Skip to main content

LE COIN DU NANAR : CHERCHEZ L’IDOLE

   Sortie opportuniste à l’occasion de la sortie de “Jean-Philippe”, d’un coffret de quatre films “Johnny Hallyday, ses premiers pas au cinéma”, qui bénéficie même d’une version collector sous forme de guitare. Sur certains DVD, comme sur celui ci, il y a un petit clip anxiogène, “moi voler une télé, jamais !”, contre le piratage. Ca ne manque pas de sel, on le sait bien, il est difficile de voler un voleur, car cette édition, n’est qu’une sinistre arnaque pour les fans de Johnny. En effet, s’il est bien en vedette du jouissif “À tout casser” de John Berry, avec Eddie Constantine et Michel Serrault, il ne se contente que de simples apparitions dans “Cherchez l’idole” (1963), le somptueux “Les Ponettes” (1967), et un sketche face à Catherine Deneuve dans “Les parisiennes” (1961). On sait que la carrière de Johnny est parsemée d’apparitions ponctuelles, du gamin dans “Les diaboliques”, au marin bagarreur dans “Malpertuis”, où il devait passer par là puisqu’il vivait avec Sylvie Vartan, en passant par le sommet du film cornichon “Le jour se lève, et les conneries commencent” (Claude Mulot, 1981), où dans son propre rôle, il ne cessait de tomber de moto, dans une sorte de running gag assez désolant. Il fallait le voir enfourcher sa moto le bras dans le plâtre pour aller se viander un peu plus loin, saluons en passant sa capacité à l’autodérision. Si ce coffret ne peut qu’être décevant pour le plus grand inconditionnel de Johnny, c’est au moins l’occasion pour l’amateur de Nanar – dont je suis -, de retrouver quatre perles assez jubilatoire, dignes de figurer  dans “L’encyclopédie du cinéma ringard” de François Kahn, que je viens de découvrir, qui parle de “D’où viens-tu Johnny”, traité également ici même. Traitons ici de “Cherchez l’idole”, signé par Michel Boisrond, qui bon faiseur, donnait souvent d’honnêtes produits, souvent drôles et rythmés. Rien de déshonorant donc, et souvent il signait souvent des jolies comédies, non dénuées d’érotismes. Le film n’est qu’un prétexte pour présenter les idoles “yéyés” d’alors, et de ce fait devient un véritable document sur le début des années 60. Mylène Demongeot – en personne – emménage dans une belle villa en travaux. Invitée à l’Elysée, elle demande à sa bonne Gisèle – Berthe Grandval, une mignonne des sixties -, de veiller sur son diamant en forme de petit cœur, qu’elle souhaite porter pour l’occasion.

Mais Gisèle, tombe sur Richard, un carreleur aigrefin – Frank Fernandel, mauvais comme un cochon et qui prouve que le talent ne provient pas forcément d’un atavisme forcené -, qui s’empresse de la voler. Discret comme une vache, il réveille tout le quartier, et ne trouve rien de mieux que de planquer son larcin dans la réserve d’un magasin de disques, dans une guitare électrique avec l’aide d’un chewing-gum – mais il ressemble toujours à un ruminant, même quand FF ne le mastique plus avec nervosité -. Il envoie sa compagne Corinne, – Dany Saval, sorte de Frédérique Bel de la “La minute blonde”, du pauvre, l’ironie en moins -, chercher l’objet volé auprès du disquaire – Pierre Doris, très drôle -. Mais ce dernier a envoyé tout les modèles de la dite guitare auprès des idoles de la chanson française. Corinne finit par faire cavalier seul avec une copine – Dominique Boschero, sexy -, quand Richard se met à préférer la jolie Gisèle – on le comprend -, et finit par basculer dans la probité. Suit une course au trésor où l’on retrouve, dans leurs propres rôles, Sylvie Vartan, tétanisée de trac et rassurée par Bruno Coquatrix, l’improbable Hector, chanteur à chapeau haut-de-forme, les sympathiques “Surfs”, Frank Alamo tournant un scopitone déguisé en cow-boy, Harold Kay dépensant des trésors d’énergie pour tenir Jean-Jacques Debout éveillé, l’énergique et sensuelle Nancy Holloway, Johnny Hallyday, très poli, et Charles Aznavour, amusé, flanqué de l’insupportable Pierre Bellemare. On retrouve plusieurs seconds rôles, comme Claude Piéplu, crédité Piéplu et dont le nom du personnage est… Piéplu, en régisseur déguisé en cow-boy, Christian Marin en policier danseur dégingandé – moment le plus drôle du film -, Jacques Dynam en routier grincheux, Bernard Musson en passant indigné, Max Montavon en photographe homosexuel, dans son cabotinage habituel, Paul Bisciglia en inconditionnel aznavourien, les “Frères ennemis” – Teddy Vrignault et André Gaillard -, ici séparés, etc… On a même droit aux apparitions de Jean Marais, Daniel Gélin, Marcel Achard, Maurice Biraud, Juliette Gréco et Françoise Sagan, s’apprêtant à voir le spectacle de Sylvie Vartan. La cerise sur le gâteau c’est Dany Saval, l’une des plus mauvaises comédiennes de l’histoire du cinéma français, sa voix est aussi horripilante qu’une craie sur un tableau, elle s’agite énormément et finit par nous crisper sérieusement. Plus connue pour ses mariages avec Maurice Jarre et Michel Drucker, elle est tellement caricaturale, qu’on finit par croire que Fernandel junior a du talent, c’est dire ! Au final c’est plaisant, limite ringard et c’est un bel instantané de nos amis des “idoles des jeunes”.

