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LE COIN DU NANAR : SI VOUS N’AIMEZ PAS ÇA, N’EN DÉGOUTEZ PAS LES AUTRES

Une réplique finale de Romain Bouteille résume assez bien ce que l’on ressent à l’issue de ce film, “Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres” : “J’ai vu des films mauvais, mais ça jamais !”. L’idée est simple, on observe les commentaires et les réactions des spectateurs dans une salle où est projeté un film porno. Au moins on échappe à l’escroquerie habituelle, utiliser des séquences d’autres films pour des inserts olé-olé. Le faux film en question – soft bien sûr – vaut son pesant de cacahuètes. Quelques stéréotypes de Français moyens miment de manière absolument lourdingue les ébats sexuels… Les scènes sont interminables, il faut voir Roger Trapp – petite rondeur à petite moustache – escalader une plantureuse créature plus grande que lui, après usage abondant de beurre Lusigny – bon goût garanti et citation de circonstance -, et le méridional André Dupon apparaître en diablotin, du coton dans le nez et se faisant introduire une carotte… – rassurez-vous, ils font semblant -. De voir ces seconds rôles habitués du cinéma franchouillard sombrer dans une vulgarité colossale tient plus de la “quatrième dimension” que du malsain. De manière assez opportuniste ce film a été diffusé le 31 mai 1978, après le succès des troupes du “Café de la gare” et du “Splendid”, selon certains témoignages il aurait été tourné en 1973. Le catalogue du CNC donne en fait comme date d’immatriculation le 26/01/1976, il y avait d’ailleurs un autre titre prévu “Quand les radis poussent, j’aime tout” (sic). Le sieur Raymond Lewin (monteur de films érotiques) se contente donc outre les scènes érotiques, de filmer avec une platitude inouïe les comédiens improviser sans grande inventivité…

 Romain Bouteille

Un groupe de jeunes zozos, les yeux exorbités, regarde les scènes égrillardes. Mais tout le monde cause, Romain Bouteille se plaignant de ne rien comprendre à l’histoire, tout en trouvant ça mieux que son séjour à Marienbad !, Josiane Balasko – créditée sous le nom de Josiane Balaskovic – demande tout le temps le silence. Gérard Jugnot plus excité par les comportements de la salle et l’évocation de documentaires animaliers, râle tout en regardant le film. Il mange les pilules contraceptives de la Balasko – qu’elle cherche durant tout le film -, croyant que ce sont des bonbons à la menthe trouvés par terre (!). Il passe son temps ensuite à vomir dans les toilettes et craint pour une éventuelle stérilité avant qu’un jeune prétende que cela fait pousser les cheveux… Arrive un couple tardif plus mûr joué par Pierre Doris et Perrette Souplex – pitoyable mais elle a de très beaux yeux -. Cette dernière, qui consent à retirer son grand chapeau attend Jean-Paul Belmondo puisque (c’est logique !) le titre affiché à l’entrée était “La charge fantastique”. Doris qui reprend son humour noir habituel du genre “mon frère était tellement en avance qu’il est mort-né” et “je fais l’amour debout sinon je m’endors !” s’amuse visiblement, mais il frise ici le balourd, le salace et le consternant, même s’il cite Ben Turpin ! Seul Romain Bouteille fait preuve de brio nonsensique, fonçant franchement dans le mauvais goût . Quand une comédienne fait un usage inhabituel – allégrement d’ailleurs – d’une courgette, il y a un grand débat pour savoir si c’est une courgette ou un concombre… Et Bouteille de déclarer “heureusement que ce n’est pas une pomme de pin !”. Il faut l’entendre parler de la dangerosité de faire l’amour dans la baignoire, et déblatérer à tous propos. Le reste de la troupe cachetonne, Christine Dejoux – Depoux au générique ! – cause sanitaire avec Martin Lamotte, Thierry Lhermitte a une réplique, François Dyrek roupille presque, Sotha – sous le nom de Catherine Sigaux -, Philippe Manesse s’emmerdent en même temps que nous par compassion sans doute. Tout le monde meuble ces 1h20 interminables. Jugnot foire une vanne sur l’éjaculation précoce et se tourne vers la caméra demandant de couper la scène… et la vache de metteur en scène la laisse ! J’ai fait le ménage sur la fiche IMDB + générique – le temps qu’ils valident, en ce moment ils sont 20sixiens hélas -, un petit malin ayant transformé la fiche en “documentaire” ! Tellement affligeant que ça en devient jubilatoire. Les mêmes (ou presque) – en pire – triomphent actuellement, mais long, très long est le chemin pour le succès. Ce petit bijou existe en DVD.

DU JOUR AU LENDEMAIN

 Qu’est-il arrivé à Philippe Le Guay auteur de films remarquables des “Deux Fragonard” (1988), “L’année Juliette” (1994), “Trois huit” (2000), “Le coût de la vie” (2002) avec un sens aigu de l’observation, mais ici le film patine laborieusement. Reprenant comme modèle de construction le film “Un jour sans fin” d’Harold Ramis, ce film se veut une fable, sur notre capacité au bonheur, de son attitude vis-à-vis des autres pouvant générer une situation en sa faveur ou en sa défaveur, et de la capacité de chacun à se résigner et à subir. François Berthier – Benoît Poelvoorde convainquant mais il n’arrive pas à sauver le film, trop au service du cinéaste -, est un employé landa d’une banque. Son bureau exigu semble sortir tout droit du “Brazil” de Terry Gilliam, vit mal la séparation avec sa femme – Anne Consigny décidément radieuse et que l’on a du plaisir à voir en premier plan – et de sa petite fille. Son morne quotidien se passe entre les brimades d’un chefaillon “tape-dur” – Bernard Bloch, formidable en huissier blessé dans “Le coût de la vie”, ici moins inspiré -, les avanies d’un quotidien agressif, de la machine à café qui explose, nuisances sonores de toutes sortes et son évolution poissarde dans un univers hostile. Hors du jour au lendemain, sa condition change du tout au tout, sans explications réalistes. François finir par vivre très mal cet état de grâce, et finit par dériver dans une paranoïa autodestructrice…

