françoise Muller (Édouard Molinaro) – Le sacrifice (Alexandre Tarta) – Sam et Sally : Lili (Nicolas Ribowski) – 1981  Le mythomane : Fausse mornifle (Michel Wyn) – Salut les champions : Dans les roues d’un géant (Serge Friedman) – Les héroïques (Joël Santoni) – 1982  Mettez du sel sur la queue de l’oiseau pour l’attraper (Philippe Ducrest) – 1983  Cinéma 16 : Le grand braquet (Maurice Fasquel) – On ne le dira pas aux enfants (Philippe Ducrest) – Le nez à la fenêtre (Jean-Claude Charnay) – 1986  Las aventuras de Pepe Carvalho (Le privé) : Young Sierra, peso mosca (Adolfo Aristarain) – 1988  Le loufiat : Intrigues sur canapé (Maurice Fasquel) – L’addition est pour moi : Paparoff est de retour (Denys de La Patellière) – 1989  Le retour de Lemmy Caution (Josée Dayan) – Paparoff : Paparoff efeuille le marguerite (Denys de La Patellière) – 1990  Paparoff : Paparoff enfonce les portes (Entre en action) (Denys de La Patellière) – Paparoff : Paparoff se dédouble (Denys de La Patellière) – Paparoff : Le fric des flics (Denys de La Patellière) – Paparoff : José la baleine (Denys de La Patellière) – Paparoff : L’éléphant bleu (Jean-Pierre Richard) – Le grand dîner (Gérard Pullicino, divertissement) – 1991  Paparoff : Paparoff et les loups (Didier Albert) – 1994/1995  Cluedo (Stéphane Bertin, divertissement) – 1997  Opération Bugs Bunny (Michel Hassan, divertissement) – 2002  Qui mange quoi ? (Jean-Paul Lilienfeld) – 2003  Frank Riva (Patrick Jamain, saison 1) – 2004  Qui mange quand ? (Jean-Paul Lilienfeld). Divers : 2002  Michel Audiard et le mystère du triangle des Bermudes (François-Régis Jeanne & Stéphane Roux, documentaire DVD).

Mise à jour du 06/08/2009

COPINAGE

Amis Parisiens vous êtes des veinards : L’Etrange festival, au Forum des Images, Châtelet-les-Halles, 75001, se déroule jusqu’au 13 septembre. Ayez une pensée émue pour vos amis provinciaux sinistrés. Pour ma part ce blog fait une pause momentannée, ce qui présente l’avantage de vous éviter nombre de lieux communs et platitudes multiples mais ce n’est que partie remise…

Programme complet sur : L’étrange festival et Seconds couteaux.

ARTICLE : LIBÉRATION

Pépites de l’Etrange
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La quatorzième édition du festival décalé présente à Paris raretés décervelées et curiosités exquises par Philippe AZOURY et Alexis BERNIER
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mercredi 31 août 2005 (Liberation – 06:00)

Amis de l’oblique et du trash en goguette… ton festival chéri est de retour. Avec treize éditions aux compteurs et par ces temps de retour du rock et du film d’horreur, plus personne ne conteste l’intérêt d’un festival tournant le dos au bon goût. Depuis 1992, l’Etrange festival, créé dans la confidentialité par Gilles Boulanger, Frédéric Temps et Yves Montmayeur (parti depuis), peut s’enorgueillir d’avoir réhabilité l’enfer de la cinéphilie : des Japonais ecchymosés (Wakamatsu, Ishii, Miike, Masumura…), des Italiens au ketchup (Bava, Brass, Lenzi…), des Espagnols enchnoufés (Eloy de la Iglesia), des Mexicains satanistes (José Mojica Marins) ou des Amerloques paranoïaques (Norman Mailer, Kenneth Anger, Larry Cohen…) ­ le tout entrecoupé de performances goûteuses telles que l’homme qui faisait «l’anus solaire» ou la femme qui moulait sa vulve dans du chocolat (avant dégustation collective).

Maintenant, de semblables débordements ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval. On n’exhume pas tous les ans un visionnaire dérangeant sinon dérangé. C’est sans doute pour cela qu’est né l’an dernier l’Etrange musique, un surjet sonique pour retrouver la flamme des débuts (cette année, Durutti Column ou Red Crayola ­ on y revient ).

Sur le papier, cette nouvelle édition ne s’annonce pas forcément la meilleure. Il n’est pas certain par exemple que l’Allemand Christoph Schlingensief soit autre chose qu’un gros malin. Freakstars 3000, sa parodie des programmes décervelants de la maison Endemol, mêlant handicapés mentaux et téléréalité, ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Et ses «hommages» à Fassbinder, Pasolini ou Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse allemande) ne dépassent pas le pastiche outrancier fatigant à regarder. Signalons néanmoins la diffusion de son Hitler, la dernière heure (1989), qui devrait servir d’antidote à la (malheureuse) Chute.

Quant à la thématique «Autodéfense USA», allant du très malsain Droit de tuer au très new wave Class 1984, en passant par le multi-diffusé Justicier de New York, elle ne sent pas très bon. Surtout accompagnée d’une seconde thématique, consacrée à l’esclavage, sans doute pour souligner l’avant-première du Manderlay de Lars Von Trier.

Néanmoins, c’est la règle à l’Etrange festival : il ne faut pas avoir peur de se salir les mains pour extirper quelques pépites. Suivez le (s) guide (s) :

Labyrinthes imaginaires, de Shuji Terayama : anthologie en quatre volumes de quinze années d’activisme erotico-anar (l’Empereur Tomato Ketchup…), célébré en son temps par les Cahiers du cinéma, avant dégringolade dans la pantomime façon Avignon off.

Mondo Hollywood : extension psychédélique des documentaires «tabloïd» qui pullulaient dans les années 60 (Mondo Cane…) dans sa version intégrale. Le buvard comme si vous en preniez.

Hommage à Udo Kier : en présence de l’acteur au yeux d’acier, fils caché de Klaus Kinski et Helmut Berger.

«Carte blanche à Jean-Pierre Turmel» : grâce soit rendue au créateur du fanzine-label visionnaire Sordide sentimental pour son impeccable sélection, allant de Roberte (adaptation fétichiste de Pierre Klossowski) à X-Tro (remix electro de Rencontre du troisième type par un Anglais disparu depuis), sans oublier l’incunable Impressions de la Haute-Mongolie, de Salvador Dalí.

