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AUX ABOIS

Le troisième film du critique Philippe Collin, dont la voix reste familière aux auditeurs de France Inter, est une belle surprise, je partage l’avis de Pierrot dans son blog (mention du personnage de Meursault, le lapsus de “Vous oubliez votre marteau”, voir …,  je vais donc essayer de ne pas être redondant sur son avis. On peut parler de performance dans l’interprétation d’Elie Semoun, pour reprendre une expression du réalisateur “c’est un contre-emploi… tout contre”. Ce bon comédien n’a guère était gâté au cinéma jusqu’à présent à part les rôles à la “Joe Pesci” dans les films de Bernie Bonvoisin. Il ne se contente pas de se laisser porter par la situation, il y instille de l’humour, de la gravité, une étude des comportements dans ce rôle d’homme fatigué et seul, subissant le monde (La pension alimentaire de sa femme – brève apparition de Fabienne Babe -) et à l’écoute du monde qui l’angoisse à l’image de la « peau » d’un bol de lait. Il nous livre une interprétation subtile, incarne parfaitement son personnage – On se dit pas “tiens c’est Elie Semoun dans…” , crédible y compris dans la séduction de Ludmila Mikaël -, il a trouvé son “Tchao Pantin” ou son “Monsieur Hire”.  Philippe Collin dresse ce portrait d’ “homme qui dort” avec une distante ironie, Paul Duméry comme absent de sa vie finit par être dépassé par son acte presque gratuit et dont seule l’apparition d’un problème dermatologique à son cou semble en manifester la gravité. L’épure de la reconstitution des années 50 est une belle réussite, aidée par une bande son particulièrement soignée, une écoute particulière des bruits d’une ambiance étouffante.

On suit sans décrocher l’itinéraire de ce personnage à la dérive ni dans la fuite, ni dans une quête, se perdre dans un palace à Deauville, et le voir se perdre comme dissocié de lui-même et cherchant à analyser son attitude de manière clinique en s’envoyant lui-même une sorte de rapport via une adresse dans une poste restante. Il semble y avoir comme une fraternité de personnages perdus qu’il rencontre comme Simone, superbe femme mondaine aventurière. Dans ce rôle Ludmila Mikaël rayonne alternant légèreté et gravité, son parcours théâtral nous a privé, de même que le manque de curiosité des cinéastes, de cette lumineuse interprète qui traduit très justement la complexité de son personnage de femme blessée par la vie. Autour d’Elie Semoun, Philippe Collin a réuni une équipe de comédiens particulièrement remarquable d’Henri Garcin qui fait une saisissante composition d’usurier élégant, Laurent Stocker en avocat sensible ayant encore ses illusions, Philippe Uchan en Daubelle sorte de double gouailleur mais triste, le formidable Jean-Quentin Châtelain en policier dans l’expectative sorte d’ami fantasmé, Rosette une peu perdu de vue depuis ses rôles chez Éric Rohmer en concierge suspicieuse, Roger Van Hool en cynique revenu de tout ou Arnaud-Didier Fuchs en réceptionniste d’hôtel aimable. Saluons la curiosité du cinéaste pour utiliser avec intelligence ses comédiens issus de différents horizons théâtraux et réussir une osmose remarquable. Ce film inventif et singulier est une excellente surprise.

