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13 TZAMETI

Avant-première hier soir à l’UGC Cité-Ciné Bordeaux du premier film du cinéaste géorgien Géla Babluani en sa présence. Ce film a reçu au festival de  Venise le “Lion du futur”. prix de la meilleur première œuvre. C’est une œuvre en noir et blanc assez radicale, une vision très noire de l’humanité. Une jeune toiturier, Sébastien – joué par Georges Babluani, propre frère du metteur en scène, qui travaille au noir assiste à la mort d’une overdose de son propriétaire. Il devait des dettes à un certain Pierre Bléreau campé par Jo Prestia, et pour les acquitter devait participer à un mystérieux jeu clandestin préparé dans le secret avec force de précautions et d’organisations occultes. Sébastien qui essaie d’aider sa famille dans le dénuement, vole le billet de train et part pour prendre sa place. Ce film qui reprend la trame du livre d’Horace McCoy “On achève bien les chevaux”, est très bien construit malgré un manque évident de moyens. Le jeu est bien amené, souhaitons qu’Alexia Laroche-Joubert, avec ses scrupules bien connus, ne prenne pas connaissance de ce film sinon on va y avoir droit sur TF1, dans un carnage Endemol – Dans mes grandes résolutions 2006, je promets de ne plus dire du mal de cette engeance, je vais essayer de m’y tenir -. Le réalisateur assez timide d’aspect a montré pourtant une belle détermination de faire un film coûte que coûte. Très critique sur le cinéma français, il a passé 6 mois à tourner son film avec les aléas des contraintes et des comédiens disponibles, quitte à abandonner un plan sur la table de montage. Il cite le cinéma de Sharunas Bartas et les grands films soviétiques des années 60-70, où l’on jetait, dit-il les premiers jours de montage à la poubelle avant de trouver le ton du film. Il a vécu 17 ans en Géorgie et est arrivé en France pour fuir – je le cite – une triple guerre civile.

Il déplore que le cinéma français passe trop de temps en pré-production, malgré les difficultés financières, on sent bien chez lui une grande énergie créatrice, il a d’ailleurs déjà tourné son second film dans des conditions encore plus difficiles. On sent chez lui un sens précis du cadre, de la composition picturale à l’intérieur de celui-ci, il a une position assez vierge dans son cinéma. Le film en lui-même, en dépit de quelques maladresses – quelques ombres de perche dans le pavillon du début -, et il y a une tension chromatique assez forte dans la seconde partie du film, d’un innocent préservé de la sauvagerie par son inconscience. L’autre force du film, c’est son interprétation et là chapeau bas à l’équipe du casting – le réalisateur avoue volontiers ne pas connaître ses acteurs -, car il y a une galerie impressionnante de “tronches”, visages fatigués, rongés, d’amateurs – il cite un exemple d’un employé du Trésor Public, passant un casting sur Internet -, à des comédiens professionnels. Outre Jo Prestia, cité précédemment, on retrouve Aurélien Recoing dans son personnage habituel de celui qui rit quand il se brûle, Fred Ulysse et Vania Vilers en parieurs inquiétants, et il y a surtout Pascal Bongard, dont j’avais parlé pour “La boîte noire”,  qui a une folie singulière. En maître de cérémonie d’une nervosité droopienne, trônant sur une haute chaise d’arbitre de tennis, il continue à nous surprendre, on peut lui trouver un cousinage avec Robert Le Vigan, si on le retrouve souvent dans le cinéma d’auteur français, ses compositions restent presque toujours dans ma mémoire, il peut se faire une place particulière si le cinéma français n’est pas trop frileux à son égard. En définitive Géla Baluani a un univers prometteur avec ce film dans ce film inégal mais hors normes.