Karel Zeman : la République tchèque est honorée d’une quasi-intégrale du «Méliès de Gottwaldow» (1910-1989).

Démons contre fantômes, de Koruda Yoshiyuki : datant de 1968, un des fleurons de la rétrospective «Histoire de fantômes japonais» avec des spectres en peluche sortis du Muppet Show.

The Great Ectasy of Robert Carmichael, de Thomas Clay : découvert à Cannes où sa beauté froide a fait sensation, l’une des nombreuses avant-premières, signe que le festival, complet presque tous les soirs, est devenu une rampe de lancement. A ne pas rater non plus, The Piano Tuner of Earthquakes, des maniéristes frères Quay.

Massaker, de Monika Borgman, Lorkman Slim et Hermann Theissen : un documentaire libanais ou à la façon d’un exorcisme collectif. Le massacre de Sabra et Chatila conté par ses bourreaux trouvera-t-il, à l’Etrange festival, les oreilles historiennes à qui il s’adresse en priorité ? De même, Gloria Mundi, restauration du film de Nico Papatakis sur la torture en Algérie, quittera le registre du décalé pour une expérience autrement éprouvante.

To be continued…

UNE AVENTURE

Georges Franju parlant de son cinéma dans feu “Cinéma Cinémas”, disait (de mémoire), « une personne anormale, qui fait quel chose d’anormal c’est normal, mais une personne qui fait une chose anormale, là c’est étrange » . La bande-annonce de Xavier Giannolli “Une aventure” laisse entrevoir un thriller assez efficace, un exercice de style plaisant, mais le film se révèle beaucoup plus passionnant. Il prend un parti-pris naturaliste, dans cette histoire de vampirisation – le “Nosfératu” de Murnau est cité -, pour Julien, un jeune employé de la Vidéothèque a Paris, sans histoire et qui aménage dans un nouveau quartier avec son amie Cécile – Florence Loiret-Caille dans une sorte de résignation impuissante -. Après le très aboutit “Corps impatients”, le cinéaste talentueux s’approprie cette histoire, gardant son réalisme – utilisation de vrais médecins -, s’inspire d’un grand maître – Barbet Schroeder, apparaissant dans un document vidéo -, et crée un climat d’angoisse avec un subtile ancrage dans le réalisme et une utilisation salutaire de l’image en DV. Il n’y a ici aucune esbroufe, mais un regard assez clinique sur la fascination que provoque une somnambule, joué dans le style femme fatale par Ludivine Sagnier,  pas toujours à l’aise cependant. Dans un registre plus en retrait que l’on ne lui connaissait que très peu Nicolas Duvauchelle, arrive à faire exister son personnage, il est à situer dans la filiation d’un Patrick Dewaere.

Ludivine Sagnier


Le film garde son climat inquiétant jusqu’au bout, à noter outre la performance de Florence Loiret-Caille – vue il y a peu en fille de Daniel Auteuil et Sabine Azéma dans “Peindre ou faire l’amour”-, celle de Bruno Todeschini en personnage trouble, type nouveau riche dont la principale activité est de faire de l’argent, on ne sait trop par quels moyens, fragile et manipulateur à la fois, il dégage une belle présence et Estelle Vincent en fille bonne à tout faire et qui n’a pas froid aux yeux. Xavier Giannolli s’acquitte parfaitement du postulat de départ du film et confirme son talent une nouvelle fois dans ce film de genre soucieux.

LA RAVISSEUSE

Malheur à vous, si comme moi vous avez vu le très bon téléfilm “La nourrice” de Renaud Bertrand, diffusé en 2004 avec la délicieuse Sophie Quinton, Marthe Keller et Liliane Rovère, car c’est strictement le même sujet que dans cette “ravisseuse”. Le sujet d’un corps de jeune mère prêté à une famille de nouveau riche est suffisamment fort pour générer une autre oeuvre, mais le téléfilm de Renaud Bertrand était une pure réussite, ça donne ici une impression un peu redondante. A l’image des idées très arrêtées d’un médecin hygiéniste boursouffé de certitudes – formidable Frédéric Pierrot assenant ce qu’il croit être des vérités définitives – il rode dans cette fin XIXe siècle une peur d’une forte mortalité infantile. Angèle-Marie – Isild Le Besco, une personnalité unique et lumineuse -, se voit ainsi exploitée. Elle a dû abandonner son bébé à la campagne, donnant son lait maternel à la fille d’un couple de bourgeois, lui architecte affairiste raide – Grégoire Colin inquiétant -, elle une oisive dépourvue d’instinct maternel et perdue dans un ennui puéril – Emilie Dequenne excellente en contre-emploi -. Le cinéaste filme sans fausse pudeur ce lait source de fantasme, fait confronter deux superbes comédiennes, donne un effort louable sur la bande-son et Yorgos Arvanitis signe une photo superbe.

Isild Le Besco

On se réjouit du retour d’Anémone, qui en domestique aigrie excelle et rajoute des traits d’humours, et de retrouver Bernard Blancan, en homme à tout faire compatissant, et il y a de bons comédiens de théâtre à l’image d’Édith Perret qui compose une tante déplaisante à souhait. Reste que finalement le film laisse une impression d’inachevé, peut-être par ces plans oniriques assez lourdingues. Dommage pour Antoine Santana, après son attachant “Un moment de bonheur”, avec déjà Isild Le Besco. Saluons l’exigence de cette comédienne singulière, qui en plus après avoir prouvé ses talents de réalisatrices, continue à rayonner dans des projets peu conventionnel. Rien que pour elle, ici en jeune femme frustre et sensuelle nourrie par des contes populaires, le film est à conseiller.

DARK WATER

Dans le cadre de comment recycler vos eaux usées, voici “Dark water” ze remake. Pour peu que comme moi vous ayez aimé l’original, qu’est ce qu’il vous reste à faire ici sinon d’improbables aller-retour entre les deux œuvres, entre un film prenant et angoissant et  qui doit figurer comme brouillon dans l’esprit de l’arrogance américaine du recyclage perpétuel et cette aimable oeuvrette. C’est finalement comme le remake de “Psycho” par Gus Van Sandt face au chef d’œuvre d’Hitchcock, c’est la même mouvance, ce qui fonctionne parfaitement dans le premier, ne fonctionne pas du tout et encore là il y a une volonté délibérée de s’éloigner de l’œuvre originale, et de rajouter un ancrage sociologique lourdaud, un pathos assez bienvenu finalement dans le désarroi pour une mère fraîchement divorcée de trouver un emploi, même inintéressant pour peu que l’on propose une couverture médicale pour sa fille. Walter Salles est un bon cinéaste, il a regard assez critique vis à vis de la société américaine, et fait ce qu’il peut avec ce scénario en surcharge signé Rafael Yglesias qui en  rajouts en personnages multiples – Pete Postlethwaite, en gardien le genre qui rit quand on se brûle, John C. Reilly en gérant d’immeuble roublard, Tim Roth en avocat survolté dont son bureau est sa voiture… -.