CHRONIQUE D’UN NAVET ANNONCÉ

 “Basic instinct 2 : Risk addiction”, rassurez-vous vous ne risquez rien ! Sur un canevas d’une inquiétante fragilité, Catherine Trammel, la romancière bien connue sévit à Londres et les meurtres imaginés dans ses livres prennent corps dans la réalité, voici donc cette séquelle tardive de “Basic Instinct”. On connaît la genèse mouvementée du film, plus intéressante que le résultat final. Côté thriller, esbrouffe, clinquant et ennui à signaler, côté scènes “hot”, RAS, exit les scènes croquignolettes et l’obscénité bouffonne de Verhoeven, qui est lui, un grand metteur en scène… Saphisme, triolisme et tutti quanti figuraient dans trois scènes coupées au montage final. On n’aimerait pas être à la place d’Anne Caillon, belle comédienne qui se targuait partout de sa participation au film – à l’instar de son apparition dans l’émission “Tout le monde en parle” – et qui se retrouve à la trappe. A moins d’une hypothétique version intégrale DVD pour une roublardise de plus… Sharon Stone donne plus d’énergie à assurer une promo marathon qu’à donner un résulat probant. Nous avons droit à un grand numéro d’un opportunisme poussif – Sharon devant le “Mur des Lamentations”, Sharon contre le CPE, Sharon met du vert à lèvres, Sharon contre “Mary Poppins”, etc… -. On la préfère quand elle parle de rangements de placards chez Jarmusch, qu’ici, en appas pétrifié. Il aurait été plus intéressant de laisser éclater une beauté naturelle d’une femme de 48 ans, que de nous régaler de son joli minois échappé du musée Grévin. La comédienne est célèbre pour son Q.I. élevé, évidemment prouvé par ses choix artistiques assez désolants, à part Martin Scosese – Ah, le remake des “Diaboliques”, sommet du film cornichon -. Elle a trouvé un partenaire qui ne risquait pas de lui faire de l’ombre, David Morrissey, falot membre de la prestigieuse “Royal Shakespeare Company”, et qui nous montre tout son art en haussant les sourcils à la moindre contrariété. Il joue un psychiatre, qui est d’ailleurs l’un des plus improbables de l’histoire du cinéma mondial, il tombe évidemment amoureux de la belle, alors qu’il est chargé d’analysé le phénomène.

David Morrissey & Sharon Stone, le monde est stone…

Est-ce de l’humour d’avoir appelé le personnage “Andrew Glass”, est-ce une allusion au regret de ne plus avoir Michael (Dou)glas, où est une petite perfidie de plus pour nous présenter un acteur transparent – Glass = Verre -. Je m’insurge contre l’article de “Libération”, Gilles Renault qui en parlant de lui le déclare “aussi expressif qu’une méduse”, pourquoi charger ce pauvre animal qui a déjà une si triste réputation. C’est donc le “miscast” de l’année.  Charlotte Rampling – même si elle cite Lacan -, n’a strictement rien à faire, on pouvait attendre un élément un peu vénéneux vu son parcours. Les autres comédiens sont des ectoplasmes. On peut d’ailleurs jeter un voile pudique On ne peut sauver ici que le cabotinage assez réjouissant de David Thewlis, en sous “Hank Quinlan” – le personnage joué par Orson Welles dans la “soif du mal”. Thewlis en rajoute, avec une bonne dose de drôlerie, retrouvera t’il un jour un personnage à la hauteur de son rôle dans “Naked”, on le lui souhaite, car il se perd trop souvent en “guest” de luxe, de films improbables. Souvenons nous avec émotion de “L’île du docteur Moreau” où il arrivait presque à être aussi mauvais que Marlon Brando et Val Kilmer, ce qui tient de l’exploit. Peut-on tenir rigueur à l’honnête Michael Caton-Jones, qui devait avoir une latitude assez faible, il a dû penser pouvoir mettre quelques touches personnelles, comme une vision de Londres moderne, l’équivalent au fameux décroisement de jambes stonien, – largement commenté, mais assez subtil finalement -, et la vision d’un immeuble phallique. Le film est finalement à l’image du célèbre pic à glace, qui ici sert… à casser de la glace, c’est vain, à la hauteur de la non-attente du film. La machine tourne à vide, on attend la chute finale avec impatience, la vision du film nous faisant regretter de ne pas avoir de facilité à dormir en salle, elle signifie ici par son manque total d’intérêt au moins que le film touche à sa fin. Marketing, marketing… le cochon de payant ne te dit pas merci, pour cette oeuvrette que personne ne saura savourer même au 8627ème degré.