APPELEZ MOI COIN DU NANAR

Film distribué par “Europacorp” de l’ineffable tandem “Le Pogam / Besson”, de voir la bestiole ailée qui sévit en long dans un des plus désastreux films de 2005, on s’attend à un petit miracle genre “Trois enterrements”, mais sans trop y croire. Le film commence sur deux marginaux estampillés “Orange mécanique” et leur improbable rencontre avec un Anglais aisé – interprété par un habituel excentrique anglais dont je n’ai pu retrouver son nom et flanqué par Honor Blackman, toujours pimpante en digne lady -. La rencontre improbable vaguement inspiré de l’agression du personnage joué par Patrick Magee, donne le ton, pas de rythme, pas d’idées. Le sujet était pourtant en or avec cette histoire réelle d’Alan Conway se faisant passer pour Stanley Kubrick, profitant de la crédulité de personnages naïfs touchés par le mythe d’un réalisateur qui a vécu reclus dans son manoir anglais. Mais la trame ne sert qu’à un alignement poussif de scènettes, s’inspirant de la vie de cet escroc pathétique, alcoolique et homosexuel. Heureusement le film est sauvé de l’ennui, par le cabotinage éhonté de John Malkovich qui nous livre une composition hallucinante et hallucinée. Minaudant, vitupérant, chancelant, il s’amuse visiblement (ironie du sort un des personnages un critique cite Gore Vidal, sur une pièce où  les acteurs se complaisent entre eux). Il y avait l’idée d’une continuation du formidable “Dans la peau de John Malkovich”, Alan Conway déclarant qu’il a engagé Malkovich pour son prochain film et son interlocuteur lui répond : “John qui ?”, mais ça ne vas pas plus loin, et l’évocation de Spike Jonze ne fait qu’en rajouter à notre dépit.

Malkovich !

Dans une Angleterre plombée, tous les comédiens ne sont que des pantins – à l’exemple du pauvre Richard E. Grant, dans un rôle précieux d’un grotesque achevé -, et les citations de l’univers de Kubrick ne sont pas judicieuse, uen petite panouille de Marisa Berenson et la molle reprise des “tubes” musicaux de Kubrick (Rossini, Strauss and co). Reste à la lecture du générique quelques rendez-vous manqué,  il y a le comédien Robert Powell, oublié depuis les années 70, mais je ne l’ai pas reconnu, de même que le réalisateur Ken Russell, dans une scène de boîte de nuit, c’est dommage, ça pouvait être un petit jeu amusant pour tromper l’ennui. C’est d’autant plus déplorable que les auteurs de ce film sont des proches collaborateurs du maître, le réalisateur Brian W. Cook a été l’assistant réalisateur de nombreux de ces films – c’est son premier film comme réalisateur -, et le scénariste Anthony Frewin à produit un documentaire sur Stanley Kubrick, et a été son assistant depuis les années 60. John Malkovich fait son numéro, on a du mal pourtant à croire à son personnage qui en plus ignore superbement l’œuvre du grand artiste – un petit malin rajoute à sa filmographie “Le jugement de Nuremberg” de Stanley Kramer pour le piéger. Sa “performance” dans le style “chargeurs réunis”, pouvant ranger le Rod Steiger dans ses grands jours au niveau d’acteur chez Robert Bresson en comparaison, est assez vaine, isolée du reste du film.  Mais sa composition finit par petre assez réjouissante à ce niveau de surcharge, et est le seul intérêt de ce film sans invention estampillé ici “coin du nanar”, pour cette raison. Si vous détestez les numéros à épate, ce film est donc à fuir, si vous prenez une certaine délectation sadique à voir un comédien s’enliser dans un film pathétique, ce film est fait pour vous.

