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LES GRANDS SENTIMENTS FONT LES BONS GUEULETONS

“Les grands sentiments font les bons gueuletons” (1971, sortie française 1973). “Ce n’est sans doute pas un hasard si Jean Carmet et Michel Bouquet pensent que “Les grands sentiments…”, leur a procuré un des meilleurs rôles comiques de leur abondante filmographie, l’un des seuls en ce qui concerne Bouquet et, sur ce titre, on peut le regretter. C’était une bonne idée d’associer ainsi l’impertubable Bouquet et l’émotif Carmet, et Berny avait su tirer le meilleur profit d’une situation fort réjouissante…” (Dominique Rabourdin, “Cinéma 80” N°262, octobre 1980).

Loin d’être le “nanar” annoncé par Denis Parent, lors de sa présentation sur la chaine câblée française “Ciné Succés”. Comédie de moeurs noire et féroce, ce film laisse la part belle aux comédiens, outre Bouquet et Carmet, citons Anouk Ferjac et Micheline Luccioni, dans le rôle de leurs épouses respectives, dépassées par les événements, l’excellent Michael Lonsdale, en frère de Carmet !, amoureux transis de la belle Anicée Alvina qui se prépare à se marier avec Jean- Jacques Moreau. Jacques Dynam en cousin goguenard, Gabrielle Doulcet en tante fielleuse, Jacques Canselier, en handicapé touchant et malmené, etc…

Sans oublier Henri Guybet, il faut le voir se démener comme un beau diable dans une atmosphère de marbre (son personnage est payé pour animer le mariage), vitupérer contre les invités, et de se désoler de cette situation inédite pour lui, une belle performance…  J’avais rajouté la distribution complète sur : IMDB.

On ne retrouvera Michel Berny au cinéma (outre quelques comédies érotiques), que pour “Pourquoi pas nous?” (1981), l’un des rares rôles en vedette de Dominique Lavanant, dommage…

LEMMING

 La difficulté majeure est de parler sur ce film, sans en dévoiler le contenu, l’histoire, pour ne pas gâcher le plaisir des spectateurs – à moins de le commenter à grand renfort de “Spoilers” -. Disons qu’après le “Sitcom” de François Ozon, il faut donc se méfier définitivement des rongeurs. Après le très abouti “Harry…” on attendait très légitimement, beaucoup du film de Dominik Moll. Il est finalement très à l’aise pour distiller l’angoisse dans des scènes du quotidien, et l’utilisation de lieux, un décor idyllique, une entreprise ou une cuisine, plus d’ailleurs que dans des scènes semi-fantastiques, à l’image de l’habituel cliché de la montée d’escaliers, si l’on compare avec la maîtrise d’un Roman Polanski. 

Le scénario suffisamment riche pour que l’on puisse se perdre dans ses propres interprétations, névroses, fantasmes, rêves et réalités. On peut ainsi s’amuser sur les fausses incohérences – une télécommande de porte de garage, par exemple -. Hélas le film déçoit au final, malgré un humour corrosif.

Laurent Lucas & Charlotte Rampling

Si Laurent Lucas, reprend un rôle qu’il maîtrise parfaitement, Charlotte Gainsbourg se révèle à l’aise avec l’ambiguïté, et André Dussollier, nous sert un personnage assez retord et surprenant. Il fait preuve d’humour – sa manière de dire “Vous voulez un bonbon ?”-, passant de la sympathie à la veulerie en une fraction de secondes. Jacques Bonnaffé, nous régale à nouveau, avec un personnage décalé, ne sachant pas comment réagir pour ne pas gêner, il continue ici, une veine ludique, tant son registre est large.

Mais l’atout majeur de ce film reste la formidable performance de Charlotte Rampling. Dès sa première apparition dans l’obscurité d’une voiture, on se doute que le film va basculer. Son talent est tel, que même affublée de lunettes noires, son jeu est unique. Magistrale, séductrice, victime d’un mari odieux, manipulatrice, elle imprègne et domine durablement le film, et véhicule sur son passage un mystère et un danger permanent.

Je me souviens de son arrivée lors d’une avant-première du film “Sous le sable” de François Ozon. Le film avait eu beaucoup de difficultés lors du tournage – une partie était tournée en DV -. Je me suis retrouvé devant elle, après une sorte de mini conférence de presse dans le hall de l’UGC, fortement impressionné par son aura, son élégance et son charme. Elle était assez inquiète, mais pour ne pas focaliser l’attention sur elle, elle avait laissé le devant de la scène à François Ozon,. Cette remarquable comédienne n’a pas fini de nous impréssionner.

ARTICLE LIBÉRATION :   

ARTICLE LIBÉRATION :   Charlotte Rampling dit jouer de ses expériences pour inventer des personnages qui lui ressemblent :
«Je cherche des rôles qui vont me réveiller» – Par Philippe AZOURY – mercredi 11 mai 2005

Dans Lemming, Charlotte Rampling joue un fantôme, une morsure, une menace. Elle semble venir d’ailleurs, en même temps qu’Alice, le personnage qu’elle incarne, continue de se rattacher naturellement à la suite de ces portraits de femme dangereuse/en danger. Ceux qui lui ont toujours collé comme un gant, depuis Visconti (les Damnés), Cavani (Portier de nuit), Oshima (Max mon amour), ou depuis Sous le sable de François Ozon, le film de sa résurrection cinématographique.

Elle peut s’amuser, comme durant la conversation, de ceux qui abusent des téléphones portables dans les cafés pour couvrir leur solitude. La solitude, elle n’a jamais joué que ça. Sweet Charlotte.

Votre arrivée dans le film a quelque chose de saisissant. D’emblée, on sent une existence, un passé…

Dominik m’a envoyé un scénario incroyablement abouti. Au cinéma, on s’est habitué à ce que les choses se transforment durant le tournage. Là, tout ce que j’ai lu, on l’a filmé. Un acteur, passé un certain âge, emmène beaucoup de bagages avec lui. Avoir existé depuis un bon nombre d’années permet d’atteindre cette impression.

Au tournage, l’acteur ne connaît pas encore son personnage, là ce n’était pas le cas, avec cette merveille de scénario. Dans Lemming, Alice arrive avec une attitude totalement figée, on ne sait pas, dans le malaise qu’elle diffuse, ce qui va se passer, ce qu’elle va provoquer. Ça, c’est le personnage inventé. Il faut lui ajouter un peu d’un personnage réel. Prénom Charlotte, nom Rampling.

Vous concevez la vie imaginaire du personnage, son passé ?

On peut toujours. Je l’ai fait. Cela permet d’habiter plus aisément le personnage. Un acteur n’a plus beaucoup de temps pour se préparer. Il doit le faire lui-même un peu seul, au-delà des précisions qu’il a eues en discutant avec le metteur en scène.