LA DOUBLURE

    Le cinéma de Francis Veber, c’est un peu comme le restaurant où vous avez vos habitudes, vous trouvez que c’est copieux, sans surprises, plutôt bien fréquenté, pas trop cher au vu du résultat, pas trop original même si le chef s’évertue à vous faire croire avec son bagou que c’est un maître-queue. Et puis un jour vous en sortez, ballonné, un peu écœuré, avec des crampes dans l’estomac et vous vous mettez à vous étonner de sa réputation, des éloges de ses pairs, et des guides gastronomiques. Car Francis Veber bénéficie de la politique des auteurs, et jouit d’une véritable considération. C’est un malin, roublard – son gimmick pathétique du personnage de François Pignon -, un don pour capter un air du temps, un mécanisme d’horlogerie d’accord, mais qui ferait un bruit de pendule normande, vous empêchant de dormir la nuit. On rit avec cette “doublure” comme acquis d’avance, en suivant le troupeau pavlovisé. Veber du haut de sa suffisance et de sa terreur toute Doillonnienne de faire refaire un plan jusqu’à trouver sa petite musique, le ton juste, et la mise en scène dans tout ça… Des champs contre-champs, une fausseté de convention qui ne nous fait jamais nous attacher aux personnages et nous convie à rire contre eux, des pantins chargés dans la grande tradition du vaudeville français version gros rouge qui tâche. Tout ici est dans la fausseté, des décors dignes d’une des pires captations télévisées, et les transparences d’un autre âge dans les scènes de voitures, nous font penser que l’on assiste actuellement à la pire régression de notre cinématographie nationale. Et ça marche, ça cartonne même, les gens applaudissent à la fin, on finit par se retrouver pisse-froid de service. Mais on veut bien d’une comédie vite oubliée, mais au moins qui garde une modestie dans son propos…. On peut certes aussi jouer avec les conventions pour mieux les dynamiter, comme un Bertrand Blier, mais il n’en est rien ici.  

Francis, tu t’es vu quand tu frimes !

Veber ne supporte pas que l’on amène un semblant de talent à son œuvre, désavoue Philippe de Broca quand il nous livre un “magnifique” jubilatoire, cède aux sirènes hollywoodiennes et nous régale d’interviews convenues. Le cinéma est riche d’écrivains et d’auteurs, donnant ses lettres de nobles au cinéma français – de Pagnol à Guitry -, Veber a du talent mais n’innove jamais, répète son système à l’envi. Il féminise ses personnages dit-on, mais pour en faire quoi, des caricatures, malgré le talent de ses interprètes – Alice Taglioni en mannequin tendre version – et assez improbable d’ailleurs – “Trop belle pour toi”, Kristin Scott-Thomas en épouse pas dupe, Virginie Ledoyen en amour platonique romantique -, mais l’humanité des personnages est inexistante. Certains arrivent à tirer leur épingle du jeu dans ce petit jeu là, comme Michel Aumont jubilatoire en toubib hypocondriaque – chacune de ses apparitions nous est un absolu régal, pourtant son personnage est archi-convenu – et Richard Berry est parfait en avocat cynique et cauteleux. Mais Daniel Auteuil est presque quelconque – c’est bien la première fois -, Gad Elmaleh, Danny Boon font ce qu’ils peuvent pour donner une âme à des stéréotypes. Alors on se raccroche aux seconds rôles, vieille habitude rengaine, mais on ne trouve ici que des ectoplasmes, des semblants de rôles, des figurants de luxe. Philippe Magnan n’a rien d’autre à faire qu’à bougonner en silence, on retrouve des fidèles veberien mais marionnettisés à souhait  – Philippe Brigaud, Laurent Gamelon -, les nouveaux se contentent d’ombres – Paulette Frantz taxidermisée, Philippe Béglia manièrisant, Patrick Mille rodant son antipathie habituelle, Michel Jonasz perdant sa singularité, Michèle Garcia mamantisant – trop jeune pour le rôle -, telle une zombie -. J’ai mes indulgences ici, surtout dans la comédie, genre que j’affectionne particulièrement, mais nous livrer une œuvre faisandée comme ici – Bernard Stora avait déjà raconté la même histoire en 1988 dans “La petite amie” avec Jean Poiret et Jacques Villeret. De Francis Veber ou du cinéaste le plus surestimé du cinéma français… 1h25 ça peut être très long parfois. Usé et usant…