Le cinéaste a la “carte” avec “Carnets de voyage” et “Central do Brasil”, succombe aux sirènes hollywoodiennes, et fait ce qu’il peut sans bénéficier du final cut, il film formidablement Roosevelt Island, arrive à créer une émotion, mais côté effroi vous repasserez. On peut sauver Jennifer Connely, que l’on a vu grandir et rayonner désormais, on ne résiste pas à son charme, on la trouve bonne comédienne, on pense retrouver un trouble adolescent type ver amoureux d’une étoile, on se dit que son regard peut vous sortir de l’ennui et on sombre avec ce film, en se remémorant l’angoisse apprivoisée du film admirable d’Hideo Nakata. On a envie de dire un jour comme Jacques Renard dans la maman et la putain comparant Zarah Leander à Marlene Dietrich, que toutes les copies sont nécessairement supérieures à l’original. Le jour où ça vous arrive prière de me réveiller, je sombre. Souhaitons à Walter Salles de se montrer  plus original la prochaine fois, avant de perdre tout crédit.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jacques Dufilho

   

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Ce grand comédien se qualifiant plus volontiers agriculteur que comédien, était un passionné d’équitation – il faisait des concours hippiques dans sa jeunesse -. Un oeil perçant, et un physique particulier, il avait une présence incroyable. Il préfère s’orienter vers le théâtre plutôt que de reprendre la pharmacie familiale – son frère André était d’ailleurs médecin -. Il est engagé en 1938 pour 7 spectacles au théâtre de l’atelier par Charles Dullin, lui aussi passionné de cheval, et qui parlait de lui comme “Un des plus doués parmi mes anciens élèves”. C’est le début d’un parcours théâtral impressionnant.

Sur sa passion du cheval, il trouve un de ses meilleurs rôles à la télévision dans “Milady” (François Leterrier, 1975), où il joue un ancien écuyer du cadre noir de Saumur qui sacrifie sa vie à sa passion, le cheval. En fermier grand-père Eric Caravaca, il est touchant dans “C’est quoi la vie” (François Dupeyron, 1998). On le voyait souvent ces dernières années à la télévision dans un cadre rural, il était excellent en Joffroi de la Maussan, pour Marcel Bluwal en 1987, personnage idéal pour incarner l’univers de Jean Giono.

Le cinéma a assez peu exploité, dans les premières années son grand talent finalement, après le faut départ de l’inachevé “Corsaire” de Marc Allégret en 1939. C’est Jean Devaivre qui dans “La ferme aux sept péchés”,  lui donne un de ses premiers rôles les plus marquants, celui d’un innocent de village sensible. Il est amusant dans une ribambelle de rôles teintés d’humour noir, le fossoyeur dans « Dans l’eau qui fait des bulles » (1960), ou le cycliste maladroit dans “La route joyeuse” de Gene Kelly (1956, où il est hilarant dans un rôle physique et muet. Il passe souvent de rôles amusants à d’autres plus inquiétants, il est idéal dans des ambiances agricoles à l’image de son rôle du père l’Atzec dans “La guerre des boutons” d’Yves Robert qui lui avait confié le rôle du valet de chambre dévoué à la cause d’Arsène Lupin dans  “Signé Arsène Lupin”. Très à l’aise dans la comédie, il vole même la vedette à Fernandel dans “Le bon roi Dagobert” (Pierre Chevalier, 1963), il y est survolté et bizarrement non crédité.

   

Une journée bien remplie

Il trouve cependant des rôles plus intéressants dans les années 70-90. Claude Chabrol, par exemple qui le dirige dans “Le cheval d’orgueil” (1980), qui lui a donné le truculent rôle du commissaire Juve – avec Juan-Luis Buñuel -, dans la série des “Fantômas” diffusé en 1980, face à un Helmut Berger peu inspiré. Jean-Pierre Mocky lui donne quatre de ses meilleurs rôles dans “Snobs !” (1961) où il se fond parfaitement à un univers décalé, il est un villageois inquiétant dans “La grande Frousse” (1964), il obtient un premier rôle dans le méconnu “Chut !” (1971),  où il forme un savoureux duo avec Michael Lonsdale, en fondateur d’une compagnie foncière qui gruge des petits épargnants et tombe amoureux d’un hermaphrodite ! et “Y a t’il un Français dans la salle ?” (1982) où il est un maître-chanteur sentencieux et séquestré par Alexandre Rignault.

Il forme un duo étonnant avec Bernard Blier dans “Ce cher Victor” (Robin Davis, 1974) où dans le rôle de Victor, il découvre que sa femme morte huit ans auparavant le trompait, ce qui n’est en fait qu’une basse vengeance de son souffre douleur Anselme – Blier excellent -. Pierre Schoendoerffer lui confit un de ses meilleurs rôles dans “‘Le crabe tambour” (1977) en chef mécanicien philosophe à bord du “Jauréguiberry”, il l’engage à nouveau en 2001 pour son nostalgique “Là-haut, un roi au-dessus des nuages” (2001) où il est un prêtre témoignant auprès de Florence Darel. Claude Sautet l’engage pour son personnage de libraire homosexuel dans “Un mauvais fils” (1980). Il obtient pour “Le crabe tambour” et “le mauvais fils”, par deux fois le César du meilleur second rôle.

On se souvient de son rôle de boulanger Rousseau, tueur méthodique dans un petit bijou d’humour noir “Une journée bien remplie” (1972), une belle réalisation de Jean-Louis Trintignant. Le cinéma fantastique n’a pas fait beaucoup appel à lui, mais on se souvient du capitaine du navire, véhiculant le cercueil de Nosferatu – et dans l’élan la peste…” dans le remake controversé de Werner Herzog (1978).