Pourquoi ?

Parce que l’acte de jouer, ça se passe sur le moment. Et, à ce moment-là, on capte sa propre réflexion sur le rôle. C’est un travail inconscient.

La première scène dans laquelle vous apparaissez correspondait-elle à votre premier jour de plateau ?

(Sourire) Oui. Comme par hasard.

Les lunettes ?

C’est une idée de Dominik. Une femme qui s’est bâti un écran entre elle et le monde. Les lunettes teintées dessinent une attitude sans équivoque : «Je ne veux pas que vous me voyiez, je ne veux pas vous voir. Ce que je vois, c’est à moi. Mais ce que vous allez voir, vous n’allez pas le comprendre.» Je ne donne rien (rires). Acteur, on est tenu dans ses vêtements. Les lunettes, le tailleur, ce sont des indices. Là : raideur.

On dit que vous êtes une «beauté froide». Ici, on est passé du froid au dur…

Des amis ont vu la bande-annonce. Mon personnage leur a fait peur : «pas très accueillante». Oui, mais c’est très drôle à jouer… Je cherche des rôles qui vont me réveiller. Ce métier est une exploration, des traits du visage, de ce qu’on ressent. Il ne faut pas en avoir peur. Quand j’ai commencé, je refusais beaucoup de films, ils étaient… sympathiques. Tellement, que suis allée dans d’autres pays, en Italie surtout, pour faire autre chose. Mon attitude n’a pas changé : je suis à la recherche de quelque chose qui me corresponde. L’acteur est comme un peintre, il cherche, presque toute sa vie, il retourne sur les mêmes sentiers, il malaxe et, à travers la vie, la maturité, les blessures que l’expérience lui donne, il forge sa marque.

Une marque Rampling ?

Je sais au moins que mon envie d’un rôle nécessite certains critères, une affinité avec le personnage, sinon j’ai l’impression que je ne travaille pas, que je n’évolue pas et que je me répète. Un rôle, c’est un engagement que je prends très au sérieux. Je dois incarner à la fois ce que je suis et ce que je peux inventer.

Un rôle aide-t-il un acteur à exister, à comprendre la vie hors plateau…

Uniquement si on considère ce métier comme un investissement. A ce moment-là, ça vous nourrit, ça vous accompagne, ça vit en vous.

Le cinéma vous a-t-il appris à vous connaître ?

Oui, mais ce n’est pas à force de se voir. Ce qui est révélateur, c’est le travail que l’on fait à l’intérieur de soi. Le travail d’un acteur serait même mieux si l’acteur ne se voyait pas. Se voir, se désirer soi-même, c’est dangereux : on s’enferme dans des tics, on quitte son propre mystère pour des habitudes, des pièges…

Alice Pollock, c’est un personnage désespéré, aliéné ?

Une femme traquée par elle-même. Avec Alice, il n’y a plus de convenances sociales, plus de dialogue possible. L’aliénation, elle vit avec, elle part avec. Dominik est quelqu’un de très aigu, qui cherche une image de plus en plus épurée. J’ai travaillé Alice dans ce sens.

Vous l’incarnez comme un animal. C’est Max mon amour mais à l’envers, l’animal c’est vous…

Oui. Je suis le lemming. Tout petit, mais très déstabilisant.

Les films de François Ozon, maintenant ceux de Dominik Moll, Laurent Cantet bientôt, les photos de Juergen Teller… Vous êtes dans un moment passionnant de votre carrière…

Ça vient après un travail sur moi. La vie des acteurs ce sont des cycles. Un acteur, c’est un animal. On tombe les peaux, comme un serpent. On joue avec les différents stades de la maturité. On a toujours été soi-même mais on s’ouvre différemment. Sous le sable, c’était comme un autoportrait, un documentaire sur moi.

Quelqu’un m’a vue, il y a eu rencontre. C’est arrivé, même à moi qui n’ai pas une facilité à aller vers les gens. J’attendais. Il fallait avoir une certaine patience. Des fois, on ne sait plus si on est toujours vivante.

Quand vous jouez, il vous arrive de penser à des actrices mortes ?

Non. Je pense à la situation.

Vos scènes dans Lemming tiennent quasiment du monologue…

Peut-être parce que j’ai joué Alice avec mes propres résonances. Tout m’est familier, maintenant : le plus grand désespoir, le plus grand bonheur. Je reconnais les sensations. Charlotte Gainsbourg, je la regarde et je me vois moi à son âge. C’est ça qui est beau avec le temps, c’est que ça n’existe pas. Il est diffusé différemment. On se reconnaît dans les autres. Charlotte (Gainsbourg), cette jeunesse-là, je connais bien…

Etre sur les tournages avec des bébés, se reprocher de trop tourner, s’en vouloir d’être fatiguée… Regarder ceux qui nous entourent, c’est une compagnie. C’est peut-être là qu’on prend le sens d’avoir existé.

LES POUPÉES RUSSES

Restons en compagnie de la charmante Cécile de France avec l’avant-première euphorisante – première de la tournée Province – à l’UGC Ciné Cité Bordeaux, du film de Cédric Klapisch “Les poupées russes”, qu’elle présentait avec Cédric Klapisch et Romain Duris. Dans la série des – rares – suites réussies, ce film, succédant à “L’auberge espagnole” est digne d’ y figurer, à la manière du “Parrain II”, “La fiancée de Frankenstein” ou “Nous irons tous au Paradis”. L’univers de Cédric Klapisch y est toujours aussi foisonnant, et on ne peut que louer son aptitude à se renouveler à chaque nouveau film. Il étonne par son inventivité constante, sa manière lumineuse de filmer “Paris”, “Londres” et “Saint-Petersbourg”, comme trois personnages à part entière du film. On retrouve les personnages quatre ans après, à travers le regard de Xavier – fantastique Romain Duris -, personnage central de ce film choral. Il vivote écrivant pour une bluette télévisée qui s’avère être une version ridicule de son propre parcours amoureux. Les clichés volent en éclats, Klapisch mettant un recul burlesque sur les difficultés de notre quotidien. Duris confirmait l’exigence de  Klapisch, qui avait refusé de tourner “Astérix”. C’est une scène de la vie quotidienne qui a été le catalyseur de cette suite. Un jeune marié, un peu ivre et pris de panique,  pleurait dans les toilettes d’un restaurant… On retrouve cette scène emblématique du film. C’est un grand plaisir de découvrir un film, sans en avoir aucun écho au préalable. Le film est à la hauteur de l’attente, visible ce soir là du public, qui salua par une « standing-ovation » méritée ce film jubilatoire. Le réalisateur, a 43 ans a bien évalué l’inquiétude – il disait “j’ai eu 13 ans pour réfléchir sur mes 30 ans”, l’air du temps de jeunes trentenaires inquiets devant les incertitudes de la vie. Il analyse subtilement  – en vrac – les relations amoureuses, la précarité d’un travail subi, la mondialisation, l’état de la planète laissé en héritage par les post-soixantuitards désabusés. C’est donc un premier semestre déterminant pour lui, après avoir été à l’auteur d’un très grand rôle dans « De battre son cœur s’est arrêté » de Jacques Audiard, il confirme son assurance mêlée de légèreté, il était un peu dépassé, hier soir de son nouveau statut d’idole, face à des fans empressés. Acteur fétiche et complice de Klapisch, il avait retrouvé facilement son personnage, par la force de la mise en scène, puisqu’il n’avait pas le temps de se préparer entre deux tournages. Petite anecdote, le réalisateur aimant à donner des indications de dernières minutes, Romain lui a gardé une petite rancune. Il avait une longue blague à apprendre la veille pour le ledemain, en espagnol !, pour finir sur la table de montage. Audrey Tautou, mutine, amuse par son statut d’ex, qui garde toujours une importance – vaste programme pour une situation pas toujours facile à vivre – . Elle passe de l’inquiétude à l’amusement et se retrouve perdue lorsque le père de son jeune fils le récupère le temps d’un week-end. Kevin Bishop amoureux d’une danseuse russe, effrayé des perspectives de sa nouvelle vie en Russie, et Kelly Reilly en amoureuse transie et sensible participent à la réussite du film.