Le film n’arrive pas à transcender l’idée de départ, le scénario cousue de fil blanc, pourtant co-signé par Olivier Dazat, est trop visible. Le laborieux running-gag du « mardi » lasse très vite et on essaie durant toute la durée de comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas. On retrouve pourtant les qualités habituelles de Philippe Le Guay, mais les affres du quotidien, pourtant notre lot commun, n’arrive pas à réveiller notre affect, mais il se complaît dans l’anecdotique. Il tente même une citation de l’œuvre de Jacques Demy, il faut voir Bernard Bloch et Benoît Poelvoorde chantant dans un parc, mais ici ça confine au grotesque. La quête du personnage principale et sa théorie de “La mécanique des fluides” patinent, et on finit par ce demander où veut en venir le metteur en scène. On est loin du réalisme poétique cher à Prévert, malgré une utilisation insolite des décors parisiens. On peut sauver une interprétation de qualité, mention spécial à Rufus, jubilatoire en officier obsédé par les batailles Napoléoniennes – il faut le voir agresser Philippe Béglia lointain descendant d’un ennemi félon du sieur Bonaparte – et Anne Le Ny, prévenante collègue en mal d’amour. Saluons aussi Bernard Ballet et Manuela Gourary en voisins pleurant la mort de son chien hurleur et mélomane, Robert Castel en petit entrepreneur timoré, Daniel Isoppo en kiosquier obséquieux, Olivier Broche en pizziaolo apeuré, Constance Dollé en jeune femme en roller, Michaël Cohen en amant rassurant, François-Eric Gendron en joueur de tennis cyclothymique, etc… Un film que l’on aurait aimé aimer. Dommage le thème pouvant concilier drôlerie et réflexion sur la notion relative d’être heureux…

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Jacques Legras

  

Photo : www.bernard-luc.comAnnonce de la mort de Jacques Legras, ce 15 mars de comédien né à Nantes en 1924. On se souviendra toujours de lui dans les riches heures de la télévision, avec la célèbre caméra cachée, dans “La caméra invisible” depuis 1964, invention de son compère Jacques Rouland, pour lequel il était animateur de “Gardez le sourire” sur Europe 1. Cette émission diffusée sur la seconde chaîne à partir de 1964, était l’occasion de piéger des quidam, et Jacques Legras avec sa fine moustache et son sérieux imperturbable imposait par son assurance les situations les plus déstabilisantes et les plus improbables. Les meilleurs sketches portés à l’écran par Jacques Rouland dans “La gueule de l’emploi” (1973), le mettait en vedette avec Jean-Claude Massoulier. C’est après le conservatoire de la rue Blanche, qu’il rejoint la troupe des Branquignol. Il restera fidèle à l’univers de Robert Dhéry également au cinéma dès “Branquignol” son premier film en 1949. On se souvient dans cet univers, du monsieur Loyal dans “Ah ! les belles bacchantes” (1954), et du curé roux du “Petit baigneur” (Dhéry, 1967). On le retrouvait souvent dans des rôles distingués facilement malmenés, client suisse qui arrive dans un bordel le jour de la fermeture suite à la décision de Marthe Richard dans “Les bons vivants : La fermeture” (Gilles Grangier, 1965), de l’examinateur de permis de conduire véhément suite aux maladresses de Louis Velle dans “Le permis de conduire” (Jean Girault, 1973), notable tenté par un voyage libertin avec sa femme dans “Sex-Shop” (Claude Berri, 1972), où le préposé au mariage de Jean-Paul Belmondo tétanisé devant sa fuite dans “Les mariés de l’an II” (Jean-Paul Rappeneau, 1970). Souvent goguenard, il est un ancêtre d’Alexandre Dumas, écrivain public prenant des notes en rencontrant les valets des trois mousquetaires “Les quatre Charlots mousquetaires” (André Hunebelle). Très apprécié du réalisateur Michel Boisrond, on lui doit la composition singulière d’un traître japonais – avec fausses dents et sans moustache – dans le croquignolet “Atout cœur à Tokyo pour OSS 117” (1966), un grand moment délirant hautement cornichon. Jean-Pierre Mocky l’avait utilisé pour 6 films dont l’étalon (1969) où il campe Pointard joueur de pétanque ayant les traces de ses boules sur son bronzage à force de les porter autour de son coup, “Robin des mers” (1997) où il est un marin et dans “Vidange” (1997) son dernier rôle en procureur. S’il n’a pas toujours eu les rôles à la mesure de sa folie, il marquait toujours ses passages avec une distinction qui cachait une réelle subversion.