Très à l’aise dans la composition, il a fait une multitude de rôles comiques, comme celui de la bonne espagnole dans “Clémentine chérie” (1962), il est à l’aise dans le burlesque chez Louis Malle dans “Zazie dans le métro” (1960), ou la grosse cavalerie “Les bidasses en folie” de Claude Zidi, 1970, ce dernier film restant très amusant, mais a donné à Dufilho de multiples participations à des pantalonnades en Italie, genre Von Buttiglione, restés souvent inédits chez nous. Ses nombreuses heures dans les cabarets – on se souvient de son célèbre monogue de la servante dans “Phèdre” et celui de “La visite du château” lui ont permis de toujours tirer son épingle du jeu dans ce types de comédies. Il a composé un “Pétain” (Jean Marboeuf, 1992) assez saisissant face à un Jean Yanne moins à l’aise dans la composition. Par ses opinions politiques et sa foi – tendance St-Nicolas du Chardonnet -, on lui a reproché avoir voulu sauver son personnage, de même la revue “Positif” avait dit que son rôle d’un des “Valeureux” dans “Mangeclous” (Moshe Mizrahi, 1988), était une manière pour Dufilho de se dédouaner de certaines des ses idées. Il a signé un bon livre de souvenirs, sur le tard : “Les sirènes du bateau-loup” (Éditions Fayard, 2003).

 

Filmographie : 1939  Le corsaire (Marc Allégret, inachevé ) – 1941  Croisières sidérales (André Zwobada) – 1943    Voyage surprise (Pierre Prévert) – Premier de cordée (Louis Daquin) – 1946  Le bateau à soupe (Maurice Gleize) – 1947    Brigade criminelle (Gilbert Gil) – Le destin exécrable de Guillemette Babin (Guillaume Radot) – La figure de proue (Christian Stengel) – Pyrénées, terre de légendes : Les Baiars (Jean Lods, CM) – 1948  La ferme des sept péchés (Jean Devaivre) – 1949  Les étoiles (réalisation seulement, CM) – Vendetta en Camargue (Jean Devaivre) – Histoires extraordinaires (Jean Faurez) – 1950  Bibi Fricotin (Marcel Blistène) – Caroline chérie (Richard Pottier) – 1951  Deux sous de violettes (Jean Anouilh) – Ma femme, ma vache et moi (Jean Devaivre) – 1952  Le rideau rouge/Ce soir on joue Macbeth/Les Rois d’une nuit (André Barsacq) – Un caprice de Caroline Chérie (Jean Devaivre) – 1953  Saadia (Albert Lewin) – Sang et lumières/ Sandre y luces (Georges Rouquier & Ramon Munoz Suay  + version espagnole) – Le chevalier de la nuit (Robert Darène) – 1954  Cadet-Rousselle (André Hunebelle) – 1955  Milord l’arsouille (André Haguet) – Ce sacré Amédée (Louis Félix) – Paris coquin/Paris canaille (Pierre Gaspard-Huit) – Marie-Antoinette (Jean Delannoy) – 1956  Mon curé chez les pauvres (Henri Diamant-Berger) – Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy) – La vie est belle (Roger Pierre & Jean-Marc Thibault) – Courte tête (Norbert Carbonnaux) – The happy road (La route joyeuse) (Gene Kelly) – Jusqu’au dernier d(Pierre Billon) – Que les hommes sont bêtes ! (Roger Richebé ) – 1957  Nathalie (Christian-Jaque) – Mademoiselle strip-tease (Pierre Foucaud) – Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux) – A tale of two cities (Ralph Thomas) – 1958  Chéri, fais-moi peur ! (Jack Pinoteau) – Et ta soeur (Maurice Delbez) – Le petit prof (Carlo Rim) – Maxime (Henri Verneuil) – Auto-stop & Les Autopathes (Éric Duvivier, CM) [diffuses dans le long métrage “Fou” en 1979] – Taxi, roulotte et corrida (André Hunebelle) – Bobosse (Étienne Périer) – I Tartassi (Fripouillard et compagnie) (Steno [Stefano Vanzina]) – Julie la Rousse (Claude Boissol) – 1959  Signé Arsène Lupin (Yves Robert) – Le travail, c’est la liberté (Louis Grospierre) – Préméditation ? (André Berthomieu) – 1960  Zazie dans le métro (Louis Malle) – Dans l’eau qui fait des bulles/Le garde-champêtre mène l’enquête (Maurice Delbez) – XYZ de Philippe Lifchitz (CM, voix du récitant) – La forêt des hommes rouges (Jean Lehérissey, CM) – Dans la gueule du loup (Jean-Charles Dudrumet) – Le vergini di Roma (Les vierges de Rome) (Carlo Ludovico Bragaglia & Vittorio Coffafavi) – 1961  Le monocle noir (Georges Lautner) – Snobs ! (Jean-Pierre Mocky) – La guerre des boutons (Yves Robert) – La poupée (Jacques Baratier) – 1962  Un clair de lune à Maubeuge (Jean Chérasse) – Les travestis du diable (Jean De Bravura, CM, voix du récitant) – L’âge d’or du fer de Jean Valentin (CM, voix du récitant) – Clémentine chérie (Pierre Chevalier) – Coup de bambou (Jean Boyer) – 1963  L’assassin connaît la musique (Pierre Chenal) – Le bon roi Dagobert (Pierre Chevalier) – Voir Venise et crever (André Versini) – The visit/Der Besuch (La rancune) (Bernhard Wicki) – 1964  Mayeux le bossu (André Charpak, CM, voix du récitant) – La grande frousse/La cité de l’indicible peur (Jean-Pierre Mocky) -Spuit Elf (Paul Cammermans) – Lady L (Peter Ustinov) – 1965  La communale (Jean L’Hôte) – L’or du duc (Jacques Baratier) – La Prima Donna (Philippe Lifchitz, CM, voix du récitant) – James Tont Operazione D.U.E. (Bruno Corbucci) – L’inconnu de Shandigor (Jean-Claude Roy) – 1966  Johnny Banco (Yves Allégret, sous réserve) – Y mañana ? (Emile Degelin) – Anaconda (J. Desvilles & E. Ryssack, documentaire, voix du récitant) – Les têtes brûlées/Cabezas cremadas (Willy Rozier) – Benjamin ou les mémoires d’un puceau (Michel Deville) – 1967  Barbarella (Roger Vadim, voix seulement) – 1968  Les langues mortes (Anne-Marie et Jean Devaivre, CM) – 1969  Appelez-moi Mathilde (Pierre Mondy) – Un merveilleux parfum d’oseille (Renaldo Bassi) – Une veuve en or (Michel Audiard) – 1970  Fantasia chez les ploucs (Gérard Pirès) – Au verre de l’amitié (Claude Makovski, CM) – 1971  Les bidasses en folie (Claude Zidi) – Chut…/Pavane pour un crétin défunt (Jean-Pierre Mocky) – 1972  Corazón solitario (Francisco Betriú ) – Le Chavalanthrope de Mario Ruspoli, CM, voix du récitant) – Une journée bien remplie (Jean-Louis Trintignant) – 1973  Les corps célestes (Gilles Carle) – La grande nouba (Christian Caza [Michel Ardan]) – Un ufficale non si arrende mai nemmeno di fronte all’evidenza, firmato   colonello Buttiglione/Il colonello buttiglione (Si, si, mon colonel) (Mino Guerrini) – Crash ! Che botte strippo strappo stroppo/Si wang yi you (Adalberto Albertini) – 1974  Ce cher Victor (Robin Davis) – Il professore venga accompagnato dai suoi genitori (Mino Guerrini) – Basta con la guerra… facciamo l’amore (Andrea Biachi) – Il colonello Buttiglione diventa generale (Vive la classe !) (Mino Guerrini) – L’erotomane d(Marco Vicario) – 1975  Buttiglione diventa capo del Servizio segreto (Mino Guerrini) – Il soldato di ventura (La grande bagarre) (Pasquale Festa Campanile) – 1976  La victoire en chantant/Blancs et noirs en couleurs (Jean-Jacques Annaud) – Voto di castità (Aristide Massaccesi [Joe D’Amato]) – Il medico e la studentessa (Silvio Amadio) – Dimmi che fai tutto per me (Pasquale Festa Camanile) – 1977  Le crabe-tambour (Pierre Schoendoerffer) – Von Buttiglione Sturmtruppenführer (Ya ya mon colonel) (Mino Guerrini) – 1978  Nosferatu, Phantom der Nacht (Nosferatu, fantôme de la nuit) (Werner Herzog) – 1979  Rue du Pied-de-Grue (Jean-Jacques Grand-Jouan) – 1980  Le cheval d’orgueil (Claude Chabrol) – Un mauvais fils (Claude Sautet) – 1982  Y a-t’il un Français dans la salle ? (Jean-Pierre Mocky) – 1983    Le moulin de monsieur Fabre (Achmed Rachedi) – 1984  La fièvre monte à Castelnau (Patrice Rolet, CM) – Grand-père s’est encore sauvé (Jean-Claude Tourneur, CM) – 1985  L’homme qui n’était pas là (René Féret) – 1987  À notre regrettable époux (Serge Korber) – Le moulin de Dodé (Chantal Myttenaere, CM) – 1988  Mangeclous (Moshé Mizrahi) – La vouivre (Georges Wilson) – 1991  Les enfants du naufrageur (Jérôme Foulon) – 1992  Pétain (Jean Marboeuf) – 1996  Nel profondo paese staniero (Homère, la dernière odyssée) (Fabio Carpi) – 1998  C’est quoi la vie ? (François Dupeyron) – Les enfants du marais (Jean Becker) – 2001  Là-haut, un roi au-dessus des nuages (Pierre Schoendoerffer). Divers : Jacques Dufilho est crédité au générique du film d’Henri-Georges Clouzot “Les espions” (1957), mais ne figure pas dans le film (rôle coupé au montage ?). De même il ne participe pas au film « Le radeau de la méduse » d’Iradj Azimi (1987-1990), film au tournage chaotique.