Cécile de France et Romain Duris dans “Les poupées russes”.

Cécile de France retrouve son rôle – pour lequel elle avait gagné un César de la meilleure révélation, en lesbienne complice, et brûlant la vie, elle retrouve ce rôle fort de femme libre et maladroite quant il s’agit de figurer en fiancée pour faire plaisir au grand-père, un grand moment cocasse.  Le reste de la distribution est à l’avenant de Carole Franck – la prof de “L ’esquive” -, en productrice qui prend Xavier en sympathie, Pierre Gérald en grand-père attachant de Xavier en harmonie avec son grand âge, la magnifique Aïsa Maïga – « L’un reste, l’autre part – en vendeuse amusée, Bernard Haller en éditeur efficace, Olivier Saladin en bourgeois bohème amoureux de la mère de Xavier, jouée par Martine Demaret, Lucy Gordon en mannequin entre fascination et étrangeté, etc… Et il y a le fidèle Zinedine Soualem, personnifiant « Monsieur tout le monde », inspirant des situations de comédie à Xavier. Saluons ce comédien, toujours drôle et efficace quelle que soit la durée de ses rôles. C’était un bonheur pour moi de pouvoir rediscuter un peu, une troisième fois avec le modeste Cédric Klapisch et de retrouver après “La confiance règne” la charmante et souriante Cécile de France, après sa performance cannoise, elle voit cette tournée promotionnelle comme des vacances !. Nous nous reconnaissons dans ces personnages encombrés mais bien vivants, et l’on ressort de ce film avec une énergie formidable, qui parle superbement d’amour, exercice périlleux par excellence. Un grand et beau moment de cinéma !

LA CONFIANCE RÈGNE

C’est un film à ne pas sous-estimer, malgré l’accueil assez hostile de la critique, lors de sa sortie. Étienne Chatiliez et Laurent Chouchan – réalisateur de l’acerbe “Vertige de l’amour” – ne me semblent pas porter pas de jugements sur ses personnages.  Ils observent ces électrons libres que sont Christophe et Chrystèle, deux paumés campés sur leur faculté de survivre le jour le jour, comme le plaisir immédiat de “boire une mousse”  – une réplique de Chrystèle promide à devenir culte – Chatiliez n’a pas un regard condescendant  – ce qui n’était pas l’avis de l’équipe du “Masque et la plume” sur France Inter – mais acerbe, il n’épargne les travers de personne ni des grands bourgeois, ni de ces petits malfrats.  Son film n’est pas “aimable” et nous tend un miroir peu flatteur de notre société, en appuyant où ça fait mal et dérange visiblement. Il ose jouer sans cesse sur le fil du rasoir, voir la scène des parents, joués formidablement par un couple véritable, André Wilms et Evelyne Didi en parents de Cécile de France, qui explique bien des choses sans s’appesantir. Comme toujours chez ce perfectionniste de Chatiliez, le moindre détail est juste, et les situations sont crédibles.  Cécile de France et Vincent Lindon nous offrent une poignante et drôle composition. Ils se mettent en danger et en n’essayent pas d’être plus malins que leurs personnages, ils apportent une humanité. On ressent de l’empathie pour ces deux personnages, finalement très travailleurs, au-delà d’une composition formidable.

Jacques Boudet, Martine Chevallier, Cécile de France & Vincent Lindon

Chatiliez sait laisser sa chance aux acteurs comme le couple de Jacques Boudet et Martine Chevallier, il faut voir ces personnages de notables englués dans leur médiocrité et travers. Il convient de saluer particulièrement ces deux comédiens ;  Boudet , un fidèle à l’univers de Guédiguian, était déjà chez Chatiliez en magistrat qui sort de son rôle pour proposer à André Dussollier de corriger son « têtard » dans « Tanguy ». Il  est attachant dans son rôle de mari peu dupe de la mesquinerie de sa femme. Martine Chevallier – grande carrière à la comédie Française et syndicaliste touchante dans “Violence des échanges en milieu tempéré” – nous touche par son personnage plein de faiblesses.  Le reste de la distribution est à l’avenant, Eric Berger prouve qu’il ne faut pas le cloisonner à son rôle de “Tanguy”, Anne Brochet qui marque durablement des rôles désormais trop courts pour son talent – “Histoire de Marie et Julien”, “Je suis un assassin” – rayonne en bourgeoise humaniste.  Il faut citer également dans les seconds rôles, Jean-Luc Porraz en banquier dépité, Erick Desmaretz en exploiteur, Pierre Vernier en mari volage ou Catherine Hosmalin en prostituée, etc… Malgré quelques faiblesses de rythme – la séquence nouveaux riches -, le ton de ce film est digne de la tradition de l’âge d’or de la comédie italienne et montre qu’Étienne Chatiliez sait se renouveler et nous surprendre toujours.

Le lien du jour :

Il convient de signaler un nouveau site et l’excellent travail de Philippe Pelletier, collaborateur des “Gens du cinéma”, pour le site CinéArtiste, c’est d’autant plus remarquable qu’il est difficile de trouver des informations en Français sur le cinéma Allemand. La maquette est lumineuse et attractive. Un site à suivre de près.