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Filmographie : 1949  Branquignol (Robert Dhéry) – La patronne (Robert Dhéry) – 1950  Bertrand, cœur de lion (Robert Dhéry) – 1951  La demoiselle et son revenant (Marc Allégret) – 1952  L’amour n’est pas un péché (Claude Cariven) – 1953  Les trois mousquetaires (André Hunebelle) – Les hommes ne pensent qu’à ça… (Yves Robert) – 1954  Escalier de service (Carlo Rim) – Ah ! les belles bacchantes (Jean Loubignac) – 1955  L’impossible Monsieur Pipelet (André Hunebelle) – 1961  La belle américaine (Robert Dhéry) – 1964  Allez France ! (Robert Dhéry) – Les gros bras (Francis Rigaud) – Une souris chez les hommes / Un drôle de caïd (Jacques Poitrenaud) – Lady L (Id) (Peter Ustinov) – 1965  Les bons vivants [épisode : “La fermeture”] (Gilles Grangier) – La communale (Jean L’hôte) – La tête du client (Jacques Poitrenaud) – La bourse et la vie (Jean-Pierre Mocky) – 1966  Le grand restaurant (Jacques Besnard) – Atout cœur à Tokyo pour OSS 117 (Michel Boisrond) – Trois enfants dans le désordre (Léo Joannon) – Sette volte donna / Woman times seven (Sept fois femmes) (Vittorio de Sica)- 1967  Le petit baigneur (Robert Dhéry) – 1968  Faites donc plaisir aux amis (Francis Rigaud) – L’Auvergnat et l’autobus (Guy Lefranc) – Un été sauvage (Marcel Camus) – 1969  Hibernatus (Édouard Molinaro) – L’ardoise (Claude Bernard-Aubert) – Poussez pas grand-père dans les cactus (Jean-Claude Dague) – The lady in the car with glasses and a gun (La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) (Anatol Litvak) – L’étalon (Jean-Pierre Mocky) – 1970  Les assassins de l’ordre (Marcel Carné ) – Les mariés de l’An II (Jean-Paul Rappeneau) – Daisy Town (René Goscinny & Morris, voix) – On est toujours trop bon avec les femmes (Michel Boisrond) – 1972  Sex shop (Claude Berri) – Les Charlots font l’Espagne (Jean Girault) – Elle court, elle court la banlieue (Gérard Pirès) – 1973  Le permis de conduire (Jean Girault)- L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune (Jacques Demy) – Les gaspards (Pierre Tchernia) – La gueule de l’emploi (Jacques Rouland) – Les 4 Charlots mousquetaires (André Hunebelle) – 1974  Vos gueules les mouettes ! (Robert Dhéry) – 1975  Catherine et cie (Michel Boisrond) – L’intrépide (Jean Girault) – 1976  Le trouble fesses (Raoul Foulon) – Drôles de zèbres (Guy Lux) – Le roi des bricoleurs (Jean-Pierre Mocky) – 1977  La ballade des Dalton (René Goscinny, Morris, Henri Gruel & Pierre Watrin, voix) – La vie parisienne (Christian-Jaque) – 1978  Les héros n’ont pas froid aux oreilles (Charles Némès) – Le beaujolais nouveau est arrivé (Jean-Luc Voulfow) – 1979  La gueule de l’autre (Pierre Tchernia) – L’associé (René Gainville) – La gueule de l’autre (Pierre Tchernia) – Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme qui boit dans les cafés avec les hommes ? (Jan Saint-Hamon) – 1980  Les malheurs d’Octavie (Roland Urban) – 1981  Le jour se lève et les conneries commencent (Claude Mulot) – Les bidasses aux grandes manœuvres (Raphaël Delpard) – 1982  N’oublie pas ton père au vestiaire (Richard Balducci) – 1983  Vous habitez chez vos parents ? (Michel Fermaud) – Mon curé chez les Thaïlandaises (Robert Thomas) – Retenez-moi… ou je fais un malheur ! (Michel Gérard) – 1984  Vive le fric (Raphaël Delpard) – 1985  La gitane (Philippe de Broca) – 1988  Corps z’à corps (André Halimi) –   Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer  (Jacques W. Benoît) – 1997  Robin des Mers (Jean-Pierre Mocky) – Vidange (Jean-Pierre Mocky) – 1999 36 (Mathieu Mathelin, CM). Télévision (notamment) : 1965  Le journal de Jules Renard (Pierre Tchernia, CM) – 1968  Le bourgeois gentilhomme (Pierre Badel) – 1972  Aujourd’hui à Paris (Pierre Tchernia) – 1976  Les brigades du Tigre : Don de Scotland Yard (Victor Vicas) – 1977   Confessions d’un enfant de choeur (Jean L’Hôte) – Au théâtre ce soir : Le séquoïa (Pierre Sabbagh) – Emmenez-moi au Ritz (Pierre Grimblat) – Les folies Offenbach : Le train des cabots (Michel Boisrond) – Appelez-moi docteur ou le médecin invisible (Jacques Rouland) – 1978  Les palmiers du métropolitain (Youri) – Messieurs les ronds de cuir (Daniel Ceccaldi) – 1979  Au théâtre ce soir : Mon crime (Pierre Sabbagh) – Le petit théâtre d’Antenne 2 : Pétin, Mouillabourg et consorts (Pierre Cavassilas) – 1980  Opération trafics : La bataille de l’or (Christian-Jaque) – Jean-Sans-Terre (Gilles Grangier) – Le vol d’Icare (Daniel Ceccaldi) – 1981  Le roman du samedi : L’agent secret (Marcel Camus) – Société Amoureuse à Responsabilité Limitée (Christian-Jaque) – Le mythomane : Les jonquilles de la grande duchesse (Michel Wyn) – Les amours des années folles : Un mort tout neuf (Dominique Giuliani) – Histoire contemporaine (Michel Boisrond) – 1983  L’étrange château du docteur Lerne (Jean-Daniel Verhaeghe) – 1984  L’appartement (Dominique Giuliani) – Billet doux (Michel Berny) – 1985  Le canon paisible (Stéphane Bertin). Divers : La caméra invisible – Vivement lundi, etc…