  
 
 
 Jacques Dufilho dans “Fantômas : L’échafaud magique”

 

Télévision : (notamment) 1953  Le village des miracles (René Lucot) – 1955  Monseigneur (Jean-Marie Coldefy) – 1957  L’affaire Fualdès (Philippe Ducrest) – Rose cocktail (Philippe Ducrest, divertissement) – L’île au trésor (Bernard Hecht) – 1958  L’auberge de la belle étoile (Roger (Lazare) Iglésis) – 1960  Le serment d’Horace (Stellio Lorenzi) – 1962  Le théâtre de la jeunesse : L’auberge de l’ange gardien (Marcel Cravenne) – 1963  La chasse aux corbeaux (Philippe Ducrest) – 1966  L’effet Glapion (Georges Vitaly) – Salle n° 8 (Jean Dewever & Robert Guez) – 1967  Hélène ou la joie de vivre (Claude Barma) – Lagardère (Jean-Pierre Decourt) – 1969  Le huguenot récalcitrant (Jean L’Hôte) – 1974  Josse (Guy Jorré) – 1975  Milady (François Leterrier) – 1977  La vigne à Saint-Romans (Pierre Pradinas) – 1978  Pierrot mon ami (François Leterrier) – Talou, prince secret (Jean-Claude Roy) – Le roi Muguet (Guy Jorré) – Les insulaires (Gilles Grangier) – 1979  Vincendon (Franck Appréderis) – Fantômas : L’échafaud magique (Claude Chabrol) – Fantômas : L’étreinte du diable (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le mort qui tue (Juan Luis Buñuel) – Fantômas : Le tramway fantôme (Claude Chabrol) – 1980    Les aiguilleurs (Raoul Sangla, captation) – 1981  Solde de tous comptes (Jean L’Hôte) – Un fait d’hiver (Jean Chapot) – 1982  Le fou du viaduc (Guy Jorré) – Les Longuelunes (Jean-Daniel Verhaeghe) – Les insomnies de  Monsieur Plude (Jean Dasque) – Le soleil des autres/Le pigeonnier (Guy Jorré) – Emmenez-moi au théâtre : Chêne et lapins angoras (Yves-André Hubert, captation) – 1983  Le gardien (Yves-André Hubert (captation) – L’étrange château du docteur Lerne (Jean-Daniel Verhaeghe) – Voglia di volare (Ma fille, mes femmes et moi) (Pier Giuseppe Murgia) – 1984  Sogni e Bisogni (Sergio Citti) – Les deux témoins (Michel Farin) – Le passage (Franck Appréderis) – Les magiciens du mercredi de Freddy Charles) – 1985  Espionne et tais-toi : Les vacances du pouvoir (Claude Boissol) – Une femme innocente (Pierre Boutron) – 1987  L’ami Giono : Joffroi de la Maussan (Marcel Bluwal) – Chahut-Bahut d(Jean Sagols) – Le vent des moissons (Jean Sagols) – 1989  Espionne et tais-toi : L’homme qui n’en savait rien (Claude Boissol) – Condorcet (Michel Soutter) – Orages d’été, avis de tempête (Jean Sagols) – 1990  Stirn et Stern d(Peter Kassovitz) – Les bottes de sept lieues (Hervé Baslé ) – Marie-Pervenche : La planche étroite (Jean Sagols) – 1992  Le galopin (Serge Korber) – 1995  Ne coupez pas mes arbres (Michel Treguer, captation) – 2000  Jeanne, Marie et les autres (Jacques Renard) – Le vieil ours et l’enfant (Maurice Brunio).