Bon vent !

Fragments d’un dictionnaire amoureux : Dominique Marcas

Dominique Marcas

Dominique Marcas dans un épisode de “Sur le fil”

Sa frêle silhouette – 1m48, selon son CV – a hanté plusieurs films depuis les années 50. Elle joue souvent de malchance, dans “Mortel transfert” (1999) elle est la femme revêche du libraire – André Chaumeau -, et elle est carrément hors champs, et dans la “Jeanne d’Arc” (1999), elle joue un ecclesiastique, un rôle d’homme !

Son physique particulier en fait l’interprète idéale pour des rôles de concierge voyeuse “La marge” (1975), d’employée timide dans “Papa, maman, la bonne et moi” (1954), d’austère directrice d’un collège de jeunes filles émoustillée à l’idée de voir un champion de tennis dans “Les bricoleurs” (1962), quelle voit en “Don Juan des temps modernes” – elle y est créditée sous le nom de Markas -, de pompiste tétanisée par la fureur d’un Louis de Funès dans “Les grandes vacances” (1967), d’une austère secrétaire dans “L’Auvergnat et l’autobus” (1969),ou d’ une femme pilier de comptoir dans “Zig zig” (1974). On la retrouve aussi en religieuse dévouée aux pauvres de Hong-Kong, quelque peu malmenée par Christian Clavier dans “Les anges gardiens” (1995), ou en vieille servante de Mélanie Thierry qui secoue avec énergie un Benoît Poelvoorde trempé de pluie dans “L’autre Dumas” (1999). Elle est idéale dans un cadre fantastique, comme l’une des soeurs Archignat dans la série “L’ile aux trente cercueils” et dans des rôles de femme acariâtres ou mourantes après un repas copieux comme la Mme Catherine dans “Les mains vides” (2002).

 

Elle trouve finalement le rôle de sa vie en 2000, en répondant à une petite annonce de Libération ! René Féret a connu plusieurs revers pour tourner “Rue du retrait” d’après l’oeuvre de Doris Lessing. Il décide donc de lui confier ce rôle de Mado, femme de soixante-quinze ans. Face à Marion Held, elle compose une remarquable Mado Bibois, femme aigrie, seule et dans la précarité, mais finalement touchante, ces deux femmes se retrouveront amies. Elle retrouvera Féret dans “Nannerl, la Soeur de Mozart”, en 1999, en austère Mère Abbesse chez qui la famille Mozart trouve refuge, suite à un problème d’essieu de leur calèche. Elle et touchante en aïeule sympathique et entourée de sa famille, toujours prompte à s’assoupir dans un coin dans “Main dans la main” (2011). Dans ce rôle elle a élevé Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli dans la Meuse, suite au décès de leurs parents dans un accident d’avion.

Une filmographie exhaustive semble impossible, d’autant plus que dans la liste de ses films sur “L’annuaire biographique du cinéma” (1962), on retrouve une liste de film, mais quand on en visionne certains sur le câble- “Gunman in the streets (Le traqué ) (Boris Lewin & Frank Tuttle) (1950)” ou “Adorables créatures (Christian-Jaque) (1952)” -, on ne la retrouve pas, alors que je rajoute régulièrement plusieurs de ses participations sur sa fiche IMDB. Les précisions apportées à la filmographie qui suit par Armel de Lorme, sont d’autant plus précieuses.

Jean-Jacques Jouve avait dressé son portrait dans le dernier numéro – hélas – de la formidable “lettre des comédiens”  N°22 de novembre 1999, “Dominique Marcas, comédienne inspirée”. Il rappelle ses participations à d’autres “Jeanne D’Arc” (Version Jean Delannoy, en 1952, dans un téléfilm de Pierre Badel, en 1989), et ses emplois ancillaires, depuis son rôle de femme de chambre dans “Rue de l’Estrapade” (1952), ou de secrétaires ” quatre fois au service de Noël Roquevert “.

Il précise également qu’elle doit son pseudonyme à deux de ses marraines de théâtre, Arletty : “Dominique, emprunté à celui de l’envoyée du diable qu’Arletty incarnait dans “Les visiteurs du soir” & Maria Casarés “A la seconde, le pseudonyme de Marcas, constitué par les initiales MARia CASarès. Il faut lire à ce propos les très belles pages que la grande actrice, disparue en 1996, a consacrée à sa petite protégée dans don livre de souvenirs “Résidente privilégiée”.

Saluons le parcours de cette touchante comédienne qui régale les cinéphiles à chacune de ses apparitions ! Deux liens la concernant Cinéthéa & Objectif cinéma.