L’AFFAIRE JOSEY AIMES

 Plusieurs films traitent du harcèlement moral et de la pression dans les entreprises actuellement. Ce film parle de la difficulté pour une femme de travailler dans un univers presque exclusivement masculin. Dans ce film : North country (L’affaire Josey Aimes)” se passe au début des années 80. Josey Aimes – Charlize Theron, plus probante dans la simplicité que dans la composition certes spectaculaire dans “Monster”, mais finalement assez laborieuse – quitte son mari violent, avec ses deux enfants. Elle est obligée pour survivre de retourner vivre chez ses parents dans le Minnesota – Richard Jenkins & Sissy Spaceck -. Elle subit l’hostilité de son père, qui lui bat froid depuis qu’elle est devenue fille mère. Elle décide de travailler dans la mine, pour trouver son indépendance déclenchant la colère paternelle. Mais en plus d’un travail particulièrement pénible, elle doit subir en plus, comme ses rares collègues féminines, des plaisanteries salaces ou scatologiques, des humiliations quotidiennes, qui ne sont d’ailleurs pas pris au sérieux dans l’organisation syndicale du lieu. Elle décide de se dresser, seule contre tous contre ce système, ne voulant plus subir un ostracisme et les préjugés de par à son statut famillial. Son attitude courageuse va donner une grande avancée dans le droit des femmes. Son combat personnel va être celui des femmes… La réalisatrice Niki Caro, avec classicisme, restitue admirablement l’ambiance (la mine, les vestiaires, une patinoire) des lieux – habile utilisation des décors naturels – et trouve une empathie bienveillante avec ses personnages.

On peut déplorer certaines ficelles scénaristiques, à l’exemple d’une tardive caution morale, apportée à un des personnages, l’histoire est inspirée de faits réels  – l’affaire “Lois Jensen” dans les années 70 -, mais il peut y avoir certaines libertés. Cependant l’émotion est présente dans plusieurs scènes. La quotidienneté du travail, de même les élans et les reculs de ses personnages, face à une situation précaire sont restitués avec habileté et justesse. Charlize Theron restitue bien ici, la lutte du personnage, sa pudeur face à son fils aîné, qui ne la comprend pas, et la difficulté de surmonter son isolement dans un machisme, puéril et cruel, aidé par une certaine lâcheté masculine  ambiante. Autour d’elle, tous les comédiens sont à l’unisson, de Frances McDormand, bouleversante d’humanité en bonne copine souffrant d’arthrite, dans une tonalité proche de son rôle dans “Fargo”, Richard Jenkins – l’incarnation du “père” dans le cinéma actuelle, loin de sa composition goguenarde dans “La rumeur court”, coincé dans ses retranchements, Sissy Spacek en mère résignée, Sean Bean en homme d’honneur, Michelle Monaghan touchante ouvrière qui soigne sa mère, et même Woody Harrelson, parfaitement crédible en avocat esseulé. Le film nous rappelle la réalité de la condition de la femme dans un passé pourtant très proche. Le personnage de Josey Aimes est en cela proche avec celui de  “Norma Rae” (1979) de Martin Ritt, avec la prodigieuse Sally Field, qui décrivait une situation identique, mais dans le milieu du textile. Le film évite le didactisme et finit par convaincre et gagner en émotion malgré certaines conventions.

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Maureen Stapleton

 Annonce de la mort le 13 mars de Maureen Stapleton, des suites de complications pulmonaires. Grand parcours théâtral, depuis ses débuts à Broadway en 1946. Son grand succès est “The rose tatoo” en 1951, elle était d’ailleurs l’une des interprètes privilégiée de Tenesse Williams. Au cinéma, elle marquait ses rôles par son dynamisme. Nommée trois fois à l’Oscar du meilleur second rôle, pour “Lonely-hearts” / “Coeurs à la dérive” (Vincent Donahue), “Airport” (George Seaton, 1969), le “bergmanien” : “Interiors / Intérieurs” (Woody Allen, 1978), avant de l’obtenir pour sa composition dans “Reds” (Warren Beatty, 1980). Connue pour son franc parler, elle avait déclaré au sujet de George W. Bush, information trouvée sur le web : ““I’m not saying that I’d vote for him. I’m just saying that I’d fuck him.” . Ephraim Katz rappelait dans son “Film encyclopedia” qu’on la surnomait “the American Anna Magnani”.

ARTICLE : AP – The Associated Press.

L’actrice Maureen Stapleton, qui avait remporté l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour «Reds», est décédée lundi à l’âge de 80 ans, a annoncé son fils, Daniel Allentuck. Maureen Stapleton, dont l’apparence insignifiante et imposante avait occulté la personnalité et le talent, avait remporté un Oscar en 1981 pour le rôle d’Emma Goldman dans le film de Warren Beatty, «Reds», sur un journaliste américain qui se rend en Russie pendant la révolution bolchevique. Pour préparer le rôle, l’actrice expliquait qu’elle avait tenté de lire l’autobiographie de Goldman, avant de la jeter par ennui. «Il y a de nombreuses voies pour être un bon acteur», disait-elle dans son autobiographie publiée en 1995. «On m’a demandé de nombreuses fois quelle était la clef de la comédie et, en ce qui me concerne, la principale est de garder les spectateurs éveillés». Maureen Stapleton avait été nommée à plusieurs reprises pour l’Oscar du meilleur second rôle féminin, dont «Lonelyhearts» (1958), «Airport» (1970) et «Intérieurs» (1978), de Woody Allen. Elle avait également tourné dans «Cocoon» (1985) de Ron Howard et »Addicted to Love» (1997). A la télévision, elle avait remporté un Emmy pour «Among the Paths to Eden» en 1967. Elle avait également joué au théâtre, donnant notamment la réplique à Laurence Olivier dans «La chatte sur un toit brûlant» de Tennessee Williams. Pour «La Rose tatouée», autre pièce du dramaturge américain, elle avait remporté un Tony Award à l’âge de 24 ans. L’auteur et l’actrice étaient amis.