THE CONSTANT GARDENER

On craint toujours un peu quand un grand talent comme Fernando Meirelles, ayant eu une consécration internationale avec “La cité de Dieu”, est embauché par le cinéma américain. Cette appréhension est vite dissipée, on retrouve la réalisation nerveuse avec cette adaptation du scénariste Jeffrey Caine du livre de John Carré. L’œuvre est efficace, pousse à la réflexion, pour ce “The Constant gardener” est une réussite, à noter le titre en VO “La constance du jardinier” ne devant pas être assez vendeur. Le couple Ralph Fiennes et Rachel Weisz est particulièrement convaincant, le premier dans le rôle de Justin Quayle, ambassadeur anglais, par sa retenue toute britannique, ne laissant sa peine l’envahir que dans un moment de solitude profond et la seconde en personnage énergique, Tessa Quayle avocate militante qui garde espoir dans une utopie qui ne peut que lui être fatale. Les personnages ne sont pas monolithiques, parfois pris dans leurs contradictions comme les membres du Haut commissariat britannique, dans cette sombre affaire de machination par un important lobby de laboratoires pharmaceutiques, dans une région sinistrée au Nord du Kenya.

Ralph Fiennes & Pete Postlethwaith

Le metteur en scène s’entoure de solides comédiens, dont le trop rare Hubert Koundé, en médecin utopiste, Bill Nighy composant un salaud délectable, Gerard McSorley – La révélation du film  ” Omagh”, en officiel anglais cynique, le buriné Pete Postlethwaith en quête de rédemption ou Danny Huston, en amoureux transi de Tessa pour ne citer que les plus connus.  Tout est ici soigné, et semble rendre justice avec justesse à l’univers de John Le Carré. Une humanité noire est montrée, trouvant le moyen de capitaliser des laissés pour compte, on assiste à une démonstration brillante des différences de mentalités, de privilégiés qui culpabilisent voulant aider des pauvres mourants des conséquences du sida et de la misère. Mais les repères manquent pour eux pour aider des gens dans une société régie par la compromission ou une autre éthique, à l’image de cette pauvre enfant abandonnée à son triste sort pour un problème de règlement. Poignant sans être misérabiliste, ce film nous renvoie à notre confort et nos contradictions, et étudie un couple antinomique dont chacun conserve ses secrets pour épargner l’autre, c’est de plus une belle histoire d’amour, violente et universelle, face à une adversité constante. Le cinéma américain particulièrement acerbe en ce moment, montre toujours sa capacité de concilier divertissement et une approche de notre monde contemporain comme ici avec ce thriller haletant.

LA FILLE DU JUGE

Les œuvres se répondent parfois par les hasards – ou les circonstances ? -de la programmation, vendredi soir c’était la diffusion sur France 3 de “Le secret” de Solveig Anspach assez anecdotique finalement sur Mazarine Pingeot et en salles “La fille du juge” d’après le récit de Clémence Boulouque, la fille du juge Gilles Boulouque “Mort d’un silence”.  Deux enfances face aux affres du pouvoir dans la génération “Mitterrand”. Privilégions ici le second documentaire de William Karel –”Le monde selon Bush” – reprenant un quart de ce texte, réussit avec intelligence et pudeur à le retranscrire sur l’écran, il faut saluer Elsa Zylberstein, qui au service du texte, est la récitante avec beaucoup de justesse et de retenue. Je dois bien avouer être particulièrement sensible à son timbre de voix, mais elle me semble avoir trouvé la distance nécessaire pour éviter tout pathos. Le film commence sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York où Clémence fait ses études, ce qui la ramène aux attentats parisiens de 1985/1986. Le jeune juge Boulouque est charger de ces dossiers dans le cadre de l’interpellation du groupe Fouad Saleh. Suit un feuilleton médiatique assez mouvementé, qui se terminera par le suicide du juge à son domicile en 1990, il avait 40 ans. Ce film documentaire est assez innovant, William Karel respecte le point de vue de Clémence, alors petite fille, l’histoire est vue à travers son regard au travers du travail de son deuil une grande empathie. Le montage habile reprend les archives familiales, et les documents d’actualités de l’époque et notamment les interventions de François Mitterrand et Jacques Chirac alors en pleine cohabitation. A l’image du face à face entre ces derniers, alors candidats aux élections présidentielles de 1988, se renvoient la “patate chaude”, on sent bien que le juge ne sert que de bouc émissaire et est sacrifié sur l’autel de la “Raison d’état”. Le voile sur cette affaire n’est pas complètement levé, c’est le regard d’une famille brisée et meurtrie, sacrifiée qui ici privilégié.