Filmographie : Établie avec Armel de Lorme : 1950  Gunman in the streets (Le traqué) (Frank Tuttle & Borys Lewin, + version française, à confirmer) – Justice est faite (André Cayatte, invisible à l’écran) – 1951  Un grand patron (Yves Ciampi, invisible à l’écran) – Gibier de potence (Roger Richebé, invisible à l’écran) – Le crime du Bouif (André Cerf) – L’amour, Madame (Gilles Grangier) – 1952  Les belles de nuit (René Clair, apparition subliminale) – Le plus heureux des hommes (Yves Ciampi) – Elle et moi (Guy Lefranc) – L’appel du destin (Georges Lacombe, invisible à l’écran) – La loterie du bonheur (Jean Gehret) – Les dents longues (Daniel Gélin) – Les détectives du dimanche (Claude Orval) –  Destinées [épisode « Jeanne »] (Jean Delannoy) – Rue de l’Estrapade (Jacques Becker) – Femmes de Paris (Jean Boyer, invisible à l’écran) – 1953   Jeunes mariés (Gilles Grangier) – Les amoureux de Marianne (Jean Stelli) – Le guérisseur (Yves Ciampi) –  Acte of love (Un acte d’amour) (Anatol Litvak) – 1954   Les fruits de l’été (Raymond Bernard, invisible à l’écran mais de nombreux rôles ont été coupés) – Papa, maman, la bonne et moi (Jean-Paul Le Chanois) – 1955   Chantage (Guy Lefranc) – Papa, maman, ma femme et moi (Jean-Paul Le Chanois) – 1956   Miss Catastrophe (Dimitri Kirsanov) –  Notre-Dame de Paris (Jean Delannoy) – 1957   Donnez-moi ma chance / Pièges à filles (Léonide Moguy) – La peau de l’ours (Claude Boissol) – 1958   Suivez-moi, jeune homme (Guy Lefranc) – Et ta soeur (Maurice Delbez) – 1959  Le baron de l’écluse (Jean Delannoy) – 1962  Les bricoleurs (Jean Girault) – 1963   La difficulté d’être infidèle / Le bonheur conjugal (Bernard Toublanc-Michel) – Du grabuge chez les veuves (Jacques Poitrenaud) – Faites sauter la banque (Jean Girault) – 1967   Les grandes vacances (Jean Girault) – 1968 L’Auvergnat et l’autobus (Guy Lefranc) – 1969   La maison de campagne (Jean Girault) – 1970   Un beau monstre (Sergio Gobbi) – Juste avant la nuit (Claude Chabrol) – 1971   Liza (Marco Ferreri) – 1973   Le mouton enragé (Michel Deville) – 1974   Aloïse (Liliane De Kermadec) – Une partie de plaisir (Claude Chabrol) – Zig Zig (Laszlo Szabo) – 1975   Monsieur Albert (Jacques Renard) – La marge (Walerian  Borowczyk) – 1981   La gueule du loup (Michel Léviant) – 1983   Gwendoline (Just Jaeckin) –  La femme publique (Andrzej Zulawski, rôle coupé au montage) – 1984   Liste noire (Alain Bonnot) –  1985   La consultation (Radovan Tadic, court-métrage)- 1987   Si le soleil ne revenait pas (Claude Goretta) – 1988   Erreur de jeunesse (Radovan Tadic) – 1989   La putain du roi (Axel Corti) – Docteur Petiot (Christian De Chalonge) – La passion de Bernadette (Jean Delannoy, inédit en salles) – 1989  A star for two (Jim Kaufman, inédit) – 1990  Lacenaire (Francis Girod) – 1991  Albert souffre (Bruno Nuytten) –  La vie de bohème (Aki Kaurismaki) – 1992   Roulez jeunesse ! (Jacques Fansten) – 1993   Grosse fatigue (Michel Blanc) – 1994   Élisa (Jean Becker) – Muriel fait le désespoir de ses parents (Philippe Faucon) – 1994  Les anges gardiens (Jean-Marie Poiré ) – 1995  Ma femme me quitte (Didier Kaminka) – 1997   Cantique de la racaille (Vincent Ravalec) – 1998   Jeanne d’Arc (Luc Besson) – 1999   C’était là depuis l’après-midi (Stéphane Metge, CM) – 2000   Mortel transfert (Jean-Jacques Beineix) – Rue du retrait (René Féret) – 2001   Traces invisibles (Charlotte Trench, CM) – Le pharmacien de garde (Jean Veber) – 2002   Bloody Mallory (Julien Magnat) – L’enfant du pays (René Féret) –  A l’abri des regards indiscrets (Ruben Alves & Hugo Gélin, CM) – Les mains vides (Marc Recha) –  Le papillon (Philippe Muyl) – 2005  Hélas et hourra (Benoît Cohen) –  Nocturnes (Henry Colomer) – Nos amis les terriens (Bernard Werber) – 2007  Un si beau voyage (Khaled Ghordal) – Gaga… ils n’ont plus toute leur tête (Grégory Morin, pré-film) – Camille (Julie Granier, CM) – 2009  L’autre Dumas (Safy Nebbou) – Nannerl, la Soeur de Mozart (René Féret) – 2011  Main dans la main (Valérie Donzelli) – 2012  Pas très normales activités (Maurice Barthélémy).

Nota : elle ne semble jamais avoir participé à Opération Lady Marlène (Robert Lamoureux, 1974), bien que ce titre figure dans son CV.

Télévision (notamment) : 1961  Le théâtre de la jeunesse : Cosette (1ère et 2ème partie) (Alain Boudet) – 1966  Le théâtre de la jeunesse : Les deux nigauds (1ère partie) (René Lucot) – 1970  Le théâtre de la jeunesse : Un mystère contemporain (Alain Boudet) – 1971  Les cent livres : Le petit chose (Jean Archimbaud) – Sous le soleil de Satan (Pierre Cardinal) – 1972  La lumière noire (Pierre Viallet) – Pot-Bouille (Yves-André Hubert, série) – La mare au diable (Pierre Cardinal) – 1973  Témoignages : Marcel ou Paul ? (Bernard Toublanc-Michel) – L’enlèvement (Jean L’Hôte) – Karatekas and Co : Le club de l’eau plate (Edmond Tyborowski) – 1974  Étranger d’où viens-tu ?  (Bernard Toublanc-Michel, série) – 1975  Les brigades du Tigre : Le défi (Victor Vicas) – Le secret des Dieux (Guy-André Lefranc, série) – Les enquêtes du commissaire Maigret : La Guinguette à deux sous (René Lucot) – 1976  François le Ciampi (Lazare Iglésis) – 1977  Un amour de jeunesse (Raymond Rouleau) – 1978  Les Eygletières (René Lucot, série) – La filière (Guy-André Lefranc, série) – 1979  La petite Fadette (Lazare Iglésis) – Désiré Lafarge suit le mouvement Une fille seule (René Lucot) – L’éblouissement (Jean-Paul Carrère) – L’île au trente cercueils (Marcel Cravenne, série) – 1980  Histoires étranges : La loupe du diable (Pierre Badel) – L’enterrement de Monsieur Bouvet (Guy-André Lefranc) – 1981  Les héritiers : Les brus (Juan Luis Buñuel) – La vie des autres : L’autre femme (Gérard Clément, série) – Anthelme Collet ou le brigand gentilhomme (Jean-Paul Carrère, série) – 1982  Le retour d’Elisabeth Wolff (Josée Dayan) – 1983  Capitaine X (Bruno Gantillon) – Dans la citadelle (Peter Kassovitz) – 1984  Le dialogue des Carmélites (Pierre Cardinal) – L’âge vermeil (Roger Kahane) – 1985  Les amours des années 50 : Les scorpionnes (Jean-Paul Carrère) – L’énigme blanche (Peter Kassovitz) – La sonate pathétique (Jean-Paul Carrère) – 1988  Lundi noir (Jean-François Delassus) – 1991  L’huissier (Pierre Tchernia) – 1992  Maigret : Maigret et les plaisirs de la nuit (José Pinheiro) – Papa et rien d’autre (Jacques Cortal) – 1993  Ferbac : Le crime de Ferbac (Bruno Gantillon) – 1994  Le clandestin (Jean-Louis Bertucelli) – 1995  Pour une vie ou deux (Marc Angelo) – 1996  J’ai rendez-vous avec vous (Laurent Heynemann) – 1997  Madame Dubois : Hôtel Bellevue (Jean-Pierre Améris) – Le surdoué (Alain Bonnot) – 1998  Revient le jour (Jean-Louis Lorenzi) – 1999  P.J. : Casting (Frédéric Krivine) – Une femme d’honneur : Mort clinique (Alain Bonnot) – 2000  Avocats & Associés : L’enfant battu (Philippe Triboit) – Marc Eliot (Édouard Niermans) – 2001  H : Une histoire de dentiste (Frédéric Berthe) – Madame de… (Jean-Daniel Verhaeghe) – 2003  Quai N°1 : Amie-amie (Patrick Jamain) – 2004  Milady (Josée Dayan) – 2006  Sur le fil : Tuyau percé (Frédéric Berthe) – 2009  Folie douce (Josée Dayan).