Théâtre :

1946 LES FRERES KARAMAZOV de DOSTOIEVSKI Théâtre de l”Atelier / 1947 L”AN MIL de Jules ROMAIN avec Charles DULLIN / L”ARCHIPEL LENOIR de Armand SALACROU avec Charles DULLIN / COLOMBES de Jean ANOUILH / LA CONDITION HUMAINE de MALRAUX / UN IMBECILE de PIRANDELLO – à MONTREAL / 1955 LE OUALLON de Jacques AUDIBERTI / LE MAL COURT de Jacques AUDIBERTI avec Suzanne Flon / 1958 LE CHINOIS de BARILLET et GREDY avec Françoise Dorin / 1959 EDMEE de J.L. BREAL – Théâtre de la Bruyère / L”EFFET GLAPION de Jacques AUDIBERTI avec Jacqueline Gauthier / LE MARIAGE DE MONSIEUR / MISSISSIPI de Friedrich DURRENMATT / 1961 LE REVEUR de Jean VAUTHIER – Théâtre La Bruyère / 1962 LES MAXIBULES de Marcel AYME avec François CHRISTOPHE / 1963 LA VISITE DE LA VIEILLE DAME de Friedrich DURRENMATT / DECIBEL mise en scène de Pierre DUX / 1968 CHENE ET LAPINS ANGORA de Martin WALZER – mise en scène Georges WILSON (T.N.P.) / 1969 LE GARDIEN d”Arnold PINTER – mise en scène de Jean-Laurent COCHET / LE PRIX DUSSANE sera décerné à Jacques DUFILHO / 1977 DES FLEURS SUR UN RAIL – mise en scène Georges WILSON / 1979 LES AIGUILLEURS de Brian BHELAN – mise en scène de Georges WILSON au théâtre de l”Oeuvre / 1980 CHUT de Françoise DORIN – mise en scène de Jean-Laurent COCHET – au théâtre des Variétés / 82/83 Tournée FRANCE/ETRANGER de la pièce LE GARDIEN d”Arnold PINTER  / 84/85 L”ESCALIER de Charles DYER -mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l”Oeuvre / 86 LEOPOLD LE BIEN AIME de Jean SARMENT – 87 mise en scène Georges WILSON au Théâtre de l”Oeuvre / 1988 JE NE SUIS PAS RAPPAPORT de Herb GARNER – mise en scène Georges WILSON / MOLIERE DU MEILLEUR ACTEUR 1988 / 1991 LE METEORE – de Friedrick DURRENMATT – mise en scène Georges WILSON / 1992 NE COUPEZ PAS MES ARBRES de W .D. HOME, adaptation Marc Gilbert SAUVAJON, aux Bouffes Parisiens / 1993 QUELQUE PART DANS CETTE VIE / SHOW BIS de NEIL SIMON – Mise en scène Georges WILSON / NE COUPEZ PAS MES ARBRES – Mise en scène Michel ROUX / 1994 QUELQUE PART DANS CETTE VIE – d”Israël HOROVITZ – (En Tournée d”été et reprise au THéâtre MARIGNY) / 1995 LE VOYAGE de Gérald AUBERT – Mise en scène de Michel FAGADAU / 1996 COLOMBE – Mise en scène Michel FAGADAU / 1997 COMME UN CERF-VOLANT ENGLOUTI – Mise en scène Yves LE MOIGN’.

PEINDRE OU FAIRE L’AMOUR

Je me souviens d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu à l’avant-première d’ “Un homme, un vrai”, un sens aiguë de l’observation, une réserve timide mais chaleureuse, une sorte de regard malin en commun. “Peindre ou faire l’amour” est un film charnière réussissant à concilier leur univers et l’art des contraintes – comédiens stars et les Alpes remplacent leurs chères Pyrénées -. Ils ressemblent à leurs films, ne se dévoilant pas tout de suite. Le film depuis sa diffusion à Cannes déclenche des éloges ou des descentes en flèche, il est vrai que le concept de base est assez déstabilisant, les Larrieu dans un cadre d’un cinéma plus traditionnel innovent, font des propositions, tâtonnent – le parti pris d’un cheminement dans le noir, où il faut s’abandonner aux sensations -. William – Daniel Auteuil formidable de retenue -, cadre en pré-retraite de météo France, se retrouve un peu démuni dans son nouveau rythme de vie, à 55 ans il voit ainsi bien délimitée le dernier tournant de sa vie. Le film montre justement cette appréhension à accéder au rêve des grandes vacances, comme le qualifie justement son ami Roger – Roger Mirmont qui semble vouloir se faire appeler Miremont désormais -, ce dernier voyant cette période que par le biais des loisirs (Le golf).  Sa femme Madeleine – Sabine Azéma, troublée -, bien qu’encore en activité, se met à réfléchir sur la nouvelle vie de son mari, alors que leur fille unique part étudier à la prestigieuse “Villa Médicis” à Rome. Elle part dans une prairie proche du Vercors, peindre avec recueillement, arrive un homme aveugle “Qui peint ici ?”, Adam volubile et maire du village voisin – Sergi Lopez, excellent acteur même s’il est pourtant ici assez peu probant en aveugle, donne une présence formidable à ce rôle et une grande nuance -. Il lui propose de lui faire visiter une villa avoisinante. Elle tombe sous le charme du génie du lieu entraînant avec elle William en quête de tranquillité…