Gilles & Clémence Boulouque

C’est aussi une leçon concernant le journalisme ou la satire, par exemple le juge avait été meurtri, déclare un journaliste, par un dessin de Plantu, montrait un magistrat replet capable de toutes les compromissions en raison de  Gorji – ce dernier suspect avait été relâché en échange de la libération de deux otages au Liban  -. Pris en otage entre la raison du pouvoir, l’abandon du système judiciare à son égard suite à une ironique accusation de viol du secret d’instruction par un des suspects, sa conscience et les menaces qui se font précise, le “petit juge” au regard myope essaie de garder sa probité. La plaisanterie d’un garçon de café plus bête que méchant, un jour de vacances, annonçant au couple Boulouque que des personnes “basanées” cherche à les rencontrer, alors qu’ils n’ont plus de garde du corps, montre la cruauté d’un quotidien qui devient infernal. On tente de comprendre l’incompréhension des gens face à cette famille, à l’exemple de la méchanceté gratuite envers “La fille du juge”. La traversée de cette adversité ne peut se terminer que d’une manière implacable. La manière dont parle Clémence de son père est très digne et très touchante, elle montre une acuité particulière pour parler de sa douleur, de sa famille protégée jour et nuit par des gardes du corps en raison des dossiers brûlants traités par son père. Elle parle de le retrouver tout en s’éloignant avec l’appréhension compréhensible de devenir un jour son aînée, car il est mort jeune. On ressent bien les difficultés de cet homme qui devait tout garder pour lui, à la manière de continuer à jouer avec ses enfants dans des films tournés en  super 8 où en étant très digne dans un entretien TV, en précisant que la difficulté de vivre cette situation est plus compliquée pour ces proches. Son honneur bafoué, il finit par se suicider avec une arme de service, censée le protéger, et dont il ne savait même pas s’en servir. C’était avant Noël, la famille avait fait trop tôt l’arbre de Noël dont la présence paraissait incongrue à Clémence alors âgée de 13 ans, face à ce drame. Très présent dans l’actualité, elle est consciente que l’histoire risque oublier son père, elle définit très justement cet état de fait cruel. Sobre et poignant, ce film est une formidable réussite.