JEAN-PHILIPPE

 Avant-première à l’UGC-Cité-Ciné Bordeaux du film “Jean-Philippe” en présence de Fabrice Luchini, tout épaté dite il d’être venu en jet privé pour cause d’emploi du temps surchargé. Voir Fabrice Luchini en promotion tient à la fois de la jubilation et de l’épreuve si vous avez le malheur de tenter de lui poser une question. Je me souviens de sa présentation de “Rien sur Robert” dans ce même cinéma. La femme qui partageait ma vie alors, n’avait pas pour vertu première l’exactitude. Il y avait deux salles remplies, elle finit par me retrouver et en voulant me rejoindre et passe allégrement devant le sieur Luchini, sans le voir, qui s’apprêtait de faire son entrée. Coupé dans son élan, il fallait voir son air proche de la poule découvrant un fer à repasser. Résultat il avait un peu perdu le fil, il est un peu resté interdit, avec de fuser dans tous les sens. Ce jeudi soir après une entrée triomphale, il nous livre son numéro survolté et ingérable habituel, chante avec un fan de Johnny à la voix rauque, qui l’appelle “M. Prechini” !, et répond comme il souhaite aux questions des spectateurs, évitant consciencieusement de parler de lui. J’en ai d’ailleurs fait les frais, me plantant allégrement et lamentablement à la fois – il vous coupe pour interroger une autre personne en même temps. Résultat j’ai réussi à être suffisamment traumatisé pour arrêter de prendre la parole en public durant le siècle à venir. On sent bien la volonté luchinienne de tout contrôler – il insistait énormément pour que l’équipe présente passe un disque -. Il s’auto parodie un tantinet – déclarant à tout instant “c’est énôôôrme !”, et brocarde Johnny Hallyday, quand ce dernier lui parle de “ta Fontaine” en évoquant “La Fontaine”, tout en le défendant contre les sarcasmes habituels – il n’est pas à une contradiction près -. Bref le numéro est rodé, plaisant, élaboré, bien que visiblement fatigué ce soir là, il s’est dépassé, nous livrant un jubilatoire numéro. On sent bien sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, son besoin d’être aimé. Et le film alors, et bien il est à la hauteur de sa brillante idée, sur le modèle bien connu des amateurs de fantastique, l’uchronie. Si vous avez échappé à une promo intensive, c’est l’histoire de Fabrice, un cadre moyen – Luchini en fan survolté -, peu accorte avec sa secrétaire – Christine Paolini, dans la résignation -, vit une vie tranquille. Mais il a une dévotion dévorante pour Johnny Hallyday, qui est presque pour lui une raison de vivre. Il a une pièce au grenier, véritable lieu de culte dédié à son idole. Il délaisse sa femme – Guilaine Londez toujours énergique – et sa fille – Élodie Bollée punkette compréhensive -, pour cette passion.

Carlo Nell, le retour… & Fabrice Luchini

Un choc de trop un soir de cuite avec un voisin râleur et il bascule dans une dimension où Johnny n’existe pas – ni Rocky Balboa, curieux univers tout de même… -… Il part à la recherche des “Jean-Philippe Smet”, le vrai nom de Johnny connu de tous, y compris ses homonymes – dont Éric Averlant amusant -, histoire de voir s’il existe toujours sans avoir connu son statut de star…Je vous laisse découvrir la suite, car il y a des trouvailles probantes, des évocations émouvante et pudique de la carrière de Johnny, et quelques cameos amusants dont un des comédiens crédités sous le nom de Bernard Frédéric au générique qui est une amusante citation d’un film récent à succès. Luchini se déchaîne comme un beau diable dans un rôle écrit sur mesure, on n’ose imaginer le film sans lui tant il porte le film. Mais la véritable surprise vient de Johnny en personne qui trouve ici son meilleur rôle finalement. En campant un Jean-Philippe Smet, propriétaire d’un bowling, qui a laissé sa place de vedette à un certain Chris Summer demeuré inconnu dans notre dimension. S’il parfois assez juste dans des rôles proche de son personnage chez Laëtitia Masson et ou chez Godard, il n’avait jusqu’ici – même chez Godard, Patrice Leconte ou Costa-Gavras – dans “Conseil de famille” où il avait déjà Luchini comme partenaire – me semble-t’il – trouvé un personnage ou il pouvait exprimer auto-dérision ou une humanité. Le duo Luchini-Hallyday, aux antipodes l’un de l’autre fonctionne parfaitement. Dans le rôle de Summer, Antoine Duléry nous livre une réjouissante composition, vedette suffisante et revancharde, il est en plus parfaitement crédible, rajoutant à son personnage une bonne dose d’humour. Si certains rôles sont assez sacrifiés – Caroline Cellier en mme Smet et Barbara Shulz n’ont pas grand chose à ce mettre sous la dent -, on s’amuse à retrouver des comédiens singuliers comme Carlo Nell – perdu de vue depuis longtemps – en pilier de bistrot barbu, François Toumarkine, l’un des chouchous de ce blog en clochard compatissant, Jackie Berroyer avec des postiches improbables est un professeur décalé, Christian Pereira en collègue goguenard. Je n’ai pas reconnu Lisa Lamétrie pourtant crédité au générique – rôle coupé au montage -. Il convient de saluer Laurent Tuel et sa mise en scène, après le singulier “Rocher d’Acapulco” et le mésestimé ” Un jeux d’enfants”, il arrive à installer un climat assez angoissant et nous régaler d’un humour de qualité. La signature de “Fidélité” à la production est un réél gage de qualité encore une fois ici.

LE PASSAGER

 Premier film d’Éric Caravaca, l’un des comédiens les plus probants de sa génération. Tiré d’un roman d’Arnaud Cathrine “La route de Midland”, il s’agit ici d’un portrait âpre, sensible d’individus qui n’ont pas de dons particuliers pour la vie et qui trimbalent avec eux leurs difficultés, en les subissant plus ou moins. Thomas  – Éric Caravaca dans l’introversion, qui a repris au pied levé ce rôle après une blessure du comédien Yann Goven -, qui vit à Paris, retourne sur la Côte d’Azur pour s’occuper de l’inhumation de son frère aîné, Richard, qui vient de suicider. Il ne voyait plus son frère – Rémi Martin, au parcours chaotique ces dernières années idéal dans un rôle presque spectral -, qu’il ne tenait pas dans une grande estime, il avait même gardé une rancœur, quand il s’était retrouvé seul avec lui, son père étant absent et sa mère étant devenue folle. Marié, avec un enfant, il se retrouve seul pour s’occuper de son enterrement, il doit aussi réfléchir au devenir de sa maison familiale, dans laquelle il a gardé de mauvais souvenirs. Conseillé par un vieil ami de la famille qui s’occupe d’une petite boutique – Maurice Garrel, superbe de retenue -. Pris par ses contradictions, et paralysé par ses interrogations, il s’installe dans un petit hôtel tenu par une jeune femme, Jeanne – Julie Depardieu, qui décidément prouve dans l’actualité de ses quatre films, sa capacité de composition et d’émotion -. Le cauchemar du réel le paralyse, il s’attarde dans les lieux sans rien régler, s’attache au petit frère de Jeanne, Lucas – Vincent Rottiers, la révélation des “Diables” beau film de Christophe Ruggia, impressionnant ici dans sa rage de vivre -. Lucas est un peu sourd, complexé avec les filles, mais retrouve sa liberté sur sa moto jaune qu’il trafique pour qu’elle pétarade. Jeanne assistée d’un employé jovial – Maurice Bénichou incarnant la poésie du quotidien -, attend en fait Richard. Malgré une union mouvementée, elle garde espoir de le retrouver, mais Thomas, par lâcheté ne trouve pas le courage de lui annoncer sa mort….