Daniel Auteuil & Sabine Azéma

Le couple se lient d’amitié avec Adam, et sa compagne Èva (lourde symbolique), jouée par l’admirable Amira Casar tout en subtilité et grâce. Elle se laisse peindre nue par Madeleine, il lui manque à son amour un regard sur sa beauté charnelle. Un accident va changer la vie des deux couples qui vont se rapprocher et transgresser le tabou de la fidélité, le plus naturellement du monde. Loin d’être manipulateurs, Adam et Eva vont se montrer finalement plus déstabilisés par le couple bourgeois en quête de nouvelles sensations et d’un renouveau de leur vie. Le film laisse un champ libre aux impressions, aux sensations et à l’imagination – Les Larrieu suggère plus volontiers qu’ils ne montrent -. Suit pour peu que l’on s’abandonne, une émotion, ils ont une audace et un sens aiguë de la force de vie de la nature, qui sans être hédoniste est assez rare sur un écran. Même si ce film connaît une dernière partie plus faible – il semble y avoir plusieurs fausses fins -, le film décontenance, on comprend que l’on puisse y rester complètement hermétique. Côté autres interprètes on retrouve Sabine Haudepin, grande inexploitée, Jacques Nolot, Philippe Katerine d’une étonnante fausseté et la radieuse Hélène de Saint-Père, la seule avec Amira Casar a donner un peu de chair à ce film finalement assez pudique. Si Daniel Auteuil et Sabine Azéma semble donner au film une certaine distance, ils sont formidables de justesse. Ce film sans être la grande œuvre annoncée, “La brèche de Roland” et “Un homme, un vrai” me semblaient plus aboutis, il laisse augurer la place prépondérante et la singularité des frères Larrieu cinéastes. A noter l’utilisation intelligente de la sublime chanson de Jacques Brel “Les Marquises” issue de son dernier album.

LILY AIME-MOI

Michel Seydoux a eu la formidable initiative d’éditer en un DVD hommage à Patrick Dewaere, deux beaux films de Maurice Dugowson “Lily aime-moi” et “F comme Fairbanks !”. Je traite ici du premier film tourné en 1974, histoire de déplorer combien Dewaere nous manque… Son jeu était tellement moderne, que lorsqu’on le voit, on a l’impression de voir un film tourné l’an dernier. Maurice Dugowson a débuté à la télévision, il a d’ailleurs fait beaucoup de direct – “Droit de réponse”, notamment -. Il a commencé assez tard à faire des films, mais il avait une capacité à saisir les instants de grâce et avait un regard acerbe sur la société de son temps. Ce film écrit par Michel Vianey bénéficie de l’énergie communicative de ses trois principaux comédiens, Dewaere, Rufus et Jean-Michel Folon, qui se révèle non seulement à la hauteur des deux autres, mais il véhicule en plus une réelle singularité. François -Jean-Michel Folon -, se voit confier une enquête par son rédacteur en chef – Le Mockyien Maurice Vallier -, sur un OP3, un ouvrier d’usine à la chaîne, Claude vivant dans un grand ensemble – Rufus, excellent loin d’être naturaliste -. Ce dernier vient d’être quitté par sa femme – Zouzou, dans un très beau rôle de femme déçue -. François touché par son désarroi, va lui présenter un ami boxeur dynamique et cultivé, Johnny Cask,en fait il a choisi ce nom en voyant une Série B. américaine, son vrai prénom étant Gaston et qui a la particularité de finir toujours sur le tapis. Claude laisse sa petite fille chez la concierge, et le trio va partir en vadrouille et à la reconquête de Lily, réfugiée chez ses parents – Roger Blin, dans le registre “popu” et touchant et Tatiana Moukhine -.

Patrick Dewaere et Jean-Michel Folon

Ils rencontrent plusieurs personnage dont un groupe d’intellectuels – Juliette Gréco, Roland Dubillard, Andreas Voutsinas, le cinéaste Henry Jaglom, tendance chargeurs réunis – regardant Claude comme un extra-terrestre. Dugowson les égratignent avec beaucoup de mordant. Il y a des débutants excellents issus du théâtre Bernard Freyd en syndicaliste, Anne Jousset en auto-stoppeuse amusée et nymphomane et Jean-Pierre Bisson déjà impressionnant dans le rôle du frère excentrique de Flo – Juliette Gréco -, Maurice Travail bon second rôle ici en râleur dans un ascenseur. N’oublions pas la scène d’anthologie avec Miou-Miou traitant Johnny qui la drague de tout les noms d’oiseaux, ça permet de vérifier qu’elle était déjà une grande actrice. Rufus étonnant dans un rôle lunaire, inquiet et dépressif, retrouve une nouvelle énergie et une compréhension pour Lily, finissant enfin par exprimer son originalité étouffée. Johnny cavaleur invétéré sous une bonne humeur permanente se découvre meurtri et touchant, voire poétique – il boxe un oreiller -, c’est une magnifique occasion de retrouver ce comédien au sommet de sa forme et de son art. François, le plus serein des trois, dresse un constat amer mais vivant sur son sort et celui de ces amis. Zouzou, icône de ces années là, est d’une grande justesse dans ce rôle de femme étouffée par la possessivité de son mari et sa condition sociale. Comme l’explique justement, Jean-Michel Folon dans un des bonus du DVD, c’est l’amitié débordante et tonique du trio d’acteur qui a donné ce ton si passionnant au film. Maurice Dugowson a eu l’intelligence de suivre cette bonne humeur, tout en laissant un instantané très lucide de son époque et les dures contraintes de du quotidien. Après “F comme Fairbanks” (1975), il devait réaliser “Au revoir… à lundi” (1978), “Sarah” (1982) et “La poudre aux yeux” (1993), avant de mourir prématurément en 1999.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Henri Genès

Henri Génès dans “Justinien Trouvé…”

Annonce de la mort du sympathique Henri Génès, ce Tarbais, ancien rugbyman était représentatif de cette bonhomie du Sud-Ouest (rien de péjoratif de ma part, y provenant également et étant Basque de surcroît ce qui n’arrange rien…). Beaucoup de ses chansons restent amusante à notre mémoire, même si l’on ne se souvient plus trop de son 45 tours “On est les minets de la plage” en duo avec… Jean Lefebvre. Il a beaucoup d’opérettes à son actif. Il devient une figure populaire au cinéma, rien de transcendant il est vrai, mais on se souvient particulièrement de son personnage de Julien, dans les oeuvres initiées par Ray Ventura “Nous irons à Paris” (1949) et “Nous irons à Monte-Carlo” (1951). Il est celui qui met de l’ambiance, à l’image de la troisième mi-temps chère aux joueurs de rugby, il était le supporter le plus enthousiaste dans “Allez France !” (1964) de Robert Dhéry avec lequel il a tourné “Le petit baigneur” (1967), également, détonnant particulièrement dans le légendaire calme britannique. Il était un remarquable “Annibal de Coconas” dans “La reine Margot” (Jean Dréville, 1954) gardant une certaine décontraction même en plein massacre de la St-Bathélémy.