JOSÉE DAYAN VS ALEXANDRE DUMAS

Arielle Dombasle

Meilleurs vœux à tous – … et surtout la santé -, comme le veut l’usage à l’usure. Les fêtes de fin d’année télévisuelle amènent leurs lots d’abomination, comme si l’on devait être en perpétuelle gueule de bois, une sinistrose s’installe avec son lot de bassesses comme celles de présentateurs télé qui vous souhaite dans un faux direct une bonne année enregistrée trois semaines à l’avance, Robert Alagna reprenant avec suffisance Luis Mariano, André Halimi reprenant ses activités de saucissonneurs, et en prime les éternelles rediffusions. Curiosité TF1 a diffusé plusieurs téléfilms inédits, on imagine pour respecter des quotas de diffusions, on aurait aimé voir “Tête haute” de Gérard Jourd’hui d’après Georges Simenon, avec une distribution brillante Eddy Mitchell, Anna Galiéna, Ticky Holgado, Mylène Demongeot, que je n’ai hélas pas vu mais qui aurait mérité mieux qu’une diffusion à la sauvette vers 1 heure du matin ! Diffusion le 2 janvier de “Milady” de Josée Dayan, avec Arielle Dombasle, dans le rôle titre. Nos amis belges l’ont vu en décembre 2004, nous connaissons donc une diffusion tardive sans doute pour ne pas souffrir de la comparaison avec le divertissant-sans plus “D’Artagnan et les mousquetaires” de Pierre Aknine, avec Emmanuelle Béart, diffusé en février 2005. Après “Les rois maudits” de sinistre mémoire, on s’attend donc avec beaucoup d’appréhension de voir l’œuvre de Dumas ainsi maltraitée. Bonne nouvelle c’est dans la veine burlesque (involontaire bien sûr) que notre Josée a signé cette adaptation la plus désolante depuis “Les quatre Charlots mousquetaires” déjà évoqués ici même. L’idée de centrer l’histoire sur un personnage secondaire d’une œuvre foisonnante n’est pas neuve, on découvre notre petite Charlotte future Milady, dont la famille est massacrée à cause de sa perfide grand-mère. On est déjà hilare à cette scène, d’un grotesque achevé, Josée Dayan n’ayant pas le sens du dramatique et est incapable d’apporter un souffle épique. Tout est à l’avenant, avec de gros morceaux d’ennuis profonds dedans, mais ça vaut la peine de les affronter pour quelques fulgurances comiques. La réalisatrice pousse la performance de faire un film de cape et épées sans scènes spectaculaires ( deux molles d’entraînements réglés par les cascadeurs eux-mêmes à toute évidence).  Les costumes Kitschissimes de Milady signés Vincent Darre, sont pathétiquement drôles, les collerettes en forme de cadres de tableaux, cage aux oiseaux, ou style porc épique, ralentissent lamentablement les déplacements de la pauvre Arielle Dombasle ce qui n’arrange rien.

Frédéric Longbois, Florent Pagny, Arielle Dombasle, Daniel Olbrychsky, Guillaume Depardieu & Éric Ruf

On suit les perfidies de notre Milady, avec des incohérences sympathiques, par une Arielle Dombasle hyper caricaturale, mais qui semble jouer un peu de l’auto ironie, ce qui est un peu sa marque de fabrique, mais la voir s’évanouir théâtralement fait regretter de ne pas avoir enregistré ce téléfilm, histoire de se les visualiser en boucle un soir de grand spleen. C’est à ranger dans son panthéon du ridicule au niveau du « Jour et la nuit » de Bernard-Henri Lévy, c’est dire ! Elle reste pourtant une bonne comédienne avec beaucoup d’humour. La revisitation grotesque des “Ferrets de la Reine”  vaut son pesant de cacahuètes, et Bruno Coulais avec son omniprésente musique lénifiante finit même par nous irriter. Il faut bien le dire la direction de notre Josée est tellement convaincante, que tout le monde est mauvais, on ne peut sauver qu’à la rigueur de Martin Lamotte qui s’amuse en cardinal de Richelieu, devant retrouver l’ambiance dans ce salmigondis du film culte de Coluche “Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine” (1977). Ah, il faut voir Florent Pagny en un improbable D’Artagnan trop raide – Tirez pas sur l’ambulance -, Daniel Olbrychski en Lord de Winter (le beauf de Milady) tourné la tête comme un pigeon, Asia Argento totalement absente en Sally La Chèvre (Il n’y a pas de Mêêhh, comme dirait Coluche), servante amoureuse transie de Milady et en prime atrocement doublée, Lakshan, ridicule âme damnée de Richelieu, Stanislas Merhar en fadasse John Felton, François Hadji-Lazaro en Jacob Mazel qui essaie de mettre un peu de sentiment, Christophe Buccholz, Julie Depardieu, Guillaume Depardieu et Eric Ruf qui retrouveront – hélas pour eux -, la réalisatrice dans “Les rois maudits”, et les pauvres Dominique Marcas, en mère supérieure qui n’a rien a faire, et la trop rare Nicole Courcel en méchante grand-mère, histoire de déplorer sa rareté sur les écrans. La diction est hésitante pour tout le monde, faute de temps, reste le 36ème degré à employer pour les comédiens qui inévitablement flirte ici avec le cornichonesque. Pour parachever l’ensemble, il y a même le ridicule Massimo Gargia en Lord Anglais – Schocking ! – et Edouard Baer, qui devait passer par-là et qui est non crédité, en amant de Milady, obligé de faire l’amour avec elle dans le noir, pour qu’il ne puisse pas voir sa marque d’infamie, et qui oh miracle est le seul à ne pas finir assassiner dans les douves comme les autres. Une œuvre qui devrait figurer comme l’un des sommets du comique désolant en 2058. On commence bien l’année !

