Une réplique finale de Romain Bouteille résume assez bien ce que l’on ressent à l’issue de ce film, “Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres” : “J’ai vu des films mauvais, mais ça jamais !”. L’idée est simple, on observe les commentaires et les réactions des spectateurs dans une salle où est projeté un film porno. Au moins on échappe à l’escroquerie habituelle, utiliser des séquences d’autres films pour des inserts olé-olé. Le faux film en question – soft bien sûr – vaut son pesant de cacahuètes. Quelques stéréotypes de Français moyens miment de manière absolument lourdingue les ébats sexuels… Les scènes sont interminables, il faut voir Roger Trapp – petite rondeur à petite moustache – escalader une plantureuse créature plus grande que lui, après usage abondant de beurre Lusigny – bon goût garanti et citation de circonstance -, et le méridional André Dupon apparaître en diablotin, du coton dans le nez et se faisant introduire une carotte… – rassurez-vous, ils font semblant -. De voir ces seconds rôles habitués du cinéma franchouillard sombrer dans une vulgarité colossale tient plus de la “quatrième dimension” que du malsain. De manière assez opportuniste ce film a été diffusé le 31 mai 1978, après le succès des troupes du “Café de la gare” et du “Splendid”, selon certains témoignages il aurait été tourné en 1973. Le catalogue du CNC donne en fait comme date d’immatriculation le 26/01/1976, il y avait d’ailleurs un autre titre prévu “Quand les radis poussent, j’aime tout” (sic). Le sieur Raymond Lewin (monteur de films érotiques) se contente donc outre les scènes érotiques, de filmer avec une platitude inouïe les comédiens improviser sans grande inventivité…
Romain Bouteille
Un groupe de jeunes zozos, les yeux exorbités, regarde les scènes égrillardes. Mais tout le monde cause, Romain Bouteille se plaignant de ne rien comprendre à l’histoire, tout en trouvant ça mieux que son séjour à Marienbad !, Josiane Balasko – créditée sous le nom de Josiane Balaskovic – demande tout le temps le silence. Gérard Jugnot plus excité par les comportements de la salle et l’évocation de documentaires animaliers, râle tout en regardant le film. Il mange les pilules contraceptives de la Balasko – qu’elle cherche durant tout le film -, croyant que ce sont des bonbons à la menthe trouvés par terre (!). Il passe son temps ensuite à vomir dans les toilettes et craint pour une éventuelle stérilité avant qu’un jeune prétende que cela fait pousser les cheveux… Arrive un couple tardif plus mûr joué par Pierre Doris et Perrette Souplex – pitoyable mais elle a de très beaux yeux -. Cette dernière, qui consent à retirer son grand chapeau attend Jean-Paul Belmondo puisque (c’est logique !) le titre affiché à l’entrée était “La charge fantastique”. Doris qui reprend son humour noir habituel du genre “mon frère était tellement en avance qu’il est mort-né” et “je fais l’amour debout sinon je m’endors !” s’amuse visiblement, mais il frise ici le balourd, le salace et le consternant, même s’il cite Ben Turpin ! Seul Romain Bouteille fait preuve de brio nonsensique, fonçant franchement dans le mauvais goût . Quand une comédienne fait un usage inhabituel – allégrement d’ailleurs – d’une courgette, il y a un grand débat pour savoir si c’est une courgette ou un concombre… Et Bouteille de déclarer “heureusement que ce n’est pas une pomme de pin !”. Il faut l’entendre parler de la dangerosité de faire l’amour dans la baignoire, et déblatérer à tous propos. Le reste de la troupe cachetonne, Christine Dejoux – Depoux au générique ! – cause sanitaire avec Martin Lamotte, Thierry Lhermitte a une réplique, François Dyrek roupille presque, Sotha – sous le nom de Catherine Sigaux -, Philippe Manesse s’emmerdent en même temps que nous par compassion sans doute. Tout le monde meuble ces 1h20 interminables. Jugnot foire une vanne sur l’éjaculation précoce et se tourne vers la caméra demandant de couper la scène… et la vache de metteur en scène la laisse ! J’ai fait le ménage sur la fiche IMDB + générique – le temps qu’ils valident, en ce moment ils sont 20sixiens hélas -, un petit malin ayant transformé la fiche en “documentaire” ! Tellement affligeant que ça en devient jubilatoire. Les mêmes (ou presque) – en pire – triomphent actuellement, mais long, très long est le chemin pour le succès. Ce petit bijou existe en DVD.