Julie Depardieu & Maurice Bénichou

Le film ici est lucide, montrant l’approche du travail du deuil, comment retrouver l’énergie de vivre, la difficulté de se confronter avec ce que l’on a enfoui dans sa mémoire – belles scènes avec la toujours formidable Nathalie Richard, chanteuse de cabaret réaliste nerveuse -. Le personnage de Thomas est dans un tournant de sa vie, libéré de la forte personnalité de son frère, il essaie avec maladresse de retrouver ses marques, de prendre un nouveau départ, prenant exemples sur ses compagnons d’incertitudes trouvés dans cette occasion. Il doute, mais il avance, toutes ses inquiétudes refaisant surface, il réfléchi à comment régler ses comptes avec son passé pour enfin exister un peu. Quelques beaux sites de Saintes-Maries-de-la mer, sont vus d’une manière singulière, les lieux, devenant presque inquiétants sont chargés de tristesse, d’une lumière d’hiver angoissante, d’étendues de plages baignées dans une lumière blafarde, en parfaite adéquation des états d’âmes des personnages. Saluons le travail de la chef opératrice Céline Bozon, la superbe musique lancinante de Grégoire Hetzel et la manière de filmer ces lieux rendant un sentiment de désolation. Ce film est une est une méditation pleine de retenue, d’intelligence et de vie sur la difficulté de vivre avec les fantômes de son passé. Ce film intimiste évoque bien sûr “Son frère” de Patrice Chéreau, avec également Éric Caravaca, mais nous montre ici une grande maîtrise, une justesse, et beaucoup de pudeur. Un cinéaste et un comédien à suivre…

MORT DE RICHARD FLEISCHER

Mort d’un des cinéastes les plus originaux du cinéma américain. A son sujet, Stéphane Bourgoin lui avait consacré un très bon livre, hélas épuisé (Éditions Edilig, 1986). Du merveilleux, avec une des meilleures adaptation de l’œuvre de Jules Verne (“20.000 lieux sous les mers”, “l’heroic fantasy” “Conan le barbare” (1984), les films fantastiques le plaisant “Voyage fantastique” (1966) et surtout “Soleil vert” (1973), l’un des meilleurs films d’anticipation, à l’âpre “Étrangleur de Boston” (1968) sombre étude de mœurs autour d’une traque d’un tueur en série – l’un des meilleurs rôles de Tony Curtis, “L’étrangleur de Rillington Place” (1971) redécouvert il y a peu au cinéma de minuit sur France 3, était une autre réussite sur ce même modèle –, il avait une palette suffisamment large pour laisser sa marque même dans des commandes improbables. On lui doit des petits bijoux du film noir “Bodyguard” (1948), “L’assassin sans visage” (1949) etc… et de bons films d’aventures ou de genres “Les vikings” (1957), “Barabbas” (1962), on aimerait d’ailleurs voir “Che” (1969) ne serait-ce que pour découvrir Omar Sharif en “Che Guevara” et Jack Palance en “Fidel Castro” ! Il valait beaucoup mieux que sa réputation d’habile faiseur.

AURORE

 La position d’un spectateur est délicate quand il ne parvient pas à adhérer au propos d’un film, et que le metteur en scène, ici Nils Tavernier vient avec ferveur, un peu sur la défensive, défendre ce film, comme ce vendredi soir 24 mars à l’UGC-Cité Ciné Bordeaux. Je suis resté, hélas, à la porte de cet univers onirique, peut être déconcerté de ne pas retrouver la force du “Peau d’âne” de Jacques Demy ou celui de l’univers de Jean Cocteau. On ne peut cependant que louer la liberté de ce réalisateur, d’avoir réussi à faire ce qu’il avait voulu, ce qui risque, il en est bien conscient, de ne plus se reproduire. Le film est pourtant original, et Nils Tavernier a montré avec ses documentaires une acuité particulière au monde, une innovation constante – les images de synthèse pour “L’odyssée de la vie” (2006) sur France 2, des témoignages rejoués par des comédiens pour préserver l’intégrité d’anonymes qui parlent librement de leurs vies sexuelles –”Désir et sexualité” (2004) sur France 3. Le film vaut par la prestation de Margaux Chatelier rayonnante princesse Aurore, qui concilie grâce, dextérité – beau ballet spectaculaire sur des pointes, quand elle veut montrer son amour à un peintre – Nicolas Le Riche, excellent danseur mais piètre acteur -. La jeune danseuse était présente également ce soir là, elle est originaire de la Gironde, il fallait voir son radieux sourire, que l’on sent contenu durant tout le film. François Berléand – pressenti tout d’abord pour jouer le conseiller – donne de l’épaisseur à son personnage de roi défait et désargenté et Carole Bouquet avec son port altier nous fait croire sans difficulté qu’elle a été une brillante danseuse et digne. Thibaut de Montalembert fait par contre ce qu’il peut avec son personnage caricatural du conseiller du roi, fourbe sans panache. Mais Monique Chaumette en gardienne des souvenirs, nous ramenant à l’un des meilleurs films de Tavernier père “La passion Béatrice”, est émouvante.