MORT DE JACQUES CHARBY

Annonce de la mort du comédien discret Jacques Charby, mais à la vie particulièrement romanesque.

ARTICLES – LE MONDE

Jacques Charby, comédien, par Mohammed Harbi

LE MONDE | 06.01.06 | 14h06  •  Mis à jour le 06.01.06 | 14h06

Le comédien Jacques Charby, qui fut un des principaux acteurs du “Réseau Jeanson” d’aide au FLN, est mort dimanche 1er janvier. Il était âgé de 76 ans.

En 1942, “le petit juif de 13 ans”, selon l’expression affectueuse de son ami André Thorent, échappe à la déportation vers les camps de la mort après avoir vécu le suicide de sa mère, une résistante qui ne voulait pas se laisser arrêter. Avec son frère et son père, typographe anarcho-syndicaliste, compagnon d’Alfred Rosmer et Pierre Monatte, fondateur de la “Révolution prolétarienne”, il passe clandestinement la ligne de démarcation pour se rendre à Toulouse. Il fait connaissance avec les métiers de la survie : éclusier, vendeur de lacets à la sauvette, etc.

La fréquentation irrégulière de l’école ne l’empêche pas d’être reçu au Conservatoire à 16 ans. Il entre dans la troupe du Grenier de Toulouse où il reste dix ans avec Daniel Sorano, Jacques Duby, Jean-Marie Rivière et André Thorent, interprétant tour à tour Shakespeare, Molière, Plaute, Giraudoux, Cocteau et Marivaux.

En 1954, Jacques Charby regagne Paris et crée le rôle principal de J’ai 17 ans et aussi Les Oiseaux de Lune de Marcel Aymé, au Théâtre de l’Atelier. Homme de droite, l’homme de lettres lui en saura gré en lui écrivant plus tard Algériennement Vôtre. Figure appréciée du cabaret parisien dans les années fastes, il est partout, au College Inn, aux Trois Baudets, Chez Gilles, à la Tête de l’Art, à la Galerie 55. Il écrit et joue avec succès une longue revue chez Agnès Capri et entame un brillant parcours à la télévision.

La guerre d’Algérie interrompt une carrière prometteuse. Jacques Charby estime qu’il revient aux citoyens de défendre les valeurs de liberté et d’égalité dont l’Etat se réclame tout en les déniant aux Algériens. Il s’engage dans le réseau Jeanson et y entraîne dans son sillage comédiens et artistes. Arrêté en 1960 et incarcéré à Fresnes, il simule la folie. Transféré dans un asile psychiatrique, il s’en évade.

Commence alors son exil, en Tunisie d’abord, en Algérie ensuite, d’où son père est originaire. Il s’investit dans la mise sur pied de Maisons d’enfants pour orphelins de guerre et en adopte deux. Il n’abandonne pas pour autant son métier, écrit et réalise un beau film, Une si jeune paix, primé au Festival de Moscou. Amnistié en 1966, il revient à Paris, interprète des rôles dans des pièces de Boris Vian comme Le Goûter des généraux ou d’Alain Decaux comme Les Rosenberg.