Qu’est-il arrivé à Philippe Le Guay auteur de films remarquables des “Deux Fragonard” (1988), “L’année Juliette” (1994), “Trois huit” (2000), “Le coût de la vie” (2002) avec un sens aigu de l’observation, mais ici le film patine laborieusement. Reprenant comme modèle de construction le film “Un jour sans fin” d’Harold Ramis, ce film se veut une fable, sur notre capacité au bonheur, de son attitude vis-à-vis des autres pouvant générer une situation en sa faveur ou en sa défaveur, et de la capacité de chacun à se résigner et à subir. François Berthier – Benoît Poelvoorde convainquant mais il n’arrive pas à sauver le film, trop au service du cinéaste -, est un employé landa d’une banque. Son bureau exigu semble sortir tout droit du “Brazil” de Terry Gilliam, vit mal la séparation avec sa femme – Anne Consigny décidément radieuse et que l’on a du plaisir à voir en premier plan – et de sa petite fille. Son morne quotidien se passe entre les brimades d’un chefaillon “tape-dur” – Bernard Bloch, formidable en huissier blessé dans “Le coût de la vie”, ici moins inspiré -, les avanies d’un quotidien agressif, de la machine à café qui explose, nuisances sonores de toutes sortes et son évolution poissarde dans un univers hostile. Hors du jour au lendemain, sa condition change du tout au tout, sans explications réalistes. François finir par vivre très mal cet état de grâce, et finit par dériver dans une paranoïa autodestructrice… 
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Plusieurs films traitent du harcèlement moral et de la pression dans les entreprises actuellement. Ce film parle de la difficulté pour une femme de travailler dans un univers presque exclusivement masculin. Dans ce film : North country (L’affaire Josey Aimes)” se passe au début des années 80. Josey Aimes – Charlize Theron, plus probante dans la simplicité que dans la composition certes spectaculaire dans “Monster”, mais finalement assez laborieuse – quitte son mari violent, avec ses deux enfants. Elle est obligée pour survivre de retourner vivre chez ses parents dans le Minnesota – Richard Jenkins & Sissy Spaceck -. Elle subit l’hostilité de son père, qui lui bat froid depuis qu’elle est devenue fille mère. Elle décide de travailler dans la mine, pour trouver son indépendance déclenchant la colère paternelle. Mais en plus d’un travail particulièrement pénible, elle doit subir en plus, comme ses rares collègues féminines, des plaisanteries salaces ou scatologiques, des humiliations quotidiennes, qui ne sont d’ailleurs pas pris au sérieux dans l’organisation syndicale du lieu. Elle décide de se dresser, seule contre tous contre ce système, ne voulant plus subir un ostracisme et les préjugés de par à son statut famillial. Son attitude courageuse va donner une grande avancée dans le droit des femmes. Son combat personnel va être celui des femmes… La réalisatrice Niki Caro, avec classicisme, restitue admirablement l’ambiance (la mine, les vestiaires, une patinoire) des lieux – habile utilisation des décors naturels – et trouve une empathie bienveillante avec ses personnages. 