LE COIN DU NANAR : CÉLIBATAIRES

 On n’attendait pas grand chose de ce “Célibataires”, sinon la vision d’un nanar opportuniste, il est vrai que le précédent film du comédien Jean-Michel Verner, “Jeu de con” en 2000 était un sommet du film cornichon, sauvé de l’oubli par une composition cocasse de Patrick Chesnais en commissaire survolté. Si on retrouve un peu, une captation de l’air du temps, le résultat est assez désolant, par l’utilisation à l’envi de l’effet pour l’effet – plan redoutable de l’exposition du derrière d’un chien en gros plan, au ras du trottoir par exemple -. Si on sourit à quelques dialogues, le résultat manque de consistance. Les comédiens font ceux qu’ils peuvent avec des archétypes prévisibles. Guillaume Depardieu – formidable pourtant chez Pierre Salvadori, essaie d’être léger, Patrick Mille – curieux parcours de l’amant de Michel Piccoli dans “Les équilibristes” au personnage de Chico chez Édouard Baer,ici assez falot -, Serge Hazanavicius – dans le registre râleur -, Cartouche – décidément pas gâté au cinéma – n’arrivent pas à installer la complicité de ces amis. Seul Olivia Bonamy donne une sensibilité à son personnage. Les personnages secondaires sont inexistants, saluons Jean Barney qui tire son épingle du jeu dans le rôle caricatural du père de Nelly, la pauvre Chantal Banlier ne doit se contenter que d’une apparition en mère de Ben.  Le pire c’est encore la prestation de Jean-Michel Verner lui-même, en psychiatre névrosé harcelé par sa mère au téléphone, grand numéro d’agitation vaine et de brassage d’air.

Jean-Michel Verner dans ses oeuvres

Et l’on déplore les stéréotypes abondants, les manques de rigueur, entre autres défauts, une production qui, de toute évidence, est conçue pour surfer sur la vague des comédies sur le malaise ambiant du célibataire trentenaire – vivement la quarantaine ! -. L’humour de service est d’une banalité et d’une pauvreté hélas commune au tout venant de la comédie. Dans la scène du gadget sonore, faut-il y voir une référence à la célèbre blague potache de “Mes chers amis” de Monicelli – les baffes dans une gare -, le cinéaste cite Yves Robert, mais n’évite en rien le lourdingue.  Si on peut trouver un intérêt à ce film, c’est en satellite. Il faut entendre la formidable langue de bois des productrices Jeanne-Rose Tremski et Stéphanie Vannier dans le making-off.  Elles minaudent allégrement et vantant (en pouffant tellement elles ont l’air convaincues), les difficultés pour monter le film – 54 décors, 80 acteurs ou inversement, où çà ? -, une comédie originale (sic), bien écrite et tutti quanti. Autre intérêt c’est Guillaume Depardieu en promo, électron libre, laissant un malaise partout où il passe, outrageant Joëlle Goron sur France Inter, commentant le passage de Nicolas Sarkozy par un “vous ne trouvez pas que cela sent la merde”, tétanisant le trio Massenet/Denisot/Begbeder, – pourtant déjà bien chloroformé, qui avait évité de poser la question d’actualité qui fâche sur la connivence du ministre avec Jean-Pierre Elkabach – ou cassant le jouet du triste ludion Cauet traité de “fils de chien”. La télévision n’aime les artistes imprévisibles que morts, au moins Guillaume Depardieu donne dans un incorrect de parfait mauvais goût mais finalement assez salutaire. En souhaitant que nos deux apprentis-productrices fassent preuvent de moins de désinvolture dans l’avenir et que Guillaume Depardieu retrouve un auteur à la mesure de son talent.

CABARET PARADIS

Avant-première hier à l’UGC Cité Ciné Bordeaux du premier film de Corinne et Gilles Benizio. Amusé par les teasers du film, où devant une caméra en morceaux, ils figurent deux apprentis réalisateurs maladroits, on attendait de voir le résultat final. Avec un peu d’appréhension cependant, car les comédiens qui ont un univers très fort sur les planches n’arrivent parfois à retranscrire leur univers au cinéma. Raymond Devos avait raté son film “La raison du plus fou” réalisé avec François Reichenbach, Fernand Raynaud a sombré dans le tout venant du nanar et Alain de la Morandais, comique bouffon onaniste n’a même pas fait de films. Hors ils signent une comédie très réussie, trouvant le moyen d’imposer une singularité immédiate. Ils reprennent les personnages biens connus de Shirley et Dino. Shirley et son cousin Dino sont des forains, et font des numéros de singe furieux qui font fuir le public. Une prénommée Maryline – Franckie Pain, actrice fétiche de Gaspar Noé et Jean-Pierre Mocky, à la personnalité fracassante – qui les emploie, chasse le couple à coup de fusil, quand ils parent pour Paris pour recevoir un héritage. Ils reçoivent d’un oncle obscur, la propriété d’un cabaret assez ringard avec un couple d’italien – dont Vittoria Scognamiglio irrésistible en tenue affriolante -, vedettes blasées. Un caïd local voisin – Riton Liebman saisissant dans un contre-emploi, il fallait oser le voir en chef de gang suffisant et violent -, flanqué de deux hommes de main frappés de stupidités – Michel Vuillermoz drôlissime et bas du front et Christian Heck survolté – réclame les dettes de jeu de l’oncle défunt. Voulant récupérer le lieu, ils vont rivaliser de duplicité violentes, font partir les Italiens, mais le couple se découvrent une passion en voulant faire vivre le lieu. Avec les employés présents, Pakita – Maaïke Jansen désopilante en dresseuses de chien alcoolique -, le barman russe – Serge Riaboukine jubilatoire s’improvisant lanceurs de couteaux -, la secrétaire dévouée – Agathe Natanson -, un trapéziste spectaculaire – Gérard Fasoli – et Gabriel, un intendant lunaire – excellente révélation mais je n’ai hélas pas retenu le rom du comédien -…ils improvisent des numéros de spectacles vivants maladroits mais singuliers qui amènent un nouveau public…