Trop tard pour une carrière dans le théâtre, “l’autodidacte forcené (qui) a tout lu et rattrapé le temps perdu de la Culture”, selon André Thorent, s’est ouvert à d’autres horizons. Lauréat du prix Italia pour son adaptation télévisée, avec André Thorent, de Josse, de Marcel Aymé, Jacques Charby écrit pour la radio, pour France-Culture. Il est également l’auteur de plusieurs livres sur l’Algérie : L’Algérie en prison (1961), Les Enfants d’Algérie (1962), puis Les Porteurs d’espoir en 2004. Dernier acte dans la vie publique : une polémique l’opposa à Henri Alleg sur le rôle du PCF dans la guerre d’Algérie.

L’HUMANITÉ – Décès. Le comédien Jacques Charby est mort

Jacques Charby, le réalisateur du film Une si jeune paix (1964), membre du réseau Jeanson, est mort dimanche dernier à Paris. Comédien, auteur et militant anticolonialiste, il fut un membre actif dans le réseau Jeanson puis Curiel. Il est aussi l’auteur de l’Algérie en prison (Éditions Maspero), les Enfants d’Algérie (Éditions de Minuit), deux livres interdits dès leur parution. En 2003, il signe les Porteurs d’espoir (Éditions La Découverte) un recueil de témoignages autour des porteurs de valises des réseaux Jeanson et Curiel. Né le 13 juin 1929 à Paris, il a suivi sa formation de comédien au conservatoire de Toulouse. Cofondateur du Grenier de Toulouse, il a notamment joué dans Electre, Polyeucte, Malatesta et Caligula où il a tenu le rôle-titre.

EL WATAN

Jacques Charby, généreux et drôle par Nadijia Bouzeghrane

Dans l’appartement de la rue du Faubourg Saint-Antoine, les cartons s’amoncellent. Marie, la fille de Jacques Charby, et Katia, sa marraine, s’affairent à ranger documents, courrier et livres du militant