Remerciements à Alain Plège et Jean-Jacques Jouve – Mise à jour du 23/12/2012

R.I.P.

Le côté obscur de la force a encore frappé ! Évitant soigneusement les énormes files d’attentes pour l’épisode 3 – à l’UGC Bordeaux, enfin une VO est proposée cette année – on se dit que l’on peut attendre un peu. Mais on n’échappe pas a ce phénomène même en allant voir un autre film. Le film est précédé d’un long tunnel de publicité, pire que d’habitude et son lot de “débilisation” habituel est assorti d’autres, de revenantes consternantes et de 3 pubs de voitures –  avec une des grandes question existentielle de ma morne existence, pourquoi les pubs de bagnoles sont-elles aussi con, pour s’adapter à la cible visée ? -. Un spectateur sortant de l’habituelle réserve bordelaise – euphémisme ? -, annonce que c’est une demande des annonceurs, histoire d’exploiter le filon “Stars Wars” !

Le premier reflexe du matin pour moi, est d’aller visiter les News des gens du cinéma, via : News. Il faut saluer la réactivité de l’équipe d’André Siscot, déjà auteur du livre – Les gens du cinéma -. On y annonce la mort de Frank Gorshin à 72 ans avant même le site d’IMDB.

La carrière de Frank Gorshin, est hélas trop souvent cachée derrière son rôle de “The Riddler” dans la série TV “Batman” de 1966 à 1969, rôle phagocitant le reste des ses interprétations. Il venait de faire une tournée théâtrale sur la vie de George Burns : “Said Goodnight, Gracie”.

Pour revenir sur “Les gens…”, il y a aussi l’hommage d’Yvan Foucart sur Jacqueline Pierreux. A ma connaissance, se sont les seuls à avoir signaler la mort de cette comédienne, mère de Jean-Pierre Léaud. Elle était inoubliable, par exemple dans le sketches : “La goutte” des “Trois visages de la peur” de Mario Bava. A l’annonce de la mort de cette comédienne, je me suis hâté de faire le distinguo, sur IMDB en créant la fiche de son homonyme productrice belge, source : Cinerbie.be, avant que l’erreur ne se propage à la connaissance de sa mort.

Mais hélas, il ya trop de duplicateurs de filmographies qui recopie sans discernement les infos d’IMDB – beaucoup d’infos inédites viennent d’Internautes -, ou toute autre source écrite, propageant les erreurs habituelles, souvent sans voir les films. Il y a même une belle perle concernant Jacqueline Pierreux sur le web, “actrice devenue productrice sous le nom de Jacqueline Sassard ! – cette dernière étant la comédienne du film “Les biches” de Claude Chabrol, notamment…

On a pas fini de rire, concernant les récopieurs d’IMDB, tel l’auteur du court hommage signalant la mort de Jacques Marin dans “L’annuel du cinéma” 2002, s’amusant à signaler qui jouait un “biker”, dans “Une parisienne” de Michel Boisrond, il s’agissait de la traduction anglaise de son rôle de motard de la police.

Mais IMDB permet de signaler enfin la mort d’Henri Attal dans l’édition 2004 de ce même annuel – “signalée par un fidèle lecteur (sic)” – alors que j’avais fait un portrait pour “secondscouteaux.com” voir fiche : Henri Attal, depuis l’été 2003, suite à une info de l’ami Christophe Bier.

Autres décès à signaler celui de Marc Eyraud, hormis une annonce durant la cérémonie des Molières, il n’y a eu aucun écho sur la mort de l’un de nos plus populaires comédiens. Le “Ménardeau” des “Cinq dernières minutes” est resté l’une des grandes figures de la télé. Il fit équipe avec Christian Barbier  – épisode “Rouges sont les vendeanges” et Henri Lambert – épisode “Les griffes de la colombe”, le temps d’une période transitoire, et puis bien sûr avec Jacques Debary, inoubliable commissaire Cabrol. On le retrouvait une dernière fois dans le beau téléfilm “Victoire ou la douleur des femmes” de Nadine Trintignant, où il jouait un vieux passager de bus, lucide sur la guerre.

Yvan Foucart prépare un portrait sur lui – ainsi que sur Philippe Volter -, mais déplorons le silence sur sa mort, refrain archi-archi connu, signaler l’ingratitude des médias, même pour un comédien si populaire -. Il ne fait pas que continuer son “dictionnaire des comédiens disparus”, puisqu’il a fait, récemment de superbes portraits sur Giselle Pascal & Jany Holt. Chapeau bas Yvan !

Site du jour : Cinergie.Be foisonnant site sur le cinéma belge, et une base de données. On attend en vain, l’équivalent pour le cinéma français.

Marc Eyraud & Jacques Debary, dans “Les cinq dernières minutes”

4, 3, 2, 1, OBJECTIF LUNE

Au soir de mon 13742ème jour sur la terre, je regarde un navet d’anthologie ” 4…3…2…1… morte”, ” 4,3,2,1, objectif lune” en VF, de Primo Zeglio, sorti en 1967, voir fiche IMDB. J’ai eu personnellement une expérience de “rencontre du troisième type”, un dimanche matin calme, je vais au marché du livre du Parc Georges Brassens, et je tombe sur Édouard Balladur ! – c’est son fief en fait – je devais avoir l’air un peu circonspect car il m’a regardé drôlement. Cette anecdote a strictement aucun intérêt, mais quand on est nez à nez avec l’absurde, ça fait quand même un choc. Tandis que dans le film, quand deux astronautes Américains – mâchoires carrées – rencontrent une créature, figure de pomme de terre dans une combinaison de CRS, ils restent calme – question d’entraînement sans doute – alors que l’entité a désintégré armes et vaisseau spatial. La réalité dépasse l’affliction, comme disait Patrice Delbourg sur Michel Sardou ! Lang Jeffries, assez monolithique joue donc cet astronaute en mission sur la Lune, dans cet europudding – Anglo-saxons,Italiens, Allemands – assez croquignolet en mission pour récupérer un métal rare. Évidemment un film d’anticipation, ne ramène qu’à l’époque de son tournages, l’ambiance est très « sixties » aidé par des décors “cheap” très “Aujourd’hui Madame”, modèle de plateau TV, et une musique plaisante très “easy listening”.