Maaïke Jansen & Serge Riaboukine

En dépit de quelques rares maladresses, le film trouve son envol, nous donnant même deux morceaux d’anthologie – la boîte et la chanson de l’infirmière -. Autour d’eux une troupe enthousiaste les accompagnent, certains étant des fidèles de leur univers ou des compagnons de longue date, et les petits nouveaux –Serge Riaboukine et Riton Liebman, citons également Ériq Ebouaney en commissaire de police – étaient ravis de cette rencontre. Ils rendent un hommage très vibrant au music-hall, soigné – Jeanne Lapoirie est à la photo -. Le plaisir a été dédoublé pour les avoirs retrouvés après le film. Un peu déboussolés de se déplacer – c’est la première semaine de promotion -, sans avoir à faire un spectacle, ils nous ont régalés d’un échange complice et narquois et de sympathiques vacheries domestiques. Ils étaient tellement volubiles qu’un intervenant a déclaré “J’en ai oublié ma question, ça fait dix minutes que j’attends !”. Leur film a été réfléchi et construit, ils citaient en exemple « Le pigeon » mythique film de Mario Monicelli décortiqué sur la forme. Car ce sont de grands cinéphiles, ils citent volontiers Laurel & Hardy, Jacques Tati, Pierre Étaix, Franck Capra et grand Totò – dont Gilles Benizio connaît tous les films par un ami italien -. Intarissable, lucides et amoureux, et qui ont comme Albert Dupontel une énorme générosité pour le public, ils nous prouvent que la comédie française est probante quand on sort du produit manufacturé ou de consommation – inutile de redéfinir le niveau actuel -. Rendez-vous à partir du 12 avril prochain.

LES MÊMES, EN PLUS CHERS !

 Et “Les Bronzés 3 – amis pour la vie”, alors ? L’équipe du Splendid me reste sympathique en raison d’une sorte de coup d’état de ces comédiens partis pour une brillante carrière d’excentriques dans cinéma français – pléthore de rôles pour ces comédiens dans les années 70 de Roman Polanski, Bertrand Tavernier ou Bertrand Blier -. À l’encontre de l’exemple d’un Louis de Funès 36ème couteau, qui est devenu star sur le tard, ils se sont associés pour faire exister leur univers, influencé par la comédie italienne jouant avec notre médiocrité du beauf qui s’ignore. Ils ont ouvert une voie, en passant notamment avec bonheur pour beaucoup à la réalisation, en se donnant des bons rôles et en finissant par devenir une véritable institution nationale. On était plutôt preneur pour retrouver presque 30 ans après toute l’équipe, les problèmes d’ego devant être réglés dans les 35 millions d’euros du budget !. On finit par y aller malgré un bouche à oreille pas très probant – les meilleures scènes figureraient dans la bande-annonce et c’est vrai -. Ce qui est curieux c’est la sorte de panurgisme que l’on peut avoir histoire de se faire sa propre opinion, sentant bien que le plan marketing risque d’être plus élaboré que le scénario. Effectivement dans une vague historiette autour d’un hôtel de luxe, on retrouve nos amis fringants, la cinquantaine flamboyante. On rit, mais c’est loin d’être désopilant.. Et pourtant il y a des bonnes scènes ici, de l’évolution de Jean-Claude Dusse – Michel Blanc survolté en parallèle de son propre parcours -, et surtout la petite équipe – Gérard Jugnot végétalisé, Marianne Chazel bimbolisée, Thierry Lhermitte serviceminimumisé, Christian Clavier claviersisé dans un improbable misérabilisme, Josiane Balasko réactivée – qui ne s’épargne pas faisant preuve d’une salutaire autodérision tout en carburant au pruneau. Mais les gags sont un tantinet poussifs, du chien Elvis à la pathétique créature griffeuse…  