Jean-Quentin Châtelain & Elie Semoun

POURQUOI (PAS) LE BRÉSIL

En consultant les programmes de télévisions, on peut voir que “Pourquoi (pas) le Brésil”, sorti en salles en septembre 2004, passe actuellement  sur Canal+ à des heures indues de la nuit, courage/encourageant de cette chaîne à péage à la dérive…Ostracisme curieux sur un film ambitieux décrivant les aléas de la création à l’instar du “Huit et demi” de Fellini… Il serait dommage de rater cette seconde chance de revoir ce film – je n’ai pas Canal – la frilosité de cette chaîne est donc à déplorer. Ca commence un peu comme “Les clefs de bagnole”, Alain Sarde dans son propre rôle – en sur-jeu hélas -, rejette un scénario qu’il juge abscons de la cinéaste Laëtitia Masson. La réalisatrice se met en scène et nous explique l’urgence pour elle de faire un film – elle a un découvert bancaire de 10 000 € – après l’échec financier de “La repentie” avec Isabelle Adjani et Sami Frey. Un grand producteur “à l’ancienne” Maurice Rey – Bernard Le Coq baroque -, lui propose d’adapter le livre de Christine Angot “Pourquoi le Brésil”, projet qui l’intéresse car elle connaît la romancière, et de plus l’éditeur du livre, Jean-Marc Roberts n’est autre que son propre mari. Mais le livre difficilement est adaptable et Laetitia Masson traverse une crise de la création et une perte de confiance traduite avec beaucoup d’honnêteté. Christine Angot apparaît dans son propre rôle comme bienveillante et bonne conseillère, c’est son livre, en fait, qui déclenche les questionnements de la cinéaste sur sa famille, Marc Barbé interprétant avec force son mari – + le personnage masculin d’une adaptation rêvée-. Par ses doutes, on finit par ce biais par rejoindre la problématique du couple posée dans le livre.

Elsa Zylberstein 

Laetitia Masson à la manière d’un Michel Drach dans “Les violons du bal” (1973), joue son propre rôle tout en passant le relais à Elsa Zylberstein, impressionnante de justesse, pour l’interpréter ainsi que Christine Angot dans une version fantasmée d’une hypothétique adaptation du film. Le film aligne habilement les mises en abîmes entre les difficultés, les incertitudes sur sa propre vie, fantasmant sur le pédiatre de ses enfants, Haïm Cohen  – joué avec sobriété par Pierre Arditi, puis par le vrai pédiatre lui-même – qui l’amène à réfléchir sur la question de l’identité juive traitée dans le livre de Christine Angot, point déterminant dans son couple avec le journaliste Pierre-Louis Rozinès. Elle dresse un portrait acerbe de la cinématographie actuelle, un constat d’impuissance, piégeant  Daniel Auteuil – grand moment de gêne du comédien qui refuse le rôle masculin principal après la lecture du scénario, et qui a l’intelligence de laisser figurer ce moment réel dans le film -. Elle ne se fait aucun cadeau, à l’exemple du refus de Francis Huster partant en voiture à la maternité où l’attend sa femme. Dans son propre rôle il lui explique l’inanité pour lui de ce projet, expose sa vison de la vie et la critiquant de manière rude – scène d’anthologie pour ce comédien si souvent décrié -. La belle idée de ce film est de réunir trois femmes réelles, une actrice au meilleur de son talent, une romancière qui se livre frontalement et une réalisatrice qui se dérobe dans sa propre représentation– elle est la récitante du film, les scènes tournées chez elle est ses scènes sont filmées en DV. Elle définit aussi la force d’un témoignage, celui de sa grand-mère et la difficulté de faire incarner ce personnages à des comédiennes – elle cite les refus d’Anouk Aimée et d’Anna Karina, ne voulant se positionner en aïeules -. Elle trouve donc un troisième biais, parti-pris du film à l’image du personnage amusé de Ludmila Mikaël rencontré dans une gare, mondaine landa très belle refusant également le personnage. Même si ce film peut déconcerter il me semble être l’un des meilleurs films de Laetitia Masson, en souhaitant que cette remise en question ne la pénalise pas pour son œuvre à venir. La performance lumineuse d’Elsa Zylberstein aide pour beaucoup à entrer dans l’atmosphère très originale de ce film.

L’ANNIVERSAIRE

Diane Kurys, continue dans la vacuité, avec ce film paresseux, on est loin de la veine de son très abouti “Coup de foudre”. Ce film est un collage de plusieurs références, Jacques Fansten traité beaucoup plus subtilement les désillusions d’après mai 1981, avec son film “États d’âmes”, film de 1986, soit presque vingt ans ! On songe avec nostalgie à l’âge d’or du cinéma italien, tout est ici stéréotypé, opportuniste, l’émotion est facile – la molle critique de la télé-réalité très dans l’air du temps -. Tous les poncifs des amitiés trahies sont ici au rendez-vous. La réalisatrice joue sur une nostalgie supposée de tubes des années 80. Un grand ponte de la télé-réalité, pris de remords réunis ses anciens amis dans sa somptueuse – et tape à l’œil – de Marrakech. La distribution brillante, dans le ton du film choral – ne manque même pas à l’appel son acteur fétiche Jean-Claude de Goros en éditeur aguerri -, tente vainement d’essayer de faire exister les situations, Antoine Duléry et Florence Thomassin anime avec énergie l’ensemble, Jean-Hugues Anglade est très émouvant et acerbe, et amène une humanité. La représentation de la maladie est presque ici irresponsable, tant l’édulcoration est ici à l’ordre du jour. On est bien ici dans un film de Diane Kurys, mais elle est ici en train ces derniers temps de dilapider son crédit de metteur en scène avec ce type de produit manufacturé.