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Nos deux cosmonautes regagnent la soucoupe escortée de la créature, qui enlevant son casque se révèle un robot avec un dentier ! Ils y retrouvent deux extra-terrestres, ayant figure humaine Ils sont beaucoup plus évolués, mais sont en pleine dégénérescence, car plus on avance en âge. Thora, la belle jeune femme du couple est en fait une femme libre et indépendante – révélant en passant la mentalité des scénaristes – au grand désarroi de Lang Jeffries qui précise que chez lui les femmes écoutent !   Le vieux sage extra-terrestre souffre d’une leucémie, nos amis vont donc rechercher un médecin en Afrique du Sud, s’en suit une vaine histoire d’espionnage, un peu sauvé grâce à la présence du grand méchant joué par Pinkas Braun – le second supérieur des « Brigades du tigre », son regard bleu acier étant assez efficace pour montrer la cruauté. Le film est très plaisant selon le degré, kitchissime à souhait, et bénéficiant lors de sa diffusion sur le cêble d’une copie magnifique. Lire également un article du site Wagoo évoquant les adaptations sur le personnage du Maj. Perry Rhodan, tirés des livres de Clark Darlton. Site du jour : Wagoo, oeuvre d’un passionné de SF.

BRAIIISSE DE NAIIISSE

Brice de Nice” est un phénomène de société c’est indéniable, il repose sur un personnage remarquablement caractérisé et écrit par Jean Dujardin, qui jouit d’un capital de sympathie remarquable. Quelque soit le média, le personnage a devancé le film, et grâce au web, a déjà viré au « culte ». Il est difficile de faire exister un personnage définissant à lui seul un univers. Pour preuve Fernand Raynaud a échoué au cinéma, et Raymond Devos, n’a pas su traduire son originalité à l’écran, dans « La raison du plus fou » qu’il a co-réalisé avec François Reichenbach. L’idée n’est cependant pas neuve, à l’exemple des sketches de Robert Lamoureux repris dans la série des deux films de Jean-Paul Le Chanois : “Papa, maman…”.

Le film de James Huth, est assez décevant, et traduit assez mal l’équivalent cinématographique de l’univers de Jean Dujardin. Mais les répliques sont cultes, et traverse désormais notre quotidien. Pour avoir vu ce film, en avant-première à Bordeaux – ils faisaient un marathon de salles, à travers la Gironde avec Bruno Salomone -, on pouvait constater que la majeure partie du public était acquise d’avance. En dehors le la performance de Jean Dujardin, seul Clovis Cornillac arrive a faire exister son personnage, amenant même un décalage et même une sensibilité. Élodie Bouchez et Bruno Salomone ont plus une présence qu’un véritable rôle. Les seconds rôles sont inexistants, de François Chattot, père de Brice, riche escroc couvant avec excès son fils, Mathias Mlekuz en avocat fatigué, Alexandra Lamy en fantasme, ou Patrick Ligardes en banquier névrotique. Il y a Antoine Duléry, formidablement sous-utilisé et venu en ami.

Jean Dujardin & Antoine Duléry

Invité par Pierre Bénard directeur de l’UGC Ciné-Cité de Bordeaux, j’avais bu un verre en compagnie de Jean Dujardin et d’Antoine Duléry, venu présenter en avant-première « Toutes les filles sont folles » avec la réalisatrice Pascale Pouzadoux. J’ai eu ainsi le privilège de voir deux formidables artistes modestes et attachant – Jean Dujardin venait de tourner “Les convoyeurs” et avait une cicatrice sur le nez venant d’une scène de bagarre du film, et dû à François Berléand ! Ce sont deux grands cinéphiles, et le talent que l’on peut voir est l’écran n’est qu’une capacité infime – Antoine Duléry, surtout – de leur art. Il fallait les voir, pour Antoine Duléry imiter Jean Gabin ou Michel Serrault, reprendre des dialogues de Michel Audiard, Jean Dujardin imiter Robert de Niro – son grand classique – et formidablement Charles Denner, lorsque l’on a évoqué le travail avec Claude Lelouch, et les tirades de “L’aventure c’est l’aventure”.

Pour l’anecdote, Antoine Duléry avait évoqué le téléfilm “caution personnelle” tourné en 2002, où il joue un petit entrepreneur écrasé par les difficultés. Comme tétanisé, il s’effondre, mais est aidé par sa femme – Anne Coesens, formidable -, après avoir été abusé par un ami banquier – Bruno Todeschini – en crise avec sa femme – Pascale Arbillot, parfaite – peinée de cette malversation. Voir la distribution que j’avais rajoutée pour IMDB.

France 3 avait annoncé ce téléfilm en septembre dernier, mais a été annulé parce qu’une banque, selon Télérama, s’est reconnue dans ce récit et à fait différer l’oeuvre à mai dernier ! J’ai pu le voir sur sous ce titre, très vite ensuite sur le câble. Mais la sortie sur France 3, ne s’est faite que sous le titre de “La belle affaire”. Curieux est le temps où une banque puisse interdire un sujet d’actualité.

LE BLUES DU PRE-TRENTENAIRE

Deux petits cousins, l’un sous lithium, l’autre sous oxygène, “Garden State” & “I love huckabees”, l’un semble virer au culte, l’autre irriter.

Garden State, il y a un travail magnifique, ici en France, de “Marketing” qui flirte sur la vague “Sideways” film d’Alexandre Payne. On prévend ce film comme déjà culte, sur des gens qui vous ressemble, souffrant de cette apathie qui semble s’abattre sur tout le monde – surtout Mézigue en ce moment d’ailleurs -. Le film de Zach Graff, figure dans le top 250 des films les mieux notés, des films sur IMDB, ce qui me laisse pantois ! Mais Braff – qui a déjà un univers, c’est déjà pas mal – semble un peu roublard, s’expose complaisamment – Un nombriliste sous calment – et insiste lourdement sur la moindre de ses trouvailles.

Braff a la chance d’avoir une distribution remarquable, qui donne de l’épaisseur à des personnages schématiques, il faut tout le brio d’un Ian Holm, pour faire exister ce rôle de père mal aimant-mal aimé, la radieuse Natalie Portman, en adolescente en quête d’amour, et Peter Sagarsgaard – décidément à l’aise dans l’ambiguïté – en désoeuvré plombé. La partie la plus intéressante me paraît le classique retour dans sa ville natale, du personnage d’Andrew Largeman assez bien vue, et la confrontation avec le regard qu’ont les connaissances qui restées et donc condamnée à vivoter – le jeune policier, les fossoyeurs, etc… -. Le chemin initiatique de “Large” est plutôt manichéen, entre des personnages incongrus, d’un groom libidineux, de receleur bucolique ou de médecin déballant sa vie sexuelle. Je suis en ce moment en train de regarder la saison 3 de “Six feet under” et ça ne supporte pas la comparaison.