Il campe souvent les bons copains sur lequel on peut compter à l’instar de l’ami fidèle de Claude Dauphin qui l’aide à sortir de sa réserve dans “La petite chocolatière” (1949). Gérard Oury l’utilisait beaucoup à l’image du serviable employé du zoo, père de Marie Dubois, dans “La grande vadrouille” (1966), et Claude Sautet lui confit un rôle décalé d’investisseur venu de Bruxelles, mais gardant bien sûr son fameux accent. On peut déplorer qu’il fut le seul avec Gérard Mordillat, “Vive la sociale !” (1983), à utiliser son image autrement. Il devient la figure de l’artisan local, le cafetier chaleureux ou le prêtre se révélant rassurant malgré ses apparats dans “Justinien Trouvé…”. Il se retrouve souvent dans “La garde rapprochée” des films avec Louis de Funès. Il était un grand pourfendeur de nanar, on se souvient de son curé Truffard qui sortait en costume de bain de la mer, pour surprendre Paul Préboist parti évangélisé des adeptes du nudisme dans le “Kolossal” “Mon curé chez les nudistes” (Robert Thomas, 1982). Il fut aussi un “bon client” à la télévision avec des émissions comme “Système deux”, “Alors raconte”, “La classe” et “La chance aux chansons”.

Henri Génès dans “Nans le berger”

Filmographie : 1945  La ferme du pendu (Jean Dréville) – 1946  Plume la poule (Walter Kapps) – 1949  Nous irons à Paris (Jean Boyer) – La petite chocolatière (André Berthomieu) – 1950  Les amants de Bras-Mort (Marcel Pagliero) – Pigalle Saint-Germain-des-Prés (André Berthomieu) –  1951  Nous irons à Monte-Carlo (Jean Boyer) – Parigi è sempre Parigi (Paris est toujours Paris) (Luciano Emmer) – 1952  Au diable la vertu (Jean Laviron) – Cent francs par seconde (Jean Boyer) – Une fille dans le soleil (Maurice Cam) – Les détectives du dimanche (Claude Orval) – Femmes de Paris (Jean Boyer) – 1953  Jeunes mariés (Gilles Grangier) – L’œil en coulisse (André Berthomieu) – Soir de Paris (Jean Laviron) – 1954  La reine Margot (Jean Dréville) – 1955  Ces sacrées vacances (Robert Vernay) – La rue des Bouches Peintes (Robert Vernay) – Coup dur chez les mous (Jean Loubignac) – Trois de la Canebière (Maurice de Canonge) – 1956  Trois de la marine (Maurice de Canonge) – 1964  Allez France ! (Robert Dhéry) – Le corniaud (Gérard Oury) – 1966  La grande vadrouille (Gérard Oury) – 1967  Le petit baigneur (Robert Dhéry) – 1968  Le cerveau (Gérard Oury) -Les gros malins (Raymond Leboursier) – 1970  L’homme qui vient de la nuit (Jean-Claude Dague) – 1974  En grande pompe (André Teisseire) – Le pied ! (Pierre Unia) – Le rallye des joyeuses (Serge Korber) – Sexuellement vôtre (Max Pécas) – 1977  L’animal (Claude Zidi) – Ça va pas la tête (Raphaël Delpard) – 1978  Embraye bidasse… ça fume ! (Max Pécas) – Artignosse à Paris (Jacques Soumet, CM) – Le gendarme et les extra-terrestres (Jean Girault) – 1979  L’avare (Jean Girault & Louis de Funès) – Sacrés gendarmes (Bernard Launois) – 1980  Touch’ pas à mon biniou (Bernard Launois) – 1981  La soupe aux choux (Jean Girault) – Prends ta Rolls et va pointer (Richard Balducci) – 1982  Le braconnier de Dieu (Jean-Pierre Darras) – Mon curé chez les nudistes (Robert Thomas) – 1983  Garçon ! (Claude Sautet) – Vive la sociale ! (Gérard Mordillat) – 1984  Y a pas le feu… (Richard Balducci) – 1985  Le facteur de Saint-Tropez (Richard Balducci) – 1989  Le provincial (Christian Gion) – La fille des collines (Robin Davis) – 1991  L’écrou (Jean-Pierre Vedel, CM) – 1992  Justinien Trouvé ou le bâtard de Dieu (Christian Fechner).

Henri Génès avec Jeannette Batti, source Anao

Télévision (notamment) : 1966  L’amour en papier (François Chatel) – 1967  Le trésoir des moines (François Chatel) – Les créatures du bon Dieu : Un fauve pour le week-end (Jean Laviron) – 1976  Nans le berger : Arnaude (Bernard-Roland) – 1977  La lune papa (Jean-Paul Carrère, série TV) – Allez la rafale ! (Yannick Andréi, série TV) – 1978  Viva Napoli (Pierre Pradines, captation) – 1979  Le facteur de Fontcabrette (Bernard-Roland) – 1980  À la Jamaïque (Paul Renty, captation) – 1981  Les amours des années folles : Un mort tout neuf (François Chatel) – Anthelme Collet ou le brigand gentilhomme (Jean-Paul Carrère) – Fini de rire, fillette (Edmond Tyborowski) – 1982  Paris Saint-Lazare (Marco Pico) – 1983  Liebe läßt alle Blumen blühen (L’attrapeur) (Marco Serafini) – 1984  Les enquêtes du commissaire Maigret : L’ami d’enfance de Maigret) – La terre et le moulin (Jacques Ertaud) – 1985  Madame et ses flics : Le prix du cadavre (Roland-Bernard) – 1986  Madame et ses flics : Spécial bavure (Roland-Bernard).

Mise à jour du 04/08/2009

Pour rappel : Mort de Brock Peters, voir forum de DVD Classik. Musicien et comédien, il était célèbre pour son rôle du client innocent de l’avocat joué par Gregory Peck dans “Du silence et des ombres”  (Robert Mulligan, 1962). Voir également sa filmographie dans Les gens du cinéma.