UNE AVENTURE

Georges Franju parlant de son cinéma dans feu “Cinéma Cinémas”, disait (de mémoire), « une personne anormale, qui fait quel chose d’anormal c’est normal, mais une personne qui fait une chose anormale, là c’est étrange » . La bande-annonce de Xavier Giannolli “Une aventure” laisse entrevoir un thriller assez efficace, un exercice de style plaisant, mais le film se révèle beaucoup plus passionnant. Il prend un parti-pris naturaliste, dans cette histoire de vampirisation – le “Nosfératu” de Murnau est cité -, pour Julien, un jeune employé de la Vidéothèque a Paris, sans histoire et qui aménage dans un nouveau quartier avec son amie Cécile – Florence Loiret-Caille dans une sorte de résignation impuissante -. Après le très aboutit “Corps impatients”, le cinéaste talentueux s’approprie cette histoire, gardant son réalisme – utilisation de vrais médecins -, s’inspire d’un grand maître – Barbet Schroeder, apparaissant dans un document vidéo -, et crée un climat d’angoisse avec un subtile ancrage dans le réalisme et une utilisation salutaire de l’image en DV. Il n’y a ici aucune esbroufe, mais un regard assez clinique sur la fascination que provoque une somnambule, joué dans le style femme fatale par Ludivine Sagnier,  pas toujours à l’aise cependant. Dans un registre plus en retrait que l’on ne lui connaissait que très peu Nicolas Duvauchelle, arrive à faire exister son personnage, il est à situer dans la filiation d’un Patrick Dewaere.

Ludivine Sagnier


Le film garde son climat inquiétant jusqu’au bout, à noter outre la performance de Florence Loiret-Caille – vue il y a peu en fille de Daniel Auteuil et Sabine Azéma dans “Peindre ou faire l’amour”-, celle de Bruno Todeschini en personnage trouble, type nouveau riche dont la principale activité est de faire de l’argent, on ne sait trop par quels moyens, fragile et manipulateur à la fois, il dégage une belle présence et Estelle Vincent en fille bonne à tout faire et qui n’a pas froid aux yeux. Xavier Giannolli s’acquitte parfaitement du postulat de départ du film et confirme son talent une nouvelle fois dans ce film de genre soucieux.

LA RAVISSEUSE

Malheur à vous, si comme moi vous avez vu le très bon téléfilm “La nourrice” de Renaud Bertrand, diffusé en 2004 avec la délicieuse Sophie Quinton, Marthe Keller et Liliane Rovère, car c’est strictement le même sujet que dans cette “ravisseuse”. Le sujet d’un corps de jeune mère prêté à une famille de nouveau riche est suffisamment fort pour générer une autre oeuvre, mais le téléfilm de Renaud Bertrand était une pure réussite, ça donne ici une impression un peu redondante. A l’image des idées très arrêtées d’un médecin hygiéniste boursouffé de certitudes – formidable Frédéric Pierrot assenant ce qu’il croit être des vérités définitives – il rode dans cette fin XIXe siècle une peur d’une forte mortalité infantile. Angèle-Marie – Isild Le Besco, une personnalité unique et lumineuse -, se voit ainsi exploitée. Elle a dû abandonner son bébé à la campagne, donnant son lait maternel à la fille d’un couple de bourgeois, lui architecte affairiste raide – Grégoire Colin inquiétant -, elle une oisive dépourvue d’instinct maternel et perdue dans un ennui puéril – Emilie Dequenne excellente en contre-emploi -. Le cinéaste filme sans fausse pudeur ce lait source de fantasme, fait confronter deux superbes comédiennes, donne un effort louable sur la bande-son et Yorgos Arvanitis signe une photo superbe.