Carole Bouquet, Anthony Munoz & François Berléand

Les scènes de danses sont remarquables, parfois sensuelles, grâce à la chorégraphie originale de grands noms de la danse comme la mythique Carolyn Carlson, qui a adoubé le choix de Margaux Chatelier et la musique de Carolin Petit qui est remarquable. Mais le tout installe une petite distance si on n’est pas initié à cet art, il faut dire que le scénario est assez terne, malgré l’intervention de Jean Cosmos, dans ce royaume où la danse est bannie. Si à voir Nils Tavernier, on ressent sa pudeur – il chuchote volontiers les indications aux comédiens, il a un parcours d’acteur assez étonnant chez son père ou Catherine Breillat pour comprendre les comédiens -. Exigent et précis, il était un peu chagriné par les plaisanteries habituelles de François Berléand sur le tournage – arborant un panneau P.S.G. sur son dos et faisant rire la belle Margaux dans des scènes dramatiques -, le comédien a compris le climat que voulait installer le réalisateur. Il a bien sûr râlé devant l’effort des contraintes de son costume de roi – 25 kilos + 3 de couronne !  – et une chaleur accablante, mais a finit par être séduit par les scènes dansées. Tout comme un technicien, présent sur le plateau et roulant un peu les mécaniques, certaines personnes verseront une petite larme, il y avait des témoignages sensibles du public pour le confirmer. On voudrait aussi adhérer sans réserves avec le projet ouaté, risqué, naïf – sans sombrer dans la guimauve – et singulier de Nils Tavernier,  son intégrité à défendre son film, vraiment original… Mais cette tentative déçoit plus qu’elle ne séduit, c’est très dommage….

CAPOTE

 Nouveau “biopic”, avec ce film, “Truman Capote” en V.O. . C’est le premier film de Bennett Miller et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, adapté d’une biographie de Gerald Clarke.. En 1959, le romancier, adulé de son vivant,  Truman Capote se passionne pour le massacre crapuleux, d’une sauvagerie implacable, d’une famille de quatre personnes, dans une petite ville rurale du Kansas. Accompagné de son amie d’enfance Harper Lee – Catherine Keener, superbe de retenue -, il se rend sur place pour enquêter, après avoir convaincu le journal “New Yorker” de le commanditer, histoire de confronter son œuvre avec une réalité brute. Ce projet va finalement prendre 5 ans de sa vie pour ce qui sera son dernier ouvrage. Assez d’avis avec Christine Angot donné dans l’émission “Campus” sur France 2, on peut s’étonner de voir la description assez négative de Truman Capote, dans les critiques ou les avis du public, alors que les deux tueurs sont assez dédouanés. Il y a une même fraternité d’âmes entre Capote et l’un d’eux, Perry Smith – usant de ruses, d’ambiguïté et de séduction, parfaitement rendues par le jeu de Clifton Collins Jr. -. Ils ont peut être en commun la même monstruosité, si le destin l’avait pas voulu  autrement, pour reprendre l’une des répliques de mémoire : “c’est un peu comme si j’avais grandi avec lui dans la même maison. Il serait sorti par la porte de derrière et moi par celle de devant”. Capote cherche à comprendre l’attitude des deux meurtriers, avec un cynisme défensif, fasciné par cette violence, il décortique le parcours de deux prisonniers dans l’attente de leur exécution, passant de la compassion à l’indifférence. L’incarnation de Philippe Seymour Hoffman, dont le talent n’est plus à prouver depuis longtemps, dans le rôle titre est formidable, dans les attitudes et le timbre de voix. Il était fortement d’ailleurs fortement impliqué dans ce projet. Loin d’un numéro d’esbrouffe laborieuse, ou d’un cabotinage attendu dans ce type de rôle pour une personnalité homosexuelle, mondaine et alcoolique, il évite tous ces pièges, pour une composition tout en nuances. De sa quête de la vérité, à la première lecture de son livre, il restitue avec humanité la richesse de son personnage new-yorkais. Il a réussit à nous montrer l’essence du personnage au-delà de l’idée de performance, le travail, intensif de l’acteur pour le rôle, ne se voyant pas à l’écran.