On n’attendait pas grand chose de ce “Célibataires”, sinon la vision d’un nanar opportuniste, il est vrai que le précédent film du comédien Jean-Michel Verner, “Jeu de con” en 2000 était un sommet du film cornichon, sauvé de l’oubli par une composition cocasse de Patrick Chesnais en commissaire survolté. Si on retrouve un peu, une captation de l’air du temps, le résultat est assez désolant, par l’utilisation à l’envi de l’effet pour l’effet – plan redoutable de l’exposition du derrière d’un chien en gros plan, au ras du trottoir par exemple -. Si on sourit à quelques dialogues, le résultat manque de consistance. Les comédiens font ceux qu’ils peuvent avec des archétypes prévisibles. Guillaume Depardieu – formidable pourtant chez Pierre Salvadori, essaie d’être léger, Patrick Mille – curieux parcours de l’amant de Michel Piccoli dans “Les équilibristes” au personnage de Chico chez Édouard Baer,ici assez falot -, Serge Hazanavicius – dans le registre râleur -, Cartouche – décidément pas gâté au cinéma – n’arrivent pas à installer la complicité de ces amis. Seul Olivia Bonamy donne une sensibilité à son personnage. Les personnages secondaires sont inexistants, saluons Jean Barney qui tire son épingle du jeu dans le rôle caricatural du père de Nelly, la pauvre Chantal Banlier ne doit se contenter que d’une apparition en mère de Ben. Le pire c’est encore la prestation de Jean-Michel Verner lui-même, en psychiatre névrosé harcelé par sa mère au téléphone, grand numéro d’agitation vaine et de brassage d’air.


Et “Les Bronzés 3 – amis pour la vie”, alors ? L’équipe du Splendid me reste sympathique en raison d’une sorte de coup d’état de ces comédiens partis pour une brillante carrière d’excentriques dans cinéma français – pléthore de rôles pour ces comédiens dans les années 70 de Roman Polanski, Bertrand Tavernier ou Bertrand Blier -. À l’encontre de l’exemple d’un Louis de Funès 36ème couteau, qui est devenu star sur le tard, ils se sont associés pour faire exister leur univers, influencé par la comédie italienne jouant avec notre médiocrité du beauf qui s’ignore. Ils ont ouvert une voie, en passant notamment avec bonheur pour beaucoup à la réalisation, en se donnant des bons rôles et en finissant par devenir une véritable institution nationale. On était plutôt preneur pour retrouver presque 30 ans après toute l’équipe, les problèmes d’ego devant être réglés dans les 35 millions d’euros du budget !. On finit par y aller malgré un bouche à oreille pas très probant – les meilleures scènes figureraient dans la bande-annonce et c’est vrai -. Ce qui est curieux c’est la sorte de panurgisme que l’on peut avoir histoire de se faire sa propre opinion, sentant bien que le plan marketing risque d’être plus élaboré que le scénario. Effectivement dans une vague historiette autour d’un hôtel de luxe, on retrouve nos amis fringants, la cinquantaine flamboyante. On rit, mais c’est loin d’être désopilant.. Et pourtant il y a des bonnes scènes ici, de l’évolution de Jean-Claude Dusse – Michel Blanc survolté en parallèle de son propre parcours -, et surtout la petite équipe – Gérard Jugnot végétalisé, Marianne Chazel bimbolisée, Thierry Lhermitte serviceminimumisé, Christian Clavier claviersisé dans un improbable misérabilisme, Josiane Balasko réactivée – qui ne s’épargne pas faisant preuve d’une salutaire autodérision tout en carburant au pruneau. Mais les gags sont un tantinet poussifs, du chien Elvis à la pathétique créature griffeuse… 
Avant-première hier soir à l’UGC Cité-Ciné du dernier film d’Albert Dupontel – enfin depuis “Le créateur” qui n’avait hélas pas rencontré son public -. Temps de chien, tout le monde arrive trempé mais impatient. Et l’on entend des tambourinements violent contre une porte suivis d’un couinement charmant et des cris vindicatifs. Tiens l’artiste inaugure une nouvelle manière de présentation ? non c’est un spectateur joyeusement ivre, mais pas encore dans le coma, qui s’était retrouvé …”enfermé dehors” pour avoir voulu griller une cigarette. La réalité dépassant “l’affliction” ce forcené bavard a manifesté sa présence d’une