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ÉROS THERAPIE

Moins abouti que “Borderline” (un des meilleurs films des années 90), “Le journal d’un séducteur” ou “L’examen de minuit” on se régale à retrouver l’univers de Danièle Dubroux, dans ce film à la sortie tardive (tourné en 2002), dont l’ancien titre était “Je suis votre homme” (au marché du film de Berlin). C’est une comédie psychanalytique, la réalisatrice se délecte à analyser les frustrations et les petits arrangements que l’on peut avoir avec ses fantasmes. C’est l’occasion d’analyser la perte d’identité des hommes devant l’émancipation des femmes et le marasme occasionné sur un ton sarcastique. La critique est acide sur le milieu de la critique ou sur la comédie des faux semblants, le ton est alerte.

Le film doit beaucoup à la pléiade d’excellents comédiens : François Berléand joue tout en finesse un personnage déboussolé, Catherine Frot subtile, en recherche d’identité sexuelle, Isabelle Carré en critique pure et dure, le “Ruizien” Melvil Poupaud, Claire Nebout en maîtresse femme, Hubert Saint-Macary en curé déjanté dans un rôle hélas trop bref, il était formidable déjà en psy dans “Le journal d’un séducteur”, Marc Andréoni en écrivain marginal, Eva Ionesco décalée, Julie Depardieu en psy inhabituelle, et Emmanuelle Riva … à la gâchette facile.

Catherine Frot & François Berléand

C’est aussi la dernière apparition de Jacques François au cinéma, il est éblouissant dans le rôle du père de Catherine Frot, dépassé par l’homosexualité tardive de sa fille, et de voir que son beau-fils vit dans le garage ! Il faut le voir déclarer “Quelle époque !”, le film lui est dédié. Même s’il manque au film un rythme haletant, c’est un film dont l’originalité surprend.

YOUNG ARSÈNE LUPIN

On pouvait attendre de ce film, qu’il rende compte de la noirceur originelle du personnage de Maurice Leblanc. A la télévision, on peut d’ailleurs préférer l’incarnation de Jean-Claude Brialy dans “Arsène Lupin joue et perd” (Alexandre Astruc, 1980), à celle surestimée de la série avec Georges Descrières.

Ce film se sert de la renommée du personnage,  pour n’en faire qu’un ” Young Indiana Jones” à la française. C’est une amère déception pour ce film comme pour les récentes adaptations de “Vidocq” où “Belphégor” en attendant “Les chevaliers du ciel” ou un éventuel “Fantômas”. Pourquoi s’éloigner de la richesse de l’œuvre originale, avec ce scénario rocambolesque ? (Même reproche que pour “D’Artagnan et les trois mousquetaires” version TV de Pierre Aknine, sur TF1).

Romain Duris & Kristin Scott Thomas

Romain Duris est pourtant très crédible dans le personnage – cet emploi est une formidable idée, il a depuis prouvé sa maturité dans le film de Jacques Audiard “De battre son coeur s’est arrêté” –.

Kristin Scott-Thomas, Pascal Greggory, Philippe Magnan ou Robin Renucci font ce qu’ils peuvent avec des personnages caricaturaux. On peut louer la richesse de la reconstitution,  s’amuser à trouver décalée la présence d’un Xavier Beauvois en docteur, saluer Philippe Laudenbach ou le grand retour de Mathieu Carrière, trouver charmantes Marie Bunel et Eva Green (digne fille de sa mère), mais l’impression à l’arrivée de divertissement laisse un sentiment assez vain.

Philippe Lemaire

Ce film est l’occasion de retrouver pour la dernière fois Philippe Lemaire en cardinal brûlé vif. C’était une véritable star des années 50-60, injustement oubliée depuis. Il semblait retrouver depuis peu le chemin des studios (Le chef maffieux dans “Gomez & Tavarès”, le père grand bourgeois et intolérant de Patrick Chesnais dans “Mariage mixte”, mais il s’est suicidé sous une rame de métro en mars 2004. On le comparait beaucoup à Michel Auclair auquel il ressemblait un peu. Il était d’une lucidité remarquable, voir son entretien dans feu “La revue du cinéma” dans les années 80. Triste parcours idole un jour, second couteau ensuite. Le film lui est dédié. Retrouvez l’indispensable hommage d’Yvan Foucart : via le lien Les gens du cinéma

Le lien du jour : http://encinematheque.net/accueil.htm

Encinémathèque  est l’oeuvre de Christian Grenier, un des meilleurs sites français sur le cinéma, sur des premiers temps du cinéma à nous jours, c’est une riche base de documents, sur les acteurs et techniciens, films, affiches, revues, archives, et un regard original sur notre nostalgie d’un cinéma passé.

LES MOTS BLEUS

Ce film ténu est très touchant, même si l’on peut déplorer quelques longueurs et quelques maladresses, sur un thème voisin de “La petite chartreuse”. On peut comprendre le personnage de Clara (superbement joué par Sylvie Testud), sa rudesse devant la protéger devant la dureté de la vie (elle est illettrée suite à un traumatisme d’un geste brutal (certes d’amour) de son enfance. Anna (lumineuse et très expressive) et sa mère forment une sorte de couple fusionnel et en définitif partageur.. Il faut sauver la mère pour que la fille trouve son salut. Bizarrement le personnage de Sylvie Testud, véritable petit soldat, est touchant – son personnage n’est pas immédiatement “aimable” -, devant son inaptitude à la vie. C’est loin d’être un monstre froid, je crois, et le subtil jeu de Testud nous laissant entrevoir le drame de cette jeune femme.

Sylvie Testud

Sergi Lopez est idéal dans son rôle d’éducateur rassurant, de même pour Mar Sodupe qui joue sa soeur, et dans un petit rôle Isabelle Petit-Jacques (actrice fétiche de Patrice Leconte), en directrice d’école peu compréhensive. Salutations à l’ingénieur du son Pierre Gamet, que j’avais rencontré un jour, et son beau travail sur le mode intime (l’oisellerie, la mer). Deuxième réussite pour le tandem Corneau-Testud après “Stupeur et tremblements”, film conte, sans pathos et avec une belle utilisation de la caméra DV.

Esther Gorintin

Évoquons aussi Esther Gorintin, dont la présence rayonne durant tout le film, même après sa disparition. Je me souviens d’elle avec émotion pour l’avoir rencontrée durant l’avant-première du film “Depuis qu’Otar est parti”. Elle retrouvait Bordeaux, la ville de sa jeunesse après des années, elle avait fuit durant l’occupation. C’était un choc, la transformation du quartier Meriadeck, par exemple. C’était une formidable rencontre avec la cinéaste Julie Bertuccelli. Un grand souvenir pour moi et je regrette de n’avoir pas pris de notes sur cette formidable rencontre avec deux belles âmes. Depuis “Voyages”, son rôle de voisine souffrante d'”Imago” ou “Rosie” dans “Carnages”, ses personnages nous touchent énormément…