Dans cette lignée, je ne vois que peu d’exemple, mais citons Philippe Clévenot dans “Elvire Jouvet 40”, ou Michel Bouquet dans “Le promeneur du champ de Mars”. Tout en nuance, entre égocentrisme, failles multiples, il est tout aussi probant quand il fait preuve de brio dans la haute société, que quand il se fait admettre dans l’Amérique profonde, où les autochtones le regardaient de prime abord, comme une improbable personnalité ambivalente. Il est amusant de se souvenir alors de Truman Capote acteur, qui ne déméritait pas d’un casting all-star, dans l’amusant “Un cadavre au dessert” que cite Docteur Orloff et Mister Pierrot, dans son article. L’oscar et le golden globe du meilleur acteur 2006, sont ici amplement mérités, tant il Le rapport Capote-Smith est décrit ici avec beaucoup de retenue et de justesse, chacun manipulant l’autre. L’écrivain, pour avoir l’œuvre de sa vie fait preuve de pionnier dans la restitution de ce fait divers – il a ouvert une voix dans l’écriture de romans de non-fiction, largement galvaudée depuis, on se souvient depuis, du “forcément sublime” durassien face à l’affaire Vuillemin. Il dissèque, observe, se renseigne avec les témoins et les policiers locaux – formidable incarnation de Chris Cooper, connaissant les victimes, et incarnant la probité – fraternise avec les tueurs, ouvre les cercueils, et finalement se brûle à vouloir obtenir la vérité. Bennett Miller, dans la stylisation rend parfaitement les abysses de contradiction des personnages, installe un climat fascinant en adoptant un ton feutré et restitue en évitant les écueils de la reconstitution, le début des années 60. Tout ici respire l’intelligence, jusqu’à l’écriture des seconds rôles de Bruce Greenwood dans le rôle de Jack Dunphy, amant écrivain délaissé mais compréhensif de Capote, ou Bob Balaban, probant dans le rôle de William Shawn, un éditeur compréhensif. A ne pas rater la diffusion de “De sang froid” de Richard Brooks, ce mercredi 29 mars, à 22h40 sur Arte, adaptation du célèbre roman éponyme.

LE FEU FOLLET

 Louis Malle semble enfin sortir d’une sorte de purgatoire. Il fallait entendre Serge Toubiana et Maurice Pialat ironiser sur son talent dans un festival… Les récentes rétrospectives de la Cinémathèque et du festival d’Angers, ainsi que la ressortie en DVD d’une partie de ses films, donnent l’occasion enfin de le reconsidérer. Il y a eu un malentendu sur ce réalisateur venant d’une riche famille du Nord, la dynastie des Béghin-Say, magnats du sucre, mais il n’aura eu de cesses que de se révolter contre son milieu d’origine. “Le feu follet”, disponible désormais en vidéo, chez Arte Vidéo, est une œuvre particulière dans sa filmographie, sorte de vertige pessimiste. C’est un film qui a ses adeptes, je me suis retrouvé dans le témoignage de Mathieu Amalric dans le bonus, pour l’avoir vu à plusieurs périodes de ma vie, et restant marqué par ce film de manière indélébile. C’est selon la formule d’Ozu, je crois, “Un film qui nous regarde”, nous désosse, nous renvoie à nos propres angoisses, même si le regard évolue avec le temps. C’est l’adaptation on le sait du roman de Drieu La Rochelle – Louis Malle avait eu un projet abandonné sur les nuits parisiennes -, qui s’est suicidé de la manière que l’on connaît. Ce roman se passant dans les années 20, inspiré du suicide du romancier Jacques Rigaut. Habilement transposé dans les années 60. Louis Malle était d’ailleurs assez dépressif à ce moment – il faut le voir le voir assez affecté dans une interview de 1963, face à Françoise Sagan, définir le vieillissement comme le fait de devenir une chose assez dégoûtante ! -, et avait même pensé à interpréter le film lui-même. Il a trouvé en Maurice Ronet, en interprète idéal, impressionnante posture d’une grande lassitude de l’être, tel un astre blafard. La musique d’Érik Satie –  les Gymnopédies et Gnossiennes, est en parfaite adéquation avec cette flânerie dépressive, rarement on a vu sur un écran une incarnation aussi tangible du spleen -.

Jeanne Moreau à Maurice Ronet : “Tu as l’air d’un cadavre !”