Isild Le Besco

On se réjouit du retour d’Anémone, qui en domestique aigrie excelle et rajoute des traits d’humours, et de retrouver Bernard Blancan, en homme à tout faire compatissant, et il y a de bons comédiens de théâtre à l’image d’Édith Perret qui compose une tante déplaisante à souhait. Reste que finalement le film laisse une impression d’inachevé, peut-être par ces plans oniriques assez lourdingues. Dommage pour Antoine Santana, après son attachant “Un moment de bonheur”, avec déjà Isild Le Besco. Saluons l’exigence de cette comédienne singulière, qui en plus après avoir prouvé ses talents de réalisatrices, continue à rayonner dans des projets peu conventionnel. Rien que pour elle, ici en jeune femme frustre et sensuelle nourrie par des contes populaires, le film est à conseiller.

DARK WATER

Dans le cadre de comment recycler vos eaux usées, voici “Dark water” ze remake. Pour peu que comme moi vous ayez aimé l’original, qu’est ce qu’il vous reste à faire ici sinon d’improbables aller-retour entre les deux œuvres, entre un film prenant et angoissant et  qui doit figurer comme brouillon dans l’esprit de l’arrogance américaine du recyclage perpétuel et cette aimable oeuvrette. C’est finalement comme le remake de “Psycho” par Gus Van Sandt face au chef d’œuvre d’Hitchcock, c’est la même mouvance, ce qui fonctionne parfaitement dans le premier, ne fonctionne pas du tout et encore là il y a une volonté délibérée de s’éloigner de l’œuvre originale, et de rajouter un ancrage sociologique lourdaud, un pathos assez bienvenu finalement dans le désarroi pour une mère fraîchement divorcée de trouver un emploi, même inintéressant pour peu que l’on propose une couverture médicale pour sa fille. Walter Salles est un bon cinéaste, il a regard assez critique vis à vis de la société américaine, et fait ce qu’il peut avec ce scénario en surcharge signé Rafael Yglesias qui en  rajouts en personnages multiples – Pete Postlethwaite, en gardien le genre qui rit quand on se brûle, John C. Reilly en gérant d’immeuble roublard, Tim Roth en avocat survolté dont son bureau est sa voiture… -.

Le cinéaste a la “carte” avec “Carnets de voyage” et “Central do Brasil”, succombe aux sirènes hollywoodiennes, et fait ce qu’il peut sans bénéficier du final cut, il film formidablement Roosevelt Island, arrive à créer une émotion, mais côté effroi vous repasserez. On peut sauver Jennifer Connely, que l’on a vu grandir et rayonner désormais, on ne résiste pas à son charme, on la trouve bonne comédienne, on pense retrouver un trouble adolescent type ver amoureux d’une étoile, on se dit que son regard peut vous sortir de l’ennui et on sombre avec ce film, en se remémorant l’angoisse apprivoisée du film admirable d’Hideo Nakata. On a envie de dire un jour comme Jacques Renard dans la maman et la putain comparant Zarah Leander à Marlene Dietrich, que toutes les copies sont nécessairement supérieures à l’original. Le jour où ça vous arrive prière de me réveiller, je sombre. Souhaitons à Walter Salles de se montrer  plus original la prochaine fois, avant de perdre tout crédit.