sonorité allumée, comme tombé du film… En discutant avec une des charmantes employées du lieu qui avait accompagné Albert Dupontel, elle me confit la passion qui caractérise le personnage, son énergie, sa volonté de rencontrer le public ce qui augurait déjà une excellente soirée, ponctuée par les délires de l’autre énervé qui très inspiré surchargeait allégrement la bande-son avec l’aide de sa compagne dans le même ton, histoire de ne pas rompre l’harmonie du grotesque de l’ensemble. Moins désabusé que ces deux derniers films dont le cultissime “Bernie”, Albert Dupontel fait un constat de notre société avant de faire voler en éclats les conventions. Un clochard qui trouve un costume d’un gardien de la paix qui s’est suicidé nu dans la nuit. Le sans-abri Roland, – euphémisme d’usage – pense simplement rendre le costume à l’entrée d’un bureau moderne. Il est évidemment chassé par un malpropre, et finit dans une ellipse par enfiler le costume. Suit un grand moment burlesque où sa démarche change avec cet habit qui fait le moine, quand d’hésitant, il finit par acquérir une certaine autorité. De sa morne vie que n’égayent que quelques tubes de colles sniffées qui lui fait voir la vie en rose, Roland s’improvise redresseur de tord, tombe amoureux de Marie – Claude Perron formidable, ancienne actrice de X qui travaille dans son sex-shop et qui veut récupérer la garde de sa petite fille prénommé coquelicot. Cette dernière est retenue par ses beaux-parents thénardien qui en ont la garde – Roland Bertin et Hélène Vincent malmenés avec bonheur -, mais la jeune mère trouve pourtant de l’extérieur des berceuses rock’n’roll pour sa fille qu’elle ne peut rejoindre. L’esprit un tantinet confus de Roland, suite aux divagations rances d’un policier qui soliloque – Serge Riaboukine étonnant – fait un amalgame entre le désarroi de Marie et les invectives contre un PDG véreux – Nicolas Marié qui déclare Roland (de mémoire) “Ce sont des gens comme moi qui ont inventé l’amour à des gens comme vous pour qu’ils se tiennent tranquilles” -. Le personnage puissant finit cependant par retrouver une dignité dans le déboulonnage…. La folie finit par atteindre toutes les couches de la société, d’une cours des miracles composée d’une humanité meurtrie et dominée par une Yolande Moreau d’anthologie et le petit monde des financiers. Il ne faut pas trop dévoiler de ce film riche en trouvailles, nous redonnant des émotions enfantines d’une montagne russe d’une foire hétéroclite et une rage salvatrice de notre société. 
Nouveau “biopic” musical souffrant un peu de passer après l’admirable “Ray” de Taylor Hackford. On retrouve évidemment le schéma habituel de la rédemption après l’autodestruction. Le film repose sur la performance de Joaquim Phoenix, qui retrouve un étonnant mimétisme avec son personnage de Johnny Cash, mètre étalon du rebelle américain en colère, qu’il avait rencontré en personne à la fin de sa vie. Si l’on garde par exemple le souvenir de “l’homme en noir” originel d’une vision récente d’une de ses prestations dans “Colombo” épisode “Swan song” et réalisé par Nicholas Colasanto (1974), dans un rôle de chanteur country religieux, trucidant la pauvre Ida Lupino et fêtant sa mort sans retenue, on ne peut qu’être ébaudie de la prestation habitée de Joaquim Phoenix. Son incarnation très probante dans ce film, car il a restitué l’humanité blessée, sa déchéance, les vicissitudes suivant la célébrité et son timbre de voix si reconnaissable. Évidemment c’est Reese Whiterspoon dont la performance est indéniable mais beaucoup plus laborieuse qui se voit récompenser par l’Oscar de la meilleure comédienne dans le rôle de la chanteuse June Carter. C’est prix prévisible, Hollywood est sensible à l’esbroufe et adore “visualiser” le travail, en récompensant parfois des cabotinages laborieux à l’image de Renée Zellweger se voyant recevoir l’oscar du meilleur second rôle dans “Retour à Cold Mountain”. Mais même si je ne suis pas totalement convaincu par l’interprétation de notre si sympathique comédienne prognathe, je dois être un des rares spectateurs à rester sceptique. 