Le personnage principal, Alain Leroy, n’a pourtant rien, au départ pour susciter la compassion, c’est un dandy assez oisif, honorant ses conquêtes féminines sans flamme et a eu des sympathies avec l’O.A.S. depuis son service militaire en Algérie. Mais c’est un homme défait que l’on retrouve en cure de désintoxication dans une clinique huppée de Versailles, qu’on le découvre, avec sa maîtresse de passage – touchante Léna Skerla -. Il végète dans sa chambre, emménagée telle une prison dorée, il inscrit sur le miroir la date du 23 juillet, avant de sortir d’une mallette de jeux de cartes, une arme cachée… Sa décision est prise, se supprimer. Le directeur de l’hôpital – Jean-Paul Moulinot, sérieux paternaliste -, le déclare guéri. Il se révèle assez inadapté aux contraintes du monde extérieur, – il demande des cigarettes étrangères dans un bistrot de Versailles qui lui déclare ne pas en avoir la demande -. Il finit par sortir et part pour Paris, pris en stop, pris en charge par deux livreurs des Galeries Lafayette – dont Hervé Sand, mort prématurément, prestation curieusement oubliée dans le dictionnaire de Raymond Chirat, hâbleur et bon vivant, avec lequel il parle des besoins d’argents -. De retour à Paris, ses connaissances s’étonnent de sa mauvaise mine. A la rencontre de ses anciens amis, il retrouve son ami Dubourg – admirable Bernard Noël, trop tôt disparu lui aussi, décidément, campant un personnage très touchant – qui a trouvé son équilibre entre sa femme – Ursula Kubler à la personnalité singulière -, sa fille et sa passion de l’égyptologie. Dubourg tente de lui redonner le goût de la vie, mais Leroy, trop dans la lucidité, ou trop dans l’aveuglement, ne vois dans la vie de son ami qu’une trop grande compromission. Il erre ensuite entre ses amis snobs – Jeanne Moreau donnant une grande intensité à son cours rôle d’ancienne amoureuse, Alain Mottet en poète opiomane, ou un couple hautain – Alexandra Stewart et Jacques Sereys, faussement compatissant – invitant un écrivain mondain – Tony Taffin, dans la suffisance -. Il finit par s’insurger contre ses anciens amis de l’O.A.S. qu’il traite de Guignols – dont Romain Bouteille, déjà probant dans le rôle d’un personnage désinvolte -. Autour d’Alain Leroy, les personnages sont très justement écrits, des pensionnaires de l’hôpital – étonnant Hubert Deschamps en homosexuel maniéré, Yvonne Clech en femme blessée et maternelle -, les anciennes connaissances – Micha Bayard en employée d’hôtel, etc… – ou le jeune  – Bernard Tiphaine – qui prend la même direction dans la dérive alcoolique -. L’itinéraire de cet homme alcoolique, donnant son rôle le plus probant de Maurice Ronet, qui tournait en même temps « Le puits et le pendule » pour Alexandre Astruc et qui avait perdu 15 kilos pour le rôle. Défait, désabusé, il montre le dégoût de la vie, sa difficulté de résister à reboire, dans un monde où la tentation est permanente. Cette lutte contre l’alcoolisme est montrée de manière documentaire – la réaction après le premier verre -. Hors du temps, ce film reste une œuvre admirable et universelle, d’une formidable noirceur, mais c’est un portrait sans concessions, et un itinéraire remarquable d’un homme qui a perdu la raison de vivre. Un grand classique…

SAUF LE RESPECT QUE JE VOUS DOIS

 C’est le premier long-métrage de Fabienne Godet, après le très prometteur moyen-métrage de 1999 “La tentation de l’innocence” avec Emmanuelle Devos et Antoine Chappey. Ce film âpre et poignant, décrit avec justesse le monde du travail.  L’action se passe dans une entreprise moyenne dirigée par un homme cynique, souvent odieux, et calculateur – Jean-Marie Winling adoptant une convivialité de façade, il est ici idéal pour ce type de rôle -. Il a dans le collimateur Simon, un employé impulsif et prompt à revendiquer ou à briser le ronron de la soumission ambiante – Jean-Michel Portal, poignant, jouant subtilement la colère rentrée -. Entre eux deux, François Durieux – magistral Olivier Gourmet, un comédien de la trempe d’un Harry Baur ou d’un Michel Simon, capable de susciter des émotions même de dos -, modère les tensions au sein du groupe d’employés. Ces derniers sont résignés – Pascal Elso, très juste en homme timoré -, compatissant – Martine Chevallier brillante –, craintifs – Guy Lecluyse convaincant – ou suffisants – François Levantal, grand numéro du cadre arrogant et narcissique -. Ils forment une petite humanité craintive redoutant la précarité et supportant une oppression sourde. Les pressions sont très fortes, François les tolère en prenant du temps sur sa vie familiale, ratant même l’anniversaire de son fils pour être disponible aux obligations constantes. Son couple avec est solide, sa femme étant compréhensive – Dominique Blanc superbe de retenue -.Mais peut-on tolérer l’intolérable…

Même si le film est parfois un peu démonstratif – le personnage de la jeune journaliste soucieuse de rétablir la vérité, joué tout en nuances par Julie Depardieu -, ou dans une narration un peu artificielle –la jeune marginale joué par Marion Cotillard d’ailleurs excellente -. C’est l’aspect documentaire du film qui est ici le plus probant. La réalisatrice ancienne psychologue s’étant inspirée de faits réels. L’ancrage dans le quotidien est ici probant, montrant nos mornes lâchetés, notre capacité à subir et à obéir et à s’arranger avec un système gangrené. Le film est porté par l’interprétation d’Olivier Gourmet, idéal pour concilier une force tranquille et une faiblesse névrotique.  Définitivement c’est l’un des meilleurs comédiens de son temps. Avec intelligence, il montre la détresse humaine, les contradictions et les dérives de son personnage face à une situation inéducable. Ne voulant pas se résigner, son petit monde de concession s’écroule, le laissant vaciller face à un monde égoïste. Le film montre bien la fragile illusion d’un équilibre que l’on croit trouver dans notre société actuelle marchande personnalisée par le personnage sans états d’âmes joué par le très impressionnant Hans Meyer, haut responsable industriel. On retrouve aussi toute une galerie de seconds rôles de Maxime Leroux policier compréhensif ou Mado Maurin hôtelière sympathique. Habilement restituée en demi-teintes, la tension et l’émotion sourde font de ce film un objet de réflexion. En parfaite adéquation avec notre société actuelle, on peut voir ici un cri d’alarme salutaire et unisité. C’est suffisamment rare pour le signaler, tant on a l’impression de visiter souvent le “pays des fées” dans le cinéma actuel.