PEINDRE OU FAIRE L’AMOUR

Je me souviens d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu à l’avant-première d’ “Un homme, un vrai”, un sens aiguë de l’observation, une réserve timide mais chaleureuse, une sorte de regard malin en commun. “Peindre ou faire l’amour” est un film charnière réussissant à concilier leur univers et l’art des contraintes – comédiens stars et les Alpes remplacent leurs chères Pyrénées -. Ils ressemblent à leurs films, ne se dévoilant pas tout de suite. Le film depuis sa diffusion à Cannes déclenche des éloges ou des descentes en flèche, il est vrai que le concept de base est assez déstabilisant, les Larrieu dans un cadre d’un cinéma plus traditionnel innovent, font des propositions, tâtonnent – le parti pris d’un cheminement dans le noir, où il faut s’abandonner aux sensations -. William – Daniel Auteuil formidable de retenue -, cadre en pré-retraite de météo France, se retrouve un peu démuni dans son nouveau rythme de vie, à 55 ans il voit ainsi bien délimitée le dernier tournant de sa vie. Le film montre justement cette appréhension à accéder au rêve des grandes vacances, comme le qualifie justement son ami Roger – Roger Mirmont qui semble vouloir se faire appeler Miremont désormais -, ce dernier voyant cette période que par le biais des loisirs (Le golf).  Sa femme Madeleine – Sabine Azéma, troublée -, bien qu’encore en activité, se met à réfléchir sur la nouvelle vie de son mari, alors que leur fille unique part étudier à la prestigieuse “Villa Médicis” à Rome. Elle part dans une prairie proche du Vercors, peindre avec recueillement, arrive un homme aveugle “Qui peint ici ?”, Adam volubile et maire du village voisin – Sergi Lopez, excellent acteur même s’il est pourtant ici assez peu probant en aveugle, donne une présence formidable à ce rôle et une grande nuance -. Il lui propose de lui faire visiter une villa avoisinante. Elle tombe sous le charme du génie du lieu entraînant avec elle William en quête de tranquillité…

Daniel Auteuil & Sabine Azéma

Le couple se lient d’amitié avec Adam, et sa compagne Èva (lourde symbolique), jouée par l’admirable Amira Casar tout en subtilité et grâce. Elle se laisse peindre nue par Madeleine, il lui manque à son amour un regard sur sa beauté charnelle. Un accident va changer la vie des deux couples qui vont se rapprocher et transgresser le tabou de la fidélité, le plus naturellement du monde. Loin d’être manipulateurs, Adam et Eva vont se montrer finalement plus déstabilisés par le couple bourgeois en quête de nouvelles sensations et d’un renouveau de leur vie. Le film laisse un champ libre aux impressions, aux sensations et à l’imagination – Les Larrieu suggère plus volontiers qu’ils ne montrent -. Suit pour peu que l’on s’abandonne, une émotion, ils ont une audace et un sens aiguë de la force de vie de la nature, qui sans être hédoniste est assez rare sur un écran. Même si ce film connaît une dernière partie plus faible – il semble y avoir plusieurs fausses fins -, le film décontenance, on comprend que l’on puisse y rester complètement hermétique. Côté autres interprètes on retrouve Sabine Haudepin, grande inexploitée, Jacques Nolot, Philippe Katerine d’une étonnante fausseté et la radieuse Hélène de Saint-Père, la seule avec Amira Casar a donner un peu de chair à ce film finalement assez pudique. Si Daniel Auteuil et Sabine Azéma semble donner au film une certaine distance, ils sont formidables de justesse. Ce film sans être la grande œuvre annoncée, “La brèche de Roland” et “Un homme, un vrai” me semblaient plus aboutis, il laisse augurer la place prépondérante et la singularité des frères Larrieu cinéastes. A noter l’utilisation intelligente de la sublime chanson de Jacques Brel “Les Marquises” issue de son dernier album.

LILY AIME-MOI

Michel Seydoux a eu la formidable initiative d’éditer en un DVD hommage à Patrick Dewaere, deux beaux films de Maurice Dugowson “Lily aime-moi” et “F comme Fairbanks !”. Je traite ici du premier film tourné en 1974, histoire de déplorer combien Dewaere nous manque… Son jeu était tellement moderne, que lorsqu’on le voit, on a l’impression de voir un film tourné l’an dernier. Maurice Dugowson a débuté à la télévision, il a d’ailleurs fait beaucoup de direct – “Droit de réponse”, notamment -. Il a commencé assez tard à faire des films, mais il avait une capacité à saisir les instants de grâce et avait un regard acerbe sur la société de son temps. Ce film écrit par Michel Vianey bénéficie de l’énergie communicative de ses trois principaux comédiens, Dewaere, Rufus et Jean-Michel Folon, qui se révèle non seulement à la hauteur des deux autres, mais il véhicule en plus une réelle singularité. François -Jean-Michel Folon -, se voit confier une enquête par son rédacteur en chef – Le Mockyien Maurice Vallier -, sur un OP3, un ouvrier d’usine à la chaîne, Claude vivant dans un grand ensemble – Rufus, excellent loin d’être naturaliste -. Ce dernier vient d’être quitté par sa femme – Zouzou, dans un très beau rôle de femme déçue -. François touché par son désarroi, va lui présenter un ami boxeur dynamique et cultivé, Johnny Cask,en fait il a choisi ce nom en voyant une Série B. américaine, son vrai prénom étant Gaston et qui a la particularité de finir toujours sur le tapis. Claude laisse sa petite fille chez la concierge, et le trio va partir en vadrouille et à la reconquête de Lily, réfugiée chez ses parents – Roger Blin, dans le registre “popu” et touchant et Tatiana Moukhine -.