Selon les deux femmes, Jacques Charby avait la bibliothèque privée la plus étoffée sur l’Algérie. Il possédait également des documents inédits. Tout cela sera remis à une bibliothèque publique. Marie, 26 ans, comédienne comme son père, nous affirme qu’elle attendait notre rendez-vous avec beaucoup d’appréhension, craignant de ne pas pouvoir dire toute la richesse « des vies » de son père. « Je suis fière de papa, et de ce qu’il a fait, de toutes ses vies différentes, du militant, du comédien. C’est un papa clown, il a monté et joué un spectacle dans mon école primaire. Il aimait bien le débat, l’échange d’idées, cela pouvait durer des heures, voire des jours », nous dit Marie, d’une voix douce. Katia appuie le propos de sa filleule : « Il était connu pour ses coups de gueule, mais était admiré. Jacques était quelqu’un qui ne pouvait pas laisser indifférent. C’était un homme indigné, mais de très grande ouverture d’esprit. Ce n’était pas un homme de slogans. » « Jacques avait un tempérament de trotskiste, c’était un emmerdeur, il était toujours à la recherche de la vérité, il ne supportait pas ce qu’il considérait comme un arrangement de l’histoire. Il avait un grand respect pour Henri Alleg, mais il trouvait qu’il s’était fourvoyé en faisant profiter le Parti communiste plus qu’il n’en méritait peut-être ; Jacques était intransigeant et inflexible. » L’amie intime fait allusion au débat polémique que Jacques Charby a suscité ces tout derniers jours par presse interposée sur le rôle du Parti communiste pendant la guerre d’Algérie. Cela a commencé par une tribune de Jacques Charby dans Le Monde, le 5 novembre, à la faveur du livre d’Henri Alleg, puis il y a eu une réponse de Saddek Hadjérès dans Le Quotidien d’Oran et El Watan, à laquelle Jacques Charby a répondu dans El Watan, le 13 décembre dernier, réponse publiée par Le Quotidien d’Oran, jeudi dernier. Il y a eu aussi la réaction de Jacques Fat, secrétaire de la commission des relations internationales du Pcf, et Hélène Cuénat, ex-membre du Réseau Jeanson, membre du Pcf. Hélène Cuénat, qui avait connu Jacques Charby dans le réseau Jeanson, dont ils étaient membres l’un et l’autre, nous dit que « ce n’est pas un livre que Charby aurait dû écrire (Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent. Editions La Découverte, 2004), mais une pièce de théâtre avec tous les acteurs qu’il avait recrutés. C’était une force de conviction, un homme généreux, chaleureux et drôle. Sa mort me fait comme un ouragan alors que nous n’étions pas d’accord sur le plan politique ». Jacques Charby était un homme de combats, d’engagements pour des causes justes : l’indépendance de l’Algérie, la défense des comédiens, des sans-papiers… « L’expérience du syndicalisme de son père, du nazisme ont fait de Jacques Charby un homme à fleur de peau sur le plan politique. L’Algérie en est la suite. Cela a représenté un retour au pays, l’Algérie, lui dont les parents étaient des Arabes judaïsés, exilés en France pour des raisons économiques », souligne Katia. Le père de Jacques Charby était un ouvrier du livre, un juif de Tlemcen chassé de sa ville natale en 1920 par la misère. « Il avait ce qu’on a appelé le refus de parvenir. Jacques avait la même position. » Jacques Charby a exercé 17 métiers différents. Il a commencé sa carrière de comédien – qu’il a interrompue en 1958 pour rejoindre le réseau Jeanson en 1958 – au Grenier de Toulouse avec Daniel Sorano. Le théâtre a occupé une place importante dans sa vie. Le rôle dont il était le plus fier, c’est celui d’Arnolphe dans L’Ecole des femmes. Il a joué plus récemment Electre. Il était au sein de la CGT, pendant 30 ans, un représentant apprécié du SFA pour sa capacité de trouver des solutions. « C’était un homme généreux, il avait reçu, accueilli, hébergé un nombre incroyable de gens », dit Marie. Il était drôle. « Ah le beau garçon que voilà, Jacques Charby est passé par là », disait-il en passant devant un miroir, ce qui a toujours fait rire sa fille. Quelques jours avant sa mort, il écrivait une chanson : Quand j’étais vieux. Il a animé des émissions à France Culture. Il avait eu l’idée de faire une émission sur la Libération de Paris à partir des plaques commémoratives en hommage aux gens morts pendant la guerre. « Jacques était un intellectuel à la fois affirmé et timide, car il était autodidacte. Il avait une révérence pour le savoir universitaire. » En 1962 il écrit Les enfants d’Algérie aux éditions Maspero. Des récits et dessins d’enfants de l’orphelinat Yasmina. Un livre traduit en plusieurs langues dont il ne reste qu’un exemplaire, celui que tient précieusement en mains Marie. Jacques Charby revient en France avec Mustapha Belaïd, un enfant de dix ans qu’il adopte. Le récit de Mustapha, mort il y a deux ans – un grand déchirement pour le père adoptif – figure dans le livre. Mustapha joue son propre rôle dans Une si jeune paix dont le scénario a été écrit par Jacques Charby. Jacques Charby disait que Mustapha, qui ne s’était jamais remis de ses douloureux souvenirs (la mort de ses parents sous ses yeux, son bras brûlé par des soldats, son errance…), était « une victime tardive de la guerre ». Pour ses obsèques, Jacques Charby a interdit le moindre signe religieux. Il sera inhumé cet après-midi auprès de sa mère, morte victime du racisme. Elle s’était suicidée en 1941 pour échapper à la police française alors que son mari était en prison. Jacques (12 ans) et son frère Pierrot (10 ans) avaient alors traversé tout seuls la France pour rejoindre un ami de leur père en zone libre. Arrivés à destination, celui-ci venait d’être arrêté. L’errance des deux enfants a duré longtemps. Ils finissent par retrouver leur père libéré et s’installent tous les trois à Toulouse.