Thierry Lhermitte vs Bruno Moynot 

Les personnages ne sont intéressés que par l’argent, hors la majorité de l’équipe du Splendid est composée d’entrepreneurs, c’est assez réjouissant. Il y a même un “égratignage” des sympathisants sarkozystes de l’équipe dans la scène des Albanais réfugiés. Des anciens films devenus cultes non en salles, mais par la télévision puis la vidéo, on a plaisir à retrouver presque tous les protagonistes, le cultissime Bruno Moynot, qui a même sa petite réplique culte – “Je suis propriétaire de mon slip” -, Dominique Lavanant hilarante en victime de la chirurgie esthétique – à noter les protestations disproportionnées d’hindous contre la représentation de Vishnou adulé par le personnage de Christiane ! -, Martin Lamotte amusé et même la touriste allemande – joué ici par Doris Kunstmann -, il ne nous manque juste que l’excellent Maurice Chevit. On découvre les belles Ornella Muti – assez dans l’outrance – et Caterina Murino, mais peu de seconds rôles malgré le personnage décalé d’Éric Naggar, greffons tout juste intégrés dans l’équipe. Le ton vachard général est assez tonique mais la magie n’opère plus trop. Et l’on déplore à nouveau la stagnation dans l’inspiration de Patrice Leconte, qui a « perdu sa petite flamme » depuis un moment, pour reprendre un dialogue de Christina Clavier, pour avoir trop sombré, dans des commandes publicitaires. Au final c’est ni infamant, ni enthousiasmant… C’est juste plaisant avec une impression persistante de réchauffé.

ENFERMÉS DEHORS

 Avant-première hier soir à l’UGC Cité-Ciné du dernier film d’Albert Dupontel – enfin depuis “Le créateur” qui n’avait hélas pas rencontré son public -. Temps de chien, tout le monde arrive trempé mais impatient. Et l’on entend des tambourinements violent contre une porte suivis d’un couinement charmant et des cris vindicatifs. Tiens l’artiste inaugure une nouvelle manière de présentation ? non c’est un spectateur joyeusement ivre, mais pas encore dans le coma, qui s’était retrouvé …”enfermé dehors” pour avoir voulu griller une cigarette. La réalité dépassant “l’affliction” ce forcené bavard a manifesté sa présence d’une sonorité allumée, comme tombé du film… En discutant avec une des charmantes employées du lieu qui avait accompagné Albert Dupontel, elle me confit la passion qui caractérise le personnage, son énergie, sa volonté de rencontrer le public ce qui augurait déjà une excellente soirée, ponctuée par les délires de l’autre énervé qui très inspiré surchargeait allégrement la bande-son avec l’aide de sa compagne dans le même ton, histoire de ne pas rompre l’harmonie du grotesque de l’ensemble. Moins désabusé que ces deux derniers films dont le cultissime “Bernie”, Albert Dupontel fait un constat de notre société avant de faire voler en éclats les conventions. Un clochard qui trouve un costume d’un gardien de la paix  qui s’est suicidé nu dans la nuit. Le sans-abri Roland, – euphémisme d’usage – pense simplement rendre le costume à l’entrée d’un bureau moderne. Il est évidemment chassé par un malpropre, et finit dans une ellipse par enfiler le costume. Suit un grand moment burlesque où sa démarche change avec cet habit qui fait le moine, quand d’hésitant, il finit par acquérir une certaine autorité. De sa morne vie que n’égayent que quelques tubes de colles sniffées qui lui fait voir la vie en rose, Roland s’improvise redresseur de tord, tombe amoureux de Marie – Claude Perron formidable,  ancienne actrice de X qui travaille dans son sex-shop et qui veut récupérer la garde de sa petite fille prénommé coquelicot. Cette dernière est retenue par ses beaux-parents thénardien qui en ont la garde – Roland Bertin et Hélène Vincent malmenés avec bonheur -, mais la jeune mère trouve pourtant de l’extérieur  des berceuses rock’n’roll pour sa fille qu’elle ne peut rejoindre. L’esprit un tantinet confus de Roland, suite aux divagations rances d’un policier qui soliloque – Serge Riaboukine étonnant – fait un amalgame entre le désarroi de Marie et les invectives contre un PDG véreux – Nicolas Marié qui déclare  Roland (de mémoire) “Ce sont des gens comme moi qui ont inventé l’amour à des gens comme vous pour qu’ils se tiennent tranquilles” -. Le personnage puissant finit cependant par retrouver une dignité dans le déboulonnage…. La folie finit par atteindre toutes les couches de la société, d’une cours des miracles composée d’une humanité meurtrie et dominée par une Yolande Moreau d’anthologie et le petit monde des financiers. Il ne faut pas trop dévoiler de ce film riche en trouvailles, nous redonnant des émotions enfantines d’une montagne russe d’une foire hétéroclite et une rage salvatrice de notre société.