Patrick Dewaere et Jean-Michel Folon

Ils rencontrent plusieurs personnage dont un groupe d’intellectuels – Juliette Gréco, Roland Dubillard, Andreas Voutsinas, le cinéaste Henry Jaglom, tendance chargeurs réunis – regardant Claude comme un extra-terrestre. Dugowson les égratignent avec beaucoup de mordant. Il y a des débutants excellents issus du théâtre Bernard Freyd en syndicaliste, Anne Jousset en auto-stoppeuse amusée et nymphomane et Jean-Pierre Bisson déjà impressionnant dans le rôle du frère excentrique de Flo – Juliette Gréco -, Maurice Travail bon second rôle ici en râleur dans un ascenseur. N’oublions pas la scène d’anthologie avec Miou-Miou traitant Johnny qui la drague de tout les noms d’oiseaux, ça permet de vérifier qu’elle était déjà une grande actrice. Rufus étonnant dans un rôle lunaire, inquiet et dépressif, retrouve une nouvelle énergie et une compréhension pour Lily, finissant enfin par exprimer son originalité étouffée. Johnny cavaleur invétéré sous une bonne humeur permanente se découvre meurtri et touchant, voire poétique – il boxe un oreiller -, c’est une magnifique occasion de retrouver ce comédien au sommet de sa forme et de son art. François, le plus serein des trois, dresse un constat amer mais vivant sur son sort et celui de ces amis. Zouzou, icône de ces années là, est d’une grande justesse dans ce rôle de femme étouffée par la possessivité de son mari et sa condition sociale. Comme l’explique justement, Jean-Michel Folon dans un des bonus du DVD, c’est l’amitié débordante et tonique du trio d’acteur qui a donné ce ton si passionnant au film. Maurice Dugowson a eu l’intelligence de suivre cette bonne humeur, tout en laissant un instantané très lucide de son époque et les dures contraintes de du quotidien. Après “F comme Fairbanks” (1975), il devait réaliser “Au revoir… à lundi” (1978), “Sarah” (1982) et “La poudre aux yeux” (1993), avant de mourir prématurément en 1999.

THE JACKET

Ca commence en pleine “guerre chirurgicale” en 1991 durant la guerre du golf, avec quelques images vidéo troubles de guerre aseptisées, le soldat Jack Starks, entend parfaitement la voix d’un enfant dans les fracas des bombardements, on commence à se poser des questions… Blessé, il retourne péniblement à la vie, en prise avec quelques démons et sous médicaments. Un bon moment on pense que l’on va voir une resucée de “L’échelle de Jacob”, un bon film a réévaluer signé Adrian Lyne (si, si Adrian Lyne…, je sais ça peut surprendre). Le zigue Jack va t’il devenir un cobaye ? Mais non il se promène dans une campagne enneigée et glacée, rencontre une mère en panne complètement saoule –Kelly Lynch pas vraiment mise en valeur –  avec sa fillette, il poursuit son chemin… et c’est le drâââme ! Ca se poursuit dans un asile psychiatrique, dirigé par le monolithique docteur Becker – Kris Kristofferson, parfait -, qui a des méthodes controversées limite torture. Sa méthode est de laisser ses patients dans un casier mortuaire dans le noir complet, le sieur Brody se retrouve donc encasieré vivant. Ca réveille chez lui des hallucinations, des images brutales, manque de pot on n’est pas chez Poe, il finit par visiter d’autres dimensions histoires de passer le temps…

Adrian Brody, toujours volontaire pour les rôles à oscar…

Oscarisé Brody commence à poser problème, après son interprétation en surcharge dans “Le village”, il nous régale de quelques tics d’acteurs, alors qu’il est était vraiment bon dans “Le pianiste” chez Polanski. Suit la litanie du film de série vite oubliable, histoire d’accuser le coup dans l’essoufflement actuel du cinéma fantastique. On dirait un premier film roublard, mais le réalisateur John Maybury a du métier et avait même réalisé un film honorable sur Francis Bacon “Love is the devil” avec une composition très réussie de Derek Jacobi. C’est une fausse bonne idée pour le tandem de producteur Steven Soderbergh / George Clooney d’être allé le chercher.