Mais le film gagne sur l’air du temps entre indolence et inquiétude, la quête de l’âme soeur – vaste programme – dans des personnages où il est plus facile de faire preuve d’empathie. Une BO splendide donne l’illusion d’une oeuvre originale, mais on est loin de l’univers de Woody Allen ou de Paul Thomas Anderson, cités par les distributeurs qui ne sont pas les derniers pour la déconne – ils avaient annoncées “Le projet Blair Witch” comme le film le plus terrifiant depuis Shinning !” -. Le film de Zach Braff est une promesse de talent cependant, si le succès ne lui monte pas au nez. Attendons !

Plus singulier, plus novateur “I love huckabees”, si vous connaissez quelqu’un qui a aimé ce film présentez le moi, car je n’ai vu que le contraire. C’est un film attachant, choral, même si il y a un gros problème de rythme et qu’au final le film déçoit. La distribution détonne sur ce film choral, Jason Schwartzman ,rejeton de la tribu Coppola, est allumé et histrion. Il est la figure centrale de ce film en pré-trentenaire revanchard. On retrouve en couple de détectives existentiels – belle idée – Lily Tomlin jubile & Dustin Hoffman décale, Isabelle Huppert semble s’amuser de son image d’échappée de l’oeuvre d’Hal Hartley, Jud Law et Naomie Watts joue avec leurs images, Marc Walhberg prend enfin de la consistance, et on s’amuse à reconnaître Tippi Hedren et Talia Shire – soeur de… – ou Saïd Tagmaoui en griot éteint.

David O’Russell renvoie dos à dos, toutes les philosophies du mieux vivre, et d’aspirines de l’âme, dans un revival des sisties, à l’image du personnage de Richard Jenkins – le père dans “Six feet under” -, qui affublé d’une fausse barbe, se donne une bonne conscience en élevant un orphelin africain – scène incroyable du repas – ou le pacte final des pseudos gourous.  C’est un film cynique, salutaire et revigorant mais qui au final et inexplicablement manque sa cible, hélas…

Décidément le trentenaire déclinant que je suis va pouvoir, sur les écrans, compatir avec ses congénères ventres-mous, figurant en belle cible de ces types de films qui partagent ses “crises existentielles”. La mienne en se moment est, Maurice Chevit reprendra t’il son rôle de Marius dans “Les Bronzés 3”, on a les questionnements qu’on peut…

COMMENT PARLER DE LA FERME, SANS LA REGARDER

ALRJ

Sur “+ Clair”, une émission d’hier de Canal +, on organise un champ-contre-champ, d’un côté Alexia Laroche-Joubert, cerbère incolore et inodore – ce sont les pires – d’Endémol, de l’autre la dernière victime en date, du “quart-d’heure Wharolien”, Mallaury Nataf, expulsée de “La ferme” et voulant dénoncer la supercherie. Alexia Machin-Chose, boursouflée d’autosuffisance et de cynisme, explique que la parole est libre, mais que ce n’est qu’un jeu, et dénonce endémollement, la mauvaise joueuse.

Mallaury Nataf, explique avoir voulu dynamiter l’émission de l’intérieur, en tentant une sorte d’happening théâtral, – même si l’on voit un plan repris par “Arrêt sur images”, où elle vante la chaleur humaine “fermesque” -. Elle est évidemment victime de cette stratégie, et de plus elle ne recevra aucun argent, c’est la règle de ce “jeu” ! pour le premier départ. Devenir indigne, pour RIEN.

On pose la question à Frison-Roche-Hiver, sur cette participation gratuite. Elle n’a pas prévu le coup, annone quelques stupidités, avec la vélocité d’un lapin pris dans la lumière des phares. Les nouvelles “femmes fatales” sont très “girl-next-door” ces derniers temps. On peut la comprendre, elle a une revanche à prendre sur son enfance difficile, dans un hôtel particulier classé monument historique près de Beaubourg… Mais personne ne va prendre en sympathie, Mallaury Nataf, c’est dommage. Guy Carlier, l’avait rencontrée, selon son témoignage sur France Inter, elle lui disait son désespoir avant d’entrer à la ferme, et ne vivre que du RMI. La machine à broyer, TF1, n’a pas d’état d’âmes… Mais que fait le CSA !

Admis à la ferme(r)

Et le Patrice Carmouze, relativise, ricane, s’amuse sur ce jeu de massacre, critique les “indignes” participants et leurs saletés supportées, mais présente un livre sur le milieu de la télé, histoire de surfer sur ce succès, chez Thierry Ardisson, entre la descente aux enfers d’un enfant de star, une médium pathétique, et “La femme d’Arthur” qui vient jusqu’au dans nos bras égorger le cinéma – “Cavalcade” prochainement -.

A voir dans le zapping de Canal +, Patrick Dupond, “séniliser” avec des chèvres et Mme la Baronne, pratiquer l’autruche-fucking, – elle présente son cul à cette pauvre bête, dans l’attente de quelques piques, évidemment aller trouver un scénariste pour imaginer ça -, on compatit sur ce petit monde lobotomisé et nouvelle illustration pitoyable du “L’enfer c’est les autres” de Sartre. On attend des scènes cannibales, pour l’année prochaine, ils vont bien nous supprimer la nourriture.

A côté de ça les “Guignols” rivalisent d’inexistence, se moquant stupidement de Monica Bellucci et de l’ouvreuse de service “Laurent Weil”. On compatit bien sûr sur les déboires de Bruno Gaccio, et de son entrée dans “1984”, mais lui et son équipe – qui ne risque pas de lui faire de l’ombre – tournent en roue libre, et ne démordent pas sur moindre trouvaille, (“ouinezeyesagainstzeno”, pour la 8753ème fois). Heureusement qu’il y a “Grosland”, sur Canal + également, plus radical, plus drôle.

Le Festival de Cannes devrait être une respiration, mais on privilégie une icône trash “Paris Hilton”, ou insiste lourdement sur le glissement de la bretelle de Sophie Marceau – joli moment cela dit – . Seul Atmen Kelif, chroniqueur le temps du festival, apporte un peu d’air pur dans “Le Grand journal”… On attend encore le nouveau Guy Debord pour nous écrire une “Nouvelle société du spectacle”, avant de vomir un peu, à voir le déferlement de démagogie dans la dernière pub Total. Si l’on a la télé que l’on mérite, on ne doit pas valoir grand chose…