Albert Dupontel & Claude Perron

Sans être écrasé par les hommages, disons qu’Albert Dupontel retrouve la magie de l’âge d’or des splasticks américains – on songe évidemment à Harold Lloyd et Charlie Chaplin -, tout en développant une réalisation chiadée et très inventive. C’était passionnant d’écouter le réalisateur parler de son travail, dans une belle générosité, de sa rencontre avec le chef opérateur Benoît Debie, habitué à guetter la grisaille dans sa Belgique natale et des cascades époustouflantes réglées par Jean-Louis Airola, trop soucieux de poser des cartons pour un metteur en scène exigeant, n’hésitant pas à payer de sa personne. Le film a eu quelques difficultés à être monté – Dupontel expliquait avoir un temps pensé aux sirènes hollywoodiennes avant de se figurer qu’il aurait des difficultés à trouver une intégrité artistique. Foisonnant, le film très élaboré et pensé – un story-board de plusieurs kilos était évoqué -, est une réussite. Bien que très planifié Albert Dupontel a laissé ses comédiens s’exprimer – citant un énervement improvisé de Yolande Moreau -, et de saluer ses amis venus souvent pour ne pas être payés aux services du film – la distribution est hallucinante -. Il parlait aussi d’une fraternité artistique, donnant quelques astuces économiques comme Jan Kounen donnant un conseil de mime pour figurer la scène le plus juste possibles. Les comédiens s’en donnent à cœur joie  comme Terry Jones ex Dieu dans “Le créateur” et déchu ici en clochard a traversé la Manche et a ramener Terry Gilliam dans ses bagages pour une saisissante apparition, la “disparition” de Robert de Niro dans “Brazil” est reprise ici pour un bel hommage. Il y a une galerie superbe, il faudrait tous les citer, du singulier (et Belge) Bouli Lanners SDF perdu dans ses identités, Bruno Lochet et Philippe Duquesne deschienisés, Gilles Gaston-Dreyfus hilarant en hospitalisé muet, Philippe Uchan et Patrick Ligardes en financiers roublards, Jackie Berroyer en client pervers, Yves Pignot en épicier antipathique, Gustave Kervern en flic stupide, Pascal Ternisien en juge cauteleux, Dominique Bettenfeld en sergent énervé…, que du bonheur. Le débat a était dans la même mouvance que le film, tant Albert Dupontel était soucieux de faire partager son enthousiasme. Dans un débit de paroles précis et très riche, on a reçu  une telle quantité d’information que l’on pouvait hélas déplorer ne pas avoir un magnétophone. A noter qu’Albert Dupontel à un blog : Le blog d’Albert, très riche en informations, je lui disais mon ravissement d’avoir lu sa réponse sur une question que je lui avais posé sur Paul Le Person décédé l’an dernier. Car il est soucieux de partager son enthousiasme avec le public plutôt que de se perdre dans une télévision d’une médiocrité confondante. Car c’est bien la générosité qui éclate quand on retrouve ce comédien si subtil passant de Michel Deville à Gaspar Noé, pour retrouver “sa came” comme réalisateur dans un univers si singulier. A voir absolument à partir du 5 avril, et ne pas manquer pour une fois que l’on a un talent aussi original.

WALK THE LINE

 Nouveau “biopic” musical souffrant un peu de passer après l’admirable “Ray” de Taylor Hackford. On retrouve évidemment le schéma habituel de la rédemption après l’autodestruction. Le film repose sur la performance de Joaquim Phoenix, qui retrouve un étonnant mimétisme avec son personnage de Johnny Cash, mètre étalon du rebelle américain en colère, qu’il avait rencontré en personne à la fin de sa vie. Si l’on garde par exemple le souvenir de “l’homme en noir” originel d’une vision récente d’une de ses prestations dans “Colombo” épisode “Swan song” et réalisé par Nicholas Colasanto (1974), dans un rôle de chanteur country religieux, trucidant la pauvre Ida Lupino et  fêtant sa mort sans retenue, on ne peut qu’être ébaudie de la prestation habitée de Joaquim Phoenix. Son incarnation très probante dans ce film, car il a restitué l’humanité blessée, sa déchéance, les vicissitudes suivant la célébrité et son timbre de voix si reconnaissable. Évidemment c’est Reese Whiterspoon dont la performance est indéniable mais beaucoup plus laborieuse qui se voit récompenser par l’Oscar de la meilleure comédienne dans le rôle de la chanteuse June Carter. C’est prix prévisible, Hollywood est sensible à l’esbroufe et adore “visualiser” le travail, en récompensant parfois des cabotinages laborieux à l’image de Renée Zellweger se voyant recevoir l’oscar du meilleur second rôle dans “Retour à Cold Mountain”. Mais même si je ne suis pas totalement convaincu par l’interprétation de notre si sympathique comédienne prognathe, je dois être un des rares spectateurs à rester sceptique.

Joaquim Phoenix

Au pays du “Biopic” – et des ellispses obligatoires -, on se retrouve sur un terrain connu du traumatisme de l’enfance aux feux de la gloire, mais James Mangold – réalisateur de l’honnête “Copland” – est assez habile pour débuter le film par une représentation du chanteur en milieu carcéral en trouvant des équivalences rappelant l’accident de son frère, tout en retraçant l’angoisse de remonter sur scène. Le portrait de ce pionnier du rock’n’roll post-country, est très juste, et l’ambiance des années 50 – avec une superbe photographie de Phedon Papamichael – est subtile. On ne retrouve pourtant que de manière schématique et assez vaine certains personnages emblématiques comme Elvis Presley et Jerry Lee Lewis. L’itinéraire du personnage est très juste, on retrouve des scènes sensibles et une confrontation assez grave du personnage de Johnny Cash, avec son père taiseux et alcoolique – surprenant et convainquant Robert Patrick, ex-robot dans “Terminator 2” (!) -, laissant seul à son fils porter le poids de la culpabilité de l’accident de son frère. Le réalisateur déjoue les piéges narratifs, en montrant la création du chanteur seul, dans un hangar durant son séjour à l’armée, pour finir par faire exister son talent en transcendant son chaos intérieur et en jouant avec ses démons, lâchés mais non maîtrisés. Notre Joaquim et notre Reese interprètent avec leurs propres voix et conviction les morceaux musicaux et le parcours chaotique et amoureux de ce couple prédestiné à vivre ensemble contre toute attente – Johnny écoutait June Carter, chanteuse comme lui, enfant sur un poste de radio, dans sa campagne profonde. Le film assez classique sur la forme, évite certains poncifs hagiographiques et un certain angélisme même s’il est un poil moralisateur. Le tout est transcendé par la performance du trop rare Joaquim Phenix, prédestiné donc à renaître de ses cendres (arf ! arf !), le film lui doit beaucoup. Au final, c’est une revisitation romanesque d’une œuvre, assez méconnue chez nous finalement, assez séduisante…