Reste une distribution intéressante, surtout l’impeccable Jennifer Jason Leigh, qui amène une certaine ambiguïté et a une présence indéniable, plus le retour de Kelly Lynch qui a gardé son charme intact, Daniel Craig en brun qui cabotine allégrement – pour le coup on se met à penser qu’il pourrait faire un James Bond crédible – de même pour Brad Renfro et Keira Knightley, dont la moue suffit à palier les manques de son jeu. Bof… Bof… Sur un thème analogue, on peut préférer à ce film le magistral et original “Je t’aime, je t’aime” (Alain Resnais, 1967), sur certaines expéditions dans l’espace temps.

LES BIENFAITS DE LA COLÈRE

“Les bienfaits de la colère – The upside of Anger” est un film du comédien Mike Binder. Le titre n’est pas très engageant pourquoi pas “Les raisons de la colère” (arf, arf), mais c’est typiquement le film dont on attend rien de particulier qui s’avère une bonne surprise. Le film a pour personnage central Terry Wolfmeyer, mère de quatre filles – sans docteur March, cette fois&hellip -, qui a la particularité d’afficher une perpétuelle mauvaise humeur. Son mari vient de la quitter, sans explications, tout comme sa secrétaire suédoise de surcroît, le lien est vite établit… Les quatre filles – la plus jeune “Popeye” ayant 15 ans, – sont relativement autonomes, elles préparent le  traditionnel repas familial, la vie semble reprendre sonc ourps. Elles rivalisent de charme, dans ce quartier résidentiel, véritable image d’Épinal de la famille américaine aisée, mais la mère exemplaire n’arrive même pas à noyer sa détresse dans la vodka, baisse les  bras, la rancune tenace, multiplie les gaffes avec l’aînée plutôt en froid avec elle, et se met à végéter clope au bec devant la TV.  Arrive le voisin pote de son mari, ancienne star de base balle, buveur de bière invétéré, et animateur radio à l’occasion qui vivote plutôt bien en signant quelques balles qui deviennent par idolâtrie objet de culte rentable. Les deux individus vont se rapprocher pour une histoire de terrain, et vont partager un alcoolisme mondain, la belle n’étant pas vraiment commode. Elle envoie valdinguer son personnage distingué habituel avec une grande force.

Kevin Costner et Joan Allen

Mike Binder a dû adorer les comédies de Blake Edwards, et nous propose un film particulièrement réjouissant sur les personnages adultes, et a écrit un très beau rôle pour la fabuleuse Joan Allen – sa partenaire dans le film “Manipulation” – , particulièrement détonnant dans le cinéma hollywoodien traditionnel particulièrement rétif avec les femmes de plus de 25 ans, c’est suffisamment rare pour le signaler. Kevin Costner se révèle très drôle, s’amusant visiblement avec son image passée de héros viril – il jouait déjà au base-ball dans le sympathique “Duo à trois”, le cornichon “Jusqu’au bout du rêve” et dans “Pour l’amour du jeu” -. Il assume son côté sans-gêne et désinvolte, avec un formidable abattage, fait preuve d’une grande dignité dans ses choix et ses erreurs. Les personnages des filles sont assez schématiques, le cinéaste n’évite pas une certaine mièvrerie moraliste  – mais qui peut se comprendre si on prend le point de vue de la cadette – et a un petit côté “ventre mou”, mais ces petits défauts n’enlève rien à la réussite de l’ensemble. On rit volontiers et à noter que Mike Binder s’est donné le plus mauvais rôle dans un personnage assez veule et finalement bien maltraité. L’alcolisme est montré de manière décomplexée et le désarroi d’une femme abandonnée à son sort sonne très juste. Plaisant, le ton incorrect de ce film est vraiment très plaisant, à recommander vivement en cette période de disette estivale.